La politique de la maison d’Este en faveur de l’accueil et de l’installation des trois « Nations » juives à Ferrare
Résumés
L’étude des licences et des interdictions est précieuse pour comprendre comment un gouvernement peut exercer son pouvoir. Cette analyse permet de répondre à de nombreuses questions concernant la diaspora ibérique à Ferrare. L’article démontre comment la famille d’Este a géré d’une façon différente les exilés espagnols et les réfugiés portugais. L’essai propose également une comparaison entre leur situation et le traitement réservé aux Juifs italiens et ashkénazes. De plus, cette étude met en lumière la manière dont les réfugiés des deux groupes ont su influencer la politique de la famille d’Este afin d’améliorer leur condition.
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Mots-clés :
diaspora espagnole, diaspora portugaise, revendications juives et concessions d’Este, Juifs italiens, Juifs ashkénazes, Juifs espagnols, Juifs portugaisKeywords:
Spanish Diaspora, Portuguese Diaspora, Jewish claims and Este concessions, Italian Jews, Ashkenazi Jews, Spanish Jews, Portuguese JewsPlan
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Je remercie Bruno Pomara de m’avoir dispensé de précieux conseils lors de l’écriture du présent article , ainsi que Mathieu Grenet pour la traduction française de cet article.
- 1 « Nous sommes très heureux qu’ils viennent vivre ici [à Ferrare] avec leurs familles » : cette invi (...)
«Noi siamo multo ben contenti che vengano ad habitare qua, cum le loro famiglie1»
- 2 Parmi l’immense bibliographie sur la diaspora ibérique, on retiendra ici en particulier Cecil Roth, (...)
1La présence juive à Ferrare est attestée de manière sporadique à partir du xiiie siècle, et avec une continuité documentaire dès 1370. Elle se caractérise par un noyau fondateur originaire d’Italie centrale, auquel se sont agrégés des éléments ashkénazes depuis le milieu du xve siècle, espagnols à partir de 1492 et portugais à partir des années 1530. À l’individu, à la famille ou au groupe juif souhaitant bénéficier de dispositifs indispensables pour résider dans une localité (lieu d’étude et de prière, bain rituel, cimetière spécifique, abattage rituel, fermeture des activités le samedi et lors des fêtes juives), les sociétés d’accueil d’Ancien Régime répondirent en accordant accueil et services de manière plus ou moins simple, en négociant ces concessions et en les incluant dans les «condotte» qui réglementaient les conditions de séjour des demandeurs. En raison du caractère lacunaire et dispersé de la documentation juive, cette contribution se base sur l’analyse des documents notariaux et de ceux produits par les institutions ferraraises, soit un entrelacement continu de mesures demandées et accordées, ainsi que d’autorisations sollicitées par les uns et entravées par les autres. L’étude des unes comme des autres nous offre l’une des clés de compréhension des méthodes par lesquelles un gouvernement exerçait son pouvoir. Dans le cas de Ferrare, cette analyse nous permettra de répondre à certaines questions liées à la diaspora ibérique : en l’occurrence, la famille Este adopta‑t‑elle des mesures similaires ou équivalentes à l’égard des exilés espagnols et des réfugiés portugais, que celles misent en place à l’égard des Juifs italiens et ashkénazes déjà présents dans la ville2 ? Par ailleurs, dans quelle mesure ceux de l’un et l’autre groupe déjà accueillis purent‑ils influencer en retour les mesures des seigneurs de Ferrare en faveur de leur installation et de leur séjour ?
L’engagement de la maison d’Este en faveur des Juifs italiens et allemands
Les mesures pour l’accueil et l’établissement des Juifs italiens
- 3 La Commune ou le seigneur local invitait les Juifs, individuellement et/ou collectivement, à gérer (...)
- 4 Isabella Lazzarini, L’Italia degli Stati territorial, secoli xiii‑xv, Rome/Bari, Laterza, «Quadrant (...)
- 5 Isabella Lazzarini, «I domini estensi e gli stati signorili padani: tipologie a confronto», in Gigl (...)
- 6 Par ordre alphabétique : Argenta, Bagnacavallo, Bondeno, Cento, Lugo, Massafiscaglia, Modène, Nonan (...)
- 7 Les officiers, en tant qu’employés salariés de la famille d’Este, assumaient une double fonction de (...)
- 8 Trevor Dean, «Ferrara e Mantova», in Andrea Gamberini et Isabella Lazzarini (a c. di), Lo Stato del (...)
- 9 Parmi la vaste bibliographie sur les migrations de l’Italie centrale et méridionale, voir Ariel Toa (...)
- 10 Sur les migrations juives depuis l’Europe centrale vers le nord de l’Italie en général et vers Ferr (...)
- 11 Outre les mentions passim, on trouve une perspective spécifiquement ferraraise in Leonello Modona, (...)
- 12 Laura Graziani Secchieri, «Diaspore delle tre Nazioni ebraiche nella Ferrara tardo medievale e mode (...)
2On a pu identifier jusqu’à présent une quarantaine de «condotte3» et de renouvellements accordés depuis le xive siècle à l’échelle de toute la « principauté territoriale à forte assise citadine4 » que constituaient les États des Este5 : outre la capitale, Ferrare, ils concernent de nombreuses localités6. L’articulation de ce territoire est le produit de la stratification des investitures papales et impériales : il est ainsi composé d’une capitale, de deux villes à forte tradition communale, de nombreux centres mineurs, chacun avec son propre territoire (contado), ainsi que diverses zones rurales et montagneuses jouissant d’une certaine autonomie. Ce que l’on a pu observer à propos de l’appareil des officiers7 vaut pour tous les aspects de l’administration du marquisat – et, à partir de 1452, du duché – d’Este8. Quant aux éléments juifs, ils pâtirent de la cacophonie juridique débouchant sur des condotte très diverses d’une localité à l’autre de la Seigneurie. On s’attachera ici aux seules concessions accordées à Ferrare à des groupes de Juifs italiens9, ashkénazes10, espagnols et portugais11, que distinguaient leur origine ethnique et leur mobile migratoire (objectifs économiques ou causes religieuses)12. Un examen comparé des condotte permet d’apprécier les intentions des autorités les concédant et les intérêts qu’ils souhaitent protéger, alors que la capacité de négociation des bénéficiaires demeure souvent négligeable. Le rapport entre eux apparaît donc toujours déséquilibré, voire asymétrique, au détriment des derniers. Les conditions « techniques » spécifiques au prêt (un enjeu essentiel pour les Este, et la raison première de l’accueil des Juifs) s’y trouvent ainsi détaillées ; à l’inverse, les enjeux importants pour les bénéficiaires, tels que les dispositifs collectifs indispensables à la vie juive, ne sont rappelés que dans un nombre limité de décrets, et sans que ne soit évoqué leur rôle de contrepartie en échange d’autres impositions.
Caractéristiques et évolution des condotte
- 13 Adriano Franceschini, Paolo Ravenna (a c. di), Presenza ebraica a Ferrara: testimonianze archivisti (...)
- 14 Sur l’usage et la signification de la harangue introductive dans les pratiques administrativo‑jurid (...)
- 15 En limitant l’analyse à Ferrare, le lieu d’étude/de prière est mentionné dans le décret (et non la (...)
- 16 Adriano Franceschini, Presenza ebraica…, op. cit., doc. 79, 10 décembre 1393. Cette disposition fut (...)
- 17 La question complexe des gages non rachetés attribués sans enchères est examinée dans Laura Grazian (...)
- 18 Le dispositif reprenait une résolution antérieure au gouvernement des Este, formalisée le 15 mars 1 (...)
- 19 Di Leone Leoni, La nazione ebraica spagnola e portoghese di Ferrara…, op. cit., t. ii, doc. 36, 1er(...)
- 20 Ibid. supra, t. ii, doc. 89, 15 décembre 1393.
3La plus ancienne condotta accordée par les Este pour Ferrare et dont nous ayons conservé la trace à ce jour remonte à 137013. Conformément à la tradition, elle s’ouvre14 sur l’exposé du motif ayant conduit le prince (Nicolò II d’Este) à cette concession : en l’occurrence, le désir et la volonté de pourvoir au bien commun de ses citoyens et de ses sujets ainsi qu’à la « chose publique ». De fait, réglementer le crédit à la consommation en encadrant le prêt sur gage avait pour objectif d’encourager et de favoriser une circulation de la monnaie dont bénéficiaient surtout les classes populaires de la ville et des alentours. Le marquis établissait qu’au cours des cinq années suivantes, seuls six prêteurs – deux Juifs et quatre chrétiens, vivant à Ferrare et indiqués au bas du décret, ainsi que leurs héritiers et associés – pourraient prêter de l’argent sur gage dans leurs bancs à Ferrare. Aucun autre Juif n’était autorisé à le faire, et si un autre chrétien voulait ouvrir un banc, il devait prendre sa part de la taxe annuelle due aux Este. Les dispositions déjà prises et les conditions qu’elles contenaient demeuraient en vigueur, à l’exception du taux d’usure, fixé par ce dernier décret. Il s’agissait donc d’une organisation très simple, presque minimale, destinée à être ensuite complétée par les diverses concessions accordées en réponse aux demandes des Juifs15 ainsi que par les exigences fiscales des Este. Une première modification substantielle apparut dans la condotta du 10 décembre 139316 et concernait la vente directe des gages non rachetés17 sans enchères, une disposition reprise par la suite dans les condotte de plusieurs localités du marquisat18. Les mesures ultérieures furent beaucoup plus explicites : la condotta de 149919 prévoyait ainsi l’élection d’un administrateur (massaro) chargé de veiller aux besoins des Juifs et de condamner ceux qui désobéiraient. Les diverses demandes adressées aux autorités – et que l’on retrouve de temps à autre dans les décrets – concernaient à la fois les questions pratiques de la vie quotidienne (absence de « signe », liberté de mouvement) et les prescriptions rituelles de la halakhah (respect de la kashrout, séparation funéraire, etc.). Bien que sur la base d’indices fragmentaires, il est possible de mesurer le rapport entre les demandes des Juifs et les réponses des Este également dans le domaine professionnel, par exemple en 1393 à propos de la foi à accorder aux livres de gage20.
Les sociétés de crédit (entre autres) de et avec des Juifs italiens et ashkénazes
- 21 Ces éléments permettent d’avancer la date d’arrivée de la migration ashkénaze donnée par Leoni, ain (...)
- 22 Sur le transfert de propriété (en particulier une société de crédit), ou hazaqah : Laura Graziani S (...)
- 23 En 1564, en revanche, Alphonse II émit une nouvelle condotta seulement pour les nouveaux propriétai (...)
- 24 Adriano Franceschini, Presenza ebraica…, op. cit., doc. 561 (8 novembre 1453), doc. 574 (8 mai 1454 (...)
- 25 Laura Graziani Secchieri, «Un ebreo a corte. Luci e ombre nella vita di Abraam di Mandolino fra Est (...)
4Les bancs de prêt présentaient des structures de propriété complexes et se comportaient comme des sociétés financières pluri‑ et interfamiliales, avec des ramifications hors du territoire d’origine. Les documents des xiiie et xive siècles et les condotte de 1370 à 1414 mobilisent des formes onomastiques qui documentent l’origine et la circulation sur le territoire de ceux qui se sont installés à Ferrare de manière temporaire ou permanente : l’expression « de X [localité] » ne désigne souvent que la domiciliation professionnelle que l’on vient de quitter, tandis que, pour certaines familles, la provenance se transforme en un nom de famille. À partir du milieu du xve siècle, on retrouve les noms de Juifs ashkénazes parmi les actes des Este et le notariat : ils proviennent pour la plupart du nord‑est de l’Italie, et parfois directement d’Europe centrale et septentrionale21. Il arrivait souvent que les condotte n’arrivent pas à leur terme, mais qu’elles soient renouvelées de manière anticipée suite à la mort du seigneur d’Este. En revanche, si le gérant ou la société de gestionnaires vendait à d’autres la propriété d’un banc22, le décret était complété afin de tenir compte de ce changement de statut : c’est ainsi à la faveur d’un tel amendement daté de 1454 que l’on voit apparaître les prêteurs ashkénazes de Padoue dans la capitale des Este23. En 1453, Rubino fils de feu Samuele, Angelo da Mantova et son fils Salomone convinrent avec les autorités ducales de l’emplacement urbain d’un nouveau banc et le montant de la concession : le 8 mai 1454, celle‑ci apparaissait dans le renouvellement des bancs de Boccacanale, Ripa et Sabbioni en tant que quatrième banc, dirigé par trois associés. Immédiatement après, ces derniers le cédaient et tous leurs droits à l’ashkénaze Salomone fils de feu Marcucio da Cividale, et demandaient au duc de lui confirmer la concession en leur lieu et place. Borso y consentit le 18 mai 145424, étendant les provisions du décret du 8 mai à Salomone et à ses associés – son gendre Lazzaro fils de feu Mandolino25, Moisè del fu Iacob Rap demeurant à Padoue, et Anselmo fils de feu Sansone Magno résidant à Trévise –, comme s’ils avaient eux aussi été nommés dans le décret précédent, avec les mêmes concessions et privilèges qu’Angelo et Rubino.
