Les graffitis de la Tour de Crest, mise en récit des persécutions politiques
Résumés
La période carcérale de la tour de Crest, prison d’État depuis le XVIIe siècle, est intimement liée à l’histoire de l’enfermement politique : les populations protestantes du Dauphiné y ont connu la violence de la politique religieuse des rois de France. Durant la période de la révocation de l’édit de Nantes, la prison intervient comme un instrument de conversion et de pression à l’encontre des populations de Nouveaux Convertis. Cette étude explore la résistance des prisonniers huguenots face à la justice des hommes à travers les graffitis laissés sur les murs de la salle 7 de la tour de Crest. Loin de réduire au silence les Nouveaux Convertis, les murs de la prison sont au contraire devenus des catalyseurs d’expression de leur identité et de leur foi. À travers ces actes graphiques, ils portent la piété des détenus et l’affirmation de leur appartenance à une communauté confessionnelle. Au-delà de cette affirmation identitaire, les graffitis offrent un récit alternatif à la justice des hommes, témoignant de leur foi en la justice divine et exprimant la confiance en un avenir divin. Ces inscriptions révèlent les pensées intimes des détenus, leurs identités, leurs peurs et leur foi interdite. À travers ces écrits, le mur devient un support puissant témoignant des épreuves vécues et de la foi inébranlable des prisonniers, une autre source des écrits intimes, pourtant fragile par sa matérialité même.
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Mots-clés :
graffiti carcéral, prison, écriture de soi, dévotion, identité, patrimoine carcéral, histoire religieuseKeywords:
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1L’histoire de la Tour remonte au XIIe siècle. Propriété du Roi de France depuis le XVe siècle, le site fortifié connaît une période mouvementée durant les guerres de religion. En 1633, le démantèlement du château et d’une partie des remparts est ordonné sous Richelieu. Seule subsiste la tour conservée comme prison d’État jusqu’à la Révolution. Comme de nombreuses autres prisons de l’Ancien Régime, à l’image de son voisin rhodanien le Château de Beauregard à Saint-Péray, la tour conserve ses fonctions de prison jusqu’au milieu du XIXe siècle. (fig. 1)
2L’histoire carcérale de la tour de Crest est inaugurée par la question protestante, dans un royaume catholique qui se définit par le triptyque « un roi, une foi, une loi », et elle se termine par la crise politique de 1851, ce qui explique la présence de graffitis carcéraux développant un discours politique. Les événements de 1851-1852 font apparaître clairement le motif d’enfermement politique, l’opposition au coup d’État est conscientisée (fig. 2 et 3).
3La question de l’enfermement des protestants est plus délicate à définir. Il n’y a pas emprisonnement pour fait d’opposition au régime politique, les huguenots reconnaissant la légitimité de leur souverain. Toutefois, l’existence même d’une seconde religion au sein d’un royaume catholique remet en question l’autorité royale. L’Édit de Fontainebleau interdit le protestantisme, ouvrant une nouvelle période de répression des Nouveaux Convertis (NC).
4Nous cherchons à déterminer ici en quoi le discours des graffitis que les huguenots ont laissé sur les murs de la tour peut être qualifié d’expression politique tout autant que religieuse. En réaffirmant par leurs graffitis que les lois des hommes sont inférieures aux lois divines, ils mettent en péril la royauté. Nous analysons surtout les graffitis de la salle 7 de la tour de Crest, qui concentre, en un espace restreint, les graffitis religieux de la période du Désert. Cet espace a été préservé du fait de sa localisation en hauteur, sans doute du fait d’un ancien plancher comme en atteste la présence d’une porte condamnée (fig. 4).
- 1 Luc Bucherie, Murmures de la Tour, les graffiti de la Tour de Crest, Grâne, Créaphis, 1999, p. 83 ; (...)
- 2 Eugène Arnaud, Histoire et description de la tour de Crest en Dauphiné, Paris, Grassart, 1886, p. 6 (...)
5L’amplitude chronologique de ce corpus s’étend de 1699 à 1738, malgré de probables traces antérieures. L’étude réalisée par Luc Bucherie est un appui tout à fait essentiel pour la lecture de ces marques, dont l’état se dégrade1. On peut regretter toutefois l’absence d’un relevé exhaustif sur lequel travailler, l’auteur ayant privilégié les graffitis remarquables dans ses articles. C’est dans le but de compléter ces études que des relevés sur le terrain ont été réalisés en novembre 2022 (observations, photos et dessins). Les graffitis sont situés au niveau de l’embrasure de la fenêtre au sud. La seconde, située à l’est, d’apparence similaire quoique plus haute, comporte des traces inexploitables. Cette différence peut s’expliquer par le fait que l’ouverture à l’est était bouchée2 et donc dans l’obscurité. L’embrasure marquée est orientée au sud. L’ensoleillement y est important et aide à révéler les graffitis. Ainsi, leur positionnement est-il stratégique, dans une source d’éclairage naturel nécessaire au traçage, mais aussi symbolique : il est dans la lumière. Alors que l’on enferme les protestants pour les réduire au silence, ils s’expriment dans l’obscurité de leur cachot et arrivent à faire jaillir une lumière qui aveugle jusqu’au roi Soleil (fig. 5).
Le régime d’enfermement spécifique des prisonniers protestants
La tour de Crest, lieu d’enfermement des protestants du Dauphiné
6La tour de Crest, visible de loin, marque l’espace comme les esprits, dès le XVIIIe siècle, comme en atteste un dépôt de plainte de juillet 1703. Une altercation a lieu chez un hôte de Grâne alors que la discussion s’est engagée sur les camisards, les « Chemizards des Sévenes ». Jean Portal et Pierre Mazade en viennent aux mains, s’accusant mutuellement de soutenir les camisards :
- 3 France, Valence, Archives départementales de la Drôme (AD26), B830.
« Et en même temps ledit Mazade se leva de son siège où il étoit, et se rua sur l’exposant, le prit au collet, le renversa de sa chaise où il étoit assis, le jeta parterre et lui fit donner un grand coup de sa tête […] disant ledit Mazade audit exposant que, sans la compagnie, il le tuerait, qu’il le ferait passer par la fenêtre, qu’il était un coquin, un chien, qu’il le ferait mettre à la Tour, qu’il la lui paierait […]3 ».
7La Tour fait ici référence à la Tour de Crest où Mazade promet non seulement d’y envoyer celui qu’il perçoit comme un traitre mais de prendre également en charge ses frais de justice.
- 4 On trouve une notice sur les Persécutions exercées contre les Protestants depuis la révocation de l (...)
- 5 Eugène Arnaud, Histoire des protestants du Dauphiné aux XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles, Paris, Grass (...)
- 6 Voir l’article de Claire Reverchon et de Pierre Gaudin dans ce volume.
8Dès les écrits des historiens protestants du XIXe siècle, la tour de Crest est citée parmi les prisons d’État. Des listes de noms de prisonniers sont dressées, tout d’abord 24 noms par les frères Haag4, puis le Pasteur Arnaud publie une liste de 30 noms de « protestants dauphinois enfermés à la Tour de Crest » jusqu’en 1748, liste qui fait toujours référence. Il mentionne des groupes de 30 à 80 prisonniers lors d’épisodes répressifs forts5. La tour de Crest reste associée, dans la mémoire collective, à cette répression contre les Huguenots6.
