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Partie Varia

La didactique au service de l’histoire et de la linguistique : colloques, dictionnaires et vocabulaires de FLE dans les Pays-Bas anciens (1500-1700)

Didactics in the Service of History and Linguistics: Colloquia, Dictionaries, and Vocabularies for the Teaching of French as a Foreign Language in the Early Modern Low Countries (1500-1700)
Elizaveta Zimont

Résumés

Partant du cas spécifique qui est celui des outils didactiques pour l’apprentissage du FLE dans les Pays-Bas anciens (1500-1700), l’article explore en quoi la documentation accumulée dans le cadre de recherches en histoire de la didactique est pertinente pour d’autres types de recherches historiques. Les trois types d’outils didactiques examinés (colloques, dictionnaires et vocabulaires) illustrent chacun une facette du produit didactique : la présentation matérielle des dictionnaires dont l’étude permet de fixer l’apparition d’innovations typographiques, possède une pertinence pour l’histoire du livre ; les matériaux linguistiques bruts réunis dans les colloques offrent des pistes de recherche nouvelles en linguistique diachronique et variationnelle ; enfin, la structuration des vocabulaires, qui repose sur des notions métalinguistiques implicites, mais connues ou pratiquées par le grand public, revêt un intérêt pour l’histoire « d’en bas » des idées linguistiques.

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Texte intégral

Introduction

  • 1 On remarquera que, pour les périodes antérieures à la Seconde Guerre mondiale, les auteurs de monog (...)

1Après l’institutionnalisation, en France, de la didactique du français langue étrangère dans les années 1980, la nouvelle discipline universitaire s’est progressivement dotée d’une épaisseur historique, en franchissant d’abord le palier de la Seconde Guerre mondiale, puis, avec la notion de français langue seconde, remontant au XIXe siècle (Spaëth 2020 : 7-10). Pour les spécialistes de la didactique du FLES, le développement de cette branche historique de la didactique est de plus en plus légitimé par son rôle d’antidote contre la tentation, voire l’illusion du nouveau en didactique (Besse 2016 ; Castellotti, Debono & Huver 2017). L’intérêt porté aux origines de la didactique et à l’histoire de l’enseignement des langues1, a favorisé, grâce notamment aux travaux de la SIHFLES, la mise au jour et l’étude de multiples ouvrages didactiques anciens, élargissant le spectre chronologique bien au-delà du XIXe siècle.

2L’analyse et l’interprétation de ces sources bénéficient des apports, entre autres, de la linguistique (diachronique) et de l’histoire, par exemple, celle des institutions (cf. Chiss 2016). Mais l’ampleur de la documentation accumulée au cours des dernières décennies justifie d’interroger, en adoptant le raisonnement inverse, l’intérêt de ces sources pour les branches de connaissances qui viennent en aide à l’histoire de la didactique du FLE(S). S’appuyant sur des travaux antérieurs et des projets de recherche en cours, nous aborderons ici cette question par le biais de trois types d’outils didactiques (dictionnaires, vocabulaires, colloques) produits dans les Pays-Bas habsbourgeois des XVIe et XVIIe siècles et destinés en premier lieu aux apprenants néerlandophones du français. Les éléments de contextualisation fournis dans la première partie de cette contribution à visée programmatique, permettront d’apprécier l’intérêt de cet ensemble d’ouvrages pour trois domaines de la connaissance historique : histoire du livre et de la typographie, histoire de la langue française, histoire des idées linguistiques. Nous illustrerons nos propos en mettant tour à tour en avant la présentation matérielle, le contenu linguistique et le contenu conceptuel des ouvrages didactiques en question.

Outils didactiques de FLE dans les Pays-Bas anciens (1500-1700) : colloques, dictionnaires, vocabulaires

3Après avoir présenté la place du français dans le contexte multilingue des Pays-Bas anciens, nous dresserons une brève typologie des produits et supports didactiques dont disposaient les apprenants néerlandophones de FLE aux XVIe et XVIIe siècles, en mettant en avant les particularités que partagent les colloques, dictionnaires et vocabulaires de cette période. Nous proposerons ensuite un aperçu succinct des approches dans lesquelles s’inscrivent les études portant sur ce type de sources afin de pouvoir dégager des pistes pour des recherches futures dans les parties suivantes.

Le français langue étrangère dans l’espace multilingue des Pays-Bas anciens (1500-1700)

  • 2 Les ducs de Bourgogne, dont Charles Quint est l’héritier, sont une branche cadette de la maison de (...)

