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Restaurations écologiques, reconnexions et connectivités socio-spatiales dans le sud de l’Arizona : le cas de la Santa Cruz

Ecological Restoration, Reconnections, and Socio-Spatial Connectivity in Southern Arizona: The Case of the Santa Cruz River
Restauraciones ecológicas, reconexiones y conectividades socioespaciales en el sur de Arizona: el caso del río Santa Cruz
David Blanchon, Anne-Lise Boyer, François-Michel Le Tourneau, Louise Biville, Clément Alix, Grégoire Ramé, Manon Delègue et Coline Clergeau

Résumés

La rivière Santa Cruz, dans le bassin du Colorado, est la principale rivière intermittente du sud de l’Arizona. Unique source d’eau de surface de cette partie du désert de Sonora, elle a été intensivement exploitée (tout comme les eaux souterraines associées) d’abord pour l’irrigation, puis pour le développement urbain : la population de la région passant de 34 000 habitants en 1920 à plus d’un million en 2020, notamment autour de la ville de Tucson.
Comme beaucoup d’autres cours d’eau dans le monde, la Santa Cruz a été l’objet de mesures de restaurations écologiques depuis une trentaine d’années. À partir d’enquêtes de terrain menées dans le cadre du projet HYDECO du LABEX DRIIHM (Dispositif de Recherche Interdisciplinaire sur les Interactions Hommes-Milieux), cet article montre les spécificités de ces actions à partir de trois cas d’étude : la restauration « accidentelle » du haut bassin de la Santa Cruz (Upper Santa Cruz), le projet Sweetwater, une zone humide récréative alimentée par des eaux recyclées, et le projet Heritage, au centre-ville de Tucson qui s’inscrit dans un plan plus large de renouvellement urbain.
Dans ces trois cas, nous avons étudié non seulement les éléments concrets des actions de restauration, mais aussi et surtout la connectivité, c’est-à-dire la reconstruction, souvent problématique, des attachements entre les habitants et le cours d’eau.

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Texte intégral

1Chaque année l’association American Rivers publie son rapport : America’s Most Endangered Rivers1. En 2024, la rivière Santa Cruz, située près de la frontière mexicaine dans le sud de l’Arizona, y était classée quatrième, en raison notamment de la baisse de son débit et de la surexploitation des nappes phréatiques de son bassin, en lien avec des activités minières, agricoles et l’expansion urbaine (Euzen, Morehouse, 2014 ; Boyer, Le Lay, 2019 ; Néel et al., 2020). Les auteurs de ce rapport notent qu’elle était aussi devenue un symbole de résilience et de restauration écologique, notamment grâce à l’utilisation des eaux usées traitées de la ville de Tucson qui assurent un débit pérenne sur environ 55 km. Néanmoins, ils rappellent qu’elle est désormais confrontée à de nouvelles menaces : la pénurie en eau sur l’ensemble du bassin du Colorado et le changement climatique2. La Santa Cruz se trouve donc à la croisée des chemins, entre les lourds héritages extractifs des modes de développement de l’Ouest des États-Unis et une nouvelle façon de gérer l’eau non dénuée de contradictions. Celles-ci articulent des défis climatiques et écologiques croissants et un volontarisme politique visant à reconnecter non seulement les écosystèmes, mais aussi les habitants à un cours d’eau longtemps marginalisé.

2Si la conservation des ressources et la restauration des rivières constituent depuis longtemps des piliers de la gestion environnementale des ressources en eau, elles sont de plus en plus considérées également comme des stratégies d’adaptation au changement climatique. Elles permettent en effet de faire face à des événements extrêmes plus fréquents (sécheresses ou inondations) et au défi de maintenir des ressources en eau en bon état écologique en termes de quantité et de qualité (Liziard, Fernandez, 2022 ; Skidmore, Wheaton, 2022). Ces interventions reposent notamment sur le rétablissement les liens perdus dans le fonctionnement d’un hydrosystème (Germaine, Barraud, 2013 ; Drapier et al., 2018 ; Morandi et al., 2021). Elles supposent de remettre en œuvre les connexions hydrologiques, géomorphologiques et écologiques permettant le transfert d’eau, de matière, de solutés et d’organismes entre les différentes unités d’un hydrosystème, dans les dimensions longitudinale, transversale et verticale (Petts, Amoros, 1996 ; Kondolf et al., 2006 ; Thorel et al., 2022 ; Boyer et al., 2023). La dimension temporelle a été ajoutée à cette liste, pour prendre en compte l’évolution des cours d’eau au fil du temps (Amoros et al., 1987 ; Eschbach et al., 2018 ; Arnaud et al., 2021). En somme, selon M.-A. Germaine (2020, p. 723) : « la restauration écologique accompagne le rétablissement d’un écosystème qui a été dégradé, endommagé, voire détruit, de façon à ce qu’il retrouve ses caractéristiques avant perturbation et ses fonctions essentielles. »

3Mais la restauration écologique des cours d’eau n’est pas qu’une affaire technique. Elle implique de prendre en compte l’ensemble du cycle hydrosocial, au sens donné à ce concept par Linton et Budds (2014), c’est-à-dire non seulement les dimensions biophysiques, mais aussi les dimensions sociales et culturelles des rivières. Il ne s’agit pas seulement de restaurer un flux d’eau, mais de reconstruire les liens entre les habitants et ce flux (Flaminio et al., 2015 ; Germaine, Temple-Boyer, 2022).

4La mise en œuvre des processus de restauration dans toutes leurs dimensions demeure cependant complexe, et elle peut révéler des hiatus ou des contradictions. Pour le montrer, nous présentons dans cet article l’exemple du sud de l’Arizona, en nous focalisant sur trois sites de restauration écologique localisés dans le bassin versant de la Santa Cruz. Nous montrons trois temps dans le processus de restauration des rivières : la reconstitution des processus écologiques (volet écologique), la reconnexion (c’est-à-dire la mise en valeur des espaces restaurés par ses promoteurs, notamment les gestionnaires locaux de l’eau et le travail d’ONG environnementalistes) et la connectivité sociale (ce qu’en font les habitants, parfois à contresens de ce qui était attendu). Décomposer ces trois étapes permet de montrer les écarts et contradictions qui apparaissent, par exemple, dans la vision de ce qui est pertinent sur le plan environnemental, ce qui est mis en avant dans la communication autour des actions de restauration et ce qui est perçu par le public. Il s’agit ainsi d’analyser d’une part, comment des actions de restauration écologique se déploient dans le contexte particulier de l’ouest des États-Unis et d’autre part, comment les habitants de Tucson se les réapproprient.

5La Santa Cruz est représentative des cours d’eau de l’Ouest américain, par la rareté de l’eau dans un climat semi-aride, la présence d’écosystèmes diversifiés et d’espèces menacées, la gestion complexe de cours d’eau internationaux, et le changement climatique qui modifie les régimes de précipitations et les débits fluviaux (Seymour, 2020). Notre approche permet d’étudier dans un même mouvement les trois temps de la restauration écologique, à travers trois actions : la restauration « accidentelle » du haut bassin de la Santa Cruz (Upper Santa Cruz), le projet Sweetwater, une zone humide récréative alimentée par des eaux recyclées, et le projet Heritage, au centre-ville de Tucson qui s’inscrit dans un plan plus large de renouvellement urbain (cf. figure 1).

