La cour centrale de l’ancienne prison de Guingamp en 2019
© Christophe Batard
- 1 Grand dictionnaire universel du XIXe siècle : français, historique, géographique, mythologique, bib (...)
1« Quand on ouvre une école, on évite, vingt ans plus tard, d’ouvrir une prison » déclare Louis-Charles Jourdan (1810-1881), rédacteur au Siècle, cité dans le Grand dictionnaire universel du XIXe siècle de Pierre Larousse, tomes VII (article « ÉCOLE », 1870) et XIII (article « PRISON », 1875)1. Cette phase, qui témoigne de l’optimisme de son temps, a donné naissance à la maxime « Ouvrir une école, c’est fermer une prison », très souvent attribuée à Victor Hugo.
2Dans le cas de la Prison de Guingamp, devenue un centre d’art et l’Institut national supérieur de l’éducation artistique et culturelle2, cette phrase est devenue une devise. On a pu aussi l’évoquer dans le cas de la prison Sainte-Marguerite de Strasbourg qui a fermé ses portes en 1989, avant de devenir, après des travaux de rénovation de l’ensemble de sa Commanderie religieuse, l’École Nationale d’Administration, aujourd’hui l’INS, l'Institut National du Service Public, créé le 1ᵉʳ janvier 2022.
3Ces deux exemples de réaffectation sont bien rares au regard d’un patrimoine carcéral souvent destiné à la destruction. Les débats qui traversent ces lieux de privations de liberté ne sont d’ailleurs qu’un des aspects du manque de consensus hier comme aujourd’hui sur l’univers carcéral.
4S’intéresser à la prison de Guingamp, c’est ainsi au regard de ces aspects exemplaires, révéler des points de tensions de notre histoire comme des pistes pour faire de ce « sombre patrimoine » un lieu « d’intentions plurielles ». Il est particulièrement utile d’éclairer les inquiétudes des populations, relayées par des élus, sur le coût d’un tel patrimoine à restaurer sans en connaître la destination en termes de réaffectation. La clé de voûte du projet à Guingamp aura été, incontestablement, son architecture particulière, les potentialités qu’elle dégage et son esthétique qui ne manque pas de « séduire » toute personne qui entre pour la première fois dans sa cour centrale. Ce choc esthétique résume, à lui seul, tous les possibles qui ont permis de faire de la Prison de Guingamp un lieu désormais unique, « épicentre en France de l’éducation artistique et culturelle » comme l’a souligné à de nombreuses reprises le président de la République Emmanuel Macron le 22 avril 2022 sur France Inter. Ce lieu combine désormais une transmission patrimoniale (par des outils de médiations, des parcours sonores, un livre3, des enrichissements numériques4) et des missions d’éducation et de culture à l’échelle nationale et internationale.
5L’ancienne prison de Guingamp est aujourd’hui un des derniers témoignages architecturaux d’une « modernité carcérale » qui, en France, est née avec la Révolution française et qui a fait de la peine de prison sa base pénale. Elle atteste ainsi d’une véritable évolution de la politique pénitentiaire française et européenne.
6Sa conception s’inscrit tout d’abord dans un mouvement qui conduit, à fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe siècle, un certain nombre d’hommes politiques et de spécialistes à réclamer une prison strictement punitive et dissuasive pour contrer la hausse de la criminalité. Pour cela, les architectes des prisons britanniques ainsi que les promoteurs aux États-Unis de la prison modèle de Philadelphie, dite aussi « pennsylvanienne », cherchent à instaurer, chez les détenus, un sentiment permanent de surveillance, dans le cadre d’un système d’enfermement individuel.
7La prison de Guingamp est aussi influencée par les idées nouvelles d’un courant à la fois plus hygiéniste et plus philanthropique en faveur d’une politique carcérale plus humaniste.
8Pour en comprendre la spécificité de sa réalisation, il faut évoquer Jean Perroud, ingénieur du roi des Ponts et Chaussées, Charles Lucas, inspecteur général des prisons ; Louis Lorin, architecte départemental ; et Alexis de Tocqueville, le grand historien, penseur et publiciste. On leur doit cette mise en forme architecturale de l’idée qu’une prison n’est pas simplement un lieu d’enfermement mais aussi un lieu de réadaptation, voire d’éducation, par la mise en place de conditions matérielles, morales et psychologiques de rédemption.
9Chronologiquement et géographiquement, on ne peut éviter de relier la construction en 1836 de la prison de Guingamp à celle construite avant la Révolution à Saint-Brieuc par Jean Perroud, ingénieur du roi des Ponts et Chaussées (né en 1734, à Abondance en Savoie). Cet architecte, sensible aux idées progressistes, présente deux plans, le 26 mars 1782, pour la réalisation, accolés à l’hôtel de ville (alors près de la porte Saint-Guillaume), d’un auditoire royal et d’une nouvelle prison dans une aile nord de deux étages. L’un des deux plans projetait la création d’une prison circulaire, permettant au geôlier de voir toutes les cellules à tout moment. Le premier comme le second plan, qui fut entériné par l’arrêt du Conseil du roi en juin 1783, ont sans aucun doute influencé le projet réalisé à Guingamp. D’ailleurs, l’architecte départemental, Louis Lorin, en charge de la réalisation de la prison de Guingamp, en a parfaitement connaissance. En 1835, quand il propose au préfet un nouveau projet de prison entièrement panoptique pour Saint- Brieuc (qui ne sera pas retenu), il dessine le plan de la prison de 17835.
« Plan des prisons roïaux à construire dans le nouvel emplacement, joignant la porte de Saint-Guillaume de la ville de Saint-Brieuc », Jean Perroud, plans manuscrits, 1782
© AD35 C 478.
Saint-Brieuc - « La Vieille Prison (où furent enfermés les royalistes pendant
la Révolution) », carte postale, Waron A. (éditeur, Saint-Brieuc) – La Bretagne pittoresque (série) début XXe siècle
© AD35 6 FI 161.
Plans réalisés par Louis Lorin, architecte départemental, janvier 1835
© AD22 4 N 101
10L’influence décisive vient cependant de Charles Lucas (1803-1889), un avocat briochin, membre de la Société royale pour l’amélioration des prisons (fondée par ordonnance du 9 avril 1819) et Inspecteur général des prisons, de 1830 à 1865. Il engage en France le débat tant sur la peine de prison que sur ses conditions d’application ou encore sur l’abolition de la peine de mort. Après de nombreux voyages, pour étudier hors de nos frontières les systèmes pénitentiaires, il publie de nombreux ouvrages comme en 1836-1838 De la réforme des prisons ou de la théorie de l’enfermement ou Des moyens et des conditions d’une réforme pénitentiaire en France, Paris, 18406.
Portrait de Charles Lucas, par Antoine Maurin, 1839
© Académie des sciences de Turin, Italie J.0.A.40
11Il y propose une graduation des peines et un enfermement permettant l’amendement du détenu par la mise en place de conditions psychologiques et matérielles adaptées. On résume sa préférence au modèle appliquée dans la ville d’Auburn de l’État de New York, qui donne son nom à cette influence majeure de la réforme carcérale : le système auburnien, un encellulement individuel la nuit et un travail en commun le jour.
12Ainsi, avec ses écrits comme avec ses responsabilités, Charles Lucas a très fortement pesé sur l’ensemble du système carcéral français et tout particulièrement sur les choix du Conseil général des Côtes-du-Nord, qui finance la construction de la prison de Guingamp à partir de 1836. En effet, il souhaite ardemment que ses idées trouvent une traduction architecturale qui permette de conjuguer surveillance (« voir sans être vu »), morale et travail.
- 7 Gustave de Beaumont et Alexis de Tocqueville, Du système pénitentiaire aux États-Unis et de son (...)
