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Minorités, diasporas, bienfaisance : enjeux communautaires et fabrique des appartenances en Égypte, (xixe‑xxe siècles)

Introduction
Angelos Dalachanis et Annalaura Turiano

Texte intégral

  • 1 Archives privées de S.N. Journal personnel de S.N concernant l’orphelinat Kaniskereion. Sans date (...)

« La crainte de Dieu et l’amour de la patrie sont enseignés [...] par les professeurs dans les collèges et les lycées et par les prêtres dans les églises. Afin de connaître la terre de leurs pères, les élèves qui sont à l’étranger, et qui en ont les moyens financiers, se rendent en Grèce une fois par an. Chaque année, les Koinotites organisent des excursions en groupe pour permettre aux plus démunis de connaître le pays qui a écrit la plus grande histoire du monde. En 1937, [...] [l’orphelinat] Kaniskereion a effectué une excursion de 40 jours dans notre chère Grèce. [...] Dieu m’a aidé à visiter notre patrie avec le groupe d’orphelins »1.

  • 2 La notion de « minorité » ne revêt pas ici le caractère juridique, formaliste et normatif qui ser (...)

1C’est avec ces phrases qu’un pensionnaire d’un orphelinat grec d’Alexandrie en Égypte ayant participé à l’excursion de 1937, commence à consigner ses impressions dans son journal personnel. Son témoignage illustre de façon éloquente la manière dont les institutions diasporiques de bienfaisance, en l’occurrence les Koinotites et les orphelinats grecs en Égypte, prétendaient fonctionner comme mécanismes d’encadrement des solidarités et de consolidation des appartenances nationales dans une terre d’accueil étrangère. L’articulation entre bienfaisance et fabrique des appartenances, qu’elles soient communautaires, ethniques, nationales, ou encore confessionnelles constitue l’objet de ce dossier thématique, qui se concentre sur différentes minorités et communautés diasporiques (arméniennes, coptes, grecques, italiennes et juives, notamment) vivant en Égypte pendant le xixe et jusqu’au milieu du xxe siècle2.

  • 3 Atelier organisé en avril 2010 dans le cadre du projet Alexandrie ottomane et moderne (2007‑2010) (...)

2Ce dossier raconte une histoire longue, à cheval sur deux siècles, mais longue est aussi l’histoire de la gestation de ce dossier. Elle remonte à avril 2010, à Alexandrie, au moment où le Centre d’études alexandrines (CEAlex‑USR 3134) accueillait un atelier coorganisé avec l’Institut de recherche et d’études sur le monde arabe et musulman (IREMAM‑UMR 7310) intitulé A Social Sciences Approach to Alexandrian Cosmopolitanism: Stakes and Limits3. Cet atelier a constitué la première étape d’une série de rencontres, organisées par un groupe de doctorants, et visant à renouveler le débat historiographique autour des appartenances en Égypte, en cherchant à interroger les paradigmes trop souvent idéalisés des « communautés » et du « cosmopolitisme ».

  • 4 Cette journée a pu être organisée grâce au soutien de Frédéric Abécassis, Tassos Anastassiadis, F (...)
  • 5 Anastassios Anastassiadis (dir.), Voisinages fragiles : les relations interconfessionnelles dans (...)
  • 6 Mathilde Monge et Natalia Muchnik, L’Europe des diasporas : xvie-xviiie siècle, Paris, Puf, 2019  (...)

3C’est dans la continuité de ces manifestations et des collaborations qu’elles ont permis de nouer, qu’une journée d’étude sur la bienfaisance et les diasporas a été organisée en octobre 2020 [en ligne], avec le soutien de l’École française d’Athènes, de l’École française de Rome, de l’Institut français d’archéologie orientale et du Centre d’études alexandrines4. Ce dossier représente une sélection des contributions présentées à cette occasion qui a été enrichie par d’autres articles. Il entend dialoguer avec les études récentes sur les diasporas, qui ne voient pas une tension permanente entre celles‑ci et les États‑nations, mais les placent au point de rencontre des nations et des empires5. Par le choix du terrain égyptien, les auteurs de ce dossier entendent mettre à l’épreuve des paradigmes historiographiques, relatifs à l’élaboration des identités collectives, essentiellement forgés sur les terrains européens6.

4Si la Méditerranée orientale représente un cadre pertinent pour l’étude du phénomène diasporique, l’Égypte constitue un observatoire privilégié. Les trois diasporas dites historiques (arménienne, grecque et juive) y sont présentes au moins pendant près d’un siècle et demi. D’autres populations issues des migrations méditerranéennes comme celles en provenance du Mezzogiorno italien ou des provinces de l’Empire ottoman (communautés syro‑libanaises, les Shawâm en arabe), s’installent en Égypte au cours du xixe siècle. Initialement favorisée par les politiques réformatrices de Mehmed Ali (1805‑1848), l’arrivée de nouveaux migrants est aussi encouragée par ses successeurs. Après la guerre de Crimée (1853‑1856), l’Égypte s’intègre au système capitaliste mondial. C’est alors le temps de l’implantation des entreprises multinationales, de l’expansion de la culture du coton, de la transformation de l’espace et des communications grâce aux grands travaux d’infrastructure, tels que les voies ferrées, les ports et, notamment, le percement du canal de Suez.

  • 7 Les capitulations sont des conventions entre le Sultan ottoman et différents pays, qui accordent (...)
  • 8 Ancienne tradition en usage dans toutes les échelles depuis les premières capitulations signées e (...)
  • 9 Robert Ilbert, Alexandrie, 1830-1930 : ii : Histoire d’une communauté citadine, Le Caire, Institu (...)

5Cette période est marquée par les réformes ottomanes et celles entreprises par les Khédives d’Égypte qui fixent entre autres les cadres institutionnels des communautés, ainsi que par le régime d’extraterritorialité dont bénéficient les ressortissants étrangers dans l’Empire ottoman, connu sous le nom de capitulations7. Celles‑ci permettent aussi à des sujets ottomans originaires d’autres provinces de se placer sous la protection de certains consulats européens8. Ce cadre juridique, qui offre la possibilité de combiner l’appartenance à des communautés multiples, se perpétue jusqu’en 1949, date de l’abolition définitive des capitulations9.

  • 10 Colette Dubois, « Avant‑première : Suez, un cas de migration forcée (1956‑57) », Civilisations, 4 (...)

6Pendant un siècle et demi, ces différentes populations vivent dans un contexte politique où s’enchaînent, se synchronisent et se superposent des formes de domination impériale, coloniale et nationale. L’Égypte gagne son autonomie vis‑à‑vis de la Sublime porte, mais est contrôlée par les Britanniques à partir de 1882, et ce au moins jusqu’à son indépendance nominale en 1922. En 1937, à Montreux le mouvement national égyptien réussit à obtenir l’abolition des capitulations, qui prend totalement effet en 1949 après une période transitoire de 12 ans. En 1952, le coup d’État des Officiers libres fait entrer l’Égypte dans une nouvelle ère, qui sera largement définie par la nationalisation de la Compagnie universelle du canal maritime de Suez le 26 juillet 1956 et par la crise de Suez. Entre les années 1940 et les années 1960, la plupart des minorités et communautés diasporiques, qui ont bénéficié jusqu’alors des avantages octroyés par les capitulations, voient leur poids démographique diminuer. Leur départ sera accéléré suite à la crise de Suez soit en raison d’expulsions soit en raison de mesures législatives dans le cadre d’une économie de plus en plus contrôlée par l’État égyptien10.