Figure 1 : La Santa Cruz et les opérations de restauration écologique – carte de localisation

Figure 1 : La Santa Cruz et les opérations de restauration écologique – carte de localisation

Mise à jour à partir de Néel et al., 2020

1. Reconstituer, reconnecter et rendre visible l’invisible : les trois temps de la restauration

1.1 Réparer les cours d’eau : reconstitution des débits et reconnexion des milieux

6Un point commun à l’ensemble des actions de restauration des hydrosystèmes est l’insistance portée sur la notion de continuum fluvial et de connectivité issus des travaux théoriques depuis les années 1980 (Vannote et al., 1980 ; Statzner, Higler, 1985 ; Stanford, Ward, 2001). Dans un premier temps, cela repose sur le rétablissement de débits minimum (Débits d’Objectif d’étiage, par exemple en France, minimum instream flow requirement aux États-Unis). Dans un deuxième temps, l’objectif est de rétablir les fonctionnalités de l’hydrosystème. Pour les cours d’eau, la notion « d’espace de liberté » ou de corridor érodable repose largement sur l’idée d’une connectivité retrouvée entre les différentes dimensions de l’hydrosystème (Piégay, 2016). Pour concevoir des actions de restauration pérennes dans les écosystèmes fluviaux, il est ainsi primordial de disposer d’une compréhension des connexions hydroécologiques (Palmer, Ruhi, 2019) et des techniques de restauration, comme la démolition ou la modification de barrages existants pour rétablir la connectivité fluviale, restaurer les processus écologiques naturels et améliorer l’habitat des espèces aquatiques (Germaine, Barraud, 2013 ; Drapier et al., 2018).

1.2 La connectivité sociale : rendre visible l’invisible

7Comme l’écrivent Germaine et Temple (2022, p. 214) : « Faire s’écouler la rivière à ciel ouvert ou remplacer les berges bétonnées par des pentes douces enherbées n’est pas automatiquement synonyme d’une reconnexion des habitants au fleuve. » À la reconstitution de flux doit donc s’ajouter une reconnexion sociale, qui vise à intégrer le cours d’eau restauré dans un espace urbain ou rural, avec une attention particulière portée à la valeur paysagère des sites concernés. Les mêmes auteures distinguent trois dimensions spatiales de la connectivité sociale qui s’inscrivent « latéralement (franchissement), longitudinalement (cheminement) et verticalement (accès à l’eau) selon les possibilités permises par les aménagements » (idem, p. 215). Cette reconnexion avec les habitants se fait à travers une multitude de dispositifs : pistes cyclables et cheminements piétons longeant la rivière, points d’accès aménagés au cours d’eau, parcs urbains, panneaux informatifs, etc. L’intégration de ces aménagements dans des trames vertes et bleues a aussi conduit Hermida et al. (2019) à proposer un Urban River Sustainability Index (URSI), qui repose sur quatre dimensions principales, que l’on retrouvera dans nos cas d’étude : (a) Spatial and visual accessibility, (b) Continuity of the green corridor, (c) Condition of public space, and (d) Condition of the first built line (ibid.).

8La restauration des cours d’eau implique donc, dans l’idéal, une troisième étape de connectivité sociale, c’est-à-dire l’établissement de liens effectifs, d’attachements entre les habitants et une rivière restaurée (Germaine, Temple, 2022). Ce dernier point est beaucoup plus difficile à estimer, car les rivières et les processus hydrologiques sont souvent invisibles, en tout ou partie, aux yeux des habitants. Par exemple, si les eaux de surface sont prises en compte, ou visibles, les eaux souterraines qui permettent le maintien du flux ne le sont pas. Suivant les analyses de Mubi Brighenti (2007 ; 2010), on peut aussi distinguer dans le champ de l’invisible ce qui n’est pas connu de ce qui n’est pas activement considéré (ou invisibilisé), en opposant par exemple les pollutions connues aux pollutions encore inconnues ou non documentées. Dans cette perspective, la question de rendre visibles les phénomènes imperceptibles aux yeux des sociétés concernées est capitale (Comby et al., 2014 ; Gould, 1993). C’est à ce niveau que se joue le passage difficile de la connexion à la connectivité.

9La difficulté est que cela ne repose qu’en partie sur des éléments matériels. Par exemple, la seule fréquentation d’un parc autour d’une rivière restaurée ne peut pas suffire à l’évaluer. De fait, de nombreux visiteurs peuvent ne pas voir la rivière, même si des panneaux explicatifs sont présents (Linton et al., 2018).

10Nous proposons ici de définir comme dispositifs de connexion spatiale les aménagements réalisés pour faciliter les connexions hydrologiques, sédimentaires et biologiques dans toutes les dimensions de l’hydrosystème ainsi que les voies d’accès au cours d’eau pour les populations. La connectivité sociale désigne les pratiques de populations, qui correspondent ou non à ce qui est rendu visible par l’aménagement. Les dispositifs d’accès peuvent être ainsi inutilisés, et à l’inverse, les aménagements de berge détournés, par exemple au profit de formes d’occupation précaire ou informelles.

1.3 Le cas particulier des rivières intermittentes

11La rivière Santa Cruz est un cas particulier, puisqu’il s’agit d’un cours d’eau intermittent. La restauration de ces cours d’eau présente des défis spécifiques en raison de l’interruption temporaire naturelle de leur écoulement de surface sur de longues distances et de la variabilité extrême de leur débit, alternant longues périodes sèches et crues éclair (flash floods) catastrophiques susceptibles d’inonder de vastes lits majeurs aujourd’hui très souvent largement urbanisés (Boulton et al., 2017 ; Rodríguez-Lozano et al., 2020 ; Seymour, 2020). Les cours d’eau des zones arides et semi-arides ont été également plus affectés par le développement agricole et urbain que ceux des régions plus humides des États-Unis (Graf, 1988 ; Molle, 2012). Pour restaurer et maintenir le débit de ces rivières, les principales mesures mises en place sont celles de la réutilisation des eaux de pluie, la gestion des écoulements de surface et la création de réserves d’eau temporaires pour soutenir la vie de la faune et de la flore pendant les périodes de sécheresse. De plus, la stabilisation des berges est importante pour prévenir l’érosion pendant les périodes de forte précipitation et de flash floods. Enfin, les projets de restauration visent souvent à créer ou à améliorer les habitats aquatiques et terrestres le long des cours d’eau intermittents pour favoriser le déplacement des espèces le long de corridors verts traversant le désert (Bogan et al., 2019).

12Il existe toutefois un paradoxe au cœur de ces interventions : elles tendent à restaurer une continuité hydrologique dans des systèmes dont le fonctionnement écologique originel reposait précisément sur l’intermittence de l’écoulement. De plus, ces hydrosystèmes étaient également façonnés par les dynamiques extrêmes des flash floods, notamment dans la vallée de la Santa Cruz.

2. Le sud de l’Arizona, un laboratoire de la restauration écologique

13Le sud de l’État d’Arizona a connu une pression très importante sur ses cours d’eau depuis la fin du XIXe siècle. Glennon et Maddock (1994), comme Condon et Maxwell (2019) estiment ainsi que 90 % des rivières et de la végétation riparienne en Arizona ont été dégradées et détruites, soit directement par la construction de barrages (il existe 373 ouvrages majeurs dans l’État) et d’infrastructures dans le lit majeur (voies ferrées, autoroutes, lotissements), soit indirectement par le pompage massif des eaux souterraines, notamment pour le développement agricole et urbain après la seconde guerre mondiale.