13Encouragé par le mouvement de réforme porté par Charles Lucas, et pour appuyer sa réflexion, le nouveau ministre de l’Intérieur Camille de Montalivet (nommé depuis novembre 1830) propose une mission d’étude et d’observation des modèles carcéraux étrangers et en particulier ceux des États-Unis. Cette mission débouche sur la visite aux États-Unis, du 10 mai 1831 au 20 février 1832, des jeunes magistrats Alexis Charles Henri Clérel, comte de Tocqueville, et Gustave de Beaumont. Elle aboutira à la publication du célèbre rapport Du système pénitentiaire aux États-Unis et de son application en France, en décembre 1832 (publié en 1833 7). Par la suite le magistrat Frédéric Demetz et l’architecte Abel Blouet sont envoyés aux États-Unis pour effectuer le relevé des plans des prisons visitées par Alexis de Tocqueville et Gustave de Beaumont. Par rapport au système auburnien, tous les deux privilégient un système d’enfermement jour et nuit en cellule individuelle, tel qu’il est appliqué à Pittsburgh en 1826 et à Philadelphie en 1829 (sévère avec confinement absolu sans travail pour le régime des grands criminels à Walnut Street [1790], généralisé à Pittsburgh [1827], et relatif ou adouci avec travail dans le régime de Cherry Hill [1829]). On parle alors du système pennsylvanien ou philadelphien : une détention organisée sur le principe de la séparation totale des détenus et sur l’isolement jour et nuit du prisonnier.
14La législation française ne tarde pas à prendre en compte ces propositions. Ainsi, par la circulaire d’octobre 1836, le ministre de l’Intérieur Adrien de Gasparin, ami intime du ministre de l’Instruction publique François Guizot, affirme la volonté du gouvernement d’appliquer le régime cellulaire. C’est donc la fin de l’enfermement collectif en grandes cellules, officiellement du moins. Les constructions postérieures doivent alors l’appliquer8.
15À Guingamp justement, depuis la fin de l’Empire, l’administration pénitentiaire demande à la municipalité́ de construire une nouvelle prison. En 1832, la décision est prise, par la Ville et le Conseil général, de l’établir sur le terrain du couvent des Ursulines près de la caserne Saint-Joseph, qui dispose d’un effectif moyen, au XIXe siècle, de 50 soldats mobilisables en cas de besoin. Désormais actée, la conception de la prison relève des prérogatives de l’administration préfectorale et donc de la responsabilité de l’architecte départemental Louis Lorin (né le 20 juillet 1781 et mort le 5 décembre 1846), en liaison étroite avec l’administration pénitentiaire et en particulier Charles Lucas. Louis Lorin est en poste dans le département depuis le 14 décembre 1831 et y restera jusqu’à son décès en 1846.
- 9 Archives municipales de Guingamp, 1 M 63
16Le 15 mai 1833, le « devis descriptif des travaux à exécuter dans la ville de Guingamp pour la construction d’une maison d’arrêt sur le terrain dit de Saint- Joseph » est signé de Louis Lorin (AD22 4 N 98). Les plans, adressés au ministère du Commerce et des Bâtiments civils, sont approuvés avec quelques ajouts (murs portés de 5,10 à 6,10 m, grilles dans le chemin de ronde). Ce sont ces plans qui vont servir de base au projet de construction, lequel prendra encore trois ans avant de passer à l’étape de l’adjudication des travaux. Le 19 février 1836, Louis Lorin écrit au préfet pour lui dire qu’il est en mesure de lui adresser un dossier complet comprenant les plans, les devis et le cahier des charges pour lancer les adjudications des travaux à réaliser9.
17Le 30 avril 1836, après un affichage public, l’adjudication des travaux pour « la construction d’une maison d’arrêt à Guingamp » est attribuée à l’entreprise locale des bords du Trieux (quartier Saint-Sébastien) de Jean-René Botorel, au terme de la séance de soumission des plis, organisée à Saint-Brieuc en présence du préfet Thieullen et de Louis Lorin.
18Les choix retenus, portés par Charles Lucas et Louis Lorin, sont confortés par la circulaire d’octobre 1836 que cite Louis Lorin sur l’en-tête d’un plan modifié le 21 novembre 1836.
Plan et annotations de l’architecte départemental Louis Lorin en en-tête des plans dressés pour la construction de la maison d’arrêt de Guingamp, 21 novembre 1836
© AD22 4 N 98
19Afin d’appliquer complètement la circulaire, il doit diviser les quelques dortoirs prévus avec des cloisons et des portes. Il en résulte un plan plus précis, approuvé par lettre du préfet le 18 février 1837. La construction s’étale ensuite de 1836 à 1840. Un nouveau retard en 1837 est lié au décès de l’entrepreneur Botorel. Son gendre, François Capitaine, maître tailleur de pierre, qui travaillait déjà sur le chantier, en reprend la conduite.
20Le 23 septembre 1840, Charles Lucas, le sous-préfet, le maire, le président du tribunal, le procureur du roi et les notables de la commission des prisons visitent la nouvelle maison d’arrêt. L’inspecteur général des prisons Lucas relève de nombreux points qui empêchent encore l’isolement de tous et toutes et la nécessaire rupture des relations sociales, qu’il pense rédemptrice. Il faut retravailler l’isolation phonique des cellules, la vue sur les cours à partir des fenêtres des cellulles, reprendre des points de surveillance, affecter des cellules avec cheminée aux besoins d’infirmerie...
21Durant l’hiver 1840-1841, le Conseil général vote les derniers crédits nécessaires au fonctionnement et à l’ouverture de la prison : gravure du mot « PRISON » au- dessus de la porte, achat du nécessaire pour le couchage des détenus (hamacs, matelas, couvertures de laine, couvre-lits), mobilier de l’administration...
22Lors de sa mise en service en mai 1841, elle reçoit ses 28 premiers détenus venant de la vieille prison dite « des Carmélites ».
Portail d’entrée
© INSEAC
23La prison, conçue pour 72 prisonniers, va connaître des effectifs très fluctuants, la plupart du temps bien en deçà, mais aussi parfois jusqu’à 120 détenus. Ainsi, s’ils ne sont que 10 en 1846 et 52 en 1848, en 1853 la prison est surpeuplée au point de ne pas pouvoir recevoir de femmes détenues supplémentaires. En effet, au milieu du XIXe siècle, l’indigence augmente très fortement en Europe, avec son lot de mendicité et de brigandage réprimés par des peines de prison.
24Sur un ordonnancement au cordeau et une superficie de 3 038 m2, le plan d’ensemble est quasi rectangulaire, avec un mur nord de 60 m, un mur sud de 68m, un mur est de 47m et enfin un mur ouest de 48 m de long avec la seule porte d’entrée sur « le chemin de Pors en Quen » / rue Pavie aujourd’hui).
25La maison d’arrêt possède une double enceinte de murs de moellons de granit, de 6 m de hauteur, formant un chemin de ronde de 3,40 m de large. Celui-ci accueillait des chiens logés dans un chenil, à l’angle sud-ouest. L’enceinte dessine des angles arrondis pour décourager l’escalade des murs.
26L’édifice s’organise autour de quatre bâtiments principaux : trois bâtiments de cellules et un bâtiment administratif et technique.
27Le bâtiment ouest, l’immeuble administratif, doit comporter « la cuisine, le logement du concierge, celui des guichetiers, un petit bureau, un cabinet pour domestique et une chambre pour le juge d’instruction », selon les plans de Louis Lorin et son devis descriptif de mai 183310. Il compte surtout dans la pratique les logements pour les gardiens (le gardien-chef et le gardien ordinaire). On y signale aussi des infirmeries avec cheminée, qui s’ouvrent sur la cour centrale. L’architecte Louis Lorin les avaient initialement envisagées dans le bâtiment est. Dans les faits, les emplacements des infirmeries seront très aléatoires.