4Le terme Pays-Bas habsbourgeois, qui englobe en grande partie les territoires de la Belgique et des Pays-Bas actuels ainsi qu’une partie du nord de la France (Picardie, Flandre française), renvoie à un ensemble de seigneuries et de principautés qui, à partir du XIVsiècle, ont d’abord été progressivement réunies par les ducs de Bourgogne avant de passer sous la domination de la maison de Habsbourg. Géographiquement discontinus, les Pays-Bas anciens comprennent des terres relevant en théorie du royaume de France2 et d’autres faisant partie du Saint-Empire romain germanique (Blockmans 2007 : 90-92). Proclamée par la Pragmatique sanction de 1549, la fragile unité politique de ce conglomérat est rompue dès la seconde moitié du XVIe siècle. La révolte des Gueux (1566-1568), qui donne in fine naissance à l’État indépendant des Pays-Bas, conduit à la séparation politique des territoires septentrionaux et méridionaux.

  • 3 Les modifications les plus notables concernent le segment occidental de ce territoire qui s’est gra (...)

5À cette configuration politiquement complexe correspond une composition linguistique hétérogène. Depuis l’Antiquité, le territoire est traversé par une frontière linguistique dont le tracé est resté relativement stable depuis le IXe siècle3. Les Pays-Bas anciens comprennent ainsi des populations romanes, dans le sud, et germaniques, dans le nord et dans l’est, avec plusieurs zones de bilinguisme. Si sous les ducs de Bourgogne le choix de la langue de travail revient, en règle générale, aux instances locales (Armstrong 1983 : 194), à partir du début du XVIe siècle, le français s’impose graduellement dans l’administration centrale (Armstrong 1983 : 194, 202 ; Swiggers & Van Hal 2018 : 134) et gagne du terrain dans la sphère du commerce. Cette progression du français est le mieux illustrée par le cas d’Anvers, ville brabançonne devenue à cette époque une des plus importantes métropoles commerciales de l’Europe. La situation linguistique d’Anvers au milieu du XVIe siècle se caractérise par un multilinguisme à la fois vertical, le choix de la langue dépendant de l’objet de la communication et du prestige des interlocuteurs, et horizontal, dû à la présence massive de marchands étrangers dans la ville : Allemands, Anglais, Scandinaves, Espagnols, Italiens, Portugais, sans oublier les marchands wallons et français (Swiggers, Szoc & Van Hal 2018 ; Nevoux 2018 : 244). En l’absence d’une seule langue dominante, le français, à côté du latin, intervient souvent comme lingua franca dans la communication entre différentes communautés actives à Anvers (Prims 1941 : 755-756 ; Nevoux 2018 : 246 ; Swiggers & Van Hal 2018 : 135).

6Dans ce contexte, la connaissance des langues étrangères devient un atout important pour les commerçants flamands, en particulier anversois, qui veillent à ce que leurs enfants en maîtrisent plusieurs. L’apprentissage des langues pouvait se faire avec un précepteur privé ou dans une des nombreuses écoles dites françaises ou wallonnes (néérl. fransche / wa(a)lsche scholen) qui existaient dans plusieurs villes flamandes et où les enfants de la bourgeoisie apprenaient, outre les langues, l’arithmétique, la comptabilité, la géographie et les rudiments de gestion économique (Dodde & Esseboom 2000 : 47-50). Par ordre décroissant de popularité, les langues proposées par les maîtres et maîtresses d’école anversois en 1576 sont : flamand (langue maternelle ou étrangère), français, espagnol, italien, latin et anglais (Bourland 1951 : 62). Première langue apprise après le flamand, le français occupe ainsi une place privilégiée dans le contexte multilingue anversois et, plus généralement, flamand.

Offre d’outils didactiques pour apprenants néerlandophones du FLE (1500-1700)

  • 4 En particulier, le Vocabularius gallico-belgico-latinus (anonyme, après 1483, imprimé par Johannes (...)
  • 5 Les séquences de phrases utiles ressemblent le plus à ce qu’on appelle phrasebook dans le monde ang (...)

7Dès le XIIe siècle, certains marchands flamands envoyaient leurs enfants comme pensionnaires dans des zones francophones afin qu’ils y apprennent le français (Pirenne 1902 : 141-143). Pourtant, le plus ancien outil didactique conservé, connu sous le nom de Livre des Mestiers, remonte seulement au XIVsiècle (Gessler 1931). Aussi bien le Livre des Mestiers que les premiers outils imprimés4 mêlent différentes formes de présentation au sein d’un même ouvrage : les dialogues y alternent avec énumérations ou listes de vocabulaire thématique et se combinent souvent avec des phrases utiles isolées5 et/ou des tables de conjugaison.

  • 6 Pour une typologie des outils, prenant en compte les différences entre les territoires septentriona (...)

