Notes
Abréviations employées par la suite : ACJ (Archives du collège des Frères de Jérusalem), AMAE (Archives du ministère des Affaires étrangères), PRO (Public Record Office), AMG (Archives de la Maison Généralice des Frères des écoles chrétiennes), ANDS (Archives privées de Notre Dame de Sion), APF (Archives de la Propagation de la Foi), ASSJ (Archives privées des Sœurs de Saint Joseph).
Ces différents usages ne sont pas perçus comme contradictoires mais comme complémentaires durant la période ottomane.
Nous n’évoquerons pas ici les débats qui mettent en scène des pédagogues locaux, tels K. Sakakini, qui fonde l’école nationale Dusturiyya, à partir de 1909. Ces écoles proposent un enseignement en arabe et une focalisation sur la culture arabe et non plus essentiellement européenne. Nous nous intéresserons aux débats entre modèles missionnaires européens par rapport à la langue des missions et à la langue maternelle des élèves.
Le pouvoir ottoman va jusqu’à créer, sous l’impulsion directe de Victor Duruy, un lycée d’élite à Istanbul, cf. doctorat de Gulsun Guvenli (introduction), sur le lycée de Galatasaray d’Istanbul, soutenu en février 2008 à l’EHESS (non publiée). Les Jeunes Turcs auraient eu l’intention de confier aux Frères français des écoles chrétiennes les Ecoles normales du Liban, lettre du Frère Onésime à la Propaganda Fide, 1910, AMG, NH 701. Par certains aspects, le français semble donc participer en partie au processus « d’ottomanisation » défini à Istanbul.
Le consulat britannique ouvre ses portes en 1838, le consulat de France en 1843, et devient Consulat Général en 1891 avec davantage de pouvoirs puisque dépendant directement du MAE. « Jérusalem est depuis longtemps la ville des églises et des couvents; on pourrait présentement l’appeler la ville des écoles car ardent est le zèle pour la formation de la jeunesse qui s’est réveillé pour ne pas dire enflammé chez toutes les nations et les confessions. Bientôt la ville ne sera qu’une immense université. » ACJ, Institut archéologique allemand, 1905 (extrait de l’annuaire de la Palestine de l’Institut évangélique allemand d’archéologie de Terre Sainte à Jérusalem; les écoles populaires arabes de Jérusalem, par G. Eberhard, recteur à Zarrentin, Meclembourg).
C’est donc la ville de Palestine où les luttes d’influence entre les grandes puissances sont les plus fortes. L’expansion et la modernisation du système éducatif sont parallèles à celles du gouvernement et de l’armée, mais les demandes sont plus nombreuses que les places disponibles. Liant charges administratives et religieuses des notables, ce statut fait de la ville la capitale de la Palestine avant même qu’elle ne devienne une entité administrative et politique séparée en 1918. Elle acquiert le statut de sandjak (capitale de district) autonome en 1872. Elle est un centre de gouvernement, d’étude et consulaire, ainsi que du tourisme, des pèlerinages mais son commerce et son industrie ont une croissance moins forte que celle des villes littorales (Khalidi 1997 : 86, et Sanbar 2003 : 193).
L’expression est de P. Cabanel. Dès 1856 (fin de la guerre de Crimée, traité de Paix de Paris), la Sublime Porte accorde des terrains à la France et facilite l’installation des communautés religieuses françaises (en 1901: accords de Mytilène, 1913 : accords de Constantinople- préservation des droits des communautéschrétiennes). Toutes ces activités apportent un équilibre à la ville par rapport à l’essor du littoral palestinien (Laurens 2002 : I, 75-77. Jérusalem est donc à la marge de l’Europe occidentale, mais par un jeu de miroir, lui est étroitement lié, et représente bien plus que de simples intérêts linguistiques pour les nations concernées.
Statistiques fournies à la Maison Généralice en 1905, 1912 et 1921, AMG, NH 701, n°13 et ACJ, ASSJ, ANDS. Ces chiffres sont similaires à ceux envoyés au Consulat Général de France à Jérusalem. Le détail des différents ordres éducatif est fourni dans la deuxième partie de l’exposé.
Pour la période ottomane on peut aller jusqu’à évoquer une « francisation ».