2.1 Les cours d’eau du sud de l’Arizona : surpompage et « disparition »

14Prenant sa source dans les montagnes du sud de l’Arizona (figure 1), la Santa Cruz s’écoule d’abord vers le Sud vers le Mexique puis retourne aux États-Unis, où elle rejoint théoriquement la Gila river, affluent du Colorado – dans les faits la rivière se perd dans le désert du Sonora. Jusqu’à la colonisation de la région par les Anglo-américains, elle alternait des tronçons avec un écoulement de surface continu et des secteurs présentant uniquement de l’inféroflux. Le débit était toutefois suffisant pour permettre aux Amérindiens (notamment les Tohono-O’odham) et aux premiers colons espagnols de pratiquer l’agriculture irriguée sur des superficies limitées (Webb et al., 2014).

15Comme l’ensemble du désert du Sonora, son bassin versant, qui s’étend sur 22 000 km2, se caractérise par l’opposition entre des bassins sédimentaires au climat semi-aride, voire aride dans les parties les plus basses, et des montagnes plus arrosées, appelées « sky islands », car elles représentent des îlots forestiers au milieu d’une végétation semi-aride. Les cours d’eau, souvent enserrés dans une végétation dense de mesquite (Prosopis velutina) et de peupliers d’Amérique (dits Cottonwood, Populus fremontii et mexicana), servent de corridors entre ces « oasis » d’altitude en permettant à la faune de traverser des étendues désertiques parsemées de cactus, notamment les Saguaros (Carnegia giganteia) (Webb et al., 2014). En raison de l’aridité du climat, la plupart des petits affluents connaissent de longues périodes d’interruption de l’écoulement de surface, même si leur ripisylve témoigne souvent de l’existence continue d’inféroflux.

16Le développement massif de l’agriculture après la fin du XIXe siècle, puis la croissance urbaine exponentielle, à partir des années 1950 (la population de l’agglomération de Tucson est passée de 34 000 habitants en 1920 à près d’un million aujourd’hui), a conduit au surpompage des eaux souterraines, ce qui a entraîné une baisse massive du niveau des nappes et par conséquent, la disparition de l’écoulement de surface des principaux cours d’eau (Logan, 2006 ; Néel et al., 2020). Seuls coulent encore en surface les torrents qui descendent des « sky islands » après la fonte des neiges et les orages de la mousson d’été. Ils disparaissent cependant bien avant de rejoindre la Santa Cruz. Toutefois, les orages liés à la mousson d’été peuvent entraîner des épisodes de flash floods, ce qui les rend potentiellement dangereux pour les riverains. En octobre 1983, une crue record a porté le débit de la Santa Cruz à Tucson à environ 1 500 m3.s-1, et celui de son affluent Rillito à 800 m3.s-1, alors que les deux cours d’eau étaient normalement à sec dans ce secteur. Suite à cet épisode, des digues ont été construites tout le long de la Santa Cruz et de ses principaux affluents pour protéger de ce type de crues les infrastructures (notamment l’autoroute construite près de la rivière) ou les habitations comme le montrent les figures 2a et 2b.

Figure 2a et 2b : La Santa Cruz à Tucson

Figure 2a et 2b : La Santa Cruz à Tucson

Clichés : Anne-Lise Boyer et David Blanchon

17Dès lors, trois types de déconnexions s’opèrent au sein de l’hydrosystème : verticale entre les eaux de surface et les eaux souterraines à cause du surpompage ; latérale du fait des digues enserrant le lit mineur ; et longitudinale avec non seulement la construction de seuils, mais aussi l’interruption du débit sur de très longues distances, les cours d’eau ne jouant plus le rôle de connecteurs entre les « sky islands ».

2.2 Déconnexion légale, connexion physique avec le Colorado, recharge des nappes : une gestion complexe de l’eau en Arizona

  • 3 Définie en 1853 par la Cour Suprême de Californie, la doctrine de l’appropriation antérieure (prior (...)

18Une particularité majeure de la gestion de l’eau en Arizona réside dans la déconnexion légale existant entre eaux souterraines et eaux de surface. Au début du XXe siècle, le statut des eaux souterraines a en effet été assimilé à celui des gisements minéraux (Leshy, Belanger, 1988). De ce fait, les propriétaires fonciers obtenaient la propriété de ces eaux avec la terre et ils disposaient d’une liberté totale de prélèvement, à condition que l’eau soit utilisée pour une création de valeur (beneficial use). En 1953, un arrêt de la Cour Suprême de l’Arizona confirme que les eaux souterraines n’entrent pas dans la doctrine de prior appropriation3 qui régit les eaux de surface, quand bien même les pompages viennent affecter le débit de celles-ci. Ainsi, alors que dans cette zone aride le fonctionnement des eaux de surface et des eaux souterraines est naturellement étroitement lié, ces dernières ne faisaient l’objet d’aucune régulation jusqu’aux années 1980.

19Les effets de la gestion non durable des eaux se sont cependant fait sentir durant les années 1970, avec l’effondrement du niveau de la nappe phréatique et l’apparition de phénomènes de subsidence. L’idée d’une régulation des pompages fait alors son chemin. En 1980, l’État d’Arizona adopte ainsi le Groundwater Management Act, qui permet de les encadrer au sein des Active Management Areas (AMA) (Megdal, 2012). Délimitées en fonction des principaux aquifères et des bassins de peuplement, ces entités institutionnelles redessinent la gouvernance de l’eau à l’échelle de l’État. Deux concernent notre zone d’étude : la plus grande, la Tucson AMA et la plus petite, en amont à la frontière mexicaine, la Santa Cruz AMA.

  • 4 Deux types d’USF sont à distinguer selon la zone inondée. D’une part, les USF dites « construites » (...)

20Chaque AMA fixe ses objectifs de gestion et ses régulations en termes d’usage d’eau souterraine. Ces réglementations créent un paysage institutionnel complexe. À ces dispositifs se surimpose l’accès aux eaux du Colorado par l’intermédiaire d’un grand canal, le Central Arizona Project (CAP), inauguré en 1992 (Colby, Jacobs, 2010 ; Poupeau et al., 2016). L’objectif du CAP était de fournir une source alternative d’approvisionnement en eau, permettant de réduire le pompage des eaux souterraines. Un des dispositifs les plus originaux dans ce cadre est la possibilité d’injecter une partie des eaux convoyées par le CAP dans les nappes souterraines sous l’autorité de l’Arizona Water Banking Authority (AWBA), afin d’anticiper les pénuries d’eau à l’échelle du bassin-versant du Colorado. Le stockage d’eau dans les nappes souterraines est associé à un système complexe de crédits (Benites-Gambirazio et al., 2016 ; Boyer, Bernat, 2020), et distingue la recharge indirecte, qui consiste à mobiliser les eaux de surface issues du CAP au lieu de l’eau souterraine, et la recharge directe. Cette recharge directe consiste à inonder une zone et à laisser l’eau s’infiltrer dans le sol, réalimentant ainsi les aquifères souterrains. Ce procédé s’effectue à l’aide d’une Underground Storage Facility (USF)4, qui permet de connecter l’eau du Colorado, qui coule pourtant à plus de 500 km de Tucson, avec les aquifères locaux.

