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2026

La brique et la petite cuillère : sources matérielles du patrimoine carcéral

Elsa Besson

Résumés

Cet article est basé sur une recherche financée par la DAP / Ministère de la Justice, menée entre 2023 et 2024 sur le fonds patrimonial conservé à l’École nationale de l’administration pénitentiaire (énap) et reprend certains des éléments parus en 2025 dans le volume n° 94 de la collection « Travaux et Documents » de la DAP.

Afin de parcourir certaines des sources pertinentes pour l'histoire matérielle de la prison, l'article propose une exploration de deux corpus : le premier est la collection conservée à l’énap, dont les origines sont à chercher à la fin du XIXe siècle. Ce fonds permet d’historiciser les continuités et les ruptures dans la prise en charge des détenus et dans les pratiques pénitentiaires, par des artefacts aux origines et aux trajectoires diverses et inégales. L'architecture carcérale forme l’autre versant de ce patrimoine matériel, aujourd'hui menacé et peu reconnu par les institutions : fréquemment confrontée à des entretiens insuffisants, ne garantissant ni sa pérennité ni sa capacité à recevoir de nouvelles fonctions, elle n’est que rarement sauvegardée, exceptionnellement au titre de son usage pénitentiaire. Son importance apparaît néanmoins cruciale, notamment pour saisir l’histoire carcérale par l’expérience des lieux.

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Texte intégral

Le patrimoine de la justice et des peines : un champ de connaissances en acte

  • 1 Libération, Tribune publiée par Sonya Faure le 18 septembre 2024. Citons notamment Philippe Artière (...)
  • 2 Libération, Tribune publiée le 20 septembre 2021 : « Ne détruisons pas la prison de Clairvaux ».

1« Les prisons font aussi partie de notre patrimoine », titrait un appel lancé par plusieurs historiens et architectes dans Libération en 20141, à l’occasion des Journées européennes du patrimoine. La tribune détaillait ainsi : « Pièces essentielles de l’histoire architecturale de notre pays, les prisons sont aussi des lieux de mémoire : celle des prisonniers politiques, des victimes juives de Vichy, mais aussi celle des détenus de droit commun, ses ‘sans voix’ qui sont aussi bien souvent privés de mémoire, et celle de toute une société. ». Dix ans plus tard, cet appel est encore inégalement adressé aux édifices et aux objets carcéraux. La prison, envisagée à la fois comme un héritage matériel et immatériel, reste pourtant un lieu particulièrement pertinent pour documenter les XIXe et XXe siècles. À l’heure où de nombreuses prisons subissent travaux de fond ou totale démolition, les chercheurs appellent régulièrement au sauvetage de ce patrimoine immobilier et mobilier2. Si ce débat porte sporadiquement dans les médias généralistes, il reste jusqu’à présent sans effet majeur sur les politiques patrimoniales et culturelles.

  • 3 André Chastel et Jean-Pierre Babelon, La notion de patrimoine, Paris, Liana Levi, 1994, p. 11.
  • 4 Bruno Foucart, « À la découverte des nouveaux champs du patrimoine : le 13 octobre de l’année 1974  (...)
  • 5 Association française pour l’histoire de la justice, La justice en ses temples : regards sur l’arch (...)
  • 6 Blog sur le patrimoine carcéral à partir des travaux des étudiants du master « Valorisation du patr (...)
  • 7 https://hugo.criminocorpus.org/fr/
  • 8 Sophie Victorien, Jean-Lucien Sanchez, Pierre Gaume, « Patrimoine et architecture carcérale », Hist (...)

2Alors que l’ensemble du processus patrimonial a connu depuis les années 1960 une croissance exponentielle, incluant peu à peu des champs de production et des pratiques culturelles de plus en plus larges, allant des « trésors du passé3 » à de « nouveaux territoires4 » (industriels, ethnographiques ou immatériels), le patrimoine pénitentiaire n’est pas une notion évidente et consensuelle. Souvent évoqué en miroir de la prison, le palais de justice est lui à l’étude depuis plusieurs décennies, pour son architecture comme pour son mobilier : dès le début des années 1990 et sous l’impulsion de l’Association française pour l’histoire de la justice, plusieurs publications ont documenté l’institution et valorisé ses collections5. Sans pouvoir s’appuyer sur des recherches de cette ampleur, la formation d’un regard patrimonial sur la prison et ses artefacts a néanmoins connu depuis le début des années 2000 un essor notable, en particulier grâce aux recherches et à l’enseignement de l’historien Jean-Claude Vimont à l’université de Rouen6. L’abandon de prisons vétustes ainsi que la construction d’établissements modernes dans les périphéries urbaines au XXe siècle sont autant de mutations contemporaines du parc carcéral français, qui interrogent la pertinence d’éventuelles conservations, reconversions ou destructions au XXIe siècle. Depuis 2005, Criminocorpus a entrepris de réunir, de compléter et de diffuser largement des connaissances jusqu’alors éparses et partielles, grâce notamment à l’interface numérique Hugo. Patrimoine des lieux de justice, active depuis 20177. Cette base de données localise de nombreux lieux d’enfermement et renseigne des informations majeures – caractéristiques, projets, personnalités liées, construction, bibliographie, etc. À destination d’un large public, la présentation d’expositions permet en outre de dresser un vaste panorama des lieux judiciaires et pénitentiaires. La question patrimoniale est également abordée à travers plusieurs numéros de la revue en ligne, permettant de traiter cette question en profondeur, à la fois par des historiens, des archivistes et des conservateurs8.

3Au sein de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (ehess-Paris), deux séminaires sont à mentionner : le premier, Histoire de la justice et patrimoine judiciaire (2019-2021 et 2024-2025), participe de manière notable à la recherche scientifique en interrogeant la notion de patrimoine judiciaire dans ses différentes dimensions, matérielle et immatérielle. Le second, Histoire des enfermements (XVIe-XXIe siècles), ouvre depuis 2020 une focale large à des aires géographiques et des périodes historiques plus rarement envisagées. Un programme de recherche sur l’abbaye-prison de Clairvaux a permis également de produire un travail universitaire novateur, complété par la réalisation d’une visite interactive de ce patrimoine architectural unique, vieux de neuf siècle9.

  • 10 « Système pénal et patrimonialisation : entre lieux de mémoire et tourisme carcéral », Déviance et (...)
  • 11 Notamment : Jacqueline Z. Wilson, Prison: Cultural Memory and Dark Tourism, New York, Peter Lang, 2 (...)

4De récentes publications interrogent le devenir de sites pénitentiaires français par rapport à d’éventuels classements patrimoniaux10. Hors des frontières nationales, ce phénomène de patrimonialisation est scruté par des auteurs notamment anglophones, qui révèlent l’actualité de la question Outre-Atlantique, en particulier sous l’angle du dark tourism11. Ce questionnement est bien le fait d’un changement des représentations et de l’approche des chercheurs, au-delà du seul cas français.

  • 12 Philippe Artières, La prison en héritage ? Pour une patrimonialisation critique du pénitentiaire, P (...)
  • 13 Pierre Saddy, « La prison de la Petite Roquette », AMC, n° 33, mars 1974, p. 86-87 ; Bruno Foucart (...)

5Récemment, l’historien Philippe Artières a engagé la question même de la possibilité du patrimoine carcéral et d’une patrimonialisation critique, hors de la seule production de l’administration pénitentiaire et ouverte aux « sans voix », en particulier aux détenus trop souvent invisibilisés12. Surtout, il soulève un paradoxe intéressant : si les historiens de l’art et les architectes, certains de grand renom comme André Chastel, Jean Prouvé et Paul Chemetov, se sont mobilisés dès l’annonce de la destruction de la prison de la Petite Roquette, insufflant des travaux pionniers sur les typologies architecturales13, leur silence a été ensuite assourdissant. Les prisons, alors hauts lieux d’importantes mobilisations politiques et militantes dans les années 1970, n’ont ensuite plus connu de pareilles manifestations en faveur de leur sauvegarde.

  • 14 Tristan Bruslé et Marie Morelle, « Objets et enfermement », Champ pénal/Penal field [En ligne], vol (...)

6À la suite d’une recherche auprès du fond mobilier de l’école nationale de l’administration pénitentiaire (énap), et suivant les apports des travaux contemporains, que dire du patrimoine carcéral aujourd’hui ? Au XXIe siècle, comment la prison, par ses lieux et par ses objets, peut-elle se frayer un chemin vers le patrimoine, à partir de quels artefacts et accompagnée de quels registres patrimoniaux ? Sans prétendre à l’exhaustivité sur ces questions, nous proposons d’envisager deux ensembles de sources qui interrogent directement la notion de patrimoine carcéral, et qui peuvent participer à une patrimonialisation pertinente, en mesure de rendre intelligible la prison et son histoire, sans caricatures. Détournant l’expression d’André Chastel lors de la création de l’Inventaire des richesses artistiques de la France, la brique – et par extension, l’architecture – autant que la petite cuillère constituent les sources que le présent article entend considérer. À ce titre, nous nous situons dans la continuité des travaux en sciences sociales qui signalent l’importance (et la faible connaissance) des objets dans les situations contemporaines d’enfermement14 : là où l’anthropologie et l’ethnologie ont constitué de longue date une histoire matérielle, la recherche est à ses débuts concernant les objets issus des institutions pénitentiaires, déterminants pour dresser une histoire des pratiques professionnelles, des usages quotidiens et jusqu’à une histoire des arts et de l’architecture.

7Dans cette optique, la réflexion s’engage d’abord autour d’un fonds majeur : celui conservé à l’enap, à l’histoire mouvementée et à la valorisation encore balbutiante. Une recherche achevée en 2024 nous a permis d’envisager dans le détail ce fonds complexe et hétéroclite. Ensuite, le renouvellement actuel des approches patrimoniales sur les édifices carcéraux sera évoqué : mémoire matérielle de premier plan, l’architecture représente, au même titre que le mobilier, une source décisive pour l’histoire des prisons.

L’intérêt scientifique des collections pénitentiaires

L’historicité d’une collection institutionnelle

  • 15 Philippe Artières, La prison en héritage ?, op. cit.
  • 16 Marc Renneville, « Une ressource pour l’histoire de la justice, des crimes et des peines : la « col (...)

8Si le patrimoine mobilier des prisons peine à exister, dans un contexte pénitentiaire toujours tendu et auprès d’institutions peu enclines à le considérer, les opérations de collecte et de promotion d’objets carcéraux ne sont pas neuves. L’importance des acteurs privés est grande dès le XIXe siècle : le professeur de médecine légale de Lyon, Alexandre Lacassagne, réunit de nombreux artefacts, véritable « masse documentaire » et « trésor invisible », servant de sources directes pour ses travaux15. Au XXIe siècle, l’importance des collections privées reste majeure : celle constituée par Philippe Zoummeroff, numérisée et photographiée par Criminocorpus en 2014 au moment de sa vente aux enchères, comprend quelques 6 000 éléments, du XVIe au XXe siècle (pièces d’archives et imprimés rares, gravures, correspondances, affiches, complaintes, photographies, etc.)16. Cette collection exceptionnelle, aujourd’hui dispersée, reste accessible en ligne dans une rubrique dédiée, permettant une sauvegarde numérique et une diffusion pérenne.