La prison : arme de conversion massive
- 7 Jérémie Foa, Tous ceux qui tombent : visages du massacre de la Saint-Barthélemy, Paris, La Découver (...)
- 8 AD26, B797.
9Avant la révocation de 1685, les procédures criminelles conservées dans les archives de la sénéchaussée de Crest mentionnent des prisonniers de la Religion Prétendue Réformée (RPR) alors que le protestantisme n’est pas interdit. Lors des interrogatoires, on demande aux personnes de décliner leurs noms, âge et religion, permettant une identification des foyers protestants avant la révocation. Cette identification des huguenots par l’administration n’est pas anodine. On dresse des listes régulièrement, comme le démontre le travail mené par Jérémie Foa pour expliquer le processus du massacre de la Saint-Barthélémy. L’auteur explique que les micro-persécutions font partie du quotidien des familles protestantes et qu’elles apportent une bonne connaissance de cette population auprès de l’administration judiciaire : « Ce qu'on acquiert avant tout à force d'arrestations, c'est un savoir, fort précieux lors du grand soir : le nom et l'adresse des huguenots parisiens. […] Il y a continuité entre pratiques ordinaires et gestes de violence7 ». À Crest, on a identifié les familles protestantes, on connaît leurs habitudes et leur domicile et, à la veille de la révocation, on sait déjà celles qu’il faudra surveiller de près : on retrouve le Sieur Lacroix, Marchand à Crest, « accusé d’avoir parlé avec mépris, irrévérences, et en termes injurieux des choses qui regardent la RCAR », emprisonné le temps de la procédure en 16818.
- 9 AD26, B785, B786 et B787.
10En 1683, la Royauté accentue la pression sur les huguenots, notamment en s’en prenant aux temples et aux participants des assemblées. Six procédures pour assemblées entrainent l’enfermement à la Tour de Crest de membres de la RPR9.
- 10 Didier Boisson, « La justice royale et les procès contre les cadavres aux XVIIe et XVIIIe siècles » (...)
- 11 Élie Benoist et Jacques-Auguste Thou, Histoire de l’édit de Nantes, contenant les choses les plus r (...)
11À la révocation de l’Édit de Nantes, les protestants doivent choisir entre l’abjuration ou l’exil, face aux violences endurées, notamment les dragonnades. Malgré des conversions, les NC reviennent peu à peu à leurs pratiques de la foi. L’arsenal juridique doit se renforcer : « une aggravation des peines s’observe à partir de 1686, prouvant les difficultés d’application de l’édit de Fontainebleau10 ». La prison est utilisée pour obtenir la conversion des plus opiniâtres. Le recueil d'Élie Benoist consacré à l’Édit de Nantes relève le recours systématique à l’emprisonnement : « Mais on s'avisa de faire encore souffrir une autre espèce de tourment à ceux qui résistaient à la violence des troupes, soit hommes, soit femmes. On en remplissait les prisons & on leur rendait ce séjour, qui de lui même est assez affreux, encore plus triste & plus incommode par mille méchancetés que les Geôliers, & les autres prisonniers étaient autorisés de leur faire11. ».
- 12 Théodore Claparède, Une héroïne protestante, récit des persécutions que Blanche Gamond, de Saint-Pa (...)
- 13 Bernadette Morand, « Prisonnières politiques », Les cahiers du GRIF, vol. 14, no 1, 1976, p. 53.
12La prison permet de faire pression sur les populations, les hommes sont enfermés le temps de leur jugement ou pour obtenir leur abjuration et les femmes sont condamnées aux prisons perpétuelles ainsi qu’à être rasées, comme Blanche Gamond, originaire de Saint-Paul-Trois-Châteaux, enfermée au Parlement de Grenoble, puis transférée à l’hôpital général de Valence et son terrible directeur, La Rapine. Elle relate la scène humiliante de son rasage à Grenoble : « Ils me dirent : “Mettés-vous à genoux.”’ Et on me decoeffa en me disant : “Vos cheveux sont bien épais.” Et un des chirurgiens lia mes cheveux et l’autre les tira de toutte sa force. Ainsi je croiois qu’on m’arracheroit la tête. L’un coupait et l’autre continuoit de les tirer. Quand on eut achevé de couper les cheveux, et qu’on les eut mis dans leurs poches, je commenceay à mettre mes coeffes sur la tête à cause de la vigueur du temps, car il gelait et tombait de neige. Un des chirurgiens me dit : “Ne vous coeffés pas car nous avons ordre du parlemant de vous raser.” Et à même temps il sortit des rasoirs, qui étoient tout rouillés à cause qu’il y avoit long temps qu’il n’en avait rien fait. On passa le rasoir sur ma tête. Je ne sçaurois dire assés les douleurs que je sentois car ma tête étoit extrememant tendre, à cause de la grande maladie que j’avois eue. Outre cella, on me coupe en deux ou trois parts à la tête ou au col. C’était au moins de novembre 168612 ». Ce récit nous rappelle que « Le traitement des prisonniers politiques a beaucoup varié, suivant les époques et les pays […] La torture […] a été appliquée aux hommes comme aux femmes, même si elle se déplace de certains pays ou certains continents vers d’autres. Elle a pris les mêmes formes pour les femmes que pour les hommes13 ».
- 14 Olivier Cogne, « Coupable d’être protestant », in Didier Boisson et Yves Krumenacker (dir.), Justic (...)
13Après 1685, il faut identifier de nouveaux lieux pour l’enfermement des NC, à l’image des forts et citadelles qui s’érigent en Languedoc entre 1685 et 1689 (Citadelles de Nîmes, Fort d’Alès ou de Saint Hippolyte, château de Beauregard, etc.), mais aussi la Tour de Constance, le fort de Brescou, les Galères du Roi, la déportation vers les îles françaises : une géographie de l’enfermement organisée qui perdure jusqu’au milieu du XVIIIe siècle. « En Dauphiné, où le protestantisme est particulièrement ancré, c’est avant tout au parlement de Grenoble qu’il revient de faire appliquer sur le plan judiciaire cette législation antiprotestante […] Les protestantes les plus récalcitrantes encourent la prison […] Parmi ces prisons, la Tour de Crest est sans conteste la plus importante pour les religionnaires14 ».
Cadre chronologique des graffitis, une illustration de la période du Désert
14Les graffitis de la salle 7 portent sept mentions de dates de 1699 à 1738. La période d’utilisation de cet espace est sans doute plus longue, mais d’autres aménagements ont pu expliquer l’absence d’autres dates.
- 15 Philippe Hameau, « Écrits et écritures de la prison de Montélimar », La revue Drômoise, no 561, 201 (...)