8À partir du milieu du XVIe siècle, on constate une augmentation rapide de la masse d’ouvrages imprimés et une diversification de l’offre selon l’âge des apprenants, leur niveau de maîtrise du français et le type (de présentation) des matériaux. Les abécédaires, recueils calligraphiques et compilations de règles de correspondance graphophonétique servaient à apprendre les rudiments. Une fois cette première étape franchie, les apprenants se mettaient à lire des livres de lecture simples, conçus à cet effet, et des colloques (recueils de dialogues didactiques). Les compétences en écriture étaient ensuite développées grâce aux recueils de modèles de lettres et d’autres écrits qu’on commençait par recopier. Pour la morphologie flexionnelle (verbale) les apprenants disposaient de recueils de conjugaison ; les grammaires, peu répandues au XVIe siècle, gagnèrent en popularité au cours du XVIIe siècle. La connaissance du lexique pouvait être travaillée à l’aide des vocabulaires et dictionnaires, complétés par des recueils de proverbes et aphorismes, favorisant l’éloquence. Enfin, les compétences orales pouvaient être perfectionnées avec les pièces de théâtre didactiques que certains maîtres d’école faisaient jouer à leurs élèves6.

  • 7 La forme dialoguée des colloques invite le lecteur moderne à penser que ces supports servaient à fa (...)
  • 8 On considère ainsi que certains colloques destinés aux usagers adultes pouvaient être consultés par (...)
  • 9 Pour les dictionnaires et vocabulaires bilingues français-néerlandais, on consultera la documentati (...)

9Dans la suite de cette contribution, nous nous concentrons sur trois outils en particulier : colloques, dictionnaires et vocabulaires. Tous les trois servent à enrichir les connaissances lexicales (au sens large), les colloques ayant également pour but de développer la compétence orale (par la lecture)7. Contrairement aux outils tels que grammaires et recueils de conjugaisons ou de règles graphophonétiques, l’analyse métalinguistique y est véhiculée principalement à travers la typographie (jeux de polices, symboles) et la disposition des matériaux linguistiques, sélectionnés en amont par l’auteur. Avant la fin du XVIIsiècle, le commentaire métalinguistique y est pratiquement absent (en particulier, dans les colloques et vocabulaires) ou réduit à des observations nécessitant peu de connaissances techniques préalables. De ce fait, ces trois types d’ouvrages se prêtent aussi bien à l’apprentissage encadré par un maître de langue qu’aux usages autodidactiques, surtout en consultation ponctuelle8, ce qui explique sans doute le grand nombre de leurs rééditions9.

En guise d’état des lieux

  • 10 Au vu du nombre de publications parues depuis un siècle, la nécessité d’un état des lieux et d’une (...)

10Il n’y a pas lieu ici de proposer un état des lieux exhaustif de la question. Rappelons que l’étude des outils didactiques de FLE produits dans les Pays-Bas anciens, y compris celle des colloques, dictionnaires et vocabulaires, a débuté bien avant l’émergence de la didactique du FLES en tant que discipline autonome. Pour la période qui nous intéresse (XVIe-XVIIe siècles), aucun travail de synthèse n’a été écrit depuis l’étude historique de Riemens (1919), qui garde ainsi son actualité (cf. Caravolas 2000 : 171-179)10.

11L’étude des dictionnaires, vocabulaires et colloques s’inscrit essentiellement dans quatre approches. L’approche philologique, qui a pour objectif de rendre les textes anciens accessibles et compréhensibles pour le public moderne, est illustrée par des éditions critiques (Gessler 1931 ; Verdeyen 1925-35 ; Verdeyen 1945). Facilitée par le travail philologique, l’approche lexicologique exploite les outils didactiques comme sources pour l’histoire du vocabulaire tant français que néerlandais. La majorité des recherches menées dans ce cadre portent sur le néerlandais et se concentrent sur les ouvrages lexicographiques (dictionnaires et vocabulaires) dont la structure rend aisé l’accès aux données lexicales. Pour le français, cette approche est dominante dans les travaux, déjà anciens, de Vaganay (1904-1905), de Rotsaert (1965) et de Van Houtem (1971). Depuis plusieurs décennies, l’étude des dictionnaires et vocabulaires anciens se fait dans une optique métalexicographique, en lien avec des questions théoriques et pratiques propres à la lexicographie (Lindemann 1994 ; Swiggers 2007a ; Swiggers 2007b ; cf. Zimont 2024). Enfin, les travaux portant sur les colloques se mettent le plus souvent au service de l’histoire socio-culturelle, les scènes représentées dans les dialogues étant fréquemment utilisées comme sources de documentation sur la vie quotidienne du passé (cf. Berriot-Salvadore 1982 ; Vanhulst 2005 ; Hoock 2012), et de l’histoire de la didactique, le numéro 22 (1998) des Documents de la SIHFLES ayant été entièrement consacré à cet aspect. Dans la suite de cette contribution, nous souhaitons ébaucher trois pistes nouvelles, susceptibles de rendre les acquis de l’histoire de la didactique utiles pour les branches de connaissances connexes : histoire du livre et de la typographie, histoire de la langue française, histoire des idées linguistiques.