Ill. 1. Planche décrivant la cellule-type de la France, architectes Alfred Normand et Émile Vaudremer

Ill. 1. Planche décrivant la cellule-type de la France, architectes Alfred Normand et Émile Vaudremer

Actes du Congrès Pénitentiaire International de Rome, novembre 1885, publiés par le soin du Comité exécutif, Tome 3, 2e partie, Rome, Imprimerie des Mantellate, 1888.

  • 17 Pays participants : Allemagne, Danemark, France, Italie, États-Unis, Angleterre, Suède, Norvège, Su (...)
  • 18 Elsa Besson, « Quand la cellule devint la norme. Théories de l’architecture carcérale au XIXe siècl (...)

9L’institution pénitentiaire a elle-même exposé des objets produits par les détenus dès la fin du XIXe siècle, ainsi que des images et textes documentant l’histoire des peines : la constitution d’une collection institutionnelle devait asseoir et valider la science pénitentiaire alors en débat. Dans ce processus de légitimation par la monstration, les objets résultant du travail obligatoire ou des moments d’inoccupation incarnent des enjeux doubles : légitimer le labeur pénal et prouver les bienfaits de l’enfermement individuel. Ces proto-collections permettent de comprendre les origines institutionnelles anciennes du fonds conservé à l’énap. En effet, lors des congrès pénitentiaires internationaux en particulier, l’exposition sert à renforcer les outils de comparaison à la disposition des pays participants, notamment pour juger de l’architecture carcérale et du travail pénal. Au congrès de Rome en 1885 par exemple, une exposition hors du commun fixe les règles spatiales de la cellule occidentale, partagées par la plupart des pays participants17, en reconstituant des cellules individuelles types, à échelle réelle [ill. 1]18. L’architecture carcérale ne fait plus débat et remporte dès lors un large consensus. L’attention porte ainsi sur les objets composant le quotidien de l’enfermement (lit, hamac, paillasse, chaise, étagère), sur le cadre matériel et sécuritaire de l’espace cellulaire (fenêtre, barreaux, œilleton, porte, verrous) ainsi que sur les dimensions et les dispositions des cellules (position de la porte et de la fenêtre, empêchements des communications et des vues vers l’extérieur, nature des matériaux). Cette exposition, révélatrice de l’obsession cellulaire et d’une attention accrue pour le mobilier, est un cas exemplaire qui permet de mieux comprendre l’importance qu’ont certains objets conservés à l’énap [ill. 2].

Ill. 2. Bat-flanc en bois, XIXe siècle

Ill. 2. Bat-flanc en bois, XIXe siècle

ENAP / CHRCP. Photographie : Elsa Besson

  • 19 Actes du Congrès Pénitentiaire International de Rome, novembre 1885, publiés par le soin du Comité (...)
  • 20 Louis Herbette, L’œuvre pénitentiaire. Études présentées à l’occasion de l’organisation du Musée sp (...)
  • 21 Plus de 700 reproductions photographiques sont notamment réalisées à Melun spécialement pour l'expo (...)
  • 22 Louis Herbette, L’œuvre pénitentiaire…, op. cit., p. 229 : « D'un bout à l'autre de l'exposition pé (...)

10En suivant, Louis Herbette, directeur de l’administration pénitentiaire, organise une exposition au palais des Arts libéraux sur le Champ de Mars, à l’occasion de l’Exposition Universelle de Paris de 1889. Visible pendant six mois, elle est ensuite transportée à Saint-Pétersbourg à l’occasion du congrès pénitentiaire de 1890. Ouverte au public afin de dépasser le seul cercle des experts pénitentiaires et de permettre « l’enseignement par l’aspect19 », l’exposition valorise les résultats du travail pénal, présenté là comme un aspect majeur de la peine d’enfermement. Dans L’œuvre pénitentiaire20, Herbette insiste sur la grande valeur de cette exposition, constituant un pendant indispensable à la théorie pénitentiaire, permettant de donner corps au quotidien carcéral21. Cet évènement est d’emblée instrumentalisé, mis au service d’une ambition morale et politique claire : l’administration doit prouver la performance et l’utilité des peines de prison après plus de 50 ans de débats nationaux et internationaux. Par la loi de 1875 imposant l’enfermement individuel pour les courtes peines et par celle de 1885, entraînant la relégation des récidivistes dans les bagnes d’outre-mer, la IIIe République veut asseoir la légitimité et l’exemplarité de sa politique pénitentiaire, en mettant en balance les anciennes pratiques avec celles qui s’établissent alors, présentées comme plus humaines et plus justes. À cette fin, par des dessins et des photographies, des pans entiers de l’exposition s’attachent à montrer les supplices anciens : la pénalité et la punition modernes doivent en miroir apparaître exemplaires, mesurées et rédemptrices. La visée didactique est assumée : il ne faut pas laisser le visiteur douter de la justesse des pratiques pénitentiaires22.

Ill. 3. Maison centrale de Melun : plan du 1er étage [s.n.] (1905)

Ill. 3. Maison centrale de Melun : plan du 1er étage [s.n.] (1905)

Tirage de plan coul. 106,2 x 41,9 cm, cote PL-MELUN-002. © ENAP/CRHCP, bibliothèque en ligne.

  • 23 Ibid, p. 267 à 273.
  • 24 Catherine Prade, « Le musée national des prisons à Fontainebleau, entretien avec Catherine Prade », (...)

11Herbette a alors le soutien du ministre de l’Intérieur Ernest Constans : ce dernier souligne l’intérêt majeur que représentent ces collections pour la recherche historique et pour les générations futures et est favorable à la mise à disposition d’un lieu pérennisant ce fonds23. L'installation d'un musée pénitentiaire permanent est décidé en même temps que s’élabore l'idée de créer un musée des services publics : dans la continuité de ces ambitions muséographiques, certaines pièces sont transférées à la maison centrale de Melun [ill. 3]. Les espaces sont vastes, 400 m² au premier étage, autant à l’étage supérieur, et comprennent un atelier de photographie. Les collections y demeurent jusqu’en 1907, date à laquelle les crédits sont supprimés, mettant fin au premier musée français des prisons24, sans doute destiné aux personnels pénitentiaires et judiciaires – au regard de sa localisation à proximité immédiate des espaces de détention.

Le musée national des prisons : une consécration de brève durée

  • 25 Archives du MNP, ENAP, lettre de Jean Talbert au directeur régional des services pénitentiaires de (...)
  • 26 Archives du MNP, ENAP, synthèse des travaux du groupe de réflexion à initiative du Ministère de la (...)
  • 27 Ibid.

12Si des expositions existent donc depuis la fin du XIXe siècle, il faut attendre un siècle pour qu’un musée national des prisons françaises (MNP) voit le jour sous la gestion administrative du Service des Musées de France du ministère de la Culture, dans les murs de l’ancienne maison d’arrêt de Fontainebleau. Ouvert de manière discontinue entre 1995 et 2013, ce musée a permis de donner une première existence à un fonds hétéroclite, à la fois héritier des ambitions muséographiques de Louis Herbette et des travaux de Jean Talbert, magistrat et responsable du bureau du travail pénal à l’administration centrale à partir des années 196025. Expositions et collectes régulières permettent d’étendre la collection et d’envisager l’ouverture d’un musée à partir du milieu des années 1980, sous l’égide des magistrats Jean-Pierre Dintilhac et Martine Barbarin, et de l’historien Christian Carlier. Le MNP s’établit à Fontainebleau, maison d’arrêt en usage depuis 1847 et dont la fermeture est actée en 199026. Si les missions essentielles sont fixées au cours des années 1990 (fonction patrimoniale, de conservation, d’exposition et de communication), l’objectif premier est de rendre visible et transparent le fonctionnement de l’institution, dans le but de combattre les clichés que suscite le monde carcéral et d’organiser un propos scientifique sur l’histoire de la justice et des peines. En outre, l’enjeu est de constituer « une vitrine de l’institution pénitentiaire, contribuant ainsi à façonner une culture et une identité de l’administration pénitentiaire27 ». Il s’agit de trouver un équilibre, sans faire les louanges de la fonction pénitentiaire ni tomber dans une plaidoirie contre la prison. À ce titre, l’installation dans une ancienne prison est présentée comme décisive, Fontainebleau devenant la « première pièce de la collection », grâce à son intérêt architectural et patrimonial, assuré par son classement à la liste des Monuments Historiques en 1996.

  • 28 Le mobilier carcéral, le matériel de sécurité, le matériau saisi en détention, le matériel de cuisi (...)
  • 29 Fabienne Huard-Hardy, Le « Manuel » des prisons, regards sur les prisons de l’entre-deux guerres, A (...)

13À partir de 2003, les collections sont communiquées à un public plus large que les seuls personnels pénitentiaires, magistrats et chercheurs et sont fortes de 1 700 objets, organisés en 12 grandes thématiques28. Le musée s’accompagne d’un centre de documentation, accueillant des livres anciens, des documents d’archives et d’iconographies anciennes, des médailles, ainsi que la bibliothèque de la Société générale des prisons, réseau central des réflexions pénales et pénitentiaires de la fin du XIXe siècle. De nombreux documents d’architecture (plans, lithographies, recueils au nombre de 1 120) et photographiques sont également conservés, dont la collection Henri Manuel (environ 1 100)29.

  • 30 Catherine Prade, « L’impossible musée ? 1989-2005, le musée national des prisons », Criminocorpus [ (...)

14La fermeture est amorcée en 2010 et est définitive en 201330 : le transfert des objets à Agen est effectué en 2015, dans les locaux où l’enap est installée depuis l’an 2000. C’est à l’abbaye-prison de Clairvaux qu’est stockée la partie du fonds bellifontain consacrée au patrimoine religieux.

Les enjeux patrimoniaux du fonds mobilier des prisons

Ill. 4. Espace pédagogique Pierre Cannat, vue d’ensemble

Ill. 4. Espace pédagogique Pierre Cannat, vue d’ensemble

© CRHCP/ENAP

  • 31 Marc Renneville, « L'Histoire des crimes et des peines. À propos de quelques initiatives prises par (...)
  • 32 Il faut notamment citer l’activité de collecte de Jean-François Alonzo, personnel pénitentiaire et (...)

15Dès janvier 2000, la Direction de l'Administration Pénitentiaire confie à l'enap la charge de créer et de développer un centre de documentation historique sur les crimes et les peines. Ainsi, un « pôle historique » est créé au sein de la médiathèque de l'ENAP, le Centre de Ressources sur l'Histoire des Crimes et des Peines (CRHCP). À l'origine constitué des collections d'ouvrages du MNP – les imprimés issus de la bibliothèque de la Société générale des prisons – ce fonds est augmenté par la donation en 2002 de la bibliothèque du magistrat criminologue Gabriel Tarde ainsi que de l'ancienne bibliothèque de l'hôpital spécialisé du Gers et la collection du psychiatre Jean Dublineau31. En plus des salles de réserves et de conservation des fonds documentaires, un espace d’exposition permanente organise la présentation thématisée de 170 objets, issus pour la majeure partie du transfert des fonds du MNP vers Agen [ill. 4]. Cet espace à vocation pédagogique sert principalement aux formateurs de l’école et est renforcé par des expositions temporaires, organisées par le CRHCP. Pour l’heure, les objets carcéraux ne sont pas soumis à une collecte systématique et de grande ampleur : l’augmentation du fonds repose notamment sur l’activité et sur l’intérêt des historiens et de documentalistes du CRHCP, et des personnels pénitentiaires, qui eux-mêmes peuvent signaler de objets – en particulier lors de la fermeture définitive ou momentanée d’établissements32. Les budgets annuels consacrés à l’acquisition s’élèvent actuellement à quelques milliers d’euros.

