L’art et les « (post-)esclavages »
- Traduction(s) :
- Art and “(Post-)Slaveries”

Paris : CNRS Editions, 2024, 542p. ill. en noir et en coul. 23 x 15cm
ISBN : 9782271151162. _ 27,00 €
Sous la dir. d’Ana Lucia Araujo, Klara Boyer-Rossol, Myriam Cottias. Préf. de Doudou Diène, Gabriela Ramos

Washington : Smithsonian American Art Museum ; Princeton : Princeton University Press, 2024, 292p. ill. en noir et en coul. 32 x 25cm, eng
Index
ISBN : 9780691261492
Sous la dir. de Karen Lemmey, Tobias Wofford, Grace Yasumara. Textes de Renée Ater, Jacqueline Francis, Elizabeth Hutchinson, Jami Powell, James Smalls, Claudia E. Zapata

Durham : Duke University Press, 2024, 271p. ill. en noir et en coul. 23 x 16cm, (The Visual Arts of Africa and Its Diasporas), eng
Bibliogr. Index
ISBN : 9781478030577

Durham : Duke University Press, 2024, 380p. ill. en noir et en coul. 23 x 16cm, (Stuart Hall: Selected writings), eng
Index
ISBN : 9781478030331
Sous la dir. de Gilane Tawadros

Montreuil : B42, 2024, 351p. ill. en noir et en coul. 22 x 14cm, (Culture)
Bibliogr. Index
ISBN : 9782494983182. _ 24,00 €
Texte intégral
- 1 Zabunyan, Elvan. Réunir les bouts du monde : art, histoire, esclavage en mémoire, Montreuil : B42, (...)
- 2 Cf. Sharpe, Christina. In the Wake: On Blackness and Being, Durham : Duke University Press, 2016 ; (...)
- 3 Concernant la réflexion critique de Hall sur la notion de « blackness » et les risques de (re)essen (...)
1Les impressions de l’exposition Paris noir : circulations artistiques et luttes anticoloniales, 1950- 2000 au Centre Pompidou sont encore vives, à l’heure où nous consacrons ces lignes à l’actualité de cinq ouvrages fort différents. Ces écrits ont en commun de s’intéresser à la notion de « blackness » dans le domaine des études visuelles et de la culture matérielle. Ils s’attaquent à la « rupture irréversible »1 pour l’histoire de l’humanité que constituent quatre siècles de traite transatlantique, ainsi qu’à la déshumanisation systématique, la réification et le déplacement de douze à quatorze millions de personnes originaires d’Afrique. C’est dans cette rupture civilisationnelle que le principe de différenciation raciste « blackness » fit son apparition et détermine jusqu’à aujourd’hui l’horizon d’expérience d’une diaspora africaine devenue mondiale. En ce sens, la notion englobe aussi bien les expériences, profondément ancrées dans l’histoire, de la réduction en esclavage, du racisme et de la marginalisation, que les nombreuses pratiques d’émancipation, de résistance, d’appartenance communautaire2. Pour comprendre cette notion comme une construction politique et culturelle, hors de tout raisonnement pseudo-biologique naturalisant, les écrits de l’intellectuel et universitaire britannique d’origine jamaïcaine Stuart Hall (1932-2014) restent incontournables pour les chercheur·euse·s actuel·le·s3.
- 4 Stuart Hall fut président d’Autograph (Association of Black Photography) et Inviva (Institute of In (...)
- 5 Cf. en particulier les textes rassemblés dans les parties : « The New Politics of Representation: B (...)
- 6 « Living with Difference. Stuart Hall in Conversation with Bill Schwarz », Soundings, n°37, 2007, p (...)
- 7 Ibid., p. 152-154 ; Hall, Stuart. « New Ethnicities », Selected Writings on Visual Arts and Culture (...)
