Skip to navigation – Site map

HomeScientific LifeBook Reviews2011Lacoste Y., Lorot P., 2010, La gé...

2011

Lacoste Y., Lorot P., 2010, La géopolitique et le géographe. Entretiens avec Pascal Lorot, Paris, Choiseul Éditions, 268 p.

Hadrien Commenges

Full text

1Géographie et géopolitique entretiennent des relations anciennes et conflictuelles. Friedrich Ratzel, fondateur de l’anthropogéographie (1882), est aussi le premier à utiliser le terme “géopolitique” (Geopolitik) dans un ouvrage intitulé Die Gesetze des raümlichen Wachstums der Staaten publié en 1896. “Les fondements de la croissance spatiale des États” : ce titre figure bien ce que sera la géopolitique allemande jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. Cette vision géopolitique, relayée et développée par Karl Haushofer (1869-1946), contribuera à donner une justification doctrinale à l’annexion des Sudètes et à l’Anschluss. Cette naissance de la géopolitique marquée par l’impérialisme prussien puis par le national-socialisme explique en partie son exclusion des programmes de géographie après-guerre, aussi bien en France qu’en Allemagne.

2La résurgence d’une approche géopolitique “à la française” est étroitement liée aux travaux d’Y. Lacoste et ces entretiens permettent de retracer quelques moments clefs de l’histoire personnelle et professionnelle de cet homme. Le contenu du livre est assez hétérogène, ce qui reflète son mode de production. Sont abordées successivement les origines de la géopolitique, les aventures d’Y. Lacoste au Maroc, en Algérie, en Haute-Volta, à Cuba et à l’université de Vincennes. Puis le livre donne un aperçu des réseaux sociaux et professionnels gravitant autour de la création de la revue Hérodote et de la consolidation de cette école de géopolitique française. Après un court chapitre sur le thème de la géoéconomie dans lequel P. Lorot, directeur de la revue Géoéconomie, prend principalement la parole, Lacoste aborde les thèmes de la nation et de l’immigration et conclut en abordant quelques grandes fractures géopolitiques.

3Cet ouvrage peut être utile pour un public assez large, car il présente quelques grands chantiers géopolitiques de façon simple et dans un langage accessible à tous. Pour un public plus spécialisé, les différents thèmes survolés dans ces entretiens ne constituent pas un apport en soi, puisqu’ils ont fait l’objet de travaux détaillés : Ibn Khaldoun. Naissance de l’histoire, passé du Tiers-Monde (1965), La géographie, ça sert d’abord à faire la guerre (1876), Unité et diversité du Tiers-Monde (1980), Vive la Nation. Destin d’une idée géopolitique (1998), etc. Mais ce livre ne leur apparaîtra pas moins intéressant. Son apport principal est double. Il s’agit d’abord du lien entre l’histoire personnelle et le parcours professionnel d’Y. Lacoste. En effet, à travers différents récits (son enfance au Maroc, ses débuts dans l’enseignement en Algérie, etc.), ces entretiens montrent que l’histoire personnelle et le parcours professionnel sont indissociables, ce qui revient à historiciser l’ensemble de connaissances et de méthodes produites par cette école géopolitique, et donc à éviter de le traiter comme un corpus encapsulé coupé de ses origines. Le second apport est de replacer la production des connaissances géopolitiques dans les réseaux sociaux et professionnels qui les ont fait naître. L’aventure de l’université de Vincennes, avec ses groupes marxistes et trotskistes, les relations avec Pierre George, Jean Dresch ou François Maspero, les liens professionnels et/ou amicaux permettent de mieux comprendre les conditions de production de ce savoir géopolitique français.

4On a pu reprocher à cette école d’être franco-française (dans son mode de production, pas dans son objet) et en particulier de ne pas tenir compte de la production scientifique anglo-saxonne. Y. Lacoste confesse ici que c’est un de ses complexes de très mal parler anglais, mais en ajoutant que les travaux des géographes anglo-saxons ne lui paraissaient pas justifier l’effort à réaliser pour perfectionner son anglais. Au-delà des écrits scientifiques et des colloques, lors de ses terrains non francophones, il a toujours eu le soutien de “traducteurs de grande classe”. Ce peu d’intérêt pour la maîtrise des langues, et donc le recours nécessaire au filtre de la traduction, est paradoxal pour un chercheur qui a introduit et systématisé l’analyse des représentations en géopolitique.

Top of page

References

Electronic reference

Hadrien Commenges, « Lacoste Y., Lorot P., 2010, La géopolitique et le géographe. Entretiens avec Pascal Lorot, Paris, Choiseul Éditions, 268 p. », Cybergeo: European Journal of Geography [Online], Book Reviews, Online since 10 January 2011, connection on 05 September 2026. URL : http://journals.openedition.org/cybergeo/23459 ; DOI : https://doi.org/10.4000/cybergeo.23459

Top of page

About the author

Hadrien Commenges

Doctorant
UMR Géographie-cités
hcommenges@parisgeo.cnrs.fr

By this author

Top of page

Copyright

CC-BY-4.0

The text only may be used under licence CC BY 4.0. All other elements (illustrations, imported files) may be subject to specific use terms.

Top of page
Search OpenEdition Search

You will be redirected to OpenEdition Search