Ill. 5. Détails du bat-flanc en bois, XIXe siècle

Ill. 5. Détails du bat-flanc en bois, XIXe siècle

© ENAP / CHRCP. Photographie : Elsa Besson

Ill. 6. Peinture d’Albert Poirson, 1955, don inconnu, 2014

Ill. 6. Peinture d’Albert Poirson, 1955, don inconnu, 2014

© ENAP / CHRCP. Photographie : Mathieu Monceaux

16Si la dimension mémorielle du fonds ne fait pas débat – de nombreux objets étant marqués dans leur matérialité par les usages et les gestes des personnels et des détenus [ill. 5], la question du statut patrimonial peut se poser ponctuellement. En effet, certains objets relèvent de la catégorie de l'objet d’art [ill. 6], tandis que d’autres peuvent être considérés comme des documents historiques. Par exemple, les effets et documents personnels de Roger Bontems, dernier condamné à mort exécuté à la prison de la Santé à Paris en 1972 et défendu par Robert Badinter au début de sa carrière d’avocat, peuvent servir de témoignages directs d’une histoire pénale et pénitentiaire cruciale. Ils permettent en effet de compléter les récits officiels ou engagés qui ont été formulé à l’endroit de la condamnation à mort de Bontems, éclairant de façon plus intime sa trajectoire personnelle [ill. 7].

  • 33 André Bendjebbar, Les Peintres du bagne, Agen, Les Presses de l’ENAP, 2019.
  • 34 Notamment le Musée Ernest Cognacq et le musée Balaguier possèdent de riches fonds issus des bagnes. (...)

17Une seule pièce du fonds est reconnue par les services patrimoniaux de l’État : une peinture à l’huile de grande dimension représentant Saint Vincent de Paul à Marseille, par François Riss (1804-1886), datée de 1841 [ill. 8]. La valeur artistique est principalement mobilisée pour des productions issues du bagne et de la prison, mais aussi hors de la prison : certaines œuvres s’inscrivent particulièrement dans le processus de patrimonialisation évoqué plus haut et ont été l’objet d’un intérêt et d’une reconnaissance de leurs valeurs artistiques déjà anciens, ainsi que d’une production de savoir [ill. 9]33. Des pièces guyanaises et néo-calédoniennes sont par exemple entrées au sein de plusieurs musées depuis le dernier quart du XXe siècle, fixant dès lors leur valeur artistique34.

Ill. 7. Effets personnels et correspondance de Roger Bontems, troisième quart du XXe siècle

Ill. 7. Effets personnels et correspondance de Roger Bontems, troisième quart du XXe siècle

© ENAP / CHRCP. Photographie : Mathieu Monceaux

Ill. 8. Saint Vincent de Paul à Marseille, par François Riss, 1841

Ill. 8. Saint Vincent de Paul à Marseille, par François Riss, 1841

Provenance maison d'arrêt de Carcassonne © ENAP / CHRCP.

Ill. 9. L’Île Royale (îles du Salut), Guyane, par Louis Grilly, vers 1930

Ill. 9. L’Île Royale (îles du Salut), Guyane, par Louis Grilly, vers 1930

© ENAP / CHRCP. Photographie : Mathieu Monceaux

18Dans ce fonds, la valeur historique n’est pas absente : par exemple, la porte d’une cellule du bagne de Brest, datant du XVIIIe siècle et incarnant à elle seule par sa matérialité (solidité, sévérité, épaisseur, massivité, etc.) un pan entier de la punition sous l’ancien régime. Témoin d’un passé révolu, dont de rares traces matérielles sont conservées, elle est un signe éloquent de l’histoire longue des peines. L’importance de la valeur mémorielle est également grande : la mémoire individuelle autant que collective est particulièrement incarnée par des objets conservés pour leur caractère unique et monumental, comme les meubles couverts de graffitis, mais aussi par des objets fabriqués au sein de la détention [ill. 10].

Ill. 10. Guitare factice, don, Maison d'Arrêt de Foix, 2018

Ill. 10. Guitare factice, don, Maison d'Arrêt de Foix, 2018

© ENAP / CHRCP. Photographie : Mathieu Monceaux

19Surtout, la majorité des objets renvoie aux gestes quotidiens, à l’espace et ses usages, et apparaissent comme une source pertinente pour l’histoire des pratiques d’enfermement : ils permettent d’engager une histoire depuis le bas, renseignant les pratiques des personnels pénitentiaires – en majorité – et à la marge, ils ouvrent à une micro-histoire de la détention de droit commun, la plupart restant anonymes. Ces objets incarnent des usages, licites ou illicites, permettant d’approcher l’histoire carcérale par la culture matérielle : objets du quotidien – vêtements, objets usuels et courants de la détention [ill. 11], ou objets sans caractère carcéral particulier [ill. 12]. Émergent ici les machines de production, fréquemment les premières à disparaître lors des fermetures d’industries hors de la prison : le fonds de l’enap n’est pas riche en outils gardant la trace du travail pénitentiaire [ill. 13], certains sont encore en fonction et de fait invisibles, d’autres dispersés, vendus, jetés.

Ill. 11. Uniformes des surveillants de l'administration pénitentiaire et tenue pénale pour homme : chemise écrue et gilet marron sans manche, XIXe et XXe siècles

Ill. 11. Uniformes des surveillants de l'administration pénitentiaire et tenue pénale pour homme : chemise écrue et gilet marron sans manche, XIXe et XXe siècles

© ENAP / CHRCP. Photographie : Elsa Besson

Ill. 12. Chaise en osier

Ill. 12. Chaise en osier

Don inconnu, 2014. © ENAP / CHRCP. Photographie : Mathieu Monceaux

Ill. 13. Machine à tresser, fin du XIXe siècle

Ill. 13. Machine à tresser, fin du XIXe siècle

Provenance : Maison Centrale de Nîmes. © ENAP / CHRCP.

  • 35 Maryse Dal Zotto et Hélène Palouzié (dir.), Regards sur l'objet du XXe siècle : La fragilité d'un p (...)

20De la même façon, d’autres objets sont très peu représentés, en particulier le mobilier cellulaire : trop vétustes, trop endommagés, trop marqués du sceau de la prison, trop vite mis au rebut par les entreprises chargées des travaux de rénovation ou de démolition ? Ou trop ordinaires, sans reconnaissance d’une quelconque valeur monétaire, artistique ou monumentale ? À la différence des ensembles mobiliers des grandes institutions publiques (hôpitaux, universités, etc.), rapidement identifiés par les antiquaires qui ont su en tirer profit35, le mobilier carcéral, dans son immense majorité, n’a été ni sauvegardé ni revendu : en revanche, il a été utilisé « jusqu’à la corde », dans des logiques économiques relevant bien souvent de l’austérité. Les objets cultuels et religieux sont pour l’heure quasiment absents : à la suite de la fermeture du MNP, le fonds religieux accueilli initialement à Clairvaux sera réuni prochainement avec le fonds agenais.

De l’infra au supra-patrimonial : une collection aux contours inégaux

21Cette collection invite à une classification plus transversale que les différentes valeurs évoquées précédemment : en effet, la spécificité du fonds et des campagnes de collectes qui l’ont constitué invitent à observer ses qualités de façon spécifique, sans adopter une logique de concurrence mémorielle, stérile face à cette collection hétéroclite et hors du commun.

  • 36 Georges Perec, L’infra-ordinaire, Paris, Le Seuil, 1989.

22Un registre infra-patrimonial ou endotique émerge en premier lieu : il regroupe l’ensemble des objets collectés en détention ou au-dehors, mais ne relevant pas des pratiques professionnelles ou d’activités artistiques. Cette catégorie peut s’apparenter au « patrimoine ethnographique » ou « patrimoine social », réunissant des objets relevant de l’infra-ordinaire36. Elle permet d’entrer dans la micro-histoire de la prison par la porte dérobée : survivances inespérées d’éléments anciens relevant des usages quotidiens, sauvetage d’objets contemporains au hasard de la collecte ou des fouilles de cellules, ces pièces sont pour la majorité anonymes, sans date ni signature, incapables d’offrir le récit net qu’une archive dûment renseignée permet d’offrir. Souvent muets et parfois fragiles, ces objets permettent néanmoins d’envisager des pans du quotidien en détention, dans ce qu’il a de caractéristique, mais également dans sa dimension banale, proche de la vie hors les murs.

23Un deuxième registre s’impose : celui relevant du patrimoine de l’administration, qui réunit les objets documentant les gestes et usages en détention – uniformes, objets servant au contrôle et à la sécurité, etc. Il s’agit des objets officiels, normés et souvent bien documentés comme les uniformes, les insignes, les médailles, les armes dont l’institution garde trace et mémoire, en grand nombre. Si ce fonds éclaire les pratiques professionnelles pénitentiaires, il est en revanche peu éloquent pour renseigner les autres pratiques, conduisant à une documentation partielle des métiers auxiliaires (métiers du soin, de l’enseignement, pratiques sportives, culturelles et cultuelles). Peu d’« objets-témoins » permettent d’éclairer les conditions concrètes du fonctionnement des établissements pénitentiaires : le fonds renseigne principalement les gestes et dispositifs adressés aux détenus. Difficile de dresser une histoire complète de la culture matérielle des personnels pénitentiaires, mais une histoire des contentions, des contrôles, des outils de surveillance et de reconnaissance se distingue, dressant une histoire en négatif des corps des détenus, soumis à la contrainte.

Ill. 14. Trois stalles cellulaires, avec détail de graffitis inscrits sur une tablette, XXe siècle

Ill. 14. Trois stalles cellulaires, avec détail de graffitis inscrits sur une tablette, XXe siècle

Provenance : Maison d'arrêt de Caen, 2023. © ENAP / CHRCP.

24Enfin, le registre supra-patrimonial, relevant de l’extraordinaire par la nature, la rareté, la dimension ou la qualité des objets, comprend ceux qui s’imposent comme œuvre d’art, pièce hors du commun, comme vestige historique ou encore comme objet qui déborde les pratiques pénitentiaires habituelles. Ce sont les pratiques artistiques en détention ou représentant la prison, les objets mémoriels relevant de l’histoire ou témoignant d’un évènement marquant, ou encore des vestiges monumentaux. Le supra-patrimoine comprend ainsi l’objet éloquent, « bavard » car monumental, voire encombrant. En effet, des pièces hors du commun, par leur origine et les conditions de leur fabrication, endossent le rôle de témoin d’une histoire punitive et pénitentiaire sombre [ill. 14]. Par exemple, les objets façonnés par des bagnards soumis à la punition de l’exil et du travail forcé permettent d’esquisser les ressorts de leur vie sociale et de comprendre la marchandisation à l’œuvre via la production artistique dans cet espace punitif d’une grande violence. C’est aussi un éclairage majeur sur les dissymétries opérant entre les condamnés : se monnayent par ces objets des faveurs et arrangements qui profitent aux « artistes-bagnards », certains passés à la postérité.