2Le recueil de ses articles, intitulé Selected Writings on Visual Arts and Culture: Detour to the Imaginary et dirigé par Gilane Tawadros, met en évidence la manière dont Hall, qui est surtout connu pour ses écrits sur la politique, la race et les médias, a développé dès les années 1980 sa pensée théorique dans une confrontation avec les arts visuels4. Il s’est notamment intéressé à la façon dont des artistes britanniques issus de la diaspora ont abordé sous un angle critique les questions de représentation des identités noires, ainsi que les expériences de discrimination sans pour autant les homogénéiser ou les figer5. Pour Hall, en tant qu’acteur et penseur politique, l’art et la culture n’avaient rien de secondaire. Il y voyait un détour nécessaire : « Nous devons faire un pas en arrière et passer par l’imaginaire », soulignait-il en 2007 dans un entretien avec l’historien Bill Schwarz6. Car pour Hall, c’est dans l’imaginaire que se constitue le réel historique, politique et économique. Dans un sens qui n’a pourtant rien de mimétique, la politique et la culture sont intrinsèquement le reflet l’une de l’autre.7
- 8 La notion de (post)esclavage est d’abord apparue comme un concept analytique dans l’espace anglo-sa (...)
- 9 Lemmey, Karen. Wofford, Tobias, Yasumura, Grace. « Introduction », The Shape of Power: Stories of R (...)
- 10 Ibid., p. 27
3Les auteur·rice·s des autres publications réunies ici partagent avec Hall cette idée que les fonctionnements, les conditions et les expériences des « (post-)esclavages » se transmettent dans des pratiques esthétiques et culturelles8. En tant qu’archéologues, anthropologues, spécialistes d’histoire ou d’histoire de l’art, ou encore en tant que curateur·ice·s, ils ont conscience de la responsabilité qui leur incombe de rendre non seulement accessible ce savoir implicite, mais encore de le problématiser au travers d’une histoire critique des disciplines et des institutions. A cet égard, Esclavages : représentations visuelles et cultures matérielles, recueil d’articles publié par Ana Lucia Araujo, Klara Boyer-Rossol, offre un excellent aperçu des contributions scientifiques les plus notoires produites au cours des deux dernières décennies dans diverses disciplines. Seize articles, dont certains paraissent pour la première fois en français, écrits par des auteur·rice·s venant d’Afrique, des Amériques et d’Europe, présentent des sources visuelles (tableaux, gravures, tapis, plans et cartes) et des traces matérielles (bâtiments, tessons et artefacts) allant du XVIIe au XIXe siècle et les contextualisent historiquement. Elles sont ensuite étudiées au prisme des conceptions idéologiques qui les sous-tendent, autant qu’à celui des expériences concrètes vécues par les personnes réduites en esclavage. La sculpture, l’art le moins exploré dans ce livre, se trouve en revanche au cœur du catalogue The Shape of Power: Stories of Race and American Sculpture proposé par le Smithsonian American Art Museum. On se souvient que les monuments dédiés à la mémoire de figures historiques notoirement esclavagistes ont suscité des débats souvent houleux. Pour autant, comme le soulignent les curateur·ice·s Karen Lemmey, Tobias Wofford et Grace Yasumura, l’histoire de la sculpture américaine – avec ses angles morts et ses taches aveugles – est un champ encore largement inexploré9. Le catalogue met en évidence la manière dont la sculpture néoclassique et moderne a construit le « settler colonialism » américain comme un évènement inévitable et naturel, contribuant ainsi à façonner une bonne conscience nationale10. Il met d’autre part en évidence les multiples réappropriations critiques et les formes de résistance dans la sculpture moderne et contemporaine. Finalement, dans le contexte des pressions politiques exercées par l’administration Trump sur les institutions culturelles, l’intérêt d’une telle exposition est certainement de soulever la question de savoir si les musées nationaux pourront à l’avenir continuer à produire des réflexions aussi ouvertement critiques et « antiracistes » sur leur propre passé en tant qu’institutions et collections.
- 11 Greene, Nikki A., Grime, Glitter & Glass: The Body and the Sonic in Contemporary Black Art, Durham (...)
- 12 Zabunyan, Elvan. Réunir les bouts du monde : art, histoire, esclavage en mémoire, Montreuil : B42, (...)