Apports pour l’histoire du livre et de la typographie

  • 11 Pour des exemples d’avancées dans ce domaine, voir Swiggers & Zimont (2015).

12Le travail de prospection en histoire de la didactique, qui consiste à faire le recensement des éditions du ou des ouvrages analysés et de collecter, éventuellement, des informations sur leur diffusion commerciale, est susceptible d’apporter des éléments nouveaux à l’histoire du livre imprimé, en mettant, par exemple, au jour des éditions précédemment non répertoriées11. Au-delà de cet aspect bibliographique, nous souhaitons montrer, avec l’exemple des dictionnaires français-néerlandais anciens, que l’étude de la présentation physique des ouvrages didactiques (format, typographie) enrichit les connaissances sur les techniques et le savoir-faire typographiques de l’époque : la façon dont les imprimeurs exploitent la surface de la page, les casses de polices qu’ils ont à leur disposition et l’usage structurant qu’ils en font, etc.

  • 12 Pour la lexicographie du français au sens général, on pensera notamment aux cas de Robert Estienne, (...)

13Pour l’étude de ces aspects typographiques, les dictionnaires bilingues ou multilingues constituent un terrain particulièrement intéressant à cause de la complexité du discours qu’ils véhiculent. Ce discours se caractérise par une alternance constante de plusieurs niveaux de discours différents : les matériaux autonymiques en deux (ou plusieurs) langues, le commentaire métalinguistique (si bref soit-il) et les éléments marquant la transition d’un champ informationnel à l’autre. Particulièrement fréquentes et condensées dans les dictionnaires, ces alternances se traduisent par une complexité typographique qui requiert un savoir-faire spécifique. Dans l’histoire de la lexicographie imprimée, il n’est d’ailleurs pas rare que l’auteur d’un dictionnaire novateur soit en même temps son éditeur, voire son imprimeur12. Il n’en est pas autrement pour la lexicographie bilingue français-néerlandais qui s’est développée avec le concours d’imprimeurs célèbres de leur temps comme Christophe Plantin ou la dynastie des Van Waesberghe.

14Afin d’illustrer l’intérêt des dictionnaires pour l’histoire de la typographie, nous nous appuierons sur le cas des polices italiques qui acquièrent, dans les dictionnaires français-néerlandais des XVIe et XVIIe siècles, un statut bien particulier de marqueur du discours métalinguistique.

15Introduit pour la première fois par Alde Manuce en 1501, l’italique est au départ considéré comme une police autonome, au même titre que le gothique et le romain. Cependant, au cours du XVIIe siècle, son champ d’application se restreint graduellement aux préfaces, citations, etc. Cette réduction d’usage conduit à une réinterprétation de son statut, faisant de l’italique une variante marquée du romain (Vervliet 1986 : 254 ; Fouché et al. 2002 : II, 613). Dans les dictionnaires français-néerlandais, cette transformation est déjà bien avancée au début du XVIIIe siècle, lorsque le lexicographe-imprimeur François Halma met en avant, dans la préface de son dictionnaire néerlandais-français (1710), l’utilisation qu’il y fait de l’italique :

[...] un apprenant va se tromper sans fin sur les significations des mots dans un discours, surtout en ce qui concerne les différentes expressions qui sont écrites l’une après l’autre comme si c’était une seule et même phrase, sans être séparées, comme nous l’avons fait avec soin, par le mot of « ou » en italique [...] (Halma 1710 : fol. **3r, notre traduction).

16L’italique est employé dans ce dictionnaire non seulement pour le terme of « ou », qui sépare les variantes du lemme et lemmes doubles dans le champ de l’entrée, mais également pour les étiquettes grammaticales (partie du discours, genre) et diasystémiques (emprunts, registres, etc.) utilisées dans la partie néerlandaise de l’article. Dans la partie française des articles, le rôle des polices est inversé : l’italique sert à présenter les matériaux autonymiques français alors que le commentaire métalinguistique se fait en romain.

De kanker in den mond, of aan de borst hebben. Avoir un cancer à la bouche, ou au sein. (Halma 1710 : 292).

Dryven, w.w. een zilversmids w. Beeldwerk op zilver maaken. Ciseler, travailler au ciseau. (Halma 1710 : 136).

17L’alternance entre l’italique et le romain permet ainsi à l’utilisateur de différencier en un coup d’œil les matériaux autonymiques, objet du traitement lexicographique, et le commentaire du lexicographe à propos de ces matériaux. Comme nous l’avons montré ailleurs (cf. Zimont 2024), l’étude de la mise en forme typographique dans les éditions successives des dictionnaires français-néerlandais permet d’identifier les imprimeurs et les lexicographes ayant joué un rôle de premier plan dans la mise en place de cette convention et de retracer les différentes étapes de cette évolution qui a connu des rythmes variés en fonction du type d’informations métalinguistiques et en fonction de la langue dans laquelle elles étaient formulées.

