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Traduction

Introduction

Lily Robert-Foley
Traduction de Laurent Vannini
p. 81-90
Experimental Translation: The Work of Translation in the Age of Algorithmic Production
Lily Robert-Foley, Experimental Translation: The Work of Translation in the Age of Algorithmic Production

London : Goldsmiths Press, 2024, 254p. 21 x 15cm, (Practice as Research), eng

Bibliogr. Index

ISBN : 9781913380700

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Notes de la rédaction

Texte original extrait de : Robert-Foley, Lily. « Introduction », Experimental Translation: The Work of Translation in the Age of Algorithmic Production, London : Goldsmiths Press, 2024, (Practice as Research), p. 1-6

Copyright, 2024, Goldsmiths Press, traduit avec l’aimable autorisation de l’éditeur

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Original text taken from: Robert-Foley, Lily. « Introduction », Experimental Translation: The Work of Translation in the Age of Algorithmic Production, London : Goldsmiths Press, 2024, (Practice as Research), p. 1-6

Copyright, 2024, Goldsmiths Press. Translated by permission of the copyright holder

Le nombre croissant d’écrivain·ne·s et d’artistes plasticien·ne·s faisant de la traduction une méthode de création amène à penser la traduction autrement. Elle est désormais le lieu d’une effervescence théorique dans laquelle l’austère traductologie qui consistait autrefois en l’étude des procédés de traduction se trouve renouvelée voire dépassée. C’est ce que s’emploie à montrer Experimental Translation: The Work of Translation in the Age of Algorithmic Production de Lily Robert-Foley1. Réinterprétant le texte de Walter Benjamin sur la reproductibilité technique, l’autrice formule l’hypothèse que la traduction automatique transforme la pratique et l’étude de la traduction. Loin de l’affolement technophobe et de l’aveuglement technophile, elle dresse une généalogie de la traduction automatique depuis les années 1950 et, ce faisant, se pose la question de ce que la traduction machinique signifie pour les arts qui utilisent le langage, et de ce qu’il advient dans ces arts si le signe et le signifiant ne sont plus pertinents pour une machine. En retour, que peut bien vouloir dire la traduction si le sens n’est plus pertinent comme il l’était avant ? Membre de l’Outranspo (Ouvroir de translation potencial, équivalent de l’Oulipo pour la traduction), Lily Robert-Foley propose ici un livre théorique sur les impensés de la traductologie, tout en étudiant les manipulations textuelles d’auteurices et en les pratiquant elle-même dans une forme de recherche-création.

L’ouverture du livre dont Critique d’art propose la traduction d’un extrait vers le français donne à la fois un aperçu de sa thèse, de sa langue et de son matériau. Livre fondamental sur la traduction et les processus de création avec la traduction automatique, Experimental Translation se situe au croisement des arts du langage et de la traductologie. En ce sens, il est utile pour qui s’intéresse à la création artistique contemporaine.

Vincent Broqua

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The growing number of writers and visual artists who take translation as a creative method leads us to think of translation in a different way. Translation is now the site of a theoretical ebullience in which the austere field of “traductologie,” which once focused on the study of translation processes, is being renewed, even surpassed. This is what Experimental Translation: The Work of Translation in the Age of Algorithmic Production by Lily Robert-Foley undertakes to show.2 Reinterpreting Walter Benjamin's text on mechanical reproduction, the author claims that automatic translation is transforming both the practice and study of translation. Far from technophobic panic or blind technophilia, Lily Robert-Foley traces a genealogy of machine translation from the 1950s. She asks what machine translation means for the language-based arts, and what happens in these arts if the sign and the signified no longer matter to a machine. In turn, what might translation mean if meaning is no longer as relevant as it once was? A member of Outranspo (Ouvroir de translation potencial, the equivalent of Oulipo for translation), Robert-Foley writes a theoretical book on the overlooked aspects of translation studies, while also analyzing textual manipulations by authors and practicing them herself in a form of research-creation.The opening of the book, provided here in translation by Critique d’art, offers an insight into both its thesis, its language, and its material. A fundamental book on translation and the processes of creation with automatic translation, Experimental Translation lies at the intersection of language-based arts and translation studies. In this sense, it is useful for anyone interested in contemporary artistic creation.