4Bien que leurs perspectives soient différentes, Grime, Glitter & Glass: The Body and the Sonic in Contemporary Black Art de Nikki A. Greene et Réunir les bouts du monde : art, histoire, esclavage en mémoire d’Elvan Zabunyan ont le même point de départ dans des œuvres contemporaines d’artistes principalement afro-américains. Partant des travaux de Renee Stout, Radcliffe Bailey et Mariá Magdalena Campos-Pons, Greene cherche à développer un « nouveau modèle acoustique et visuel » de l’esthétique du Black Art11. Rapprochant arts plastiques et musique, elle esquisse un moyen de rendre tant visibles qu’audibles les multiples résonances de la diaspora africaine dans les sculptures, les installations et les performances qu’elle étudie. Son écriture souvent faite d’associations, d’improvisations et de ruptures de rythme s’inspire délibérément du jazz. Chez Zabunyan également, les œuvres d’art sont mises en lien avec la musique, le cinéma et la littérature à de multiples niveaux. Mais son livre plaide pour une méthode expérimentale et pratique, visant à écrire l’histoire en se fondant sur les arts contemporains pour faire voir ce qui ne se serait pas dit. « La pratique d’une histoire qui semblerait insaisissable se fait par l’art, l’imagination est son assise », écrit la chercheuse dans son introduction12. Elvan Zabunyan traite donc les œuvres comme des sources dont elle traque résolument, dans des recherches minutieuses à travers les lieux et les époques, les références dispersées et qu’elle réunit dans les interprétations qu’elle propose de ces œuvres. Son étude se compose d’une partie introductive (« Récits entrelacés ») suivie de quatre chapitres intitulés suivant les éléments : « eau », « terre », « feu » et « air ». Ces termes lui donnent la latitude nécessaire pour organiser le livre autour de motifs et d’expériences récurrents de l’histoire de l’esclavage. Il en résulte un récit transversal et transhistorique, se déployant en dehors des césures traditionnelles, pour demeurer au plus près des souvenirs individuels, des traces matérielles en une pratique esthétique d’enlacements. De toutes les publications présentées ici, ce livre, par son écriture fluide et engagée, est celui qui s’adresse au public le plus large.
5Trois points de méthodologie, qui se retrouvent à plusieurs titres dans les publications discutées ici, semblent déterminants dans les confrontations actuelles avec l’héritage culturellement et socialement complexe de la traite transatlantique : la production d’(in)visibilité, la signification de la matérialité et la conscience des différentes agentivités.
- 13 Lafont, Anne. « Comment la couleur est devenue un marqueur racial », Esclavages : représentations v (...)
- 14 Ibid., p. 141-171 et Lemmey, Karen. « Fragile Fictions and Hard Truths in American Sculpture », The (...)
- 15 Cf. Zabunyan, Elvan. Réunir les bouts du monde : art, histoire, esclavage en mémoire, op. cit., p. (...)
- 16 Fracchia, Carmen. « (L’absence de) Représentation visuelle des esclaves noirs dans la peinture de l (...)
- 17 Cf. Hall, Stuart. « Cultural Identity and Diaspora », Identity, Community, Culture and Difference, (...)
- 18 Cf. Rarey, Matthew Francis. « Contre-regard porté sur la culture visuelle de l’esclavage au Brésil (...)
- 19 Araujo, Ana Lucia. « Culture visuelle et mémoire de l’esclavage : regards français sur les populati (...)
- 20 En 1976, dans les archives du Peadbody Museum de l’université de Harvard, on découvrit un coffret c (...)
6Les figurations visuelles et les représentations sont un lieu central de la construction et de la solidification de la race comme « catégorie opératoire » de différenciation et de hiérarchisation de groupes humains sur la base de critères physionomiques, c’est-à-dire visuels13. L’art et les discours esthétiques des XVIIIe et XIXe siècles ont à cet égard joué un rôle constitutif, ainsi que le montrent les articles d’Anne Lafont et de Karen Lemmey14. Mais, dans le même temps, l’art et les médias visuels ouvrent toujours également des espaces pour des affirmations de soi émancipatrices. C’est aussi le cas de Frederick Douglass (1818-1895) ou de Sojourner Truth (circa 1797-1883), qui, dans de nombreux autoportraits photographiques, posent en sujets individualisés, autonomes et libres – autoportraits dont ils firent un usage politique dans le combat pour l’abolition15. Mais on peut aussi penser ici à Juan de Pareja (circa 1606-1670) ou à Guillon Lethière (1760-1832), tous deux nés de mères esclaves, dont les tableaux soulèvent des questions quant à « l’acceptation ou la subversion » des normes et des conventions picturales de l’époque16. Dans cet éventail de thèmes, on ne saurait surestimer l’influence du travail théorique de Hall sur la politique de la représentation, qui oscille entre assignations identitaires et stratégies déstabilisatrices de réappropriation et de créolisation17. Dans le même temps, les approches les plus récentes posent de plus en plus ouvertement la question de l’usage éthique des images. C’est le cas pour les représentations de violences à l’encontre de personnes réduites en esclavage, déshumanisées et réifiées. Pour quelles raisons a-t-on créé de telles images et quelle fonction remplissent-elles dans la mémoire ? La question mérite d’être posée, d’autant que la représentation d’actes de violence perpétrés par les puissances coloniales peut servir à susciter de l’empathie pour la personne punie, à satisfaire un voyeurisme pervers, ou à dissuader toute velléité de résistance18. Comment présenter aujourd’hui ces images en tant que documents de crimes historiques19 ? Les descendant·e·s de personnes réduites en esclavage ont-iels voix au chapitre20 ? Qu’est-ce qui, enfin, échappe ou n’a pas accès à la représentation ?