7Ce contexte politique et démographique extrêmement mouvant oblige les différentes instances communautaires à se réinventer et à négocier en permanence les termes de leurs appartenances. Comment les structures et les pratiques de bienfaisance contribuent à ces reconfigurations ? De quelles manières participent‑elles à la construction d’horizons d’appartenance collective et quels liens de solidarité permettent‑elles de forger ? Ce dossier interroge la bienfaisance en tant que dispositif central dans les processus de négociations identitaires et de réajustement des structures communautaires à l’œuvre ; les articles qui le composent analysent comment ces pratiques permettent d’envisager les solidarités entre les différentes communautés d’une même diaspora et de forger des liens tout autant matériels que symboliques à la fois avec la métropole, le pays d’accueil et, dans une moindre mesure, avec d’autres groupes diasporiques du pourtour de la Méditerranée.

  • 11 Sur les mondes de la bienfaisance, Laura Ruiz De Elvira Carrascal et Sahar Aurore Saeidnia (dir.) (...)
  • 12 Marc Bonner, Mine Ener et Amy Singer (eds), Poverty and Charity in Middle Eastern Contexts, New Y (...)
  • 13 Sur les institutions charitables et les fondations pieuses (awqaf) dans l’Empire ottoman, voir en (...)

8Par bienfaisance, nous entendons un ensemble hétérogène d’œuvres, de dispositifs et des pratiques collectives d’aide et de secours visant les pauvres, les migrants, les rescapés (ayant fui les génocides, les pogroms, les guerres) ou encore les veuves et les orphelins11. Ces œuvres se déploient dans un espace multiconfessionnel où les pratiques caritatives islamiques côtoient d’autres traditions du don12. Portée aussi bien par l’État que par d’autres acteurs, l’action caritative prend des formes diverses dans l’Égypte khédiviale : au‑delà de l’aumône rituelle (Zakât, Tsédaqa), les dons à titre individuel, les legs et les fondations pieuses (awqâf) marquent de leur empreinte l’espace social de la bienfaisance13.

9Liées à l’émergence d’une pensée de la réforme sociale, des formes collectives d’aide et de secours, telles que les associations de bienfaisance, les sociétés de secours mutuel et les organisations philanthropiques, pour n’en citer que quelques‑unes, voient leur nombre augmenter à la fin du xixe siècle. C’est à l’analyse de ces organisations ainsi que des structures caritatives communautaires comme les hôpitaux, les écoles, les orphelinats, les asiles de vieillards, qu’est consacré ce dossier. Si la plupart de ces œuvres fonctionnent au quotidien, d’autres sont plus ponctuelles, créées en réponse à un événement spécifique ou à une situation d’urgence comme le bombardement britannique d’Alexandrie de 1882 ou encore la Première Guerre mondiale.

  • 14 Stéphane Baciocchi, Thomas David, Lucia Katz, Anne Lhuissier, Sonja Matter et Christian Topalov, (...)
  • 15 Catherine Duprat, Usage et pratiques de la philanthropie : pauvreté, action sociale et lien socia (...)
  • 16 Nadir Özbek, “Philanthropic Activity, Ottoman Patriotism, and the Hamidian Regime, 1876-1909”, In (...)
  • 17 À propos des liens entre patriotisme et philanthropie en Italie au xixe siècle, voir Azzurra Tafu (...)

10Les acteurs étudiés ici mobilisent différents termes pour qualifier leurs activités et engagements (charité, philanthropie, assistance ou encore solidarité). Ni neutres ni interchangeables, ces termes sont eux‑mêmes des instruments et des enjeux de luttes14. Dans le premier xixe siècle en France, le terme « philanthropie » désigne de nouvelles formes d’engagements moraux et sociaux pour le « bien », et rallie un certain nombre d’acteurs autour des idées de rationalité et d’engagement dans le monde. Il se confond à cette époque avec « citoyen » et « patriote »15. Ce sont des dynamiques similaires que l’on constate dans l’Empire ottoman finissant16, ou encore parmi les élites italiennes du Caire et d’Alexandrie au tournant du xixe siècle, chez qui la philanthropie est conçue et revendiquée comme un discours moral et un engagement social allant de pair avec le patriotisme hérité du Risorgimento17.

11C’est tout à la fois contre la « charité » et la « philanthropie », là où la première relèverait des institutions religieuses, et la dernière serait pratiquée par des organismes laïques soutenus souvent par le réseau consulaire ou gravitant autour de lui, l’une et l’autre perçues comme des instruments de domination, que se positionnent les groupes anarchistes et libertaires au sein des colonies italiennes d’Égypte au début du xxe siècle (Constantino Paonessa). Au nom de la « solidarité » et du « secours mutuel », ces derniers prennent des initiatives qui se veulent porteuses d’une vision alternative du lien social. Enfin, ce sont les catégories d’« assistance » et d’« assistés » que mobilisent les représentants du gouvernement italien (Joseph Viscomi) et les membres de la Koinotita grecque d’Alexandrie pour se référer aux secours prêtés aux ressortissants respectifs dans les années 1960 et 1970 (Eftychia Mylona).

Une historiographie riche, un chantier à défricher sur le terrain égyptien

  • 18 Christian Topalov (dir.), Philanthropes en 1900 : Londres, New York, Paris, Genève, [Ivry‑sur‑Sei (...)
  • 19 Fabio Giomi, Célia Keren et Morgane Labbé (eds), Public and Private Welfare in Modern Europe: Pro (...)
  • 20 Axelle Brodiez‑Dolino, « La sécularisation des valeurs de l’action sociale depuis la fin du xixe  (...)
  • 21 Benoît Challand, “A nahḍa of charitable organisations? Health service provision and the politics (...)
  • 22 Pour un bilan historiographique, voir Amy Fallas, “Charity and Philanthropy in Middle East Histor (...)
  • 23 L’expression est empruntée à Laura Ruiz De Elvira et Sahar Aurore Saeidnia (dir.), Les mondes de (...)
  • 24 Thomas Adam, Buying Respectability: Philanthropy and Urban Society in Transnational Perspective, (...)

12Une historiographie florissante s’intéresse depuis quelques décennies aux pratiques d’aide et des secours et à leurs différentes déclinaisons : la philanthropie, la charité, le care, l’humanitarisme18. Une partie de ces études analyse la bienfaisance dans son articulation avec l’émergence du welfare state19. D’autres s’intéressent à la dimension religieuse de la bienfaisance et interrogent la sécularisation des valeurs de l’action sociale depuis la fin du xixe siècle20. La dimension politique de ces pratiques est aussi explorée en relation aux logiques de contrôle social qu’elles sous‑tendent21. Ces questions sont étudiées sur différents terrains. La bienfaisance dans l’Empire ottoman et au Proche‑Orient fait l’objet depuis les années 2000 de travaux qui éclairent les politiques d’aide sociale, publiques et privées, leurs articulations ainsi que la dimension confessionnelle des dispositifs de secours22. Le tournant transnational a aussi concerné l’étude des « pratiques du bien »23, notamment de l’humanitaire et de la philanthropie, qui sont de plus en plus étudiés dans leur articulation avec les questions de genre ou l’émergence d’une bourgeoisie « globale »24.

  • 25 Mathieu Grenet, « Moralités marchandes et charités communautaires. Le cas des Grecs de Venise, xv (...)
  • 26 Mathieu Grenet, « Moralités marchandes et charité communautaire… », op. cit., p. 121.
  • 27 Natalia Muchnik, « Charité et communauté diasporique… », op. cit, p.13 ; Natalia Muchnik, « La ch (...)
  • 28 Colette Zytnicki et Juliette Sibon, « Charité et bienfaisance… », art. cit.

