Navigation – Plan du site

AccueilDossiersVaria2021La piraterie et l’exercice de la ...

2021

La piraterie et l’exercice de la violence dans l’espace atlantique (1713-1730)

Kevin Porcher

Résumés

« L’âge d’or » de la piraterie atlantique (1713-1730 environ) est un sujet déjà bien éclairé par l’historiographie, notamment anglo-saxonne, et le récit des violences commises par les forbans est bien entendu incontournable dans la plupart des publications. Néanmoins, ces pratiques violentes sont rarement mises en contexte et interrogées alors qu’elles permettent de mieux comprendre cette forme de criminalité maritime, et d’en percevoir la complexité. Ainsi, même si la violence physique n’est pas un objectif en soi de la piraterie, elle n’en est pas moins mobilisée pour répondre à des objectifs précis : il s’agit alors d’une violence « maîtrisée ». Par ailleurs, la vie à bord d’un navire pirate peut conduire à une brutalisation des comportements individuels et collectifs qui se traduit parfois par des violences que l’on peut qualifier « d’éruptives », qui ne répondent pas à des besoins utilitaires. Amplifiée et mise en scène au travers des récits du xviiie siècle, cette violence finit par devenir emblématique du pirate.

Haut de page

Texte intégral

  • 1 Mlle. de St.-G***, La Quintessence des nouvelles historiques, critiques, politiques, morales et gal (...)
  • 2 Robert Muchembled, Une histoire de la violence, de la fin du Moyen Âge à nos jours, Paris, Le Seuil (...)
  • 3 France, Nantes, Archives Départementales (AD) de Loire-Atlantique, B 4580, fo 138-140, Rapport de n (...)

1Le 6 août 1722, dans La Quintessence des nouvelles historiques, critiques, politiques, morales et galantes, la rédactrice désignée sous le nom de « Mlle. de St.-G*** » écrit que « les pirates de l’Amérique ont enlevé un bâtiment français de 400 tonneaux qui faisait voile pour le Mississippi. Il y avait dessus environ 200 passagers. Ils ont massacré tous les hommes et traité les femmes en vrais pirates1 ». Cette prise – remarquée en raison de sa violence, et relatée à un public de plus en plus friand de sensations fortes2 – est attestée par d’autres sources. Le 30 avril 1721, la Garonne, armée à Lorient par la Compagnie perpétuelle des Indes, est effectivement prise par le capitaine pirate Laubé au nord de la baie de Samana (aujourd’hui en République dominicaine). Si des viols sont bien commis à cette occasion, aucun meurtre n’est en revanche mentionné, que ce soit parmi les passagers ou l’équipage3. Cet épisode confirme, si besoin était, que la piraterie est une activité étroitement associée à la violence physique. Néanmoins, cette dernière est bien souvent amplifiée par les récits qui en sont faits.

  • 4 Mickaël Augeron, Philippe Hrodej, « Entre course, contrebande et piraterie, la conquête des mers lo (...)
  • 5 Philippe Hrodej, « De la flibuste à la “forbannerie” (1650-1720) », in Gilbert Buti, Philippe Hrode (...)
  • 6 Cette période est parfois connue sous le chrononyme « d’âge d’or de la piraterie atlantique » (Marc (...)
  • 7 Les deux couronnes s’accordent pour faire « arrêter et punir toutes ces sortes de pirates et de for (...)
  • 8 Daniel Heller-Roazen, L’ennemi de tous, le pirate contre les nations, Paris, Le Seuil, 2010, p. 127 (...)

2La prédation maritime dans l’espace atlantique, et notamment sur les routes du « Nouveau Monde », est une pratique récurrente depuis la première moitié du xvie siècle, comme l’ont montré Mickaël Augeron, Philippe Hrodej ou Jean-Pierre Moreau dans leurs travaux4. Bien souvent, il s’agit plutôt d’activités de « corso-piraterie » commises par des équipages français, britanniques ou néerlandais, soutenus plus ou moins officiellement par leurs États respectifs. Faute de forces navales suffisantes dans leurs domaines ultramarins, les puissances coloniales, rejointes ensuite par de nouveaux États cherchant à affirmer leur indépendance, prennent en effet l’habitude de privatiser la violence étatique et militaire en la confiant à des intervenants privés – les corsaires et les flibustiers – et ce jusque dans la première moitié du xixe siècle5. Il s’agit alors d’activités, dites « piratiques », légales ou, tout du moins couvertes par certaines autorités, et qui se révèlent particulièrement utiles en temps de guerre. La situation est différente durant la trentaine d’années de paix, fragile, qui suit la fin de la guerre de Succession d’Espagne en 1713 : la flibuste ou la course sont beaucoup moins sollicitées et la prédation maritime en général n’est qu’exceptionnellement cautionnée, par exemple en cas de représailles contre un autre État6. Durant cette période, les flibustiers sans emploi, les marins ou les soldats déserteurs, les vagabonds et les marginaux d’origines diverses qui continuent à mener des activités piratiques dans l’espace caribéen, mais également sur les côtes américaines, sur les bancs de Terre-Neuve, dans le golfe de Guinée, et même jusque dans l’océan Indien, pratiquent donc une violence illégitime qui transgresse à la fois la justice, la paix et la liberté de navigation (théoriquement garantie par le traité d’Utrecht de 17137). Ils deviennent alors des criminels qualifiés de « pirates », ou plus souvent de « forbans » (hors du ban), considérés comme des « ennemis de tous », ou des « ennemis du genre humain » (hostis humani generis)8.

  • 9 Voir par exemple Roland Le Huenen, « Réflexions dans la marge : le pirate, de l’Histoire au discour (...)
  • 10 Jean Meyer, « La Mer, une exception culturelle mondiale : la violence, le licite, l’illicite, le to (...)
  • 11 Voir notamment Cécile Lavergne, Anton Perdoncin, « Éditorial, La violence à l’épreuve de la descrip (...)

3L’image de brutalité et de cruauté – non sans fondement – des pirates se fixe durablement dans les représentations collectives au tournant des xviie et xviiie siècles, période où les sociétés coloniales antillaises se stabilisent et où les œuvres littéraires sur les flibustiers et les pirates connaissent un succès populaire9. Ainsi, d’après Jean Meyer, « le pirate, symbole même de la violence sans contrôle, actif sur mer comme sur les rivages bordiers, est l’objet, jusqu’à nos jours, de quasi-glorifications10 ». Si la violence est incontournable dans la majorité des récits ou des études sur la piraterie atlantique, que ce soit pour la condamner, pour l’excuser ou même pour l’héroïser, elle n’en reste pas moins rarement questionnée. La piraterie est par définition une forme de violence en elle-même : il s’agit d’une prédation menée illégalement et qui se manifeste par l’interception d’un navire afin de piller les biens qui se trouvent à son bord. La violence est un concept envisagé de manière plus ou moins élargie, aux formes et aux manifestations les plus diverses, et qui a fait l’objet de multiples réflexions en sciences humaines et sociales. Aussi, pour ne pas disperser notre propos, cette étude se restreindra à contextualiser et tenter de comprendre le geste violent, pratiqué consciemment dans l’objectif d’infliger une forme de souffrance ou de coercition, dans le cadre restreint et dans les dynamiques de l’acte de piraterie, c’est-à-dire durant la prise11.

  • 12 Ces sources nous éclairent sur les colonies des Îles du Vent (Martinique, Guadeloupe, Saint-Martin, (...)

4Pour mener cette analyse, le choix a été fait de considérer avec prudence les sources littéraires – les détails sur les violences y étant souvent sujets à caution – et de se concentrer avant tout sur les liasses des Amirautés des ports français atlantiques (Archives départementales de Loire-Atlantique, de Charente-Maritime et de Gironde), constituées essentiellement des rapports de navigation déposés par les maîtres de navires ayant subis des actes de piraterie, d’extraits de procédure ou de rares copies de correspondances. Les mémoires et rapports des officiers des colonies françaises d’Amérique (Archives nationales de l’outre-mer) complètent ce corpus12. Nécessairement, ces documents nous informent avant tout sur le point de vue des victimes de ces exactions : néanmoins, leurs récits des violences subies offrent un angle permettant d’éclairer les gestes qui en sont la cause, et de proposer des éléments d’explication.

La pratique d’une prédation maritime

Des « voleurs de mer » avant tout

  • 13 Sur l’usage de la violence par les flibustiers du xviie siècle, voir Patrick Villiers, « La violenc (...)
  • 14 Statistiques réalisées sur 416 voyages aux Antilles (Saint-Domingue ou Îles du Vent) enregistrés au (...)
  • 15 Statistiques réalisées sur 518 voyages aux Antilles (Saint-Domingue ou Îles du Vent). Il faut rajou (...)

5Constituant des séries complètes, les rapports de navigation enregistrés au greffe de l’Amirauté de Nantes permettent de mettre en perspective l’insécurité maritime de l’espace atlantique au début du xviiie siècle, notamment en comparant l’intensité des activités des flibustiers (durant la guerre de Succession d’Espagne) à celles des pirates (après le traité de paix d’Utrecht)13. Par exemple, sur une période de dix ans de conflit, entre 1702 et 1713, 34 % des navires nantais se rendant dans les Antilles sont pris et rançonnés par des flibustiers ou des corsaires (soit 142 navires) ; 16 % sont également attaqués sans être pris14. En revanche, durant les dix années suivantes – une fois la paix revenue –, entre 1714 et 1724, 10 % seulement des navires nantais se rendant dans les Antilles (en droiture ou via les côtes africaines) sont pris et pillés par des pirates (soit 53 navires) ; 5 % sont attaqués sans être pris15. Comparés aux opérations flibustières, les actes de piraterie, plus ponctuels, semblent numériquement moins importants mais, par leur imprévisibilité, ils n’en exercent pas moins une pression continue sur les circulations maritimes en temps de paix.

  • 16 Ce sont surtout les navires de pêche de Terre-Neuve qui parviennent à réussir ainsi leurs fuites.

