In memoriam Nadia Minerva

C’est avec une profonde tristesse que nous annonçons le décès de Nadia Minerva (1947-2025), professeure de français, de littérature française, de linguistique française, de didactique de la langue française. Son parcours professionnel l’a portée à travailler à l’Université de Bologna (Facoltà di Magistero et Facoltà di Lingue e Letterature Straniere, 1971-1998), à l’Université de Perugia, (Facoltà di Scienze Politiche, 1998-2002) ; de nouveau, à l’Université de Bologna (Facoltà di Scienze della Formazione, 2002-2006) ; et finalement à l’Institut DISFOR de l’Université de Catania depuis (2006-2014). Elle a été une collaboratrice active des revues suivantes : Revue italienne d'études françaises, Francofonia, Morus. Utopia e Rinascimento, Cahiers du CIRSIL, et Documents pour l’Histoire du Français Langue Étrangère et/ou Seconde-DHFLES. Enseignante empathique et attentive, dotée d'un talent pédagogique indéniable, elle a promu de nombreuses activités scientifiques et culturelles d'envergure internationale au service des sociétés savantes, où elle s'est distinguée par son engagement sans faille, telles que : la Société Internationale pour l'Histoire du Français Langue Étrangère et/ou Seconde – SIHFLES, dont elle a été l’une des fondatrices en Italie (avec Carla Pellandra et Anna Maria Mandich), et sa Présidente de 1994 à 1997, le Centro di ricerca interuniversitario-CIRSIL – qu’elle a dirigé jusqu’en 2006 –, le Centro di documentazione e di Ricerca per la Didattica della Lingua Francese nell'Università Italiana-DORIF, le Seminario di Filologia Francese, dont elle a été membre au sein du conseil d’administration de 2009 à 2012, la Società Universitaria per gli Studi di Lingua e Letteratura Francese - SUSLLF, il Gruppo di Studio sul Cinquecento Francese, la Société des Études Romantiques et Dix-neuviémistes, il Centro Interdipartimentale di Ricerca sull'Utopia, et l’Associazione Internazionale di Studio sull'Utopia e The Society for Utopian Studies. En littérature, elle a étudié la renaissance occitane aux XIXe et XXe siècles, l’ésotérisme, la démonologie et l’occultisme dans les littératures française et italienne, l’utopie littéraire française et les récits de voyage. En linguistique, parmi ses nombreux intérêts, elle a étudié la didactique des langues, l’histoire de l’enseignement du français, l’histoire de la langue, les évolutions grammaticales sous l’Ancien Régime, ainsi que la lexicographie et la lexicologie.
Nous présentons ci-dessous quelques témoignages destinés à lui rendre un dernier hommage :
Hommages à Nadia Minerva
C’est avec une profonde tristesse que j’ai appris la nouvelle de la disparition de Nadia, une figure essentielle de notre association. Je l’ai d’abord connue à travers ses écrits sur les utopies narratives françaises, bien avant de la rencontrer en personne. Ses travaux m’avaient déjà impressionnée mais lorsque nos chemins se sont croisés pour la première fois en 2011, au colloque de Gargnano qu’elle avait organisé, j’ai découvert une personne encore plus remarquable que l’universitaire que j’admirais. Lors de ce colloque, mon premier avec la SIHFLES, Nadia m’a accueillie avec une rare bienveillance et la disponibilité qui la caractérisaient profondément. Ses recherches consacrées à l’histoire du français en Italie, ont été pour moi une source de constante inspiration, ont accompagné mes propres réflexions et m’ont guidée dans mes premiers pas dans le domaine de l’histoire du français en Grèce.
Par ses nombreux travaux, l’organisation de colloques, la coordination de numéros de Documents, la rédaction de la Lettre de la SIHFLES, Nadia a contribué à écrire l’histoire et à façonner l’identité de notre association. Par son engagement et sa générosité, elle en a incarné l’esprit. Son départ laisse un vide immense mais aussi un exemple lumineux d’une femme de cœur et d’engagement. Je garderai le souvenir d’une présence chaleureuse, d’une collègue et d’une collaboratrice précieuse.