Les Este et les Ashkénazes
- 26 Dans le droit talmudique et rabbinique, le terme hazaqah (ou chazakah) désigne une possession légal (...)
- 27 Vittore Colorni, Gli ebrei nel sistema del diritto comune fino alla prima emancipazione, Milano, Gi (...)
- 28 Sur les concessions ad personam, voir Adriano Franceschini, Presenza ebraica…, op. cit., passim.
- 29 Di Leone Leoni, «Per una storia…», art. cit., p. 148.
- 30 Di Leone Leoni, La nazione ebraica spagnola e portoghese di Ferrara…, op. cit., t. ii, doc. 1210, 2 (...)
- 31 Di Leone Leoni, «Per una storia», art. cit., p. 164.
5Les Juifs venus d’Allemagne ne se présentaient pas dans la ville comme un groupe ou une Nation constituée, mais comme des individus ou des petits groupes liés entre eux par des relations de parenté. En témoigne le supplément au décret de 1454, par lequel Salomone da Cividale et ses associés, qui ont acquis la hazaqah26 instituant le quatrième banc et sont jugés dignes de foi par Borso, prennent le relais de ceux qui avaient conclu la condotta originale, sans que ne soit mentionnée leur différence d’origines. Les décrets étaient adressés à des familles entières et aux partenariats d’affaires qui dirigeaient les bancs, ainsi qu’à leurs coadjuteurs, soit un nombre parfois élevé de personnes : ils comprenaient des privilèges et des accommodements de diverses natures, depuis la permission de porter les armes jusqu’à l’exemption de certains droits et taxes. Il s’agissait d’instruments stratégiques de gouvernement, généralisés et génériques, peu flexibles dans leur formulation. Les concessions ad personam, en particulier concernant la citoyenneté (qui incluait la possibilité de posséder des biens immobiliers27) et la défense contre les accusations calomnieuses, étaient d’une plus grande valeur et, pour cette raison, beaucoup plus rares. Ces licences spécifiques n’étaient pas accordées à tous les prêteurs : les « lettres de patentes de familiarité » (une sorte de certificat d’appartenance au cercle des Este), la possibilité de circuler armé, les immunités et les sauf‑conduits28 ne furent accordés qu’à un petit nombre de privilégiés, italiens et ashkénazes. Inquisiteur des provinces lombardes (un ressort dont dépendait Ferrare), le maestro dominicain Antonino da Alessandria concédait en 1458, avec le duc Borso d’Este, la permission de tenir des oratoires privés accolés aux maisons. Les Ashkénazes profitèrent de ce dispositif pour célébrer selon le rite allemand : cela explique comment, en 1520, ils furent autorisés à « restaurer, agrandir, déplacer, démolir et reconstruire les vieilles synagogues », auxquelles s’en ajoutait une neuve (autorisée en 1532), ainsi qu’une autre dans un appartement de la via Gattamarcia (en 1552), accordées respectivement en 1532 et en 155229. En 1556, les possesseurs de cette dernière propriété autorisèrent des travaux d’aménagement intérieur pour réunir trois pièces en une seule : le titre de l’acte, « En faveur de l’Université des Juifs allemands résidant à Ferrare » [A favore dell’Università degli Ebrei Tedeschi residenti a Ferrara], mentionne pour la première fois explicitement la communauté ashkénaze30. La même année, le duc lui‑même autorisa la création d’une école juive «uno studio d’Hebrei», sous l’autorité du rabbin ashkénaze Jacob Reiner, « pour l’honneur et la gloire de Ferrare, et pour le profit qu’en pourront tirer de nombreux étudiants juifs et chrétiens, étrangers comme sujets d’Este » [per honore et gloria de la nostra Cittade, per profitto che ne potranno trarne molti hebrei et christiani scolari sì forestieri come sudditi nostri31].
Les Ashkénazes face à l’autorité
- 32 ASFe, ANAFe, F. Silvestri, matr. 430, pacco 9, prot. 1535, fo 148r, 21 mai 1535.
- 33 Ibid. supra, pacco 11, prot. 1540, fo 54v (24 février 1540), 58r (2 mars 1540) et 58v (marzo 1540).
- 34 ASFe, ANAFe, G. Ferrarini, matr. 593, pacco 11, prot. 1542, n.n., 8 février 1542.
- 35 Ibid. supra, F. Silvestri, matr. 430, pacco 13, prot. 1543, fo 80r, 28 mars 1543.
- 36 ASFe, Luogo Pio Esposti, Lettera C, cassetta 94, IVS del Sagatto in Ghetto, fo 171.
- 37 Di Leone Leoni, «Per una storia…», art. cit., p. 148.
- 38 Isac fils de feu Ioseph Levi Todeschi et ses fils Ioseph, Iacob, Benedetto (alias Moisè) et Samuel (...)
- 39 Di Leone Leoni, «Per una storia…», art. cit., p. 153.
- 40 Aron Di Leone Leoni accuse les frères Levi d’avoir empêché l’obtention de l’autonomie dont jouissai (...)
- 41 Graziani Secchieri, « Un caso di resistenza… », art. cit., p. 242‑247.
- 42 ASFe, ANAFe, G. Bonsignori, matr. 569, pacco 34 s, schede 1576, no 38, 28 août 1576.
- 43 Ibid. supra, A. Rondoni, matr. 685, pacco 27s, schede 1593, n.n., 30 juin 1593.
- 44 Ibid., Roiti, matr. 674 pacco 23s, prot. 1573, fo 98r‑99v, 31 mars 1573.
- 45 Ibid., A. Rondoni, matr. 685, pacco 25s, schede 1588, n.n., 9 juin 1588.
- 46 Laura Graziani Secchieri, «Strategie matrimoniali delle tre anime ebraiche nella Ferrara cinquecent (...)
6Si, à l’origine, les Ashkénazes se déclaraient rarement comme tels lorsqu’ils se présentaient devant un notaire ou une autorité, peut‑être par crainte de provoquer une quelconque réaction, l’appellation « Todeschi » (comme alternative au lieu de provenance) devint plus fréquente, au fur et à mesure que le xvie siècle avançait. On trouve ainsi le fripier (strazzarolo) Iacob Todeschi en 153532, le marchand Isahac fils de feu « Joseph Levi thodischi » en 154033, les frères fripiers Iacob et Davit Todeschi dits «dai Capretti» en 154234, les frères fripiers Moisè et David fils de feu Isac « Thodeschii » l’année suivante35, ou encore un certain Manuel fils de Caliman Todescho en 156336. Comme dans le décret de 1499, le renouvellement de la conduite du banc des Sabbioni en 1564 contenait un chapitre (§ 36) par lequel il leur était permis de désigner parmi eux un «massaro37». Le choix se porta sur le fils aîné d’Isaac Levi38, Ioseph39. Mieux : en s’instituant le porte‑parole des trois frères, celui‑ci s’opposa à la décision des Nations italienne et allemande récemment unifiées concernant la création d’un tribunal rabbinique40 en lieu et place de celui du juge des «xii Savi» : la supplique qu’il adressa alors à Alphonse II témoignait d’ailleurs d’une certaine proximité avec le duc lui‑même41. L’attention d’Alphonse pour les fils d’Isaac Levi demeura constante : en 157642, Ioseph était gérant de la «Gabella grossa da Po» pour 5/24e et de la «Gabella grande di Piazza» pour 8/24e au titre de la perception des droits frontaliers, par concession de la Chambre ducale ; il figurait sur l’acte en qualité de marchand et de citoyen de Ferrare. En 1593, il était également percepteur de la taxe imposée pour soutenir la fortification de la ville (conduttore dell’entrate del sussidio imposto per la fortificatione di questa città43). Son frère Samuel, âgé de 20 ans seulement, avait déjà été nommé citoyen de Ferrare44. Tout en gardant les synagogues séparées, les Nations unifiées, toujours en vertu de la formule selon laquelle les principaux prêteurs sont les représentants, acquirent en 1588 de nouveaux terrains pour le cimetière commun45. Cette acquisition forma le premier noyau du très grand cimetière juif qui existe encore aujourd’hui. Un autre facteur démontrant la fusion entre Juifs italiens et ashkénazes est enfin la fréquence des mariages mixtes46.
L’engagement de la maison d’Este en faveur des Juifs espagnols et portugais
Exilés et réfugiés
- 47 Sur les termes mobilisés pour désigner les Juifs ibériques en Europe et en Méditerranée, voir Nicol (...)
- 48 Laura Graziani Secchieri, «Hebrei, Hebree, spagnuoli e marrani nel censimento del 1571: gli scampat (...)
- 49 Sur l’usage de terme « marrane » dans les domaines des Este, voir Di Leone Leoni, La nazione ebraic (...)
7Les Ibériques qui arrivaient à Ferrare se présentaient avec les attributs de la profession et/ou de l’origine : « hispanique » (ispanus), « espagnol » (spagnuolus), « portugais » (portuguensis), « lusitanien » (lusitanus), « levantin » (levantinus, c’est‑à‑dire du Levant en général ou de l’Empire ottoman) ou « ponentin » (ponentinus). Le nom et le patronyme étaient souvent des marqueurs importants : s’ils appartenaient à la tradition hébraïque (et généralement accompagnés de l’appellation «hebreus»), ils signalaient la foi jamais abandonnée ou redécouverte ; d’origine espagnole ou portugaise, ils signalaient le statut de « nouveau chrétien » ou de converti, termes que les principaux intéressés n’utilisaient ni pour eux‑mêmes ni pour les membres de leur famille ou leurs associés présents dans la ville ou ailleurs. Ils n’utilisaient jamais non plus le terme «marrano», probablement d’origine arabe et qui désignait le porc, mobilisé par antiphrase comme appellation insultante à l’encontre du «converso» soupçonné d’hérésie judaïsante47. Très différente de celle des exilés espagnols, la migration en provenance du Portugal était en grande partie, voire entièrement, composée de « nouveaux chrétiens » (eux‑mêmes ou leurs parents ayant subi une conversion forcée), ainsi que de leurs enfants et petits‑enfants. Il s’agissait parfois de cryptojuifs, c’est‑à‑dire de chrétiens apparents judaïsant en secret, ou tout au moins restés fidèles à la tradition juive ; souvent, ils étaient partagés entre les deux religions, optant parfois pour l’une, puis passant à l’autre. La situation religieuse des fugitifs portugais, quelquefois incertaine pour eux‑mêmes et souvent douteuse pour les autorités, entraînait fréquemment l’accusation d’abjuration. Dans les domaines des Este, les réfugiés jouissaient de la prérogative ducale de professer librement leur religion : l’Inquisition ne cherchait pas à identifier les relaps (c’est‑à‑dire des Juifs baptisés revenus au judaïsme), et l’utilisation du terme « marrane » est généralement attestée comme un synonyme de « portugais »48, rarement avec un sens péjoratif49.
- 50 L’intérêt de l’Inquisition portugaise pour les membres de la Nation de Ferrare est évoqué par Antón (...)
- 51 Thedor Dunkelgrün et Paweł Maciejko (eds), Bastards and Believers: Jewish Converts and Conversion f (...)
8Dans les documents ferrarais, on note qu’à des années de distance comme sur des chronologies beaucoup plus courtes, les attributs « juif », « espagnol »/« hispanique », « portugais »/« lusitanien » et (plus rarement) « levantin » pouvaient être alternativement accolés à un seul et même individu. On peut supposer que ces variations obéissaient à deux raisons principales : d’une part, la prudence des acteurs à révéler la nature et l’importance économique réelle de leurs transactions ; de l’autre, la réticence à dévoiler sa vie privée, une attitude logique chez qui était à la fois habitué et contraint de se composer une identité publique factice, tout en cherchant à protéger parents, amis et associés de la longa manus de l’Inquisition50. À cela s’ajoute une religiosité parfois changeante et évolutive51.
- 52 Adriano Franceschini, Presenza ebraica…, op. cit., doc. 924, 10 décembre 1476.
9Jusqu’en 1492, un seul Juif espagnol apparaît dans les documents retrouvés (de toute nature) : il s’agit de Samuel fils de feu Musa, mentionné en 147652 ; aucun individu n’est qualifié de «lusitanus» ou de «portugalensis», termes qui seront utilisés plus tard par et pour les réfugiés de Sefarad.
Le sauf‑conduit de 1492 et le décret de 1493 en faveur des Espagnols
- 53 Roberto Bonfil, «A Presença Sefaradi na Itália: o Impacto de 1492», in Anita Novinsky et Diane Kupe (...)