15Les dates gravées relèvent de l’histoire personnelle du détenu : « Après l'expression de son identité, le prisonnier éprouve souvent le besoin de décliner le temps : dater son arrivée dans les lieux, signaler tel événement interne à la prison et surtout comptabiliser la durée de sa peine15 ». À ce titre, la date la plus ancienne est également la plus complète (fig. 6). Le prisonnier est le seul à en connaître la signification. Ces dates personnelles deviennent aussi des témoins d’une histoire plus large.
- 16 Eugène Arnaud, op. cit., p. 135.
16Les dates extrêmes nous indiquent une période spécifique de l’histoire religieuse, la période du Désert. Dans le détail, cette période alterne répression intense et tolérance relative, alternance que l’on retrouve dans la majorité des dates laissées sur les murs. Le premier exemple est celui de la fresque au charbon datée du 1er août 1724, soit trois mois après la Déclaration « qui frappe de mort civile les populations protestantes »16. Avec la fin de la Régence, la politique à l’encontre des NC se renforce à travers la Déclaration du 14 mai 1724 : seuls les mariages réalisés selon les canons de l’Église sont reconnus comme légitimes. Cela frappe également de bâtardise les enfants nés de mariages illégitimes. Pour les NC, il est désormais impossible de se marier à l’étranger et les curés s’assurent que les couples se comportent en catholiques. Durant cette période, les NC du Dauphiné connaissent un nouvel épisode répressif : les garnisons et les dragons occupent le terrain, comme en témoigne la fresque de 1724.
- 17 Olivier Cogne, op. cit.
- 18 Eugène Arnaud, op.cit., p. 184
- 19 AD26, B859.
17Les graffitis datés 1737-38 sont un autre exemple de cette chronologie de la répression. Olivier Cogne, qui a analysé les procédures du Parlement de Grenoble de 1724 à 1787, souligne la reprise de la répression à la fin des années 1730 : « La déclaration de 1724 est appliquée de façon particulièrement rigoureuse par le parlement de Grenoble dans les années 174017. ». Cette période est marquée par la traque des prédicants du Dauphiné (Charbon et d’Allard en 1733, Villeveyre et Bouvier en 1735), les condamnations contre les assemblées (emprisonnement à la Tour de Crest de M. De Romieu à la suite de l’assemblée de Charpey en 1738) mais surtout par la répression contre les mariages clandestins et les enlèvements d’enfants. « D'autres fois les subdélégués tenaient les parents en prison ou logeaient chez eux des archers jusqu'à ce qu'ils leur eussent amené leurs enfants ». En 1738, pour faire pression sur M. Dumont de Crest qui refuse de livrer sa fille, on enferme sa femme à la Tour, le temps qu’il cède ; en 1740, plus de 120 enfants sont placés à Die et entre 500 et 600 à Grenoble18. À la fin des années 1730, un jugement condamne Ginoux et ses deux sœurs, NC de Pontaix à six mois de détention dans la tour de Crest, pour avoir cherché à fuir à Genève19.
18À travers les dates inscrites sur les murs de la salle 7, l’histoire de la répression à l’encontre des NC se dessine, créant les contours d’une chronologie qui participe à la construction d’un récit de l’épreuve.
Écrire pour témoigner
Le graffiti, un écrit carcéral intime
- 20 Jean-Claude Vimont, « Histoire de la détention politique en France », Criminocorpus, 2013 : https:/ (...)
19« L’histoire de la détention politique est aussi celle d’une parole captive. Les prisonniers politiques ont beaucoup écrit, pendant ou après leur détention. Presque tous, journalistes libéraux, républicains, socialistes, communistes, leaders de factions ou membres éminents de partis ont laissé des souvenirs. Lettrés, ils en avaient la capacité. Ce qui est une différence notable avec la population ordinaire des maisons d’arrêt et des maisons centrales, ces “sans voix” restés muets après leur emprisonnement20 ». Ce constat pourrait être étendu aux prisonniers huguenots du XVIIIe siècle.
- 21 Théodore Claparède, op. cit., p. 90.
20Nous avons en tête les lettres de Marie Durand, prisonnière à la Tour de Constance, les lettres de galériens, comme la correspondance entre Anne Lapra, réfugiée en Suisse, et son époux galérien Jean-Pierre Escoulens, les récits de captivité, comme celui de Blanche Gamond. Ces auteurs ne sont pas des pasteurs, mais ils ont reçu une éducation centrée sur les Écritures. Les femmes aussi s’expriment : lorsqu’elle est interrogée par des « papistes », Blanche Gamond est attaquée sur le fait qu’elle soit une femme : « - Il est impossible qu’une filhe parle comme vous, car vous répondés comme un ministre. Et même je crois que vous en sçavés quelqu’un qui est caché dans les bois, qui vous a si bien instruite […]. - Monsieur je ne sçay point de ministres et, quant à l’instruction, c’est Dieu lui-même qui me soutient et m’instruit dans sa vérité21 ».
- 22 Jean-Pierre Cavaillé, « Présentation », Les Cahiers du Centre de Recherches Historiques, 2007, n°39 (...)
- 23 Théodore Claparède, op. cit., p. 105 et p. 181.
21L’écriture de prison se veut toutefois stratégique : Jean Pierre Cavaillé rappelle que les lettres ne peuvent contenir l’absolue pensée de leurs auteurs, qui savent que leurs lettres seront lues voire conservées par l’administration. Il y a une forme d’auto-censure dans ces écrits22. Blanche Gamond explique qu’elle souhaite recevoir « papier, encre et plume secrètement » pour écrire à son parrain et lors de son transfert, par bateau, de Grenoble à l’hôpital général de Valence : « Comme les archers dormoient, je déchirai plusieurs lettres que j'avois, de peur que, si on venoit à me les trouver, je ne fusse plus maltraitée et tenue plus renfermée que mes chères sœurs, ce qui n'auroit pas manqué infailliblement, car quand j'écrivois ou je recevois des lettres, il me falloit prendre touttes les précautions et subtilités imaginables23 ».
- 24 Philippe Hameau. « Des peintures du néolithique aux graffitis de prison, tags et graffs », Actuels, (...)
- 25 Théodore Claparède, op. cit., p. 70.
22Le graffiti offre un autre type d’écrit carcéral. Il semble tout d’abord répondre à une première pulsion humaine d’écrire sur un mur, que Philippe Hameau a pu constater chez des prisonniers mais également chez d’autres groupes sociaux24. Pour le prisonnier politique, le mur est souvent un des seuls supports accessibles, le graffiti ne nécessite ni encre, ni papier, ni même connaissance de l’écriture. Un clou, un morceau de charbon et le graffiti peut se tracer, en un pouvoir performatif du tracé immédiat. À l’époque moderne, il n’y a pas de législation qui interdise le graffiti en prison et il y a une tolérance des geôliers, parfois illettrés, à ceux-ci. Quand il y avait trop de dégradations des murs, on les recouvrait. Alors, plus que les autres supports, le graffiti est un espace de liberté qui échappe au contrôle des juges : ils ne se déplacent pas dans la prison, ils ne pénètrent pas à l’intérieur du cachot. Ils réalisent les interrogatoires dans les « chambres de geôle », que Blanche Gamond appelle la « chambre d’enfer »25. Ce sont les geôliers qui s’occupent de déplacer les prisonniers jusqu’aux juges. Aucun représentant de la justice ne semble se soucier de la vie en prison, à plus forte raison quand les prisonniers sont détenus à vie.