21Depuis les années 1990, l’hydrosystème de la région de Tucson illustre donc une situation contrastée. D’un côté, bien que l’usage des eaux souterraines fasse l’objet d’une régulation depuis 1980, la déconnexion légale avec les eaux de surface reste en vigueur. D’un autre côté, la captation d’eau venue du Colorado a permis une moindre utilisation et une remontée par endroit des nappes phréatiques (Le Tourneau, Dubertret, 2019 ; Néel et al., 2020). Les eaux de surface qui demeurent sont pour leur plus grande partie issues des rejets des stations d’épuration.

3. Trois figures de la restauration hydrologique

  • 5 À la frontière des États d’Arizona (États-Unis) et de Sonora (Mexique) se trouve le doublon de Noga (...)

22Dans ce contexte s’inscrivent les trois actions de restauration écologique que nous étudions. La première est la plus ancienne : elle repose sur l’utilisation, dès 1971, des eaux usées des villes-jumelles de Nogales5 pour la restauration d’une partie du cours supérieur de la Santa Cruz. Ce projet s’appuie notamment sur la réutilisation d’eaux usées transfrontalières et constitue un cas exceptionnel, mêlant aspects géopolitiques et environnementaux. Les deux autres actions sont plus récentes et elles se situent dans le centre de la ville de Tucson. Elles s’appuient sur le bird watching (observation des oiseaux), pratique très populaire dans la région, pour le projet de zone humide Sweetwater, et pour la plus récente, sur une volonté de requalification urbaine et de « recouture » du tissu urbain en lien avec les communautés locales dans le cadre du projet Heritage.

23Le point commun de ces trois initiatives est le recours aux eaux usées traitées comme principal support de restauration. C’est le cas dès 1971 du projet Santa Cruz Managed Recharge Project, puis dès 1973 du projet Lower Santa Cruz Managed Recharge Project, grâce aux effluents issus des stations de traitement des eaux usées Tres Ríos (anciennement appelée Ina Road) et Agua Nueva (anciennement station de traitement de Roger Road). Plus récemment en 2019, le Heritage project utilise les mêmes sources pour injecter de l’eau plus en amont. Dans les trois cas, le lit de la rivière est considéré comme une USF naturelle, mais gérée, où le lâcher en surface d’effluents traités, permet de restaurer les débits dans certains tronçons du cours d’eau ainsi que de restaurer les écosystèmes aquatiques, ripicoles et terrestres associés (cf. figure 3).

Figure 3 : Les acteurs de la restauration écologique dans les Actives Management Areas de Tucson et Santa Cruz

Figure 3 : Les acteurs de la restauration écologique dans les Actives Management Areas de Tucson et Santa Cruz

Données : M. Délègue, A.-L. Boyer ; réalisation : E. Lavie

  • 6 Les comptages ont eu lieu au printemps 2022. Plusieurs visites de terrains ont été effectuées par l (...)

24Les caractéristiques des cours d’eau et des actions de restauration en font un laboratoire privilégié pour étudier les processus de restauration écologique dans toutes leurs dimensions. Les recherches présentées ici ont été menées dans le cadre spécifique du projet HYDECO, lancé avec le soutien du Labex DRIIHM en 2021 et destiné à étudier de manière comparative les socio-hydrosystèmes de six Observatoires Hommes Milieux (OHM) pour montrer comment tous ont subi une série de déconnexions et de reconnexions physiques, sociales ou économiques. Elles ont été menées par une équipe de chercheurs français (rattachés à diverses institutions) et américains (Université d’Arizona), et par des étudiants du master GEDELO de l’université Nanterre qui ont travaillé de 2021 à 2024 sur le bassin de la Santa Cruz. Les résultats présentés se fondent sur une trentaine d’entretiens semi-directifs avec les principales parties prenantes des actions de restauration écologique, sur des rapports d’observation participante sur les berges des cours d’eau ou auprès des associations impliquées dans les projets, et de visites de terrain. À ce matériau s’ajoutent des comptages et des analyses de la fréquentation sur certains sites (notamment le Heritage Project et le Sweetwater Wetlands6).

3.1 Au sud, une reconnexion « accidentelle » : Nogales International Wastewater Treatment Plant

  • 7 Comme beaucoup d’autres villes de la frontière Mexique/États-Unis, la ville de Nogales est divisée (...)

25Une particularité de la ville-jumelle de Nogales7 est que les eaux usées venues du Mexique (Nogales-Sonora) sont acheminées par un pipeline dédié (International Outfall Interceptor – IOI) et traitées côté américain (Nogales-Arizona) par la Nogales International Wastewater Treatment Plant (NIWTP). Cette station d’épuration a été construite en 1971 à la confluence de la Santa Cruz et du Nogales Wash, à près de 13 km de la frontière, dans le cadre d’un projet binational encadré par l’International Boundary and Water Commission. Les eaux traitées sont ensuite rejetées dans la Santa Cruz.

26Cette situation crée une restauration que l’on peut qualifier d’accidentelle du fait du statut juridique de ces eaux. Appartenant légalement au Mexique, elles ne peuvent pas faire l’objet d’une valorisation économique (beneficial use) côté américain, ce qui rend possible leur retour dans l’hydrosystème. Toutefois, une fois infiltrées dans le lit de la rivière, elles rejoignent les nappes phréatiques et tombent alors sous le coup des règles de l’AMA Santa Cruz, qui permettent leur pompage. Le passage par le lit de la rivière et la restauration d’un écoulement pérenne n’était donc pas un objectif premier, et il n’est qu’une étape d’un processus qui, in fine, favorise l’agriculture irriguée.

27L’initiative de restauration de Nogales consiste donc en une reconstitution non prévue du débit de surface, avec de l’eau au statut juridique ambigu et à la qualité non conforme aux standards de l’État d’Arizona. Pour autant, elle a permis de recréer et de maintenir une ripisylve importante, avec sur certains tronçons une mise en valeur touristique. Ainsi un sentier de randonnée très populaire, le Juan Baptista de Anza trail, suit la Santa Cruz de Tubac à Tumacacori, jalonné de panneaux qui rappellent que l’eau pourtant claire n’est pas potable, même pour les animaux domestiques.

28Sur le plan géopolitique, ce système transfrontalier américano-mexicain de traitement des eaux accroît l’interdépendance des deux villes et contribue autant à leur coopération qu’à l’émergence de conflits. Un certain nombre de difficultés ont en effet été identifiées autour du NIWT : la surcharge de la station (à laquelle le Mexique envoie 126 % du volume convenu), la pollution venant des maquiladoras, avec un surcoût notable ou encore la détérioration progressive du pipeline qui a subi plusieurs fuites importantes. Plus récemment l’ouverture en 2012 de l’usine de traitement des eaux de Los Alisos a permis au Mexique de limiter la quantité d’eaux grises excédentaire qu’il devait jusqu’ici envoyer aux États-Unis. Si la raison principale de cette construction était le prix prohibitif facturé par la NIWTP pour le traitement des eaux, elle pourrait entraîner une réduction des eaux traitées aux États-Unis et, de ce fait, des conséquences sur la ripisylve en aval. La centrale de Los Alisos étant située sur un autre bassin versant, elle est présentée par les Américains comme détournant les eaux de la Santa Cruz. La reconnexion environnementale de la Santa Cruz est donc dans ce cas un problème géopolitique qui dépasse d’ailleurs largement le cas de Nogales, puisque l’International Boundary and Water Commission traite de tous les cours d’eau transfrontaliers, du Colorado au Rio Grande, et que la Santa Cruz n’est qu’une pièce dans les négociations entre les États-Unis et le Mexique (Ingram et al., 1994 ; Prichard, Scott, 2014).