- 54 Di Leone Leoni, La nazione ebraica spagnola e portoghese di Ferrara…, op. cit., t. ii, doc. 23, 20 (...)
10Interpellé par Éléonore d’Aragon à propos du sort de quelques familles espagnoles53 bloquées dans le port de Gênes, le protonotaire Corrado Stanga répondit à la duchesse de Ferrare, qui en informa Hercule Ier : le 20 novembre 149254, le duc fit savoir à Stanga qu’il avait pris connaissance des noms des personnes et des familles souhaitant s’installer à Ferrare, ainsi que des privilèges et garanties qu’elles demandaient à se voir octroyer. Il se disait satisfait et fit joindre une « lettre patente de passage » ainsi que son propre projet d’accord. Celui‑ci stipulait que les exilés devraient disposer d’un délai d’un an au cas où Hercule Ier serait contraint de les faire partir. Il leur accordait également divers droits et privilèges : l’exercice de la médecine sans taxe spécifique ni licence pontificale pour soigner les patients chrétiens ; l’affermage des droits et gabelles ; la pratique de tout type d’activité et la gestion de lieux de production et de vente (à l’image des autres artisans, et à l’exception de ce que les métiers interdisaient aux Juifs) ; la venue en ville avec leurs familles et leurs biens domestiques, avec une exemption de la gabelle et une limitation des droits sur les marchandises. Enfin, le duc déclarait que personne ne serait retenu de force dans la ville et accordait aux réfugiés tous les privilèges et immunités réservés « aux autres Juifs déjà présents » ([a li altri hebrei qui al presente], c’est‑à‑dire aux Italiens et aux Ashkénazes regroupés sans distinction), selon les mêmes termes et limites dont ceux‑ci jouissaient, à l’exception du prêt usuraire.
- 55 Ibid. supra, doc. 24, 1er février 1493.
11Une fois les exilés arrivés à Ferrare, le duc publia un décret daté du 1er février 149355, qui envisageait également la possibilité de former des sociétés mixtes entre chrétiens et Juifs dans le secteur de l’artisanat et dans les activités commerciales qui y étaient liées, ainsi que d’être acceptés dans les corporations moyennant paiement aux «massari» des mêmes taxes que s’ils étaient citoyens [tamquam si cives essent], ou encore de pouvoir bénéficier des mêmes avantages que les autres membres des corporations.
12Le passage relatif à la concession ou non du prêt usuraire est particulièrement intéressant : les Juifs ne devaient pas se prévaloir d’une quelconque autorisation des Este pour prêter à usure ou conclure des contrats usuraires. En outre, si eux‑mêmes souhaitaient tenir des registres de leurs débiteurs pour garantir leurs créances, on ne pouvait prêter foi à ces livres, que ce soit devant une juridiction ou en dehors, que si les dettes y avaient été inscrites par les débiteurs eux‑mêmes avec leur signature, ou bien par un seul témoin digne de foi dans le cas où les débiteurs n’auraient pas su écrire. Ces registres devaient également être régulièrement remplis, tenus à la manière des marchands, avec des titres et des en‑têtes clairs, sans inscriptions ni ratures suspectes, avec indication des années, mois et jours, des noms des débiteurs, des quantités de marchandises et des sommes, ainsi que des motifs.
13La connaissance de ce qui advint par la suite (notamment l’activité de crédit des familles Abravanel et Iacchia, déjà bien connue des historiens) permet de supposer que, peut‑être à la demande des Juifs italiens et ashkénazes déjà établis, Hercule formula dans les concessions de 1492 l’interdiction faite aux exilés espagnols de s’adonner au prêt d’argent. Cependant, afin de les favoriser, il inclut dans le décret de l’année suivante la partie concernant l’activité de crédit à la consommation, à condition que les registres soient tenus de manière précise et détaillée.
L’action des Este en faveur des exilés espagnols
- 56 «Diario Ferrarese dall’anno 1409 fino al 1502 di Autori Incerti», in Ludovico Antonio Muratori (a c (...)
14Les familles espagnoles arrivées dans la ville en 1493 et les quelques individus arrivés au début du xvie siècle s’intègrent aux Juifs de Ferrare, ayant obtenu le même statut juridique de la part du duc. De plus, ces réfugiés avaient évité la conversion forcée et se présentaient donc au monde et à la famille d’Este comme des Juifs et non comme de « nouveaux chrétiens », comme ce fut plus tard le cas des Juifs portugais. Néanmoins, les chroniques locales du temps utilisaient le terme péjoratif de «marranos» pour les désigner : un récit de 1493 décrit les interdictions prononcées au Palazzo della Ragione pour expulser les exilés espagnols de Ferrare, « certains marranes chassés de Grenade par le roi d’Espagne » [certi Marani discacciati dal Re di Spagna da Granata], ainsi que pour empêcher les étrangers d’entrer, par crainte de la peste56. De fait, la parole du duc pouvait être désavouée à tout moment, ce qui rendait la situation des exilés précaire.
- 57 Antonio Frizzi, Memorie per la storia di Ferrara, Ferrare, Abram Servadio, 1847‑1848, t. iv, p. 182 (...)
15Une autre proclamation ducale, connue seulement par une source secondaire, imposait le 3 avril 1496 « que tous les Juifs et Marannes habitants à Ferrare doivent porter sur la poitrine un O en tissu jaune cousu » [che tutti li Hebrei e Marani habitanti in Ferrara et Ferrarese debiano tutti portare la O in lo petto di giallo cusito57], une obligation faite à ceux qui n’exerçaient pas le prêt, et dont les fréquentes réitérations témoignent du fait qu’elle demeurait la plupart du temps ignorée.
- 58 ASFe, ANAFe, G. Schivazappa, matr. 424, pacco 1, prot. 1510, fo 3r, 2 octobre 1510.
- 59 Ibid. supra, prot. 1512, fo 3r, 14 octobre 1512.
- 60 Ibid., pacco 10s, schede 1512, n.n., 12 décembre 1512.
- 61 ASFe, ANAFe, G. Minotti, matr. 491, pacco 4, prot. 1533, fo 10r, document joint du 8 janvier 1533.
- 62 Ibid. supra, pacco 6, prot. 1538, fo 13r, 18 janvier 1538.
- 63 ASFe, ANAFe, G. Schivazappa, matr. 424, pacco 3, prot. 1529, fo 112v, 18 novembre 1529.
- 64 Ibid. supra, pacco 10s, prot. schede 1533, ffo 46v‑48r, 20 janvier 1533 ; ASFe, ANAFe, F. Silvestri (...)
16À l’appui de la faveur des Este envers le groupe des exilés espagnols, on soulignera que ceux‑ci étaient très actifs, ainsi que l’atteste la fréquence des actes dont ils étaient les protagonistes : en 1510, nous trouvons dom Abram «hebrei hyspani» et «Gedie hebreo hyspano» fils de feu Iuda Nigri58, dont la descendance continue de se définir « espagnole » au cours des décennies suivantes. En 1512, on trouve un Isac fils de feu «Iontof hyspanus»59 et un Isach fils de feu Leo «hispanus»60, en 1533 un Leon fils de feu Salomon de Toulouse «ispano61», en 1538 les «ispani» Abram de feu Salvator « de Callo », Elia fils de feu Abram «de Callo» et Salomon fils «de Coen Sacerdotem hyspanum»62. Des collaborations économiques intracommunautaires se formèrent également, comme la société «in arte strazariae» enregistrée en 1529 entre l’«hispanus» Leo fils de feu Salomon de Tholosa et Salomon fils de feu Moisè de Castellotto63, ainsi que des mariages d’émigrants ibériques et de leurs descendants avec des Juifs locaux64.
Les décrets de confirmation
- 65 En 1534, le décret d’Hercule II confirmant les concessions accordées par Hercule Ier en 1492 recour (...)
- 66 ASMo, ASE, Cancelleria ducale, Leggi e Decreti, Registrum Decretorum, vol. 25, p. 121‑122, 8 décemb (...)
17En l’état actuel de nos recherches, il semble avéré que dans les actes notariés des premières décennies du xvie siècle figurent surtout les Ibériques mentionnés dans la concession du duc Hercule ou leurs parents et héritiers, nommés dans le renouvellement d’Hercule II le 16 décembre 153465. Même la confirmation émise par Alphonse II le 8 décembre 1560 ne favorisait que les descendants de ces Juifs espagnols66.
18On note également que les décrets de renouvellement présentaient deux aspects clairement opposés. D’une part, ils étaient extrêmement génériques en ce qui concernait les concessions, et se référaient au décret herculéen de 1493 qui, à son tour, réitérait le sauf‑conduit de l’année précédente ; il est d’ailleurs possible que ce caractère générique ait été dû au fait que les autorisations concédées étaient identiques à celles accordées aux gérants des bancs italiens et ashkénazes. D’autre part, les renouvellements précisaient les noms des privilégiés qui ne constituaient pas une catégorie ou une Nation précise, et qui figuraient en tant qu’individus ou, tout au plus, en tant que chefs de famille.
- 67 Laura Graziani Secchieri, «Ebrei italiani, askenaziti e sefarditi a Ferrara: un’analisi topografica (...)
19En outre, la riche documentation notariale permet d’affirmer que, au moins dans un premier temps, les Espagnols expulsés se fondirent dans la population italo‑ashénaze, partageant ses résidences, sa synagogue67, ses activités professionnelles, son cimetière, son cadre réglementaire et ses relations avec les institutions, sur fond de célébration de mariages intercommunautaires.
Les réfugiés portugais invités à Ferrare
- 68 Sur les activités marchandes des immigrés sépharades à Ferrare, voir Di Leone Leoni, «Gli ebrei sef (...)
- 69 Cette observation semble corroborée par les rares opérations commerciales entreprises par les sépah (...)
- 70 Sur la distinction entre prêt à la consommation (usuraire ou sur gage) et prêt à des fins commercia (...)
- 71 ASFe, ANAFe, A. Coltri, matr. 266, pacco 3, 2 avril 1512.
- 72 Suite aux persécutions de 1391 et au décret de l’Alhambra de 1492, un grand nombre de Juifs espagno (...)
- 73 «a tucti et singuli Spagnoli et Portugalesi, et parimente a tucti et singuli che haveranno la lingu (...)
- 74 «con tutti et singuli che haverano la lingua spagnola et con tutti et singuli portugallesi et parim (...)
- 75 Ibid., doc. 100 (18 juin 1538), 101 (18 juin 1538), 105 (10 juillet 1538), 106 (Anvers, 24 juillet (...)
- 76 «a tucti et singuli Spagnoli et Portugallesi, Levantini, Schiavoni, Dalmatini, Grechi, Turchi et di (...)
- 77 Ibid., doc. 163 (17 août 1540), 113 (Ancône [?], 22 août 1538), 114 (Ancône [?], 1538), 115 (Anvers (...)
20Aux exilés espagnols se sont progressivement ajoutés des Portugais : certains d’entre eux, invités et mêmes courtisés, appartenaient aux grandes familles aristocratiques solidement implantées dans les réseaux marchands internationaux68 ; d’autres étaient des artisans et des commerçants au profil plus modeste. Ensemble, ils vécurent leur passage à Ferrare comme un port d’attache salvateur et pérenne, ou comme une simple étape dans un plus long parcours migratoire vers l’est ; pour quelques‑uns, enfin, Ferrare ne fut qu’un lieu de transit ou une place d’affaires, le temps d’un bref séjour. Le mouvement diasporique amorcé dans les années 1530 ne suscita pas de dynamique d’inclusion parmi les coreligionnaires déjà installés Ferrare69, pas plus qu’il ne reçut de la part Hercule II l’ensemble des privilèges conférés aux autres Juifs : aux « Portugais », « marranes » et « levantins » fut concédée la pratique du prêt à des fins commerciales, qui faisait l’objet d’un enregistrement devant notaire, tandis que le prêt usuraire et le crédit à la consommation leur demeuraient interdits (preclusa70). Ces dernières activités demeurèrent l’exclusive des Juifs italiens, ashkénazes et espagnols, grâce aux condotte et au décret du 1er février 1493 (qui s’y apparentait). Si quelques Juifs portugais résidaient déjà depuis un certain temps dans la ville71, le travail des délégués ducaux s’intensifia à partir de 1538, lorsqu’Hercule II promit de très importantes concessions individuelles et collectives aux Portugais. Il promit également à tous ceux parlant l’espagnol et le portugais72 et venant s’installer et faire des affaires dans les États des Este, qu’ils seraient traités comme ils se présentaient, en tant que chrétiens ou que juifs73. L’offre s’adressait principalement aux marchands résidant alors à Anvers ; elle était corroborée par le souhait de convenir de droits et de franchises « avec tous ceux parlant espagnol ou portugais, ou appartenant à toute autre Nation orientale, quelle que soit leur condition ou leur profession74 ». Le mois suivant, Hercule II plaida sa cause auprès de quelques Portugais d’Anvers, qu’il qualifia de « très chers amis » [Amici Charissimi] et qu’il chercha à rassurer en leur promettant d’adopter des mesures qui leur soient favorables. Les réponses positives ne se firent pas attendre75 et les départs vers Ferrare s’intensifièrent. Les lettres patentes du 13 août 1538, adressées « à tous les Espagnols et Portugais, Levantins, Esclavons, Dalmates, Grecs, Turcs et de toute autre Nation, chrétienne ou infidèle », désireux de s’installer dans le duché d’Este, confèraient également de très nombreux droits et privilèges76. Hercule II œuvra à tous les niveaux pour favoriser l’arrivée et l’installation des marchands portugais, en accordant personnellement des sauf‑conduits et en sollicitant leur délivrance des différentes autorités afin de permettre et de sécuriser la circulation de « tous les marchands portugais et espagnols habitant et venus résider dans cette ville », ainsi que de leurs marchandises. Les lettres patentes et les laissez‑passer ducaux furent accueillis avec reconnaissance et confiance par les réfugiés engagés dans les affaires, que ce soit en Flandre ou au Levant77.