Dire l’uniforme, rendre intelligible le singulier

25Ces trois registres permettent de souligner plus finement les caractéristiques de ce fonds : l’écrasante majorité des éléments relevant de l’administration pénitentiaire, la dissymétrie concernant la représentation des détenus et des usagers non institutionnels. À partir de là, deux axes se dégagent, qui divisent le fonds de façon inégale mais qui ont le mérite de ne pas établir une hiérarchie des valeurs entre l’usuel et l’exemplaire ou entre les détenus de droit commun et les détenus politiques : d’une part, une catégorie regroupant les objets incarnant la prison uniforme, de l’autre, la catégorie désignant la prison singulière. Avec ces deux catégories, se distinguent des objets en série et des objets uniques, la collection oscillant entre ce qui uniformise (le temps, l’espace, les corps, les pratiques) et ce qui singularise (les pratiques artistiques, les tentatives d’évasion ou le bricolage) [ill. 15]. À partir des trois registres évoqués plus haut, chacun décliné selon le singulier et l’uniforme, il est possible de mieux souligner l’ambivalence propre au fonds et d’ouvrir à une multitude d’entrées réunissant des éléments parfois différents, mais dont le dialogue peut s’avérer fécond.

Ill. 15. Maquette d’un bateau à voiles

Ill. 15. Maquette d’un bateau à voiles

Don, Maison d'Arrêt d'Agen, 2021. © ENAP / CHRCP. Photographie : Mathieu Monceaux

26Par ces entrées, une histoire matérielle de la prison au plus proche des pratiques et des gestes peut s’esquisser. En effet, une caractéristique majeure du fonds est la production sérielle des objets par les structures pénitentiaires (uniformes, insignes, objets servant le contrôle des détenus, leur surveillance, leur contention, objets fabriqués par la régie de l’AP, etc.). Cette catégorie d’objets se retrouve dans l’ensemble des établissements pénitentiaires et varie en fonction de leurs modernisations successives : du téléphone en bakélite au talkie-walkie, des uniformes en laine épaisse aux tenues contemporaines unisexes. Ces objets forment des entrées multiples, parfois des doublons et représentent la majeure partie du fonds et la mieux documentée par l’enap. Cet ensemble révèle qu’à partir du XIXe siècle une uniformisation des pratiques professionnelles et du traitement du détenu accompagne un contrôle strict des formes architecturales et des mobiliers.

27En appréhendant ainsi la collection, des objets incarnant les matérialités de la prison se révèlent, au prisme du multiple : portes, briques, plans, maquettes, etc. Ces fragments de l’architecture et de la conception architecturale sont également des survivances inespérées car aucune règle de conservation particulière ne les concerne. Pourtant, si ces objets sont souvent familiers des personnels et des usagers de la prison, ils sont méconnus du grand public et ne manquent pas d’intérêt pour mieux comprendre le quotidien carcéral dans le temps long.

Ill 16. Paysage de Cahors (un panneau appartenant à un triptyque), anonyme

Ill 16. Paysage de Cahors (un panneau appartenant à un triptyque), anonyme

Maison d'Arrêt de Cahors, XXe siècle. © ENAP / CHRCP.

Ill. 17. Soulier en laiton miniature, XIXe-XXe siècle

Ill. 17. Soulier en laiton miniature, XIXe-XXe siècle

© ENAP / CHRCP. Photographie : Mathieu Monceaux

28À l’opposé, le fonds conserve des objets singuliers, pour certains irréductibles à la prison, pour d’autres produits par et dans la prison : une partie permet de retracer des histoires personnelles, des évènements officiels ou tragiques, des tentatives d’évasions et gardent traces de gestes artistiques ou illicites. D’autres sont propres à l’univers carcéral (yoyo, machine à tatouer artisanale, transistors de fortune) quand d’autres sont des objets transfuges, permettant la fuite de l’enfermement, par l’imaginaire tout du moins : la forêt amazonienne guyanaise, Cahors et son pont [ill. 16], une babouche-cendrier de poche [ill. 17]. Des objets autobiographiques sont identifiables : le caillou représentant le prisonnier politique Baron à Clairvaux pendant la Commune de Paris ou l’autoportrait peint par le faussaire Francis Lagrange [ill. 18 et 19].

Ill. 18. Pierre gravée à l'effigie de Baron, communard enfermé à la prison de Clairvaux, vers 1872

Ill. 18. Pierre gravée à l'effigie de Baron, communard enfermé à la prison de Clairvaux, vers 1872

© ENAP / CHRCP.

Ill. 19. Autoportrait de Francis Lagrange, 1941, Guyane

Ill. 19. Autoportrait de Francis Lagrange, 1941, Guyane

© ENAP / CHRCP.

  • 37 Maryse Dal Zotto et Hélène Palouzié (dir.), Regards sur l'objet du XXe siècle, op. cit.
  • 38 Philippe Artières, Miettes. Éléments pour une histoire infra-ordinaire de l'année 1980, Paris, Vert (...)
  • 39 Philippe Artières, Jean-François Laé, Lettres perdues. Écriture, amour et solitude, XIXe-XXe siècle (...)

29Depuis les années 1980, les objets de la production industrielle comme ceux du quotidien sont dans le viseur des débats des professionnels du patrimoine, qui s’interrogent sur les motifs valant inventaire ou protection37. À ce titre, les objets carcéraux exacerbent encore ces questionnements. En investissant depuis peu des sujets jugés trop marginaux ou trop fragiles auparavant, plusieurs chercheurs encouragent à interroger les « archives sans qualités », lacunaires, elliptiques, à première vue peu intelligibles38. « [Que] faire de tels documents qui se dérobent à la classification ? Comment interroger ces textes épars et presque anonymes39 ? ». Le fonds mobilier d’Agen ouvre grand la voie à de telles pistes de recherche, en offrant la possibilité d’enquêter au plus près de l’histoire des usagers de la prison et de leurs actions quotidiennes.

L’architecture : une source matérielle de premier plan

  • 40 Par exemple, l’ancienne maison d’arrêt de Pont-l’Évêque (Calvados) fermée en 1953, inscrite à la li (...)
  • 41 Un lieu en particulier regroupe les archives concernant l’histoire de la Justice des mineurs : le c (...)
  • 42 Notamment l’ouverture du Camp des Milles en 2012 à Aix-en-Provence et du Mémorial du Camp de Rivesa (...)
  • 43 Caroline Soppelsa, « La conservation des traces écrites dans les prisons : entre conflits de mémoir (...)

30Certaines architectures pénitentiaires du XIXe siècle bénéficient depuis peu et progressivement d’une considération plus acérée de la part des acteurs locaux (municipalités, associations, riverains) et des institutions patrimoniales. Il s’agit de prendre en compte non plus seulement les prisons les plus célèbres ou les plus anciennes, mais des lieux d’enfermements périphériques par leur position géographique notamment : anciennes maisons d’arrêt de dimensions modestes dans les préfectures de départements ruraux40, colonies pénitentiaires pour mineurs fermées au milieu du siècle dernier41, camps de transit utilisés pendant les conflits mondiaux ou coloniaux42, etc. À l’architecture carcérale, se rajoutent des éléments graphiques couvrant les murs : les graffitis, les écritures officielles – tableaux d’honneur, plaques commémoratives, règlements intérieurs ou encore signalétiques43.

L’architecture : premier document patrimonial

31Il ne semble toujours pas vain d’affirmer l’importance fondamentale qu’à l’architecture pour la compréhension de l’histoire et pour la cohérence du récit patrimonial. À ce sujet, Jean-Yves Andrieux, spécialiste et historien de l’architecture affirme ainsi :

  • 44 Lucie K. Morisset, Des régimes d'authenticité. Essai sur la mémoire patrimoniale, Rennes, PUR, 2009 (...)

« [...] la mémoire [qui] est une conséquence du patrimoine, celui-ci étant attaché au ‘monde matériel’ et, en particulier, à la catégorie qui façonne le regard de chacun ; le milieu bâti. En d'autres termes, l'architecture est première, si l'on veut avoir une chance de comprendre quelque chose au patrimoine, et la vision doit être spatiale44. »

32Suivant un ordre chronologique, la reconnaissance patrimoniale des édifices carcéraux obéit sans surprise à la valeur de l’ancienneté mais est également soumise à une valeur jugée principale, celle attribuée aux édifices religieux médiévaux, devenus prisons par décret napoléonien. En effet, les vestiges architecturaux des périodes carcérales ne s’intègrent que tardivement dans la valorisation patrimoniale des ensembles d’origine monastique45. Si une meilleure prise en compte est maintenant à l’œuvre, il reste difficile de porter à la connaissance du public les différentes phases d’occupation car la complexité spatiale, résultat des transformations, ajouts et destructions, est grande. L'abbaye-prison de Clairvaux a déjà mené ce travail de pédagogie46, celle de Fontevraud s'y engage, en souhaitant accorder à l'histoire carcérale et à ses traces matérielles une place plus claire et mieux documentée47.

  • 48 Elsa Besson, « Les paradoxes de la notion de patrimoine architectural des prisons ; évolutions hist (...)
  • 49 Soppelsa Caroline, « Architecture pénitentiaire. Mémoire historique : l'ambivalence des représentat (...)

33Pour les édifices construits à partir du XIXe siècle et relevant du droit commun, la reconnaissance patrimoniale est encore fragile : c’est en partie le résultat d’un paradoxe inhérent à l’histoire même des projets architecturaux, les empêchant d’être des monuments à part entière48. Longtemps, les acteurs du champ pénitentiaire eux-mêmes – fonctionnaires des ministères de l’Intérieur et de la Justice, magistrats, pénalistes, professeurs de droit, etc. – ont construit un contre-discours sur l’architecture carcérale en particulier, participant au retard de sa reconnaissance patrimoniale. Pour preuve, de nombreux discours du XIXe siècle et du premier XXe siècle dénigrent la qualité de monument public et urbain des prisons, en particulier celles départementales. Économie des matériaux et simplicité des dispositifs d’entrée, localisation en périphérie des villes, les prisons sont alors en quelque sorte à la marge de l’arsenal institutionnel et architectural de l’État français, à l’opposé de la superbe de nombreux palais de justice. Fréquents sous la IIIe République, ces discours freinent longtemps la reconnaissance d’une valeur architecturale des prisons françaises, alors même que les objets fabriqués pour ou dans la prison sont exposés dès la fin du XIXe siècle, qu’ils soient le fruit du travail pénitentiaire ou de « détenus-créateurs ». Pourtant, des voix se sont élevées tôt pour dénoncer en particulier la destruction de prisons emblématiques de l’enfermement politique : Caroline Soppelsa parle d’« émotions patrimoniales » lors de la démolition des prisons parisiennes de Mazas, Sainte-Pélagie et la Grande Roquette, détruites peu avant 1900. La parole d’anciens prisonniers s’exprima alors dans la presse pour sauvegarder les murs qui abritèrent leur enfermement, mais resta insuffisante pour insuffler un large sentiment patrimonial49.