- 21 Cf. en particulier les articles des deux derniers chapitres du recueil Esclavages : représentations (...)
- 22 Greene étudie le sens de l’usage et la signification des paillettes dans les œuvres de Radcliffe Ba (...)
7A cet égard, les fouilles menées par des archéologues et des anthropologues au Ghana, au Bénin, au Sénégal, au Brésil, en Haïti, aux Antilles françaises (Guadeloupe, Martinique), aux îles Eparses (Tromelin) ou aux Etats-Unis ces deux dernières décennies ont mis en évidence l’importance des traces matérielles de l’esclavage et ont permis de jeter un regard neuf sur les lieux historiques de la traite. De telles études ont mis en lumière des conditions de travail, des situations d’habitat, des cultures alimentaires, des pratiques spirituelles et des hiérarchies sociales propres à différentes formes d’esclavage existant simultanément21. L’intérêt de cette confrontation aux matériaux ne se limite pas à ouvrir un accès aux cultures du passé. Elle se révèle être une approche productive pour décoder les dimensions matérielles et sémantiques des œuvres contemporaines ainsi que leurs références diasporiques, telle qu’elle se retrouve chez Nikki A.Greene, Elvan Zabunyan, ainsi que dans The Shape of Power22.
- 23 Lamont, Ludovic. « Elvan Zabunyan : "Les œuvres d’art comblent des silences” de l’histoire de l’esc (...)
- 24 Greene, Nikki A. Grime, Glitter & Glass, op. cit., p. 1-5, 197-198
8Toutes ces approches mettent en lumière le fait que l’histoire complexe du (post)esclavagisme ne peut plus être racontée sur le mode d’une opposition schématique entre l’activité des puissances coloniales et la passivité d’une population africaine déplacée et tenue en captivité. En se fondant sur de multiples sources visuelles et sur les traces matérielles, la recherche historique a désormais largement remis en cause de telles lectures stéréotypées. A leur place émergent les espaces, les expériences et l’agentivité – certes drastiquement réduite – des personnes mises en esclavage. Dans son étude, Elvan Zabunyan se livre à une mise en perspective de ce type, se laissant guider par les artistes ou, plutôt, par l’agency de leurs œuvres : « Je me mets vraiment toujours du côté des artistes », souligne l’autrice dans un entretien à Mediapart23. L’écriture de Green va à cet égard un pas plus loin encore, puisqu’elle combine synthétiquement l’agency acquise en tant qu’universitaire noire avec celle des artistes afro-américains dont elle discute les œuvres24.
- 25 Sharpe, Christina. In the Wake: On Blackness and Being, op. cit., p. 13 et suivantes. Greene se réf (...)
- 26 Sharpe, Christina. In the Wake, op. cit., p. 14
9Pour la chercheuse américaine Christina Sharpe, « blackness » signifie en dernier lieu « occuper et être occupé·e par le présent continu et changeant de l’esclavage, dont le déroulement n’est pas encore résolu »25. Selon elle, au regard de l’impossibilité fondamentale de surmonter le désastre que fut l’esclavage dans toutes ses conséquences pour le présent, l’art aurait moins pour tâche d’accompagner des solutions sociales que d’exprimer esthétiquement les multiples contradictions et paradoxes impliqués par l’histoire de la traite transatlantique26. C’est là sans doute l’ultime point commun et peut-être le credo épistémologique des auteur·rice·s des publications débattu·e·s ici.