3.2 Sweetwater, une oasis artificielle créée grâce aux eaux usées

29L’usage des eaux usées a été développé à Tucson dès les années 1970. La Ville (à travers son service des eaux, Tucson Water) recycle son eau depuis 1975 et depuis le milieu des années 1980, elle fournit cette eau retraitée à plusieurs usagers (golfs, parcs, écoles, particuliers pour l’arrosage des jardins). Ces eaux sont aussi réinjectées dans la nappe via des lâchers d’eaux de surface dans des bassins d’infiltration dédiés et dans le lit de la Santa Cruz.

30Dans ce contexte, le site de Sweetwater est une « USF construite » qui occupe une place centrale dans la politique de gestion durable des nappes souterraines par la Ville de Tucson. Avec onze bassins de recharge, il dispose de la plus grande capacité parmi les sites utilisant les effluents traités pour le réapprovisionnement des nappes. Les effluents traités y circulent dans la zone humide reconstituée du site puis, lorsque l’eau a atteint les bassins de recharge, ils sont filtrés à travers les sédiments du sol et réapprovisionnent ainsi les nappes souterraines. Une fois dans l’aquifère, l’eau est stockée puis pompée lorsque nécessaire par le biais de sept puits présents sur le site (Walton, 2002).

31Le site de Sweetwater permet de reconnecter plusieurs dimensions de l’hydrosystème local. La première est verticale, puisqu’il rétablit le lien entre eaux superficielles et souterraines. Grâce à ces opérations de réapprovisionnement, le niveau de ces nappes augmente depuis l’an 2000 dans certaines zones de la région de Tucson. De plus, le rechargement des nappes souterraines de subsurface soutient l’écosystème humide du parc de Sweetwater et, corollairement, la diversité des espèces d’oiseaux, puisque l’eau met du temps à s’infiltrer, créant un environnement d’étangs (Kingsley, 2020). Cette réactivation de la dimension verticale met donc en valeur une série de connexions invisibles entre eaux de surface et eaux souterraines (figure 4).

Figure 4 : Panneau explicatif des bassins d’infiltration à Sweetwater

Figure 4 : Panneau explicatif des bassins d’infiltration à Sweetwater

Cliché : Anne-Lise Boyer

32La seconde dimension est longitudinale, car les effluents de la station sur cette section permettent un écoulement de surface de 37 km, bien au-delà des limites administratives de la municipalité. Cela crée un corridor fluvial qui modifie de manière importante le paysage, rappelant celui précédant l’avènement de l’agriculture irriguée.

33Enfin, de façon plus limitée, le parc assure également une reconnexion environnementale latérale avec le lit de la rivière Santa Cruz à travers le retour et le maintien d’une ripisylve permettant de soutenir de riches écosystèmes associés à l’hydrosystème de la rivière Santa Cruz. Ils forment une zone certes limitée, mais où la rivière n’est pas contrainte dans un corridor de béton et où se déroulent les activités de birdwatching (figure 5).

Figure 5 : Birdwatching dans « l’oasis » de Sweetwater

Figure 5 : Birdwatching dans « l’oasis » de Sweetwater

Cliché : Manon Delègue

3.3 The Heritage project ou la mise en récit d’une restauration écologique

34Concernant une partie délaissée du centre-ville de Tucson, le Heritage Project a été lancé en 2019. Reposant sur la réapparition d’un écoulement en surface, il répond à un triple objectif.

35Tout d’abord et comme le projet Sweetwater, il s’agit de recharger les nappes phréatiques. La zone du projet fait donc partie de la catégorie des « USF gérée ». Le deuxième objectif était de restaurer la ripisylve et d’offrir un habitat pour différentes espèces d’insectes, de poissons, d’oiseaux, etc., en reposant sur la reconnexion entre eaux infiltrées et eaux de surface (Bogan et al., 2020 ; Gerlak et al., 2021). Mais c’est le troisième objectif qui distingue le projet Heritage. En effet, la dimension de connectivité sociale est explicitement mentionnée par Tucson Water, porteur du projet. Le projet vise à réintroduire la rivière dans le paysage urbain pour qu’elle devienne un lieu de loisir et de détente, où les habitants peuvent prendre conscience des services écosystémiques qu’elle rend, notamment liés au bien-être en ville.

36Avec Heritage, comme le montre le nom du projet, la rivière est désormais pensée comme un support culturel voire patrimonial, valorisé en relation avec d’autres réalisations phares comme la piste cyclable du Loop, qui fait le tour des berges de la Santa Cruz, la proximité avec Mission Garden (un musée ouvert qui permet de découvrir les techniques d’agriculture des Hohokams) ou encore le Mercado District (le quartier du marché, quartier historique de Tucson, qui fait l’objet d’une revalorisation après une longue période de déshérence). La couverture médiatique lors du lancement du projet a aussi grandement aidé à diffuser l’information sur ce que représente le projet (Boyer, 2020 ; Néel et al., 2020).

37Les trois projets que nous venons de présenter sont représentatifs de trois modes de reconnexion : une reconstitution accidentelle et fragile des débits sur le plan juridique à Nogales, un projet essentiellement axé sur les aspects environnementaux à Sweetwater et un projet plus culturel à Heritage. L’application de notre grille de lecture sur les trois temps des projets de restauration permet de faire apparaître des points communs et des limites présentes dans chacun, résumés dans le tableau suivant.

Tableau no1 : Comparaison des trois types de restauration écologique le long de la Santa Cruz

Nom

Localisation

Acteurs principaux

Mise en service

Débit

Origine de l’eau

Mise en valeur

Dimension

« URSI »

Objectifs

Upper Santa Cruz

Entre Nogales au sud et Green-Valley au Nord.

IBWC,

City of Nogales (Sonora)

1972

Capacité totale : 65 000 m3/jour ;

Moyenne : 55 000 m3/j

Eaux usées traitées

Faible localement (site interdit)

Forte en aval dans la vallée (De Anza Trail, Tumacacori mission ou Tubac Creek)

(a) Connectivité spatiale et visuelle = faible localement, forte à l’échelle de la vallée (Tumacacori mission)

(b) Continuité du corridor vert = Très forte

(c) Condition de l’espace privé = Faible (initiative privée) (Las Lagunas de Anza) ou De Anza

(d) Condition du front de rivière = non applicable

Traitement des eaux usées d’Ambos Nogales en tentant de limiter le déversement d’eaux usées polluées par l’agglomération mexicaine en croissance dans le Nogales Wash et plus tard dans la Santa Cruz en aval.