Vincent Broqua

Texte intégral

1« La vodka est bonne, mais la viande est nulle. » Telle fut la rétro-traduction de l’une des premières traductions automatiques de l’anglais vers le russe du proverbe « The spirit is willing but the flesh is weak » (Matthieu 26:41, « L’esprit est prompt, mais la chair est faible »). Nous étions en pleine guerre froide, et l’effervescence naissante autour du rêve que les machines permettent un jour d’éviter le faste d’un dispendieux multilinguisme planétaire faisait des étincelles, provoquant la découverte par les humains des premiers errements incongrus de la traduction automatique (TA). Depuis lors, les réactions humaines perplexes, tantôt étonnées, tantôt dédaigneuses, face à la TA sont devenues un trope de la faillibilité et du potentiel machinique : la question menaçante et exaltante de savoir si les machines sont en mesure de combler le fossé des différences linguistiques.

  • 3 Bellos, David. La Traduction dans tous ses états, Paris : Flammarion, 2017 (2012). Traduit par Dani (...)
  • 4 Poibeau, Thierry. Babel 2.0 : où va la traduction automatique ?, Paris : Odile Jacob, 2019
  • 5 Youdale, Roy. Using Computers in the Translation of Literary Style: Challenges and Opportunities, L (...)
  • 6 Hofstadter, Douglas. « The Shallowness of Google Translate », The Atlantic, janvier 2018, URL : htt (...)
  • 7 Larsonneur, Claire. « The Disruptions of Neural Machine Translation », Spheres, n°5, 2019, URL : ht (...)

2Mais la chose est impossible, n’est-ce pas ? Les machines sont incapables de traduire le sens ; elles n’ont pas le sens du sens, diraient certains congénères3. Elles attribuent une acception fausse à un mot, traduisant occasionnellement un homonyme4, ou collant à la syntaxe jusqu’à l’absurde. Elles traduisent plus que littéralement et ne détectent pas « l’humour, l’ironie, les métaphores, les comparaisons ou les jeux de mots5 », les références culturelles, ou la prosodie : la rime, le rythme et la musique d’une langue. Ou bien elles commettent des erreurs grammaticales, en particulier dans les longues phrases qui posent des problèmes de cohérence et de répétition6. Ou encore la rationalisation et la standardisation du langage et du contenu font disparaître le contexte matériel, la spécificité des textes et des langues dans la traduction7.

3La traduction automatique a parcouru du chemin depuis la guerre froide, à l’époque où Warren Weaver et ses acolytes du MIT (Institut de technologie du Massachusetts) tentaient de mettre le doigt sur les lois du langage qui révéleraient sa nature profonde de code universel (attention, spoiler ! : cela ne fonctionne pas). Dans les années 1990, la traduction automatique statistique (TAS) obtint de bien meilleurs résultats en calculant la fréquence, et par conséquent la vraisemblance d’une traduction pour un passage donné. Elle s’appuyait pour cela sur de gigantesques banques de données de traductions humaines rendues possibles grâce à Internet. Aujourd’hui, la traduction automatique neuronale (TAN) traduit non pas des mots, mais des valeurs produites à l’aide de modèles de traitement automatique des langues (TAL), qui permettent aux langues de se croiser dans des calculs complexes et d’être traduites à travers un système d’encodage et de décodage.

4Dès lors, observons ce que donne le 23 juin 2022 la traduction de la phrase « The spirit is willing but the flesh is weak » lorsqu’elle traverse successivement toutes les langues composant sans doute aujourd’hui le plus fiable des traducteurs automatiques en ligne vers l’anglais, DeepL :

5Bulgare : Духът е готов, но плътта е слаба.