6En intégrant la documentation des Amirautés de La Rochelle et de Bordeaux, ainsi que les rapports des officiers coloniaux de Saint-Domingue, des Îles du Vent, de la Guyane et de la Nouvelle-France, nous relevons un échantillon de 386 actions de piraterie menées dans l’espace atlantique entre 1713 et 1730 (impliquant un total de 523 navires ciblés, toutes origines confondues). Dans 83 % de ces attaques, les pirates parviennent à capturer leur cible sans violence, et dans 9 % des cas, le navire agressé parvient à s’enfuit sans avoir à combattre, généralement à la faveur du vent ou de la brume16. Les actions de piraterie ne sont finalement violentes que dans 6 % des cas et se réduisent le plus souvent à des échanges de tirs qui se terminent par la prise du navire (3 %), par la fuite des pirates (2 %) ou par la fuite de la cible (1 %). Dans 2 % des cas, les forbans abandonnent leur attaque sans combattre, principalement lorsqu’ils jugent que leur cible est trop forte pour eux.

  • 17 Kevin Porcher, « “Voleurs de mer” La piraterie et le commerce maritime dans les Îles du Vent (1713- (...)
  • 18 France, Aix-en-Provence, Archives nationales de l’outre-mer (ANOM), C8A 26, fo 133, 14 février 1719
  • 19 David Cordingly, Under the black flag, The romance and the reality of life among the pirates, New Y (...)
  • 20 Jean Soulat, « À bord ou à terre, Autour de la culture matérielle des pirates », in Jean Soulat (di (...)

7Ces données, notamment l’important taux de succès (un total de 330 actes de piraterie aboutis sur 386), illustrent le fait que les pirates s’en prennent avant tout à des navires à leur portée, d’une taille modeste (moins de 100 tonneaux), peu armés (moins de 10 canons), et avec peu d’hommes (moins de 30 marins)17. En décembre 1718, un capitaine pirate irlandais explique ainsi à l’un de ses prisonniers que « lorsqu’ils rencontraient quelqu’un capable de leur résister, ils se retiraient aussitôt18 ». La piraterie reste en effet une forme de prédation, c’est-à-dire une pratique dont le sens premier est de satisfaire des besoins (ici matériels et économiques) en s’attaquant à un tiers (pillage total ou partiel du navire capturé). La reddition de l’adversaire quel qu’en soit le prix, ou la destruction au combat du navire attaqué, ne sont donc pas des objectifs recherchés par les pirates, au contraire de certains opérations militaires et flibustières en temps de guerre. Par ailleurs, ne disposant pas de réelle base arrière apte à réparer les dommages subis ou à compenser les pertes en hommes, les forbans évitent de s’engager dans des combats incertains et préfèrent prendre leur cible sans coup férir19. En effet, l’échange de tirs de part et d’autre révèle souvent que l’acte de piraterie est en train d’échapper au contrôle des pirates et risque d’être mis en échec. Les forbans prennent néanmoins garde à conserver une artillerie et un armement portatif aptes à surpasser l’adversaire, comme l’a montré Jean Soulat dans son examen du mobilier archéologique d’épaves de navires pirates20.

  • 21 Le chiffre réel est légèrement plus élevé car les premières déclarations de la période étudiée ne m (...)

8Bien souvent, les pirates se contentent de piller le navire capturé et de le relâcher sans commettre d’autres crimes ou délits : c’est le cas de 53 % des prises. Dans 35 % des cas, on assiste à la perte du navire – parce que les pirates décident de le garder pour eux ou de le détruire – ou encore à des recrutements forcés de marins. En revanche, dans 12 % des prises (soit 41 actes de piraterie sur les 330 étudiés ici), les pirates se rendent coupables de violences physiques sur les équipages, les passagers ou les captifs à bord des navires capturés. Cela ne signifie pas que les autres prises soient exemptes de violences, mais ces dernières ne sont pas renseignées par les témoins. Il serait aléatoire de proposer un bilan humain des actes de piraterie, mais quelques fonds documentaires permettent un premier état des lieux. Dans les fonds de l’Amirauté de Nantes, les années 1717-1723, particulièrement fécondes en actes de piraterie, contiennent 92 déclarations d’officiers de la marine marchande rapportant des rencontres avec des pirates dans l’espace atlantique (Antilles, Terre-Neuve, Afrique de l’Ouest) : 55 des 92 navires sont pris, ce qui représente 1184 marins capturés et amenés à côtoyer physiquement les forbans21. Parmi ceux-ci, 429 sont directement victimes ou témoins d’actes de violence commis par les pirates après la reddition ; 445 autres, capturés ou non, sont aussi victimes ou parties-prenantes d’affrontements menés à distance (échanges de tirs d’artillerie ou de mousqueterie). Au total, 35 de ces gens de mer confrontés aux forbans finissent par décéder au cours de ces 92 attaques, assassinés, tués au combat ou morts des suites de mauvais traitements.

  • 22 France, Aix-en-Provence, ANOM, C8A 26, fo 238, Lettre du lieutenant-général de Feuquières, 30 décem (...)
  • 23 France, Aix-en-Provence, ANOM, C8A 31, fo 9, Déclaration du maître de bateau René Riché, 17 janvier (...)
  • 24 Philippe Hrodej, « De la flibuste à la “forbannerie”, op. cit., p. 220.
  • 25 France, Aix-en-Provence, ANOM, C8A 26, fo 96, Lettre du lieutenant-général de Feuquières et de l’in (...)

9Les exemples de violences physiques sont variés : coups et blessures, actes de torture, viols, meurtres… Ces exactions mettent en valeur les diverses situations qui peuvent subvenir durant l’acte de piraterie et elles révèlent aussi des comportements très diversifiés de la part des pirates, qui sont loin de correspondre à un profil homogène. La nationalité semble par exemple jouer un rôle dans la pratique, ou non, de la violence, notamment lorsque les pirates et leurs victimes partagent la même origine. Commentant les prises effectuées par le pirate français Olivier Levasseur (dit « La Buse »), le lieutenant-général des Îles du Vent explique que « ce qu’il y a de moins mauvais dans ces grands brigandages des forbans, est qu’ils traitent avec bien moins de rigueur les Français que les autres nations22 ». Cette tendance se constate aussi au niveau des comportements individuels des forbans : en janvier 1723, des marins de la Martinique racontent ainsi avoir été capturés puis blessés à coups de sabre par des pirates britanniques, « à l’exception d’un Français qui a été un des peu acharnés à les maltraiter23 ». Durant la période 1713-1730, sur 121 navires français capturés par des pirates également français, nous ne relevons effectivement que 6 cas de violences physiques. Cette retenue des pirates à l’égard des marins de même nationalité peut s’expliquer par la crainte de ne pas bénéficier des possibilités d’amnistie accordées par le pouvoir royal ou colonial. Il peut aussi s’agir d’un effet du manque de distanciation entre les pirates et leurs victimes, d’autant plus que le monde des gens de mer est petit24 : le 12 avril 1719, par exemple, alors que l’équipage de la Félicité, de Calais, est maltraité près du Cap Vert par des pirates britanniques, le capitaine François Loiseau reconnaît le second officier des forbans, ce qui met immédiatement fin aux violences25.

La violence « maîtrisée » comme outil de la prédation

  • 26 France, Bordeaux, AD Gironde, 6B 1168, Déclaration du capitaine Jean Germon, 8 juillet 1719.

10Dans la plupart des cas, les gestes violents à l’encontre des marins capturés répondent à des objectifs pratiques, notamment afin de mener à bien le pillage du navire. La violence physique est alors mobilisée pour interroger les officiers capturés afin de savoir si des biens de valeur sont dissimulés à bord. Ainsi, le Notre-Dame de Libourne est pris par des pirates le 15 novembre 1718 près de l’île de la Tortue (au nord de Saint-Domingue) : après deux jours de pillage, sans doute sans trop de succès, le capitaine « et autres de son équipage, auraient été maltraités par lesdits forbans pour leur faire avouer ce qu’ils avaient dans leur bâtiment ». C’est seulement après ce violent interrogatoire que les pirates, apparemment satisfaits, remettent l’équipage en liberté26.

  • 27 France, Nantes, AD Loire-Atlantique, B 4581, fo 88-89 vo, Rapport de navigation de la Généreuse, 1e (...)
  • 28 France, Nantes, AD Loire-Atlantique, B 4581, fo 139-140, Rapport de navigation du Saint-Charles, 4 (...)

11L’usage de la violence parait progressif durant ces interrogatoires. Les pirates commencent par interroger les officiers sur la nature des biens à bord, et par prendre connaissance des documents du bord (lorsqu’ils savent lire), avant de passer aux menaces puis aux actes de violence physique. Pris à Sao Tomé-et-Principe le 28 septembre 1722, le capitaine François Bellinger est, comme beaucoup d’officiers, directement interrogé par le capitaine des pirates : « ledit capitaine forban fut à bord dudit déclarant, où il […] prit dans son coffre tout l’or qu’il y avait, et ensuite, l’envoya chercher et le fit amarrer [attacher], et lui porta le pistolet à la gorge en lui demandant où était l’or de sa cargaison ». Les pirates appliquent alors le même traitement aux autres officiers, les laissant attachés pendant plusieurs heures27. Cette pratique est fréquente mais certains officiers parviennent à résister à ces intimidations : entre le 13 et le 19 mars 1724, aux mains du pirate John Philips, le capitaine Jean Galpin « fut différentes fois poursuivi, le pistolet à la gorge, dans le dessein de lui faire avouer l’argent et l’or qu’il pouvait avoir, ce qu’il ne fit cependant point, quelques autres menaces qu’ils lui firent ». Faute de résultat, les pirates s’en prennent ici aussi à d’autres membres de l’équipage, sans plus de réussite28.