Sweetwater

Tucson (nord-ouest, aval)

Tucson Water

1996

Déversement dans SCR : 19 000 m3/jour

Permis bassins de recharge : 1,6 million m3/an

Eaux usées traitées

Forte (« salle de classe en plein air » et birdwatching)

(a) Connectivité spatiale et visuelle = faible

(b) Continuité du corridor vert = forte

(c) Condition de l’espace privé = forte (pour SWP)

(d) Condition du front de rivière = faible/dégradée

Environnementaux (recharge nappes et zone humide)

Heritage

Tucson centre-ville

Tucson Water

2019

Eaux usées traitées

Faible passage uniquement

(a) Connectivité spatiale et visuelle = faible

(b) Continuité du corridor vert = forte

(c) Condition de l’espace privé = faible

(d) Condition du front de rivière = faible/dégradée

Environnementaux (recharge nappes et zone humide)

4. De la reconnexion à la connectivité sociale : ambitions et limites des projets de restauration

38Au-delà des aspects techniques des trois projets étudiés, nous avons cherché, à partir d’entretiens et de participations à des ateliers, réunions et événements associatifs ou municipaux, à analyser en quoi ils permettent d’éclairer les trois phases de la restauration écologique définies en introduction : la reconstitution des débits, la reconnexion et la connectivité sociale.

4.1 La reconstitution des débits : des processus fragiles

39Le premier point apparaît globalement comme une réussite. Entre 1971 et 2004, les volumes d’effluents traités déversés dans le lit de la rivière ont presque doublé, passant d’environ 35,7 millions de m3 en 1971 à environ 70 millions de m3 en 2004. Cette tendance justifie donc que depuis 1985, l’État d’Arizona classe la basse Santa Cruz, débutant à la station d’Agua Nueva, comme une « eau dominée par les effluents » (Effluent Dominated Water-EDW), puisque plus de 75 % de ses flux de surface sont issus des effluents traités. Sur 350 kilomètres de linéaire fluvial, plus de 50 ont été restaurés. Et de nombreuses espèces associées comme les libellules (dragon flies) ou des oiseaux ont été observés même dans le centre de Tucson (Bogan et al., 2020).

40Toutefois, la reconstitution des débits est dépendante du traitement des eaux usées, et non des précipitations dans le bassin versant. Or il y a eu une baisse des quantités d’effluents traités déversées dans le lit de la Lower Santa Cruz River (à partir de la station d’Agua Nueva). Plus précisément, d’après le comté de Pima (2013), il y a eu une augmentation entre 1989 et 2003 puis une baisse marquée des quantités entre 2003 et 2011. Cette tendance, qui se poursuit au moins jusqu’en 2017, justifie l’application du « Conservation Effluent Pool » (voté en 2000, mais appliqué seulement après 2021) pour garantir une quantité minimale d’effluents traités à déverser dans la rivière. Ainsi, paradoxalement, la réduction de la consommation d’eau des habitants de Tucson, encouragée par les pouvoirs publics, réduit la quantité disponible pour la restauration écologique de la Santa Cruz.

41À plus vaste échelle, les incertitudes relatives aux quantités d’eau fournies par le CAP pourraient également menacer les opérations de restauration écologique, car la pression sur les nappes phréatiques, aujourd’hui en cours de reconstitution, s’accentuerait.

42La reconstitution des débits de la Santa Cruz n’est donc pas tant écologique que politique et repose sur l’allocation d’une ressource rare (dans ce cas des effluents qui proviennent de fait de l’eau du Colorado déjà utilisée puis retraitée) pour récréer un écoulement fluvial.

4.2 Bad connection ? : une reconnexion limitée et porteuse de dangers

43La reconnexion entre les différentes dimensions de l’hydrosystème s’avère aussi problématique, et ce pour deux raisons principales. D’une part, parce qu’elle ne se fait que partiellement et elle est souvent interrompue, et d’autre part, parce qu’elle peut avoir des effets inattendus négatifs sur le plan environnemental.

44En effet, la reconnexion est pensée de façon longitudinale, la dimension latérale de la connexion de l’hydrosystème est quasiment absente : pour la protection contre les flash floods, les cours d’eau (Santa Cruz et affluents) sont bordés de digues, même en zone rurale. La dimension verticale est également absente ou problématique. Et l’aspect « temporel » est largement impensé : les débits reconstitués ne varient pas, alors que les hydrosystèmes semi-arides sont soumis naturellement à une très forte variabilité. De plus, ces reconnexions ne concernent que des segments très limités ou ponctuels du bassin versant de la Santa Cruz. On est loin d’avoir des corridors biologiques fonctionnels entre les « sky islands ». Une grande partie du linéaire de la Santa Cruz et surtout de ses affluents comme le Rillito est encore dans la catégorie des « espaces déchets » (Carré, Le Tourneau, 2016), avec des carrières ou des déchetteries dans le lit majeur. De même, dans le cas du projet Sweetwater, on note que cette reconnexion crée une sorte d’île. Bien que la zone soit un haut lieu du birdwatching, le parc est entouré par des infrastructures majeures qui nuisent aux fonctionnalités écologiques du parc, comme l’autoroute I10, très fréquentée, les carrières d’extraction de sable qui se situent quelques kilomètres plus au nord ou de nombreuses zones commerciales et industrielles qui longent le lit enserré de digues de la Santa Cruz et de son affluent le Rillito.

  • 8 Le risque principal de pollution des eaux est la décharge de la A Mountain situé 10 mètres sous la (...)
  • 9 Une quantité à peu près divisée par deux par rapport à la prévision initiale.

45Dans le cas du projet Heritage, la connexion est encore plus problématique, car la reconstitution du débit a remis en circulation des polluants. Il y a en effet d’anciens sites d’enfouissement des déchets à proximité du site, gérés par la Ville de Tucson jusque dans les années 19708. Ces décharges ne posaient pas de problèmes apparents, car la nappe phréatique ne les atteignait pas. Or l’apport d’eau pourrait permettre de « reconnecter » la décharge à l’inféroflux : la remontée de la nappe phréatique pose donc la question de sa contamination éventuelle, d’autant que la composition des déchets en question n’est pas connue Le palliatif trouvé à ce risque est un contrôle du flux d’eau dans la rivière, désormais limité à environ 4 500 litres par seconde9, de sorte que le niveau de l’aquifère n’atteigne pas le bas du site d’enfouissement des déchets. Une sonde a donc été mise en place pour surveiller l’inféroflux. Quoi qu’il en soit, ce problème bride l’efficacité du projet tant en termes de restauration écologique de surface que de recharge. Elle montre aussi que l’évaluation du caractère positif des initiatives de reconnexion doit prendre en compte le contexte géographique plus large et les effets potentiels de la circulation des eaux visibles et invisibles. Ce point est loin d’être anecdotique : il existe près de 17 décharges le long de la Santa Cruz, car celle-ci a longtemps servi d’espace-déchet pour la ville de Tucson. Cela limite drastiquement les possibilités d’extension de la restauration, tant que les sites n’auront pas été dépollués. Dans le cas de Heritage, plusieurs associations environnementales (Sonoran Institute, The Wilderness Society) tentent de mobiliser des financements pour transformer l’ancienne décharge en refuge écologique urbain (Urban Wildlife Refuge). Toutefois, l’acquisition du site et sa dépollution, condition préalable à une restauration à plus grande échelle, nécessitent des investissements estimés à au moins dix millions de dollars.

4.3 Qui se connecte ?

46Une des questions actuelles de la restauration écologique concerne le passage de la connexion spatiale (reconstitution des débits, accessibilité à la rivière) à la connectivité sociale, que l’on peut définir comme la construction d’attachements au cours d’eau et à la ripisylve. Mais qui faut-il connecter, et qui doit s’en charger ?