34Du côté des institutions et des professionnels du patrimoine, les réticences ont été majeures jusqu’au dernier tiers du XXe siècle : les prisons, souvent construites à l’économie, sur des parcelles périphériques absorbées par l’extension des centres villes, n’ont pas retenus l’attention. À l’instar des rares éléments de mobilier cellulaire conservés à l’enap, l’architecture carcérale est fréquemment confrontée à des entretiens insuffisants au regard de la suroccupation chronique dont elle est le lieu, ne garantissant pas sa pérennité et sa possibilité à recevoir de nouveaux usages.

Ill. 20. Vue de la rotonde centrale de la Petite-Roquette (H.A. Collard 1875)

Ill. 20. Vue de la rotonde centrale de la Petite-Roquette (H.A. Collard 1875)

© Collection Zoummeroff/Criminocorpus.

35Ainsi, les premières prisons inscrites au classement des Monuments Historiques ont été choisies non pas tant pour leur valeur architecturale que pour leur dimension symbolique et historique : par exemple les vestiges de la Prison de la Force à Paris, ancien hôtel particulier daté du XVIIe siècle transformé en prison entre 1780 et 1845, sont inscrits depuis 1935. Il faut ensuite attendre le cas très connu de la prison parisienne de la Petite Roquette, sous les feux de l’actualité dans les années 1970, pour que le réel intérêt des architectes et des historiens se révèle [ill. 20]. Édifice incontournable pour comprendre la naissance de la conscience patrimoniale adressée aux prisons du XIXe siècle, emblématique de l’enfermement des enfants des années 1830 jusqu’à l’entre-deux-guerres, la Petite Roquette est démolie au printemps 1974. Contestée, sa disparition marque le début de recherches novatrices en architecture et en histoire. Dès 1975, deux prisons du milieu du XIXe siècle sont inscrites au titre des Monuments Historiques ; celle de Caen, dont une aile est aménagée par Harou-Romain fils selon la règle cellulaire, et celle d’Autun par André Berthier. Jusqu’à cette date, il n’y avait eu ni classement ni inscription des prisons de ce siècle ; ces édifices, encore occupés pour la plupart et difficilement perçus comme dignes d’intérêt, car impossibles ou presque à visiter, n’étaient pas aisément considérés comme des éléments patrimoniaux majeurs. Les spécialistes eux-mêmes, peu formés à envisager des programmes considérés comme anti-monumentaux et peu intéressants, n’ont longtemps pas porté attention à ces édifices carcéraux ordinaires.

  • 50 « Patrimoine, histoire et présentisme » Entretien avec François Hartog, Vingtième Siècle. Revue d'h (...)

36Plus largement, l’extension de la notion de patrimoine à partir des années 1980 accompagne la patrimonialisation de certaines prisons du XIXe siècle. Suivant François Hartog, avant 1980, la première acception de cette notion était centrée autour du Monument Historique, choisi et valorisé sous l’action et l’autorité de l’État. Il s’agissait alors de consacrer ce qui permettait de « […] reconnaître ce qui a[vait] jalonné la marche en avant de la nation50 ». Malgré des élargissements de la notion de patrimoine (notamment par l’action de l’Inventaire général des MH et artistiques de la France à partir de 1964), la prison reste largement exclue. Une seconde acception de la notion de patrimoine à partir de 1980 ouvre de nouvelles pratiques et perspectives, qui intègrent mieux des programmes restés jusqu’alors à la marge de la patrimonialisation. Cette ouverture à des objets nouveaux et cette « demande de démocratisation du patrimoine » profite à la typologie carcérale. En effet, à la fin des années 1980, plusieurs prisons du XIXe siècle sont inscrites aux Monuments Historiques, leurs dispositifs architecturaux étant jugés particulièrement révélateurs des logiques contemporaines à leur édification. Par exemple, la disposition d’ensemble de la maison d'arrêt de Niort, construite entre 1845 et 1853, est décrite dans la notice du ministère de la Culture comme exemplaire de l’adéquation de l’architecture avec les débats sur le système pénitentiaire et avec les directives du ministre de l'Intérieur Duchâtel de 1841 [ill. 21]. De manière similaire, la maison d'arrêt du Puy-en-Velay, inscrite la même année, est qualifiée d’« exemple intéressant et complet de l'application de la discipline carcérale du XIXe siècle. L'édifice fut construit entre 1880 et 1897 sur le strict principe de l'isolement des détenus […]. » [ill. 22]. Ces prisons sont entrées dans la catégorie patrimoniale pour les caractéristiques singulières de leur architecture cellulaire, considérée ici comme l’organisation spatiale la plus significative des théories pénitentiaires du XIXe siècle.

Ill. 21. Vue aérienne de la maison d’arrêt de Niort

Ill. 21. Vue aérienne de la maison d’arrêt de Niort

© Ministère de la Culture (France), Médiathèque du patrimoine et de la photographie, tous droits réservés.

Ill. 22. Maison d'arrêt du Puy-en-Velay : Chapelle, vue partielle

Ill. 22. Maison d'arrêt du Puy-en-Velay : Chapelle, vue partielle

© Ministère de la Culture (France), Direction Régionale des Affaires Culturelles d’Auvergne-Rhône-Alpes – Tous droits réservés.

Des projets de transmission de l’histoire carcérale : l’action citoyenne comme force notable

  • 51 Elsa Besson, « Histoire, architecture et mémoire au seuil de la prison : dispositifs scénographique (...)
  • 52 Le comité de pilotage était organisé d’une part en comité scientifique, réunissant à la fois les re (...)
  • 53 Philippe Artières, La prison en héritage ? op. cit.

37L’action des collectifs de citoyens a permis également la reconnaissance d’édifices désaffectés. Récemment, l’exemple du Castelet à Toulouse, musée municipal sis dans les bâtiments d’entrée de l’ancienne prison Saint-Michel fermée en 2009, illustre l’action forte des associations citoyennes, appuyée par la municipalité, autour d’un projet de sauvegarde et de transmission de l’histoire carcérale toulousaine [ill. 23]51. Le Castelet, inscrit au titre des Monuments Historiques depuis 2011, est géré par la municipalité depuis 2013 : ce projet a été largement porté par les associations de riverains et d’anciens combattants, convaincues de son importance urbaine, architecturale et patrimoniale, dès avant la fermeture de la prison. Le comité de quartier Saint-Michel a notamment été en première ligne pour soutenir ce projet, conjointement avec la municipalité, afin qu’y soient représentées les différentes histoires du lieu. En effet, depuis son ouverture en 2020, Le Castelet entend associer les questions relevant du patrimoine matériel aux enjeux mémoriels liés à la Résistance, à l’Occupation et à l’histoire carcérale quotidienne. Le comité de pilotage du musée a pris le parti d’associer l’ensemble des registres historiques, reconnaissant ainsi la diversité des histoires de la prison52. Donner une dimension patrimoniale, préserver l’architecture et donner vie à un espace d’exposition : les enjeux sont grands et la réussite sur le plan muséal est sans conteste. Fort de sa position périphérique par rapport à l’espace de la détention propre dite, le Castelet permet sans doute une mise à distance de l’architecture et des objets, indispensable à une patrimonialisation critique suivant Philippe Artières53. À la différence du Musée national des Prisons, il n’y a pas d’immersion dans l’univers carcéral mais une expérience depuis le seuil de l’ancienne prison, au sein du dispositif d’entrée, à la jonction entre l’intérieur de la prison et la ville.

Ill. 23. Le Castelet, 2022 et Salle 2 « Au cœur de la vie de la prison »

Ill. 23. Le Castelet, 2022 et Salle 2 « Au cœur de la vie de la prison »

Photographie personnelle. © Le Castelet, Mairie de Toulouse.

38Le devenir de l’ancienne prison – dont l’importance pour le patrimoine carcéral français et plus largement occidental est incontestable – semble d’ailleurs s’être éclairci depuis quelques mois. Après un appel à manifestation d’intérêt lancé par l’État en 2022, sans résultat définitif, celui-ci a annoncé sa volonté de conserver l’ensemble pénitentiaire. En effet, si les associations de riverains ont poursuivi leur combat pour une inscription de la totalité de la prison Saint-Michel au titre des Monuments Historiques, leur objectif n’est pour l’heure pas atteint, mais un projet d’installation des services judiciaires, entérinant un retour à un usage judiciaire, est aujourd’hui engagé. Il s’agira d’accueillir des services du ministère de la Justice, l'État restant de ce fait propriétaire du site de 2 hectares : il reste à espérer que ce nouvel usage permettra une conservation judicieuse des singularités architecturales de cet édifice majeur pour l’histoire carcérale.

Recherche scientifique et musées au service du patrimoine carcéral

  • 54 Jean-Fabien Philippy, « Les Baumettes au musée : Graffitis et créations carcérales », Criminocorpus(...)

39C’est également du côté des institutions muséales que la conservation et la transmission du patrimoine carcéral se jouent particulièrement. Il faut notamment mentionner l’action décisive d'enregistrement et de sauvegarde engagée par le Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (Mucem), début 2019, à l'annonce de la destruction de la prison des Baumettes, construite dans les années 1930 à Marseille. Réunies dans l’enquête « Graffitis et créations carcérales », deux mille photographies ont été réalisées par le service de l’Inventaire général du Patrimoine PACA, accompagné d’un versement aux archives de 140 documents collectés dans les cellules et les coursives, et de 42 items inscrits à l’inventaire du musée et provenant soit des cellules désaffectées, soit de saisies de l’administration pénitentiaire54. Ce processus de collecte et d’enregistrement de grande ampleur est particulièrement intéressant, et gagnerait à être étendu à d’autres sites pénitentiaires avant leur rénovation ou leur démolition.

  • 55 Jean-Lucien Sanchez, « Filmer la prison et ses personnels. D'une approche expérimentale à une démar (...)

40En effet, des recherches de terrains et des campagnes photographiques systématiques in situ, selon les méthodologies de l’Inventaire général du patrimoine culturel, pourraient être une solution pour garder trace et mémoire des objets et dispositifs avant disparition. C’est dans une logique similaire que le Castelet a œuvré, afin de donner à voir la vie quotidienne en détention grâce à des photographies des cellules prises avant le transfert des détenus, accompagnées par des récits d’anciens détenus. Un tel inventaire permettrait de conserver une vaste mémoire des espaces carcéraux – par l’observation, l’analyse et la description systématiques, offrant ainsi un panorama plus exhaustif que les initiatives, louables mais à l’échelle individuelle. Les « visites guidées » filmées en prison par Criminocorpus sont à ce titre un médium particulièrement riche, permettant d’explorer des édifices désaffectés ou disparus, accompagnés d’entretiens avec des membres du personnel, de documents d’archives et de vues inédites des lieux55.

  • 56 Marc Renneville, « Pour une archéologie de la détention. Le château-prison de Gaillon (1812-1925) » (...)

41Enfin, des recherches récentes ouvrent de vastes chantiers pour se saisir de l’histoire par les lieux et les usages de l’enfermement, par exemple grâce aux connaissances issues de l’archéologie préventive, permettant de saisir plus finement le palimpseste historique qui compose la trajectoire de certains lieux de détention56.