13Le présent dossier s’inscrit plus précisément dans l’ensemble des travaux qui analysent la manière dont la bienfaisance a été pensée et exercée en diaspora et dans le cadre des minorités. Les pratiques caritatives des diasporas en Europe et en Méditerranée25, notamment dans le cadre urbain, ont fait l’objet d’analyses qui éclairent leur centralité dans la définition des identités et le vivre ensemble communautaire. S’interrogeant sur la « fabrique communautaire », Mathieu Grenet a dévoilé les multiples enjeux (économiques, politiques et symboliques) de la prise en charge des activités caritatives à l’échelle communautaire26. Natalia Muchnik a montré qu’en tant qu’« agent de cohésion », le don est à même de transformer « un simple agrégat de migrants en une communauté à part entière »27. Ses travaux, comme ceux d’autres historiens modernistes, ont éclairé le rôle des pratiques de bienfaisance dans la définition des frontières des groupes et des contours d’une « communauté morale ». Ces pratiques sont souvent interrogées sur la longue durée, afin d’en mettre en avant les évolutions, tout autant que les formes historiquement datées, afin de ne pas essentialiser le devoir de charité (la zakât dans l’univers de la charité islamique ou la tsédaqah, dans le cas juif)28.

  • 29 Les travaux d’Eleonora Angella, Angelos Dalachanis, Constantino Paonessa, Joseph Viscomi, parmi d (...)
  • 30 Voir notamment Dario Miccoli, Histories of the Jews of Egypt: An Imagined Bourgeoisie, 1880s-1950 (...)

14Malgré le renouvellement des analyses sur les communautés diasporiques et les minorités sur le terrain égyptien29, le rôle de la bienfaisance dans l’élaboration et la reconfiguration des appartenances demeure, à quelques exceptions près30, un chantier à défricher. Pourtant, nous l’avons dit, en raison d’un système juridique pluriel et de la surimposition des appartenances, l’Égypte constitue un observatoire privilégié pour étudier ces dynamiques et analyser la manière dont elles accompagnent les recompositions identitaires à l’heure des transitions impériales. En interrogeant « la fabrique communautaire » au prisme de la bienfaisance, les articles de ce dossier s’écartent de l’approche statique des communautés et des minorités non‑musulmanes en Égypte et au Proche‑Orient, qui les a longtemps décrites comme des entités monolithiques et homogènes.

15La bienfaisance est envisagée ici comme révélateur, mais aussi comme enjeu, des rapports de force et des hiérarchies à l’œuvre au sein même des communautés. L’objectif scientifique est triple : il s’agit de montrer ce que le cas égyptien peut apporter aux études sur la bienfaisance en contexte diasporique ; comment le prisme de la bienfaisance permet de renouveler le regard sur les minorités et les diasporas en Égypte et au‑delà ; enfin, comment l’analyse des pratiques d’aide et de secours de ces populations nourrit l’historiographie sur la bienfaisance et le welfare dans l’Empire ottoman et au Proche‑Orient.

Horizons d’appartenance et « fabrique communautaire »

16À travers la bienfaisance, c’est la question de la « fabrique communautaire » qui guide l’ensemble du dossier : en quoi et comment les dispositifs d’aide (opérations de secours, collecte et distribution de fonds, legs, offre de soins et de scolarisation gratuite pour les plus démunis pour ne citer que quelques exemples) contribuent‑ils à la reformulation des frontières identitaires dans un contexte marqué par la superposition de différents régimes juridiques et statutaires, puis par les transitions des structures impériales et coloniales aux nationales ? Comment la bienfaisance participe‑t‑elle à l’ethnicisation des identités confessionnelles, linguistiques et historiques tout au long du xixe siècle, parallèlement à la montée des nationalismes ? Quels rôles jouent respectivement les structures communautaires, les réseaux consulaires, les associations et d’autres œuvres/organismes de bienfaisance dans ces processus ? C’est aussi la portée contestataire de ces pratiques qui est en jeu : en plus de contribuer à dessiner et/ou consolider des frontières identitaires, on s’est demandé si elles sont aussi un moyen de les défier.

17La multiplicité des statuts juridiques, dont celui de « protégé », permet de jouer sur plusieurs appartenances à la fois et d’utiliser des infrastructures d’aide adressées en priorité, si ce n’est exclusivement, aux ressortissants des puissances capitulaires. Quels usages font les récipiendaires de cette bienfaisance ? Quelles agentivités déploient‑ils au milieu de cette pluralité d’œuvres caritatives et philanthropiques ? L’analyse des usages de la bienfaisance peut ainsi permettre de réfléchir aux stratégies individuelles et à la construction « par le bas » des appartenances au‑delà des identités assignées.

18Un autre aspect que le dossier entend éclairer est l’impact des régimes juridiques spécifiques et des transitions politiques sur les institutions/dispositifs de bienfaisance et la reconfiguration de catégories d’appartenances qu’ils induisent. Dans un contexte à la fois colonial et diasporique, le régime capitulaire permet‑il de forger des pratiques spécifiques d’aide et de secours ? Singularise‑t‑il le cas égyptien au regard d’autres contextes diasporiques ? De fait, les négociations de la conférence de Montreux (1937) portent aussi sur le maintien des institutions de bienfaisance des anciennes puissances capitulaires en Égypte. Les restructurations de l’Égypte post‑capitulaire, le passage d’un ordre impérial à une Méditerranée décolonisée, induisent‑ils d’autres manières de dire et de faire « le bien », et par là une réélaboration des critères d’appartenance ?

  • 31 Alain Roussillon, « Savoirs réformistes et politiques en Égypte au tournant des années 1940 », Ge (...)

19Il s’est agi, dès lors, d’interroger également le lien avec les autorités locales (ottomanes, coloniales britanniques, égyptiennes, municipales) dans le contexte d’un nationalisme croissant et d’un progressif élargissement des politiques étatiques de prise en charge du social. En 1939, est créé le ministère égyptien des Affaires sociales (wizârat al‑shu’ûn al‑ijtimâ‘iyya), dont l’objectif est de s’atteler « de manière scientifique » à la réforme sociale et de centraliser les politiques d’assistance dévolues, jusque‑là, à d’autres administrations et à des organismes privés31. C’est la construction de l’État social égyptien, des politiques étatiques de protection sociale, que l’analyse de la bienfaisance en diaspora et en situation minoritaire permet d’entrevoir.

Acteurs, réseaux et pouvoir

  • 32 Stéphane Baciocchi et al., « Les mondes de la charité… », art. cit., p. 30 ; Christian Topalov, P (...)
  • 33 Paul Veyne, Le pain et le cirque : sociologie historique d’un pluralisme politique, Paris, Éd. du (...)

20À New York, Paris, Genève, et Londres, la bienfaisance est, au début du xxe siècle, une pratique de distinction et un lieu de solidarité entre élites. En témoignent notamment les soirées organisées à des fins de collecte d’argent (loteries, pièces théâtrales, etc.), véritables mises en scène de privilèges sociaux, et les pratiques de dons, dont le caractère performatif est mis en évidence par nombre de publications et d’imprimés32. À travers la bienfaisance, la bourgeoisie émergente affiche son pouvoir et son statut social et définit ses idées en matière de moralité publique et de respectabilité33.

  • 34 Pour ce qui est d’Alexandrie, voir Robert Ilbert, Alexandrie, 1830-1930…, op. cit., p. 38 sq.
  • 35 À propos des liens entre philanthropie et bourgeoisie musulmane dans l’Empire ottoman finissant, (...)

21En Égypte, les avantages fiscaux assurés par les capitulations et les possibilités de gain offertes par l’intégration du marché égyptien dans une économie‑monde permettent à certains individus d’accumuler d’immenses fortunes et d’asseoir leur statut social en très peu de temps34. Comment la bienfaisance participe‑t‑elle de ces dynamiques d’ascension et de mobilité sociale35 ? Comment s’articulent bienfaisance, régulation sociale et ordre cosmopolite libéral dans l’Égypte coloniale ?

