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1En l’espace de quelques années seulement, les intelligences artificielles génératives sont devenues des outils de recherche documentaire, de traduction, de transcription, de synthèse, d’aide à la rédaction, de production d’images et de personnalisation de l’information. Leur diffusion rapide dans les rédactions s’inscrit dans un mouvement plus général d’automatisation des activités informationnelles qui transforme en profondeur les conditions de production, de circulation et d’appropriation des contenus médiatiques.

2Pour autant, réduire cette évolution à une simple innovation technique serait une erreur. En effet, au-delà des performances annoncées, c’est la place du journaliste qui est aujourd’hui en débat. L’intelligence artificielle transforme les pratiques professionnelles, mais elle nous oblige surtout à repenser ce qui fait la spécificité du journalisme. Informer ne se limite pas à la production de contenus. C’est enquêter, vérifier, hiérarchiser, contextualiser et donner du sens à des faits souvent complexes et contradictoires. C’est aussi assumer une responsabilité sociale envers les citoyens. Cette dimension ne saurait être réduite à une suite d’opérations automatisées, aussi performants que puissent être les outils.

3Les transformations en cours dépassent d’ailleurs largement le cadre des rédactions. Elles interrogent les modèles économiques des médias, les rapports de force entre les entreprises de presse et les plateformes numériques, les mécanismes de circulation de l’information, ainsi que les conditions d’exercice d’un journalisme indépendant. Dans de nombreux pays, notamment dans les pays du Sud, ces enjeux prennent une dimension particulière. Les intelligences artificielles ouvrent de nouvelles possibilités pour produire une information plus accessible et parfois plus pertinente, mais elles renforcent également certaines dépendances technologiques, linguistiques et économiques. Les promesses d’innovation s’accompagnent ainsi de nouvelles vulnérabilités qu’il convient d’analyser avec lucidité.

4C’est précisément l’ambition de ce dossier thématique de Communication, technologies et développement. Plutôt que d’opposer une vision enthousiaste à une lecture alarmiste de l’IA, les auteurs s’attachent à comprendre ce qui se transforme réellement dans les pratiques journalistiques et ce qui résiste encore à l’automatisation.

5Les articles réunis dans ce dossier montrent que les intelligences artificielles ne produisent pas d’effets uniformes. Leur appropriation varie en fonction des contextes politiques, économiques, culturels et professionnels. Ils mettent en évidence les bénéfices que ces outils peuvent apporter en matière de collecte, d’analyse ou de diffusion de l’information, mais soulignent également leurs limites : biais algorithmiques, dépendance aux plateformes, enjeux éthiques, risques de désinformation, fragilisation du jugement professionnel ou encore difficultés liées à la protection des données.

6Le dossier s’ouvre sur une réflexion consacrée aux transformations des médiations journalistiques et aux enjeux éthiques soulevés par l’utilisation de l’intelligence artificielle dans les rédactions. Il se poursuit par des travaux qui interrogent la personnalisation algorithmique de l’information, la dépendance des médias aux grandes plateformes numériques ou encore la pertinence des outils d’IA dans les rédactions africaines. D’autres contributions examinent les relations complexes entre intelligence artificielle, désinformation et fact-checking, ainsi que les défis spécifiques du journalisme de guerre. Enfin, le numéro se termine par une réflexion sur l’éducation aux médias et à l’information, montrant combien le développement de l’esprit critique reste indispensable dans un environnement où les outils d’IA occupent une place croissante.

7Fidèle à sa ligne éditoriale, Communication, technologies et développement entend contribuer à une réflexion critique sur les innovations numériques, en privilégiant des approches situées, attentives aux rapports de pouvoir, aux dynamiques d’appropriation et aux enjeux du développement. Ce dossier propose d’adopter une posture analytique fondée sur les résultats de la recherche et l’observation des pratiques professionnelles. À travers la diversité des terrains étudiés et des approches mobilisées, il rappelle une évidence parfois oubliée : l’avenir du journalisme ne se joue pas uniquement dans les performances des algorithmes, mais dans la manière dont les sociétés choisiront de les intégrer à leurs pratiques professionnelles et démocratiques. L’intelligence artificielle ne signe ni la fin du journalisme ni celle du journaliste. Elle ouvre une nouvelle étape de leur histoire, faite de recompositions, d’apprentissages et de choix collectifs. Plus que jamais, ces choix appellent la recherche à éclairer les débats, à dépasser les discours technicistes et à replacer l’humain au cœur de la réflexion sur les transformations contemporaines de l’information.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Etienne Damome, « Éditorial », Communication, technologies et développement [En ligne], 21 | 2026, mis en ligne le 01 août 2026, consulté le 09 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/ctd/18022 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16o8z

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Auteur

Etienne Damome

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CC-BY-NC-ND-4.0

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