Patronymes et expression de soi
- 26 Luc Bucherie, op. cit., p. 16-17.
- 27 Philippe Hameau, « Écrits et écritures de la prison de Montélimar », La revue Drômoise, no 561, 201 (...)
23Luc Bucherie a pu relever « une trentaine de noms tracés en caractères droits ou en écriture ronde et selon deux techniques différentes, gravure ou fusain26 », il en dresse ensuite la liste, à laquelle on peut ajouter Apier-Bastet, André Languedoc et quelques autres. On note, comme souvent en prison, des noms qui apparaissent plusieurs fois, comme « Bilhard 1737 » tracé 7 fois, selon différentes techniques, imitant les styles des patronymes alentours. Les patronymes sont répartis de façon homogène de part et d’autre de l’encadrement, comme on peut le remarquer dans d’autres prisons d’Ancien Régime, au Château de Tournon ou encore à la tour de Constance : « Décliner son identité, se présenter comme l’auteur de tel message, sont des conduites récurrentes dans le milieu carcéral qui a tendance à occulter la personnalité des détenus27 ».
- 28 AD26, B797.
24Le recoupement avec les archives reste difficile : les registres de geôle sont rares ou incomplets. On retrouve parfois des noms de famille lors des procédures judiciaires qui se recoupent avec ceux des graffiti. Ainsi, en 1682, on retrouve le nom du Sieur Languedoc, tailleur d’habit de la ville de Crest. « Faisant profession de la RPR », ce dernier est reconnu coupable d’avoir « dit témérairement que les prédicateurs de la Religion C. A. R. ne disent que des mensonges dans leurs prédications et d’avoir tenu d’autres discours injurieux et séditieux au mépris de ladite religion28 ». Ce nom d’une famille de la RPR bien établie à Crest est à rapprocher du graffiti « André Languedoc ». Le recoupement avec des bases de données et des travaux de chercheurs est aussi une base de travail : on retrouve dans la liste générale des condamnations prononcées contre des protestants dauphinois d’Eugène Arnaud le cardeur de laine Antoine Lioutier, condamné aux galères (fig. 7).
- 29 Registre des galériens du Musée du Désert : https://www.museedudesert.com
- 30 Base de Données du Refuge Huguenot : http://www.refuge-huguenot.fr/
25On identifie Daniel BARRE dans la liste des galériens publiée par le Musée du Désert : « BARRE, Daniel. Né vers 1653, fils d’Hélie et Marguerite Hugues, frère de Jean-Jacques ; cordonnier. De Rosans (05150). Condamné à Valence pour être allé à Orange, le 30 décembre 1699. Libéré le 11 mars 1707. N° écrou : 24108 », un nom tracé sur les murs de la salle 729. La base de données des pays du Refuge peut également éclairer sur des patronymes, où l’on retrouve ALVIER Louis, de Crest, avocat, qui demande assistance à Schaffhouse et à Francfort en 1688, même famille que ce JEAN ALVIER qui a écrit son nom sur les murs de sa prison en 170130 ?
Écrire pour témoigner d’une politique répressive à l’encontre d’un groupe
- 31 Natalia Muchnik, Les prisons de la foi : l’enfermement des minorités, Paris, Presses universitaires (...)
26Au-delà de l’expression individuelle, on note des listes de patronymes, avec des noms relativement alignés, groupés, écrits de façon similaire. Peut-être que certains noms ont été écrits au même moment, quand les personnes étaient détenues ensemble, mais il faut remarquer que les détenus ont ajouté leur nom sur cette liste à des périodes différentes : sur l’ensemble du mur A, on retrouve ainsi Jean ALVIER (daté 1701 sur le mur C), BILHARD 1737, et toute une liste qui se termine par la date 1721 (fig. 8a et 8b). Il y a donc là la volonté pour les détenus de faire corps et de communiquer avec lui. C’est une pratique que Natalia Muchnik a déjà identifié chez les minorités religieuses enfermées. « Du côté des prisonniers, citons l’inventaire que dresse en novembre 1712 Daniel de Superville, pasteur de Loudin réfugié à Rotterdam. […] Il témoigne au passage de la fréquence de ces listes envoyées au Refuge31 ». On pense aux listes de prisonnières établies par Marie Durand depuis sa prison, qui notait également dans ses lettres les entrées des nouvelles prisonnières à la Tour de Constance, constituant une liste de noms qui nous est parvenue. Chez les détenus protestants, il y a ainsi la volonté de dresser des listes précises.
Fig. 8b : Liste de patronymes 1701-1737 : Relevé personnel sur site de la liste
© Fanny Lalande 2022
- 32 « Prisonniers de La Rochelle : Trois lettres adressées à Antoine Court », Bulletin de la SHPF, 1888 (...)
- 33 Philippe Martin et Stéphane Gomis, « L’écriture du croyant », in Jean-Pierre Bardet, Francois-Josep (...)
27Dans ce travail de listes de prisonniers, l’œuvre du pasteur Antoine Court est tout à fait significative, à travers la volonté de dresser des listes nominatives mais aussi celles des faits imposés à ses coreligionnaires, comme cet extrait d’une lettre qui lui est adressée en 1721 en atteste : « Au sujet de la relation que vous demandez de vous envoyer sur tout ce qui nous est arrivé depuis notre détention, le sieur Salle y a travaillé depuis que nous sommes ici et il semble qu'il prévenait votre dessein32 ». Antoine Court « s’engage dans une entreprise d’archiviste et d’historien des camisards et, au-delà, du protestantisme français après la révocation de 168533 ». À ce souci du nom s’ajoute en effet celui des persécutions et des conditions de détention subies par les religionnaires.
- 34 Théodore Claparède, op. cit., p. 111.
28Ces listes de patronymes laissés dans les murs de la salle 7 valorisent une histoire collective en laissant la trace des noms des personnes persécutées. Blanche Gamond précise dans son récit : « Je suis persuadée qu'on mettroit ce que j'ay écrit au nombre des fables, si plusieurs honorables personnes à qui Dieu a fait la grâce de souffrir pour la même cause que moy et à qui Dieu a fait aussy la grâce de sortir, ne rendoient un fidelle témoignage à tout ce que j’avanceray34 ». Il s’agit de tenir les comptes d’une répression quotidienne, une répression qui, sans ces preuves, pourrait être oubliée. Il faut témoigner de son histoire et de son passage en prison : pour soi ; pour les autres prisonniers. Les Huguenots ont veillé à documenter les persécutions vécues. Leurs témoignages ont pu, du fond de leur cellule, leur permettre de résister et d’échapper, par l’écriture, à une violence institutionnelle et injuste.