Les élites qui appartiennent à l’administration ottomane venues de Palestine semblent davantage attachées aux écoles religieuses musulmanes, avant la première guerre mondiale, David Kushner. 1988. Palestine in the late Ottoman period : political, social, economical transformations. Leiden : Brill, p. 152. Après la première guerre mondiale, les élèves musulmans sont plus nombreux au sein des écoles françaises pour garçons ainsi que dans les établissements pour filles.
Cette expansion est également soutenue par l’Oeuvre des Ecoles d’Orient, créée en 1851.
Sont évoqués alors dans certains rapports, tels le rapport Charlot de 1906 et le rapport Pernot de 1912, le « prestige séculaire de la France au Levant, le protectorat exercé […] sur les Chrétiens de l’empire ottoman, la prépondérance des représentants de la France dans les affaires de la Sublime Porte et dans la défense des minorités, et surtout l’immense rayonnement de la bienfaisance française, par les hôpitaux, les écoles, les oeuvres de toutes les sortes », autant de causes qui ont créé en Palestine, d’après les auteurs de ces rapports, ce besoin du français.
Le P. Dhorme se fait l’écho de l’idée selon laquelle la maîtrise du français est consécutive à la classe sociale, « c’était le signe qu’on était sorti du niveau moyen », AMAE, Nantes, SOFE, O172, « La langue française en Palestine », 18 mai 1922.
22 000 habitants en 1870, 31 000 en 1880, 50 000 en 1900, enfin 70 000 en 1914, s’accompagnant à partir de 1892 de modernisations de ses structures urbaines (Sanbar 2003 : 43). L’anglais apparaît déjà à la fin du XIXe, comme une langue « fédératrice » (Tannous 1988 : IGT). L’auteur évoque la création de l’école Saint George’s à la fin du XIXe et l’importance de la culture sportive qui lui est liée.
Le lycée impérial ottoman n’ouvre ses portes que durant la première guerre mondiale, dans les locaux du collège des Frères, et ferme après la défaite ottomane dès l afin de 1917, ACJ, Historique,1880- 1900 ; Cuinet 1894-1895 et AMAE, série A, 78. Le Wali entretient des liens très cordiaux avec l’ordre français des Soeurs de Saint Joseph et d’autres ordres religieux français, ANDS, Jérusalem, Annales, 1872.
Ces établissements comportent généralement deux sections : une section payante plus hétérogène et une section gratuite qui continue à accueillir une majorité de catholiques plus pauvres.
ACJ, Institut archéologique allemand, 1905.
ACJ, Institut archéologique allemand, 1905. Mais si la France est présente au niveau économique dans la ville et, à une plus grande échelle dans la région de Jérusalem et Jaffa, notamment dans les secteurs bancaires (la branche du Crédit lyonnais ouvre en 1863), les concessions des premières lignes de chemin de fer (la ligne de chemin de fer Jérusalem- Jaffa est ouverte en 1892), son importance est toute relative pour de nombreux observateurs. « Allemands, Italiens et Autrichiens trouvent le moyen d’y faire d’excellentes affaires, les nôtres n’en font pas on est porté à conclure que la France produit peu et qu’elle a peu de commerce. Les produits français ne se trouvent nulle part, l’hôpital français achète toute sa pharmacie à des voyageurs allemands » (Pernot 1912 : 131).
Depuis 1862, beaucoup d’élèves juifs sont scolarisés en français dans les écoles de l’AIU (Alliance Israélite Universelle).
D’autres collèges existent, dont celui du Bishop Gobat fondé dès 1847, celle de Saint George’s, fondée en 1899; cf le tableau de recension des établissements, d’après les données fournies par l’Institut archéologique allemand en 1905, ACJ (Tab.2). L’école ottomane islamique est créée en 1906 (Fortna 2002).
La Turquie d’Asie, géographie administrative, statistique, descriptive et raisonnée de chaque province de l’Asie mineure, Paris : E. Leroux. A l’époque ottomane deux ordres surtout assurent 70% de l’enseignement : il s’agit des Sœurs de Saint Joseph et des Sœurs de Sion. Dès 1890 elles sont présentes sur l’ensemble du territoire palestinien. L’action éducative de ces ordres féminins s’accompagne généralement d’une action sanitaire auprès des populations urbaines mais aussi rurales. Les écoles musulmanes sont encore peu nombreuses jusqu’au début du XXe siècle, la première école ouvre ses portes en 1895, et accueille un petit nombre d’élèves (Greenberg 2004 : 1-19). En 1895, V. Cuinet ne recense que 100 filles scolarisées à Jérusalem et 50 à Jaffa.