Apports pour l’histoire de la langue française

  • 13 La documentation du Französisches Etymologisches Wörterbuch de Walther von Wartburg comprend le dic (...)

18En plus de cette présentation physique, il convient d’accorder une juste valeur aux matériaux linguistiques autonymiques réunis par les auteurs dans leurs produits didactiques. Si, comme nous l’avons déjà mentionné, les données lexicales des dictionnaires français-néerlandais ont déjà été prises en compte, ne fût-ce que de manière partielle, dans les travaux sur l’histoire du vocabulaire français13, l’exploitation des matériaux linguistiques présents dans les colloques en est encore à ses débuts.

  • 14 À cet égard, il convient de réévaluer le statut des « picardismes », souvent présentés dans les sou (...)

19Les colloques offrent pourtant de nombreuses possibilités pour l’étude de la variation linguistique selon les axes diaphasique, diastratique, diatopique14 et diachronique. Ainsi, la maîtrise des paramètres de variation diaphasique figure très clairement parmi les objectifs d’apprentissage visés par les dialogues didactiques où sont mis en scène aussi bien des échanges entre « pairs » que des échanges entre personnages de statuts différents : entre le serviteur et le maître, entre les nobles et les roturiers (marchands ou paysans), entre hommes et femmes, entre adultes et enfants et ainsi de suite. Pour ce qui est de la variation diastratique, elle peut être étudiée à plusieurs niveaux : 1) en fonction du statut social des personnages ; 2) par rapport au public-cible auquel sont destinés les dialogues ; 3) par rapport au statut social de l’auteur des dialogues. Hormis l’étude des traits linguistiques du Livre des Mestiers (Riemens 1924), les seuls travaux qui tentent de tirer avantage de la richesse variationnelle de ces sources sont ceux de Schmitt et Radtke, axés sur les traits d’oralité (cf. Schmitt 1980 ; Radtke 1994).

20Souvent prisés pour leur vivacité, les dialogues didactiques recherchent l’adéquation situationnelle plus que l’effet littéraire. De ce fait, les dialogues didactiques comptent parmi les sources les plus fiables sur le français oral des siècles passés. Ils présentent ainsi certains avantages par rapport à d’autres types de sources qui sont actuellement utilisées pour l’étude et la reconstruction de l’oral du passé. Par exemple, le corpus CoDiF (Corpus de dialogues en français) en cours de préparation par le laboratoire CLESTHIA (Sorbonne Nouvelle) est constitué essentiellement de textes dramatiques, complétés par des dialogues de romans, des témoignages judiciaires, des monologues ou dialogues insérés dans des sermons (Lefeuvre & Parussa 2020 : 14). Les échantillons de l’« oral représenté » que renferment les dialogues didactiques constituent sans aucun doute un complément utile pour la reconstruction de l’oral en diachronie.

  • 15 Un travail de recensement des colloques français-allemand parus avant 1700 est en cours de réalisat (...)

21Le grand avantage de ce corpus réside dans la comparabilité des données. Il est ainsi possible de comparer, à titre d’exemple, comment un auteur d’origine picarde (Gabriel Meurier) et un originaire du Bourbonnais (Claude de Sainliens) s’imaginent à la même époque l’échange avec un marchand de poisson. La comparabilité des données présente également un très grand avantage dans le cas d’une approche diachronique puisque certaines situations communicatives traversent les siècles : un corpus diachronique de colloques15 permettrait en effet de savoir comment évolue l’échange avec le marchand de poisson entre le XIVe et le XVIIIe siècle et à quel moment le processus de standardisation conduit au nivellement des variations régionales dans cette situation communicative.

Apports pour l’histoire des idées linguistiques

22Si les dictionnaires, avec leurs étiquettes et marques (clairsemées avant la fin du XVIIe siècle), offrent une prise facile à l’historien des idées linguistiques, les colloques et vocabulaires, comme nous l’avons souligné plus haut, font l’économie de la terminologie métalinguistique, en misant sur la transparence (parfois illusoire) de la mise en page et de la mise en forme typographiques. Quant aux préfaces, destinées au grand public, elles manquent souvent d’ambition et d’originalité théorique. Nous estimons néanmoins que l’étude de ces outils appliqués revêt un intérêt pour l’historiographie de la linguistique en tant que reflet de ce qui pourrait être appelé la « conscience linguistique » d’une époque, c’est-à-dire le fonds commun de connaissances et notions métalinguistiques, qui sont supposées être connues par de larges couches de la population.