  • 29 France, Nantes, AD Loire-Atlantique, B 4581, fo 31-32, Rapport de navigation du Saint-Jean-Baptiste(...)
  • 30 Charles Johnson, A general history of the pyrates, from their first rise and settlement in the isla (...)
  • 31 France, Aix-en-Provence, ANOM, C7A 9, fo 136, Déclaration du capitaine Nicolas Gernon, 17 juin 1724

12Parallèlement, ou successivement, aux menaces, les pirates peuvent passer aux agressions physiques, notamment des coups de poings, de bâtons, voire des coups de sabres (sans doute du plat de la lame). Les exemples sont nombreux et, ici aussi, les situations peuvent se révéler variées selon les personnalités des pirates. Ainsi, le 14 janvier 1722, le pirate Bartholomew Roberts ordonne à ses hommes de donner « plusieurs coups de sabres sur le dos » du capitaine et du second-capitaine du Saint-Jean-Baptiste, tout en les faisant fouiller29. À l’inverse, en juin 1724, le pirate Francis Spriggs – qui peut se montrer particulièrement violent si l’on en croit Daniel Defoe30 – maltraite l’équipage du Success, de Londres, mais épargne les officiers, comme le rapporte le capitaine Gernon : « le capitaine, qui s’appelle Spriggs, m’a questionné sur plusieurs choses, […], ensuite de ce discours, il a envoyé sa chaloupe à mon bord où ils ont maltraité mon équipage extrêmement, à coups de sabres et de bâtons31 ».

  • 32 France, Nantes, AD Loire-Atlantique, B 4581, fo 131-133 vo, Rapport de navigation de l’Excellent, 2 (...)
  • 33 France, La Rochelle, AD Charente-Maritime, B 5713, fo 203-207 vo, Déclaration du pilote Jean Mondot (...)
  • 34 France, Aix-en-Provence, ANOM, C8A 28, fo 15, Lettre du lieutenant-général de Feuquières et de l’in (...)

13Plus rarement, certains pirates peuvent s’adonner à des violences plus poussées, toujours dans l’objectif de trouver rapidement les biens de valeur à bord. Le 29 janvier 1723, à l’est des Bahamas, l’Excellent est pris par le pirate John Fenn, ce qui est l’occasion pour le capitaine François Dosset de faire une relation détaillée de son interrogatoire : « sitôt que le déclarant fut sur le pont, on lui demanda […] où était l’argent qu’il pouvait avoir à bord de son navire et, que dans cette situation, il leur présenta sa montre et environ cinquante livres [de] monnaie d’Espagne qu’il avait sur lui, croyant qu’ils s’en seraient contentés, leur ayant dit qu’il n’y avait point d’espèces à bord, et qu’ils prirent ladite montre et ledit argent mais, non-contents de cela, le capitaine forban fit amarrer sur le champs le déclarant sur un canon et lui ôter la chemise, de la ceinture en haut, et le fouetter très cruellement, de distance en distance, par quatre différentes fois, dans la vue de l[ui] faire avouer tout l’or et l’argent qu’il avait dans son navire, ce qu’il se trouva forcé de faire pour sauver sa vie, et de tout déclarer, douze livres de poudre d’or […], quinze cent livres de piastres […], cent pistoles […], et la somme de sept cent cinquante livres […], et un sac de piastres32 ». L’emploi de la violence s’explique par les précautions prises par certains capitaines qui dissimulent effectivement leurs liquidités lorsqu’ils tombent aux mains d’un pirate. C’est aussi le cas lors de la prise de l’Aimable Marie, à Cuba, le 5 avril 1715. Les pirates se doutent que le capitaine résistera à leur interrogatoire et ils se focalisent alors sur une cible plus facile, son garçon de chambre (sans doute adolescent), qu’ils supposent être au fait des décisions prises par les officiers : « après qu’ils furent maîtres dudit vaisseau, […] ils se mirent en devoir de donner la gêne [torturer] au garçon de chambre du vaisseau pour lui faire avouer où était l’argent […], lequel, craignant le mal, leur déclara qu’il avait été caché33 ». Néanmoins, tous les pirates et toutes les situations ne se prêtent pas à l’usage de la violence : lorsqu’ils disposent de produits coloniaux volés (tel que du sucre ou du cacao), certains forbans proposent parfois aux capitaines attaqués de les leur donner en échange des liquidités cachées à bord34.

  • 35 France, La Rochelle, AD Charente-Maritime, B 5714, fo 257-257 vo, Lettre d’Élie Bujaud, 27 août 171 (...)
  • 36 France, Nantes, AD Loire-Atlantique, B 4581, fo 97 vo, Rapport de navigation du Jacques Pêcheur, 25 (...)

14La violence est plus rarement employée dans d’autres situations, par exemple lorsqu’il y a une résistance des marins capturés, surtout lorsqu’il s’agit d’en engager « par force » à bord du navire pirate. Les menaces parviennent généralement à convaincre les plus réticents : le rochelais Élie Bujaud raconte ainsi que « [les pirates] nous menacèrent de nous donner une once de plomb dans la tête si nous n’avions point pris parti [avec eux] 35 ». Si cela ne suffit pas, la violence physique est employée : à Terre-Neuve, alors que le maître du Jacques Pêcheur tente de retenir deux de ses matelots enlevés par les forbans, « le capitaine dudit navire [pirate] lui donna plusieurs coups de plat du sabre sur ses épaules36 ». Les gestes violents des pirates restent essentiellement utilitaires et, le plus souvent, s’interrompent dès que les objectifs visés sont atteints.

  • 37 Kevin Porcher, « “Faire le métier de pirate” dans les Antilles, l’exemple de Thomas Dulain (1728-17 (...)

15Une fois les équipages délivrés, des menaces de violence peuvent encore être émises par les pirates : il s’agit généralement d’interdire une zone définie aux marins libérés, ou bien de les contraindre à prendre une direction donnée, sous peine d’être massacrés en cas de nouvelle rencontre avec les forbans. L’objectif des pirates est ici de retarder la déclaration de l’attaque aux autorités (en forçant les navires à s’éloigner vent arrière des îles habitées, ce qui les obligera à louvoyer pour y revenir) ou d’empêcher les marins de prévenir d’autres navires du danger (en interdisant aux navires négriers libérés de s’approcher des espaces de traite en Afrique)37.

Le développement de comportements violents

Des cas de violence « éruptive »

16Les usages de gestes violents sans objectifs utilitaires apparents restent relativement rares, mais ils signalent, ici aussi, la diversité des comportements, des réactions et des personnalités des pirates. Si certains forbans, comme Edward Low, sont réputés pour leur violence, la plupart gardent des comportements mesurés.

  • 38 Cécile Lavergne, Anton Perdoncin, « Éditorial, La violence à l’épreuve de la description », op. cit(...)
  • 39 France, Nantes, AD Loire-Atlantique, B 4581, fo 88-89 vo, Rapport de navigation de la Généreuse, 1e (...)

17Ces violences sont explicables par les dynamiques des situations – souvent non-souhaitées – dans lesquelles les forbans se trouvent parfois lors des actes de piraterie, par exemple face à la résistance des marins attaqués38. Le 28 septembre 1722, le capitaine de la Généreuse refuse ainsi de mettre son navire en panne alors que les pirates lèvent le pavillon noir, multiplient les coups de semonce et lui crient d’amener ses voiles : ce n’est qu’au bout de 4 heures de poursuite que les forbans parviennent à obtenir la reddition des marins attaqués. La difficulté de la prise provoque alors la colère des pirates : « le capitaine dudit forban voulut frapper le [capitaine du navire capturé] d’un coup de sabre, mais un de ses gens l’en empêcha, en lui demandant pourquoi il n’avait pas amené son pavillon aussitôt qu’il avait arboré le sien ». Dans les heures suivantes, c’est l’ensemble de l’équipage de la Généreuse qui souffre de ce déchainement de violence mené en représailles, ainsi, « le même soir, […], le nommé Jean Outin, de Montoir, second charpentier, qui était encore amarré par derrière le dos, ayant prié un de ses matelots, qui était à la barre, de le lâcher un peu [de desserrer les cordes], ledit capitaine forban, s’étant aperçu de cela, donna un coup de sabre audit Outin par la gorge et le fit jeter à la mer, quoiqu’il ne fût pas mort39 ».

  • 40 France, Nantes, AD Loire-Atlantique, B 4581, fo 82 vo -83, Rapport de navigation de l’Heureux, 20 a (...)

18 D’autres facteurs explicatifs sont certainement à l’œuvre, mais il est plus difficile de les identifier en raison de la rareté des témoignages provenant des pirates eux-mêmes. Sans se risquer à des interprétations trop hasardeuses, il est pourtant probable que les concurrences internes à l’équipage forban, le manque de confiance entre les pirates, la discipline stricte du bord, les dangers inhérents à la navigation et à la pratique de la piraterie, ainsi que les diverses situations de frustration, participent à créer un état de tension qui peut faciliter le passage à l’acte violent à l’encontre des équipages capturés. Par exemple, le 8 juillet 1723, Jan Viau, capitaine du bateau de pêche l’Heureux, est capturé sur les bancs de Terre-Neuve mais, alors que trois pirates se chargent du pillage, le mauvais temps se lève. Immédiatement, les forbans remontent dans leur chaloupe et se hâtent de rejoindre leur navire en craignant que celui-ci ne les abandonne : durant le trajet, ils maltraitent continuellement Jan Viau qu’ils ont amené avec eux40. Contrairement aux gestes violents « maîtrisés » mobilisés lors des interrogatoires, il semble plutôt s’agir ici de cas de violences « éruptives » en réaction à des situations de stress.

  • 41 Jean-Pierre Moreau, Pirates au jour le jour, op. cit., p. 109.
  • 42 Les exemples de coups de sabres et de bâtons donnés durant le pillage sont nombreux. Nous pouvons r (...)
  • 43 France, Nantes, AD Loire-Atlantique, B 4581, fo 115 vo, Rapport de navigation du Brave, 15 décembre (...)
  • 44 France, Nantes, AD Loire-Atlantique, B 4579, fo 83-84 vo, Rapport de navigation du Saint-Esprit, 20 (...)
  • 45 Marcus Rediker, Les forçats de la mer, Marins, marchands et pirates dans le monde anglo-américain ( (...)