6Chinois (simplifié) : 心甘情愿,肉体不坚

7Tchèque : Srdce je ochotné, tělo není silné.

8Danois : Hjertet er villigt, men kroppen er ikke stærk.

9Néerlandais : Het hart is gewillig, maar het lichaam is niet sterk.

10Estonien : Süda on valmis, kuid keha ei ole tugev.

11Finnois : Sydän on valmis, mutta ruumis ei ole vahva.

12Français : Le cœur est prêt, mais le corps n’est pas fort.

13Allemand : Das Herz ist bereit, aber der Körper ist nicht stark.

14Grec : Η καρδιά είναι έτοιμη, αλλά το σώμα δεν είναι δυνατό.

15Hongrois : A szív készen áll, de a test nem erős.

16Indonésien : Hati sudah siap, tetapi tubuh tidak kuat.

17Italien : Il cuore è pronto, ma il corpo no.

18Japonais : 心はできているが、体はできていない。

19Letton Prāts ir gatavs, bet ķermenis nav.

20Lituanien : Protas pasiruošęs, bet kūnas—ne.

21Polonais : Umysł jest gotowy, ale ciało nie.

22Portugais : A mente está pronta, mas o corpo não está.

23Roumain : Mintea este pregătită, dar corpul nu este.

24Russe : Ум готов, а тело—нет.

25Slovaque : Myseľ je pripravená, ale telo nie.

26Slovène : Um je pripravljen, telo pa ne.

27Espagnol : La mente está preparada, pero el cuerpo no.

28Suédois : Sinnet är redo, men inte kroppen.

29Turc : Zihin hazırdır ama beden hazır değildir.

30Anglais : The mind is ready, but the body is not [L’esprit est prêt, mais le corps ne l’est pas].

31Si je n’avais aucune idée du procédé mis en œuvre pour aboutir à la traduction finale de la série – c’est-à-dire si quelqu’un me donnait à voir la première et la dernière phrase de cette expérience, et précisait que le résultat était issu d’une rétro-traduction de ce à quoi était parvenu un être humain en traduisant uniquement d’une langue à une autre, je pourrais ne pas penser que c’est vraiment médiocre, je pourrais imaginer que le traducteur avait une bonne raison de traduire ainsi, une raison fondée sur des contraintes linguistiques ou liée au contexte, ou bien qu’il ou elle adoptait une approche ou une éthique de la traduction qui lui faisait penser que le public visé ne pourrait pas saisir dans son entièreté le sens véhiculé en langue anglaise par le mot spirit, ou bien encore que la visée communicative serait tronquée, rompue ou altérée s’il était fait référence à la relation de domination entre l’esprit et le corps. Le concept d’« esprit » (et le mot), après tout, peut présenter d’importantes différences d’une culture à l’autre, mue au fil des traductions ci-dessus vers quelque chose se rapprochant plus de la notion de « cœur » (transformation initiée dès la traduction du bulgare au chinois) et, à partir de là, vers quelque chose plus proche de celle de « faculté mentale » (dans le passage entre l’italien et le japonais). Et la transition de « prompt » à « prêt » dans le passage du néerlandais à l’estonien ne trahirait-elle pas une sorte de réexamen de la notion de détermination, qui pourrait être vue non pas comme une erreur d’exécution, mais comme un ensemble de circonstances affectives advenant simultanément de la bonne manière et au bon moment ? Et qu’en est-il de la notion de faiblesse, qui devient « sans force » (en passant du bulgare au chinois), et perd in fine sa forme adjectivale, opposant une absence « de préparation » en lieu et place d’une absence « de force » : le corps n’est pas faible, il n’est juste pas vraiment prêt. Existe-t-il un monde dans lequel cette dernière traduction, « L’esprit est prêt, mais le corps ne l’est pas », puisse être considérée comme une variante plus douce, plus délicate et plus clémente du texte originel ?