  • 36 On retrouve des dynamiques similaires chez les coptes‑orthodoxes au début du xxe siècle. Voir à c (...)

22Au sein des instances communautaires, les rivalités – notamment entre la hiérarchie religieuse et les notables laïques qui réclament un rôle plus actif dans la gestion des affaires communautaires, y compris dans les activités caritatives (Anne Kazazian)36 – n’excluent pas les collaborations. Que révèlent ces dynamiques, non seulement de la dimension confessionnelle de la bienfaisance, mais aussi des réseaux intracommunautaires, des liens de clientèle qui se tissent autour des pratiques du don et des rapports de domination qui les sous‑tendent ?

  • 37 Françoise Battagliola, « Philanthrope et féministe. Itinéraire d’une bourgeoise picarde et vision (...)

23Retracer des trajectoires sociales, voire des « carrières de philanthropes »37, permet aussi de montrer comment la bienfaisance fonctionne en réseaux. Une telle approche est à même de renouveler l’histoire sociale des élites communautaires (Eleonora Angella). Pourtant, la bienfaisance n’est pas seulement « un sport de riches ». Il est possible de repérer d’autres modèles de secours et des pratiques d’entraide portés par des couches sociales plus modestes ou encore des groupes sociaux/politiques opposés aux élites dominantes. Que nous disent ces formes de solidarité, qui se veulent alternatives à l’évergétisme des notables, des rapports de force et des hiérarchies à l’œuvre au sein même des communautés ?

  • 38 Anastassios Anastassiadis, « Les pérégrinations de l’évergétisme en Méditerranée orientale, du xv (...)
  • 39 À propos des réseaux consulaires italiens en Méditerranée, voir Marcella Aglietti, Mathieu Grenet (...)

24Alors qu’en métropole l’entre‑deux‑guerres marque le passage progressif à un nouvel « évergétisme public », celui de l’État‑providence en gestation38, qu’en est‑il des populations en diaspora ? Y a‑t‑il reconfiguration des réseaux d’acteurs et de leurs pratiques d’aide ? Les instances communautaires connaissent‑elles des reconfigurations et quel rôle joue la bienfaisance au sein de ces dynamiques ? De leur côté, les réseaux consulaires assument‑ils de nouvelles prérogatives comme le suggère J. Viscomi à propos du cas italien ? Celui‑ci se caractérise en effet par une centralisation des politiques de bienfaisance autour des consulats, qui sont intégralement fascisés au début des années 193039.

  • 40 Margot Badran, Feminists, Islam, and Nation: Gender and the Making of Modern Egypt, Princeton, Pr (...)

25À quelques exceptions près, les acteurs étudiés sont des hommes et les contributions n’évoquent que marginalement la question du genre. Ce constat ne saurait pour autant faire oublier combien la bienfaisance, aussi bien en Égypte que dans d’autres contextes diasporiques, constitue une forme de professionnalisation pour les femmes issues de la bourgeoisie et de l’aristocratie notamment. Elle offre également un espace d’action publique et une possibilité d’émancipation relative des tutelles masculines, voire de lutte pour leurs droits40.

Au‑delà du communautaire : modernisation et réforme sociale

  • 41 Christian Topalov (dir.), Laboratoires du nouveau siècle : la nébuleuse réformatrice et ses résea (...)
  • 42 À propos de la réforme sociale en Égypte, voir Omnia S. El Shakri, The Great Social Laboratory: S (...)
  • 43 Pierre‑Yves Saunier, « Circulations, connexions et espaces transnationaux », Genèses, 57, 2004, n (...)

26Dans l’Égypte coloniale, l’aide aux pauvres et aux catégories les plus démunies, le secours d’urgence et l’éducation du « peuple » (pour ne citer que quelques domaines où s’exerce la bienfaisance) s’inscrivent progressivement dans une grammaire de la modernisation et du progrès social. Ces pratiques, en tant que tentatives de régulation du social, accompagnent l’élaboration d’un langage de la réforme porté par une « nébuleuse »41 d’acteurs, élites locales et allogènes42, notables communautaires et religieux, et ce dans un contexte d’internationalisation croissante des réseaux de la réforme sociale43.

  • 44 Ghislaine Alleaume, « Les voyages d’un paradigme : la réforme et ses usages (Égypte, xixe et xxe  (...)

27Ce sont les années de la formation d’un embryon d’espace public, dont témoigne le rapide développement de la presse et de l’édition, dans le dernier quart du xixe siècle (dont il est beaucoup question dans ce dossier, notamment pour ce qui est de la presse en d’autres langues que l’arabe), mais qui est aussi le résultat de l’impact plus grand que les politiques publiques ont sur la vie des individus. L’injonction de réforme n’est plus seulement le fait de techniciens de l’administration ou de gestionnaires de la chose publique, comme c’était le cas sous le règne de Mehmed Ali : elle alimente un débat d’opinion, qui engage les acteurs les plus divers (A. Fallas)44.

  • 45 À propos de la construction du modèle égyptien de welfare, voir l’ouvrage collectif coordonné par (...)
  • 46 Mary Poovey, Making a Social Body: British Cultural Formation, 1830-1864, Chicago/Londres, Chicag (...)

28Dans ce contexte de circulation de savoirs sur la réforme et de mise en œuvre d’initiatives plurielles, ce dossier s’intéresse à la modernisation et à l’évolution des pratiques du don, de leurs formes et de leurs contenus : par exemple, y a‑t‑il passage des pratiques caritatives à une philanthropie « scientifique », préconisant d’autres formes et objectifs d’intervention sociale ? Ces dynamiques doivent être inscrites dans le contexte plus large de rationalisation et de réglementation du système d’aide sociale (Alon Tam)45. Au‑delà de la « fabrique communautaire », c’est donc la construction du social en tant que champ formé à partir des discours réformateurs (hygiène, éducation, moralisation de l’espace public) et de l’action sociale46, que les différentes contributions interrogent.

Langues, archives et perspectives

  • 47 Sur l’usage des statuts pour une histoire des associations philanthropiques, voir Fabio Giomi, «  (...)

29Les auteurs et autrices de ce dossier mobilisent une panoplie d’archives en plusieurs langues : anglais, arabe, arménien, français, grec, et italien, langues qui renvoient au plurilinguisme pratiqué au sein des milieux sociaux étudiés. À la variété des langues correspond celle des fonds d’archives et des types de sources mobilisés, tous d’un très grand intérêt pour les historiens du social : archives d’institutions religieuses, diplomatiques et consulaires, archives communautaires, sources orales, articles de presse, mémoires, statuts47, statistiques et rapports annuels rédigés à l’intention du ministère égyptien des Affaires sociales. Ces sources permettent d’interroger les profils et les trajectoires sociales des bienfaiteurs, tout comme leurs points de vue ou encore la perspective des États égyptien, grec et italien. Elles ont le plus souvent un caractère performatif, et participent pleinement de la célébration par les acteurs de leurs propres réalisations.

30Statistiques, statuts et rapports d’associations renseignent plus précisément sur la fabrique des catégories identitaires (confessionnelles, ethniques, nationales) mobilisées pour définir les membres, dans les cas d’associations de bienfaisance ou des institutions communautaires, et pour identifier les récipiendaires de l’aide. Si ces sources permettent de reconstituer les logiques d’inclusion et d’exclusion à l’œuvre, elles ne livrent que des renseignements génériques sur le profil social des bénéficiaires de l’aide (E. Angella), et rendent rarement compte de leur point de vue et de leur agentivité. En ce sens, l’approche microhistorique adoptée par A. Tam et J. Viscomi, ce dernier s’appuyant par ailleurs sur de nombreuses enquêtes orales, apportent un contrepoint original à une perspective étatique ou top-down hégémonique dans les travaux.