- 78 Ibid., doc. 180, Naples, 14 janvir 1541.
- 79 Ibid., doc. 263 (29 août 1543) et 321 (3 janvier 1546).
- 80 Sur les tribulations personnelles et familiales de celle qui se fit connaître en italien comme Beat (...)
- 81 Graziani Secchieri, «Le case dei sefarditi…», art. cit. Sur ces deux personnages, voir Di Leone Leo (...)
- 82 ASFe, ANAFe, G. Bonsignori, matr. 569, p. 30 s, schede 1572, carte sciolte, no 27, 17 octobre 1572.
21L’action d’Hercule II s’adressait également aux sujets des royaumes hispaniques du sud de l’Italie : dans une lettre datée de 1541, don Samuel Abravanel signalait que l’«humanissima carta» du duc l’avait convaincu de s’installer à Ferrare78. Mais les Abravanel occupaient une place distincte des émigrants du Portugal : exilés du Royaume de Naples, ils y vivaient ouvertement comme Juifs, une position qui les assimilait aux Italiens, aux Ashkénazes et aux Espagnols, et qui leur permettait s’adonner au prêt. En 154379, don Samuel louait le prestigieux palais du comte Ippolito Sacrati sur la Strada degli Angeli (fig. 1), la rue menant du château d’Este à la Porta degli Angeli, dans l’«Addizione» herculéenne : il s’agissait quasiment d’une rue privée des ducs, puisqu’il leur revenait de décider en propre qui pouvait y habiter. Je suppose qu’il s’agit là de la première application en faveur des réfugiés portugais de ce qui était une coutume ancrée dans la Maison d’Este : en l’occurrence, pourvoir au logement des délégations étrangères et des visiteurs illustres aussi bien dans les résidences d’Este que dans les palais des courtisans et de la noblesse de Ferrare. Dans le cas des réfugiés, Hercule II fit encore mieux : il alla jusqu’à obliger les héritiers du secrétaire ducal Girolamo Magnanini à céder le palais familiale (fig. 2) à doña Beatriz de Luna, qui y séjourna de 1549 à 1551. Veuve et héritière du riche marchand d’épices don Francisco Mendes, puis héritière de son beau‑frère don Diogo, auquelle elle succéda à la tête des affaires de commerce comme dans l’entreprise de sauvetage des Juifs de la diaspora portugaise, doña Beatriz se déplaça de Lisbonne à Anvers et de Venise à Ferrare, puis enfin à Istanbul (avec sa fille et sa nièce) où elle quitta son nom de nouvelle chrétienne pour prendre son nom juif de Gracia Naci80. Reina Benveniste alias Marchesia Henriques puis Henrique fils de feu Nunes Henriches bénéficièrent du même traitement de faveur, cette fois‑ci dans le somptueux palais Trotti (fig. 3) et plus tard dans le palais Bellaia (fig. 4 et 5)81. Alphonse II appliqua la même méthode en faveur de l’Italien Ioseph Corinaldo dit Faneto, prêteur au quatrième banc en 1572 (fig. 6)82.
Figure 1 : Strada degli Angeli (aujourd’hui Corso Ercole I d’Este no 23) : résidence de Don Samuel Abravanel
Photographie de l’auteur.
Figure 2 : Corso della Giovecca (actuel no 47) : entre 1549 et 1551 c’était la demeure de doña Béatrice de Luna
Photographie de l’auteur.
Figure 3 : Contrada di Borgonovo (aujourd’hui via Cairoli 32) : résidence de Reina Benveniste alias Marchesia Henriques jusqu’en 1556
Photographie de l’auteur.
Figure 4 : Contrada di San Francesco (actuelle via Terranuova no 27) : résidence de Reina Benveniste alias Marchesia Henriques depuis 1556
Photographie de l’auteur.
Figure 5 : Contrada di Borgonovo (aujourd’hui via Cairoli no 44) : résidence d’Henrique de feu Nunes Henriches depuis 1561
Photographie de l’auteur.
Figure 6 : Contrada di Borgonovo (aujourd’hui via Cairoli 15) : en 1571 résidence de Joseph di Corinaldo dit Faneto, prêteur de la 4e banque
Photographie de l’auteur.
- 83 Di Leone Leoni, La nazione ebraica spagnola e portoghese di Ferrara…, op. cit., t. ii, doc. 393, 4 (...)
- 84 Ibid. supra, doc. 1077 (19 février 1555), 1113 (18 août 1555), 1314 (29 octobre 1556) et 1394 (13 m (...)
22Mais revenons aux Abravanel. En 1547, le vicaire archiépiscopal de Ferrare reconfirmait la licence déjà accordée par la Chambre apostolique à don Isaac fils de don Samuel Abravanel pour établir une « synagogue privée » [privata sinagoga] dans la maison de la Via dei Sabbioni qu’il avait l’intention d’habiter, et où il accueillerait également d’autres Juifs et ferait célébrer toutes sortes de rites par les «Rabbi magistros more hebraico83». En 1555 et à sa demande, don Isach fils de feu don Samuel fut fait citoyen de Ferrare «ex privilegio» par Hercule II. L’Ashkénaze Solomon della Ripa fut également fait citoyen la même année, puis Raphaël de Vérone et ses fils l’année suivante, et enfin le sacristain de la synagogue portugaise et espagnole, «Moises Cerchesius» ou Moisé Corcos, en 155784. Ce type de traitement constituait une faveur ad personam, sans distinction de Nation d’origine.
Décrets et concessions à la Nation
- 85 Ibid., doc. 224, 17 janvier 1542.
- 86 Adriano Franceschini, Presenza ebraica…, op. cit., doc. 565, 10 janvier 1454.
- 87 Melchiorre Roberti, «Privilegi forensi degli Ebrei in Ferrara», Atti e Memorie della R. Accademia d (...)
- 88 Adriano Franceschini, Presenza ebraica…, op. cit., passim ; ASFe, ANAFe, A. Colorni, matr. 715, pac (...)
- 89 Adriano Franceschini, Presenza ebraica…, op. cit., doc. 1217, 10 février 1489.
23Avec les «Patenti Lettere Per la Natione Portughese» de 154285, un changement important intervint en matière de concession : pour la première fois, celle‑ci n’était pas adressée à un individu ou à un groupe de personnes nommés en détail, mais à un collectif dont les composantes n’étaient pas définies. Le décret s’ouvrait sur les motifs de son octroi : le duc souhaitait « que la communauté (università) des marchands du Portugal et de l’Espagne demeurant actuellement dans notre ville de Ferrare puisse habiter, traiter et négocier avec la plus grande satisfaction possible », en évitant que les possibles différends entre eux ne soient portés devant le tribunal des Sages « d’une autre langue et nation » [d’altra lingua et natione]. À la demande des intéressés, Hercule II accorda l’autonomie juridique basée sur l’arbitrage pour les litiges et les affaires, à l’exception des affaires pénales, avec l’élection de deux juges et d’un troisième en cas d’indétermination. Les Juifs de Ferrare bénéficiaient déjà de cette autonomie, et l’arbitrage était couramment appliqué parmi eux : en 1454, le duc Borso lui‑même prit l’initiative de substituer un commissaire dans le traitement de trois testaments86. Le recours à ce système se poursuivit régulièrement au cours des années suivantes, même après la publication du décret du 6 octobre 1455 par lequel Borso déléguait le juge des xii Savi pour assumer la fonction de juge actif et passif dans les litiges concernant les Juifs pratiquant le crédit sur les bancs de Ferrare, ainsi que leurs parents et leurs collaborateurs87. Pour les affaires criminelles, le juge des xii Savi se trouvait associé au podestat de Ferrare, mais sans que ce dernier ne puisse poursuivre les Juifs qu’avec l’intervention du juge des Savi en personne. Au système des Este se greffait donc la tradition juive de régler les affaires de diverses natures par l’arbitrage de plusieurs experts : lorsque les défendeurs acceptaient le verdict arbitral, il n’était pas nécessaire d’en référer au juge des xii Savi. L’abondante jurisprudence témoigne du fait que les arbitres étaient aussi bien juifs que chrétiens, et que figurait parmi eux le juge des Savi lui‑même88. Dans l’impossibilité de produire le décret des Este leur accordant de recourir au juge des xii Savi pour leurs affaires, tous les prêteurs juifs et les autres résidents de, ou de passage à, Ferrare à cette époque comme par la suite (le concept d’universitas était présent, à défaut du mot) et qui étaient continuellement appelés dans des litiges et des jugements devant divers tribunaux à leurs frais, à leur honte et à leurs risques, supplièrent le duc d’ordonner que le juge des xii Savi soit de nouveau dépêché pour régler les affaires et les différends les opposant à d’autres Juifs comme à toute autre personne. Hercule Ier accèda à leur requête le 10 février 148989.
- 90 Vito Piergiovanni, «L’arbitrato. Profili storici dal diritto romano al diritto medievale e moderno» (...)
- 91 Je fais allusion ici aux controverses entre les sœurs Beatriz et Brianda de Luna Mendes (Di Leone L (...)
24Dans les milieux sépharades, le contexte mercantile favorisa également l’adoption de l’arbitrage, qui permettait de raccourcir les procédures et de faciliter l’issue des litiges en évitant les poursuites judiciaires90. Quant à la raison invoquée par la « communauté (università) des marchands portugais et espagnols » pour éviter le tribunal des Este, elle apparaît spécieuse et peu crédible : de fait, la différence linguistique ne constitua jamais un problème dans leurs relations économiques et commerciales, de quelque nature que ce soit. Ainsi les différentes normes en vigueur dans les territoires d’origine – comme les réglementations portugaises sur les divisions héréditaires et dotales – étaient‑elles pleinement appliquées dans le territoire des Este. En outre, il s’agissait d’une autonomie juridique partielle, dans la mesure où elle était destinée à la seule sphère interne de la Nation : les Espagnols et surtout les Portugais recouraient au duc, au juge des xii Savi et aux notaires de Ferrare pour ratifier les résultats des arbitrages91, tout comme les autres Juifs de Ferrare l’avaient fait et continuaient à le faire. Je voudrais toutefois souligner que ce qui était totalement nouveau pour Ferrare, était à la fois l’utilisation du terme università pour désigner la totalité d’un ensemble, et le rapprochement des deux groupes d’origine ibérique : les lettres patentes du 17 janvier 1542 reconnaissent la naissance de la Nation portugaise et espagnole.
- 92 Ibid., t. ii, doc. 313, 29 octobre 1545. L’achat de biens immobiliers n’étant autorisé qu’aux citoy (...)
- 93 Pier Cesare Ioly Zorattini, «I cimiteri sefarditi di Ferrara», Annali di Ca’ Foscari, serie orienta (...)
25Le 29 octobre 1545, la « Nation portugaise espagnole hébraïque habitante dans cette ville de Ferrare » [Natione Spagnola Hebrea habitante in questa Citade di Ferrara] demanda avec succès à Hercule II la permission d’acheter « une cour située dans le quartier (contrada) de Spinello » pour y enterrer ses morts92. La raison en était exposée de la manière suivante : « se rappelant qu’il n’y a rien de plus certain que la mort, et n’étant pas de lieu en cette ville où enterrer les dépouilles » [recordandosi non essere cosa più certa della morte, et non havendo loco in questa citade di sepelire li corpi morti]. Dans cette situation, comme dans toutes les autres similaires, la Nation portugaise et espagnole se gardait bien de mentionner les autres Communautés Juives présentes dans la ville, comme elle se gardait bien de se mesurer à elles. En réalité, elle cherchait alors seulement à se doter de son propre cimetière, indépendant de celui utilisé par les Italiens et les Ashkénazes93.
- 94 Di Leone Leoni, La nazione ebraica spagnola e portoghese di Ferrara…, op. cit., t. i, p. 163‑176.
