- 1 Plusieurs études ont été consacrées à cette période, je ne cite que Crainz 2003, Gorgolini 2013 et (...)
1Au cours des années 1950, la toute jeune République italienne (datant de 1946) non seulement se reconstruit après la guerre, mais se positionne également dans le nouvel ordre mondial. Dans cette décennie, l’Italie, un pays essentiellement rural, se transforme rapidement et devient un pays industrialisé de l’espace atlantique. Progressivement, l’industrie et le secteur tertiaire s’imposent en effet sur l’agriculture provoquant plusieurs mouvements : l’abandon des campagnes au profit des villes, une forte migration du sud vers le nord et une amélioration constante de la qualité de vie. Il ne faut pas oublier d’ailleurs que la télévision, qui commençait à entrer dans un nombre grandissant de familles, commence à diffuser la langue nationale. Celle-ci gagnera ainsi du terrain sur les dialectes1.
- 2 Voir en particulier Balboni 2009. Voir aussi Morandi 2014.
- 3 Jusqu’aux années 1960-1970, le système scolaire n’est pas encore strictement réglé, voir Gozzer 195 (...)
- 4 J’utilise la locution ‘français de spécialité’ de manière générale pour indiquer le vocabulaire des (...)
2En même temps, l’intérêt pour les langues étrangères est de plus en plus poussé, étant donné la nécessité de communiquer à l’étranger à des fins surtout commerciales. Cette évolution influence toute la société et, bien sûr, le système scolaire, sur lequel porteront des réformes très importantes, notamment au début des années 1960. Un parcours d’études secondaires plus démocratique facilitera en effet l’accès à l’université. En ce qui concerne l’enseignement du français, qui est à la fois la langue des échanges internationaux et une marque de distinction sociale, on peut constater sa présence dans tous les cours, après le cycle primaire de cinq ans2. Le français est enseigné dans le premier cycle du secondaire de trois ans (qui n’est pas encore obligatoire) et dans le deuxième cycle du secondaire (dans les instituts techniques, les écoles normales, dénommées instituts magistraux, les lycées et les écoles navales). Dans ce contexte encore très mouvant3, j’ai focalisé ma recherche sur la formation universitaire des professeurs et sur la langue qu’ils enseignent dans les écoles, en constatant l’importance accrue de la langue de spécialité4 dans plusieurs domaines. Par rapport à l’autarcie fasciste, appliquée aussi au niveau linguistique, la production éditoriale de l’après-guerre réagit en enrichissant ses catalogues avec de nouveaux livres et en délaissant la production antérieure fortement idéologique.
- 5 Sur l’étude des manuels, je me réfère à une tradition consolidée, comme Marazzi 2009 la décrit. Je (...)
3Une double réflexion mettra en évidence l’écart entre le français étudié au niveau universitaire par les professeurs de cette langue tant prisée par toute la société et l’émergence de l’enseignement d’un français de spécialité correspondant de plus en plus à l’évolution du pays dans un bon nombre de secteurs. D’une part, pour cerner de près la formation universitaire de l’époque pour l’obtention de la maîtrise en langue française, les archives des universités ainsi que d’autres documents reliés à ce monde fournissent plusieurs éléments. Je me limiterai toutefois, dans ce cas, à l’exemple des deux universités milanaises, où le français était enseigné dans des cursus complets. D’autre part, pour comprendre quelle était la langue enseignée dans les écoles, le catalogue informatisé des livres conservés dans les bibliothèques italiennes permet de reconstituer la liste des manuels utilisés dans les écoles des deux cycles du secondaire et dans des cours extrascolaires où le français était une matière d’étude5.
- 6 Je me suis occupée de ces deux universités dans Barsi 2018. Je reprends ici quelques éléments de mo (...)
4Dans un premier volet, ma réflexion sur la formation universitaire pour l’obtention de la maîtrise en langue française s’est concentrée sur les deux universités milanaises dans lesquelles, au cours des années 1950, on pouvait étudier les langues étrangères : d’un côté l’Università degli Studi di Milano, de l’autre l’Università Commerciale “Luigi Bocconi”, la plus connue des universités privées de la région6. Les sources qui se sont révélées disponibles ont été :
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les dossiers du personnel enseignant et les programmes d’examen conservés dans les Archives de l’Università degli Studi di Milano7 ;
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- 8 Università Commerciale “Luigi Bocconi” (1958-59).
les ‘vademecum’ pour les étudiants conservés dans les Archives de l’Università Commerciale “Luigi Bocconi”8 ;
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les catalogues des maisons d’édition publiant des textes universitaires (en particulier, le cas de La Goliardica et Viscontea) ;
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les publications des professeurs universitaires.