31La plupart des contributions partagent une approche internaliste et se focalisent sur une communauté spécifique. Elles révèlent notamment comment les acteurs et les œuvres qu’ils animent travaillent de manière isolée ou en réseau à l’échelle communautaire, dans un univers de la bienfaisance qui reste fragmenté. Si des initiatives et des collaborations intercommunautaires peuvent être relevées, ces dernières restent exceptionnelles et se déploient surtout en période de crise (épidémies de choléra, révolution ‘urabiste, premier conflit mondial), ou tout au plus pour des causes spécifiques (secours d’urgence) (G. Argiantopoulos). La majorité des œuvres dont il est question (écoles, hôpitaux, orphelinats) sont ouvertes en principe à l’ensemble de la population sans distinction de nationalité et ou de religion ; dans la réalité des pratiques de bienfaisance, la mixité des récipiendaires reste relative. On soutient au premier chef le même, un autre soi. En ce sens, la bienfaisance semble participer à l’homogénéisation ethnique, confessionnelle et nationale qui se met en place à mesure que le cadre impérial et communautaire cède le pas aux structures de l’État‑nation.

  • 48 Robert Ilbert, Alexandrie, 1830-1930…, op. cit.
  • 49 Annalaura Turiano, « État, réformistes et philanthropes : un état des lieux de l’offre d’enseigne (...)
  • 50 Marie‑Carmen Smyrnelis, « Coexistence et réseaux de relations à Smyrne aux xviiie et xixe siècles (...)

32En même temps, l’univers philanthropique n’est pas aussi étanche et compartimenté que le décrit en 1918 le consul italien du Caire Paolo Brenna, cité par E. Angella. D’une étude à l’autre, des pratiques et des domaines d’intervention similaires ainsi que des discours partagés sur la réforme sociale ont pu être esquissés. Si la dimension spatiale de la bienfaisance demeure un objet d’enquête à défricher, les auteurs suggèrent que les théâtres, les loteries sont autant de lieux et d’occasions de sociabilités philanthropiques intercommunautaires. Aussi, il arrive que par la pratique du don monétaire à destination de telle ou telle autre institution de bienfaisance et dans la composition des conseils d’administration de certaines sociétés philanthropiques, les barrières ethniques, nationales et confessionnelles soient parfois franchies (G. Argiantopoulos et A. Fallas). Ces cas sont illustratifs d’une « communauté d’intérêts » philanthropiques, pour reprendre l’expression employée par Robert Ilbert à propos de la Municipalité alexandrine48. Les notables et les classes moyennes montantes partagent des pratiques qui dessinent les contours d’un « cosmopolitisme de la bienfaisance »49. En retour, celles‑ci contribuent à forger l’espace social des notables et des classes dominantes, marqué, comme le souligne Marie‑Carmen Smyrnelis à propos du cas de Smyrne, « par une hétérogénéité ethnique, confessionnelle, et nationale et une homogénéité sociale »50.

33Reste à creuser davantage quels usages font les récipiendaires de l’aide de cette bienfaisance. Dans un contexte marqué par une pluralité de statuts juridiques, les acteurs diversifient leurs stratégies. En fonction des circonstances, les sujets ottomans qui jouissent d’une protection peuvent faire valoir leur statut de protégés à leur avantage, afin de bénéficier des dispositifs d’aide prévus pour les ressortissants de telle ou telle puissance capitulaire (A. Tam). Ces actions et stratégies sont d’autant plus intéressantes à analyser qu’elles permettent d’apporter une perspective plus « actorielle » et stratégique aux récits sur la construction des appartenances.

34En ce sens, ce dossier invite à poursuivre la réflexion à l’échelle égyptienne, dans une perspective d’histoire connectée des « pratiques du bien » et au prisme des échanges quotidiens entre les multiples acteurs qui les investissent. Il ouvre la voie également à une histoire multi‑située et translocale, afin d’analyser comment les dispositifs et les réseaux de la bienfaisance relient les diasporas en Méditerranée à la fois entre elles et avec la métropole, tout en étant très fortement ancrés dans le terrain sur lequel ils se développent.

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Notes

1 Archives privées de S.N. Journal personnel de S.N concernant l’orphelinat Kaniskereion. Sans date. Nous remercions Irini Chryssocheri qui nous a permis l’accès à cette source précieuse.

2 La notion de « minorité » ne revêt pas ici le caractère juridique, formaliste et normatif qui sera le sien à la suite des traités internationaux réglant la Grande Guerre et ses répliques. Nous l’envisageons dans son acception la plus large, matérielle, démographique, traduisant une asymétrie de pouvoir entre la population « majoritaire » et la population « minoritaire », sans que l’on retrouve dans les termes en vigueur sous l’Empire ottoman pour désigner les populations non‑sunnites, tels que taifa, cemaat, et, éventuellement, millet. Voir Valérie Assan, Bernard Heyberger et Jacob Vogel (dir.), Minorités en Méditerranée au xixe siècle : identités, identifications, circulations, Rennes, Pur, « Histoire », 2019.

3 Atelier organisé en avril 2010 dans le cadre du projet Alexandrie ottomane et moderne (2007‑2010) porté par Ghislaine Alleaume et Michel Tuchscherer, <http://ottoman.cealex.org/spip.php?rubrique4>.

4 Cette journée a pu être organisée grâce au soutien de Frédéric Abécassis, Tassos Anastassiadis, Fabrice Jésné, Marie‑Dominique Nenna, et Gilles de Rapper.

5 Anastassios Anastassiadis (dir.), Voisinages fragiles : les relations interconfessionnelles dans le Sud-Est européen et la Méditerranée orientale, 1854-1923 : contraintes locales et enjeux internationaux, Athènes, École française d’Athènes, « Mondes méditerranéens et balkaniques, 5 », 2013, Doi : <https://doi.org/10.4000/books.efa.8735> ; Antony Gorman et Sossie Kasbarian (dir.), Diasporas of the Modern Middle East: Contextualising Community, Edinbourgh, Edinburgh University Press, 2015 ; Mathieu Grenet, La fabrique communautaire : les Grecs de Venise, Livourne et Marseille, Athènes/Rome, Écoles françaises d’Athènes et de Rome, « Collection de l’Écoles françaises de Rome, 521 ; Mondes méditerranéens et balkaniques, 9 », 2016, Doi : <https://doi.org/10.4000/books.efa.9000> ; Susanne Lachenicht et Mathilde Monge (dir.), Diasporas. Circulations, migrations, histoire, 34‑« Nations et Empires », 2019, Doi : <https://doi.org/10.4000/diasporas.3857>.

6 Mathilde Monge et Natalia Muchnik, L’Europe des diasporas : xvie-xviiie siècle, Paris, Puf, 2019 ; voir aussi le programme de recherche Solidamin, financé par l’Agence nationale de la recherche et porté par Mathilde Monge (2022‑2024). Ce programme postule que les dispositifs charitables et les réseaux d’entraide des minorités religieuses à l’époque moderne sont des incubateurs d’évolutions socio-religieuses plus vastes dont l’élaboration d’identités collectives à travers l’Europe <https://solidamin.hypotheses.org/>.

7 Les capitulations sont des conventions entre le Sultan ottoman et différents pays, qui accordent aux citoyens de ces pays l’autorisation de voyager et de commercer librement, des exonérations d’impôt, la liberté de culte et l’inviolabilité du domicile ; en matière pénale, ces étrangers ne peuvent être jugés que par leurs propres consuls ou par les Tribunaux mixtes établis en 1875. Les pays qui ont signé des capitulations avec l’Empire ottoman à différents moments sont : l’Autriche, la Belgique, le Brésil, la Danemark, l’Espagne, les États-Unis d’Amérique, la France, la Grèce, l’Italie, les Pays‑Bas, le Portugal, la Prusse/l’Allemagne, le Royaume-Uni, la Russie, la Suède et la Suisse. Pour la question des capitulations, voir John E. Wansbrough, Halil Inalcik, A.K.S. Lambton et G. Baer, « Imtiyāzāt », in Hamilton A.R. Gibb (ed.), The Encyclopedia of Islam, 12 vol., Leiden, E.J. Brill, 1986, p. 1178‑1225.