Écrire pour résister à la justice des hommes
Écrire sur les murs : s’affirmer chrétien
29Luc Bucherie souligne la qualité des représentations religieuses : une profusion de symboles, qui attestent une imprégnation des Écritures et de leur iconographie. L’enfermement pour religion, loin de faire taire les expressions religieuses des détenus, apparaît au contraire comme un catalyseur de l’expression de la foi et les graffitis, des témoins de la défaite de la justice des hommes face à celle du ciel.
30Les deux calvaires, de 1712, intégrant les lettres IHS, sont très complets dans les détails symboliques religieux, parmi eux citons la tunique du Christ, les dés des légionnaires jouant la tunique, un cœur percé des clous de la passion, etc. (fig. 9)
- 35 Michel Rouvière, « Les signes symboliques de l’art populaire en bas Vivarais », in Michel Carlat (d (...)
- 36 Philippe Martin et Stéphane Gomis, op. cit., p. 227.
31On relève un souci d’équilibre dans la composition des calvaires et le cadre délicatement orné montre une volonté esthétique d’afficher clairement son sentiment de piété au regard de tous, et non de le cacher. En prison, le sentiment de piété s’affiche à l’image de symboles religieux forts, que l’on va retrouver au fort Saint-André de Villeneuve-lez-Avignon ou au château de Beauregard. Ces symboles étaient des signes d’appartenance à une même confession, comme on peut les retrouver en façade des maisons protestantes du Vivarais à la même époque, où citations de psaumes côtoyaient symboles religieux35. En prison, la volonté d’afficher son appartenance religieuse est renforcée par les persécutions : « Au milieu des ennuis, ce souci de s'en remettre à Dieu est presque unanimement partagé par les protestants36. ». Loin de se détourner de leur foi, les prisonniers se consolent grâce à elle et s’identifient à la communauté des chrétiens persécutés.
32D’autres ensembles de symboles religieux, moins visibles car plus petits et plus épars, sont également présents sur le mur A (fig. 1a et 10b).
Fig. 10a : Ensemble de symboles chrétiens - Tau, Ichtus, coq sur la croix, mur A
©Fanny Lalande 2022
Fig. 10b : Ensemble de symboles chrétiens - Tau, Ichtus, coq sur la croix, mur A relevé personnel sur site
©Fanny Lalande 2022
33Le T pourrait passer pour une initiale de patronyme, mais sa forte présence dans cet espace (5 fois) et dans la lune sur le calvaire déjà cité nous invitent à le voir non comme une signature mais comme un symbole, pouvant être la représentation du Tau chrétien, dont sont marqués au front les membres de la communauté messianique selon Ézéchiel et l’Apocalypse. On retrouve 3 représentations de poisson aux traits simples, l’ichtus, également observé au château de Tournon ou encore au Fort Saint-André de Villeneuve-lez-Avignon. La représentation du poisson remonte aux premiers chrétiens, victimes des persécutions des romains, avant le IVe siècle. Ici, dans l’isolement et l’obscurité de la prison, les prisonniers ont peut-être manifesté la recherche de l’appartenance à une communauté, celle des chrétiens dans la tourmente et des chrétiens de l’église primitive.
- 37 Didier Boisson. « La justice royale et les procès contre les cadavres aux XVIIe et XVIIIe siècles » (...)
- 38 Théodore Claparède, op. cit., p.145.
34Les prisonniers ne se définissent pas par une appartenance professionnelle sur ces murs : on ne trouve ni symbole corporatiste, ni représentation d’outils. L’identité affichée ici se base sur une communauté confessionnelle, qui maîtrise les mêmes symboles. Pour endurer la cruauté humaine, on s’en remet à Dieu. Les prisonniers pour religion s’identifient aux chrétiens persécutés et au premier d’entre eux, le Christ. En inscrivant sur les murs le calvaire de Jésus-Christ, ils s’inscrivent dans la lignée des martyrs : « Tout d’abord, il y a la volonté de faire apparaître les condamnés comme des martyrs et Élie Benoist dans cet objectif dresse une première liste des condamnés d’un martyrologue, comme cela a été réalisé lors du siècle précédent par Jean Crespin dans son Livre des martyrs publié en août 155437 ». Ces références au martyre de Jésus et aux autres martyres chrétiens sont conscientes et clairement établies dans les écrits carcéraux. Marie Durand l’utilise pour nommer Anne, la fille de Pierre, « fille d’un martyr » (lettre du 27 juin 1756). Blanche Gamond reçoit une lettre d’un illustre avocat, sans doute Brousson, en juillet 1687 : « Si vous soutenez cette glorieuse affaire comme vous l'avez commencée, votre nom sera mis sur le catalogue de ces saints martyrs et de ces saintes martyres dont le nom vit encore chargé de bénédictions38 ». Subir la justice des hommes n’est rien face à celle du ciel.
Échapper à la justice des hommes : le Soleil de justice
- 39 Livret de complaintes Colanis, Musée du Vivarais Protestant, complainte n°4, « Autre chanson de Mon (...)
- 40 Théodore Claparède, op. cit., p. 83.
35Les protestants ciblent des scènes précises des Écritures : le procès de Jésus-Christ face à Pilate, comme l’énoncent les complaintes protestantes du XVIIIe siècle39 ou encore ce graffiti du château de Beauregard (fig. 15) : une façon de se placer dans le martyre du Christ mais aussi de se soumettre à la justice de Dieu, ou pour reprendre les mots de Blanche Gamond : « Mon Dieu fait comprendre à nos juges qu’un jour ils seront jugés de toy40 ». Si la justice est injuste ici-bas, les protestants sont convaincus que la véritable justice est celle de Dieu. Ils se tournent vers sa justice avec confiance, quand celle du roi n’est qu’injustice.
- 41 Luc Bucherie, op. cit., p. 21.
- 42 Raymond Mentzer, « L’introduction des méreaux et des bancs dans les Églises réformées de France aux (...)
36Le soleil, représenté au plafond, a été décrit par Luc Bucherie, qui l’associe au « soleil de justice » (fig. 11) présent dans les lettres de Marie Durand41, mais également sur des méreaux de l’église de Nîmes au XVIIe siècle42. Dans le dénuement des prisons, les détenus réinvestissent les éléments d’une foi qu’il fallait cacher au dehors, se tournent vers la lumière de Dieu. Au plafond, le soleil occupe une place centrale et sa personnification, avec ce visage à la fois gravé et dessiné, confère un statut divin à ce qui est plus que la représentation du soleil naturel. Il éclaire les prisonniers, comme une promesse qu’après les persécutions viendra le temps où les méchants ne seront pas épargnés, dans une référence à une citation de Malachie (4.2).
Fig. 11 : Soleil gravé et passé au charbon, plafond de l’encadrement de la fenêtre, Tour de Crest
©Fanny Lalande 2022
- 43 Luc Bucherie, op. cit., p. 50.
- 44 Natalia Muchnik, op cit., p. 207.
- 45 AD26, B797.