  • 8 Waldrop, Rosmarie. « Irreducible Strangeness », towards a foreign likeness bent, 1999, p. 106-110. (...)

32Et si la traduction de la machine était sensée ? Et si la machine avait réellement eu l’intention de traduire de cette manière ? Après tout, il y a des gens qui affirment aujourd’hui que les machines possèdent une forme de conscience, et d’autres qui prétendent que nous autres humains sommes moins sensibles que nous le pensons, déterminés par ce pour quoi nous sommes programmés. Mais comment peut-on le savoir ? Comment peut-on savoir dans quelle mesure une traduction machinique a du sens, ou dans quelle mesure l’importance du sens est écartée, questionnée, abandonnée dans ces processus ? Dans l’expérience évoquée ci-dessus, l’« intention » de ma lecture anthropomorphique imaginée du proverbe intervient à l’échelle de la différence linguistique, cette « irréductible étrangeté8 », dans les décalages grammaticaux et lexicaux et les changements de perspective, par exemple entre une formulation négative et une autre positive. Quel « sens » y a-t-il dans un langage qui s’engendre lui-même, simple produit des opérations incalculables de la TAN ?

  • 9 Bellos, David. Op. cit., p. 271

33A l’instar de nombreux poètes et artistes expérimentaux du langage qui travaillent désormais avec des traducteurs automatiques et d’autres technologies de traduction (applications de reconnaissance vocale, dictionnaires en ligne, production participative, sous-titrage, etc.), c’est la question que se pose Mónica de la Torre lorsqu’elle intègre dans son livre Repetition Nineteen des traductions produites par Google Traduction de son propre poème bilingue « Equivalencies / Equivalencias ». Quelles sont les limites du langage à l’ère de la production algorithmique ? Que signifie pour les traducteurs que le langage ne peut s’empêcher de produire du sens, même lorsqu’il est traduit par une machine qui « ne s’occupe pas du tout du sens9 » ? Que signifie la traduction automatique pour les arts littéraires, pour la traduction d’une manière générale et pour le langage humain ?

  • 10 Hsia, Yü. Pink Noise (Fenhongse zaoyin), Garden City, 2007
  • 11 Pailthorpe, Baden. « Eighty-Four Doors. », exposition d’art Lingua Franca, Firstdraft Gallery, Sydn (...)
  • 12 Abrahams, Annie. From Estranger to e-Stranger, Editions +++plus+++, 2014
  • 13 Shakespeare, William. Jambonlaissé, Théâtre de Ménilmontant, Paris, 2018. Sous la dir. de Justine C (...)
  • 14 Bloomfield, Camille. « Deep Dante », Ridondante: L’Oplepo per il Sommo, Biblioteca Oplepiana, vol.  (...)

34Ce sont vingt-cinq traductions de son poème que de la Torre effectue, et non une seule, en utilisant différents procédés qu’elle numérote séparément dans sa grille de traductions (T1, T2, T3, etc.) Les versions T4, T6, T7, T9, T14 et T15 utilisent Google Traduction ou l’application de reconnaissance vocale de Google Traduction qui est disponible sur smartphone. La T15 utilise la fonction de correction automatique des SMS. Et cette poétesse n’est pas la seule à faire cela. Dans Pink Noise10, Hsia Yü utilise des collages de fragments de langue anglaise – et de français – puisés sur Internet pour créer des poèmes et les faire traduire automatiquement vers le chinois. Dans Eighty-Four Doors, Baden Pailthorpe génère, à l’aide de Google traduction, cinquante-huit versions des premières phrases du roman 1984 d’Orwell, afin de créer une exposition artistique et une adaptation filmique à partir des résultats11. Annie Abrahams utilise Google Traduction et un logiciel de reconnaissance vocale dans le cadre de performances expérimentales d’écriture collaborative, faisant des allers-retours entre différentes langues et technologies12. L’indéprimeuse en France a produit une traduction Google de Hamlet, Jambonlaissé13, qui est régulièrement joué sur scène au théâtre. Dans « Deep Dante14 », Camille Bloomfield utilise les fonctions du menu déroulant de DeepL pour composer une méditation bégayante et proliférante à partir du vers 142 du chant V de l’Enfer de Dante, « E caddi, come corpo morto cade. »