23Pour illustrer cette notion de « conscience linguistique », nous nous appuierons sur le cas des vocabulaires, ouvrages lexicographiques de petite ampleur qui s’adressent aux apprenants débutants, généralement aux enfants âgés entre six et dix ans, et qui contiennent en moyenne moins de 4500 articles. Le traitement lexicographique y est assez sommaire et consiste le plus souvent à mettre en correspondance des mots isolés de deux ou plusieurs langues. L’utilisation de ces répertoires lexicographiques dans les écoles dites françaises des Pays-Bas anciens est bien attestée. Le prix de ces ouvrages d’utilité publique était fixé par les municipalités tandis que leur contenu était supervisé par les autorités ecclésiastiques.

24Contrairement aux dictionnaires dans lesquels le classement des articles est globalement alphabétique, dans les vocabulaires, le classement repose toujours sur une combinaison de critères morphosyntaxiques, sémantiques et encyclopédiques tandis que le critère formel (basé sur l’ordre alphabétique et l’orthographe) y est souvent secondaire. Par exemple, dans le Vocabulaire de Berthout, les articles sont répartis en 27 « chapitres » onomasiologiques. À l’intérieur des chapitres, l’organisation repose sur des regroupements sémantiques variés : des séries de co-hyponymes y sont entrecoupées par des regroupements synonymiques, antonymiques ou encore associatifs (ou analogiques, basés sur le partage de tout autre sémème commun). Cette organisation sémantique peut aussi être ponctuée de regroupements morphosyntaxiques (flexionnels) et dérivationnels.

  • 16 Les articles sont cités ici d’après l’édition de 1575. C’est la seule édition du Vocabulaire de Ber (...)

25Pour trouver un lemme dans le Vocabulaire de Berthout, l’utilisateur doit commencer par formuler une hypothèse sur le champ sémantico-référentiel dans lequel ce lemme pourrait s’inscrire. Selon l’édition à sa disposition, l’usager peut parfois s’aider de la table des matières pour élaborer cette hypothèse16. Ainsi, un utilisateur qui chercherait à savoir comment traduire en français een sweert ‘une épée’, consulterait d’abord la liste des chapitres et pencherait ensuite très probablement pour le Chapitre 22 « des Batailles, Guerres & Jouëurs ». Après avoir atteint le début du chapitre visé, l’usager serait contraint de parcourir dans l’ordre les premières entrées du chapitre, car celui-ci ne dispose d’aucune subdivision typographique d’ordre secondaire : Oorloghe – Guerre, een stercte – vne forteresse, ic ga ter Oorloghen – je m’en voy à la guerre, etc. Au bout des 19 premières entrées, l’usager arriverait à un renvoi qui lui signifie que les noms des armes sont rangés dans le Chapitre 13 « des hommes de mestier & de leurs instrumentz, ensemble des bruuages & toutes choses mangeables ». La répartition des lemmes entre chapitres thématiques impose ainsi à l’usager une première grille d’analyse du vocabulaire, classé par l’auteur de l’ouvrage en champs lexicaux. La connaissance de ce champ lexical s’approfondit tout au long de l’algorithme de recherche, jusqu’au moment où le lemme souhaité est localisé.

26L’obligation de parcourir les lemmes un à un afin de trouver celui qu’on cherche est mise à profit par les auteurs des vocabulaires pour présenter d’autres types de liens paradigmatiques et construire des automatismes chez l’usager. Pour ce qui est des liens paradigmatiques se rapportant à la flexion, les formes du pluriel des substantifs sont classées dans le Vocabulaire de Berthout après leur singulier, par exemple, naghelen ‘(des) clous’ est placé à la suite de een naghel ‘un clou’, messen ‘(des) couteaux’ vient après een mes ‘un couteau’, etc. En cherchant le pluriel, l’usager est donc inévitablement confronté, sur son parcours, au singulier. Ce mode de classement établit, au moyen d’une disposition spatiale sur la page et chronologique dans l’algorithme de recherche, un lien paradigmatique entre les formes du singulier et du pluriel. De manière similaire, des regroupements dérivationnels permettent de construire chez l’usager la notion implicite de famille de mots. Par exemple, les adverbes déadjectivaux néerlandais sont habituellement classés après leurs adjectifs. Ainsi, l’adverbe magherlijck ‘maigrement’ se trouve immédiatement après son adjectif maghere ‘maigre’. À force d’utilisation, l’usager intègre l’existence d’un schéma récurrent (dans l’ouvrage et dans la langue) qui relie l’adverbe déadjectival et son adjectif, même si la nature de ce lien n’est pas explicitée. Avec la pratique, l’usager peut même se servir de cette régularité pour accélérer la localisation des adverbes dans l’ouvrage. Le même mécanisme de regroupement permet de construire chez l’apprenant des liens (pseudo-)antonymiques et associatifs entre lexèmes : galle ‘fiel’ est classé immédiatement après heunich ‘miel’, son antonyme contextuel ; een catte ‘un chat’ se trouve placé, par un jeu d’association d’idées, après een muys ‘une souris’.