5Les noms des professeurs et des lecteurs qui enseignent à cette époque la langue française dans les deux universités méritent d’être nommés, en fonction aussi de leurs productions bibliographiques :
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Università degli Studi di Milano : Carlo Cordié et Henri Auréas,
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Università Commerciale “Luigi Bocconi” : Bruno Revel, Franco Izzi, Silvio Baridon et Enea Balmas.
6Ce sont les programmes des examens de Bruno Revel, en particulier, qui nous permettent d’avoir un aperçu des contenus linguistiques dans la progression des trois premières années de la ‘Laurea’ ou ‘Maîtrise’ (de la durée de quatre ans). Certains extraits sont ici rapportés.
7La première année prévoit :
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à l’écrit : une dictée de difficulté moyenne, surtout pour vérifier la grammaire générale.
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- 9 Dans la bibliographie un des livres du professeur titulaire et de son assistant est indiqué : Revel (...)
à l’oral : Toute la grammaire et surtout le système verbal. La traduction de certains exemples portant sur les règles principales et pour la conversation : la lecture et discussion d’un roman moderne9.
8La deuxième année prévoit :
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à l’écrit : une dictée portant sur un argument commercial.
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- 10 Dans la bibliographie, le même livre est indiqué et aussi un livre de Pasquale Aniel Jannini de 195 (...)
à l’oral : la connaissance de la terminologie commerciale, la traduction d’extraits de lettres et d’autres documents et la conversation sur l’histoire de la France (jusqu’à Henri IV)10.
9La troisième année prévoit :
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à l’écrit: une ‘dissertation’.
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- 11 Dans la bibliographie, le livre de Jannini est encore indiqué : voir la note ci-dessus.
à l’oral : toujours la terminologie commerciale et économique, la traduction et la conversation portant sur un argument économique, social et professionnel, et des questions sur l’histoire de la France (depuis Henri IV), enfin un commentaire et une discussion sur un volume d’histoire (politique, économique, culturelle) de la France11.
10Comme on peut aisément le remarquer, grammaire et traduction étaient au cœur de l’apprentissage de la langue. Quant au lexique, c’est la terminologie commerciale et économique qui est au programme de la deuxième année et de la troisième année sans que d’autres domaines professionnels soient indiqués.
11D’après les recommandations des auteurs des livres de référence pour l’étude de la langue, la connaissance de la grammaire était très approfondie, mais n’envisageait pas de renouvellement méthodologique. L’aspect contrastif avec l’italien était fortement souhaité. Dans l’ouvrage indiqué dans la bibliographie pour la préparation à l’examen, la Grammatica ragionata della lingua francese de 1956 de Bruno Revel et Franco Izzi (Revel - Izzi 1956), la morphosyntaxe est expliquée avec des aperçus historiques des phénomènes linguistiques, mais suivant de près l’exposition traditionnelle des différentes parties du discours. Les auteurs refusent clairement l’adoption de la méthode directe, en le déclarant dans l’introduction : « Il y a donc un moyen d’étudier le français avec une certaine intelligence sans se laisser persuader des avantages initiaux de la fameuse méthode directe. Une étude systématique […] donne structure et articulation à la langue » (Revel - Izzi 1956 : Introduction).
12On peut glaner quelques éléments supplémentaires dans d’autres ouvrages universitaires de la même période. Dans les Esercizi di traduzione datant toujours de 1955-56 de Silvio Baridon & Enea Balmas (Baridon & Balmas 1955-56), la pratique de la traduction est considérée encore une fois d’un point de vue grammatical. Au-delà de toute option méthodologique, la connaissance de la grammaire est dominante :
Le livre s’adapte aux besoins les plus variés, aux méthodes d’enseignement les plus diverses, à l’évolution de l’enseignement, parce qu’il vise à confirmer les connaissances grammaticales des apprenants sur le terrain de l’application pratique, base inéliminable d’une connaissance complète et parfaite de la langue (Baridon & Balmas 1955-56 : I, 5-6).