19D’autres violences peuvent subvenir durant le pillage même. Jean-Pierre Moreau l’explique par une certaine frénésie de la victoire, la recherche d’un exutoire après la tension de l’attaque, ou par l’excitation due à la découverte de biens de valeur, de nourriture et de boissons à bord41. Les effets du groupe jouent sans doute à cette occasion, l’équipage pirate ayant des structures régulatrices brouillées, favorisant au contraire une libéralisation des comportements violents, ceci malgré les règlements adoptés à bord. La plus grande partie de ces violences se traduisent par des coups de sabres, certains occasionnant parfois des blessures graves, voire mortelles42. Ces actions paraissent cibler prioritairement les capitaines et les officiers des navires capturés : le supplice du capitaine du Brave, capturé près de Terre-Neuve, dure ainsi près de 21 heures43. À bord du Saint-Esprit, les figures de l’autorité, le capitaine et les officiers, sont torturés en premier (par exemple avec des mèches allumées entre les doigts, pratique qui n’est pas usitée que par les pirates), et un chirurgien décède même de ses blessures quelques jours plus tard. Le reste de l’équipage subit à son tour diverses violences peu après44. D’après Marcus Rediker, c’est en représailles de la discipline sévèrement appliquée à bord des navires marchands que les pirates anglo-américains peuvent se montrer particulièrement violents envers les officiers capturés45.

  • 46 Kevin Porcher, « La piraterie en Guadeloupe dans les années 1720 », Bulletin de la Société d’Histoi (...)
  • 47 France, Aix-en-Provence, ANOM, C8A 27, fo 81, Lettre du lieutenant-général de Feuquières et de l’in (...)
  • 48 Alexandre Olivier Oexmelin, Histoire des avanturiers…, op. cit. ; voir aussi Jacques Gasser, Dictio (...)
  • 49 France, Aix-en-Provence, ANOM, C8A 27, fo 107, Lettre du lieutenant-général de Feuquières et de l’i (...)
  • 50 Cette exécution est pourtant présentée comme un fait historique dans plusieurs ouvrages, notamment (...)
  • 51 Gilbert Buti, Philippe Hrodej (dir.), Dictionnaire des corsaires et pirates, Paris, CNRS Éditions, (...)

20Quelques équipages forbans semblent enfin adopter une pratique de la violence courante et décomplexée, comme le rapportent complaisamment les gazettes ou certains auteurs, tels que Daniel Defoe. Dans ses prises effectuées autour de la Guadeloupe en 1720-1721, Bartholomew Roberts s’adonne à des actes de torture et de brutalité bien éclairés par les rapports des officiers des Îles du Vent46. Ainsi, près de Marie-Galante, les pirates « ont même exercé leurs cruautés à l’égard du maître d’un de ces bateaux [d’Antigua] auquel ils ont coupé une oreille [et] qu’ils ont attaché au mât de leur vaisseau ». Il est difficile de déterminer si cette pratique de l’essorillement se réfère ici à une parodie de châtiment judiciaire à l’encontre de l’officier. Cet événement est relaté par les gazettes britanniques, ainsi que par La Quintessence, avec quelques ajouts destinés à accentuer l’émotion – et la fascination – des lecteurs : « ils ont eu la cruauté de couper les oreilles à un capitaine anglais, et […] ils lui ont fait manger ensuite47 ». Ce dernier détail rappelle les récits d’atrocités qui enrobent couramment les biographies des flibustiers du xviie siècle, tel que François l’Olonnais48. Un autre acte de torture commis quelques jours après par Roberts, à bord d’un navire de Marseille, est également amplifié dans les représentations populaires : « ils ont entre autres pendu le sieur Talma [directeur général des domaines du roi à la Martinique], qui a été fort près d’être étranglé […], à l’occasion de quoi, le nègre domestique du dudit Talma […] se jeta aux pieds de ce capitaine et lui demanda en grâce […] ; ce capitaine brutal avait un pistolet à la main, qu’il lui tira au travers du corps ; n’étant pas mort, […] ce coquin de commandant continua sa brutalité [et] l’écharpa de cinq à six coups de sabre49 ». Cette exaction, rapidement déformée, est à l’origine du mythe selon lequel Roberts aurait capturé et pendu le gouverneur de la Martinique en personne50. Ces violences trouvent peut-être leur origine dans la volonté de Roberts de se venger des autorités françaises et britanniques des Antilles, qui cherchaient à le capturer à cette époque : il adopte même un nouveau pavillon noir où il se fait représenter en train de piétiner deux crânes, l’un représentant la Barbade et l’autre la Martinique51.

Une « brutalisation » des comportements

  • 52 Pierre Prétou, Denis Roland (dir.), Fureur et cruauté des capitaines en mer, Rennes, Presses Univer (...)
  • 53 Par exemple Charles Frostin, Les révoltes blanches à Saint-Domingue aux xviie et xviiie siècles : H (...)
  • 54 Focalisée sur la prédation, la piraterie est une activité peu diversifiée, contrairement à la plupa (...)
  • 55 Martine Acerra, « Conclusion », in Mickaël Augeron, Mathias Tranchant (dir.), La Violence et la Mer (...)

21La piraterie s’exerce dans un milieu maritime déjà marqué par diverses formes de violence à l’époque moderne, que ce soit dans la sévérité de la discipline du bord, dans les tensions au sein de l’équipage, dans les affrontements, militaires ou non, ou encore face aux dangers de la mer52. Le milieu colonial esclavagiste, miné par des inégalités exacerbées, est également source de multiples violences53. Par ailleurs, une fois embarqué, le pirate connait une double expérience favorisant l’usage de la violence. L’expérience de l’isolement – en parcourant la mer sans pouvoir s’approcher des zones habitées ou des autres navires sans danger – conduit le pirate à vivre temporairement en périphérie de la société, et loin du regard contraignant et régulateur que peuvent apporter les liens sociaux et familiaux54. En contrepartie, le pirate expérimente la vie dans une communauté auto-constituée dans l’objectif de mener une entreprise criminelle, et qui doit évoluer dans l’espace restreint et fermé du navire. Martine Acerra rappelle ainsi que « la prison flottante et mouvante qu’est le navire circule dans un espace ouvert, sans limites perceptibles, donnant la sensation – fausse – de liberté55 ». Les capitaines et officiers des navires forbans doivent alors maintenir deux dynamiques apparemment contradictoires à bord : imposer un semblant d’ordre parmi des pirates qui proviennent le plus souvent de milieux marginalisés et turbulents (voire déjà intégrés dans l’illégalité et la violence), tout en guidant cet équipage dans des actions criminelles et violentes.

  • 56 France, Nantes, AD Loire-Atlantique, B 4579, fo 83-84 vo, Rapport de navigation du Saint-Esprit, 20 (...)
  • 57 53 femmes adultes sont effectivement mentionnées parmi les passagers de la Garonne, les autres sont (...)
  • 58 Jean-Pierre Moreau, Pirates au jour le jour, op. cit., p. 59.

22Si les parcours personnels jouent également un rôle, ces quelques éléments de contexte contribuent à lever les barrières qui pourraient limiter l’usage de la violence, en groupe, par les pirates. Sujet peu abordé dans l’historiographie sur la piraterie, les violences sexuelles à l’encontre des femmes capturées au gré des prises sont des exemples de cette violence collective, menée à l’abri d’un regard moral apte à réguler les comportements, et sans doute encouragée par l’effet de groupe. Ainsi, à bord du navire négrier le Saint-Esprit, des dizaines de captives sont « fort maltraitées et forcées » par les pirates d’Howell Davis durant le pillage56. Il est aussi possible que l’esclavisation de ces femmes ait facilité le passage à l’acte en accentuant la distanciation, notamment sociale, entre les forbans et leurs victimes. De même, parmi les familles de colons allemands en route pour la Louisiane à bord de la Garonne, déjà mentionnée en introduction, « 60 ou 80 femmes et filles qu’on envoyait à Mississippi sur cette flûte avaient été violées [par les pirates de Laubé], à réserve d’une qui se munit de deux pistolets et [qui] menaça de tuer le premier qui s’approcherait d’elle57 ». Malgré tout, comme le signale Jean-Pierre Moreau, les quelques règlements en usage à bord des navires forbans ont tendance à interdire ou à limiter les viols lors des prises58.

  • 59 Ordonnance de la marine, du mois d’août 1681, Commentée et conférée avec les anciennes ordonnances, (...)
  • 60 Édouard Charton (dir.), Le Magasin pittoresque, volumes 9 à 10, Paris, Bureaux d’Abonnement et de V (...)
  • 61 Kevin Porcher, « “Faire le métier de pirate” dans les Antilles, op. cit., p. 193.

23Effectivement, les contrats entre pirates ont, entre autres, l’objectif de canaliser la violence de l’équipage. Dans sa charte-partie, Thomas Dulain – en tant que capitaine – se réserve ainsi le monopole de l’usage de la violence à bord, étant le seul à pouvoir punir les forbans contrevenants au règlement. Toutes les causes possibles de violence entre pirates (disputes, ivresse, vols…) sont impitoyablement réprimées : la première fois, le pirate est attaché sur un canon et fouetté par tous les membres d’équipage ; la seconde fois, il est exécuté d’un coup de crosse de pistolet sur la tête. Les peines corporelles paraissent ainsi plus systématiques et plus lourdes que dans les ordonnances de 1681 et de 1689 en usage à bord des navires marchands et des vaisseaux de guerre59. Théoriquement, la violence à l’égard des prises est tout aussi encadrée. Thomas Dulain précise par exemple que « si les bâtiments que nous attaquerons se défendent sur pavillon noir, et qu’après avoir hissé pavillon rouge, ils tirent trois coups de canon sur nous, il ne sera fait aucun quartier à personne ». Au contraire, si les prises se rendent « sans faire de résistance, il est défendu à aucun de nous de les détruire d’aucune façon, excepté les Espagnols60 ». Cette dernière mention révèle l’hostilité que Dulain entretient à l’encontre de cette nation depuis que son frère a été assassiné à bord d’un navire corsaire de Margarita (colonie espagnole)61.