37C’est justement ce récit de l’épreuve qui est mis en avant dans les graffitis religieux de la salle 7. Aucun des outils de la Passion n’est oublié : les clous, la lance et l’éponge, la colonne de la flagellation encadrent un calvaire à sept degrés et font dire à Luc Bucherie qu’il ne manque qu’un coq sur la croix pour rappeler les épreuves endurées par le Christ43. C’est justement le symbole présent dans le deuxième ensemble de petits graphismes, non cités par l’auteur dans ses études. Le scripteur a réalisé une croix haute de 3 centimètres surmontée d’un coq, pour symboliser l’épreuve du reniement du Christ. Les symboles gravés dans les murs renvoient aux épreuves traversées par les protestants, à l’image de la Passion : « L’expérience carcérale des hétérodoxes est transfigurée par le sentiment du martyre au nom de la foi et des épreuves physiques44 ». S’en remettant au Christ et à ses souffrances, les protestants enfermés vivent une forme de Passion, qui annonce le martyre mais surtout la promesse de la Résurrection, une façon d’accepter les épreuves endurées sans renoncer ni perdre leur foi. Les religionnaires de Crest attendent le royaume du Christ, à l’image des propos tenus par le tailleur d’habit de Crest, Languedoc, accusé en 1682 : « … un temps viendrait que les Huguenots seraient les plus forts comme ils l’avaient été autrefois et qu’après cela, on verrait beau jeu45… ».
Étude de la fresque de la tour de Crest : un message puissant
38Témoigner des persécutions, résister aux persécutions et enfin renverser l’ordre terrestre pour une justice divine qui saura reconnaître les siens : la fresque remplit ces trois fonctions.
39La fresque au charbon est un ensemble d’un mètre trente de long environ, composé de 8 personnages, réalisés en pied dont un à cheval et deux à genoux, d’un animal (loup, chien ?) et d’un ange suivi d’oiseaux. Dans sa partie haute, elle s’étend sur 3 niveaux : au sol, les personnages évoluent avec les animaux ; un ciel où évoluent anges et oiseaux ; au loin, un décor plus vaste, composé d’une montagne qui couvre les deux tiers de la hauteur de la paroi, avec une croix en son sommet, Golgotha en flammes (3 flammes sont visibles). L’auteur n’est pas identifiable avec certitude, mais il semble que le nom de Chazal et la date du 1er août 1724 soient tracées sur la même couche.
40La fresque est composée de 3 tableaux et se prête à une lecture de la droite vers la gauche, de l’intérieur à l’extérieur de la prison (fig. 12). Les deux premiers personnages, d’environ 30 centimètres de haut, se font face : le personnage de droite tient le second au bout de son épée, alors que le personnage de droite lève les bras, un calice dans la main gauche et une sorte de flambeau dans la main droite. L’auteur s’y est repris à deux fois pour faire le deuxième bras qu’il a finalement tracé plus haut que son geste initial (fig. 13).
41Le deuxième tableau est composé de deux soldats marchant vers la gauche, armés (lances et flambeau), le premier à cheval, avec un loup ou un chien à leur suite : face à eux, une femme se dresse, les mains sur les hanches (fig. 14).
Fig. 14 : Extrait de la fresque au charbon de 1724, saynète centrale avec un personnage féminin, mur C
© Fanny Lalande 2022
42Le troisième tableau représente deux hommes se faisant face, agenouillés, ailés et priant, tournés tous deux vers un troisième personnage mystérieux. La scène finale est survolée par un ange, qui semble tenir un flambeau (ou une trompette ?), suivi d’un petit groupe d’oiseaux (fig. 15)
- 46 Raymond Mentzer, op cit.
43Si l’interprétation n’est pas sans incertitude, le religieux y est toutefois clairement mis en scène. En ce sens, la première saynète est très intéressante dans sa composition. On y voit la confrontation de deux hommes, l’un est armé, l’autre lui oppose un simple calice, à la fois rempart protecteur et humilité de l’homme sans défense. Cette saynète se déroule au pied d’une immense montagne en flammes, dont les pentes encadrent le calice, au centre de la mise en scène. On remarque d’ailleurs un repentir de la pente de droite pour englober parfaitement la scène. Le calice est central dans la composition, seule arme présentée face au soldat, aligné avec le sommet de la montagne. Il rappelle une fois encore l’importance de la Cène, comme le souligne Mentzer dans son analyse des symboles des méreaux : « Décorés de fortes images religieuses et symboliques – le berger et son troupeau, les versets bibliques, les belles coupes de communion, les formes abrégées du nom de l’Église locale, et, parfois, les armoiries municipales – les méreaux soulignaient la place centrale du rituel chrétien de la Cène46 ». Dans cette scène, au pied de la montagne, il s’agit sans doute de l’arrestation d’un pasteur, itinérant comme le prouve son baluchon, au moment d’une assemblée.
- 47 Luc Bucherie, op. cit., p. 19.
44Les événements racontés dans cette deuxième scène racontent le vécu des populations protestantes. Luc Bucherie voyait dans cette fresque une dragonnade – « Ces deux hommes sont coiffés du bonnet à flamme caractéristique des dragons avec l'habit rouge jusque vers 175047 » – où sont mis en scène deux soldats bien identifiés et armés, face à une femme. Cette saynète rappelle que la répression vécue par les populations protestantes du Dauphiné a touché les femmes autant que les hommes : on peut penser aux femmes « prophétesses », à l’image d’Isabeau Vincent en 1688, enfermée un temps à la tour de Crest, mais également aux assemblées clandestines, aux mariages illégaux ou encore aux séparations des familles. Ainsi, les deux premiers tableaux mettent en scène les persécutions vécues par les populations, hommes et femmes, pasteurs et croyants, représentés dans des positions de fragilité.
- 48 Théodore Claparède, op. cit., p. 97.
- 49 Luc Bucherie, op cit.
- 50 Christian Grosse, « Y a-t-il une raison réformée des gestes de piété ? Usages controversés de l’age (...)
45Dans le troisième acte de cette fresque, on peut voir, au ciel, un personnage ailé, messager arborant un flambeau (il est entouré de mots illisibles), mais également un oiseau avec une brindille, qui rappelle la colombe portant un rameau d’olivier à Noé. Cette scène évoque les mots de Blanche Gamond : « Envoye tes saints anges qui me consolent et me fortifient ! Ne permets que je succombe sous la tentation mais plutôt fais moi la grâce que je te sois fidelle jusqu’à la mort afin que j’obtienne la couronne de vie48 ! ». Au centre, un personnage mystérieux, comme suspendu, les cheveux rayonnants et portant un flambeau, est entouré de deux personnages à genoux, les mains jointes : il s’agit sans doute de l’heure de la justice de Dieu, qui arrive malgré la justice des hommes. Si Luc Bucherie49 voit là une scène d’abjuration, en présence d’un « personnage tout droit sorti de… l’Apocalypse ! », la présence des autres éléments religieux cités et des deux orants peut laisser croire à une scène de fervente prière et d’une communion avec Dieu, une rencontre intime. Les personnages en génuflexion ressemblent à ces martyrs qui se jetaient à genoux avant leur exécution, prêts à mourir pour leur foi : « L’un des martyrs répertoriés par Jean Crespin, un simple marchand originaire du Dauphiné, en donne une démonstration exemplaire : interrogé par un juge au sujet de sa manière de prier, “soudain se mit à genoux pour monstrer qu’il prioit Dieu suivant la forme des Eglises reformées50.” ».