Despina Provata
Nous avons appris avec une indicible tristesse le décès de Nadia Minerva, grande figure de la SIHFLES depuis sa création et dont elle fut présidente de 1994 à 1997. Auteur d’innombrables publications, ouvrages, articles, comptes rendus, portant sur les multiples aspects de l’histoire de l’enseignement du français en Italie, et ailleurs, mais également et, parmi d’autres et nombreux centres d’intérêt, de travaux sur les littératures utopiques des XVIIe-XVIIIe siècles. Instigatrice et co-pilote, avec Carla Pellandra, de la vaste exploration, collecte et publication des répertoires analytiques des manuels d’enseignement du français en Italie des années 1625 à 1860 et 1861 à 1922. Organisatrice de plusieurs de nos colloques, notamment à l’université de Bologne et à celle de Raguse. Coordinatrice de plusieurs numéros de Documents, responsable de la Lettre d’information pendant de nombreuses années. Elle fut une inlassable et fidèle collaboratrice, une des personnalités les plus créatives et attachantes de notre Société.
Gisèle Kahn
La mort de Nadia Minerva m’a beaucoup affectée. Je l’ai rencontrée au début des années 1990, à une époque difficile marquée par de profonds changements, et elle m’a beaucoup aidée. Grâce à sa gentillesse, à sa compétence et à son engagement professionnel et personnel, la SIHFLES a pu s’engager sur la voie de la productivité et du succès. Ses publications sont extrêmement importantes et les colloques qu'elle organisait étaient des lieux d’échange et de création de liens collégiaux et amicaux. Je pense à elle avec une profonde gratitude.
Prof. Dr. Gerda Haßler
Les associations ont besoin de membres qui font en sorte que ça tourne et que ça continue. Dès l’origine et tout au long, Nadia a aussi tenu un tel rôle. Ses contributions scientifiques, touchant différents objets souvent croisés (les manuels de français pour étrangers, la longue vie du Télémaque, la place de la grammaire, les femmes dans l’histoire de l’enseignement…) sont bien reconnues, mais son apport aux activités de la Sihfles s’est aussi concrétisé, dans l’organisation de colloques, la coordination et la présentation de numéros de Documents, la responsabilité de la composition et de la publication de la Lettre de la Sihfles. Et ce, qu’il s’agisse de recherche ou d’intendance de la recherche et de la diffusion, toujours dans un esprit de travail en équipe. Avec Carla Pellandra, collègue et amie de toujours, mais aussi avec bien d’autres au fil des années.
Daniel Coste
Peu après avoir appris le décès de Nadia Minerva, j’ai envoyé à « toutes et tous » de la SIHFLES un bref message qui s’est perdu dans le labyrinthe de nos adresses électroniques : « Je pense à ses proches pour qui Nadia est irremplaçable […] une des fondatrices de la SIHFLES en Italie. » J’avais alors en tête le premier colloque italien de notre association, celui de Parme (14-16 juin 1990), dont les deux principales organisatrices ont été Anna Maria Mandich (u. de Parme) et Carla Pellandra (u. de Bologne), lesquelles en ont aussi édités les actes dans Documents (n° 8, sept. 1991).
Ne voulant ne pas être injuste à l’égard de Mandich et de Pellandra, je l’ai été à l’égard de Minerva. Ce n° 8 indique qu’elle était, en fait, membre de son « comité d’organisation ». Ce qui est peut-être son premier article pour la SIHFLES y est paru : « Echos des débats phonético-orthographiques dans les manuels pour l’enseignement du français publiés en Italie à la fin du XVII°siècle ». Il en ouvre les actes « édités par Anna Maria Mandich [et] Carla Pellandra ».
Douze ans plus tard, elle est l’organisatrice (Mandich et Pellandra étant au « comité scientifique ») du colloque de Bologne (12-14 juin 2003) sur « Les aventures de Télémaque, trois siècles d’enseignement du français ». Ses actes, « dirigés par Nadia Minerva », sont parus dans les n° 30 (juin 2003) et 31 (déc. 2003) de Documents. Autrice des présentations de ces deux numéros, elle l’est aussi, dans le n° 30, de l’article : « Au fil des siècles : Les aventures de Télémaque dans le Grand Robert électronique ».