28Une « chambre de l’instruction » est donc bien initialement programmée par l’architecte départemental pour permettre au juge d’instruction (ou aux gendarmes) de conduire les enquêtes (et les entretiens) concernant les prévenus détenus dans la prison de Guingamp. Bien souvent, cette chambre est installée par défaut dans des espaces vacants. En 1910 des travaux sont réalisés pour la positionner définitivement dans l’infirmerie des femmes, déplacée dans des cellules vacantes11.
Chambre d’instruction
© Pôle culture patrimoine Ville de Guingamp
29Le bâtiment nord est réservé aux accusés ou prévenus, hommes et adolescents. Le bâtiment sud reçoit les condamnés, hommes et adolescents. Les détenues (femmes et jeunes filles) accusées et condamnées sont emprisonnées dans le bâtiment est. Chaque quartier pénitentiaire a sa propre cour de promenade.
30La cour centrale, entièrement pavée, est alors seulement aménagée d’un puits circulaire en pierre avec une margelle d’un mètre.
Vue de la cour centrale
© Christophe Batard
31En annexant des cellules, en 1845, une chapelle de trois mètres sur quatre est construite dans le bâtiment nord des prévenus, avant d’être agrandie en 1862. Elle est vivement décorée de fresques réalisées par les détenus eux-mêmes. La scène représentée est celle d'un cachot éclairé par deux étroites fenêtres hautes, fermées de barreaux qui laissent passer une lumière composée de faisceaux convergents. Au centre de la composition, dans une gloire, le Christ trône au-dessus d’une mer agitée et dans un ciel étoilé, dans lequel deux anges jouent de la trompette au-dessus d'une épitaphe : Adveniat Regnum Tuum (Que ton règne vienne).
32Autour du Christ en majesté, les détenus ont complété la peinture murale par une scène rapportée par les Actes des apôtres (12-3-1) d’un ange venant libérer Saint-Pierre, prisonnier enchaîné à Jérusalem et une représentation d’une Jeanne d'Arc emprisonnée, à genoux en prière.
Fresque de la chapelle
© INSEAC
33Les plans de l’architecte comme les descriptions administratives de la prison permettent de bien en appréhender la configuration des cellules. Dans une lettre, le sous-préfet de Guingamp détaille au préfet, le 11 mai 1853 :
« Le quartier des hommes contient 22 cellules [4 m sur 1,75 m, soit 7 m2] à 1 lit pour 22 détenus, 2 chambres où peuvent être placés à la rigueur 8 détenus, et 3 chambres à 2 lits destinés à servir d’infirmeries mais occupées le plus souvent par des personnes bien portantes à défaut d’espace suffisant. [...] Dans le quartier des femmes, il existe 16 cellules à 1 lit pour 16 femmes, 2 chambres à 2 lits pour 4 femmes, 2 infirmeries à 2 lits pour 4 femmes [24 femmes] 12 ».
34Les cellules sont disposées sur deux niveaux autour d’une cour centrale rectangulaire, entourée de galeries soutenues par 28 colonnes en bois de 27 cm de diamètre. Les arcatures de granit prévues au départ sont remplacées par du bois pour des raisons financières. « J’ai été constamment dominé par l’idée de construire à bon marché [...], les galeries de communication sont toutes ouvertes. Si cette disposition est favorable sous le rapport de l’art, elle l’est davantage encore sous celui de l’économie », déclare Louis Lorin au préfet dans sa lettre du 29 juin 183313.
Cellule
© Christophe Batard
35Des colonnes monolithiques en chêne, coiffées de chapiteaux doriques, portent les galeries. Celles du premier étage sont abritées par des toitures débordantes permettant de se déplacer à couvert. Elles sont disposées tous les deux mètres, d’axe en axe, pour respecter la trame des murs séparant les cellules carcérales. Au rez-de-chaussée, elles reposent sur des soubassements formés de dés de granit, et à l’étage sur la sablière du plancher.
Vues des galeries du rez-de chaussée et de l’étage
© INSEAC
36La surveillance de chaque cellule depuis la galerie s’opère grâce à l’innovation approuvée par Charles Lucas, une ouverture dans la porte (dite « guichet » ou « judas »), sécurisée par des barres de fer verticales ou en croix.
Guichet
© INSEAC
37L’éclairage de la cellule est obtenu par une fenêtre à barreaux scellés au plomb (et pas au plâtre!) et les murs en pierre sont enduits et recouverts de chaux.
38Des cellules dites « de répression » (ou « cachot ») sont situées au rez-de-chaussée avec des murs plus épais : deux pour les femmes et trois pour les hommes semblent prévues au départ, comme l’indique l’architecte sur ses plans.
39Dès 1853, la commission de surveillance de la prison de Guingamp demande la construction d‘un autre lieu de répression éloigné de la cour centrale, une « chambre de secret », pour permettre un enfermement très sécurisé et à l’écart des autres prisonniers, conformément à la circulaire du 13 mai 1854 qui prévoit un lieu pour les « prisonniers au secret » ou faisant l’objet de « mesures exceptionnelles ». Elle sera construite finalement en 185714. Ce lieu haut est ensuite nommé le bâtiment « des secrets », dans l’angle nord- ouest de la prison. Ce local fait face à celui destiné aux « passagers », des prisonniers en transit d’une prison à l’autre (angle sud-ouest). À l’entrée de la prison, chacun de ces bâtiments dispose de sa petite cour, de ses lieux d’aisances, et ne permet aucun contact avec le reste de l’établissement.
40Certaines cellules sont de dimensions supérieures à celles des autres, avec des cheminées. Ce sont les cellules dites « à pistole » (le nom vient de celui d’une monnaie courante), c’est-à-dire réservées aux détenus payant une certaine somme (0,10 franc en 1853) pour disposer de meilleures conditions d’enfermement (une cheminée, des draps propres, des livres, une meilleure nourriture).
41La prison compte dix cours de tailles très diverses, identifiables sur les plans initiaux. Certaines cours sont au fur et à mesure couvertes pour devenir des préaux. Destinées à la promenade des détenus, elles sont équipées dans un angle de latrines composées de deux dalles de granit séparées de 15 cm environ, et fermées par une porte s’arrêtant à mi-hauteur pour la surveillance.
Cour des passagers
© INSEAC
42Une progression vers les espaces d’enfermement s’effectue dans un axe est-ouest. Aussi, depuis l’entrée à l’ouest, on pénètre dans une cour menant aux bâtiments dits « du secret » et « des passagers », qui étaient complétés d’un parloir ; ensuite, dans le bâtiment du gardien, qui matérialise ainsi la limite physique entre la liberté et l’enfermement ; et enfin, dans la cour centrale autour de laquelle s’organisent les bâtiments principaux et la coursive qui les dessert.
43À l’ouest, le chemin de ronde servait de potager au gardien, et un chenil occupait l’angle sud-ouest. Les bâtiments répondaient à une affectation définie : les hommes au nord et au sud ; les femmes à l’extrémité est ; chacun ayant sa propre cour, équipée de latrines. Un système sophistiqué pour la collecte des eaux usées et des eaux de pluie, que le temps avait enseveli sous la terre et la végétation, a été redécouvert à l’occasion des études menées pour le nouveau projet (caniveaux, fosses...).
- 15 Christophe Batard, Monumental, Paris, Éditions du patrimoine, 2018, 1er semestre, p. 40-41.
44Le projet de Louis Lorin, datant de 1837, est assez proche des dispositions actuelles, qui ont suivi l’évolution de la législation sur les établissements pénitentiaires. La modification la plus notable par rapport au projet d’origine est celle qui confère à cet édifice son image si particulière. En effet, la coursive de la cour centrale, initialement prévue en arcatures de granit, sera finalement réalisée en bois pour des raisons financières, donnant à l’ensemble son aspect étonnamment colonial15.