  • 62 France, Nantes, AD Loire-Atlantique, B 4584, fo 13 vo-15, Rapport de navigation de l’Expédition, 21 (...)
  • 63 France, Aix-en-Provence, ANOM, C8B 8, no 51, Lettre du lieutenant-général de Feuquières et de l’int (...)

24Thomas Dulain n’est pas un pirate particulièrement adepte de la violence, mais celle-ci est ciblée : lorsqu’il pille l’Expédition, le 7 septembre 1728, les marins sont « tous très maltraités à coups de sabres » et « ayant reconnu un mulâtre espagnol de l’équipage, […] lesdits forbans lui tirèrent plusieurs coups de pistolets, le tuèrent, et [le] jetèrent à la mer »62. Le pirate malouin Chemineau semble agir de manière similaire car, lorsqu’il capture un navire corsaire espagnol de Porto Rico en mars 1722, il fait maltraiter les marins à coups de sabres et massacre la plus grande partie de l’équipage. Les survivants sont abandonnés à terre63. À l’exception de ces quelques cas, il faut rappeler que les meurtres restent exceptionnels lors des actes de piraterie. L’animosité de ces pirates à l’égard des Espagnols ne constitue pas une tendance générale car d’autres forbans, souvent des flibustiers français en quête d’employeurs après 1713, bénéficient au contraire de la protection inavouée des autorités de Cuba ou de Porto Rico, tant qu’ils nuisent aux intérêts des concurrents de la Nouvelle-Espagne.

  • 64 Le concept de base s’applique essentiellement à la violence politique dans l’entre-deux-guerres, ce (...)
  • 65 France, Aix-en-Provence, ANOM, C8A 39, fo 468, Lettre de Thomas Dulain, 1728.
  • 66 La carrière de la plupart des pirates ne dépasse pas un an : s’ils ne sont pas tués au combat ou ca (...)
  • 67 Kevin Porcher, « Chemineau, Un indigne pirate et forban », Roccafortis, n° 61, janvier 2018, p. 20.
  • 68 La Fosse est un quartier portuaire de Nantes ; France, Nantes, Archives Municipales de Nantes, EE 2 (...)

25Il est également notable que le mode de vie marginal et violent des pirates conduit parfois à une « brutalisation » de leurs comportements64. Les violences entre pirates sont peu renseignées par les sources étudiées mais elles sont évoquées de manière littéraire par Daniel Defoe au sujet des forbans anglo-américains : rixes, trahisons, abandons à terre… ne semblent pas rares, malgré les règlements. Dans une de ses lettres, Thomas Dulain s’avoue même dépassé par la violence de ses hommes : « de ma vie, je n’ai jamais vu ennemis du genre humain comme ceux-là65 ». Par ailleurs, ces comportements violents ne se limitent pas aux quelques mois d’activité des pirates66 : un an après avoir reçu son pardon à Saint-Domingue, Chemineau « n’a pas été longtemps sans faire quelque sottise qui a été de blesser à la cuisse un homme […] auquel il a tiré un coup de pistolet67 ». Quant à Dulain, ce n’est que quelques jours après avoir été amnistié à Nantes qu’il est arrêté pour avoir été « sur le point de percer de son épée un habitant de la Fosse68 ». Ces exemples traduisent l’installation d’une habitude à recourir promptement à la violence, et aux armes, chez certains anciens pirates.

Violences racontées

Par les pirates

  • 69 France, Aix-en-Provence, ANOM, C8A 27, fo 96, Déclaration du capitaine Alexandre Patresson, 17 déce (...)
  • 70 France, Nantes, AD Loire-Atlantique, B 4578, fo 9 vo-11, Rapport de navigation de la Fidélité, 13 o (...)

26Les récits des violences éclipsent bien souvent le fait que, dans plus de la moitié des prises, les pirates se contentent de piller les navires sans toucher aux équipages. Ces récits sont en partie dus aux forbans eux-mêmes, ces derniers se vantant parfois d’actions violentes auprès des marins capturés, par exemple en leur disant avoir jeté à la mer leurs précédents prisonniers. Le 25 septembre 1719, les pirates Thomas Cocklyn et Olivier Levasseur effraient ainsi le capitaine du Solide en lui racontant qu’ils viennent de relâcher un navire portugais « après avoir coupé bras et jambes à l’équipage69 ». Néanmoins, aucun autre document ne vient confirmer cette assertion fortement sujette à caution. Certaines menaces de mort émises contre les marins sont sans doute tout aussi fictives mais leur récit corrobore par la suite l’image de violence de l’ensemble des pirates : ainsi, en août 1717, des forbans suspendent un capitaine malouin par les bras, aux haubans du mât d’artimon, pendant qu’ils s’interrogent sur la manière d’exécuter l’équipage (« [ils] délibérèrent s’ils devaient les passer par les armes ou les pendre »). Pourtant, ils finissent par libérer tous les marins et le capitaine en leur donnant des chaloupes, des vivres et de l’eau70. Les récits de violence et les menaces de mort permettent peut-être aussi aux pirates de se distraire aux dépends des marins capturés, de les impressionner, ou de se mettre soi-même en valeur, mais dans l’ensemble, cela participe – consciemment ou non – à entretenir la peur inspirée par les forbans. Cette image de brutalité et de cruauté est prolongée par la symbolique mobilisée par les pirates, que ce soient les nombreux pavillons noirs à l’iconographie morbide et menaçante, les pavillons rouges annonçant l’absence de quartier, ou encore les noms agressifs de certains navires (Thomas Dulain commande le Sans-Pitié et le Sans-Quartier tandis qu’à Terre-Neuve, un autre pirate français, peut-être Laubé, commande la Terreur, l’Épouvante et l’Horreur).

  • 71 France, Nantes, AD Loire-Atlantique, B 4581, fo 88-89 vo, Rapport de navigation de la Généreuse, 1e (...)
  • 72 France, Bordeaux, AD Gironde, 6B 1176, Déclaration du capitaine Jean Girard, 18 juin 1723.

27Cet arsenal de la peur, annonçant les pires tourments, permet paradoxalement aux pirates de réussir la plupart de leurs prises sans violence. En raison de la crainte suscitée par les forbans, il n’est pas rare de voir les marins ou les passagers refuser de se défendre : en 1722, alors qu’ils se croient attaqués par un navire britannique, les marins de la Généreuse se déploient à leurs postes de combat, mais dès que « ledit navire amena son pavillon anglais et arbora un pavillon noir […], ils abandonnèrent leurs postes et dirent tous unanimement qu’ils ne voulaient point se battre […] pour se faire casser la tête [par les forbans] 71 ». À bord de la Catherine, le 17 février 1723, les marins, paniqués par l’approche d’un navire pirate, se jettent même dans une chaloupe en avertissant leur capitaine « que s’il ne voulait pas fuir comme les autres, ils le laisseraient à bord, à la fureur du forban72 ».

  • 73 Kevin Porcher, « “Faire le métier de pirate” dans les Antilles, op. cit., p. 187-214.

28Les écrits des pirates sur leur propre pratique de la violence sont bien entendu extrêmement rares, mais deux lettres de Thomas Dulain ont été conservées. S’adressant au lieutenant-général des Îles du Vent afin d’obtenir son pardon, il tâche de se dédouaner en faisant porter la responsabilité des violences à ses hommes (des « gens mal intentionnés ») et en précisant, pour son compte, n’avoir « jamais trempé la main dans le sang de personne ». Cette affirmation est difficilement soutenable, Dulain ayant massacré plusieurs dizaines de corsaires espagnols quelques semaines plus tôt afin de venger son frère. Aux yeux de ce pirate, cette exaction n’est sans doute pas incompatible avec ses premiers propos : en effet, son principal argument, pour excuser sa pratique de la violence, est d’expliquer qu’il tente de mieux traiter les marins français que ceux des autres nations73.

Par les marins et par les autorités

  • 74 France, Bordeaux, AD Gironde, 6B 1174, Ordres donnés par les armateurs au capitaine de la Marguerit (...)
  • 75 France, La Rochelle, AD Charente-Maritime, B 5711, fo 175-188 vo, Lettre du capitaine Autan, 19 oct (...)

29La plupart des témoignages de première main sur les activités des pirates proviennent des rapports des marins attaqués, que ce soit auprès des Amirautés ou dans les lettres adressées aux propriétaires du navire. Les armateurs n’attendent pas des marins qu’ils se défendent jusqu’à la mort – comme le montrent les ordres donnés aux capitaines avant le départ –, mais cela n’empêche pas certains d’entre eux de mal tolérer les pertes financières provoquées par les actes de piraterie, et d’en blâmer les officiers de leurs navires74. Ainsi, si les écrits enregistrés aux greffes des Amirautés se contentent de décrire les violences, les lettres envoyées aux armateurs semblent davantage insister sur les regrets et les émotions des officiers suite aux pillages et aux maltraitances. La lettre écrite le 6 août 1715 par le capitaine du Saint-Gilles à son armateur en est un bon exemple : « je suis fort malade de me voir dans la situation que je me vois [sic], on m’a tout pris […], si nous avions eu la guerre, je n’aurais pas plus été maltraité, aussi bien que mes pauvres équipages, on m’a tout pris, jusqu’à une de mes cartes, je vous écris ces mots en pleurant75 ». Les récits des violences, des humiliations, des douleurs et des peurs (davantage racontées au sujet des autres, comme les hommes de l’équipage, que reconnues pour soi-même) sont autant d’éléments qui ont pour objectif d’excuser la perte des biens de valeur, des cargaisons, voire des navires.

  • 76 France, Aix-en-Provence, ANOM, C8A 12, fo 274, Lettre de l’intendant Robert, 6 novembre 1700.
  • 77 France, Aix-en-Provence, ANOM, C8A 27, fo 41, Lettre du lieutenant-général de Feuquières et de l’in (...)
  • 78 Clémentine Lacrotte explique que les violences physiques (meurtres, actes de torture…) sont considé (...)