- 95 Ibid. supra, t. ii, doc. 544, 12 février 1550.
- 96 Ibid., doc. 1018, 8 juin 1554.
- 97 Graziani Secchieri, «Macellazione rituale ebraica…», art. cit.
26Un nouveau décret fut promulgué pour ramener à Ferrare ceux qui avaient été expulsés ou mis en isolement en raison d’une épidémie de peste ayant éclaté en 1549, et résorbée dès la fin de l’année94. Craignant également les réactions des habitants, tantôt effrayés et tantôt hostiles aux immigrants, Hercule attendit le 12 février 155095 pour délivrer un sauf‑conduit général en faveur de « certains Lusitaniens et Espagnols de souche juive » [nonulli Lusitani et Hispani ex hebræorum stirpe] qui lui en avaient formulé la demande. Déclarant agir pour « le bien et la commodité de nos régnicoles et sujets » [utilitati et commodo hoc civium nostrorum et subditorum adere], Hercule offrait à tous les Ibériques venus s’installer de manière permanente à Ferrare une sécurité et une immunité gratuites, perpétuelles et inviolables, ainsi que le droit d’y avoir une synagogue, de vivre librement selon la tradition et les lois juives ou encore de pratiquer le judaïsme même s’ils étaient baptisés, tant que le duc s’engageait à les défendre contre les poursuites de l’Inquisition – un engagement vu et approuvé par Girolamo Papini, inquisiteur de Ferrare, et par Agostino Righini, vicaire de l’inquisiteur de la province de Romandiola. Une autre licence concédait aux « hommes de la nation du Portugal et d’Espagne » [huomini della natione di Portugallo et di Spagna], « mal approvisionnés en viande par l’acheteur qui les fournit d’habitude » [mal accommodati di carne dal compratore, il quale é solito servirli], le droit d’abattre rituellement les animaux selon la kashrout. Adressée en 1554 aux hommes de la Nation établis à Ferrare « à perpétuité », cette licence leur permettait de désigner « un homme capable » [uno huomo atto et idoneo] pour se rendre à l’abattoir de la ville afin de faire abattre le gros et le petit bétail selon leurs rites, et d’acheter pour leur propre usage les quantités et les qualités de viande qu’ils souhaitaient96. La situation des Italiens et des Ashkénazes était différente, puisque l’abattage kasher était accordé sous la forme d’un droit exclusif (privativa), c’est‑à‑dire d’un monopole légal réservé par le gouvernement des Este à un concessionnaire97 : il s’agissait d’un instrument efficace de contrôle territorial sur la production, l’importation et la vente de toutes sortes de marchandises, qui reconnaissait des privilèges à certains groupes, et y compris aux Juifs.
- 98 Di Leone Leoni, La nazione ebraica spagnola e portoghese di Ferrara…, op. cit., t. ii, doc. 1170, 2 (...)
- 99 Pour un aperçu de la situation ancônitaine, voir Luca Andreoni, «Privilegi mercantili e minoranze e (...)
- 100 Di Leone Leoni, La nazione ebraica spagnola e portoghese di Ferrara…, op. cit., doc. 1172, 31 décem (...)
- 101 Ibid., t. ii, doc. 1559 (2 juin 1558) et 1606 (1558).
27Hercule II adopta encore à la fin de l’année 1555 la forme d’un décret adressé à une communauté, en l’occurrence celle des « Portugais et Espagnols de souche hébraïque qui, d’où qu’ils viennent, s’installent dans notre ville de Ferrare » [Portughesi et Spagnuoli di stirpe hebrea che da qual si voglia parte per l’avenire venga ad habitare in essa nostra città di Ferrara98]. Outre les concessions et les limitations habituelles, le duc ajoutait la faculté d’élire les administrateurs (massari) de la synagogue, ainsi que d’imposer des collectes et de les répartir entre eux « au profit commun » [per benefitio commune] – un privilège dont les Juifs de Ferrare jouissaient déjà depuis 1499. Enfin, il imposait que si l’un de leurs esclaves venait à se convertir, ils ne doivent percevoir en retour que le prix de son achat. Hercule II invita ensuite les marchands chassés d’Ancône99 à se rendre à Ferrare le dernier jour de l’année, en adressant une lettre patente « aux sujets de l’Empire turc, [...] Turcs et Grecs, ainsi qu’aux Juifs levantins » [alli sudditi del Gran Signore [...] sì Turchi come greci et hebrei levantini], dans laquelle il leur promettait qu’ils seraient bien accueillis et que tous leurs besoins seraient pourvus [ben visti, accarezzati, et fatto loro buoni trattamenti, né li sarà mancato ad ogni giusto ed onesto favore, in tutte le loro occorrenze100]. Le 2 juin 1558, Giacomo Geraldini déclarait exempter la synagogue des Juifs portugais de Ferrare du paiement de la taxe en faveur de la Maison des catéchumènes de Rome, dont il était le commissaire, par respect pour le duc d’Este qui les avait exemptés de nombreuses contributions et – surtout, ajouterais‑je – parce que dans l’État pontifical, « les Juifs espagnols et levantins n’étaient pas soumis à une telle imposition » [la Natione delli Hebrei Spagnoli et Levantini non patisce tal gravezza101]. Au‑delà de l’apparent égard pour la maison d’Este, il s’agissait donc d’étendre l’exemption romaine.
Les compagnies de commerce comme initiatives informelles
- 102 Les compagnies de commerce mériteraient d’être étudiées en détail dans un autre cadre afin de clari (...)
- 103 Di Leone Leoni, La nazione ebraica spagnola e portoghese di Ferrara…, op. cit., t. ii, doc. 1302, 1 (...)
28La Chambre ducale, et donc Hercule II lui‑même, établit plusieurs accords de coopération avec des marchands portugais, dont elle exploitait les relations commerciales et le capital économique. Plusieurs sociétés furent créées, véritables joint‑ventures visant à réaliser des opérations marchandes et manufacturières : les Portugais établirent depuis Ferrare des liens commerciaux avec les Nations d’Ancône, de Pesaro et de Venise, mais également avec leurs coreligionnaires demeurés dans la péninsule Ibérique ainsi qu’avec ceux qui s’étaient établis en Europe du Nord et dans les nouvelles places marchandes disséminées à l’intérieur du vaste Empire ottoman102. Bien entendu, les citoyens de Ferrare suivirent également l’exemple ducal en s’associant aux Portugais : en 1556, une société fut formée entre le maître Pietro de Zanchi et le marchand portugais Abraham Abib pour le commerce du chanvre, qu’il s’agissait d’acheter sur le territoire de Bologne et en d’autres lieux103.
Les concessions personnelles
- 104 Adriano Franceschini, Presenza ebraica…, op. cit., passim.
29L’émission de sauf‑conduits ad personam constitua l’une des stratégies de gouvernement favorites des Este, car elle leur permettait de donner à voir leur bienveillance, tout en obtenant des avantages économiques indirects. Outre les mesures adoptées dans les condotte, et donc non strictement personnelles, on retrouve jusqu’en 1492 au moins 24 décrets d’immunité et d’exemption et autant de sauf‑conduits et de licences accordés à des Juifs italiens et ashkénazes104. Envisageant de s’installer à Ferrare, les Espagnols sollicitèrent des privilèges, tout comme les Portugais. L’affaire de Sebastiano Rodrigues Pinto, « noble de la maison du roi d’Angleterre », et de son frère Odoardo Pinto, est à cet égard exemplaire. En 1538, ils sollicitèrent des laissez‑passer et des privilèges personnels et fiscaux pour s’installer à Ferrare. Hercule II leur répondit qu’il avait convenu de conditions et de garanties avec Odoardo lors d’un de ses séjours dans la ville. Il ajouta qu’outre les amples concessions fiscales qu’il leur avait accordées, il avait accepté à la cour
- 105 Di Leone Leoni, La nazione ebraica spagnola e portoghese di Ferrara…, op. cit., t. ii, doc. 110 (ao (...)
« l’un de ses fils [d’Odoardo] de la même manière et avec les mêmes ordres et dispositions que j’ai l’habitude de garder dans ma maison les autres fils de gentilshommes de cette ville » [uno suo figliolo di quello modo et forma et con quelli medesimi ordeni et provisione ch’io son solito tenere in Casa mia li altri figlioli de Gentilhomini de questa Citade105].
30Durant ces mêmes années, on retrouve de nombreux cas impliquant toutes sortes de dispenses et privilèges sollicités par des Juifs de toutes origines : des (rares) Ponentins, « quelques marchands et autres de la Nation portugaise, mais chrétiens » [alcuni mercanti et altri de Natione Portughese, christiani però], un « notre banquier et noble Juif de Ferrare » [hebreo banchiero et Nobile ferrarese nostro], des « nobles chrétiens portugais » [nobili portughesi christiani], des marchands Juifs portugais, des Juifs d’Ancône et de Mantoue avec leurs familles, des Juifs « alémaniques » (Alemani), ou encore un Juif levantin.
- 106 Ibid. supra, doc. 287, 17 septembre 1544.
31Une requête particulière, suivie en 1544 d’un rescrit ducal «de speciali gratia», retient l’attention106 : elle concerne Musich Coen et Sanctin Corinaldo, jugés et emprisonnés pour avoir eu des relations sexuelles avec des chrétiennes. Les Juifs ferrarais Lazaro di Vitale et Isach Raben se manifestèrent en leur nom propre et au nom de « tous les autres Juifs vivant à Ferrare, exceptuati tamen et non compresi », soit un groupe important de Juifs. Prêteur au banc de la Ripa et premier nom de cette liste, Isaach Norsa avait cédé aux prières des deux postulants et, bien qu’il n’y soit pas obligé, versa à la Chambre ducale 300 «scudi» d’or sur les 450 que coûtait la libération des deux délinquants. Soucieux de renouer avec le « bien vivre » [ben vivere], Lazaro di Vitale et Isach Raben s’engagèrent à payer le reste, en échange de la grâce pour les deux prévenus ainsi que pour tous les autres délits commis avant le 15 août précédent (à l’exception des crimes de lèse‑majeste, de meurtre et de vol). La spécificité de cette affaire tient moins à la transformation de la peine pénale en amende – une procédure déjà observée ailleurs – qu’à la personnalité des protagonistes, actifs et passifs. Étant donné que tous se sont déclaré Juifs de Ferrare, on ignore si ceux qui n’ont pas voulu se joindre à la pétition ont malgré tout dû contribuer au paiement effectué par I. Norsa. Il est certain que l’on reconnaît des Italiens, des Ashkénazes et quelques Espagnols, mais pas de Portugais, bien qu’à cette époque – et comme nous l’avons vu plus haut – les réfugiés lusitaniens fussent déjà présents en grand nombre. Même dans cette circonstance, le duc se montrait vigilant à satisfaire ses sujets juifs, dans la mesure du possible et naturellement en fonction de son propre intérêt.
- 107 Ibid., doc. 1124, 31 août 1555.
- 108 Ibid., doc. 1471, 8 octobre 1557.
32D’autres demandèrent et obtinrent des sauf‑conduits spécifiques, comme en 1555 Vellida di don Seneor Benvenisti et Reina di don Meir Benvenisti (chacune avec ses enfants, ses parents, ses hommes de confiance et sa famille)107, bien que ces permissions fussent déjà contenues dans le laissez‑passer général accordé le 12 février 1550 à la « nation juive portugaise et espagnole » [natione hebrea lusitana e spagnola], ou en 1557 le marchand portugais Agostino Enriches, inclus dans le permis accordé à « Beatrice veuve de feu Francesco Mendez » [Beatrice relitta del quondam Francesco Mendez108].
- 109 Sur les événements d’Ancône, voir ibid., t. i, p. 455‑465, avec une vaste bibliographie.
- 110 Ibid., t. ii, doc. 1126 (1er septembre 1555), 1159 (de Rome, 25 novembre 1555), 1160 (de Rome, 25 n (...)
- 111 Ibid., doc. 1168, de Rome, 11 décembre 1555.
33Hercule II s’activa tout particulièrement en faveur de Salomon Iacchia et d’Abram Francese, hommes de confiance de don Iacob Abravanel, arrêtés à Ancône en 1555 sur ordre du pape Paul IV109. Anciennement à la tête de l’Inquisition romaine en tant que préfet de la Congrégation du Saint‑Office (depuis le 21 juillet 1542), le pontife avait révoqué tous les droits accordés aux Juifs dans l’État pontifical par la bulle Cum nimis absurdum du 14 juillet 1555, et avait ordonné l’établissement de ghettos à Rome, Avignon, Bologne et Ancône. Il y avait ensuite envoyé deux commissaires extraordinaires, avec l’ordre d’arrêter et de juger tous les relaps et de confisquer leurs biens. Le duc chargea son ambassadeur à Rome de demander la libération des deux hommes110, s’attirant les reproches du pape « sur l’observation de la bulle contre les juifs » [sulla osservazione di quella bolla contra gli hebrei] ; depuis Rome, l’évêque d’Angone écrivit à Hercule II de « montrer qu’il faisait plus cas de ces saints ordres de Sa Sainteté que des juifs et des marranes » [faccia segno di tener più conto di questi santi ordini di Sua Santità che di giudei et marani111].