- 12 Cet auteur, très connu à l’époque, est cité dans Cordié 1955.
13Parmi les ouvrages consacrés aux aspects contrastifs, le livre d’Onello Onelli, Scogli del francese moderno de 1952 (Onelli 1952)12 est un autre exemple de la priorité accordée à la grammaire : « Après avoir assimilé la grammaire, familiarisez-vous avec la liste de fausses similitudes entre l’italien et le français. Celui qui n’a pas vu l’obstacle commet des fautes. Si vous aviez été prévenu, vous l’auriez évité… » (Onelli 1952 : Introduzione).
- 13 Le dictionnaire de Grimod est cité dans Cordié 1955.
14En ce qui concerne le lexique, qui était pourtant enseigné mais de manière non systématique à l’aide de liste de mots à mémoriser, ce sont les dictionnaires bilingues les ouvrages de références majeurs. Il est intéressant de constater que, parmi les plus utilisés, celui de Grimod13 signale clairement la nécessité de tenir compte des néologismes et des termes scientifiques :
Il s’agit d’un dictionnaire de la langue vivante, c’est-à-dire de la langue qui est parlée et écrite aujourd’hui. Des centaines de néologismes, même les plus récents, ont été inclus, en particulier les termes scientifiques qui font désormais partie du patrimoine linguistique ; seule la partie de la langue ancienne, nécessaire à l’intelligence des classiques, a été enregistrée (Grimod 1949 : Prefazione).
- 14 Toujours à propos du lexique, je signale, au niveau universitaire, un manuel de français pour les m (...)
15Je voudrais enfin signaler qu’en 1960 le ‘français fondamental’ arrive en Italie avec une publication d’Enea Balmas (Balmas 1960)14.
- 15 Pour une reconstitution détaillée de cette préparation, on peut voir Cordié 1964 pour les années 19 (...)
- 16 [https://opac.sbn.it/].
16Au vu de la préparation des candidats aux concours pour les postes de professeur de français dans les écoles15, le second volet de cette contribution vise à mettre en évidence quelle langue était enseignée dans les écoles dans le contexte national. Cette analyse se base sur l’ensemble des ouvrages adoptés dans les deux cycles du secondaire et dans des cours parascolaires d’après leur existence dans le Catalogue OPAC SBN16 (Catalogo collettivo delle biblioteche del Servizio Bibliotecario Nazionale. Online Public Access Catalogue). On compte presque 500 volumes publiés entre 1950 et 1959, suivant différentes typologies :
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grammaires ;
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manuels scolaires pour les collèges et les deux premières années des études précédant le lycée classique (« le gymnase ») et les lycées ;
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manuels pour les instituts techniques et les écoles professionnelles ;
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manuels de conversation ;
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manuels de conjugaison ;
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cahiers d’exercices ;
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livres de dictées;
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- 17 J’ai donné un aperçu détaillé de l’année 1952 dans Barsi 2023.
manuels pour des cours parascolaires17.
17L’histogramme (Table 1) montre le nombre de manuels publiés par an, dont la moyenne annuelle comporte une cinquantaine de volumes.
Table 1 : Nombre de manuels publiés par an entre 1950 et 1959.
18Dans tout ce corpus, on relève l’importance de la grammaire, de la traduction dans les deux sens et, à l’intérieur des volumes, la récurrence de certains exercices : à trous, de transformation, de reformulation, de compréhension, de mémorisation de listes de mots. On peut aisément constater que les professeurs avec une maîtrise en langue française étaient parfaitement préparés à utiliser ce matériel, mais c’est à cette époque que le français de spécialité fait son apparition de manière très variée et très vivante. En plus de la langue commerciale et économique, qui était, comme on l’a vu, prise en considération dans les programmes universitaires, plusieurs autres domaines deviennent essentiels.