27Au lieu de guider l’utilisateur directement vers le lemme recherché, ce système de classement le force à parcourir des pans entiers de l’ouvrage. Cette particularité se trouve en rapport direct avec les objectifs de ces vocabulaires. En tant que livres scolaires pour débutants, ils visent la mémorisation du vocabulaire. Cet objectif est atteint grâce à l’algorithme de recherche de lemmes qui fait passer l’utilisateur par la lecture continue et répétée ou par le scannage plus superficiel de certains passages. Pour s’y repérer et pour sauter d’un segment du classement à l’autre, s’il souhaite aller plus vite dans sa recherche, l’utilisateur doit mobiliser tour à tour divers types de liens sémantiques et dérivationnels : hyponymie-hyperonymie, synonymie-antonymie, analogie, famille de mots, mots simples et mots composés, etc. Lorsque l’utilisateur arrive enfin à localiser ce qu’il cherchait, le lemme se trouve déjà inscrit dans un vaste réseau lexical, sémantique et morpho-dérivationnel grâce à la structuration du répertoire. En manipulant l’ouvrage, l’utilisateur assimile et absorbe, par la pratique, les notions abstraites (métalinguistiques) qui ont servi à la structuration de la nomenclature dans le répertoire lexicographique.

28Favorisée par les acquis de la didactique des langues modernes, l’étude attentive de ce type d’implicites sur lesquels repose l’organisation des outils didactiques anciens apparaît comme une voie d’accès prometteuse à la « conscience linguistique » collective des époques anciennes.

Conclusion

29Loin d’épuiser la question, l’aperçu succinct de trois pistes de recherche présentées ici met en évidence l’importance des outils didactiques produits dans les Pays-Bas anciens (1500-1700) qui dépasse le cadre étroit de l’histoire de la didactique du FLE. Les dictionnaires et vocabulaires montrent des innovations typographiques qui reflètent l’évolution des pratiques éditoriales, tandis que les colloques offrent des données précieuses sur la variation diasystémique et pragmatique du français préclassique et classique. Par leur structuration, reposant sur des notions métalinguistiques qui ne sont toutefois jamais explicitement nommées, ces ouvrages destinés au grand public constituent une voie d’accès à la « conscience linguistique » des époques révolues. En revisitant ces sources, cette contribution met en lumière la pertinence des travaux menés en histoire de la didactique pour les branches de connaissances connexes et montre que ces sources peuvent également être exploitées par diverses disciplines historiques comme l’histoire du livre, la linguistique historique et l’histoire des idées linguistiques.

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Bibliographie

Sources primaires

Berthout, Jan (1575). Collocutions bien familieres, compozees par Jean Berthout maistre d’ecole à Bruxelles, ausquelles est ajouté un Vocabulaire, divisé par Chapitres : Nouvellement reveu & corrigépar E. de W. Anvers : Jan van Waesberghe.

De Vivre, Gérard (1574). Douze dialogues et colloques, traitants de diverses matieres, tres-propres aux Nouueaux Apprentifs de la Langue Françoise. Composez par Gerard de Viure, Maitre d’Escole en la Ville de Coloigne. Anvers : Jan van Waesberghe.

Halma, François (1710). Dictionaire Flamend et François, Tiré de l’Usage & des bons Auteurs. Amsterdam/Utrecht : Pieter Mortier / Willem van de Water.

Sources secondaires

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Notes

1 On remarquera que, pour les périodes antérieures à la Seconde Guerre mondiale, les auteurs de monographies et travaux à orientation historique, que ce soit en FLES ou en FLM, évitent souvent le terme didactique, lui préférant celui de l’enseignement (cf. Chervel 2006 ; Spaëth 2007 ; Lépinette 2012). Ce choix terminologique est sans doute révélateur de la difficulté à atteindre, à travers les sources et documents historiques, les pratiques quotidiennes de la transposition et de la transmission de savoirs.

2 Les ducs de Bourgogne, dont Charles Quint est l’héritier, sont une branche cadette de la maison de Valois et sont vassaux du roi de France.

3 Les modifications les plus notables concernent le segment occidental de ce territoire qui s’est graduellement romanisé, puis francisé entre le XIe et le XVIIIe siècles (Ryckeboer 2002 ; Roegiest 2018). La francisation de Bruxelles, de date plus récente, est initiée au XVe siècle et se trouve en lien direct avec les fonctions de centre administratif et politique que la ville acquiert à partir de Philippe le Beau (Javeau 1997 : 241).

4 En particulier, le Vocabularius gallico-belgico-latinus (anonyme, après 1483, imprimé par Johannes Veldener), le Vocabulair pour aprendre Latin Romain et Flammeng (anonyme, ca 1496-1501, Roland van den Dorpe), le Vocabulario para aprender Franches Espannol y Flamincp [sic] (anonyme, 1520, Willem Vorsterman) et le Vocabulaire de Noël de Berlaimont (1527, Jacob van Liesvel[d]t), premier outil bilingue flamand-français et également le premier dont on connaît l’auteur.