  • 15 Poibeau, Thierry. Op. cit., p. 171
  • 16 Vinay, Jean-Paul. Darbelnet, Jean. Stylistique comparée du français et de l’anglais, Didier, 1958, (...)

35Mais assurément, tout cela n’est qu’un scénario fantaisiste. Les machines ne sont pas réellement capables de traduire de la littérature, n’est-ce pas ? Warren Weaver lui-même, le « père » de langue anglaise de la traduction automatique, écrivait en 1995, dans l’un des premiers articles scientifiques consacrés à la traduction automatique : « Personne ne peut raisonnablement penser que la traduction automatique puisse jamais atteindre les notions de style et d’élégance. Pouchkine n’a pas à s’inquiéter15... ». De la même manière, Jean-Paul Vinay et Jean Darbelnet, à qui j’emprunte les sept procédés de traduction que je détourne dans les sept chapitres (dont la conclusion) de ce livre, donnent à entendre dans l’introduction de leur ouvrage Stylistique comparée du français et de l’anglais, que la traduction automatique n’est appropriée que pour des textes pouvant être « ramenés au passage univoque de LD à LA » et ne nécessite aucun « procédé stylistique spécial16 ». Que faire dès lors de cette explosion de l’utilisation de la TA dans les pratiques poétiques et des arts du langage ?

  • 17 https://eliterature.org/
  • 18 Slater, Avery. « Crypto-Monolingualism: Machine Translation and the Poetics of Automation », Transl (...)
  • 19 Robinson, Douglas. The Experimental Translator, Palgrave, 2023, p. 22. Cite Arrojo, Rosemary. Ficti (...)

36En premier lieu, les machines écrivent de la poésie depuis soixante ans au moins, si l’on prend comme point d’origine le Stochastische Texte de Theo Lutz (1959). Les pratiques qui intègrent l’écriture automatique, à l’exemple de l’Oulipo, et les arts du langage qui recourent à différents types d’outils électroniques ou technologiques, comme ceux répertoriés sur le site de l’Electronic Literature Organization17 (ELO), ont une histoire riche et plurielle qui est à la fois fondamentale et incontournable pour toute réflexion sur la littérature dans le moment historique actuel. Et si les machines (ou les humains imitant les machines) sont capables d’écrire de la littérature, pourquoi ne pourraient-elles pas la traduire ? Avery Slater, dans un article traitant de « Traduction automatique et poétique de l’automatisation18 » qui fut essentiel dans ma réflexion pour le présent ouvrage, écrit : « Quelle transformation a lieu une fois que la problématique du travail de l’art à l’ère de la (re)production automatique est remplacée par celle du travail de l’art à l’ère de sa générativité computationnelle ? » Cette interrogation est extraite de l’interprétation que donne Slater des pratiques de l’absurde et de l’écriture automatique dans les mouvements d’avant-garde et Dada, qui se prolongèrent avec l’Oulipo, comme d’une réaction tant à la mécanisation du langage qu’à la linguistique structurale qui lui servait d’outil, et comme d’une réponse à l’expérimentation technologique. Slater déploie son analyse dans le cadre des évolutions de la traduction automatique, tout comme je souhaite le faire ici. Elle formule ainsi la question : « Si le structuralisme nous a apporté, comme on le sait, la mort de l’auteur, nous a-t-il apporté également la mort du traducteur ? » Dans le paradigme de la mort de l’auteur, peu importe que la machine produise du sens ou non, puisque le sens ne réside pas dans le texte, mais dans « l’intertextualité qui est construite indéfiniment par les lecteurs19 ». Et si la traduction automatique est en mesure de produire du sens et de passer avec succès un test de Turing de la traduction, si elle est capable de se développer au point de ne plus être distincte de la traduction humaine, cela signifie-t-il la mort du traducteur humain ? Quel espace reste-t-il aux humains pour traduire ?