Peu de listes complètes d’élèves ont été conservées pour l’époque ottomane.
Nous ne considérerons pas les raisons et les modalités politiques de la mise en place des différents systèmes éducatifs, dont l’ensemble des écoles catholiques françaises, qui sortent du cadre de notre étude, mais nous nous y référerons.
Le consul de France condamne, dès l’ouverture des établissements britanniques, la rivalité ouverte de l’Angleterre qui, par le biais de ses écoles, fait « mille efforts, impuissants, il est vrai, jusqu’à ce moment, pour créer en Palestine, par le prosélytisme, une nation anglaise. » Il note la qualité de leur système éducatif, qui a pour lui « une supériorité incontestable sur tous les autres chrétiens indigènes », APF, 0082, E20, Le Consul de France à Jérusalem à la Propagation de la Foi, 16 mars 1845, il y critique vivement l’éducation dispensée par les franciscains.
Pendant la période ottomane, les langues dominantes au sein de la population de Jérusalem ne sont pas officielles dans l’empire ottoman, ce qui implique un rapport difficile à la langue turque que beaucoup de Palestiniens, même issus des couches les plus aisées de la population, ne maîtrisent guère. Cependant, ce statut des langues minoritaires implique que des libertés politiques et linguistiques sont reconnues aux différentes communautés par l’administration ottomane.
« Les écoles françaises, presque toutes entre les mains des ordres religieux d’hommes et de femmes étaient sans cesse obligées de s’étendre ou de se multiplier pour satisfaire à ce besoin. Les établissements rivaux quelle que fût leur origine, devaient faire entrer le français dans leurs programmes. Les oeuvres indigènes faisaient passer le français aussitôt après l’arabe dans leurs préoccupations scolaires ». AMAE, Nantes, SOFE, O172, P. Dhorme, « La langue française en Palestine », 18 mai 1922.
En 1900, 11 écoles gouvernementales pour garçons (soit 3 761 élèves), 38 écoles privées chrétiennes (soit 6 630 élèves) et 7 écoles privées musulmanes (soit 1 101 élèves) (Riffier 2000 : 281). Ce système est contrôlé par le ministère de l’éducation à Istanbul, tandis que les écoles privées musulmanes, juives et chrétiennes, préalablement approuvées par ce ministère, sont plus autonomes. Il est officiellement ouvert aux élèves de l’empire de toutes religions et de tous groupes ethniques, mais dans les faits si l’on considère les chiffres de plus près, la plupart des élèves sont musulmans. C’est la langue turque qui est fondamentale dans cet apprentissage. De nombreux élèves sont tentés d’effectuer leur scolarité dans les établissements missionnaires, où l’apprentissage du turc est facultatif (même remarque pour l’enseignement des filles). La réglementation pour l’Instruction Publique est promulguée le 1er septembre 1869.
L’expression est du linguiste L.J. Calvet.
ACJ, rapport de l’institut archéologique allemand, 1905.
Le fait que les élèves intègrent tout type de position dans l’administration et qu’il leur soit possible d’accéder à la plupart des postes indique leur niveau, moins spécialisé que celui des élites libanaises.
Handbook of Palestine, 1927, p 179
1848 Soeurs de Saint Joseph (Jérusalem, 1849 Jaffa, 1853 Bethléem, 1872 Ramleh, 1873 Ramallah, 1875 Beit Jalah, 1889 Nazareth, 1904 Naplouse) ; 1855 Dames de Nazareth ; 1856 Soeurs de Sion (1874 Saint Pierre de Sion pour garçons) ; 1876 Frères des écoles chrétiennes (Jérusalem, 1882 Jaffa, 1884 Caiffa, 1893 Bethléem et Nazareth) ; 1880 Soeurs du Rosaire ; 1886 Filles de la Charité (Saint Vincent de Paul) ; 1909 Franciscaines missionnaires de Marie.
Même en période de tensions aigues entre les missions catholiques et le gouvernement de la IIIe République, des honneurs sont rendus aux ordres religieux en Palestine. C’est notamment le cas pour le fondateur des collèges des Frères de Palestine, le Frère Evagre, qui obtient entre autres les Palmes d’officier d’académie, et le Brevet d’officier de l’Instruction Publique (le P. Dhorme est décoré de la légion d’honneur).