- 112 Ibid., doc. 1328, de Rome, 16 novembre 1556.
- 113 Les ambassadeurs écrivirent à Hercule au sujet des excuses transmises au pape par le duc d’Urbino e (...)
- 114 Ibid., doc. 238, 20 mai 1542.
- 115 Ibid., doc. 237, s.d. (1542).
- 116 Ibid., t. i, p. 366‑368 à propos de l’autorisation accordée à Samuel Naci et Beatrice Mendes de qui (...)
34L’année suivante, le pontife se déclarait « en colère contre ledit duc [d’Urbino] à propos des juifs » [in colera col predetto duca per conto delli hebrei] : soucieux de faire observer la bulle dans cet État, il convoqua les ambassadeurs d’Urbino et de Ferrare pour « parler de cette affaire » [ci voleva parlare sopra tale materia112]. Tout à la fois prince chrétien et soutien des Juifs (par opportunisme), Hercule II occupait en effet une position particulièrement délicate113 : en marquant sa distance d’avec la bulle comme en soutenant la libération des hommes de confiance d’Abravanel, il se signalait négativement auprès du Saint‑Siège. Les lettres de créance justifiant l’entière confiance d’Hercule II étaient d’un autre ordre : elles plaidaient la « cause de mes marchands du Portugal » [causa di questi miei Mercanti Portugallesi] en 1542114 ; la même année, elles délégaient à l’Ashkénaze Salamon de Ripa « notre familier » [nostro familiar] l’autorité d’inviter « tous les marchands juifs de Bohême ou d’un autre Nation, et leurs familles » [qualsivoglia mercatante hebreo di Boemia, o d’altra Natione, et lor famiglie115], démontrant par là l’engagement ducal à encourager l’arrivée et le séjour dans la ville d’autres marchands Juifs allemands. Les ducs souhaitaient précisément obtenir des nouveaux venus qu’ils s’installent de manière stable : en témoigne l’insistance avec laquelle ils rappelaient que les concessions en faveur des Portugais étaient réservées à ceux qui résideraient de façon permanente, tandis que les Este ne leur demandaient des garanties et des cautions que pour les obliger à s’installer116. Quant aux Juifs de Ferrare, ils déclaraient tout aussi systématiquement leur longue présence dans la ville lorsqu’ils se présentaient devant les notaires.
Le système clientélaire comme outil de pouvoir
- 117 Isabella Lazzarini, Gerarchie sociali e spazi urbani a Mantova dal Comune alla Signoria gonzaghesca(...)
- 118 La prise en compte des configurations sociopolitiques de l’époque interdit de limiter le clientélis (...)
- 119 Andrea Castagnetti, Società e politica a Ferrara dall’età postcarolingia alla signoria estense (sec (...)
- 120 Dans le monde clientélaire de la maison d’Este, même la charge d’administration des gages des prête (...)
35Comme la plupart des modes de gouvernement établis au Moyen Âge et qui se sont prolongés à l’époque moderne117, le clientélisme, compris comme la création d’une élite de pouvoir et d’un réseau de ses fideles, s’est avéré être une pratique sociale fructueuse118. Les Este le mobilisèrent de manière exemplaire, instaurant un système de faveurs et de services fondé sur la distribution de rentes, de ressources, de bénéfices ou de charges prestigieuses119 : en retour, ce système irriguait tant l’environnement politicosocial (et donc l’entourage catholique) de la cour des Este120, que le monde économique représenté par les prêteurs juifs.
36L’installation de Juifs italiens et ashkénazes se fit lentement et progressivement. Il s’agit d’abord de deux ou trois familles ou de personnes seules, invitées ou qui se proposèrent pour procurer aux citoyens l’argent comptant qui leur était nécessaire à travers le prêt sur gage. Les autorisations de résider dans la ville furent accordées à ceux qui tenaient les bancs de prêt ainsi qu’à leurs familles et à leurs employés, en échange du versement d’un droit annuel leur permettant d’exercer cette activité. Aux besoins que les Juifs italiens et allemands exprimèrent de loin en loin, les Este répondirent en modifiant la formulation des décrets de condotta : de simples et synthétiques, ceux‑ci devinrent toujours plus complexes en l’espace de 150 ans. Lorsque les seigneurs de Ferrare voulurent inviter et accueillir les exilés espagnols et les réfugiés portugais, les mesures d’accueil étaient déjà bien établies et les réponses aux diverses demandes furent rapides et efficaces.
- 121 La primauté des migrations espagnoles et portugaises à Ferrare est d’ordre économique et culturelle (...)
- 122 Graziani Secchieri, «Hebrei, Hebree, spagnuoli e marrani …», art. cit.
37L’énorme quantité d’actes notariaux documentant l’activité de prêt a déformé l’image de la présence juive dans les villes italiennes aux xive et xve siècles, en éclipsant de nombreux autres métiers et d’activités qui avaient moins d’occasions et de besoins de s’adresser à un notaire. De même, le tableau d’ensemble de cette présence au xvie siècle s’est trouvé déformé par l’importance accordée par l’historiographie aux correspondances relatives aux réfugiés : de fait, ce prisme a conduit à mettre ces derniers en avant121, vis‑à‑vis du reste de la population juive qui, du moins à Ferrare, était plus nombreuse122. La survalorisation, par les historiens, de la masse documentaire renseignant les activités des Sépharades (dans une démarche heuristique assez tautologique…) a occulté la vitalité économique des Italiens et des Ashkénazes. À cet égard, on rappellera que les Juifs de Ferrare avaient déjà obtenu tant la procédure arbitrale que l’abattage rituel, présentés comme des concessions prestigieuses obtenues par les Espagnols et les Portugais. En revanche, l’exemption de leur synagogue du paiement de l’impôt en faveur de la Maison des catéchumènes de Rome fut une réalisation du gouvernement papal et non des Este.
38Le fait de laisser les plus importants étrangers venus de la péninsule Ibérique (mais aussi d’autres, comme nous l’avons vu) s’installer dans des palais avec tout le confort que leur rang et leur importance justifiaient, en espérant que leur séjour se prolongerait, constitua l’une des nombreuses faveurs au prix desquelles les Italiens Norsa, les Ashkénazes Levi et les Sépharades Abravanel consolidèrent leur enracinement dans la ville. Dans la pratique, les Este et leurs officiers tendaient à considérer les trois Nations de la même manière, au mépris donc de la primauté que certains historiens ont voulu accorder aux Espagnols et aux Portugais. De fait, l’étude des outils du gouvernement ferrarais a montré que les condotte et les décrets étaient étendus et modifés en fonction des demandes des Juifs. De même, les mesures de soutien à l’immigration s’adressaient aussi bien aux Ashkénazes qu’aux Portugais, tandis que les divers privilèges et faveurs ad personam furent également accordées à ceux qui, quelle que soit la Nation à laquelle ils appartenaient, remplissaient deux conditions : en faire la demande expresse et être utiles à la ville et aux Este.
Notes
1 « Nous sommes très heureux qu’ils viennent vivre ici [à Ferrare] avec leurs familles » : cette invitation d’Hercule Ier d’Este aux réfugiés espagnols ayant rejoint le port de Gênes fut formulée par l’intermédiaire de son protonotaire Stanga ; voir Aron di Leone Leoni, La nazione ebraica spagnola e portoghese di Ferrara (1492‑1559): i suoi rapporti col governo ducale e la popolazione locale e i suoi legami con le Nazioni Portoghesi di Ancona, Pesaro e Venezia, Laura Graziani Secchieri (a c. di), 2 vols, Florence, Leo S. Olschki, 2011, «Storia dell’ebraismo in Italia, 26», t. ii, doc. 23, 20 novembre 1492.
2 Parmi l’immense bibliographie sur la diaspora ibérique, on retiendra ici en particulier Cecil Roth, «I Marrani in Italia», La Rassegna Mensile di Israel, vol. viii, no 9, 1934, p. 419‑443, <http://www.jstor.org/stable/41275960> ; Charles Amiel, « La “pureté de sang” », Études inter‑ethniques, vol. vi, 1983, p. 27‑45 ; Jose Faur, “Four Classes of Conversos: A Typological Study”, Revue des études juives, vol. cil, nos 1‑3, 1990, p. 113‑124 ; Jane S. Gerber, The Jews of Spain: A History of the Sephardic Experience, New York, Free Press, 1992 ; Charles Amiel, « Crypto‑judaïsme et Inquisition. La matière juive dans les édits de la foi des Inquisitions ibériques », Revue de l’histoire des religions, vol. ccx, no 2, 1993, p. 145‑168, <https://doi.org/10.3406/rhr.1993.1436> ; Yosef H. Yerusalmi, Sefardica : essais sur l’histoire des Juifs, des marranes et des nouveaux‑chrétiens d’origine hispano‑portugaise, Paris, Chandeigne, « Péninsules », 1998 ; Henry Méchoulan et Gérard Nahon (dir.), Mémorial I.‑S. Révah : études sur le marranisme, l’hétérodoxie juive et Spinoza, Paris/Louvain, E. Peeters, « Collection de la Revue des études juives, 23 », 2001 ; Norman Roth, Conversos, Inquisition, and the Expulsion of the Jews from Spain, Madison, University of Wisconsin Press, 2002 ; Raphaël Carrasco, « L’Inquisition et les judéo‑convers », in Raphaël Carrasco (dir.), L’Inquisition espagnole et la construction de la monarchie confessionelle (1478‑1561), Paris, Ellipses, « CAPES‑agregation, Espagnol », 2002 ; Renée L. Melammed, A Question of Identity: Iberian Conversos in Historical Perspective, Oxford/New York, Oxford University Press, 2004 ; Francesca Trivellato, The Familiarity of Strangers: The Sephardic Diaspora, Livorno and Cross‑cultural Trade in the Early Modern Period, New Haven/London, Yale University Press, 2009 ; Benjamin Ravid, “The Sephardic Jewish Merchants of Venice, Port Jews, and the Road to Modernity”, in Federica Francesconi, Stanley Mirvis et Brian M. Smollett (eds), From Catalonia to the Caribbean: The Sephardic Orbit from Medieval to Modern Times: Essays in Honor of Jane S. Gerber, Leiden/Boston, Brill, “Brill series in Jewish studies, 61”, 2018, p. 117‑135, <https://doi.org/10.1163/9789004376717_009>. Pour une approche de cette diaspora essentiellement centrée sur Venise au xviie siècle, voir Federica Ruspio, La nazione portoghese: ebrei ponentini e nuovi cristiani a Venezia, Turin, S. Zamorani, 2007.
3 La Commune ou le seigneur local invitait les Juifs, individuellement et/ou collectivement, à gérer les activités de prêt sur leur territoire, dans le but d’accroître le commerce et de renforcer la vie économique, ainsi que d’assurer (pour eux‑mêmes et pour la population) une source constante de liquidités. Il s’ensuivait un accord bilatéral connu sous le nom de «condotta», qui garantissait (certains) droits et privilèges spéciaux aux prêteurs, à leur famille et à leurs employés, en échange du paiement d’une redevance annuelle à l’autorité, qui définissait le taux d’intérêt que les bancs de prêt devaient appliquer.
4 Isabella Lazzarini, L’Italia degli Stati territorial, secoli xiii‑xv, Rome/Bari, Laterza, «Quadrante Laterza, 123», 2003, p. 71.
5 Isabella Lazzarini, «I domini estensi e gli stati signorili padani: tipologie a confronto», in Gigliola Fragnito et Mario Miegge (a c. di), Girolamo Savonarola da Ferrara all’Europa, Florence, SISMEL/Edizioni del Galluzzo, «Savonarola e la Toscana, 14», 2001, p. 19‑49 (en particulier p. 23‑27) ; Isabella Lazzarini, L’Italia degli Stati territoriali…, op. cit., p. 173‑175.
6 Par ordre alphabétique : Argenta, Bagnacavallo, Bondeno, Cento, Lugo, Massafiscaglia, Modène, Nonantola, Reggio, et Rubiera. Toutes ces localités subirent une profonde hiérarchisation territoriale sous la domination des Este, qui se traduisit par un tassement des populations de Modène et de Reggio, dont les valeurs reviennent à celles du xive siècle (voir plus bas) au profit du développement de la capitale ; Isabella Lazzarini, «I domini estensi e gli stati signorili padani», art. cit., p. 25 et 30‑31.