L’architecture carcérale au risque du dark tourism

42Du côté des initiatives privées, et face à la réticence qu’ont les instances locales à se charger des édifices pénitentiaires désaffectés, se développe une tendance à la marchandisation de la prison et de son image. Le tourisme sombre est bien connu outre-Atlantique depuis les années 2000 : à l’Eastern Penitenciary de Philadelphie par exemple, des animations proposent différentes expériences, de la fête d’Halloween jusqu’à la « dégustation » du pain distribué aux détenus dans les différentes prisons fédérales. Ces évènements ponctuels sont associés à un projet pédagogique et scientifique sérieux, qui éclaire notamment l’inflation carcérale que connaît le pays depuis les années 1980. Ce phénomène connaît récemment en France un certain essor et prend plusieurs formes : par exemple, le Castelet propose des escape games et des événements pour Halloween, visant en particulier le public des enfants, en parallèle des expositions permanentes et temporaires sur l’histoire carcérale. Désaffectée depuis 2009, l’ancienne maison d’arrêt de Béziers, située au pied de la cathédrale, est elle devenue l’hôtel-restaurant « La prison » depuis 2023. Après plusieurs années d’abandon, ce projet hôtelier a réaménagé les espaces de détention et a en partie conservé la disposition d’ensemble.

43L’exemple du Castelet prouve que peuvent se conjuguer des ambitions pédagogiques sérieuses avec des approches plus ludiques, invitant un public jeune à venir au musée. Ce lieu essaie avant tout de donner la mesure de l’histoire, sans tomber dans les ornières d’une spectacularisation de la prison à l’éthique contestable – les quelques évènements autour de l’enfermement mis en scène de façon ludique n’étant que très ponctuels et peu mis en avant par la communication du musée. Le réemploi de l’ancienne prison de Béziers joue lui sur la curiosité pour les traits carcéraux du lieu, dont la vétusté est mise en scène, voire accentuée, notamment en faisant le choix de souligner ponctuellement la décrépitude des enduits des cellules. Pour s’adapter à cette nouvelle fonction, si la circulation par une nef centrale et des coursives est conservée, les cellules ont pour beaucoup été doublées, voire triplées et les fenêtres agrandies ont perdu leurs barreaux, pour correspondre au projet touristique haut de gamme. La promotion du dark tourism y est claire et le projet assume pleinement ce choix : par exemple, les portes des cellules anciennes scandent les murs de l’hôtel, où la signalétique indique encore la répartition cellulaire.

44L’ouverture de la prison au public trouve à Marseille une tierce voie, dans un espace de détention encore en activité, avec le restaurant « Les Beaux Mets », installé dans le quartier de la semi-liberté des Baumettes. Ce restaurant unique en France, où le service et la cuisine sont assurés par des détenus et sous la houlette de professionnels, est lui à la frontière entre les enjeux de la réinsertion et l’appel à la curiosité d’un public sans doute curieux de la découverte d’un espace carcéral emblématique, installé dans la prison historique et sous l’autorité de l’administration pénitentiaire.

Conclusion

  • 57 Hervé Guillemain, « L’historien·ne passe-muraille », Histoire, médecine et santé [En ligne], 15 | é (...)
  • 58 Michel Foucault, « Des espaces autres », Dits et Écrits II, Paris, Gallimard, 2001, p. 1571-1581 (1(...)

45Si l'écriture de l'histoire de la folie et de la psychiatrie a connu un désenclavement important depuis les années 1990, notamment grâce au material turn et au patient turn, l'histoire de la prison gagne à poursuivre son renouvellement, soutenue par des sources encore largement invisibilisées qui méritent d’être investies par la recherche57. Le fonds de l’enap, encore partiellement exposé et accessible, pourrait engager la constitution d’une patrimonialisation productrice de savoirs, afin d’enrichir l’histoire des prisons grâce à la dimension matérielle, décisive pour saisir les continuités et les ruptures dans la prise en charge des détenus et dans les pratiques pénitentiaires. En effet, si la prison est souvent désignée comme hétérotopie, selon la notion forgée par Miche Foucault58, les fonds mobiliers des prisons françaises prouvent les transgressions à l’œuvre entre les murs, faisant parfois basculer les caractéristiques liées à la « carcéralité » qui les a vu naître ou qui les abritent vers un ailleurs hors des murs – les liant à l’histoire nationale ou à des trajectoires individuelles. Les collections et les architectures carcérales peuvent alors être abordées depuis les actions de l’institution autant que depuis les activités des détenus, dans le temps long comme dans celui, court, du surgissement de l’imprévu.

  • 59 « Matérialité et enfermements au Moyen Âge et à l’époque moderne : objets, acteurs et expériences » (...)

46Par différents axes, parfois intriqués, une histoire matérielle et culturelle de la prison française est à poursuivre, les objets mobiliers et les fragments architecturaux conservant une mémoire précieuse non seulement pour l’institution pénitentiaire elle-même, mais aussi plus largement pour toute personne intéressée par la question de la justice et de la punition. Un colloque international intitulé « Matérialité et enfermements au Moyen Âge et à l’époque moderne : objets, acteurs, expériences » se tiendra en 2026 et indique l’importance de cette approche par les objets59 : l'argumentaire propose d'envisager les diverses formes d'enfermement depuis la culture matérielle, qu'elle soit révélée par les objets eux-mêmes ou par les sources qui décrivent ces derniers.

  • 60 Marc André, Une prison pour mémoire. Montluc, de 1944 à nos jours, Lyon, ENS Éditions, coll. « Soci (...)

47Un site d’envergure manque encore aujourd’hui pour communiquer des fonds pourtant dignes d’intérêt. Des projets soulèvent néanmoins de front la question du patrimoine et de la mémoire : si le succès du Castelet et son audience auprès d’un large public ne se démentent pas, l’initiative de constituer une collection sur l’emprise du site pénitentiaire de Fresnes interroge quant au public éventuel et à l’accessibilité qui fait défaut. Dans ce panorama mitigé, d’autres espaces d’expositions sont pérennes, mais concernent des lieux où la fonction carcérale s’accompagne d’autres enjeux, mémoriels en particulier : c’est le cas de la prison de Montluc à Lyon, mémorial national de la Résistance depuis 201060.

  • 61 Difficile de ne pas craindre ce que souligne ici Xavier Rousseaux : « D’autre part, construire une (...)

48À Agen, le projet d’un espace d’exposition ouvert à un public plus large que les seuls chercheurs et personnels pénitentiaires est à l’étude et devrait prendre place au sein d’un nouvel édifice ajouté au site actuel de l’enap, consacré à la recherche en histoire et en criminologie. L’ouverture est annoncée pour le courant de l’année 2026 : reste à espérer que s’engage là un projet muséal et scientifique à la hauteur des enjeux complexes du patrimoine carcéral et que le soutien des institutions ne se démente pas61.

  • 62 Falk Bretschneider, « Spatial turn et histoire de la justice pénale moderne », Crime, Histoire & So (...)

49Le chantier reste pour l’heure ouvert, tant pour les collections mobilières que pour la valorisation de l’architecture et des témoignages historiques et mémoriels qu’elle permet de garder vivants, dans l’histoire longue des peines et de la justice. Enfin, sans s’en tenir à la seule question de l’histoire architecturale, des historiens, des géographes ou encore des criminologues appellent à regarder de près les perspectives qu’offre le « tournant spatial » pour l’histoire de la justice pénale, qui permet d’envisager l’espace dans ce qu’il induit de pratiques, d’appropriations, de détournements, etc.62 Gageons que cet intérêt engage des recherches novatrices et pluridisciplinaires, permettant de mobiliser l’intérêt du plus grand nombre pour l’histoire de la justice et des peines.

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Notes

1 Libération, Tribune publiée par Sonya Faure le 18 septembre 2024. Citons notamment Philippe Artières, directeur de recherches au CNRS (EHESS), Dominique Kalifa, professeur d'histoire à l'université Paris 1, Michelle Perrot, historienne émérite, Marc Renneville, directeur de recherche au CNRS et responsable du site Criminocorpus, Jean-Claude Vimont, maître de conférence en histoire à l'université de Rouen.

2 Libération, Tribune publiée le 20 septembre 2021 : « Ne détruisons pas la prison de Clairvaux ».

3 André Chastel et Jean-Pierre Babelon, La notion de patrimoine, Paris, Liana Levi, 1994, p. 11.

4 Bruno Foucart, « À la découverte des nouveaux champs du patrimoine : le 13 octobre de l’année 1974 », in Pierre Nora (dir.), Science et conscience du Patrimoine. Entretiens du Patrimoine, Paris, Fayard, Éditions du Patrimoine, 1997, p. 305-320.

5 Association française pour l’histoire de la justice, La justice en ses temples : regards sur l’architecture judiciaire en France, Paris, Errance. Art et patrimoine, 1992 ; Jacques Poumarède (coord.), « Territoires et lieux de justice », Histoire de la justice 2011/1, n° 21, Association Française pour l'Histoire de la Justice, Documentation française.

6 Blog sur le patrimoine carcéral à partir des travaux des étudiants du master « Valorisation du patrimoine » : https://criminocorpus.hypotheses.org/category/patrimoine-carceral et Jean-Claude Vimont, « Cent mille briques. Aspects du patrimoine pénal de Haute-Normandie », Trames, n°2, 1997, p. 89-99.

7 https://hugo.criminocorpus.org/fr/

8 Sophie Victorien, Jean-Lucien Sanchez, Pierre Gaume, « Patrimoine et architecture carcérale », Histoire pénitentiaire, 11, 2016 ; Marc Renneville et Sophie Victorien (dir.), dossier « Sombre patrimoine, patrimoine sombre. Mémoires et histoires de justice » | 2024 ; https://doi.org/10.4000/criminocorpus.14246

9 Visite virtuelle de l’abbaye-prison de Clairvaux : http://cloitreprison.fr/map.html et Isabelle Heullant-Donat et Élisabeth Lusset, « Les Enjeux patrimoniaux d’une abbaye-prison en reconversion : le cas de Clairvaux », In Situ [En ligne], 48 | 2022, mis en ligne le 23 août 2022, consulté le 27 janvier 2025. URL : http://journals.openedition.org/insitu/36020 ; DOI : https://doi.org/10.4000/insitu.36020

10 « Système pénal et patrimonialisation : entre lieux de mémoire et tourisme carcéral », Déviance et Société, vol. 42, 2018/4 ; DOI : https://doi.org/10.4000/criminocorpus.9763 ; « Le patrimoine de l'enfermement », Monumental, revue scientifique et technique des monuments historiques, Centre des monuments nationaux, Éditions du Patrimoine, 2018, n° 1 ; Michel Daccache et Jean-Lucien Sanchez (dir.), Actes des journées d’études : Espaces de détention : territoires, patrimoines et lieux vécus, Criminocorpus

[En ligne], 15 | 2020, mis en ligne le 14 septembre 2020, consulté le 24 juin 2022, https://doi.org/10.4000/criminocorpus.7422 ; Arnauld Heuret, Daniel Gimenez, Jean-Lucien Sanchez et Christophe Sand, « Pour une inscription des bagnes de Guyane et de Nouvelle-Calédonie à la Liste du patrimoine mondial de l’Unesco », In Situ [En ligne], 48 | 2022, mis en ligne le 01 septembre 2022, consulté le 03 juin 2024. URL : http://journals.openedition.org/insitu/36185 ; DOI : https://doi.org/10.4000/insitu.36185

11 Notamment : Jacqueline Z. Wilson, Prison: Cultural Memory and Dark Tourism, New York, Peter Lang, 2008 ; Michael Welch, Escape to Prison : Penal Tourism and the Pull of Punishment, Berkeley, University of California Press, 2015 ; Jacqueline Z. Wilson, Sarah Hodgkinson, Justin Piché et Kevin Walby (dir.), The Palgrave Handbook of Prison Tourism, London & New York, Palgrave Macmillan, 2017.