30Dans les rapports expédiés au Conseil de Marine, ou au Secrétariat d’État à la Marine et des colonies, les officiers coloniaux s’attardent eux-aussi sur la violence des pirates. Au tout début du xviiie siècle, dans un souci de catégorisation précise des crimes et délits menés en mer, les autorités n’assimilent pas systématiquement la piraterie à la violence physique. Lorsqu’il reçoit une proclamation d’amnistie en 1700, l’intendant des Îles d’Amérique remarque ainsi qu’il « est porté par cette ordonnance que ces forbans sont déchargés des peines attachées aux crimes de désertion et de piraterie, mais il n’est rien dit à l’égard de ceux qui, dans leurs pirateries, auront tué, jeté à la mer et massacré les gens dont ils se sont rendus les maîtres76 ». Pourtant, dans les représentations des officiers coloniaux des années suivantes, alors que les attaques se multiplient, la piraterie devient presque inséparable de la violence physique exercée sans contrôle. Par exemple, lorsque le lieutenant-général des Îles du Vent cherche à rendre compte des « violences inouïes » causées au major de Sainte-Lucie par des contrebandiers anglo-américains, il se contente d’expliquer qu’il s’agit de « mauvais traitements qui ne sont usités que par des pirates et des voleurs77 ». Néanmoins, cette conception de la piraterie – plus ou moins admise par certains juristes britanniques – n’est pas explicitement formulée dans les diverses proclamations et ordonnances royales françaises : les textes des amnisties de 1718, 1719 ou 1722 définissent la piraterie comme une forme de vol et de brigandage, mais sans mentionner la pratique de la violence78.

  • 79 Contrairement à Saint-Domingue, la colonie des Îles du Vent est effectivement dépourvue de navires (...)
  • 80 L’aide attendue reste cependant très modeste, les crédits alloués à la Marine étant fortement limit (...)

31Les officiers coloniaux poursuivent aussi des objectifs plus individuels lorsqu’ils relatent avec complaisance les récits d’exécution, d’actes de cruauté et de torture qui leur sont rapportés, même ceux dont l’authenticité est douteuse. Le 6 novembre 1720, dans un rapport destiné au Conseil de Marine, le lieutenant-général et l’intendant des Îles du Vent consacrent par exemple quatre pages à raconter les supplices infligés par les pirates de Bartholomew Roberts aux marins capturés. En insistant sur ces violences, ces officiers coloniaux espèrent certainement s’attirer la mansuétude du Conseil de Marine car ils expliquent, dans les pages suivantes que les difficultés d’approvisionnement de la colonie (en raison des attaques de ces pirates) les conduisent à envoyer des navires marchands acquérir de la viande dans les colonies espagnoles, ce qui enfreint gravement les principes de l’Exclusif. Par ailleurs, dans le même rapport, le lieutenant-général profite du récit de ces violences pour rappeler « de quelle conséquence il est que le Conseil tienne toujours ici une frégate armée pour empêcher de pareils désordres79 ». L’évocation des violences dans les rapports des officiers entre ainsi dans une argumentation plus générale dont l’objectif est d’attirer l’attention de la couronne sur les difficultés des colonies, et surtout d’obtenir davantage de moyens militaires80.

32Pour des raisons différentes, forbans, marins et officiers coloniaux insistent donc tous sur les exactions et les cruautés commises lors des actes de piraterie, ce qui contribue finalement à installer l’idée que cette criminalité est intrinsèquement liée à la violence.

33Il ressort de cette brève étude que les gestes violents exercés par les pirates du début du xviiie siècle se démarquent par leur variété, que ce soit par les objectifs poursuivis ou par leur intensité : en cela, ils illustrent bien la diversité des personnalités des forbans, ainsi que les multiples situations qui peuvent subvenir lors des actes de piraterie. Les actes violents ne paraissent pas systématiques, mais ils ne sont pas rares non plus. Cette violence est donc finalement moins marquante par sa fréquence que par son imprévisibilité, sa dimension transgressive, et les fantasmes qui y sont liés.

  • 81 Françoise Du Sorbier, Récits de gueuserie et biographies criminelles de Head à Defoe, Paris, Didier (...)
  • 82 Mercure de France, juin 1724, deuxième volume, Paris, p. 1409.
  • 83 « Low […] ordered the captain’s lips to be cut off, which he broiled before his face, and afterward (...)
  • 84 Patrice Peveri, « Littérature de colportage et contrôle de l’opinion : une relecture de l’Histoire (...)

34La réputation terrifiante des pirates provient aussi en grande partie des récits transmis au grand public et ce dès le xviiie siècle. Les témoignages des violences sont repris et amplifiés par les brochures ou les gazettes, ce qui consolide et généralise l’image brutale de la piraterie, tout en satisfaisant les attentes de lecteurs toujours avides de découvrir les exploits de ces criminels des mers81. À ce titre, les éditions françaises se complaisent à traduire les actes de cruautés rapportés par les gazettes britanniques. Parmi de nombreux exemples, on peut citer le Mercure de France qui, en juin 1724, écrit que l’on « apprend de Londres que le capitaine [Edward] Low, un des plus cruels pirates […], a eu depuis peu l’inhumanité de couper les lèvres à un capitaine portugais, et de les faire griller en sa présence, avant de le faire mourir82 ». Ce passage est repris presque mot pour mot dans l’ouvrage de Daniel Defoe publié la même année83. Contrairement aux récits au sujet de brigands tels que Cartouche, il ne semble pas y avoir d’héroïsation immédiate des pirates au xviiie siècle – sans doute parce que la piraterie reste une activité relativement déconnectée de la société – mais plutôt une curiosité pour une vie d’aventures et de violences84.

  • 85 Robert Muchembled, Une histoire de la violence…, op. cit., p. 386 ;
  • 86 Charles Johnson, A general history of the pyrates…, op. cit., p. 238 (traduction par Henri Thiès et (...)

35Toutefois, comme l’explique Robert Muchembled, ces récits, pour attrayants qu’ils soient, ont aussi une fonction moralisatrice afin d’édifier le lecteur85. En étant pratiquée de manière illégale, en dehors de tout contrôle, et en s’exerçant davantage à l’encontre de marins capturés, vulnérables, que dans de véritables combats navals, la violence des pirates offre un contre-exemple qui se prête particulièrement bien à cette ambition éducatrice. Ainsi, bien qu’il s’attache à décrire leurs périples dans son History of the pyrates, Daniel Defoe offre une conclusion très critique lorsqu’il juge les comportements violents des forbans : « la puissance est une bien triste chose quand elle se trouve entre des mains indignes ou ignorantes ; elle rend les hommes vains, inconscients des malheurs qu’ils provoquent autour d’eux, elle les fait rire de forfaits inutiles ; tels des insensés, ils brûlent, ils tuent, et s’admirent, eux et leur fausse bravoure86 ».

Haut de page

Bibliographie

Bibliographie indicative

Andries Lise (dir.), Cartouche, Mandrin et autres brigands du xviiie siècle, Paris, Éditions Desjonquères, 2010.

Augeron Mickaël, Tranchant Mathias (dir.), La Violence et la Mer dans l’espace atlantique (xiie-xixe siècle), Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2004.

Buti Gilbert, Hrodej Philippe (dir.), Dictionnaire des corsaires et pirates, Paris, CNRS Éditions, 2013.

Buti Gilbert, Hrodej Philippe (dir.), Histoire des pirates et des corsaires de l’Antiquité à nos jours, Paris, CNRS Éditions, 2016.

Gasser Jacques, Dictionnaire des flibustiers des Caraïbes, Corsaires et pirates français du xviie siècle, Les Sables d’Olonne, Éditions de Beaupré, 2017.

Heller-Roazen Daniel, L’ennemi de tous, le pirate contre les nations, Paris, Le Seuil, 2010.

Hrodej Philippe, « Les prédations pirates à Terre-Neuve de 1688 à 1725 », Scott Jamieson, Anne Pelta, Anne Thareau (dir.), La présence française à Terre-Neuve et Labrador, d’hier à demain, Newfoundland and Labrador Studies, no 3, 2015, p. 200-224.

Lacrotte Clémentine, La piraterie et le droit international (fin xve-xviiie siècle), thèse de doctorat en Histoire du Droit et des Institutions sous la direction de Nicolas Leroy, Université de Montpellier, 2017.

Moreau Jean-Pierre, Pirates au jour le jour, Paris, Éditions Tallandier, 2009.

Moreau Jean-Pierre, Une histoire des pirates, des mers du Sud à Hollywood, Paris, Éditions Tallandier, 2016.

Muchembled Robert (dir.), L’Europe, la mer et les colonies, xviie-xviiie siècle, Paris, Hachette, 1997.

Muchembled Robert, Une histoire de la violence, de la fin du Moyen Âge à nos jours, Paris, Le Seuil, 2008.

Prétou Pierre, Roland Denis (dir.), Fureur et cruauté des capitaines en mer, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2012.

Rediker Marcus, Les forçats de la mer, Marins, marchands et pirates dans le monde anglo-américain (1700-1750), Paris, Libertalia, 2010.

Rediker Marcus, Pirates de tous les pays, l’âge d’or de la piraterie atlantique (1716-1726), Paris, Libertalia, 2008.

Haut de page

Notes

1 Mlle. de St.-G***, La Quintessence des nouvelles historiques, critiques, politiques, morales et galantes , n° 65 de 1722, 6 août 1722, La Haye, p. 1.

2 Robert Muchembled, Une histoire de la violence, de la fin du Moyen Âge à nos jours, Paris, Le Seuil, 2008, p. 381-398.

3 France, Nantes, Archives Départementales (AD) de Loire-Atlantique, B 4580, fo 138-140, Rapport de navigation de la Garonne, 18 août 1722 ; France, Paris, Archives de la Marine, B3 269, Lettre de l’intendant Silly, 5 septembre 1721.