45L’architecture est soulignée par une frise qui court dans tous les bâtiments. C’est une suite de deux rinceaux simplifiés, ponctués d’un losange, qui orne les murs blanchis à la chaux. Comme tous les travaux d’entretien et de décoration, elle a été réalisée par les détenus.
46Si sa datation n’est avérée par aucune source, son style évoque cependant l’entre-deux-guerres. La rénovation va donner lieu à de nombreuses reprises de ce rinceau.
Frise et réemploi
© INSEAC
Plan au sol réalisé à partir du plan et des annotations de l’architecte départemental Louis Lorin, 21 novembre 1836 (AD22 4 N 98), du plan de l’étude de Marie-Suzanne de Ponthaud, architecte en chef des Monuments historiques, et du relevé dressé par H. Minier, architecte DPLG (diplômé par le gouvernement), le 31 juillet 1997
Réalisation Jean-François Pommier (responsable du pôle numérique du CNAM Bretagne) et Emmanuel Laot (AD22 et INSEAC du CNAM).
47Comment la population voyait-elle cette prison ? Il semble bien qu’il faille regarder les choses de façon chronologique pour y répondre. Ainsi à peine sa construction achevée, que les conditions faites aux détenus sont remises en cause. On critique à la fois le bâtiment et l’encellulement individuel. En 1846, l’abbé Urbain Onfroy- Kermoalquin de Guingamp, se fait le porte-parole en chaire et dans un ouvrage édité d’un courant de pensée qu’on peut encore retrouver dans des échanges et débats contemporains :
« L’édifice est fort convenable, considéré en lui-même. Peut-être cependant n’inspirerait-il pas assez d’horreur à la classe qui l’habite et qui généralement grossière a plus besoin qu’on ne pense d’être frappée par les sens. Des prisons trop belles attirent plutôt qu’elles n’éloignent certaines gens. Nous n’aimons pas d’un autre côté qu’on fasse pour les criminels plus ni même autant que pour les pauvres, et cependant que d’hospices moins beaux que la prison de Guingamp ! Mais devons-nous parler surtout du système adopté dans la construction de cette prison. [...].
- 16 Abbé Urbain Onfroy-Kermoalquin, Études sur les villes de Bretagne, imprimerie B. Jollivet, 1846.
Ainsi il est enjoint aujourd’hui à toutes les administrations des prisons sans exception, de donner aux prisonniers des vêtements de laine, du pain de froment et à certains jours de la semaine, de la viande. Or nos paysans bretons et les pauvres de nos villes n’ont guère que de la toile pour se vêtir, et ne mangent que des pommes de terre et du pain noir. Est-il sage, je le demande à nos gouvernants, de placer de la sorte le coupable dans un bien-être matériel supérieur à celui de l’indigent et du travailleur honnête ? Et n’est-il pas à craindre que des hommes grossiers pour lesquels les sens sont presque tout, se fassent volontairement condamner à la prison dont le régime est meilleur que le leur, dans leurs pauvres habitations, où ils sont privés d’une nourriture suffisante16 ? ».
48Ces personnes, ici enviées, sont toutes séparées au regard de leur état. Ce sont des prévenu(e)s et des condamné(e)s, des hommes et des femmes, des mineurs et majeurs.
49La réglementation prévoit par ailleurs que les prévenus gardent leurs vêtements personnels, alors que les condamnés doivent porter le costume carcéral (pantalon, gilet, veste, paire de sabots et chemise pour les hommes ; camisole, jupon de dessous, jupon de dessus, coiffe, paire de chaussettes ou de chaussons, paire de sabots, chemise et cornette pour la nuit pour les femmes).
50Au XIXe siècle les prisonniers, prévenus et condamnés par la justice correctionnelle, sont majoritairement des miséreux. Les registres évoquent des « nomades », des « rouleurs » (petits transporteurs), mendiants, « vagabonds », journaliers (ouvriers) agricoles, cultivateurs, domestiques, ouvriers, artisans, apprentis... Ces hommes et ces femmes de tous âges sont des personnes en marge des débuts de l’industrialisation et de l’urbanisation. Les prisonniers sont le plus souvent accusés de petits vols mais aussi de violences et en particulier sexuelles. Le vagabondage et la prostitution sont aussi très présents. Cette population carcérale est révélatrice d’une société dans laquelle la place de la propriété privée est grandissante au XIXe siècle, dans laquelle les vols et surtout les petits vols accompagnent pauvreté et déclassement, et dans laquelle on porte plus facilement plainte. Dès lors, si les délits sont en augmentation, ils sont aussi davantage punis. Le Code pénal du XIXe siècle doit d’ailleurs s’adapter à cette criminalité de petite délinquance du quotidien (bien différente du banditisme pour lequel il est prévu, avec son cortège de lourdes sanctions). La prison de Guingamp est à l’image de cette justice correctionnelle qui se développe dans un arrondissement rural.
Scène de rue montrant deux hommes (mendiants ?) et un groupe d’enfants (cliché pris à l’angle de la rue Saint-Michel et de la rue des Ponts-Saint-Michel, à Guingamp), Georges Nitsch (1866-1941, photographe)
© Musée de Bretagne (976.0041.153)
51En plus d’une très grande majorité de prisonniers enfermés pour de petits méfaits, on trouve une deuxième catégorie composée de prisonniers condamnés pour dettes envers l’État, de militaires, marins de l’État et de commerce, d’« enfants en correction paternelle » (enfermés sur demande du père). Il y a aussi les « passagers », prisonniers de passage ou en attente. Ce sont des détenus qui doivent comparaître devant une juridiction d’assises ou d’appel, ou rejoindre un autre lieu de détention (maison centrale, bagne).
52Tout au long du fonctionnement de la prison, les frais engagés pour son entretien ou son amélioration sont très minimes et les travaux toujours insuffisants pour éviter le délabrement malgré les demandes répétées dont font état les documents d’archives.
53En 1846, un réverbère est installé pour éclairer la cour centrale. Le pétrole est remplacé́ par le gaz en 1914 à la demande de la direction de l’Administration pénitentiaire, le 30 janvier 1914. En 1925, l’électricité permet d’éclairer jusqu’au chemin de ronde. On espère ainsi ne plus connaître de tentative d’évasion17.
54En effet en 1925, un prisonnier d’origine russe est enfermé à Guingamp. Basile (ou Bazile) Alinitchenski (ou Alinitchensky) y tente de multiples évasions. Par deux fois, il y parvient, avant d’être à chaque fois retrouvé au bout de quelques jours. C’est un des moments d’exception d’un parcours hors norme qui commence en Russie et se poursuit en France à partir de la Première Guerre mondiale. De condamnations en évasions, d’explications qu’il livre au compte-gouttes en interrogatoires et jugements, son histoire a fasciné ses contemporains, comme en témoigne la presse de l’époque. On perd sa trace en 1933, de nouveau en fuite d’un bagne de Guyane.
Extrait du registre d’écrou, 1925
© AD22 2 Y 115
L’Ouest-Éclair, 16 septembre 1925
© Gallica/BnF
55Depuis les années 20, le nombre de détenus y est désormais très faible et en 1927, un rapport du directeur de la circonscription pénitentiaire de Rennes dresse un tableau inquiétant de la prison. Il insiste sur « le mauvais état général des bâtiments [...] et notamment la nécessité de refaire entièrement les toitures nord et sud du quartier des hommes »18. Par la suite, le nombre de détenus ne fait que décroître. Les archives parlent de 4 détenus en 1932, 8 en 1933.
56Dans le cadre du décret du 28 avril 1934 du ministère de la Justice et de la direction de l’Administration pénitentiaire, la maison d’arrêt de Guingamp est transférée à Saint-Brieuc le 20 juin 1934. Le sous-préfet annonce donc au préfet, le 30 juin 1934, que « les clés de la maison d’arrêt de Guingamp récemment désaffectée ont été remises à la gendarmerie de cette ville, qui a pris charge de l’organisation de chambres de sûreté19 ».