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Notes

3 Bellos, David. La Traduction dans tous ses états, Paris : Flammarion, 2017 (2012). Traduit par Daniel Loayza

4 Poibeau, Thierry. Babel 2.0 : où va la traduction automatique ?, Paris : Odile Jacob, 2019

5 Youdale, Roy. Using Computers in the Translation of Literary Style: Challenges and Opportunities, Londres : Routledge, 2020, p. 9

6 Hofstadter, Douglas. « The Shallowness of Google Translate », The Atlantic, janvier 2018, URL : https://www.theatlantic.com/technology/archive/2018/01/the-shallowness-of-google-translate/551570/

7 Larsonneur, Claire. « The Disruptions of Neural Machine Translation », Spheres, n°5, 2019, URL : https://spheres-journal.org/contribution/the-disruptions-of-neural-machine- translation/

8 Waldrop, Rosmarie. « Irreducible Strangeness », towards a foreign likeness bent, 1999, p. 106-110. Sous la dir. de Jerrold Shiroma

9 Bellos, David. Op. cit., p. 271

10 Hsia, Yü. Pink Noise (Fenhongse zaoyin), Garden City, 2007

11 Pailthorpe, Baden. « Eighty-Four Doors. », exposition d’art Lingua Franca, Firstdraft Gallery, Sydney, 2012, URL : https://www.sullivanstrumpf.com/assets/Uploads/Cntrl-z.net-Lingua- Franca-Pailthorpe-Baden.pdf.

12 Abrahams, Annie. From Estranger to e-Stranger, Editions +++plus+++, 2014

13 Shakespeare, William. Jambonlaissé, Théâtre de Ménilmontant, Paris, 2018. Sous la dir. de Justine Camille-Carette. Traduit par L’Indéprimeuse

14 Bloomfield, Camille. « Deep Dante », Ridondante: L’Oplepo per il Sommo, Biblioteca Oplepiana, vol. 49, 2021. URL : https://camillebloomfield.com/deep-dante/

15 Poibeau, Thierry. Op. cit., p. 171

16 Vinay, Jean-Paul. Darbelnet, Jean. Stylistique comparée du français et de l’anglais, Didier, 1958, p. 49 (LD : Langue de départ et LA : langue d’arrivée)

17 https://eliterature.org/

18 Slater, Avery. « Crypto-Monolingualism: Machine Translation and the Poetics of Automation », Translation-Machination, numéro spécial de Amodern, vol. 8, 2018. Sous la dir. de Christine Mitchell et Rita Raley. URL : https://amodern.net/article/crypto-monolingualism/

19 Robinson, Douglas. The Experimental Translator, Palgrave, 2023, p. 22. Cite Arrojo, Rosemary. Fictional Translators, Londres : Routledge, 2018, p. 138-139

1 Robert-Foley, Lily. Experimental Translation: The Work of Translation in the Age of Algorithmic Production, London : Goldsmiths Press, 2024, (Practice as Research), 254 pages

2 Robert-Foley, Lily. Experimental Translation: The Work of Translation in the Age of Algorithmic Production, London : Goldsmiths Press, 2024, (Practice as Research), 254 pages

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Pour citer cet article

Référence papier

Lily Robert-Foley, « Introduction », Critique d’art, 64 | 2025, 81-90.

Référence électronique

Lily Robert-Foley, « Introduction », Critique d’art [En ligne], 64 | Printemps/été, mis en ligne le 16 juin 2026, consulté le 14 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/critiquedart/122315 ; DOI : https://doi.org/10.4000/147kt

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Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.

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