Dans les accords internationaux, le Protectorat catholique français est un privilège reconnu à la France en 1740, de protéger partout, notamment dans les lieux saints, les personnes et les oeuvres catholiques latines étrangères, et quelle qu’en soit la nationalité, AMAE, Nantes, série A, 78 THOBIE, Jacques, 1977. « La France a-t-elle une politique culturelle dans l’empire ottoman à la veille de la première guerre mondiale ? » in Intérêt et impérialisme français dans l’empire ottoman 1895-1914, Paris : Publications de la Sorbonne, p 366. En 1901, pour obliger le sultan à honorer certaines dettes et à accepter les exigences de sociétés françaises, Paris monte une intervention navale qui aboutit à l’occupation des douanes de l’île de Metelin. Ce coup est l’occasion, pour le gouvernement français, d’exiger de Constantinople la délivrance de firmans à tous les établissements scolaires, hospitaliers et religieux agrandis ou construits sans autorisation depuis le traité de Berlin (1878). En 1913, dans le cadre des négociations qui mènent au grand emprunt de consolidation et qui définissent les zones d’influence étrangère dans l’Empire, Paris impose l’extension ou l’acquisition de plusieurs privilèges pour tous les établissements français ou protégés dont la liste est soigneusement établie (exemption des taxes municipales directes, possibilité pour les établissements reconnus de posséder tous les immeubles -affranchis de l’impôt foncier). Cet accord établit des conditions très favorables à une accélération de la progression de l’enseignement de la langue, de l’histoire et de la culture française dans l’empire ottoman.
M. Charlot est envoyé par une commission française dont le but est la diffusion de la langue française ; s’il critique de manière globale les méthodes d’apprentissage des établissements congréganistes, il insiste sur l’influence et aussi l’efficacité de ces établissements auprès de la population de la vieille ville. Le rapport Pernot, élaboré dès 1912, à la suite du voyage du délégué du Comité pour les intérêts français, vante l’enseignement des Frères et des Sœurs sur plusieurs points, et en particulier le prestige, le nombre d’élèves et les diplômes.
La porte Neuve est ouverte en 1889, à l’initiative de la France. Cette ouverture est significative de l’importance de la présence « spatiale » de la France.
Rapports au MAE, et Riffier 2000.
Le traité de Berlin (1878), tout en réservant les droits de la France, avait reconnu à chaque puissance le droit d’exercer partout, au profit de ses propres nationaux, ce type de protection.
L’auteur évoque davantage la naissance d’une « politique culturelle » dont l’aspect linguistique constitue une branche.
Capitulations: exemptions juridictionnelles et fiscales s’appliquant aux ressortissants « francs » des Echelles du Levant, muées au XIXe pour des individus ou groupes communautaires, statut d’extraterritorialité, garanti par consuls européens.
Selon les Annales des Soeurs de Saint Joseph et des Frères des écoles chrétiennes, curriculum commun (écoles payantes):
Français (lecture, dictée, grammaire, composition, morale), arabe, anglais
Histoire, géographie, dessin, musique, gymnastique
Mathématiques (arithmétique, algèbre, géométrie)
Pour les filles: couture, broderie, tricot (autres langues étrangères: allemand et grec) ; pour les garçons: sciences (physique, chimie, sciences naturelles), dactylographie, comptabilité.
Au sein des écoles catholiques, différence notable avec les écoles paroissiales tenues par les franciscains (et plus tard le Terra Sancta college qui accueille les élites sous les Mandat) : l’arabe est mis à l’honneur, Fra d’Aleppo élabore des ouvrages en arabe, ACJ, Institut archéologique allemand, 1905.
ACJ, Institut archéologique allemand, 1905.
ACB, dossier « Ecole normale ».
ACJ et AMG, Etats jaunes : relevés statistiques du personnel.
Il est intéressant d’observer dans ce contexte linguistique la naissance de l’ordre éducatif local des Sœurs du Rosaire, issu des Sœurs de Saint Joseph, animé par le chanoine du Patriarcat latin Don Tannous. Les Sœurs enseignent en arabe essentiellement et consacrent quelques heures à langue française, davantage enseignée comme une langue étrangère. En 1895, plus de 70% d’entre elles sont françaises dans les sections payantes (50% en moyenne dans les sections gratuites), cette proportion ne change guère durant la période considérée, Cuinet, Vital, op.cit., p 526.