4 Mickaël Augeron, Philippe Hrodej, « Entre course, contrebande et piraterie, la conquête des mers lointaines au xvie siècle », in Gilbert Buti, Philippe Hrodej (dir.), Histoire des pirates et des corsaires de l’Antiquité à nos jours, Paris, CNRS Éditions, 2016, p. 151-169 ; Jean-Pierre Moreau, Une histoire des pirates, des mers du Sud à Hollywood, Paris, Éditions Tallandier, 2016.

5 Philippe Hrodej, « De la flibuste à la “forbannerie” (1650-1720) », in Gilbert Buti, Philippe Hrodej (dir.), Histoire des pirates et des corsaires…, op. cit., p. 216-218 ; Jean-Pierre Moreau, Pirates au jour le jour, op. cit., p. 17-23. Sur les activités piratiques au début du xixe siècle, voir notamment : Ryan Espersen, « Course, piraterie et commerce illégal des esclaves au début du xixe siècle au nord de la Caraïbe », in Jean-Sébastien Guibert, Boris Lesueur (dir.), Entre Exclusif et contrebande, Le commerce colonial aux Antilles (xviie-début xixe siècle), Paris, L’Harmattan, à paraître ; Guy Chet, The ocean is a wilderness, Atlantic piracy and the limits of state authority, 1688-1856, Amherst, University of Massachusetts Press, 2014.

6 Cette période est parfois connue sous le chrononyme « d’âge d’or de la piraterie atlantique » (Marcus Rediker, Pirates de tous les pays, l’âge d’or de la piraterie atlantique (1716-1726), Paris, Libertalia, 2008).

7 Les deux couronnes s’accordent pour faire « arrêter et punir toutes ces sortes de pirates et de forbans […] des peines qu’ils auront méritées, pour inspirer de la crainte et servir d’exemple aux autres » (Mémoires des commissaires du roi et de ceux de sa majesté britannique sur les possessions et les droits respectifs des deux couronnes en Amérique, avec les actes publics et pièces justificatives, tome second, Paris, Imprimerie Royale, 1755, p. 154-155).

8 Daniel Heller-Roazen, L’ennemi de tous, le pirate contre les nations, Paris, Le Seuil, 2010, p. 127 ; Clémentine Lacrotte, La piraterie et le droit international (fin xvexviiie siècle), thèse de doctorat en Histoire du Droit et des Institutions sous la direction de Nicolas Leroy, université de Montpellier, 2017, p. 126.

9 Voir par exemple Roland Le Huenen, « Réflexions dans la marge : le pirate, de l’Histoire au discours », in Sylvie Requemora, Sophie Linon-Chipon (dir.), Les Tyrans de la mer, Paris, Presses Universitaires de Paris-Sorbonne, 2002, p. 403-412.

10 Jean Meyer, « La Mer, une exception culturelle mondiale : la violence, le licite, l’illicite, le toléré, l’interdit à l’époque moderne », in Mickaël Augeron, Mathias Tranchant (dir.), La Violence et la Mer dans l’espace atlantique (xiie-xixe siècle), Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2004, p. 14.

11 Voir notamment Cécile Lavergne, Anton Perdoncin, « Éditorial, La violence à l’épreuve de la description », Tracés, Revue de Sciences humaines, en ligne, 19, 2010.

12 Ces sources nous éclairent sur les colonies des Îles du Vent (Martinique, Guadeloupe, Saint-Martin, Saint-Barthélemy, Grenade et Tobago), de Saint-Domingue, de la Guyane et de la Nouvelle-France.

13 Sur l’usage de la violence par les flibustiers du xviie siècle, voir Patrick Villiers, « La violence flibustière, violence terrienne ou violence maritime ? », in Mickaël Augeron, Mathias Tranchant (dir.), La Violence et la Mer…, op. cit. , p. 251-267.

14 Statistiques réalisées sur 416 voyages aux Antilles (Saint-Domingue ou Îles du Vent) enregistrés au greffe de l’Amirauté de Nantes. On peut noter que 51 navires nantais, munis de commissions, profitent également de leurs voyages pour attaquer et rançonner des navires de commerce ennemis.

15 Statistiques réalisées sur 518 voyages aux Antilles (Saint-Domingue ou Îles du Vent). Il faut rajouter à ce premier bilan les attaques, nombreuses certaines années, menées également sur les bancs de Terre-Neuve (voir à ce sujet Philippe Hrodej, « Les prédations pirates à Terre-Neuve de 1688 à 1725 », Scott Jamieson, Anne Pelta, Anne Thareau (dir.), La présence française à Terre-Neuve et Labrador, d’hier à demain, Newfoundland and Labrador Studies, no 3, 2015, p. 200-224).

16 Ce sont surtout les navires de pêche de Terre-Neuve qui parviennent à réussir ainsi leurs fuites.

17 Kevin Porcher, « “Voleurs de mer” La piraterie et le commerce maritime dans les Îles du Vent (1713-1730) », in Jean-Sébastien Guibert, Boris Lesueur (dir.), Entre Exclusif et contrebande, Le commerce colonial aux Antilles (xviie-début xixe siècle), Paris, L’Harmattan, à paraître.

18 France, Aix-en-Provence, Archives nationales de l’outre-mer (ANOM), C8A 26, fo 133, 14 février 1719.

19 David Cordingly, Under the black flag, The romance and the reality of life among the pirates, New York, Random House Trade Paperback Edition, 2006, p. 108.

20 Jean Soulat, « À bord ou à terre, Autour de la culture matérielle des pirates », in Jean Soulat (dir.), Archéologie de la piraterie des xviie et xviiie siècles, Étude de la vie quotidienne des flibustiers dans les Caraïbes et l’océan Indien, Drémil-Lafage, Éditions Mergoil, 2019, p. 213-244.

21 Le chiffre réel est légèrement plus élevé car les premières déclarations de la période étudiée ne mentionnent pas tout le temps le nombre d’hommes d’équipage. Par ailleurs, la présence de passagers n’est pas systématiquement signalée.

22 France, Aix-en-Provence, ANOM, C8A 26, fo 238, Lettre du lieutenant-général de Feuquières, 30 décembre 1719.

23 France, Aix-en-Provence, ANOM, C8A 31, fo 9, Déclaration du maître de bateau René Riché, 17 janvier 1723.

24 Philippe Hrodej, « De la flibuste à la “forbannerie”, op. cit., p. 220.

25 France, Aix-en-Provence, ANOM, C8A 26, fo 96, Lettre du lieutenant-général de Feuquières et de l’intendant Bénard, 12 juillet 1719.

26 France, Bordeaux, AD Gironde, 6B 1168, Déclaration du capitaine Jean Germon, 8 juillet 1719.

27 France, Nantes, AD Loire-Atlantique, B 4581, fo 88-89 vo, Rapport de navigation de la Généreuse, 1er septembre 1723.

28 France, Nantes, AD Loire-Atlantique, B 4581, fo 139-140, Rapport de navigation du Saint-Charles, 4 mai 1724.

29 France, Nantes, AD Loire-Atlantique, B 4581, fo 31-32, Rapport de navigation du Saint-Jean-Baptiste, 5 février 1723.

30 Charles Johnson, A general history of the pyrates, from their first rise and settlement in the island of Providence, to the present time, with the remarkable actions and adventures of the two female pyrates, Mary Read and Anne Bonny, Londres, p. 411-416.

31 France, Aix-en-Provence, ANOM, C7A 9, fo 136, Déclaration du capitaine Nicolas Gernon, 17 juin 1724.

32 France, Nantes, AD Loire-Atlantique, B 4581, fo 131-133 vo, Rapport de navigation de l’Excellent, 23 mars 1724.

33 France, La Rochelle, AD Charente-Maritime, B 5713, fo 203-207 vo, Déclaration du pilote Jean Mondot, 27 août 1716.

34 France, Aix-en-Provence, ANOM, C8A 28, fo 15, Lettre du lieutenant-général de Feuquières et de l’intendant Bénard, 3 février 1721.

35 France, La Rochelle, AD Charente-Maritime, B 5714, fo 257-257 vo, Lettre d’Élie Bujaud, 27 août 1717.

36 France, Nantes, AD Loire-Atlantique, B 4581, fo 97 vo, Rapport de navigation du Jacques Pêcheur, 25 octobre 1723.

37 Kevin Porcher, « “Faire le métier de pirate” dans les Antilles, l’exemple de Thomas Dulain (1728-1729) », Annales de Bretagne et des Pays de l’Ouest, tome 127, 2020, n°1, p. 200 ; France, Nantes, AD Loire-Atlantique, B 4581, fo 9-10, Rapport de navigation du Saint-René, 18 novembre 1722.

38 Cécile Lavergne, Anton Perdoncin, « Éditorial, La violence à l’épreuve de la description », op. cit., p. 4.

39 France, Nantes, AD Loire-Atlantique, B 4581, fo 88-89 vo, Rapport de navigation de la Généreuse, 1er septembre 1723.

40 France, Nantes, AD Loire-Atlantique, B 4581, fo 82 vo -83, Rapport de navigation de l’Heureux, 20 août 1723.

41 Jean-Pierre Moreau, Pirates au jour le jour, op. cit., p. 109.

42 Les exemples de coups de sabres et de bâtons donnés durant le pillage sont nombreux. Nous pouvons retenir le cas du capitaine de la Trompeuse qui est tellement maltraité qu’il ne peut pas revenir en Martinique et « qui est resté malade à ladite île [de la] Grenade, des blessures que lesdits forbans lui ont faites » (France, Aix-en-Provence, ANOM, C8A 31, fo 9, Déclaration du maître de bateau René Riché, 17 janvier 1723).

43 France, Nantes, AD Loire-Atlantique, B 4581, fo 115 vo, Rapport de navigation du Brave, 15 décembre 1723.

44 France, Nantes, AD Loire-Atlantique, B 4579, fo 83-84 vo, Rapport de navigation du Saint-Esprit, 20 juillet 1720.

45 Marcus Rediker, Les forçats de la mer, Marins, marchands et pirates dans le monde anglo-américain (1700-1750), Paris, Libertalia, 2010, p. 387-393.