57En 1937 et en 1939, l’ancienne prison devient un centre d’accueil et d’hébergement important de réfugiés espagnols (plus de 100 en 1937 et de 200 en 1939) organisés par la préfecture et un Comité d’accueil et de secours aux réfugiés espagnols. Pour cela cependant, il a fallu passer outre les premières hésitations du sous-préfet, Jean Giraud en charge de cet accueil qui évoque sa « destination ancienne » et son appellation d’ancienne prison ». Le 10 juillet 1937, « Le premier contingent des infortunés Espagnols fut confortablement installé dans l’établissement départemental qui leur a été réservé à Guingamp », relate la presse guingampaise20. Le mot « prison » n’est plus utilisé, mais en 1939 après un nouveau temps d’accueil, le contexte de guerre va rendre au lieu à sa vocation initiale dans le cadre de la réquisition par l’armée pour enfermer les prisonniers du dépôt d’infanterie.
Cliché présenté par Jeannine Grimault, dans « La prison cellulaire (1848-1934) », Les Amis du patrimoine de Guingamp, n° 32, juin 2002
© AD22 HP 132 C
- 21 Registres d’écrou, AD22 1162 W 11-12
58En 1941, le régime de l’État français réouvre officiellement la maison d’arrêt, qui reçoit le 11 janvier ses nouveaux premiers prisonniers, des condamnés à de courtes peines d’enfermement comme des condamnés aux assises21 ainsi que des prisonniers dits « passagers ». Lors de la libération de Guingamp, le 7 août 1944, elle compte 76 prisonniers (50 de droit commun et 26 détenus politiques).
59À partir du 10 février 1943, on trouve en effet les mentions de « prisonniers par les autorités allemandes », libérés ou transférés (aucune mention d’enfermement de personnes dites « juives »). Pour donner un ordre de grandeur, le registre atteste de 48 hommes et femmes en 1943 et 232 en 1944. À titre d’exemple, Hélène Le Chevalier (1917-2006, députée de 1946 à 1951) est arrêtée à Kergrist-Moëlou en mars 1943 et internée 5 mois à la prison de Guingamp. Louis Guilloux s’est inspiré de son engagement pour construire le personnage de Monique dans Le Jeu de patience (prix Renaudot en 1949). Denise Le Graët-Le Flohic (1923-2022), arrêtée pour avoir distribué un journal clandestin, des faux papiers mais aussi des armes, est torturée dans la prison de Guingamp puis déportée dans les camps de Ravensbrück et Oranienburg-Sachsenhausen, et libérée en mai 1945. Paul Bernard et Charles Queillé, deux jeunes résistants exécutés en mai 1944, qui ont laissé des lettres poignantes à leurs familles.
- 22 AD22 1162 W 22
- 23 AD 22 1162 W 21
60Avec la Libération, entrent les prisonniers de l’épuration spontanée puis de l’épuration légale. Les emprisonnements signés « AA » (autorités allemandes) sont remplacés sur le registre par des mentions du CLN (Comité́ de libération nationale), voire une mention « A[rmée] Américaine »22. Il faut signaler les 53 femmes enfermées par le « Comité d’Alger » et/ou le CLN (à partir du 10 août), du 8 au 10 août 1944. Seules deux d’entre elles sont transférées à Saint-Brieuc, alors que les autres sont libérées très rapidement23.
61Des graffitis pour mémoire
- 24 Marc Renneville (directeur de recherche au CNRS. Centre A.-Koyré et CLAMOR)
et Jean-Lucien Sanchez (...)
« Dans la prison de Guingamp, à partir de 1941, les détenus ont eux aussi laissé des traces de leur passage par de nombreux graffitis aux motifs marqués par le contexte politique de l’incarcération. Ainsi, des croix gammées nazies cohabitent avec des croix de Lorraine gaullistes, autant de symboles laissés successivement par des résistants et des collaborateurs. La municipalité de Guingamp, consciente de l’intérêt de ce patrimoine et de sa fragilité, a autorisé́ en novembre 2016 l’équipe de Criminocorpus à conduire une campagne photographique. Bien qu’il s’agisse d’un ensemble lacunaire, les photos de ces graffitis témoignent d’une présence aujourd’hui disparue. Ces clichés réalisés dans l’urgence n’avaient d’autre visée que de conserver une évocation de la détention. Pour mémoire »24.
Graffiti de la maison d'arrêt de Guingamp
© Marc Reneville et Jean-Lucien Sanchez
- 25 AD22 1162 W 12 et 13
- 26 AD22 1162 W 13
62Le 28 mars 1952, c’est l’arrivée du dernier entrant, condamné en correctionnelle pour menaces de mort. Il est transféré au regard de son état mental à l’hôpital psychiatrique de Léhon (22)25. Les deux derniers prisonniers de la prison de Guingamp sont transférés le 9 juin 1952 à la maison d’arrêt de Saint-Brieuc26. La prison est désormais vide de prisonniers.
63Selon les registres d’écrous. conservés aux archives départementales des Côtes-d’Armor, elle a reçu 31 661 détenues et détenus de 1841 à 1952. De 1841 à 1934, la prison enferma 28 587 personnes, dont près de 8500 prévenus et 11000 condamnés, les autres étant principalement des prisonniers passagers (près de 6 000) ou enfermés pour dettes (1 361). De 1941 à 1952, ils furent encore 3074 à passer entre ses murs. Les chiffres impressionnent mais s’expliquent par le fait qu’il s’agissait de peines très courtes.
Registres d’écrou de la prison de Guingamp
© AD22
64Après 1952, la prison, vendue par le Département à l’État, sert encore de logements d’urgence, de dépôt de tabac, de douches municipales... Le logement du gardien demeure longtemps habité. Si on pense, un temps, en faire une extension du lycée public de la ville, le lycée Auguste Pavie (ouvert en 1951 dans l’ancien hôpital général) pour répondre à la croissance démographique, l’idée est abandonnée au profit de la construction d’un bâtiment neuf pour le lycée à partir de 1960.
Photographie aérienne du fonds Henrard
© AD22 26 FI 141
65De 1956 à 1989, elle devient un centre spécial de conservation d’archives fiscales, celui du service des Hypothèques (service de protection en droit civil des créanciers et service fiscal), à la suite du décret du 4 janvier 1955 et de l’arrêté interministériel du 9 avril 1956. En décembre 1983, ce centre spécial procède au versement aux archives départementales de 1571 registres de transcriptions des années 1854-1883, représentant 69 mètres linéaires de documents fiscaux. Le 15 septembre 1988, les archives départementales des Côtes-d’Armor conduisent, sur le site, une visite d’inspection qui s’avère inquiétante pour la bonne conservation des documents, tant dans les cellules que les greniers utilisés. À cette occasion, les photographes des archives réalisent une série de clichés qui témoignent de son état de délabrement.
Photographie de la cour centrale, 15 septembre 1988
© Archives départementales des Côtes-d’Armor
66La direction des Services fiscaux des Côtes-du-Nord procède alors au versement des derniers documents hypothécaires dans le nouveau bâtiment des archives départementales à Saint-Brieuc.
67Aucun entretien n’ayant été fait depuis la fermeture de la prison en 1952, les bâtiments se dégradent vite et la tempête de la nuit du 15 au 16 octobre 1987 l’endommage fortement. Une grande partie des toitures sont arrachées et un pan du mur est d’enceinte s’effondre sur plus de 20 mètres en partie sur des voitures garées devant.
68En 1992, la commune de Guingamp devient propriétaire des bâtiments en les rachetant à l’État. Le 18 mai 1993, c’est l’inscription à l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques. Il y a bien des projets : on parle par exemple d’un « musée archéologique ». Les coûts freinent les ambitions et seules quelques mesures conservatoires sont alors adoptées.