19Or, sur le total relevé de 500 manuels scolaires et parascolaires, presque 80 comprennent un vocabulaire de spécialité correspondant à plusieurs réalités productives du pays, comme par exemple la mécanisation de l’agriculture, le monde de la construction, la sidérurgie, les transports routiers et maritimes, l’hôtellerie et les sports. Il s’agit donc, comme il a été annoncé, de montrer la persistance d’une formation très traditionnelle des professeurs et les nouveaux besoins de la communication internationale, correspondant à une Italie qui devient, entre autres, membre de la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA). Quelques exemples d’ouvrages publiés pour la première fois serviront pour constater combien les professeurs de français, auteurs dans la plupart des cas des nouveaux volumes, ont dû mettre à jour leurs connaissances.
20Le manuel de Vittorina Fischetto Mon Français industriel (Fischetto 1958) s’adresse aux élèves des écoles industrielles : il est consacré à la technologie du bois et des métaux et à la structure des moyens de transport. Dans la Préface, on retrouve l’état d’esprit de l’époque visant à relancer le pays dans une nouvelle sphère d’action et de prospérité :
- 18 C’est moi qui ai traduit le texte italien.
21Après avoir surmonté les difficultés grammaticales de la langue française, les élèves trouveront dans ce volume un apprentissage facile et intéressant de quelques notions techniques relatives au travail, à la technologie du bois et du métal, ainsi qu’à la structure technique de quelques-uns des principaux moyens de transport. [...] C’est avec grand plaisir que je dédie ce nouveau volume à mes élèves, en espérant que l’étude de ces notions les incitera à aimer davantage le travail et la vie (Fischetto 1958 : Préface)18.
22Le livre d’Amerigo Bertuccioli, La mer (Bertùccioli 1951), est une nouvelle édition dont la première avait paru en 1919 et la deuxième en 1937 toujours chez Treves. Lorsque le volume est nouvellement publié par Garzanti, les ajouts les plus importants concernent l’enrichissement de la terminologie et comportent des planches illustrant différents navires avec la nomenclature en français et en italien. La notoriété de l’auteur, qui a enseigné la langue française à l’Académie royale navale de Livourne et a été exempté du service en 1940 pour la raison non explicitée de ne pas être membre du parti national fasciste, mériterait une étude de toute sa production liée aux revirements historiques de la première moitié du XXe siècle19.
23Le manuel de Flora Cerenza, Le français à l’usage des écoles hôtelières, (Cerenza 1958), est utilisé à l’Institut professionnel hôtelier d’État à Naples. C’est une édition réalisée à Pompéi, donc une production connectée avec le territoire. Dans l’Avant-propos, l’autrice tient à élargir le vocabulaire de ses élèves dans le but de faciliter leur progression dans la hiérarchie professionnelle :
J’ai voulu faire un simple manuel pratique ayant pour but d’offrir à mes chers élèves une nomenclature complète du service du restaurant, du bar et de la cuisine.
Je n’ai pas voulu me borner à une limitation trop étroite du vocabulaire dit “pratique” pour ne pas compromettre l’enrichissement individuel et progressif de ceux qui désirent gravir [gravis corr.] les échelons de la hiérarchie professionnelle et pour ne pas condamner les élèves les mieux doués à ne jamais connaître plus de mots que leurs camarades dont la mémoire est moins exercée. […]
Je souhaite que les élèves, soucieux de suivre la marche du progrès professionnel, apprécieront l’utilité de ce modeste travail que j’offre à leurs méditations (Cerenza 1958 : 3).
24Le livre d’Elda Dolfin, Le français de l’agriculteur : Ad uso delle scuole di avviamento professionale a tipo agrario (Dolfin 1957), est consacré à l’agriculture. La note bibliographique ainsi que l’annotation finale de l’autrice sont particulièrement appréciables par la quantité et la qualité des ouvrages cités en tant que sources du manuel :
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Le Nouveau Larousse Agricole, Larousse, Paris. Date ?
-
Le Jardin Familial, Librairie de l’Académie d’Agriculture, Paris. Date ?
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Guide Gonthier, 1955, Wanze (HUY), Belgique.
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Tassinari : Manuale dell’Agronomo, 3a ed. a cura di Calzecchi - Onesti, Ramo Editoriale degli Agricoltori, Roma. Date ?
-
Bovolo : L’Agricoltore Istruito, 1933, Paravia, Torino.