8 Ancienne tradition en usage dans toutes les échelles depuis les premières capitulations signées entre la Sublime porte et la France de François 1er en 1536, le statut de protégé avait été accordé initialement aux drogmans et janissaires, puis aux courtiers des marchands français. Tout au long du xixe siècle, le système fut élargi à un certain nombre de sujets musulmans, chrétiens ou juifs. Le protégé d’un consulat européen bénéficiait d’un certain nombre de droits et de privilèges du pays protecteur, ce qui faisait l’attrait de ce statut. Beaucoup de non‑musulmans utilisèrent la possibilité de doubler leur statut de dhimmi d’une protection consulaire plus avantageuse. Bernard Heyberger, « Pour une histoire des notions de “minorités” et de “protection” », in Valérie Assan, Bernard Heyberger et Jacob Vogel (dir.), Minorités en Méditerranée au xixe siècle : identités, identifications, circulations, Rennes, Pur, « Histoire », 2019, p. 254.

9 Robert Ilbert, Alexandrie, 1830-1930 : ii : Histoire d’une communauté citadine, Le Caire, Institut français d’archéologie orientale, « Bibliothèque d’études, Institut français d’archéologie orientale, 112/2 », 1996 ; Frédéric Abécassis et Anne Le Gall‑Kazazian, « L’identité au miroir du droit. Le statut des personnes en Égypte (fin xixe‑milieu xxe siècle) », Égypte/Monde arabe, 11, 1992, p. 11‑38, consulté le 01 septembre 2023, URL : <http://journals.openedition.org/ema/296> ; Doi : <https://doi.org/10.4000/ema.296>. Will Hanley, Identifying with Nationality: Europeans, Ottomans, and Egyptians in Alexandria, New York, Columbia University Press, “Columbia studies in international and global history”, 2017.

10 Colette Dubois, « Avant‑première : Suez, un cas de migration forcée (1956‑57) », Civilisations, 40, 1992, nº 2, p. 128‑153, <http://www.jstor.org/stable/41229859> ; Joel Beinin, The Dispersion of Egyptian Jewry: Culture, Politics and the Formation of a Modern Diaspora, 1st ed., Berkeley, University of California Press, 1998 ; Angelos Dalachanis, The Greek Exodus from Egypt: Diaspora Politics and Emigration, 1937-1962, New York/Oxford, Berghahn, 2017; Joseph Viscomi, Migration and the End of Empire: Time and the Politics of Departure between Italy and Egypt, Cambridge University Press, à paraître 2024.

11 Sur les mondes de la bienfaisance, Laura Ruiz De Elvira Carrascal et Sahar Aurore Saeidnia (dir.), Les mondes de la bien-faisance : les pratiques du bien au prisme des sciences sociales, Paris, CNRS Éd., « CNRS Éditions [alpha] », 2021.

12 Marc Bonner, Mine Ener et Amy Singer (eds), Poverty and Charity in Middle Eastern Contexts, New York, SUNY Press, “SUNY series in social and economic history of Middle East”, 2003 ; Amy Singer, Charity in Islamic Societies, Cambridge /New York, Cambridge University Press, “Themes in Islamic history”, 2008 ; Amy Singer (ed.), International Journal of Middle East Studies, 46, 2014, nº 2‑“Politics of Benevolence”, <https://www.jstor.org/stable/i40131288> ; Nadir Özbek, “The Politics of Poor Relief in the Late Ottoman Empire, 1876‑1914”, New Perspectives on Turkey, 21, 1999, p. 1‑33, Doi : <https://doi.org/10.1017/S0896634600006361>.

13 Sur les institutions charitables et les fondations pieuses (awqaf) dans l’Empire ottoman, voir entre autres, Pascale Ghazaleh (ed.), Held in Trust: Waqf in Islamic World, Le Caire/New York, American University in Cairo Press, 2011 ; Isabelle Grangaud, « Les marmites du Bayt al‑mâl d’Alger. Charité, pouvoir et droits d’appartenance à l’époque ottomane », L’année du Maghreb, 23‑« Citoyennetés : pratiques et ressources », 2020, p. 97‑120, Doi : <https://doi.org/10.4000/anneemaghreb.6953>.

14 Stéphane Baciocchi, Thomas David, Lucia Katz, Anne Lhuissier, Sonja Matter et Christian Topalov, « Les mondes de la charité se décrivent eux‑mêmes. Une étude des répertoires charitables au xixe siècle et début du xxe siècle », Revue d’histoire moderne et contemporaine, 61, 2014, nº 3, p. 28‑66, Doi : <https://doi.org/10.3917/rhmc.613.0028> ; Alexandre Lambelet, « La philanthropie : usages du terme et enjeux de lutte », Ethnographiques.org, 2017, nº 34, <https ://www.ethnographiques.org/2017/Lambelet>, consulté le 26 juillet 2023 ; Myriam Catusse, « De quoi la bienfaisance est‑elle le nom ? », in Laura Ruiz De Elvira et Sahar Aurore Saeidnia (dir.), Les mondes de la bien-faisance : les pratiques du bien au prisme des sciences sociales, Paris, CNRS Éd., « CNRS Éditions [alpha] », p. 41‑52, <https://shs.hal.science/halshs-03083485/>.

15 Catherine Duprat, Usage et pratiques de la philanthropie : pauvreté, action sociale et lien social, à Paris, au cours du premier xixe siècle : 1 : Temps des philanthropes, Paris, Comité d’histoire de la Sécurité sociale, 1993, p. xxxi.

16 Nadir Özbek, “Philanthropic Activity, Ottoman Patriotism, and the Hamidian Regime, 1876-1909”, International Journal of Middle East Studies, 37, 2005, nº 1, p. 59‑81, Doi : <https://doi.org/10.1017/S0020743805050051>.

17 À propos des liens entre patriotisme et philanthropie en Italie au xixe siècle, voir Azzurra Tafuro, “A patriotic philanthropy? Female philanthropy and nation‑building in nineteenth century Italy”, Studi Storici, nº 1, 2018, p. 217‑244, <https://hdl.handle.net/11577/3467022>.

18 Christian Topalov (dir.), Philanthropes en 1900 : Londres, New York, Paris, Genève, [Ivry‑sur‑Seine], Créaphis Éd., « Lieux habités – histoire hurbaine », 2019 ; Nicolas Duvoux, « Philanthropie et prestige d’État en France, xixe‑xxe siècles », Genèses, 4, 2017, nº 109, p. 3‑8, Doi : <https://doi.org/10.3917/gen.109.0003> ; Olivier Zunz, La philanthropie en Amérique : argent privé, affaires d’État, trad. N. Barreyre, Paris, Fayard, 2012 ; Laura Ruiz De Elvira et Sahar Aurore Saeidnia (dir.), Les mondes de la bienfaisance…, op. cit. ; Alexandre Lambelet, La philanthropie, Paris, Presses de la FNSP, « Contester, 11 », 2014 ; Michael Barnett, Empire of Humanity: A History of Humanitarianism, Ithaca/Londres, Cornell University Press, 2011 ; Esther Möller, Johannes Paulmann et Katharina Stornig (eds), Gendering Global Humanitarianism in the Twentieth Century: Practice, Politics and the Power of Representation, Cham, Palgrave MacMillan, “Palgrave MacMillan transnational history series”, 2020 ; Catherine Maurer (dir.), Source(s), cahiers de l’équipe de recherche Arts, civilisations et histoire de l’Europe, 2017, nº 10‑« La dynamique charitable : nouvelles recherches sur l’action sociale des chrétiens au xixe », Doi : <https://doi.org/10.57086/sources.265> ; Anne Hugon, Clyde Plumauzille et Mathilde Rossigneux‑Méheust (dir.), Clio, 49‑« Travail de Care », 2019, Doi : <https://doi.org/10.4000/clio.15998>.