12 Philippe Artières, La prison en héritage ? Pour une patrimonialisation critique du pénitentiaire, Paris, Éditions de la Sorbonne, 2024.

13 Pierre Saddy, « La prison de la Petite Roquette », AMC, n° 33, mars 1974, p. 86-87 ; Bruno Foucart et Véronique Noël-Bouton, « Une prison cellulaire de plan circulaire au XIXe siècle : la prison d'Autun », L’Information d'histoire de l'art, n° 1, janvier-février 1971, p. 11-24 ; Bruno Foucart, « Architecture carcérale et architectes fonctionnalistes en France du XIXe siècle », Revue de l’art, n° 32, 1976, p. 37-56.

14 Tristan Bruslé et Marie Morelle, « Objets et enfermement », Champ pénal/Penal field [En ligne], vol. XI | 2014, mis en ligne le 12 juillet 2014, consulté le 23 juin 2022. URL : http://journals.openedition.org/champpenal/8884 ; DOI : https://doi.org/10.4000/champpenal.8884

15 Philippe Artières, La prison en héritage ?, op. cit.

16 Marc Renneville, « Une ressource pour l’histoire de la justice, des crimes et des peines : la « collection Zoummeroff » sur Criminocorpus », Criminocorpus [En ligne], Les sources de la recherche, mis en ligne le 16 décembre 2014, consulté le 27 janvier 2025. URL : http://journals.openedition.org/criminocorpus/2913 ; DOI : https://doi.org/10.4000/criminocorpus.2913

17 Pays participants : Allemagne, Danemark, France, Italie, États-Unis, Angleterre, Suède, Norvège, Suisse, Belgique, Autriche, Espagne, Portugal, Hollande, Hongrie, Croatie, Grèce, Mexique, Argentine, Uruguay, Chili, Russie.

18 Elsa Besson, « Quand la cellule devint la norme. Théories de l’architecture carcérale au XIXe siècle », Métropolitiques, 2018. [En ligne : http://www.metropolitiques.eu/Quand-la-cellule-devint-la-norme-Theories-de-l-architecture-carcerale-au-XIXe.html]

19 Actes du Congrès Pénitentiaire International de Rome, novembre 1885, publiés par le soin du Comité exécutif, Rome, Imprimerie des Mantellate, 1887, p. 244 : « N’est-ce pas le mode d’enseignement le plus sûr, enseignement direct, enseignement des choses, enseignement par l’aspect ».

20 Louis Herbette, L’œuvre pénitentiaire. Études présentées à l’occasion de l’organisation du Musée spécial et des expositions de l’administration française, Melun, Imprimerie administrative, 1891.

21 Plus de 700 reproductions photographiques sont notamment réalisées à Melun spécialement pour l'exposition, pour un total d’un millier de photographies exposées.

22 Louis Herbette, L’œuvre pénitentiaire…, op. cit., p. 229 : « D'un bout à l'autre de l'exposition pénitentiaire, c'est par l'image qu'on avait entrepris de parler au public, pour tout ce qui ne pouvait lui être expliqué par la production d'objets eux-mêmes. C'est par la vue qu'il fallait saisir des gens venus pour voir. »

23 Ibid, p. 267 à 273.

24 Catherine Prade, « Le musée national des prisons à Fontainebleau, entretien avec Catherine Prade », Criminocorpus [En ligne], Varia, mis en ligne le 24 juin 2012, consulté le 29 juin 2021. URL : http://journals.openedition.org/criminocorpus/1906

25 Archives du MNP, ENAP, lettre de Jean Talbert au directeur régional des services pénitentiaires de Toulouse, à propos de tenues pénales conservées à la maison centrale d’Arles, datée du 2 janvier 1981.

26 Archives du MNP, ENAP, synthèse des travaux du groupe de réflexion à initiative du Ministère de la Justice « Pourquoi faire un musée des prisons, comment le faire, qu’en faire ? », février 1997.

27 Ibid.

28 Le mobilier carcéral, le matériel de sécurité, le matériau saisi en détention, le matériel de cuisine, le greffe et le matériel anthropométrique, le matériel médical, les uniformes des surveillants, les tenues pénales, le travail pénal, les objets de cultes, les peintures.

29 Fabienne Huard-Hardy, Le « Manuel » des prisons, regards sur les prisons de l’entre-deux guerres, Agen, Les presses de l’ENAP, 2017.

30 Catherine Prade, « L’impossible musée ? 1989-2005, le musée national des prisons », Criminocorpus [En ligne], Varia, mis en ligne le 18 mai 2012, consulté le 29 juin 2021. URL : http://journals.openedition.org/criminocorpus/1774

31 Marc Renneville, « L'Histoire des crimes et des peines. À propos de quelques initiatives prises par l'administration pénitentiaire (2001-2004) », Actes du Congrès du 23 et 24 mai 2004 “Hommes et Pays de la Moyenne Garonne”, Revue de l'Agenais, 2005, n° 1, p. 557- 570.

32 Il faut notamment citer l’activité de collecte de Jean-François Alonzo, personnel pénitentiaire et formateur en histoire au CRHCP à l’ÉNAP, auteur de La prison illustrée de 1789 à nos jours, Agen, Presses de l’ENAP, 2023.

33 André Bendjebbar, Les Peintres du bagne, Agen, Les Presses de l’ENAP, 2019.

34 Notamment le Musée Ernest Cognacq et le musée Balaguier possèdent de riches fonds issus des bagnes. Voir Musée Balaguier. Les artistes du bagne, Musée Criminocorpus publié le 19 octobre 2011, consulté le 25 juin 2024. Permalien : https://criminocorpus.org/fr/ref/176/60/

35 Maryse Dal Zotto et Hélène Palouzié (dir.), Regards sur l'objet du XXe siècle : La fragilité d'un patrimoine au présent, Arles, Actes Sud, 2007.

36 Georges Perec, L’infra-ordinaire, Paris, Le Seuil, 1989.

37 Maryse Dal Zotto et Hélène Palouzié (dir.), Regards sur l'objet du XXe siècle, op. cit.

38 Philippe Artières, Miettes. Éléments pour une histoire infra-ordinaire de l'année 1980, Paris, Verticales-Gallimard, 2016.

39 Philippe Artières, Jean-François Laé, Lettres perdues. Écriture, amour et solitude, XIXe-XXe siècle. La vie quotidienne, Paris, Éditions Hachette, 2003.

40 Par exemple, l’ancienne maison d’arrêt de Pont-l’Évêque (Calvados) fermée en 1953, inscrite à la liste des Monuments Historiques en 1997 et ouverte à la visite depuis 2006 pour présenter son histoire pénitentiaire. Une restauration à la fin des années 2000 s’est attachée à mettre en valeur les dispositions carcérales originelles.

41 Un lieu en particulier regroupe les archives concernant l’histoire de la Justice des mineurs : le centre d’exposition « Enfants en justice », créé en 2001, est situé à la Ferme de Champagne de Savigny-sur-Orge, installé dans une partie des locaux du Centre d’observation pour mineurs, ouvert entre 1945 et 1975.

42 Notamment l’ouverture du Camp des Milles en 2012 à Aix-en-Provence et du Mémorial du Camp de Rivesaltes en 2015.

43 Caroline Soppelsa, « La conservation des traces écrites dans les prisons : entre conflits de mémoire, dark tourism et contraintes de la reconversion architecturale », Siècles [En ligne], 56 | 2024, mis en ligne le 03 février 2025, consulté le 04 février 2025. URL : http://journals.openedition.org/siecles/12319 ; DOI : https://doi.org/10.4000/1389i

44 Lucie K. Morisset, Des régimes d'authenticité. Essai sur la mémoire patrimoniale, Rennes, PUR, 2009. Préface de Jean-Yves Andrieux p. 8-9.

45 Fabienne Doulat, « Sauvegarde et reconversion du patrimoine carcéral, une question complexe », in Agathe Mathiaut-Legros (dir.), La prison panoptique d’Autun, Histoire et perspectives, Dijon, Presses universitaire de Dijon, 2022.

46 https://criminocorpus.org/fr/visites/en-prison/la-maison-centrale-de-Clairvaux/ et http://cloitreprison.fr/visiteVideo.html

47 Clémentine Mathurin et Florian Stalder, La maison centrale de Fontevraud, un patrimoine !, Criminocorpus le carnet de recherche, consulté le 28 juillet 2025 à l’adresse https://doi.org/10.58079/ndae

48 Elsa Besson, « Les paradoxes de la notion de patrimoine architectural des prisons ; évolutions historiques de la conception et du regard sur la prison bâtie », Criminocorpus [En ligne], Actes des journées d’études : Espaces de détention : territoires, patrimoines et lieux vécus, 15 | 2020, mis en ligne le 14 septembre 2020, consulté le 13 juin 2022. URL : http://journals.openedition.org/criminocorpus/7508 ; DOI : https://doi.org/10.4000/criminocorpus.7508

49 Soppelsa Caroline, « Architecture pénitentiaire. Mémoire historique : l'ambivalence des représentations », Sociétés & Représentations, vol. 30, n° 2, 2010, p. 83-96.

50 « Patrimoine, histoire et présentisme » Entretien avec François Hartog, Vingtième Siècle. Revue d'histoire, 2018/1, n° 137, p. 22-32.

51 Elsa Besson, « Histoire, architecture et mémoire au seuil de la prison : dispositifs scénographiques et enjeux patrimoniaux au Castelet à Toulouse au XXIe siècle », Criminocorpus [En ligne], Marc Renneville et Sophie Victorien (dir.), Sombre patrimoine, patrimoine sombre. Mémoires et histoires de justice, mis en ligne le 31 janvier 2024, consulté le 01 février 2024. URL : http://journals.openedition.org/criminocorpus/14502 ; DOI : https://doi.org/10.4000/criminocorpus.14502

52 Le comité de pilotage était organisé d’une part en comité scientifique, réunissant à la fois les responsables de la mairie de Toulouse et un représentant de chaque association de riverains et d’anciens combattants impliquée dans le projet de patrimonialisation et d’exposition, et d’autre part en comité élargi, associant tous les membres des associations souhaitant participer à la réflexion.

