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Lectures

Jacques FLEURENTIN. Guérisseurs et plantes médicinales du Yémen. Au pays de l’encens, de l’aloès et du café

Préface de Jean-Marie PELT, 2004, Paris, Karthala, 203 p., photos.
Jean Lambert

Full text

1Jacques Fleurentin, pharmacien et pharmacologue,  a commencé à bourlinguer au Yémen en 1976. Au cours d’une période de « coopération » à la Mission Médicale Française de Taez, où il assurait la gestion du laboratoire d’analyses médicales de l’hôpital de la République, son intérêt avait d’abord été attiré par le jabal Sabir, ce sommet régulièrement arrosé par la mousson et riche en plantes médicinales et en médecins traditionnels. Après plusieurs autres séjours, il en tira une thèse d’État en pharmacie en 19831 qui permit entre autres le brevetage industriel de deux plantes  utilisées traditionnellement au Yémen pour soigner le foie, le murâr, et les reins, le madîdou sarab. Il en tira aussi une dizaine d’articles spécialisés et faisant autorité.

2Dans son ouvrage Guérisseurs et plantes médicinales  du Yémen, J. Fleurentin livre au grand public certains des résultats de ses recherches. Il décrit les plantes les plus utilisées par les Yéménites, comme le café, le qat, le henné, le fenugrec et divers types d’encens. Il s’intéresse aux plantes succulentes, et en particulier à l’aloès, dont une quinzaine de variétés sont endémiques au Yémen.

3Aux côtés du botaniste qui collecte et identifie les plantes, et l’anthropologue de la maladie, qui tente de comprendre les déterminants culturels de la maladie comme des modes de soins, le pharmacologue ou l’« ethno-pharmacologue » se situe à un point crucial : il doit non seulement répertorier les remèdes traditionnels, mais aussi tester leur efficacité biologique pour vérifier ou infirmer en retour les intuitions de traditions millénaires, mais le plus souvent orales et implicites (42-48). Jacques Fleurentin a tissé un tel dialogue avec le botaniste John Wood (1997)2 et l’anthropologue Cynthia Mintti (1983)3. Sans prétention à faire oeuvre d’anthropologue, l’auteur s’intéresse aussi à la pratique de la médecine traditionnelle, nous proposant une typologie des « tradi-praticiens » :

4-les praticiens héritiers de la médecine arabe de la période classique, qui est exempte de toute connotation magico-religieuse ;

5- les herboristes ;

6- les guérisseurs spécialisés dans la cautérisation et les saignées ;

7- les rebouteux ;

8- les sages-femmes traditionnelles ;

9- les prescripteurs d’amulettes ;

10- les guérisseurs mystiques.

11Si c’est aux deux premières catégories qu’il s’intéresse, il n’en néglige pas pour autant les autres, particulièrement bien ancrées dans la culture yéménite.

12L’ouvrage de Jacques Fleurentin est aussi un livre de découverte, suivant en cela certains de ses illustres prédécesseurs comme Paul-Emile Botta, venu herboriser au Yémen en 1836, et Alexandre Deflers en 1887, qui en rapportèrent des récits de voyage très vivants. Aussi la description scientifique est-elle agrémentée de souvenirs de terrain pittoresques mettant en scène des hommes de tribu, des soldats et des savants yéménites, ainsi que des réminiscences personnelles de l’odeur du café (sans toujours éviter le travers de l’anecdote...).

13Le livre est enrichi d’une liste de plantes médicinales classées par leur nom scientifique, ainsi que d’un index. Y ajouter un index des termes arabes aurait certainement été très utile. Plus généralement, on peut reprocher à l’auteur de ne pas avoir assez soigné la translittération des mots arabes, qui est indispensable pour un domaine aussi spécialisé et où la plupart des termes sont dialectaux et rares

14Ces quelques critiques n’ôtent rien au grand mérite de Jacques Fleurentin de nous faciliter pour la première fois l’accès à ce domaine inconnu et merveilleux des simples yéménites qui mérite tant l’attention des chercheurs et du grand public, parce que ce patrimoine est aussi celui de toute l’Humanité, à qui il pourrait rendre d’immense services.

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Notes

1 FLEURENTIN (J.), 1983,  Répertoire des pharmacopées traditionnelles du Yémen et étude pharmacologique de deux espèces hépato-rénales : Crepis rueppellii et Anisotes trisulcus, thèse de doctorat d’État ès sciences pharmaceutiques, Université de Nancy.
2 Myntti (C.), 1983,  Medecine in its social context ; observations from rural North Yemen, thesis of anthropology, the London School of Economics, 346 p.
3 Wood (J.), 1997,  A handbook of the Yemen flora, Kew, Royal Botanic Garden.
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References

Electronic reference

Jean Lambert, “Jacques FLEURENTIN. Guérisseurs et plantes médicinales du Yémen. Au pays de l’encens, de l’aloès et du café ”, Chroniques Yéménites [Online], 12 | 2004, Online since 10 September 2007, connection on 10 October 2026. URL: http://journals.openedition.org/cy/194; DOI: https://doi.org/10.4000/cy.194

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