69Dans le prolongement de ces décisions, Marie-Suzanne de Ponthaud, architecte en chef des Monuments historiques pour les Côtes d’Armor (depuis 1996) fait réaliser un plan de la prison pour la DRAC Bretagne le 31 juillet 1997. Son action pionnière conduit l’ancienne prison et son enceinte à être ensuite classées monument historique par arrêté du 15 décembre 1997 : « Guingamp. − Ancienne prison, 4, rue Auguste-Pavie, y compris son enceinte (CAD AI 92) : classement par arrêté du 15 décembre 1997. »
- 27 Bulletin de l’Association bretonne, 2000, t. CIX, p. 246.
70La tempête du 26 décembre 1999 aggrave encore l’état de la prison. En juin 2000, l’historien Daniel Leloup y organise une visite pour l’Association bretonne et déclare dans son compte rendu : « Ce bâtiment, qui malheureusement est en très mauvais état actuellement, mériterait un meilleur sort27 ».
71Pour des raisons évidentes de sécurité, les rares visites organisées s’achèvent à la fin de l’été 2002. Désormais la prison est close et le grand public n’y a plus accès. Dans Guingamp, on parle encore cependant d’incursions clandestines pour ne pas parler de squatteurs. En décembre 2002, si le conseil municipal s’accorde sur des travaux de sauvegarde, il est cependant divisé sur le projet. La municipalité, consciente de sa nécessaire réhabilitation, n’a pas encore de vision claire quant à sa destination (future maison des associations et des syndicats...).
72Durant cette décennie pleine d’hésitations, des voix se font entendre pour dénoncer l’inaction des pouvoirs publics en particulier au nom d’une partie des anciens prisonniers de la Prison de Guingamp, les victimes et témoins des heures noires de la collaboration et de l’occupation nazie.
- 28 Le Télégramme, 12 février 2002.
73À l’occasion d’une prise de position publique sur le devenir de la prison en 2002, Claudine Mazéas explique dans la presse que, le 22 décembre 1943, arrêtée en raison de ses origines juives, elle y a séjourné une nuit avec sa mère, son frère et sa grand-mère, avant d’être transférée à la prison de Saint-Brieuc puis au camp de Drancy, où elle a échappé à la déportation en Allemagne. « Cela me fait mal au cœur de la voir se dégrader. On a même parlé de la détruire. C’est un lieu de mémoire. Je pense à tous ces jeunes résistants qui y ont été internés. Certains y ont passé leur dernière nuit avant d’être fusillés par les Allemands. Cela impose un certain respect. » « Ce lieu porte encore la souffrance de ceux qui y sont passés. Des adolescents, des résistants, les opposants au régime de Franco [...] C’était un lieu de détention pour les Juifs et ceux qu’on appelait les anti-Français. Il faut réhabiliter la prison avec sensibilité et respect. Ne pas désacraliser l’endroit. Bref, la prison doit garder cette mémoire28 ».
Claudine Mazéas
© Le Télégramme, 12 février 2002.
- 29 AD22 JP 167, 26 août 2004.
74Le 25 août 2004, comme on peut le lire le lendemain dans la presse, « le feu ravage l’ancienne prison ». Le Télégramme rapporte que « vers 18 h 20, un feu s’est déclaré [...] Les dégâts sont extrêmement importants. La partie gauche de la toiture est détruite à 80 % tandis que les escaliers ont été également endommagés29 ».
Vue aérienne de 2006
© L’Écho de l’Armor et l’Argoat 2006.
- 30 Le Télégramme, 4 août 2006.
75En 2006, la Ville de Guingamp (après le vote d’un premier budget) et le ministère de la Culture, par son service des Monuments historiques, entament les opérations de sauvetage des bâtiments. Il y a urgence. « La toiture est percée. Les planchers prennent l’eau. On ne peut plus marcher à certains endroits », constate Christophe Batard, architecte en chef des Monuments historiques. Selon lui, elle « est actuellement en piteux état. L’incendie d’août 2004 n’a pas forcément arrangé les choses pour cet édifice [...] Avant de lui donner une nouvelle destination, il devenait urgent d’engager une phase de rénovation. Le sauvetage de l’ancienne prison est aujourd’hui en bonne voie. [...] On va dresser les priorités, localiser les travaux30… ».
76Pour cette étape, l’État a débloqué une enveloppe de 600 000 €. Cette restauration est le premier pas d’un retour à la vie pour cet édifice. Un centre d’interprétation de l’architecture et du patrimoine (CIAP) avec vocation d’accueillir le public et porté par le Pays de Guingamp est envisagé.
77En 2008, avec les premiers travaux, la question de la destination des bâtiments se poursuit avec l’évocation d’un office de tourisme à vocation communautaire ou de pays voire d’un musée. Le quotidien Ouest-France du 19 novembre 2008 titre : « Un écrin sans bijou ». Le journal rapporte en détail les premiers travaux envisagés et leurs financements. Les travaux importants de 2008 à début 2009 doivent stopper la dégradation. Il s’agit en priorité, après les dommages du temps, d’une mise hors d’eau et hors d’air. Ce budget permet ensuite d’entamer la rénovation totale des bâtiments situés autour de la cour. La restauration (ou dans certains cas le changement) des colonnes en bois et de leurs poteaux de soutènement de la cour principale, à l’étage des gardes-corps, des planchers des cellules et de la coursive ainsi que des charpentes, est réalisée par la société finistérienne Ateliers DLB.
- 31 Le Télégramme, 21 décembre 2011.
78Dès 2011, l’objectif d’« ouvrir le plus rapidement possible au public » est affirmé par la maire de Guingamp, Annie Le Houérou. Elle déclare en 2011 que « maintenant que le site est hors d’eau, il est urgent de lui donner une vocation, car il continue à se dégrader [...] L’objectif est d’ouvrir le site le plus rapidement au public, tout en restant dans nos possibilités financières » et d’en faire « un point d’entrée pour le tourisme dans le pays de Guingamp »31.
- 32 Ouest-France, 23 décembre 2011.
79Pour franchir cette nouvelle étape, la Ville a choisi quelqu’un qui connaît bien le bâtiment, Christophe Batard, architecte en chef des Monuments historiques, cogérant de l’agence 2BDM. Il devient le maître d’œuvre des travaux de restauration32. La ville annonce par ailleurs en 2012 qu’elle souhaite poursuivre sa collaboration avec le Centre d’art GwinZegal, qui vient de s’installer à Guingamp. On parle alors d’implanter dans l’ancienne prison un centre d’interprétation lié à l’image.
- 33 Ouest-France, 23 avril 2013.
80La réunion du conseil municipal de la ville de Guingamp du 25 mars 2013 marque une étape très importante. La presse locale témoigne d’ailleurs de l’attention et de l’intérêt de tous au projet. « Aujourd’hui la Ville a voté́ un budget pour ouvrir enfin le bâtiment au public et lui donner une vocation [culturelle et artistique] avec le Centre des arts visuels et des patrimoines »33.
81Christophe Batard, architecte en chef des monuments historiques (en charge des Côtes-d’Armor de 2005-2015) et architecte DPLG (diplômé par le gouvernement), l’associé, co-gérant d’Artene architectes est revenu en 2021 sur ce chantier hors-norme.
