Navigation – Plan du site

AccueilDossiersComptes-rendus2026Évelyne Duret, La mort de miss Br...

2026

Évelyne Duret, La mort de miss Branson. Chronique d’une enquête

Forbach, BoD édition, 2025, 155 p.
Frédéric Chauvaud
Référence(s) :

Évelyne Duret, La mort de miss Branson. Chronique d’une enquête, Forbach, BoD édition, 2025, 155 p.

Texte intégral

1La mort d’Olive Branson, dans le Sud de la France, entre Avignon et Arles, dans la commune des Baux-de-Provence, en 1929, est passée à la postérité sous le titre « le Mystère des Baux » ou « L’énigme des Baux ». Le Petit Parisien, qui se vante d’avoir « Le plus fort tirage des journaux du monde » titre à la une le 18 janvier 1930 : « La mort mystérieuse de miss Branson devant le jury des Bouches-du-Rhône ». L’année précédente, le grand périodique de fait divers, Détective, lui avait consacré le 16 mai, une pleine page, présentant un portrait en buste de la victime et interpellant ses lectrices et lecteurs : « Saura-t-on jamais les véritables mobiles de l’assassinat de Miss Branson ? ». Le corps de cette dernière est retrouvé dans une citerne placée devant sa maison, le mas Chiscale situé à l’extérieur du village. La noyade n’est pas la cause du trépas, sa mort a été provoquée par une balle de revolver tiré à bout portant dans la tête. Tous les « ingrédients » sont réunis pour susciter la curiosité, l’émoi, le traitement médiatique : le lieu à la « sauvage beauté », la victime « une Anglaise peintre d’un certain renom », « une divorcée de quarante-cinq ans ». Diligentés sur place, les médecins concluent au suicide. Au cours de l’enquête, les soupçons finissent par se porter sur François Binet, jeune homme, gérant d’un hôtel, qui a été son amant. N’est-il pas le bénéficiaire du testament de la victime qui lui lègue l’hôtel de Monte-Carlo ? Lors du procès qui s’ouvre à Aix en janvier 1930 devant la cour d’assises des Bouches-du-Rhône le jury rend un verdict négatif et l’accusé est acquitté.

2 Evelyne Duret a repris le dossier et à son tour mène l’enquête non pour accéder à une vérité judiciaire mais pour restituer les méandres et hésitations de l’instruction judiciaire. À partir du dossier de procédure et de la presse régionale, elle a mené une recherche minutieuse, examinant toutes les pièces, relisant l’ensemble de la documentation réunie à l’époque. Elle s’est d’abord intéressée au cadre spatial, celui d’un « coin solitaire de la Provence des Alpilles » comme l’écrit un chroniqueur judiciaire, toute en restituant sa trajectoire – infirmière, artiste peintre qui a exposé à Paris en 1912 –, puis elle revient sur la scène de crime et les circonstances de la découverte du cadavre et du revolver. Dans la maison, aucun désordre n’est observé et Evelyne Duret présente les photos de l’état des lieux, l’extérieur du mas, puis l’atelier et la chambre à coucher. Pour le peintre Jean Baltus, l’hypothèse selon laquelle Miss Branson s’est volontairement donnée la mort est absurde et c’est lui qui est à l’origine de la reprise de l’enquête conduite cette fois, à la demande du procureur de la République de Marseille, par le juge d’instruction Rochu. Désormais, pour les enquêteurs, il s’agit bien d’un meurtre et Evelyne Duret de s’interroger : « Que s’est-il passé exactement aux Baux le 26 avril 1929 ? ». Elle reprend point par point tous les éléments consignés dans le dossier, elle refait l’emploi du temps du principal suspect, vérifie à quelle heure la nuit est tombée le soir du crime, ce que dit au juste l’enquêteur principal, quelle lecture en fait le magistrat instructeur ? Elle établit le portrait des deux principaux protagonistes, consulte l’agenda de la victime, insiste sur le fait que la police scientifique n’est intervenue que six jours après. Parvenue à ce stade, Evelyne Duret recense les différents scénarios possibles qui n’ont guère été, ou pas du tout, explorés lors de l’enquête, puis elle s’attache aux zones d’ombre : la question de la citerne, celle du sang retrouvé dans la chambre, le mobile, la personnalité de la victime et celle de l’accusé... Avec une grande maitrise, elle présente les deux thèses, celle du suicide et celle de l’assassinat, elle suggère que lors du procès l’agressivité de l’avocat général à l’égard de l’accusé et de témoins a desservi l’accusation. Si la restitution de l’affaire, insérée dans son contexte régional, est limpide et impeccable, deux regrets toutefois sont à souligner. Un certain nombre de journaux ont indiqué que la presse anglaise s’était émue, il est vrai qu’une précédente affaire d’une Anglaise tuée au Touquet est également restée mystérieuse et avait déjà suscité une vive émotion. De la sorte, il aurait été éclairant de présenter l’opinion publique de l’autre côté de la Manche, de préciser comment les journalistes anglais rendaient compte de l’affaire, penchaient-ils pour la thèse de l’assassinat ? Il convient aussi de signaler que celui qui était considéré comme le plus grand chroniqueur judiciaire de l’entre-deux-guerres, Geo London, surnommé le 13e juré, était présent à Aix lors des deux jours d’audiences et il aurait été intéressant de le citer, comme d’ailleurs André Salmon, autre plume judiciaire qui avait suivi le procès Landru. Le compte-rendu du premier apporte une précision. À la sortie de la salle d’assises, il s’est entretenu avec François Pinet et, dans sa chronique, il rapporte le contenu de leurs échanges. Reste qu’Evelyne Duretet de conclure finalement, en citant presque Giono : « Je ne dis pas que François Pinet n’est pas coupable, mais qu’on ne m’a pas prouvé qu’il l’était ».

Haut de page

Pour citer cet article

Référence électronique

Frédéric Chauvaud, « Évelyne Duret, La mort de miss Branson. Chronique d’une enquête »Criminocorpus [En ligne], Comptes-rendus, mis en ligne le 09 mars 2026, consulté le 09 juillet 2026. URL : http://journals.openedition.org/criminocorpus/19485 ; DOI : https://doi.org/10.4000/15t8l

Haut de page

Auteur

Frédéric Chauvaud

Frédéric Chauvaud, professeur émérite d’histoire contemporaine à l’université de Poitiers, est un spécialiste du crime, de la justice pénale et des corps maltraités au XIXe siècle et pendant la première moitié du XIXe siècle. Il a récemment dirigé une livraison de la revue Parlement(s) : La nuit pénitentiaire, un livre d’entretien avec Michelle Perrot, un essai sur les tueurs de femmes au XIXe siècle et co-dirigé, depuis 2016, plusieurs ouvrages sur le féminicide.

Articles du même auteur

Haut de page

Droits d’auteur

CC-BY-NC-ND-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.

Haut de page
Rechercher dans OpenEdition Search

Vous allez être redirigé vers OpenEdition Search