7 Les officiers, en tant qu’employés salariés de la famille d’Este, assumaient une double fonction de médiateurs : entre l’autorité et les sujets d’une part, et d’autre part entre les différentes traditions et statuts juridiques des territoires du duché. Voir Marco Folin, «Officiali e feudatari nel sistema politico estense (secoli xv‑xvii)», in Euride Fregni (a c. di), Archivi, territori, poteri in area estense (secc. xvi‑xviii), Rome, Bulzoni, «Biblioteca del Cinquecento, 92», 1999, p. 81‑120 (ici p. 91‑92) ; Marco Folin, Rinascimento estense: politica, cultura, istituzioni di un antico Stato italiano, Rome/Bari, Laterza, «Percorsi, 29», 2001, p. 208 ; Isabella Lazzarini, L’Italia degli Stati territorial…, op. cit., p. 174.
8 Trevor Dean, «Ferrara e Mantova», in Andrea Gamberini et Isabella Lazzarini (a c. di), Lo Stato del Rinascimento in Italia, 1350‑1520, Rome, Viella, 2014, «La Storia, Saggi, 5», p. 107‑124. Pour des comparaisons et des rapprochements entre les gouvernements de Ferrare et de Mantoue, voir Marzio Cattini et Marco A. Romani, «Le corti parallele: per una tipologia delle corti padane dal xiii al xvi secolo», in Giuseppe Papagno et Amedeo Quondam (a c. di), La corte e lo spazio: Ferrara estense, Rome, Bulzoni, 3 vols, «Biblioteca del Cinquecento, 17», 1982, t. i, p. 47‑82 (en particulier p. 48) ; Marco Folin, «Signorie, città, officiali: in margine al libro di Isabella Lazzarini su Mantova nel Quattrocento », Archivio Storico Italiano, vol. clv, nos 2‑3, 1997, p. 465‑489, <http://www.jstor.org/stable/26221988> ; Isabella Lazzarini, Il linguaggio del territorio fra principe e comunità: il giuramento di fedeltà a Federico Gonzaga (Mantova 1479), Florence, Firenze University Press, «Reti Mediavali E‑Book, 13», 2009, <https://media.fupress.com/files/pdf/24/1857/3546>.
9 Parmi la vaste bibliographie sur les migrations de l’Italie centrale et méridionale, voir Ariel Toaff, «Gli ebrei a Roma», in Corrado Vivanti (a c. di), Storia d’Italia. Annali 11, Gli ebrei in Italia, i: Dall’ alto Medievo all’età dei ghetti, Turin, G. Einaudi, 1996, p. 121‑152 (en particulier, «Il secondo esodo degli ebrei romani») ; Michele Luzzati, «Banchi e insediamenti ebraici nell’Italia centro‑settentrionale fra tardo Medioevo e inizi dell’Età moderna», in ibid., p. 173‑235 ; Marina Romani, «La tela del ragno: famiglie e banchi ebraici nell’Italia centro‑settentrionale (secc. xiv‑xv)», Cheiron, vols 45‑46, 2007, p. 87‑109 ; Marina Romani, «Reti socioeconomiche cristiane e reti socioeconomiche ebraiche nelle città dell’Italia centro‑settentrionale tra basso Medioevo e prima Età moderna: un rapporto possibile?», Cheiron, vol. 50, 2008, p. 95‑114.
10 Sur les migrations juives depuis l’Europe centrale vers le nord de l’Italie en général et vers Ferrare en particulier, voir Ariel Toaff, «Convergenza sul Veneto di banchieri ebrei romani e tedeschi nel tardo medioevo », in Gaetano Cozzi (a c. di), Gli ebrei e Venezia, Secoli xiv‑xviii, Milan, Edizioni Comunità, 1987, p. 595‑614 ; Ariel Toaff, «Migrazioni di ebrei tedeschi attraverso i territori triestini e friulani fra xiv e xv secolo », in Giacomo Todeschini et Pier Cesare Ioly Zorattini (a c. di), Il mondo ebraico: gli ebrei tra Italia nord‑orientale e Impero asburgico dal Medioevo all’età contemporanea, Pordenone, Studio Tesi, «Biblioteca, 90», 1991, p. 3‑29 ; Aron Di Leone Leoni, «Per una storia della Nazione Tedesca di Ferrara nel Cinquecento», La Rassegna Mensile di Israel, vol. lxii, nos 1‑2, 1996, p. 137‑166, <http://www.jstor.org/stable/41287039> ; Ariel Toaff, «Gli insediamenti askenaziti nell’Italia settentrionale», in Corrado Vivanti (a c. di), Storia d’Italia…, op. cit., p. 155‑171 ; Giampaolo Cagnin, Cittadini e forestieri a Treviso nel Medioevo: secoli xiii‑xiv, Sommacampagna, Cierre, 2004, p. 145‑157 ; Angela Möschter, «Gli ebrei a Treviso durante la dominazione veneziana (1388‑1509)», in Gian Maria Varanini et Reinhold C. Mueller (a c. di), Ebrei nella Terraferma veneta del Quattrocento, Florence, Firenze University Press, «Reti medievali, Quaderni di rivista, 2», 2005, p. 1‑14, <https://core.ac.uk/download/pdf/141655052.pdf>.
11 Outre les mentions passim, on trouve une perspective spécifiquement ferraraise in Leonello Modona, « Les exilés d’Espagne à Ferrare en 1493 », Revue des études juives, vol. xv, no 29, 1887, p. 117‑121, <https://doi.org/10.3406/rjuiv.1887.3526> ; David Kaufmann, « Contributions à l’histoire des Juifs en Italie », Revue des études juives, vol. xx, no 39, 1890, p. 34‑72 (en particulier p. 37‑39 et 54‑56), <https://doi.org/10.3406/rjuiv.1890.3671> ; Aron Di Leone Leoni, «Gli ebrei sefarditi a Ferrara da Ercole I a Ercole II, nuove ricerche e interpretazioni», La Rassegna Mensile di Israel, vol. lii, nos 2‑3, 1986, p. 407‑446, <http://www.jstor.org/stable/41285566> ; Pier Cesare Ioly Zorattini, «I cimiteri sefarditi di Ferrara», Annali di Ca’Foscari, vol. xxv, no 3, 1986, p. 33‑60, <https://phaidra.cab.unipd.it/api/object/o:458951/diss/Content/get> ; Pier Cesare Ioly Zorattini, «Ebrei sefarditi e marrani a Ferrara dalla fine del Quattrocento alla devoluzione del Ducato estense», in Rolando Bussi (a c. di), Libri, idee e sentimenti religiosi nel Cinquecento italiano, Modène, Panini, «Saggi», 1987, p. 117‑130 ; Maria Giuseppina Muzzarelli, «Ferrara, ovvero un porto placido e sicuro tra xv e xvi secolo», in Euride Fregni et Mauro Perani (a c. di), Vita e cultura ebraica nello stato estense, Nonantola, Fattoadarte, « Archivio 2, storico nonantolano », 1993, p. 236‑257 ; Aron Di Leone Leoni, La nazione ebraica spagnola e portoghese negli Stati estensi, per servire a una storia dell’ebraismo sefardita, 1re éd., Rimini, Luisé, 1992 ; Aron Di Leone Leoni, « Documents inédits sur la “Nation portugaise” de Ferrare », Revue des études juives, vol. clii, nos 1‑2, 1993, p. 136‑176, <https://doi.org/10.2143/REJ.152.1.2012660> ; Aron Di Leone Leoni, «La diplomazia estense e l’immigrazione dei cristiani nuovi a Ferrara al tempo di Ercole II», Nuova rivista storica, vol. lxxviii, no 2, 1994, p. 293‑326 ; Renata Segre, «La formazione di una comunità marrana: i portoghesi di Ferrara», in Corrado Vivanti (a c. di), Storia d’Italia…, op. cit., p. 780‑841 ; Marianna D. Birnbaum, «La presenza ebraica a Ferrara nel xvi secolo», Rivista di studi ungheresi, vol. xi, 1997, p. 11‑14, <https://real-j.mtak.hu/20030/1/RSU_1997_12.pdf> ; Aron di Leone Leoni, «La Nazion Portughesa corteggiata, privilegiata, espulsa e riammessa a Ferrara (1538‑1550)», Italia, vols xiii‑xv, 2001, p. 211‑248 ; Aron di Leone Leoni, «Per una storia della nazione portoghese ad Ancona ed a Pesaro», in Pier Cesare Ioly Zorattini (a c. di), L’identità dissimulata: giudaizzanti iberici nell’Europa cristiana dell’età moderna, Florence, Leo S. Olschki, «Storia dell’ebraismo in Italia: Sudi e testi, 20», 2000, p. 27‑97 ; Aron di Leone Leoni, The Hebrew Portuguese Nations in Antwerp and London at the Time of Charles V and Henry VIII: New Documents and Interpretations, New Jersey, Ktav, 2004.
12 Laura Graziani Secchieri, «Diaspore delle tre Nazioni ebraiche nella Ferrara tardo medievale e moderna: tipologie di insediamento in rapporto con le istituzioni locali», Proposte e ricerche. Economia e società nella storia dell’Italia centrale, vol. xliv, no 87, 2021, p. 117‑138.
13 Adriano Franceschini, Paolo Ravenna (a c. di), Presenza ebraica a Ferrara: testimonianze archivistiche fino al 1492, Florence, Leo S. Olschki, 2007, doc. 64, 1er mai 1370.
14 Sur l’usage et la signification de la harangue introductive dans les pratiques administrativo‑juridiques des Este, voir Laura Turchi, La giustizia del principe: ricerche sul caso estense, secoli xv‑xvi, Modène, Bulzoni, 2005, p. 165.
15 En limitant l’analyse à Ferrare, le lieu d’étude/de prière est mentionné dans le décret (et non la condotta) de 1458, le cimetière dans la délibération du «Giudice dei xii Savi» de 1452, et le mikvè dans les décrets de 1422 et 1435. La concession la plus fréquemment mentionnée est le repos du shabbat et lors des fêtes juives (1404, 1414, 1424, 1444 et 1454), tandis que l’abattage rituel n’est jamais évoqué. Le renouvellement de la condotta ne reproduit pas intégralement tous les chapitres, mais se réfère aux arrangements précédents, en soulignant seulement les chapitres qui ont changé, soit à la demande des prêteurs, soit par décision unilatérale des Este.
16 Adriano Franceschini, Presenza ebraica…, op. cit., doc. 79, 10 décembre 1393. Cette disposition fut reprise dans les condotte de Ferrare de 1404, 1414 et 1424 par Nicolò lui‑même, puis par Leonello en 1444 et par Borso en 1454.
17 La question complexe des gages non rachetés attribués sans enchères est examinée dans Laura Graziani Secchieri, «Macellazione rituale ebraica e officio dei pegni non riscattati a Ferrara: privative e privilegi come aspetti di gestione della politica interna estense (xiv‑xvi secolo)», Zakhor, à paraître.
18 Le dispositif reprenait une résolution antérieure au gouvernement des Este, formalisée le 15 mars 1328 par les douze sages (xii Savi) qui gouvernaient alors la ville de Ferrare (Archivio Storico Comunale di Ferrara [désormais : ASCFe], Liber Statutorum et Provisionum ad Maleficia deputati, fo 61r), puis reprise par Nicolò II pour Modène en 1378 (Adriano Franceschini, Presenza ebraica…, op. cit., doc. 67, 30 décembre 1378).
19 Di Leone Leoni, La nazione ebraica spagnola e portoghese di Ferrara…, op. cit., t. ii, doc. 36, 1er janvier 1499.
20 Ibid. supra, t. ii, doc. 89, 15 décembre 1393.
21 Ces éléments permettent d’avancer la date d’arrivée de la migration ashkénaze donnée par Leoni, ainsi que de rectifier son identification à l’activité de friperie (strazzaroli) ; voir Aron di Leone Leoni, «Per una storia della Nazione Tedesca…», op. cit. p. 139, no 13. Des documents que nous présentons ici, il apparaît en effet qu’une partie au moins des Juifs allemands arrivent à Ferrare dès le milieu du xve siècle, et qu’ils sont impliqués dans les activités de prêt. Le premier Ashkénaze identifié est Simone del fu Abramo, venu d’Allemagne en 1452 : Adriano Franceschini, Presenza ebraica…, op. cit., doc. 692, 15 décembre 1460.
22 Sur le transfert de propriété (en particulier une société de crédit), ou hazaqah : Laura Graziani Secchieri, «“per sua spontania voluntà di obbedirli”: un caso di resistenza all’imposizione giuridica di sottomettersi ai Rabbi nella Ferrara ebraica estense», Materia giudaica, vol. xxvii, 2022, p. 227‑254 (en particulier p. 237‑238).
23 En 1564, en revanche, Alphonse II émit une nouvelle condotta seulement pour les nouveaux propriétaires du banc des Sabbioni : Archivio di Stato di Modena (désormais : ASMo), Archivio Segreto Estense (désormais : ASE), Archivi per Materie, Banche e banchi feneratizi, b. 1/A, fasc. 1, 1557‑1571, n.n., dossier Capitoli di Banchi Hebrei de Sabbioni Levi, 20 février 1564.