5 Les séquences de phrases utiles ressemblent le plus à ce qu’on appelle phrasebook dans le monde anglophone moderne : les phrases sont regroupées autour d’une situation communicative, mais ne forment pas ensemble de dialogue cohérent.

6 Pour une typologie des outils, prenant en compte les différences entre les territoires septentrionaux et méridionaux, voir Swiggers (2013).

7 La forme dialoguée des colloques invite le lecteur moderne à penser que ces supports servaient à faire jouer des scénettes aux élèves d’écoles françaises. Pourtant, nous ne disposons pas de témoignages qui corroboreraient cette vision. Plus vraisemblablement, les colloques étaient destinés à être lus, dictés et mémorisés (Hendrickx 1961 : 230). Dans la description d’une journée type dans une école française qui se trouve dans les Douze dialogues ou colloques (1574) de Gérard De Vivre, les élèves reçoivent comme consigne d’apprendre les colloques par cœur ou de les recopier (De Vivre 1574 : fol. 1v-2r). L’hypothèse de mise en scène est d’autant moins plausible que l’enseignement dans les écoles françaises du XVIsiècle n’était pas organisé par groupes de niveaux et que chaque élève travaillait de manière individuelle.

8 On considère ainsi que certains colloques destinés aux usagers adultes pouvaient être consultés par les marchands et voyageurs pour y trouver les expressions adéquates in vivo, au moment même où se déroulait l’interaction verbale. Nous rejoignons ici l’opinion de Considine (2001 : 200) pensant que l’organisation des colloques n’autorise pas une utilisation en temps réel : la recherche de la phrase ou de l’expression voulue y est trop fastidieuse et énergivore pour être compatible avec la communication en direct. Plus vraisemblablement, ces textes étaient lus en amont, en vue de préparer une éventuelle interaction.

9 Pour les dictionnaires et vocabulaires bilingues français-néerlandais, on consultera la documentation dans Swiggers & Zimont (2015). Pour les colloques, il n’existe aucun inventaire bibliographique pour la combinaison de langues français-néerlandais. Les sondages suggèrent cependant qu’il s’agit du genre didactique le plus populaire aux XVIe et XVIIe siècles : le seul Vocabulaire de Berlaimont dans sa version bilingue qui contient, entre autres, une partie avec des dialogues didactiques, a connu 20 éditions entre 1527 et 1712.

10 Au vu du nombre de publications parues depuis un siècle, la nécessité d’un état des lieux et d’une synthèse renouvelée est aujourd’hui bien réelle.

11 Pour des exemples d’avancées dans ce domaine, voir Swiggers & Zimont (2015).

12 Pour la lexicographie du français au sens général, on pensera notamment aux cas de Robert Estienne, à qui nous devons le premier dictionnaire alphabétique à entrées françaises (Dictionaire Françoislatin, 1539), ou de Paul Robert avec le Dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française (1953-1964). Joos Lambrecht, l’auteur du premier dictionnaire alphabétique néerlandais-français (Naembouck, 1542) en est également l’imprimeur.

13 La documentation du Französisches Etymologisches Wörterbuch de Walther von Wartburg comprend le dictionnaire néerlandais-français de Mat(t)hias Sasbout (1576) et le dictionnaire français-néerlandais de Elcie Edouard Leon Mellema (1630).

14 À cet égard, il convient de réévaluer le statut des « picardismes », souvent présentés dans les sources secondaires comme des traces de l’usage individuel de l’auteur ou du compilateur, et de les mettre en relation avec le processus de régionalisation du français qui débute au XVIe siècle.

15 Un travail de recensement des colloques français-allemand parus avant 1700 est en cours de réalisation à l’Université de Reims Champagne-Ardenne, en collaboration avec le projet Historische Fremdsprachenlehrwerke digital de l’Académie des Sciences de Berlin-Brandebourg.

16 Les articles sont cités ici d’après l’édition de 1575. C’est la seule édition du Vocabulaire de Berthout munie d’une table des matières.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Elizaveta Zimont, « La didactique au service de l’histoire et de la linguistique : colloques, dictionnaires et vocabulaires de FLE dans les Pays-Bas anciens (1500-1700) »Documents pour l’histoire du français langue étrangère ou seconde [En ligne], 71 | 2025, mis en ligne le 19 décembre 2025, consulté le 14 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/dhfles/11381 ; DOI : https://doi.org/10.4000/15ea7

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Auteur

Elizaveta Zimont

CIRLEP, Université de Reims Champagne-Ardenne - elizaveta.zimont@univ-reims.fr

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