19 Fabio Giomi, Célia Keren et Morgane Labbé (eds), Public and Private Welfare in Modern Europe: Productive Entanglements, Londres, Routledge, “Routledge open history”, 2022.

20 Axelle Brodiez‑Dolino, « La sécularisation des valeurs de l’action sociale depuis la fin du xixe siècle : du principe de charité au principe de solidarité », Informations sociales, 1‑2, 2018, nº 196‑197, p. 28‑36, Doi : <https://doi.org/10.3917/inso.196.0028>.

21 Benoît Challand, “A nahḍa of charitable organisations? Health service provision and the politics of aid in Palestine”, International Journal of Middle East Studies, 40, 2008, nº 2, p. 227‑247, Doi : <https://doi.org/10.4000/S0020743808080525>.

22 Pour un bilan historiographique, voir Amy Fallas, “Charity and Philanthropy in Middle East History”, History Compass, 21, 2023, nº 3‑4, Doi : <https://doi.org/10.1111/hic3.12760>.

23 L’expression est empruntée à Laura Ruiz De Elvira et Sahar Aurore Saeidnia (dir.), Les mondes de la bienfaisance…, op. cit., p. 15.

24 Thomas Adam, Buying Respectability: Philanthropy and Urban Society in Transnational Perspective, 1840s to 1930s, Bloomington, Indiana University Press, “Philanthropic and nonprofit studies”, 2009 ; Christof Dejung, David Motadel et Jürgen Osterhammel (eds), The Global Bourgeoisie: The Rise of the Middle Classes in the Age of Empire, Princeton, Princeton University Press, 2019 ; Esther Möller, Johannes Paulmann et Katharina Stornig (eds), Gendering Global Humanitarianism…, op. cit.. À propos de l’humanitaire catholique, voir Marie Levant et Nina Valbousquet, « Introduction. Histoire croisée entre religion et humanitaire », Mélanges de l’École française de Rome – Italie et Méditerranée modernes et contemporaines, 134, 2022, 2‑« Religion et humanitaire : renouveau historiographique et chantier des archives Pie XII », p. 187‑207, Doi : <https://doi.org/10.4000/mefrim.12568>.

25 Mathieu Grenet, « Moralités marchandes et charités communautaires. Le cas des Grecs de Venise, xvie‑début xixe siècle », Rives méditerranéennes, 49, 2014, p. 119‑138, Doi : <https://doi.org/10.4000/rives.4740> ; Natalia Muchnik, « Charité et communauté diasporique dans l’Europe des xvi‑xviii siècles », Revue d’histoire moderne et contemporaine, 61, 2014, n° 3‑« Assistance et société : les corps à l’épreuve (xvie‑xxe siècle) », p. 7‑27, Doi : <https://doi.org/10.3917/rhmc.613.0007> ; Efi Kanner, Phtocheia kai philanthropia sten orthodoxe koinoteta tes Konstantinoupoles (1753‑1912) [Pauvreté et philanthropie dans la communauté grecque-orthodoxe de Constantinople, 1753‑1912] (en grec), Athènes, Papazisis, 2015 [2004] ; Colette Zytnicki et Juliette Sibon, « Charité et bienfaisance dans le monde juif en diaspora », Les cahiers de Framespa, E-storia, 15, 2014, mis en ligne le 29 mars 2014, consulté le 25 juillet 2023, URL : <http://journals.openedition.org/framespa/2710>, Doi : <https://doi.org/10.4000/framespa.2710> ; Dina Danon, “Mobilizing the Juderia in Service of the City: Shifting Perspectives on Poverty among the Jews of Late Ottoman Izmir”, International Journal of Turkish Studies, 21, 2015, nº 1‑2, p. 35‑54.

26 Mathieu Grenet, « Moralités marchandes et charité communautaire… », op. cit., p. 121.

27 Natalia Muchnik, « Charité et communauté diasporique… », op. cit, p.13 ; Natalia Muchnik, « La charité matricielle. Marranes d’Espagne et de France aux xvie‑xviiie siècles », Archives de sciences sociales des religions, 162, 2013, p. 151, Doi : <https://doi.org/10.4000/assr.25100>.

28 Colette Zytnicki et Juliette Sibon, « Charité et bienfaisance… », art. cit.

29 Les travaux d’Eleonora Angella, Angelos Dalachanis, Constantino Paonessa, Joseph Viscomi, parmi d’autres, se sont intéressés, d’une part, aux couches moyennes et aux catégories subalternes, et, d’autre part, à la question des sociabilités professionnelles. Sur l’approche par le bas et la notion de “vulgar cosmopolitanism”, voir Will Hanley, Identifying with Nationality…, op. cit.

30 Voir notamment Dario Miccoli, Histories of the Jews of Egypt: An Imagined Bourgeoisie, 1880s-1950s, Londres/New York, Routledge, “Routledge studies in Middle Eastern history, 18”, 2015 et l’entretien avec Amy Fallas dans ce dossier.

31 Alain Roussillon, « Savoirs réformistes et politiques en Égypte au tournant des années 1940 », Genèses. Sciences sociales et histoires, 1991, nº 5‑« Observer, classer, administrer », p. 62, <https://www.persee.fr/doc/genes_1155-3219_1991_num_5_1_1077> ; Lisa Pollard, “Egyptian by Association: Charitable States and Services Societies, circa 1850‑1950”, International Journal of Middle East Studies, 46, 2014, nº 2‑“Politics of Benevolence”, p. 245, Doi : <https://doi.org/10.1017/S0020743814000099>.

32 Stéphane Baciocchi et al., « Les mondes de la charité… », art. cit., p. 30 ; Christian Topalov, Philanthropes en 1900…, op. cit.

33 Paul Veyne, Le pain et le cirque : sociologie historique d’un pluralisme politique, Paris, Éd. du Seuil, « L’Univers historique, 18 », 1976, p. 730 ; Thomas Adam, Buying Respectability…, op. cit., p. 90.

34 Pour ce qui est d’Alexandrie, voir Robert Ilbert, Alexandrie, 1830-1930…, op. cit., p. 38 sq.

35 À propos des liens entre philanthropie et bourgeoisie musulmane dans l’Empire ottoman finissant, voir Adam Mestyan, “The Muslim Bourgeoisie and Philanthropy in the Late Ottoman Empire”, in Christof Dejung, David Motadel et Jürgen Osterhammel (eds), The Global Bourgeoisie: The Rise of the Middle Classes in the Age of Empire, Princeton, Princeton University Press, 2019, p. 207‑228, Doi : <https://doi.org/10.2307/j.ctvhrd124.15>.

36 On retrouve des dynamiques similaires chez les coptes‑orthodoxes au début du xxe siècle. Voir à ce sujet Paul Sedra, “Copts and the Millet Partnership: the intra‑communal dynamics behind Egyptian sectarianism”, Journal of Law and Religion, 29, 2014, nº 3, p. 491‑509, <https://jstor.org/stable/24739119>. Voir aussi l’entretien avec Amy Fallas dans ce numéro.