46Dans cette fresque, nous sommes dans le récit d’événements tragiques : le décor de montagne en flammes est grandiose, les flammes et la fumée des torches se mêlent, les personnages sont armés et la succession des trois tableaux est semblable à une tragédie en trois actes. Cette fresque, réalisée au moment du retour des persécutions avec la déclaration de mai 1724, porte la promesse d’un avenir dans leur foi, l’espoir qu’après les épreuves, le Royaume de Dieu triomphera, à l’image d’une des images bibliques de la colombe portant le rameau d’olivier comme signe annonciateur de la fin du Déluge dans la Genèse.
47Si l’opposition politique n’est pas frontale dans les écrits carcéraux des huguenots, par leurs graffitis, ils renversent la justice du roi soleil pour lui préférer le Soleil de justice divine. Condamnés au silence, les prisonniers, imprégnés des Écritures, gravent dans la pierre les récits de leurs épreuves et de leur indéfectible foi. Ils luttent contre l’oubli en notant leur nom. Ils documentent les persécutions vécues par leurs tracés. Le graffiti carcéral dévoile ici les pensées intimes des prisonniers et leurs convictions personnelles. Il se fait surtout un formidable support d’écriture direct et intuitif. Il témoigne du renversement d’un espace d’enfermement en un espace de liberté d’opinion : le mur enferme mais il porte également les marques intimes des hommes, leur identité, leurs peurs et leur foi interdite. Par sa seule présence, il maintient vivant le corps des détenus pour religion, la prison renforçant le sentiment d’appartenance des détenus huguenots à un corps minoritaire persécuté. La prison ne réussit pas à détruire la foi interdite, au contraire, la prison devient un catalyseur de l’expression de la foi, les prisonniers se tournent vers l’image du Christ martyrisé pour expliquer leur propre condition, ils sacralisent un espace insalubre et l’éclairent de symboles divins. Ils échappent ainsi à l’injustice des hommes et leurs écritures répondent à leurs besoins de faire corps avec quelque chose qui les dépasse, une histoire pluriséculaire, qui donne un sens à leurs persécutions. Par ce retournement, les prisonniers huguenots interrogent le rapport entre prison et religion : est-ce la prison qui change le rapport à la religion ou la religion qui change le rapport à la prison ?
Notes
1 Luc Bucherie, Murmures de la Tour, les graffiti de la Tour de Crest, Grâne, Créaphis, 1999, p. 83 ; Luc Bucherie, « La prison de Crest (Drôme) : graffiti religieux, graffiti politiques », in Joël Candau et Philippe Hameau, « Cicatrices murales. Les graffiti de prison », Le Monde alpin et rhodanien. Revue régionale d’ethnologie, vol. 32, no 1, 2004, p. 47‑61.
2 Eugène Arnaud, Histoire et description de la tour de Crest en Dauphiné, Paris, Grassart, 1886, p. 64.
3 France, Valence, Archives départementales de la Drôme (AD26), B830.
4 On trouve une notice sur les Persécutions exercées contre les Protestants depuis la révocation de l'édit de Nantes dans Eugène et Émile Haag, La France protestante, ou Vies des protestants français qui se sont fait un nom dans l'histoire depuis les premiers temps de la réformation jusqu'à la reconnaissance du principe de la liberté des cultes par l'Assemblée nationale, Paris, J. Cherbuliez, 1846-1859.
5 Eugène Arnaud, Histoire des protestants du Dauphiné aux XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles, Paris, Grassart, vol. 3, 1875-1876, p. 446.
6 Voir l’article de Claire Reverchon et de Pierre Gaudin dans ce volume.
7 Jérémie Foa, Tous ceux qui tombent : visages du massacre de la Saint-Barthélemy, Paris, La Découverte, 2021, p. 36.
8 AD26, B797.
9 AD26, B785, B786 et B787.
10 Didier Boisson, « La justice royale et les procès contre les cadavres aux XVIIe et XVIIIe siècles », in Didier Boisson et Yves Krumenacker (dir.), Justice et protestantisme, Lyon, LARHRA, 2020, p. 113‑27.
11 Élie Benoist et Jacques-Auguste Thou, Histoire de l’édit de Nantes, contenant les choses les plus remarquables qui se sont passées en France avant & après sa publication, à l’occasion de la diversité des religions, Delft, chez Adrien Beman avec privilège, 1693-1695, tome 3, p.894-895.
12 Théodore Claparède, Une héroïne protestante, récit des persécutions que Blanche Gamond, de Saint-Paul-Trois-Châteaux, en Dauphiné, âgée de 21 ans, a endurées pour la querelle de l'Évangile, ayant dans icelles surmonté toutes tentations par la grâce et providence de Dieu. Relation inédite, publiée et annotée par Théodore Claparède, Paris, C. Meyrueis, 1867, p. 92-93.
13 Bernadette Morand, « Prisonnières politiques », Les cahiers du GRIF, vol. 14, no 1, 1976, p. 53.
14 Olivier Cogne, « Coupable d’être protestant », in Didier Boisson et Yves Krumenacker (dir.), Justice et protestantisme, Grâne, LARHRA, 2011, p. 129‑54.
15 Philippe Hameau, « Écrits et écritures de la prison de Montélimar », La revue Drômoise, no 561, 2016, p. 81.
16 Eugène Arnaud, op. cit., p. 135.
17 Olivier Cogne, op. cit.
18 Eugène Arnaud, op.cit., p. 184
19 AD26, B859.
20 Jean-Claude Vimont, « Histoire de la détention politique en France », Criminocorpus, 2013 : https://journals.openedition.org/criminocorpus/2547
21 Théodore Claparède, op. cit., p. 90.
22 Jean-Pierre Cavaillé, « Présentation », Les Cahiers du Centre de Recherches Historiques, 2007, n°39, p. 12.
23 Théodore Claparède, op. cit., p. 105 et p. 181.
24 Philippe Hameau. « Des peintures du néolithique aux graffitis de prison, tags et graffs », Actuels, « Le sujet dans la cité » n° 5, 2016, p. 30.
25 Théodore Claparède, op. cit., p. 70.
26 Luc Bucherie, op. cit., p. 16-17.
27 Philippe Hameau, « Écrits et écritures de la prison de Montélimar », La revue Drômoise, no 561, 2016, p. 78.
28 AD26, B797.
29 Registre des galériens du Musée du Désert : https://www.museedudesert.com
30 Base de Données du Refuge Huguenot : http://www.refuge-huguenot.fr/
31 Natalia Muchnik, Les prisons de la foi : l’enfermement des minorités, Paris, Presses universitaires de France, 2019, p. 287.
32 « Prisonniers de La Rochelle : Trois lettres adressées à Antoine Court », Bulletin de la SHPF, 1888, T XXXVII, p. 31-38.