Encyclique Maximum Illud de 1919 et AMG, Patriarcat latin de Jérusalem, note aux écoles catholiques sur le catéchisme.
Encyclique de 1894, Dignitas Orientalum, de Léon XIII. Les Sœurs de Saint Joseph s’établissent en dernier dans la ville de Naplouse, elles prennent conscience très rapidement de la difficulté à convertir. ASSJ, Historique de Naplouse, elles désirent notamment répondre à la présence des religieuses anglicanes et protestantes dès 1880.
Les Sœurs de Sion ont pour « vocation première » la conversion d’Israël, mais cette volonté de conversion s’exprime essentiellement par des prières et actions de grâces et non par un prosélytisme actif. De 1883 à 1930, on relève en effet une cinquantaine d’abjurations d’élèves orthodoxes et protestantes et une cinquantaine de conversions d’élèves juives (dans ce cas, il faut tenir compte de la conversion de certaines familles de 4 à 8 membres, ce qui relativise le nombre total de conversions). Les Annales insistent sur le fait que le légat met plusieurs obstacles avant d’autoriser ces conversions, ANDS, Journal de l’Ecce Homo, et cahiers des conversions et des abjurations (1865-1944).
Ceci a également sans doute pour but de rassurer l’opinion publique et les organismes français qui soutiennent financièrement les établissements, de mettre en valeur leur rôle missionnaire.
Plusieurs cas apparaissent dans les archives (par exemple une élève protestante anglophone venue pour l’apprentissage du français chez les Sœurs est « touchée » par la méthode, le « souvenez-vous à Joseph » et se convertit au catholicisme, selon ASSJ).
Chez les Sœurs de Saint Joseph, les ¾ des élèves restent catholiques (romaines et orientales de tous rites). Ce recrutement multicommunautaire se maintient, malgré les dangers de placer les filles « chez les Européens » comme le font ressortir les avertissements de certaines organisations musulmanes et juives aux parents. Selon ces organisations, les fillettes seraient plus exposées à « se perdre », à « lire de mauvais ouvrages » et à des risques de perte de leurs repères identitaires et linguistiques (ANDS, Journal de l’Ecce Homo).
AMG, correspondance avec la Propaganda Fide, 1890, 1898, 1910, au sujets des « dissidents » dans leurs écoles.
AMAE, Nantes, OBIP, dossier des écoles missionnaires françaises.
Le Levant indique ici la zone s’étendant de l’Egypte au nord du Liban (terme utiliser jusqu’à la première guerre mondiale). En 1919, G. Clémenceau, président du Conseil, au début de la conférence de paix, renonce explicitement à la Palestine, mais pas au Protectorat. En décembre 1917, lorsque le général Allenby est escorté par le Haut-Commissaire français François Georges Picot lors de son entrée à Jérusalem, le Protectorat a déjà cessé depuis 1914, date à laquelle les Capitulations ont été abolies. Le traité de San Remo (24 avril 1920) accorde le Mandat français sur la Syrie et le Liban, la France renonce officiellement au protectorat, AMAE, E, Levant, Palestine 8, n° 37, Doulcet à Millerand; AMAE, Nantes, série A, 52 à 57, 78. Mais si Paris se désengage au niveau du Protectorat, elle ne renonce pas à ses prolongements scolaires.
Le nouveau pape Benoît XV à une position très tranchée vis-à-vis du nationalisme des missionnaires et de l’utilisation de la langue nationale au sein des écoles, qualifiant de « peste la plus affreuse » la considération des intérêts des pays des missionnaires.
PRO, Annual Report, Education, 1930., « Foreign missions schools ».
A partir de 1914, la population juive est 3 fois plus nombreuse que la population chrétienne (45 000, 16 000 chrétiens, 11 000 musulmans). A partir des années 1920, le mouvement juif nationaliste (notamment Z. Jabotinsky) lance un appel à la langue française, en réaction contre les Britanniques.
Dans l’espace public, le français passe du statut de « vitrine de la France » au français langue étrangère, en raison d’une diffusion inopérante.
AMAE, Nantes, SOFE, O172, P. Dhorme, « La langue française en Palestine », 18 mai 1922.
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