46 Kevin Porcher, « La piraterie en Guadeloupe dans les années 1720 », Bulletin de la Société d’Histoire de la Guadeloupe, no 183, 2019, p. 15-38.

47 France, Aix-en-Provence, ANOM, C8A 27, fo 81, Lettre du lieutenant-général de Feuquières et de l’intendant Bénard, 13 octobre 1720 ; Sr. B., La Quintessence des nouvelles historiques, critiques, politiques, morales et galantes, n° 65 de 1723, 12 août 1723, La Haye, p. 1.

48 Alexandre Olivier Oexmelin, Histoire des avanturiers…, op. cit. ; voir aussi Jacques Gasser, Dictionnaire des flibustiers des Caraïbes, Corsaires et pirates français du xviie siècle, Les Sables d’Olonne, Éditions de Beaupré, 2017, p. 362-374.

49 France, Aix-en-Provence, ANOM, C8A 27, fo 107, Lettre du lieutenant-général de Feuquières et de l’intendant Bénard, 6 novembre 1720.

50 Cette exécution est pourtant présentée comme un fait historique dans plusieurs ouvrages, notamment anglo-saxons.

51 Gilbert Buti, Philippe Hrodej (dir.), Dictionnaire des corsaires et pirates, Paris, CNRS Éditions, 2013, p. 692.

52 Pierre Prétou, Denis Roland (dir.), Fureur et cruauté des capitaines en mer, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2012 ; Mickaël Augeron, Mathias Tranchant (dir.), La Violence et la Mer…, op. cit

53 Par exemple Charles Frostin, Les révoltes blanches à Saint-Domingue aux xviie et xviiie siècles : Haïti avant 1789, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2008 (1975).

54 Focalisée sur la prédation, la piraterie est une activité peu diversifiée, contrairement à la plupart des bandes de brigands à terre, ce qui explique que les interactions des forbans en dehors du navire soient très limitées (voir Nicole Dyonet, « Les bandes de voleurs et l’histoire », in Lise Andries (dir.), Cartouche, Mandrin et autres brigands du xviiie siècle, Paris, Éditions Desjonquères, p. 212).

55 Martine Acerra, « Conclusion », in Mickaël Augeron, Mathias Tranchant (dir.), La Violence et la Mer…, op. cit., p. 518.

56 France, Nantes, AD Loire-Atlantique, B 4579, fo 83-84 vo, Rapport de navigation du Saint-Esprit, 20 juillet 1720.

57 53 femmes adultes sont effectivement mentionnées parmi les passagers de la Garonne, les autres sont des filles mineures (Archives de la Marine, B3 269, Lettre de l’intendant Silly, 5 septembre 1721).

58 Jean-Pierre Moreau, Pirates au jour le jour, op. cit., p. 59.

59 Ordonnance de la marine, du mois d’août 1681, Commentée et conférée avec les anciennes ordonnances, et le droit écrit, avec les nouveaux règlements concernant la marine, Paris, G. Cavelier, 1714, p. 138-140 et p. 171-174 ; Ordonnance de Louis XIV pour les armées navales et arsenaux de Marine, Paris, Estienne Michallet, 1689, p. 71-89.

60 Édouard Charton (dir.), Le Magasin pittoresque, volumes 9 à 10, Paris, Bureaux d’Abonnement et de Vente, 1841, p. 223-224.

61 Kevin Porcher, « “Faire le métier de pirate” dans les Antilles, op. cit., p. 193.

62 France, Nantes, AD Loire-Atlantique, B 4584, fo 13 vo-15, Rapport de navigation de l’Expédition, 21 mars 1729.

63 France, Aix-en-Provence, ANOM, C8B 8, no 51, Lettre du lieutenant-général de Feuquières et de l’intendant Bénard, 2 mai 1722.

64 Le concept de base s’applique essentiellement à la violence politique dans l’entre-deux-guerres, ce qui est controversé, mais Valérie Toureille propose de le réduire aux comportements individuels (Valérie Toureille, Vol et brigandage au Moyen Âge, Paris, Presses Universitaires de France, 2006, p. 156).

65 France, Aix-en-Provence, ANOM, C8A 39, fo 468, Lettre de Thomas Dulain, 1728.

66 La carrière de la plupart des pirates ne dépasse pas un an : s’ils ne sont pas tués au combat ou capturés, ils finissent généralement amnistiés.

67 Kevin Porcher, « Chemineau, Un indigne pirate et forban », Roccafortis, n° 61, janvier 2018, p. 20.

68 La Fosse est un quartier portuaire de Nantes ; France, Nantes, Archives Municipales de Nantes, EE 219, fo 3, Lettre adressée au comte de Maurepas, 12 avril 1729.

69 France, Aix-en-Provence, ANOM, C8A 27, fo 96, Déclaration du capitaine Alexandre Patresson, 17 décembre 1719.

70 France, Nantes, AD Loire-Atlantique, B 4578, fo 9 vo-11, Rapport de navigation de la Fidélité, 13 octobre 1717.

71 France, Nantes, AD Loire-Atlantique, B 4581, fo 88-89 vo, Rapport de navigation de la Généreuse, 1er septembre 1723.

72 France, Bordeaux, AD Gironde, 6B 1176, Déclaration du capitaine Jean Girard, 18 juin 1723.

73 Kevin Porcher, « “Faire le métier de pirate” dans les Antilles, op. cit., p. 187-214.

74 France, Bordeaux, AD Gironde, 6B 1174, Ordres donnés par les armateurs au capitaine de la Marguerite, 27 janvier 1722 ; France, Aix-en-Provence, ANOM, C8A 24, fo 143, Lettre du lieutenant-général de Feuquières, 12 mai 1718.

75 France, La Rochelle, AD Charente-Maritime, B 5711, fo 175-188 vo, Lettre du capitaine Autan, 19 octobre 1715.

76 France, Aix-en-Provence, ANOM, C8A 12, fo 274, Lettre de l’intendant Robert, 6 novembre 1700.

77 France, Aix-en-Provence, ANOM, C8A 27, fo 41, Lettre du lieutenant-général de Feuquières et de l’intendant Bénard, 8 juin 1720.

78 Clémentine Lacrotte explique que les violences physiques (meurtres, actes de torture…) sont considérées comme des crimes commis à l’occasion des actes de pirateries (qui eux, restent des vols en mer), donc couverts également par les amnisties (Clémentine Lacrotte, La piraterie et le droit international…, op. cit., p. 121 et 228).

79 Contrairement à Saint-Domingue, la colonie des Îles du Vent est effectivement dépourvue de navires de guerre en stationnement permanent à cette époque (France, Aix-en-Provence, ANOM, C8A 27, fo 107, Lettre du lieutenant-général de Feuquières et de l’intendant Bénard, 6 novembre 1720).

80 L’aide attendue reste cependant très modeste, les crédits alloués à la Marine étant fortement limités après 1713 (Robert Muchembled (dir.), Patrick Villiers, Jean-Pierre Duteil, L’Europe la mer et les colonies, xviie-xviiie siècle, Paris, Hachette, 1997, p. 79).

81 Françoise Du Sorbier, Récits de gueuserie et biographies criminelles de Head à Defoe, Paris, Didier Érudition, 1984, p. 11 ; Huguette Krieff, « À l’abordage de l’idée d’énergie : l’héroïsation de la flibuste de Courtilz de Sandras à Voltaire », in Sylvie Requemora, Sophie Linon-Chipon (dir.), Les Tyrans de la mer, op. cit. , p. 336 ; Robert Muchembled, Une histoire de la violence…, op. cit., p. 386.

82 Mercure de France, juin 1724, deuxième volume, Paris, p. 1409.

83 « Low […] ordered the captain’s lips to be cut off, which he broiled before his face, and afterwards murdered him and all the crew, being thirty-two persons » (Charles Johnson, A general history of the pyrates…, op. cit., p. 377).

84 Patrice Peveri, « Littérature de colportage et contrôle de l’opinion : une relecture de l’Histoire de la vie et du procès de Louis-Dominique Cartouche », in Lise Andries (dir.), Cartouche, Mandrin et autres brigands du xviiie siècle, op. cit., p. 269-292.

85 Robert Muchembled, Une histoire de la violence…, op. cit., p. 386 ;

86 Charles Johnson, A general history of the pyrates…, op. cit., p. 238 (traduction par Henri Thiès et Guillaume Villeneuve dans Daniel Defoe, Les Chemins de fortune, Histoire générale des plus fameux pyrates, tome I, Paris, Éditions Phébus, 1990, p. 286).

Haut de page

Pour citer cet article

Référence électronique

Kevin Porcher, « La piraterie et l’exercice de la violence dans l’espace atlantique (1713-1730) »Criminocorpus [En ligne], Varia, mis en ligne le 01 octobre 2021, consulté le 15 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/criminocorpus/9814 ; DOI : https://doi.org/10.4000/criminocorpus.9814

Haut de page

Auteur

Kevin Porcher

Kevin Porcher est docteur en histoire, professeur certifié et chargé d’enseignements à l’Université des Antilles, pôle Guadeloupe (Faculté Roger Toumson – UFR des Humanités caribéennes). Membre de l’association Archéologie de la Piraterie, ses recherches portent sur la piraterie française atlantique : « “Voleurs de mer”, La piraterie et le commerce maritime dans les Îles du Vent (1713-1730) » (2021), « Amnistier les pirates français dans les Îles du Vent (1700-1730) » (2020), « “Faire le métier de pirate” dans les Antilles, L’exemple de Thomas Dulain (1728-1729) » (2020), « La piraterie en Guadeloupe dans les années 1720 » (2019).

Haut de page

Droits d’auteur

CC-BY-NC-ND-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.

Haut de page
Rechercher dans OpenEdition Search

Vous allez être redirigé vers OpenEdition Search