David Amigoni (ed.), Life Writing and Victorian Culture
David Amigoni (ed.), Life Writing and Victorian Culture. The Nineteenth Century Series. Aldershot : Ashgate, 2006. 252 p. 0-7546-3531 7. £ 50.00. 5 illustrations.
Texte intégral
1Cet ouvrage s’inscrit dans la collection dirigée par Vincent Newey et Joanne Shattock de l’université de Leicester et dont le but est de mieux faire connaître le xixe siècle car il permet souvent de mieux comprendre la modernité. Ce recueil constitue en réalité les actes d’un colloque qui s’est tenu à Londres en juillet 2001 et dont le titre était : « Locating the Victorians ». L’excellente introduction signée de David Amigoni s’intitule : « Victorian Life Writing : Genres, Print, Constituencies ». L’ouvrage comporte dix essais centrés sur le « biographique » au sens large du terme. Amigoni commence par rappeler l’importance du biographique à l’époque victorienne et édouardienne ainsi qu’en témoignent les journaux intimes, les lettres, les portraits imaginaires, notices nécrologiques et autres documents biographiques ou autobiographiques. Quels sont les caractères de ces textes, qu’on les appelle « journaux intimes », « journaux littéraires », « journaux de voyage » ou « journaux de guerre » ? Pour ébaucher une réponse à cette question, il faut d’abord rencontrer la figure du diariste, objet du discours personnel mais aussi les notes quotidiennes qui font du journal une espèce d’histoire destinée à un lecteur que le texte présuppose. L’enjeu de cet ouvrage ne concerne pas seulement la reconfiguration du soi artistique qui renvoie à la biographie littéraire comme le chef-d’œuvre de James Boswell : The Life of Johnson (1791) mais à tous les éléments relevant du biographique au sens large comme le roman qui emprunte parfois à ce genre hybride ainsi que l’atteste, par exemple, le discours de Mr Deane (dans The Mill on the Floss de Eliot) à son neveu (Tom Tulliver) lorsque ce dernier vient le voir pour lui demander un emploi. En effet, la fiction de Eliot est souvent fondée sur les tensions entre sphère publique et privée. Tom va devenir, à son tour, un adepte de l’éthique que Samuel Smiles développe dans Self-Help tandis que sa sœur (Maggie) dévore un grand nombre d’ouvrages qui façonnent son moi. L’identité du sujet se construit donc en s’inscrivant dans (ou contre) tel ou tel type de discours. Martin A. Danahay consacre un chapitre fort intéressant aux cas particuliers de Thomas Carlyle, John Stuart Mill et d’Arthur Munby qui s’offrent comme une construction masochiste du sujet écrivant qui s’efforce de refouler les aspirations de son corps dans les marges de ses écrits, à savoir dans les journaux intimes et les lettres. Dans « Diary, Autobiography and the Practice of Life History », Martin Hewitt remarque, à juste titre, que bon nombre de femmes étaient considérées comme quantité négligeable à l’époque victorienne et que leurs journaux intimes sont venus combler un manque : pensons au journal de Beatrice Webb commencé en 1873 à l’âge de quinze ans et qu’elle parvint à tenir jusqu’à sa mort (en 1943). Dickens, pour sa part, tourne en ridicule cette pratique dans sa farce Mr Nightingale’s Diary (1851). Au chapitre 2, Alison Booth met l’accent sur les « Victorian Prosopographies », à savoir les portraits collectifs de « grands hommes », hommes d’action ou ceux qui ont marqué durablement leur époque, de l’ouvrage de Hazlitt : The Spirit of the Age : Or, Contemporary Portraits (1825) à Leslie Stephen : Dictionary of National Biography (1885). Pour Booth, ce genre fait penser à l’écriture des masques : ces héros ont en commun certains traits de caractère, ce qui permet au biographe de dresser des parallèles éloquents. Ce chapitre nous replonge aussi dans le célèbre débat entre les partisans de la chronique scientifique (que défend le père de Virginia Woolf, Leslie Stephen) à ceux qui veulent réconcilier les faits bruts avec d’autres éléments romanesques ou poétiques (comme Stratchey qui publie Eminent Victorians en 1918 ou Virginia Woolf avec son essai de 1927 : « The New Biography »). Pour écrire ou s’écrire, il fallait (de toute évidence) savoir écrire et avoir du temps (et des moyens) pour le faire. Même si la France a tendance (depuis Barthes) à se méfier du biographique, ce type d’ouvrages n’est pas totalement dépourvu d’intérêt : on apprend beaucoup sur l’époque elle-même en parcourant ces diverses analyses, car ces textes de la marge, ces écritures de la vie, nous permettent de mieux appréhender le reste de l’œuvre de tel ou tel écrivain. Le texte de Barthes (« La Mort de l’auteur ») date de 1968 et les choses ne sont plus aussi tranchées : les chercheurs de l’anglistique française savent bien qu’ils doivent se pencher sur la « fonction-auteur » après avoir fait le deuil de la transparence de l’auteur ou de sa « vérité ».
Pour citer cet article
Référence électronique
Annie Escuret, « David Amigoni (ed.), Life Writing and Victorian Culture », Cahiers victoriens et édouardiens [En ligne], 65 Printemps | 2007, mis en ligne le 07 mars 2022, consulté le 14 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/cve/11374 ; DOI : https://doi.org/10.4000/cve.11374
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