Notes
1 Zabunyan, Elvan. Réunir les bouts du monde : art, histoire, esclavage en mémoire, Montreuil : B42, 2024, (Culture), p. 8
2 Cf. Sharpe, Christina. In the Wake: On Blackness and Being, Durham : Duke University Press, 2016 ; Copeland, Huey. Bound to Appear: Art, Slavery, and the Site of Blackness in Multicultural America, Chicago : Chicago University Press, 2013 ; Barontini, Raphaël. Desportes, Coline. Clémentine, Farah et. al., « Blackness: ici et maintenant », discussion menée par Anne Lafont, Perspective : actualité en histoire de l’art, n°1, 2023, p. 73-103.
3 Concernant la réflexion critique de Hall sur la notion de « blackness » et les risques de (re)essentialisation diffamatoire ou affirmative du sujet noir, voir en particulier : Hall, Stuart. « New Ethnicities » et, en collaboration avec David A. Bailey, « The Vertigo of Displacement: Shifts within Black Documentary Practices », in Selected Writings on Visual Arts and Culture: Detour to the Imaginary, Durham : Duke University Press, 2024, (Stuart Hall: Selected writings), p. 65-76 et p. 203-212.
4 Stuart Hall fut président d’Autograph (Association of Black Photography) et Inviva (Institute of International Visual Arts). Il eut des échanges intensifs durant plusieurs décennies avec l’artiste Isaac Julien. Lire : Tawadros, Gilane. « Introduction », Selected Writings on Visual Arts and Culture, op. cit., p. 8.
5 Cf. en particulier les textes rassemblés dans les parties : « The New Politics of Representation: Black Film/British Cinema » et « Photography, Representation, and Black Identity », ibid., p. 65-107 et p. 203-236.
6 « Living with Difference. Stuart Hall in Conversation with Bill Schwarz », Soundings, n°37, 2007, p. 153
7 Ibid., p. 152-154 ; Hall, Stuart. « New Ethnicities », Selected Writings on Visual Arts and Culture, op. cit., p. 67.
8 La notion de (post)esclavage est d’abord apparue comme un concept analytique dans l’espace anglo-saxon pour étudier les reliquats, les continuités et les transformations de l’esclavage dans les sociétés contemporaines dans leurs structures formelles. Les articles les plus récents reprennent le concept pour étudier des formes contemporaines d’esclavages. Cf. Sharpe, Christina. Monstrous Intimacies: Making Post-Slavery Subjects, Durham : Duke University Press, 2010 ; Rossi, Benedetta. « African Post-Slavery. A History of the Future », International Journal of African Historical Studies, n°48/2, 2015, p. 303-325 ; ainsi que l’éditorial de Myriam Cottias et Céline Flory dans le premier numéro de la revue créée en 2019 Esclavages & post~esclavages, p. 4-6.
9 Lemmey, Karen. Wofford, Tobias, Yasumura, Grace. « Introduction », The Shape of Power: Stories of Race and American Sculpture, Washington : Smithsonian American Art Museum ; Princeton : Princeton University Press, 2024, p. 22-26
10 Ibid., p. 27
11 Greene, Nikki A., Grime, Glitter & Glass: The Body and the Sonic in Contemporary Black Art, Durham : Duke University Press, 2024, (The Visual Arts of Africa and Its Diasporas), p. 8. Parmi les trois artistes en discussion, Campos-Pons est originaire de Cuba et les autres viennent des Etats-Unis. En accompagnement de son livre, Greene a constitué une playlist sur Spotify :
https://open.spotify.com/playlist/4NMw3036RXRkPegeLrKF8u?si=939f34da3e0e425f
12 Zabunyan, Elvan. Réunir les bouts du monde : art, histoire, esclavage en mémoire, Montreuil : B42, 2024, (Culture), p. 20
13 Lafont, Anne. « Comment la couleur est devenue un marqueur racial », Esclavages : représentations visuelles et cultures matérielles : Atlantique-océan Indien, Paris : CNRS Editions, 2024, p. 145
14 Ibid., p. 141-171 et Lemmey, Karen. « Fragile Fictions and Hard Truths in American Sculpture », The Shape of Power: Stories of Race and American Sculpture, op. cit., p. 35-73
15 Cf. Zabunyan, Elvan. Réunir les bouts du monde : art, histoire, esclavage en mémoire, op. cit., p. 36-45 et 58-74.
16 Fracchia, Carmen. « (L’absence de) Représentation visuelle des esclaves noirs dans la peinture de l’Age d’or espagnol », Esclavages : représentations visuelles et cultures matérielles, op. cit., p. 69. En 2024/2025, le Louvre a consacré une exposition Guillon Lethière, né à la Guadeloupe.