53 Philippe Artières, La prison en héritage ? op. cit.

54 Jean-Fabien Philippy, « Les Baumettes au musée : Graffitis et créations carcérales », Criminocorpus [En ligne], Marc Renneville et Sophie Victorien (dir.), Sombre patrimoine, patrimoine sombre. Mémoires et histoires de justice, mis en ligne le 31 janvier 2024, consulté le 31 juillet 2025. URL : http://journals.openedition.org/criminocorpus/14388 ; DOI : https://doi.org/10.4000/criminocorpus.14388

55 Jean-Lucien Sanchez, « Filmer la prison et ses personnels. D'une approche expérimentale à une démarche concertée », Criminocorpus [En ligne], Marc Renneville et Sophie Victorien (dir.), Sombre patrimoine, patrimoine sombre. Mémoires et histoires de justice, mis en ligne le 31 janvier 2024, consulté le 31 juillet 2025. URL : http://journals.openedition.org/criminocorpus/14427 ; DOI : https://doi.org/10.4000/criminocorpus.14427

56 Marc Renneville, « Pour une archéologie de la détention. Le château-prison de Gaillon (1812-1925) », Revue d'histoire du XIXe siècle [En ligne], 58 | 2019, mis en ligne le 01 janvier 2022, consulté le 07 juillet 2022. URL : http://journals.openedition.org/rh19/6450 ; DOI : https://doi.org/10.4000/rh19.6450

57 Hervé Guillemain, « L’historien·ne passe-muraille », Histoire, médecine et santé [En ligne], 15 | été 2019, mis en ligne le 24 septembre 2020, consulté le 14 novembre 2025. URL : http://journals.openedition.org/hms/2333 ; DOI : https://doi.org/10.4000/hms.2333

58 Michel Foucault, « Des espaces autres », Dits et Écrits II, Paris, Gallimard, 2001, p. 1571-1581 (1re parution 1984).

59 « Matérialité et enfermements au Moyen Âge et à l’époque moderne : objets, acteurs et expériences », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 08 juillet 2025, https://doi.org/10.58079/14anj

60 Marc André, Une prison pour mémoire. Montluc, de 1944 à nos jours, Lyon, ENS Éditions, coll. « Sociétés, espaces, temps », 2022.

61 Difficile de ne pas craindre ce que souligne ici Xavier Rousseaux : « D’autre part, construire une histoire matérielle scientifique du crime et de la pénalité, dans un contexte de financement public en déclin est d’autant plus délicat que les choix d’affectation des moyens de la conservation sont sous-tendus par des idéologies nationales. », Xavier Rousseaux, « Crime et justice au prisme de l’histoire visuelle et matérielle », art. cit.

62 Falk Bretschneider, « Spatial turn et histoire de la justice pénale moderne », Crime, Histoire & Sociétés / Crime, History & Societies [En ligne], vol. 21, n°2 | 2017, mis en ligne le 19 juillet 2020, consulté le 22 juillet 2025. URL : http://journals.openedition.org/chs/1994 ; Olivier Milhaud et David Scheer, « Plaidoyer pour une lecture critique de l’architecture carcérale », Champ pénal/Penal field [En ligne], 19 | 2020, mis en ligne le 28 mai 2020, consulté le 24 juillet 2025. URL : http://journals.openedition.org/champpenal/11621 ; DOI : https://doi.org/10.4000/champpenal.11621

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Table des illustrations

Titre Ill. 1. Planche décrivant la cellule-type de la France, architectes Alfred Normand et Émile Vaudremer
Légende Actes du Congrès Pénitentiaire International de Rome, novembre 1885, publiés par le soin du Comité exécutif, Tome 3, 2e partie, Rome, Imprimerie des Mantellate, 1888.
URL http://journals.openedition.org/criminocorpus/docannexe/image/19433/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 284k
Titre Ill. 2. Bat-flanc en bois, XIXe siècle
Légende ENAP / CHRCP. Photographie : Elsa Besson
URL http://journals.openedition.org/criminocorpus/docannexe/image/19433/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 378k
Titre Ill. 3. Maison centrale de Melun : plan du 1er étage [s.n.] (1905)
Légende Tirage de plan coul. 106,2 x 41,9 cm, cote PL-MELUN-002. © ENAP/CRHCP, bibliothèque en ligne.
URL http://journals.openedition.org/criminocorpus/docannexe/image/19433/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 435k
Titre Ill. 4. Espace pédagogique Pierre Cannat, vue d’ensemble
Légende © CRHCP/ENAP
URL http://journals.openedition.org/criminocorpus/docannexe/image/19433/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 374k
Titre Ill. 5. Détails du bat-flanc en bois, XIXe siècle
Légende © ENAP / CHRCP. Photographie : Elsa Besson
URL http://journals.openedition.org/criminocorpus/docannexe/image/19433/img-5.jpg
Fichier image/jpeg, 122k
Titre Ill. 6. Peinture d’Albert Poirson, 1955, don inconnu, 2014
Légende © ENAP / CHRCP. Photographie : Mathieu Monceaux
URL http://journals.openedition.org/criminocorpus/docannexe/image/19433/img-6.jpg
Fichier image/jpeg, 466k
Titre Ill. 7. Effets personnels et correspondance de Roger Bontems, troisième quart du XXe siècle
Légende © ENAP / CHRCP. Photographie : Mathieu Monceaux
URL http://journals.openedition.org/criminocorpus/docannexe/image/19433/img-7.jpg
Fichier image/jpeg, 369k
Titre Ill. 8. Saint Vincent de Paul à Marseille, par François Riss, 1841
Légende Provenance maison d'arrêt de Carcassonne © ENAP / CHRCP.
URL http://journals.openedition.org/criminocorpus/docannexe/image/19433/img-8.jpg
Fichier image/jpeg, 315k
Titre Ill. 9. L’Île Royale (îles du Salut), Guyane, par Louis Grilly, vers 1930
Légende © ENAP / CHRCP. Photographie : Mathieu Monceaux
URL http://journals.openedition.org/criminocorpus/docannexe/image/19433/img-9.jpg
Fichier image/jpeg, 592k
Titre Ill. 10. Guitare factice, don, Maison d'Arrêt de Foix, 2018
Légende © ENAP / CHRCP. Photographie : Mathieu Monceaux
URL http://journals.openedition.org/criminocorpus/docannexe/image/19433/img-10.jpg
Fichier image/jpeg, 413k
Titre Ill. 11. Uniformes des surveillants de l'administration pénitentiaire et tenue pénale pour homme : chemise écrue et gilet marron sans manche, XIXe et XXe siècles
Légende © ENAP / CHRCP. Photographie : Elsa Besson
URL http://journals.openedition.org/criminocorpus/docannexe/image/19433/img-11.jpg
Fichier image/jpeg, 364k
Titre Ill. 12. Chaise en osier
Légende Don inconnu, 2014. © ENAP / CHRCP. Photographie : Mathieu Monceaux
URL http://journals.openedition.org/criminocorpus/docannexe/image/19433/img-12.jpg
Fichier image/jpeg, 610k
Titre Ill. 13. Machine à tresser, fin du XIXe siècle
Légende Provenance : Maison Centrale de Nîmes. © ENAP / CHRCP.
URL http://journals.openedition.org/criminocorpus/docannexe/image/19433/img-13.jpg
Fichier image/jpeg, 931k
Titre Ill. 14. Trois stalles cellulaires, avec détail de graffitis inscrits sur une tablette, XXe siècle
Légende Provenance : Maison d'arrêt de Caen, 2023. © ENAP / CHRCP.
URL http://journals.openedition.org/criminocorpus/docannexe/image/19433/img-14.jpg
Fichier image/jpeg, 662k
Titre Ill. 15. Maquette d’un bateau à voiles
Légende Don, Maison d'Arrêt d'Agen, 2021. © ENAP / CHRCP. Photographie : Mathieu Monceaux
URL http://journals.openedition.org/criminocorpus/docannexe/image/19433/img-15.jpg
Fichier image/jpeg, 348k
Titre Ill 16. Paysage de Cahors (un panneau appartenant à un triptyque), anonyme
Légende Maison d'Arrêt de Cahors, XXe siècle. © ENAP / CHRCP.
URL http://journals.openedition.org/criminocorpus/docannexe/image/19433/img-16.jpg
Fichier image/jpeg, 464k
Titre Ill. 17. Soulier en laiton miniature, XIXe-XXe siècle
Légende © ENAP / CHRCP. Photographie : Mathieu Monceaux
URL http://journals.openedition.org/criminocorpus/docannexe/image/19433/img-17.jpg
Fichier image/jpeg, 340k
Titre Ill. 18. Pierre gravée à l'effigie de Baron, communard enfermé à la prison de Clairvaux, vers 1872
Légende © ENAP / CHRCP.
URL http://journals.openedition.org/criminocorpus/docannexe/image/19433/img-18.jpg
Fichier image/jpeg, 583k
Titre Ill. 19. Autoportrait de Francis Lagrange, 1941, Guyane
Légende © ENAP / CHRCP.
URL http://journals.openedition.org/criminocorpus/docannexe/image/19433/img-19.jpg
Fichier image/jpeg, 319k
Titre Ill. 20. Vue de la rotonde centrale de la Petite-Roquette (H.A. Collard 1875)
Légende © Collection Zoummeroff/Criminocorpus.
URL http://journals.openedition.org/criminocorpus/docannexe/image/19433/img-20.jpg
Fichier image/jpeg, 797k
Titre Ill. 21. Vue aérienne de la maison d’arrêt de Niort
Légende © Ministère de la Culture (France), Médiathèque du patrimoine et de la photographie, tous droits réservés.
URL http://journals.openedition.org/criminocorpus/docannexe/image/19433/img-21.jpg
Fichier image/jpeg, 643k
Titre Ill. 22. Maison d'arrêt du Puy-en-Velay : Chapelle, vue partielle
Légende © Ministère de la Culture (France), Direction Régionale des Affaires Culturelles d’Auvergne-Rhône-Alpes – Tous droits réservés.
URL http://journals.openedition.org/criminocorpus/docannexe/image/19433/img-22.jpg
Fichier image/jpeg, 140k
Titre Ill. 23. Le Castelet, 2022 et Salle 2 « Au cœur de la vie de la prison »
Légende Photographie personnelle. © Le Castelet, Mairie de Toulouse.
URL http://journals.openedition.org/criminocorpus/docannexe/image/19433/img-23.jpg
Fichier image/jpeg, 306k
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Pour citer cet article

Référence électronique

Elsa Besson, « La brique et la petite cuillère : sources matérielles du patrimoine carcéral »Criminocorpus [En ligne], Les sources de la recherche, mis en ligne le 18 février 2026, consulté le 09 juillet 2026. URL : http://journals.openedition.org/criminocorpus/19433 ; DOI : https://doi.org/10.4000/15psu

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Auteur

Elsa Besson

Elsa Besson est architecte et docteur en histoire de l’architecture, actuellement maître de conférences associée à l'École Nationale Supérieure d'Architecture de Marseille (chercheur associé au laboratoire INAMA). Elle a récemment publié « L’architecture carcérale française à l’aune de la cellule. Origines, mythes et constances de la prison individuelle » (Champ pénal/Penal field, n°20, 2020) et « Quand la cellule devint la norme. Théories de l’architecture carcérale au xixe siècle » (« Architecture carcérale et sens de la peine : formes et usages contemporains de la prison », Métropolitiques, 2018). Ses recherches actuelles portent notamment sur le patrimoine immobilier et mobilier des prisons françaises et sur l’architecture hospitalière.

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