Maria Stavrinaki, Contraindre à la liberté : Carl Einstein, les avant-gardes, l’histoire

Dijon : Les Presses du réel ; Paris : Centre allemand d’histoire de l’art, 2018, 252p. ill. en noir en en coul. 25 x 18cm, (Œuvres en sociétés)
Index
ISBN : 9782840669661. _ 24,00 €
Texte intégral
1Né en 1885 au plus fort de la montée de l’antisémitisme, Carl Einstein se donne la mort en 1940 alors que l’Europe tombe aux mains du Grand Reich. Le destin tragique du théoricien de l’art, philosophe et romancier, transparaît dans ses écrits. Dans son livre conséquent, le propos de Maria Stavrinaki n’est pas de retracer le fil biographique du critique d’art, mais d’en restituer la pensée dans toute sa complexité et elle y parvient avec une grande finesse. D’une lecture ardue et exigeante, Contraindre à la liberté propose une immersion dans la pensée de l’auteur en suivant pas à pas les questionnements, revirements et contradictions d’un homme témoin et compagnon des avant-gardes en Allemagne, en France et en Catalogne. Ses liens avec les mouvements spartakistes ou anarchistes sont rapidement mentionnés, au profit d’une approche philosophique de « l’ontologie einsteinienne » hantée par la répétition de l’histoire, cet « infernal retour du même ». Alors qu’il semble accorder au Cubisme une valeur révolutionnaire au début des années 1910, les révolutions russe et allemande ainsi que la Première Guerre mondiale l’amènent à se rapprocher du mouvement Dada dans une lutte commune contre « l’objet mnémotechnique ». Premier auteur à écrire sur les arts de l’Afrique sous l’angle de l’esthétique, Carl Einstein publie Negerplastik (1915), puis Afrikanische Plastik (1921), qui nuance, affine et revient de manière critique sur Negerplastik. Même si Maria Stavrinaki cite les écrits de Zoë Strother ou Wendy Grossman sur la construction du canon de l’art africain et l’usage de la photographie dans ces années-là, il aurait été utile d’adopter une approche plus distante par rapport au primitivisme d’Einstein en faisant notamment appel à la littérature postcoloniale. Car, de manière générale, l’ouvrage se lit comme un récit intimiste précieux et fouillé, mais qui aurait gagné à prendre du recul par rapport aux positions de l’auteur, lui-même souvent sujet au doute, comme Maria Stavrinaki le souligne si bien en analysant son regard changeant porté sur Pablo Picasso, ou les trois versions de L’Art du 20e siècle publiées et réécrites entre 1926, 1928 et 1931. Curieux de tout, radical, puisant aussi bien dans la psychanalyse que l’ethnologie ou la préhistoire, Carl Einstein collabora à différentes revues, dont Die Aktion ou Documents, en faisant côtoyer l’art et le tragique, et en exerçant une fascination sur ses lecteurs qui n’a rien perdu de son actualité.
Pour citer cet article
Référence électronique
Maureen Murphy, « Maria Stavrinaki, Contraindre à la liberté : Carl Einstein, les avant-gardes, l’histoire », Critique d’art [En ligne], Toutes les notes de lecture en ligne, mis en ligne le 27 novembre 2019, consulté le 17 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/critiquedart/37708 ; DOI : https://doi.org/10.4000/critiquedart.37708
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