17 Cf. Hall, Stuart. « Cultural Identity and Diaspora », Identity, Community, Culture and Difference, Londres : Lawrence & Wishart, 1990, p. 222-237.
18 Cf. Rarey, Matthew Francis. « Contre-regard porté sur la culture visuelle de l’esclavage au Brésil », Esclavages : représentations visuelles et cultures matérielles, op. cit., en particulier les p. 294-303.
19 Araujo, Ana Lucia. « Culture visuelle et mémoire de l’esclavage : regards français sur les populations d’origine africaine dans le Brésil du XIXe siècle », ibid., en particulier p. 49-53. Rarey et Araujo problématisent entre autres les lithographies tirées de l’album de Jean-Baptiste Debret : Voyage pittoresque et historique au Brésil (vol. II, 1835) et son rôle central pour la politique mémorielle au Brésil.
20 En 1976, dans les archives du Peadbody Museum de l’université de Harvard, on découvrit un coffret contenant des daguerréotypes qui montraient sept personnes réduites en esclavage nues. Ces images sont devenues célèbres à travers leurs réappropriations artistiques par Carrie Mae Weems dans From Here I Saw What Happened and I Cried (1995-96). En 2019, la descendante Tamari Lanier déposa une plainte contre l’université de Harvard pour la publication d’images de famille. Cf. Zabunyan, Elvan. Réunir les bouts du monde, p. 84.
21 Cf. en particulier les articles des deux derniers chapitres du recueil Esclavages : représentations visuelles et cultures matérielles, op. cit. : « Matérialité du quotidien dans l’atlantique esclavagiste » et « Les pratiques matérielles comme symboles de résistance, de spiritualité et de liberté ». Elvan Zabunyan se réfère également aux résultats récents de fouilles entreprises aux Etats-Unis. Cf. Réunir les bouts du monde, op. cit., p. 153-155, 193-194.
22 Greene étudie le sens de l’usage et la signification des paillettes dans les œuvres de Radcliffe Bayley en établissant des rapports entre la coiffure « Jheri curl » de Michael Jackson, les mises en scène du corps humide et brillant dans le film de Berry Jenkins Moonlight ou dans l’afrofuturisme scintillant de Sun Ra. Cf. Grime, Glitter & Glass, op. cit., p. 83-133. Par l’emploi de la boue et de l’argile, les artistes Beverly Buchanan et Theaster Gates, dont parle notamment Zabunyan, renvoient pour leur part à des liens sensoriels avec certains lieux du traumatisme transatlantique et à des pratiques subversives de fabrication de céramique en captivité. Cf. Réunir les bouts du monde, op. cit., p. 147-153, p. 216-220.
23 Lamont, Ludovic. « Elvan Zabunyan : "Les œuvres d’art comblent des silences” de l’histoire de l’esclavage », Médiapart, 11 novembre 2024. URL : https://www.mediapart.fr/journal/culture-et-idees/111124/elvan-zabunyan-les-oeuvres-d-art-comblent-des-silences-de-l-histoire-de-l-esclavage
24 Greene, Nikki A. Grime, Glitter & Glass, op. cit., p. 1-5, 197-198
25 Sharpe, Christina. In the Wake: On Blackness and Being, op. cit., p. 13 et suivantes. Greene se réfère à ce passage dans conclusion. Cf. Grime, Glitter & Glass, op. cit., p. 198 .
26 Sharpe, Christina. In the Wake, op. cit., p. 14
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Référence papier
Franziska Solte, « L’art et les « (post-)esclavages » », Critique d’art, 64 | 2025, 48-62.
Référence électronique
Franziska Solte, « L’art et les « (post-)esclavages » », Critique d’art [En ligne], 64 | Printemps/été, mis en ligne le 16 juin 2026, consulté le 08 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/critiquedart/122238 ; DOI : https://doi.org/10.4000/147kn
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