« Le projet a été confronté à plusieurs écueils propres aux prisons. Une prison, conçue pour rendre impossible une évasion, semblait incompatible avec l’objectif d’ouverture d’un établissement culturel devant recevoir des visiteurs avec une entrée visible. La prison de Guingamp disposait d’une seule entrée à l’ouest, ouvrant sur la rue, avec une importante différence de niveau et sous-dimensionnée par rapport aux besoins nouveaux. Par ailleurs, elle comportait de nombreuses cellules difficilement exploitables (peu éclairées, surfaces réduites, disposées en couloir). Enfin, parmi les difficultés liées au programme, le centre de photographie envisagé nécessitait des salles d’exposition conformes aux attentes en conservation préventive et se mariant mal avec une architecture sommaire, non isolée, constituée de petites pièces sans recul. Le projet a donc dû concilier ces contraintes : préserver les dispositions les plus intéressantes, tout en exploitant ses qualités : la régularité de son plan et ses axes de composition. L’entrée ouest ne pouvait constituer l’accès principal, de même que les bâtiments ne pouvaient, sans conséquence, accueillir des espaces d’exposition. Trois choix importants ont été faits : le percement d’une ouverture au sud pour servir de parvis (donnant sur un parking), l’axe nord-sud servant ainsi de desserte principale pour le parcours du public ; la création d’extensions contemporaines dans les cours est et nord, pour leur volume et la facilité de maîtrise du climat ; enfin, la préservation et la mise en valeur patrimoniale de toute la zone ouest de la prison, pour la visite et l’évocation de son fonctionnement d’origine, à travers une restauration respectueuse (pas de décloisonnement des cellules, pas de modification des portes ni des sols, fenêtres d’origine restaurées). Tout d’abord, par respect de l’authenticité du site, nous avons cherché́ une expression contemporaine des aménagements modernes. En contrepartie, nous avons choisi des teintes en camaïeux de gris ou inox. Elles s’accordaient de manière douce avec les ouvrages en place : structure des coursives, portes des cellules, soubassements, fenêtres... L’entrée initiale ouest est affectée à la zone de mise en valeur patrimoniale, tandis qu’un parvis au sud précède désormais une entrée contemporaine adaptée, et servant à signaler la présence de ce nouvel équipement.
Le portail créé, ainsi que les parements d’habillage des extensions neuves, reprennent ici un motif “symbole” de la prison dessiné par les détenus en guise de frise des soubassements ; ce motif est un rappel de l’ancienne affectation, et un fil conducteur du projet. Les parements métalliques des extensions présentent une particularité : ces parois ont une légère inclinaison qui laisse rentrer plus généreusement la lumière sur les murs d’enceinte laissés totalement libres. Comme pour évoquer la photographie, elle permet aussi par reflet et rebond de faire rentrer une lumière indirecte intéressante pour les salles d’exposition. Depuis quelques mois, la prison, dont certains bâtiments sont restés “libres”, s’adapte à son nouvel élément de programme : l’INSEAC, sans modifier les volumes ni le parti initial du projet, mais en déployant différemment les affectations à l’intérieur du monument. Cet institut confirme plus encore la nouvelle vocation culturelle du lieu, que le projet contemporain souligne et sert par ses aménagements et ses équipements ».
82Le chantier commence en janvier 2017 pour permettre la réouverture du site. Dans le cadre de cette phase 1 du chantier de réhabilitation, une entrée a été ouverte au sud, certains murs relevés et des éléments de toitures refaits. La cour des condamnés a été nettoyée entièrement de ses herbes folles. La cour principale a été elle aussi totalement remaniée pour être intégralement pavée et libérer la vue sur les petites cellules individuelles.
La cour centrale en 2017
© Pôle culture patrimoine Ville de Guingamp
83Une campagne de souscription est lancée en février 2017 par la Ville de Guingamp et la Fondation du patrimoine (dont la mission d’intérêt général vise à « la préservation du patrimoine non protégé : bâti, mobilier, industriel, naturel, maritime, fluvial, etc. »). La signature de la convention a permis la mise en place d’une souscription publique concernant la deuxième phase du programme de reconversion de l’ancienne prison.
84Dans le cadre de cette campagne de mécénat, la société d’entreprise de distribution de gaz, Primagaz, a contribué́ à la hauteur de 77 000 € à l’aménagement de la salle d’exposition dédiée au Centre d’art contemporain d’intérêt national GwinZegal34. On entre alors dans la deuxième phase qui marque la création d’espaces dédiés au centre d’art : une salle d’exposition, des bureaux, l’accueil, une petite cafétéria...
Vue de la cour du centre d’art
© Centre d’art GwinZegal
Centre d’art GwinZegal
© Christophe Batard
Centre d’art GwinZegal
© Christophe Batard
85GwinZegal s’installe donc dans une partie de l’ancienne prison le vendredi 26 avril 2019. Le centre occupe désormais ce qui fut le bâtiment des femmes et la cour des femmes condamnées.
86Depuis la fin des travaux qui ont permis l’ouverture du centre d’art, le lieu, tel qu’il a été aménagé, n’a cessé́ de connaître des temps forts éducatifs et culturels, tant collectifs qu’individuels. Désormais ce sont les visites du site qui « s’enchaînent », et l’on a pu parler d’un début de programmation culturelle avant les phases de confinement de 2020-2021.
87La phase 3 des travaux, commencée début 2020, a concerné́ le mur d’enceinte mais également la reprise des chemins de ronde et la réhabilitation de la maison du gardien.
Chemin de ronde
© Christophe Batard
Maison du concierge
© Christophe Batard
- 35 Le Télégramme, 20 juin 2019.
88Le 14 juin 2019, lors d’une réunion du Haut Conseil à l’éducation artistique et culturelle (HCEAC), les trois ministères de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche et de la Culture annoncent la création de l’Institut national supérieur de l’éducation artistique et culturelle (INSEAC) du Conservatoire national des Arts et Métiers (CNAM). L’annonce est doublée de celle de son implantation à Guingamp dans l’ancienne prison. L’âme initiale qui s’est voulue « rééducative » chez les concepteurs de la prison devient ainsi complètement artistique et culturelle. « Transformer une prison en école apparaît comme un merveilleux symbole », se félicite Emmanuel Ethis, vice-président du HCEAC35.
89Des enseignants, des éducateurs, des artistes et des étudiants de master poussant les portes d’une prison réhabilitée, pour venir se former au sein de l’Institut national supérieur de l’éducation artistique et culturelle allait devenir une réalité dans une ville de 7 000 habitants, Guingamp. Une situation unique en France !
90Le 19 février 2020, une convention de partenariat sur 10 ans est signée et ouvre une phase de préfiguration de 18 mois pour l’institut, qui doit accueillir sa première promotion à la rentrée 2021. Installé au cœur d’un territoire fortement engagé dans la politique d’éducation artistique et culturelle, l’INSEAC est le fruit d’un ambitieux partenariat des trois ministères avec le conseil régional de Bretagne, le conseil départemental des Côtes-d’Armor, Guingamp-Paimpol agglomération et la Ville de Guingamp. En effet, toutes ces collectivités territoriales se sont mobilisées pour accueillir les étudiants, professeurs et enseignants-chercheurs dans des salles adaptées à leurs besoins. L’engagement de l’État et ici du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation s’élève à hauteur d’un million d’euros sur 2020-2021 pour effectuer la quatrième phase des travaux, et un budget de 600 000 € sur 5 ans est alloué pour le fonctionnement de l’institut. La réhabilitation globale de la Prison se poursuit alors avec la restauration et l’aménagement de l’intérieur du bâtiment. Des salles modernes sont installées dans les anciennes cours de promenades des détenu(e)s, sans s’appuyer sur la structure précédente. On parle ainsi d’une certaine forme de réversibilité dans cette architecture : si à un moment donné, il faut déconstruire ces parties-là̀, ce sera envisageable.
91Le coût global de la restauration et de l’aménagement de l’ancienne prison s’élève à près de 9 millions d’euros, dont près de la moitié a été financée par l’État (43 %), l’Union européenne, la Région Bretagne, le conseil départemental des Côtes-d’Armor, et la Fondation du patrimoine.
92Comme les premiers travaux de sauvegarde (pour l’essentiel la réfection des toitures), le financement des deux premières phases de restauration a principalement été assuré par la Ville de Guingamp avec le soutien de l’État (par sa direction régionale des Affaires culturelles de Bretagne). À partir de 2016, l’État poursuit son implication par des dotations puis avec la prise en charge de l’installation de l’INSEAC par le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation.