-
Cavazza : Agricoltura, Industria e Zootecnica, 1929, S.E.I., Torino.
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Agostoni e Marini : Agricoltura Generale, Ed. Aristea, Milano. Date ?
- 20 C’est moi qui ai traduit le texte italien. La liste des livres rapportée reproduit fidèlement l’ori (...)
La revue Pour une Production Agricole Meilleure m’a été très utile, ainsi que les Chroniques Agricoles diffusées par Radio Luxembourg. Ce matériel m’a été aimablement offert par le Comptoir Belge de l’Azote à Bruxelles (Dolfin 1957 : V) 20.
25Le livre de Giacomo Giacomini Livre, rabot, enclume (Giacomini 1956) est un manuel à l’usage des écoles industrielles, illustrant le travail du bois et des métaux. Il contient tout un ensemble de textes en vue d’une carrière professionnelle ou de la poursuite des études au niveau des instituts techniques. Dans la Prefazione, l’auteur fournit avec d’autres précisions le nombre de vocables, une indication encore rare qui atteste l’intérêt pour ce critère destiné à devenir essentiel peu de temps après :
- 21 C’est moi qui ai traduit le texte italien.
Permettez-nous de donner quelques chiffres : les exercices de terminologie technique sont au nombre de 30 et comprennent plus de 800 mots ; les questionnaires sont au nombre de 86 et comprennent 900 questions ; les exemples de lettre sont au nombre de plus de 40 (Giacomini 1956 : Prefazione)21.
26Parmi les livres parascolaires qui appartiennent néanmoins à une production didactique, plusieurs volumes paraissent sur le marché. J’en signale brièvement quelques-uns à titre d’exemple.
27Une série de glossaires pour la restauration est très vendue : ce sont des livres de poche destinés à la consultation : Albergatore poliglotta 1946, Morgante - Palombi 1950 [?], Il traduttore 1954 [ ?], Manualetto 1956 [ ?].
28Dans l’Albergatore poliglotta, une annotation à la fin du livre promet des compléments d’information fournis gratuitement sur les termes manquants. Les notices seront envoyées à tous ceux qui le demanderont :
Chère lectrice, cher lecteur,
- 22 C’est moi qui ai traduit le texte italien.
les pages de ce livre ont été remplies dans toute la mesure du possible. Des éclaircissements et des traductions de noms ou d’expressions concernant la restauration, qui ne figurent pas dans ce livre, peuvent être obtenus gratuitement [par courrier] en nous envoyant le timbre pour la réponse. Charrier. (Albergatore poliglotta 1946 : 118)22.
- 23 Voir Rinauro 2005 sur cet aspect des années de la reconstruction et de l’émigration.
- 24 Il s’agit probablement de Contet 1951.
29Le livre de Camurri Grammaire française et dictionnaire à l’usage des travailleurs migrants dans le domaine du bâtiment en France (1958) est un exemple unique. L’histoire bien connue de l’émigration italienne de l’après-guerre et des années 1950 vers la France, la Belgique, la Suisse et d’autres pays constitue le contexte historique de cette publication23, qui se définit comme un ‘compagnon de voyage’. Comme l’indique la table des matières, on y trouve des éléments de grammaire, des mots et expressions relatifs à la menuiserie, un vocabulaire italien-français et un vocabulaire français-italien insérant la construction, ainsi que des éléments de conversation pour la vie de tous les jours. Les mots et expressions sont manifestement tirés d’un autre volume intitulé Traité de charpente en bois, dont l’auteur et l’éditeur ne sont pas indiqués24, mais qui témoigne de la recherche terminologique effectuée pour cette publication.
30Le Vademecum pour l’enseignement du ski en quatre langues : italien, français, allemand, anglais (Vademecum 1957) est, exactement comme le titre l’annonce, un volume très pratique en forme de cahier à l’usage des professeurs de ski alpin. Le glossaire en quatre parties contient des mots, des expressions et des instructions, dont la prononciation est indiquée avec les lettres de l’alphabet.