47Sur le premier point, la question de l’égalité d’accès se pose dès la conception du projet, y compris pour la municipalité de Tucson et Tucson Water qui insiste sur l’implication des populations locales. Or nos observations sur les sites de Sweetwater et d’Heritage montrent des fréquentations socialement uniformes. À Sweetwater, par exemple, si l’observation de la faune est présentée comme un moyen de promouvoir la reconnexion sociale à l’hydrosystème, notre enquête (basée sur des observations de terrain et des caractéristiques perçues) met en évidence une surreprésentation d’ornithologues amateurs, souvent âgés (51 %) et majoritairement identifiés comme blancs (93 %) parmi les visiteurs. Cela correspond aux statistiques nationales de l’U.S. Fish and Wildlife Service qui montrent que 91 % des ornithologues sont blancs, 10 % hispaniques. À Heritage, espace ouvert, le travail d’observation a montré que la fréquentation du site était en grande partie le fait de personnes blanches, masculines et sportives. La grande majorité des usagers interrogés n’a par ailleurs montré que pas ou peu d’intérêt pour la rivière et le projet de restauration. Il s’agit d’une fréquentation de passage, liée notamment à la circulation sur la piste cyclable. Les activités organisées par Tucson Water, l’Université d’Arizona où des associations environnementalistes ne semblent pas pouvoir attirer un public différent de celui de Sweetwater. Sweetwater et Heritage sont par ailleurs des lieux d’excursion privilégiés pour les élèves et les étudiants, formant un véritable lieu éducatif pour sensibiliser ou approfondir les connaissances de ces publics aux enjeux de la gestion de l’eau et de la biodiversité locale. Dans cette perspective, les cours d’eau peuvent être qualifiés d’« aînés écosociaux » (Parkes, 2022), en raison des enseignements qu’ils sont susceptibles de transmettre lorsque les populations locales y sont effectivement connectées. Ces apprentissages fluviaux s’inscrivent ainsi dans une pluralité de relations, notamment récréatives et éducatives. Ainsi, si la question des populations latinx marginalisées fait l’objet d’une forte attention de la part des politiques municipales, un décalage apparaît entre ces objectifs d’inclusion et les formes effectives de connectivité sociale observées.

48En revanche, comme le montre la figure 6, sur les berges de la rivière, dans le lit à sec de la rivière et dans les zones humides spontanées (non aménagées pour des activités récréative ou paysagère), des populations en situation de précarité résidentielle sont installées. Ces espaces semblent être mobilisés pour des usages liés à la survie quotidienne, notamment l’accès à certains services (hygiène corporelle ou lavage du linge) ou des pratiques de rafraîchissement, comme le fait de se mouiller dans l’eau, dans un contexte urbain où les températures peuvent atteindre 45 °C lors de vagues de chaleur prolongées.

Figure 6 : La rivière comme espace refuge, offrant ombre et fraîcheur

Figure 6 : La rivière comme espace refuge, offrant ombre et fraîcheur

Cliché : Anne-Lise Boyer

49Au-delà de l’accès direct aux espaces restaurés et des barrières sociales susceptibles de limiter leur fréquentation par certaines populations, les opérations de reconquête des berges soulèvent également des enjeux de green gentrification et de justice environnementale (Martínez, 2022). En effet, l’aménagement des fronts d’eau urbains s’accompagne souvent d’une revalorisation foncière et symbolique, susceptible de produire des dynamiques d’éviction indirecte des populations les plus marginalisées, au profit de nouveaux habitants disposant de capitaux économiques et environnementaux plus élevés.

4.4 De nouveaux « connecteurs »

50On peut analyser les vecteurs de la reconnexion sociale aux hydrosystèmes utilisés par les promoteurs des actions de restauration écologique pour rendre visible l’invisible (par l’exemple l’inféroflux), mais aussi pour symboliser l’action et créer un lien social. Quatre de ces « connecteurs » ont été identifiés lors de cette étude.

51Les premiers sont les arbres, comme le cottonwood et le mesquite. Rares hors des corridors fluviaux, ils rendent visible la présence de l’eau en créant des corridors de verdure dans le désert. D’après les enquêtés, les arbres et les infrastructures vertes ont un rôle à jouer dans la prise de conscience des Tucsoniens par rapport à l’existence des eaux souterraines (Zuniga-Teran, Staddon, 2019).

52Les seconds sont les oiseaux, que nous avons déjà évoqués, notamment dans le cas de Sweetwater.

53Les insectes viennent en troisième lieu, comme le papillon monarque et les libellules. L’installation de bassins d’infiltration et le retour d’îlots ou de corridors de végétation riparienne servent de support aux trajectoires du premier. Pour les secondes, un festival annuel est organisé par différents acteurs publics, associatifs et académiques, tels que le Pima County Flood Control District, le service municipal Parks and Recreation, le Sonoran Institute et la School of Natural Resources and the Environment de l’Université de l’Arizona. Les insectes sont considérés comme un bon indicateur de la qualité de l’eau et du bon fonctionnement de l’écosystème recréé, notamment à Heritage : 51 espèces différentes ont été repérées sur la Santa Cruz d’après les comptages menés par le biologiste Michael Bogan sur le site (figure 7).

Figure 7 : Fresque du bâtiment de Tucson Water au centre-ville

Figure 7 : Fresque du bâtiment de Tucson Water au centre-ville

Cliché : Louise Biville, 2022

54Enfin, reste le cas problématique des espèces emblématiques comme le castor. Bien qu’il ait disparu des rivières du sud de l’Arizona au début du XXe siècle, les beaver believers, un ensemble d’acteurs (scientifiques, ONG, gestionnaires de l’eau et militants de la restauration), considèrent le castor comme une espèce ingénieure centrale dans la restauration des hydrosystèmes dégradés. Pour ces acteurs, sa présence est associée à un fonctionnement hydrologique plus résilient, notamment via le ralentissement des écoulements, la rétention de l’eau et la recharge locale des nappes. Cette représentation entre toutefois en tension avec les objectifs de restauration de la végétation riparienne native, dans la mesure où les castors modifient fortement les milieux en abattant les arbres et en restructurant les corridors riverains. L’enjeu réside donc dans la recherche d’un compromis entre, d’une part, les bénéfices hydrologiques et écologiques attendus de leur réintroduction et, d’autre part, les effets de transformation des paysages et des formations végétales qu’elle implique.

55Dans le cas de Tucson, la connectivité sociale passe largement par ces espèces emblématiques. Le castor est d’ailleurs devenu la mascotte de la restauration prônée par le Water Management Group. Cette activité se déroule à la Ciénega Creek sur des terres publiques. Le but précis de cette activité participative est de ralentir l’eau. Pour ce faire, les participants utilisent des rondins de bois prédécoupés qui proviennent des grandes forêts de conifères du nord de l’Arizona pour construire des barrages à la manière des castors. Diffuser et ainsi ralentir l’eau permet de limiter l’érosion et les conséquences des crues éclairs dans cette partie de la rivière particulièrement soumise à l’érosion notamment à cause du changement climatique.

Conclusion : au-delà de la restauration, vers la « sponge city » ?

56Les trois exemples du sud de l’Arizona montrent que les trois temps de la restauration écologique – reconstitution des débits, reconnexion et connectivité sociale – sont difficiles à articuler. Ils demandent une fine pratique de l’ingénierie écologique et sociale, mais aussi une volonté politique forte face pour éviter les effets contre-productifs des dispositifs de mise en connexion ou les « bad connection ». Dans le cas des rivières semi-arides, la question de la singularité de leur fonctionnement hydrologique par rapport aux exemples classiques de restauration écologique des rivières tempérées reste encore peu étudiée.