En 2011, elle est co-organisatrice (avec Irene Finotti) du colloque international « Voix féminines, femmes et langues étrangères » qui s’est tenu, les 6-8 juin, à Gargnano sur le Lac de Garde. Les actes en sont parus dans le n° 47-48 (déc. 2011-juin 2012) de Documents « coordonné par Irene Finotti et Nadia Minerva ». Leur présentation ajoute que ce colloque « a été organisé conjointement par le Département d’études linguistiques et littératures comparées de l’Université de Milan et le CIRCIL […] en collaboration avec la SIHFLES et d’autres associations soeurs », le PHG néerlandais, l’APHELLE portugaise la SEHEL espagnole. Dans ce n° 47-48, l’article « Femmes grammairiennes ? Les Lettres de Mademoiselle *** à Monsieur *** Professeur de Rhétorique […] sur la Langue Françoise (1756) » est de Nadia Minerva.
Alors que, toujours professeure à l’université de Bologne, elle l’est aussi à l’université de Catane (Sicile), elle organise en 2013 un colloque à Raguza Ibla sur « Grammaire et enseignement du français langue étrangère et seconde - Permanences du XVIe au milieu du XXe siècle », selon le titre des actes parus dans le n° 51 (déc. 2013) de Documents. Lequel est « coordonné par Gisèle Kahn et Nadia Minerva », également autrices de sa présentation.
Je suis allé à ces quatre colloques de la SIHFLES en Italie, dont je garde de très bons souvenirs. Outre le charme des lieux où ils se sont tenus et celui de leur italianissime convivialité, on y croisait des inhabitués des autres colloques de notre association (entre autres des pères jésuites à celui de Bologne sur Télémaque ou des membres de H.E.L. à celui de Raguza Ibla sur la grammaire).
Nadia a été organisatrice ou co-organisatice de trois de ces quatre colloques, et responsable ou co-responsable de la publication de leurs actes. Et ce, alors qu’entre celui de Parme (1990) et celui de Bologne (2003), elle a été présidente de la SIHFLES (1994-1997) ; et qu’entre 2003 et 2022, elle a assuré la rédaction et la diffusion de La lettre. Nadia a été, pendant près d’un demi-siècle, un des plus solides piliers de notre association. « Irremplaçable pour ses proches », elle l’a été aussi, à sa manière discrète et efficace, pour la SIHFLES.
Henri Besse
C’est avec beaucoup de tristesse que j’ai appris le récent décès de notre collègue et amie Nadia Minerva. J’avais eu le plaisir de faire sa connaissance, en même temps que celle de nombreuses et nombreux collègues de la SIHFLES, lors du premier colloque auquel j’ai pu participer, colloque de Palerme organisé par Jacqueline Lillo, en octobre 2001 et qui était déjà le 11e colloque international de l’association. Nous avions sympathisé et deux années plus tard, Nadia nous accueillait à l’université de Bologne pour un colloque consacré aux Aventures de Télémaque. Elle avait souhaité qu’alors chercheure à l’INRP, j’en sollicite la directrice Anne-Marie Perrin Naffakh, spécialiste de Fénelon pour une conférence. Difficile ensuite de faire le récit des rencontres, qui correspondent essentiellement à celles de la SIHFLES, dont Nadia, on peut le dire sans doute, fut certainement l’un des membres les plus actifs depuis 1991, ne serait-ce qu’à travers les nombreuses Lettres qu’elle a rédigées. J’ai un souvenir très ému de la dernière rencontre au Colloque de Paris Sorbonne, où son sourire éclairait l’assistance et nous étions heureuses de nous retrouver.
Ses collègues italiens ont fait l’éloge de ses travaux dans de récentes publications et ici même, il y aura d’autres témoignages par Daniel Coste, Gisèle Kahn ou Henri Besse, beaucoup plus fondés que les miens, qui ont publié ou écrit avec elle et qui sont à même de rendre hommage au nombre et à la grande qualité de ses travaux. Je voudrais toutefois souligner, car cela s’accorde bien avec sa personnalité qu’en dehors de ses publications à la SIHFLES, elle s’est beaucoup intéressée aux utopies narratives, à ces écritures de l’humanisme, dans lesquelles l’éducation occupe une grande place. C’est un témoignage de plus de sa profonde humanité.