31La Terminologia sportiva : italiano francese-francese italiano : metodicamente esposta con particolare riferimento alle olimpiadi estive del 1960 (1789 vocaboli ed espressioni) de Renato Malhamé (Malhamé 1960) est consacrée à la terminologie sportive et remonte à l’un des événements qui ont donné à l’Italie une dimension internationale, à savoir le choix, décrété en 1955 par le Comité international olympique, de la ville de Rome comme ville des Jeux de la 17e Olympiade (ils se déroulèrent du 25 août au 11 septembre 1960).
- 25 Je ne me réfère ni aux dictionnaires généraux, ni aux dictionnaires consacrés à la langue commercia (...)
- 26 Parmi ces publications, la revue Maglieria publiée entre 1919 et 1985 eut un très grand succès. Ell (...)
32En dehors des manuels scolaires et parascolaires, force est d’accorder brièvement une place aux dictionnaires exclusivement techniques, qui confirment l’attention retenue par la langue de spécialité25. Déjà paru en 1946, le Dizionario tecnico per le industrie della maglia italiano-francese, francese-italiano d’Attilio Tremelloni (Tremelloni 1945) est le premier exemplaire d’une vaste production successive de publications sur l’industrie textile26. Le Piccolo dizionario tecnico della lavorazione dei metalli e del legno : ad uso delle scuole professionali industriali : italiano-francese, francese-italiano (Ropa - Dubois 1958) présente, dans la préface signée par les auteurs, son utilité didactique et plus largement professionnelle. Le dictionnaire contient deux parties : la première consistant dans le dictionnaire proprement dit et la seconde dans des planches illustrées avec la nomenclature correspondante. Datant toujours de 1958 un autre ouvrage, ancré à son lieu de publication, fait son apparition : c’est le Petit dictionnaire du langage technique de Vincenzo Platy, paru à Palerme (Platy 1958). Enfin, le Dizionario tecnico francese-italiano, italiano-francese di Renzo Denti chez Hoepli (Denti 1959) marque la naissance du plus grand dictionnaire technique resté longtemps disponible sur le marché, avec des éditions de plus en plus étoffées. Le travail est stupéfiant pour le grand nombre de secteurs pris en compte et explicitement listés sur la couverture :
Acoustique, Aéronautique, Arts graphiques, Automobile, Chimie, Construction, Électricité, Électronique, Génie électrique, Chemins de fer, Physique, Fonderie, Géologie, Bois, Machines-outils, Mécanique, Métallurgie, Minéralogie, Exploitation minière, Optique, Radio, Télévision, etc.
33Le dictionnaire de Renzo Denti en particulier devient, à la fin de la décennie prise en considération, une sorte d’observatoire et une sorte d’archive historique attestant l’extension progressive du français dans le nouvel espace géopolitique des années 1950.
34Au début des travaux de l’Assemblée constituante, lors de la séance de l’après-midi du 13 mai 1947, Aldo Moro proposa, avec ses collègues Laconi du Parti communiste italien et Taviani et Dominedò de la Démocratie chrétienne, une intégration sur l’importance des professions qui rend compte de la contingence du moment :
- 27 C’est moi qui ai traduit le texte italien. Le texte intégral est reproduit et commenté dans Ghergo (...)
la République assume la tâche, non seulement d’éduquer au sens technique, mais aussi de former la mentalité et la technique pour le travail professionnel. Cela s’applique surtout aux jeunes, mais aussi aux personnes âgées. L’‘élévation professionnelle’, concept que nous ajoutons, est un ensemble de mesures visant à élever le niveau de la vie professionnelle, culturelle et technique des travailleurs italiens27.
- 28 Un approfondissement sur certains des manuels cités dans cette contribution est un cours de publica (...)
35Au-delà de la dignité propre à chaque individu ayant droit au travail, on entrevoit dans cette réflexion une retombée sur les différents domaines de spécialité et par conséquent sur la terminologie. La didactique des langues étrangères, dont premièrement celle de la langue française comme langue internationale par excellence, ne pouvait qu’en être fortement influencée. Ce sont les professeurs de français devant s’approprier une compétence terminologique encore peu théorisée qui jouèrent dans ce contexte un rôle essentiel. Dans plusieurs cas, ce sont effectivement eux-mêmes ou elles-mêmes les auteurs et les autrices des nouveaux livres utilisés dans les classes de langue. Une enquête sur ces personnalités encore obscures ajouterait bien d’éléments à l’histoire républicaine du pays28.