33 Philippe Martin et Stéphane Gomis, « L’écriture du croyant », in Jean-Pierre Bardet, Francois-Joseph Ruggiu (dir.), Les écrits du for privé en France, de la fin du Moyen-Âge à 1914, Paris, CTHS, 2015, p. 227.
34 Théodore Claparède, op. cit., p. 111.
35 Michel Rouvière, « Les signes symboliques de l’art populaire en bas Vivarais », in Michel Carlat (dir.), L’Ardèche, milieu naturel, habitat, mobilier et costume, Aubenas, Éditions Curandera, 1987, p. 423-455.
36 Philippe Martin et Stéphane Gomis, op. cit., p. 227.
37 Didier Boisson. « La justice royale et les procès contre les cadavres aux XVIIe et XVIIIe siècles », in Didier Boisson et Yves Krumenacker (dir.), Justice et protestantisme, Lyon, LARHRA, 2011, p. 113‑27 : https://doi.org/10.4000/books.larhra.2182
38 Théodore Claparède, op. cit., p.145.
39 Livret de complaintes Colanis, Musée du Vivarais Protestant, complainte n°4, « Autre chanson de Monsieur Durand sur l’air du psaume CXXX », strophe 22 : « Mais cette troupe ingrate / Etait tous combattus / Comme autrefois Pilate /Contre notre Jésus / Bien que de l’innocence / Ils étaient convaincus / Ils prononcent sentence /Qu’il doit être pendu ».
40 Théodore Claparède, op. cit., p. 83.
41 Luc Bucherie, op. cit., p. 21.
42 Raymond Mentzer, « L’introduction des méreaux et des bancs dans les Églises réformées de France aux XVIe et XVIIe siècles », in Olivier Christin et Yves Krumenacker (dir.), Les protestants à l’époque moderne, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2017, p. 39-51, fig. 3.
43 Luc Bucherie, op. cit., p. 50.
44 Natalia Muchnik, op cit., p. 207.
45 AD26, B797.
46 Raymond Mentzer, op cit.
47 Luc Bucherie, op. cit., p. 19.
48 Théodore Claparède, op. cit., p. 97.
49 Luc Bucherie, op cit.
50 Christian Grosse, « Y a-t-il une raison réformée des gestes de piété ? Usages controversés de l’agenouillement (XVIe-XVIIIe siècle) », in Olivier Christin et Yves Krumenacker (dir.), Les protestants à l’époque moderne, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2017, p. 531‑549.
Haut de pageTable des illustrations
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|---|---|
| Titre | Fig. 1 : La tour de Crest, Drôme |
| Crédits | © Fanny Lalande 2022 |
| URL | http://journals.openedition.org/criminocorpus/docannexe/image/17932/img-1.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 897k |
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| Titre | Fig. 2 : Graffiti politique, 1852, Tour de Crest, Salle Montlaur |
| Crédits | © Fanny Lalande 2022 |
| URL | http://journals.openedition.org/criminocorpus/docannexe/image/17932/img-2.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 286k |
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| Titre | Fig. 3 : Graffiti politique, 1852, Tour de Crest, Salle Montlaur |
| Crédits | © Fanny Lalande 2022 |
| URL | http://journals.openedition.org/criminocorpus/docannexe/image/17932/img-3.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 313k |
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| Titre | Fig. 4 : Embrasure de la fenêtre de la salle 7 |
| Crédits | © Fanny Lalande 2022 |
| URL | http://journals.openedition.org/criminocorpus/docannexe/image/17932/img-4.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 1005k |
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| Titre | Fig. 5 : Graffiti dans la lumière naturelle du soleil, mur C |
| Crédits | © Fanny Lalande 2022 |
| URL | http://journals.openedition.org/criminocorpus/docannexe/image/17932/img-5.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 408k |
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| Titre | Fig. 6 : Graffiti D. BARRE 23 XBRE 1699, mur C |
| Crédits | © Fanny Lalande 2022 |
| URL | http://journals.openedition.org/criminocorpus/docannexe/image/17932/img-6.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 436k |
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| Titre | Fig. 7 : Graffiti Antoine LIOUTIER, partiellement recouvert, mur C |
| Crédits | © Fanny Lalande 2022 |
| URL | http://journals.openedition.org/criminocorpus/docannexe/image/17932/img-7.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 643k |
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| Titre | Fig. 8a : Liste de patronymes 1701-1737 : photo du mur A sur site de la liste |
| Crédits | © Fanny Lalande 2022 |
| URL | http://journals.openedition.org/criminocorpus/docannexe/image/17932/img-8.jpg |
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| Titre | Fig. 8b : Liste de patronymes 1701-1737 : Relevé personnel sur site de la liste |
| Crédits | © Fanny Lalande 2022 |
| URL | http://journals.openedition.org/criminocorpus/docannexe/image/17932/img-9.jpg |
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| Titre | Fig. 9 : Deux calvaires reliés, dessin sur site, mur A |
| Crédits | © Fanny Lalande 2022 |
| URL | http://journals.openedition.org/criminocorpus/docannexe/image/17932/img-10.jpg |
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| Titre | Fig. 10a : Ensemble de symboles chrétiens - Tau, Ichtus, coq sur la croix, mur A |
| Crédits | ©Fanny Lalande 2022 |
| URL | http://journals.openedition.org/criminocorpus/docannexe/image/17932/img-11.jpg |
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| Titre | Fig. 10b : Ensemble de symboles chrétiens - Tau, Ichtus, coq sur la croix, mur A relevé personnel sur site |
| Crédits | ©Fanny Lalande 2022 |
| URL | http://journals.openedition.org/criminocorpus/docannexe/image/17932/img-12.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 222k |
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| Titre | Fig. 11 : Soleil gravé et passé au charbon, plafond de l’encadrement de la fenêtre, Tour de Crest |
| Crédits | ©Fanny Lalande 2022 |
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| Titre | Fig. 12 : Vue d’ensemble du mur C, avec la fresque |
| Crédits | © Fanny Lalande 2022 |
| URL | http://journals.openedition.org/criminocorpus/docannexe/image/17932/img-14.jpg |
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| Titre | Fig. 13 : Extrait de la fresque au charbon de 1724, saynète de droite, mur C |
| Crédits | © Fanny Lalande 2022 |
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| Titre | Fig. 14 : Extrait de la fresque au charbon de 1724, saynète centrale avec un personnage féminin, mur C |
| Crédits | © Fanny Lalande 2022 |
| URL | http://journals.openedition.org/criminocorpus/docannexe/image/17932/img-16.jpg |
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| Titre | Fig. 15 : Extrait de la fresque au charbon de 1724, saynète de gauche, mur C. |
| Crédits | © Fanny Lalande 2022 |
| URL | http://journals.openedition.org/criminocorpus/docannexe/image/17932/img-17.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 576k |
Pour citer cet article
Référence électronique
Fanny Lalande, « Les graffitis de la Tour de Crest, mise en récit des persécutions politiques », Criminocorpus [En ligne], 28 | 2025, mis en ligne le 11 septembre 2025, consulté le 06 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/criminocorpus/17932 ; DOI : https://doi.org/10.4000/14mef
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Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.
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