Claude Cortier
La nouvelle de la disparition de Nadia nous a tous consternés, son dynamisme était tel que nous pensions son énergie vitale illimitée.
Nadia a commencé sa carrière à l’université de Bologne, l’a continuée à Pérouse et est enfin devenue professeure des universités à Catane. Elle était maintenant à la retraite, heureuse de s’occuper de sa petite-fille, d’aller dans sa maison des Pouilles l’été et de continuer à voyager avec Sergio, son mari… sans mettre de côté bien sûr ses multiples intérêts ! Enthousiaste, généreuse, infatigable, d’une puissance de travail considérable, elle collaborait à de nombreuses revues, a organisé maints congrès et journées d’études, a créé à Bologne une précieuse bibliothèque de manuels et de dictionnaires, utiles aux chercheurs de la didactique du français, a écrit un nombre considérable de livres et d’articles. Ses multiples intérêts l’ont portée à s’occuper de différentes branches de la littérature : d’utopie, de fantastique, d’aphorismes, d’ésotérisme, de magie et de démonologie. Mais c’est surtout pour ses qualités de linguiste que nous l’avons le plus côtoyée, notamment, il y a quelques lustres, lors de la rédaction du répertoire des grammaires pour l’enseignement du français en Italie avec Carla Pellandra. Elle était aussi spécialiste de grammaires françaises et italiennes du XVIIe et XVIIIe siècles et de dictionnaires bilingues de la même époque ; elle a participé, là aussi, à de nombreux projets collectifs.
Mais c’est sa disponibilité constante et son action inlassable à l’intérieur du Bureau de la SIHFLES pendant des décennies qui nous manqueront. Présidente de 1994 à 1997, coordinatrice de plusieurs numéros de Documents, organisatrice de journées d’études et de congrès, elle était toujours prête à participer à quelque activité et ne s’est jamais épargnée ni pour les collègues, ni pour ses étudiants, ni pour ses amis. Nous avons tous perdu quelque chose, une conseillère, une collaboratrice, une amie.
Jacqueline Lillo
Les recherches en histoire de la didactique des langues (tout particulièrement du français) sont hautement redevables à Nadia Minerva : ses travaux – allant de précieux inventaires bibliographiques à de vastes synthèses sur l’enseignement de langues et de cultures en Italie, en passant par des analyses approfondies de grammaires et de dictionnaires à portée didactique – constituent des références incontournables ; ses talents d’organisatrice (de colloques, de numéros thématiques ou d’autres projets collectifs) restent gravés dans la mémoire des sihflésiens ; sa collégialité, son ouverture d’esprit, sa convivialité et son sens de l’humour nous manqueront. Riposa in pace, Nadia.
Pierre Swiggers
Nadia a été cheville ouvrière de la Société internationale pour l’histoire du français langue étrangère ou seconde pendant des décennies, tant pour l’orientation scientifique que pour l’organisation de journées d’étude et de colloques, la rédaction de la Lettre de la SIHFLES que la publication de numéros de Documents.
Ses activités de recherche concernant l’histoire du français en Italie ont été pour moi source d’inspiration pour mes recherches sur l’histoire du français, langue et culture aux Pays-Bas : l’étude des dialogues et le répertoire des manuels pour l’enseignement du français, le Télémaque et l’éducation des femmes.
Je garde en mémoire son sourire bienveillant, son regard attentif et sollicitant l’accord, l’harmonie, l’entente. Nadia aidait toujours à trouver une solution pour résoudre une difficulté et acceptait les responsabilités pour notre association réunissant des collègues de tant de pays et universités aux cultures différentes.
Je garde en mémoire son accueil si chaleureux et convivial à Bologne, sous la canicule de 2003, à Gargnano en 2011, à Raguse en 2012.
Je garde en mémoire le plaisir que j’ai eu à la revoir à Paris au colloque de mai 2024, où les anciens de la SIHFLES côtoyaient les jeunes chercheurs, de bon augure pour l’avenir.
Nadia me manquera en janvier 2026 lorsque, au colloque ASDIFLE des sihflésiens prendront la parole en conférence plénière ou en symposium.
Marie-Christine Kok Escalle