93Ces efforts conjoints ont permis, de 2014 à 2019, la réalisation de l’entrée principale avec le percement des murs d’enceinte, l’aménagement de la cour centrale, la création de l’extension dédiée au centre d’art GwinZegal (salle d’exposition) et les aménagements de sa cafétéria et de son espace accueil. En 2019-2020, l’enceinte, le chemin de ronde et le bâtiment du concierge (futurs bureaux de l’INSEAC) ont été restaurés. En 2020- 2021, le chantier d’installation de l’INSEAC a principalement consisté à créer deux nouvelles extensions (une salle de cours/expérimentation/conférence, une salle d’exposition/conférence) et à aménager le bâtiment du secret en studio d’enregistrement de podcasts, et celui des passagers en salle de partage et de restauration.
Plan extrait de la brochure réalisée par le Pôle culture patrimoine Ville de Guingamp
- 36 https://www.villeguingamp.bzh/index.php/culture-et-patrimoine/le-patrimoine-guingampais
© Pôle culture patrimoine Ville de Guingamp36
- 37 https://www.cnam-inseac.fr/ancienne-prison-guingamp
94Une équipe de huit enseignants-chercheurs s’est installée à Guingamp dès le mois de septembre 2020 pour élaborer les contenus pédagogiques, avant l’arrivée des premiers étudiants et doctorants en septembre 202137.
Photo de la rentrée universitaire de 2021 avec la première promotion de masters 1, l’ensemble de l’équipe enseignante et administrative sous la direction d’Emmanuel Ethis et de Damien Malinas
© INSEAC
Emmanuel Ethis remet le carnet de bord de l’Inseac aux étudiants dans une des 4 salles d’enseignements, 14 octobre 2021
© INSEAC
- 38 Le Journal des Arts, N°590, 27 mai - 9 juin 2022.
95Depuis lors, la Prison connait une vie de campus universitaire, couplée à celle d’un centre d’art contemporain qui en fait un lieu unique d’échanges et de pratiques éducatives, culturelles et artistiques. Les cohortes d’étudiants croisent celles des élèves comme celles de visiteurs. Des professionnels de tous les domaines des arts, de la culture et de l’EAC s’y rencontrent, travaillent avec des chercheurs pour y conduire une politique publique d’éducation artistique et culturelle pour tous. Les colloques et rencontrent s’y succèdent pour en faire « l’épicentre de l’éducation artistique et culturelle en France ». Jean-Christophe Castelain, dans Le Journal des Arts38 a salué en mai 2022 « l’école des “hussards de l’EAC” dont « l’un des bénéfices immédiats du lieu est de matérialiser un programme national, multiforme à travers un édifice, monumental, qui plus est, à la charge symbolique très forte ».
- 39 « À Guingamp, avec les futurs “hussards” de l’éducation artistique et culturelle », Sandrine Blanch (...)
- 40 L’Inseac à Guingamp Une utopie qui écrit l’EAC en lettres majuscules !
96Sandrine Blanchard, dans son article paru dans le quotidien Le Monde39, a repris ce vocable militant pour souligner la « méthodologie et expertise » de l’INSEAC « un peu comme des hussards de l’éducation artistique et culturelle » qui dissémineraient les initiatives ». C’est aussi le cas d’Eric Fourreau dans un numéro de la revue Nectart en 2023, qui invite chacun à pousser « les portes de la prison pour sentir le vent de liberté et d’expérimentation que souffle une petite équipe qui a choisi de transmettre ce qui se transmet : l’éducation artistique et culturelle, qu’on finit par appeler EAC par commodité40 ».
- 41 Plus de 500 candidatures au master 1 pour la rentrée 2023 sur les plateformes « Mon Master » et « É (...)
97En septembre 2022, pour sa deuxième rentrée, l’Inseac s’est affirmé comme un grand établissement d'enseignement supérieur public, avec outre le master 1 Education Artistique et Culturelle – Culture et communication, l’ouverture de son master 2 accueillant 35 étudiants (les M1 de l’année universitaire précédente et des profils en reconversion, ou en formation continue, d’horizons géographiques et professionnels différents). Par ailleurs, aux 12 étudiants de la formation de BAC+1 d’agent d’accueil des publics de l’EAC, il faut aussi ajouter les 8 doctorants. Désormais, c’est donc près de 90 étudiants qui viennent du Trégor comme du monde entier ( Brésil ,Chine, Corée du Sud, États-Unis, Iran, Portugal,Tunisie, etc.) qui témoignent de l’attractivité, du rayonnement et de la qualité des formations dispensées au sein de l’ancienne prison41.
Les rencontres de l'Éducation Artistique et Culturelle - Prélude à une Éducation artistique et culturelle joyeuse, le 8 septembre 2022 à l’Inseac du Cnam
© INSEAC
98Désormais, tant aux Journées européennes du patrimoine ou la foule se presse, qu’aux temps forts organisés durant l’année universitaire, tout comme lors des vernissages d’exposition du centre d’art d’intérêt national GwinZegal42, la Prison est devenue un lieu incontournable. Le lieu est aussi doté de nombreux outils de médiations préparés par les enseignants et leurs étudiants et étudiantes de l’INSEAC, des parcours sonores réalisés en 2017 par le pôle culture et patrimoine de la Ville43.
99L’ouvrage, “La prison de Guingamp, de 1841 à nos jours” retrace l’histoire de ce lieu atypique. La lecture du livre est complétée par de nombreux enrichissements numériques accessibles à tous (témoignages, articles et vidéos de presse, lectures, documents d’archives ou encore productions artistiques et culturelles)44.
100De très nombreux projets et actions d’éducation artistique et culturelles s’appuient sur son patrimoine comme y trouvent leur aboutissement. D’ateliers en représentations théâtrales ou dansées à des reconstitutions numériques, élèves, professeurs et partenaires donnent un nouveau sens au lieu et le magnifie en un véritable théâtre Shakespearien comme aime à le souligner Damien Malinas et Emmanuel Ethis.
Élèves du collège Jacques Prévert lors d’un atelier au Centre d’art Gwinzegal, octobre 2020
© Gwinzegal
Présentation à l’INSEAC des CM1-CM2 de l’école de Coatréven (22) de leur projet de reconstitution numérique de la prison devant leurs parents, des élus, et tous ceux qui les ont accompagnés dans leur projet, professeurs, médiateurs, étudiants de l’Inseac 45…, le 1er juillet 2022
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L’artiste Marion Lévy et des élèves du collège Prévert en pleine répétition en vue de la représentation de leur création, « Roméo », le 21 juin 2022
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Robin Renucci, dirigeant un atelier avec les étudiants de l’INSEAC le 14 octobre 2021
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101Désormais, sauvegarde et rénovation appartiennent au passé. Les bâtiments de la Prison sont tournés vers leurs nouvelles missions de transmission, de culture, d’art et d’éducation.
102De l’ombre à la lumière, de nouvelles vies s’y écrivent, et aux 30 000 prisonniers d’autrefois succèdent visiteurs, spectateurs, étudiants, professeurs, artistes, médiateurs…
103La prison est devenue emblématique de l’optimisme des hommes et des femmes qui ont fait d’un lieu d’enfermement un lieu d’ouverture pour voir sa mission panoptique se réinventer en synoptique.
- 46 « Angela Davis : “J’étais devenue un symbole à détruire” », propos recueillis par Paola Genone et K (...)
104« Et les murs renversés deviennent des ponts »
« Mon but a toujours été de trouver des ponts entre les idées et d’abattre des murs. Et les murs renversés deviennent des ponts46 ». 2013, Angela Davis
Représentation la création originale « Roméo » par des élèves du collège Prévert dans le cadre d’un projet mené avec Marion Lévy, le 21 juin 2022
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