57Mais plus encore, se pose la question des espaces limités impliqués par ces actions de restauration, qui ne concernent, comme nous l’avons vu, que le linéaire fluvial. Ainsi, une organisation environnementaliste locale comme le Watershed Management Group invite à élargir le cadre restauration et à reconsidérer la ville comme un bassin versant (Boyer, Le Lay, 2019), où, quand il pleut, les rues seraient des cours d’eau et les trottoirs leur plaine d’inondation. L’objectif général est de pousser les habitants à « imiter le cycle de l’eau » en construisant des bassins d’infiltration pour contribuer à l’augmentation du niveau des nappes phréatiques, ce qui permettrait in fine le retour des écoulements de surface éphémères, voire pérennes, dans les cours d’eau qui drainent la ville de Tucson. Il s’agirait alors non seulement de restaurer des cours d’eau, mais de repenser à terme l’ensemble du bassin versant, afin de faire de la ville de Tucson une ville-éponge résiliente (Zuniga-Teran et al., 2022).

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Notes

1 https://mostendangeredrivers.org/.

2 https://www.americanrivers.org/media-item/santa-cruz-river-named-one-of-americas-most-endangered-rivers-of-2024/.

3 Définie en 1853 par la Cour Suprême de Californie, la doctrine de l’appropriation antérieure (prior appropriation) détermine une règle simple : ceux qui revendiquent pour la première fois l’accès à l’eau peuvent en faire ce qu’ils veulent. « Premier arrivé, premier servi » est ainsi la ligne directrice de la gestion de l’eau dans l’ouest des États-Unis, si bien que les individus se trouvent en droit de s’approprier l’eau dans le but d’en faire un usage économique et productif.

4 Deux types d’USF sont à distinguer selon la zone inondée. D’une part, les USF dites « construites » mobilisent « des bassins d’infiltration dans lesquels l’eau est étalée sur une grande surface et s’infiltre dans le matériau alluvial pour finalement atteindre l’aquifère ». Elles sont généralement situées à proximité des cours d’eau où les taux d’infiltration sont élevés en raison de la nature poreuse des sols. D’autre part, les USF dites « gérées » (MAR – managed aquifer recharge) s’appuient sur les propriétés naturelles du lit des cours d’eau, où l’eau peut percoler dans l’aquifère sans l’aide d’un dispositif construit ou aménagé.

5 À la frontière des États d’Arizona (États-Unis) et de Sonora (Mexique) se trouve le doublon de Nogales, avec 20 000 habitants côté américain et environ 250 000 côté mexicain. Les deux parties ensemble sont souvent désignées comme ambos Nogales (les deux Nogales).

6 Les comptages ont eu lieu au printemps 2022. Plusieurs visites de terrains ont été effectuées par les auteurs entre 2019 et 2024.

7 Comme beaucoup d’autres villes de la frontière Mexique/États-Unis, la ville de Nogales est divisée en deux parts inégales par la frontière. Au Mexique, Heroica Nogales, dans l’État mexicain du Sonora, peuplée d’environ 200 000 habitants, au nord, Nogales en Arizona, avec environ 25 000 habitants.

8 Le risque principal de pollution des eaux est la décharge de la A Mountain situé 10 mètres sous la surface ainsi qu’une seconde décharge à 14 mètres de profondeur.

9 Une quantité à peu près divisée par deux par rapport à la prévision initiale.

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Table des illustrations

Titre Figure 1 : La Santa Cruz et les opérations de restauration écologique – carte de localisation
Crédits Mise à jour à partir de Néel et al., 2020
URL http://journals.openedition.org/cybergeo/docannexe/image/43205/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 464k
Titre Figure 2a et 2b : La Santa Cruz à Tucson
URL http://journals.openedition.org/cybergeo/docannexe/image/43205/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 716k
Crédits Clichés : Anne-Lise Boyer et David Blanchon
URL http://journals.openedition.org/cybergeo/docannexe/image/43205/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 868k
Titre Figure 3 : Les acteurs de la restauration écologique dans les Actives Management Areas de Tucson et Santa Cruz
Crédits Données : M. Délègue, A.-L. Boyer ; réalisation : E. Lavie
URL http://journals.openedition.org/cybergeo/docannexe/image/43205/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 312k
Titre Figure 4 : Panneau explicatif des bassins d’infiltration à Sweetwater
Crédits Cliché : Anne-Lise Boyer
URL http://journals.openedition.org/cybergeo/docannexe/image/43205/img-5.jpg
Fichier image/jpeg, 1,1M
Titre Figure 5 : Birdwatching dans « l’oasis » de Sweetwater
Crédits Cliché : Manon Delègue
URL http://journals.openedition.org/cybergeo/docannexe/image/43205/img-6.jpg
Fichier image/jpeg, 576k
Titre Figure 6 : La rivière comme espace refuge, offrant ombre et fraîcheur
Crédits Cliché : Anne-Lise Boyer
URL http://journals.openedition.org/cybergeo/docannexe/image/43205/img-7.jpg
Fichier image/jpeg, 612k
Titre Figure 7 : Fresque du bâtiment de Tucson Water au centre-ville
Crédits Cliché : Louise Biville, 2022
URL http://journals.openedition.org/cybergeo/docannexe/image/43205/img-8.jpg
Fichier image/jpeg, 534k
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Pour citer cet article

Référence électronique

David Blanchon, Anne-Lise Boyer, François-Michel Le Tourneau, Louise Biville, Clément Alix, Grégoire Ramé, Manon Delègue et Coline Clergeau, « Restaurations écologiques, reconnexions et connectivités socio-spatiales dans le sud de l’Arizona : le cas de la Santa Cruz », Cybergeo: European Journal of Geography [En ligne], Environnement, Nature, Paysage, document 1110, mis en ligne le 27 juillet 2026, consulté le 18 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/cybergeo/43205 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16mhz

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Auteurs

David Blanchon

Professeur à l’Université Paris Nanterre, UMR 7218 – LAVUE, International Research Lab iGlobes, France
dblanchon@parisnanterre.fr

Anne-Lise Boyer

Assistant Research Professor, School of Landscape Architecture and Planning, University of Arizona, United States
anneliseboy@gmail.com

Articles du même auteur

François-Michel Le Tourneau

Directeur de Recherche CNRS, IRL 2034 – Mundos em Transição/Mondes en transition (MeT), CNRS/Universidade de São Paulo, Brazil
fmltosny@gmail.com

Articles du même auteur

Louise Biville

Doctorante, Laboratoire d’Anthropologie Sociale (LAS) UMR 7130 et iGlobes, France
louisebivillepro@gmail.com

Clément Alix

Direction Départementale des Territoires du Val d’Oise (DDT 95), France
clementalix01@gmail.com

Grégoire Ramé

Doctorant, Centre de Recherches Internationales (CERI) UMR 7050, Sciences Po Paris, France
gregoire.rame@ens-lyon.fr

Manon Delègue

Chargée de mission « Eau dans la ville », Eau Publique par Est-Ensemble, France
mndelegue@gmail.com

Coline Clergeau

Consultante, Alumni du Master GAED/GEDELO Université Paris Nanterre, France
coline.clergeau@parisnanterre.fr

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