37 Françoise Battagliola, « Philanthrope et féministe. Itinéraire d’une bourgeoise picarde et vision de la famille ouvrière », Sociétés contemporaines, 52, 2003, nº 4‑« Philanthrope et féministe », p. 124, Doi : <https://doi.org/10.3917/soco.052.0123>.

38 Anastassios Anastassiadis, « Les pérégrinations de l’évergétisme en Méditerranée orientale, du xviiie au xxie siècle : éthique chrétienne, technologie de gouvernement et concept historiographique », Le mouvement social, 234, 2011, nº 1, p. 62, Doi : <https://doi.org/10.3917/lms.234.0045>.

39 À propos des réseaux consulaires italiens en Méditerranée, voir Marcella Aglietti, Mathieu Grenet et Fabrice Jesné (dir.), Consoli e consolati italiani dagli Stati preunitari al fascismo (1802-1945), Rome, École française de Rome, « Collection de l’Écoles françaises de Rome, 568 », 2020.

40 Margot Badran, Feminists, Islam, and Nation: Gender and the Making of Modern Egypt, Princeton, Princeton University Press, 1994 ; Annalaura Turiano « Une société de bienfaisance féminine en Égypte. Tahsin al‑Sihha et la lutte contre la tuberculose (1930‑1970) », in Laura Ruiz De Elvira et Sahar Aurore Saeidnia (dir.), Les mondes de la bienfaisance : les pratiques du bien au prisme des sciences sociales, Paris, CNRS Éd., « CNRS Éditions [alpha] », 2021, p. 327‑253, <https://hal.science/hal-03775663>.

41 Christian Topalov (dir.), Laboratoires du nouveau siècle : la nébuleuse réformatrice et ses réseaux en France, 1880-1914, Paris, Éd. de l’EHESS, « Civilisations et sociétés, 98 », 1999.

42 À propos de la réforme sociale en Égypte, voir Omnia S. El Shakri, The Great Social Laboratory: Subjects of Knowledge in Colonial and Postcolonial Egypt, Stanford, Stanford University Press, 2007 ; Alain Roussillon (dir.), Entre réforme sociale et mouvement national : identité et modernisation en Égypte (1882-1962), Le Caire, CEDEJ Égypte/Soudan, 1995, Doi : <https://doi.org/10.4000/books.cedej.1389> ; Frédéric Abécassis et Sylvia Chiffoleau, « Introduction », Égypte/Monde Arabe, 20, 2019, nº 2‑« Alain Roussillon. Mémoire d’Égypte », p. 9‑17, Doi : <https://doi.org/10.4000/ema.6499>.

43 Pierre‑Yves Saunier, « Circulations, connexions et espaces transnationaux », Genèses, 57, 2004, nº 4, p. 110‑126, Doi : <https://doi.org/10.3917/gen.057.0110> ; Davide Rodogno, Bernhard Struck et Jakob Vogel, Shaping the Transnational Sphere: Experts, Networks, and Issues from the 1840s to the 1930s, New‑York, Berghahn Books, “Studies in contemporary European history, 14”, 2015. À propos de l’Égypte, voir Malak Labib, « Savoirs experts et réforme sociale : réflexions sur l’histoire de l’économie politique en Égypte, 1892‑1922 », Égypte/monde arabe, 20, 2019, nº 2‑« Alain Roussillon. Mémoire d’Égypte », p. 95‑110, Doi : <https://doi.org/10.4000/ema.6684>.

44 Ghislaine Alleaume, « Les voyages d’un paradigme : la réforme et ses usages (Égypte, xixe et xxe siècles) », Égypte/Monde arabe, 20, 2019, nº 2‑« Alain Roussillon. Mémoire d’Égypte », p. 21, Doi : <https://doi.org/10.4000/ema.6504>.

45 À propos de la construction du modèle égyptien de welfare, voir l’ouvrage collectif coordonné par Muhammad Gad (dir.), Gratuit ou privatisé ? Histoire du conflit sur le modèle social égyptien [en arabe], Le Caire, Al‑Miraya, 2022.

46 Mary Poovey, Making a Social Body: British Cultural Formation, 1830-1864, Chicago/Londres, Chicago University Press, 1995.

47 Sur l’usage des statuts pour une histoire des associations philanthropiques, voir Fabio Giomi, « Écrire l’histoire des femmes musulmanes en Europe du Sud‑Est. Archives associatives et trajectoires d’engagement en Bosnie dans la première moitié du xxe siècle », Genre & Histoire, 25‑« Histoire des femmes et du genre dans les sociétés musulmanes : renouveaux historiographiques », 2020, Doi : <https://doi.org/10.4000/genrehistoire.5156>.

48 Robert Ilbert, Alexandrie, 1830-1930…, op. cit.

49 Annalaura Turiano, « État, réformistes et philanthropes : un état des lieux de l’offre d’enseignement industriel dans l’Égypte coloniale (1882‑1919) », Histoire de l’éducation, 148, 2017, p. 60, Doi : <https://doi.org/10.4000/histoire-education.3389>.

50 Marie‑Carmen Smyrnelis, « Coexistence et réseaux de relations à Smyrne aux xviiie et xixe siècles », Cahiers de la Méditerranée, 67‑« Du cosmopolitisme en Méditerranée », 2003, p. 117, Doi : <https://doi.org/10.4000/cdlm.126>.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Angelos Dalachanis et Annalaura Turiano, « Minorités, diasporas, bienfaisance : enjeux communautaires et fabrique des appartenances en Égypte, (xixe‑xxe siècles) », Diasporas [En ligne], 42 | 2023, mis en ligne le 11 décembre 2023, consulté le 11 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/diasporas/14558 ; DOI : https://doi.org/10.4000/diasporas.14558

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Auteurs

Angelos Dalachanis

Angelos Dalachanis est historien, chargé de recherches au CNRS (IHMC‑UMR 8066), ancien membre de l’École française d’Athènes et fellow de l’Institut Convergence Migrations. Ses recherches portent sur l’histoire des migrations, du travail et de la diaspora grecque en Méditerranée orientale (xixe‑xxe siècles). Il est l’auteur de The Greek Exodus from Egypt: Diaspora Politics and Emigration, 1937‑1962 (Berghahn, 2017) et codirecteur avec Vincent Lemire de l’ouvrage collectif Ordinary Jerusalem, 1840‑1940: Opening New Archives, Revisiting a Global City (Brill, 2018). Ses publications récentes comprennent : « La communauté grecque‑orthodoxe de Jérusalem à la fin du xixe siècle : logements patriarcaux, voisinages, et pratiques familiales », Annales de démographie historique, 144, 2022, nº 2, p. 143‑165 et “Transnational Labour in Conflict: The Italian and Greek Personnel of the Suez Canal Company and the Second World War”, in Barbara Curli (ed.), Italy and the Suez Canal: A Mediterranean History, Palgrave Macmillan, 2022, p. 313‑328.

Articles du même auteur

Annalaura Turiano

Annalaura Turiano est historienne et postdoctorante à l’Université Gustave Eiffel. Ancienne membre de l’École française de Rome, ses recherches portent sur l’histoire des missions chrétiennes, des migrations italiennes et de l’éducation en Égypte et au Proche‑Orient (xixe ‑xxe siècles). Elle est co‑directrice avec Norig Neveu et Karène Sanchez Summerer de Missions and Preaching in the Middle East. Connected and Decompartmentalized Perspectives from the Middle East and North Africa (19th‑21th century) (Brill, 2022) et auteure de “Masculinity, Industrial Education and Fascism in Egypt. Gender construction in the Salesian Missionary Schools (1900‑1939)”, Social Sciences and missions (nº 24, 2021, p. 1‑32). Sa première monographie, Missionnaires italiens et enseignement en Égypte (1890‑1970). De la pastorale migratoire à la coopération technique, est à paraître aux éditions de l’IFAO/EFR.

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