24 Adriano Franceschini, Presenza ebraica…, op. cit., doc. 561 (8 novembre 1453), doc. 574 (8 mai 1454) et doc. 575 (18 mai 1454).
25 Laura Graziani Secchieri, «Un ebreo a corte. Luci e ombre nella vita di Abraam di Mandolino fra Estensi e Gonzaga», in Franco Cazzola, Chiara Guerzi et Corinna Mezzetti (a c. di), Memoria di Adriano: studi in onore del Maestro Franceschini (1920‑2005) nel centenario della nascita, Ferrare, Deputazione Provinciale Ferrarese di Storia Patria, «Atti e memorie, serie v», 2022, p. 335‑362 (ici p. 338‑339).
26 Dans le droit talmudique et rabbinique, le terme hazaqah (ou chazakah) désigne une possession légale (Encyclopaedia Judaica, vol. viii, 2002‑2021, p. 486‑491 : <www.jewishencyclopedia.com/articles/7412-hazakah>), proche de l’investiture médiévale et du Gewere germanique (Emanuele Conte, «Gewere, vestitura, spolium: un’ipotesi di interpretazione», in Bernard d’Alteroche, Florence Demoulin‑Auzary, Olivier Descamps et Franck Roumy (dir.), Mélanges en l’honneur d’Anne Lefebvre‑Teillard, Paris, Éd. Panthéon‑Assas, 2009, p. 267‑288). Assimilable à une véritable possession, son évolution est comparable par certains aspects à l’emphytéose et au fief ; Vittore Colorni, Gli ebrei nel sistema del diritto comune fino alla prima emancipazione, Milan, Giuffrè, 1956, p. 62. Je relève la pratique de la hazaqah comme transfert de sociétés de prêt à Ferrare dès le début du xvie siècle avec la vente du lieu et du droit d’exercer l’usure au banc des Carri (ce droit d’exercer le prêt dans un banc déterminé était dit en hébreu hazaqah). Voir Archivio di Stato di Ferrara (désormais : ASFe), Archivio Notarile Antico Ferrara (désormais : ANAFe), Bartolomeo Codegori, matr. 283, pacco 13, prot. 1513, ffo 318r‑319v, 1er décembre 1513 ; ibid., pacco 27, 1513, ffo 40r‑42r). Le libellé employé en 1559 lors de la vente du banc mantouan dit «Achazachae» à Salvador del fu Abraam di Rimini, un chapelier de Ferrare, est plus explicite ; ibid., Giacomo Ferrarini, matr. 593, pacco 27, prot. 1559, n.n., 16 janvier 1559. On trouve une discussion plus approfondie in Laura Graziani Secchieri, «Da ‘chazakah’ a ‘jus kazakà’ a proprietà: l’origine del diritto d’inquilinato perpetuo in ghetto nelle radici normative ebraiche: il caso di Ferrara», Proposte e ricerche, vol. lxxxi, no 2, 2018, p. 19‑47. On retrouve également à Ancône, avant que ne soit institué le ghetto, la pratique de la chazakah à propos des licences de prêt : Michäel Gasperoni, La communauté juive de la République de Saint‑Marin, xvie‑xviie siècles, Paris, Publibook, « Éd. Publibook Université », 2011, p. 49 et 63‑65 ; Michäel Gasperoni, “The Sources for the Study of the Roman Jewish Family in the Modern Age”, in Olga Melasecchi et Amedeo Spagnoletto (a c. di), Antiche ketubbòt romane: I contratto nuziali della Comunità Ebraica di Roma, Roma, Campisano Editore, 2018, <https://shs.hal.science/halshs-02178481> ; Michäel Gasperoni, « Les ghettos juifs d’Italie à travers le jus chazakah : un espace contraint mais négocié », Annales, Histoire, Sciences Sociales, vol. lxxiii, no 3, 2018, p. 559‑590, <https://shs.cairn.info/revue-annales-2018-3-page-559?lang=fr>.
27 Vittore Colorni, Gli ebrei nel sistema del diritto comune fino alla prima emancipazione, Milano, Giuffrè, 1956, p. 2‑10 ; Robert Bonfil, «Società cristiana e società ebraica nell’Italia medievale e rinascimentale: riflessioni sul significato e sui limiti di una convergenza», in Michele Luzzati, Michele Olivari et Alessandra Veronese (a c. di), Ebrei e cristiani nell’Italia medievale e moderna: conversioni, scambi, contrasti, Roma, Carucci, «Testi e studi, 6», 1988, p. 231‑260 ; Shlomo Simonsohn, «La condizione giuridica degli ebrei nell’Italia centrale e settentrionale (secoli xii‑xvi)», in Corrado Vivanti (a c. di), Storia d’Italia…, op. cit., p. 108‑120 ; Ariel Toaff, «Judei cives? Gli ebrei nei catasti di Perugia del Trecento», Zakhor, vol. iv, 2000, p. 11‑36. Les critères de réputation (bona fama) permettant aux marchands étrangers d’obtenir la citoyenneté ne s’appliquaient pas aux Juifs. Voir sur ce point Pietro Costa, Civitas: storia della cittadinanza in Europa, t. i: Dalla civiltà comunale al Settecento, Rome/Bari, Laterza, «Storica», 1999 ; Mario Ascheri, «Nella città medievale italiana: la cittadinanza o le cittadinanze?», Initium, vol. xvi, 2011, p. 299‑312, <https://www.isime.it/wp-content/uploads/2022/01/M.-Ascheri-Nelle-città.pdf> ; Diego Quaglioni, Giacomo Todeschini et Gian Maria Varanini (a c. di), Credito e usura fra teologia, diritto e amministrazione: linguaggi a confronto, sec. xii‑xvi, Rome, École française de Rome, « École française de Rome, 346 », 2005, <https://www.persee.fr/issue/efr_0223-5099_2005_act_346_1> ; Paolo Prodi, Maria Giuseppina Muzzarelli et Stefano Simonetta (a c. di), Identità cittadina e comportamenti socio‑economici tra Medioevo ed Età moderna, Bologne, Clueb, «Heuresis, ix, Sezione di Scienze storiche, 9», 2007 ; Paolo Prodi (a c. di), La fiducia secondo i linguaggi del potere, Bologne, Il Mulino, «Percorsi», 2007 ; Giacomo Todeschini, «La reputazione economica come fattore di cittadinanza nell’Italia dei secoli xiv‑xv», in Isa Lori Sanfilippo et Antonio Rigon (a c. di), Fama e «publica vox» nel Medioevo, Rome, Istituto Storico Italiano per il Medio Evo, «Atti del Premio internazionale Ascoli Piceno», 2011, p. 103‑118 ; Clément Lenoble et Giacomo Todeschini (a c. di), Cittadinanza e disuguaglianze economiche: le origini storiche di un problema europeo (xiii‑xvi secolo), dossier thématique des Mélanges de l’École française de Rome‑Moyen Âge, vol. ciiv, no 2, 2013, <https://journals.openedition.org/mefrm/1249>.
28 Sur les concessions ad personam, voir Adriano Franceschini, Presenza ebraica…, op. cit., passim.
29 Di Leone Leoni, «Per una storia…», art. cit., p. 148.
30 Di Leone Leoni, La nazione ebraica spagnola e portoghese di Ferrara…, op. cit., t. ii, doc. 1210, 27 avril 1556 (Pro Universitate Hebraerorum Todescorum Ferrariae degentium).
31 Di Leone Leoni, «Per una storia», art. cit., p. 164.
32 ASFe, ANAFe, F. Silvestri, matr. 430, pacco 9, prot. 1535, fo 148r, 21 mai 1535.
33 Ibid. supra, pacco 11, prot. 1540, fo 54v (24 février 1540), 58r (2 mars 1540) et 58v (marzo 1540).
34 ASFe, ANAFe, G. Ferrarini, matr. 593, pacco 11, prot. 1542, n.n., 8 février 1542.
35 Ibid. supra, F. Silvestri, matr. 430, pacco 13, prot. 1543, fo 80r, 28 mars 1543.
36 ASFe, Luogo Pio Esposti, Lettera C, cassetta 94, IVS del Sagatto in Ghetto, fo 171.
37 Di Leone Leoni, «Per una storia…», art. cit., p. 148.
38 Isac fils de feu Ioseph Levi Todeschi et ses fils Ioseph, Iacob, Benedetto (alias Moisè) et Samuel sont évoqués dans Graziani Secchieri, «“per sua spontania voluntà di obbedirli”…», art. cit., p. 236‑247.
39 Di Leone Leoni, «Per una storia…», art. cit., p. 153.
40 Aron Di Leone Leoni accuse les frères Levi d’avoir empêché l’obtention de l’autonomie dont jouissait déjà la nation espagnole et portugaise («Per una storia…», art. cit., p. 154), mais nous verrons plus loin qu’il ne s’agissait pas d’une véritable indépendance ou, du moins, qu’elle n’était pas différente de celle dont jouissaient les Juifs locaux.
41 Graziani Secchieri, « Un caso di resistenza… », art. cit., p. 242‑247.
42 ASFe, ANAFe, G. Bonsignori, matr. 569, pacco 34 s, schede 1576, no 38, 28 août 1576.
43 Ibid. supra, A. Rondoni, matr. 685, pacco 27s, schede 1593, n.n., 30 juin 1593.
44 Ibid., Roiti, matr. 674 pacco 23s, prot. 1573, fo 98r‑99v, 31 mars 1573.
45 Ibid., A. Rondoni, matr. 685, pacco 25s, schede 1588, n.n., 9 juin 1588.
46 Laura Graziani Secchieri, «Strategie matrimoniali delle tre anime ebraiche nella Ferrara cinquecentesca fra isolamento, inclusione e fusione delle Nazioni», Materia giudaica, vol. xxiv, 2019, p. 329‑347, <http://aisg.cise.unipi.it/Materia-giudaica-2019/022-Graziani-Secchieri%20329-348b.pdf>.
47 Sur les termes mobilisés pour désigner les Juifs ibériques en Europe et en Méditerranée, voir Nicole Abravanel, « Temps courts et temps long : quelle historicité pour le monde sépharade ? », in Claudine Delacroix‑Besnier (dir.), Byzance et l’Europe : l’héritage historiographique d’Évelyne Patlagean, Paris, École des Hautes études en Sciences Sociales, « Autour de Byzance, 3 », 2016, p. 183‑206 (ici p. 187), <https://u-picardie.hal.science/hal-03859906v1>.
48 Laura Graziani Secchieri, «Hebrei, Hebree, spagnuoli e marrani nel censimento del 1571: gli scampati al sisma di Ferrara», Materia giudaica, vol. xxv, 2020, p. 429‑468, <http://aisg.cise.unipi.it/Materia-giudaica-2020/036_Graziani%20pp%20429-468.pdf>.
49 Sur l’usage de terme « marrane » dans les domaines des Este, voir Di Leone Leoni, La nazione ebraica spagnola e portoghese di Ferrara…, op. cit., t. i, p. ix‑xiii.
50 L’intérêt de l’Inquisition portugaise pour les membres de la Nation de Ferrare est évoqué par António Manuel Lopes Andrade, «De Ferrara a Lisboa: tribulações do cristão‑novo Alexandre Reinel, preso no cárcere do Santo Ofício», Cadernos de Estudos Sefarditas, vol. vii, 2007, p. 83‑131, <http://www.catedra-alberto-benveniste.org/_fich/15/Antonio_Manuel_Lopes_Andrade.pdf>.
51 Thedor Dunkelgrün et Paweł Maciejko (eds), Bastards and Believers: Jewish Converts and Conversion from the Bible to the Present, Philadelphie, University of Pennsylvania Press, “Jewish culture and contexts”, 2020.
52 Adriano Franceschini, Presenza ebraica…, op. cit., doc. 924, 10 décembre 1476.
53 Roberto Bonfil, «A Presença Sefaradi na Itália: o Impacto de 1492», in Anita Novinsky et Diane Kuperman (a c. di), Ibéria judaica: roteiros da memória, Rio de Janeiro/São Paulo, Expressão e Cultura/Edusp, «América 500 anos, 6», 1996, p. 301‑306 ; Jonathan Ray, “Creating Sepharad: Expulsion, Migration, and the Limits of Diaspora”, Journal of Levantine Studies, vol. iii, no 2, 2013, p. 9‑35, <https://levantine-journal.org/fd.php?id=d67235e23ebd958b3754c61d75995086>.
54 Di Leone Leoni, La nazione ebraica spagnola e portoghese di Ferrara…, op. cit., t. ii, doc. 23, 20 novembre 1492.
55 Ibid. supra, doc. 24, 1er février 1493.
56 «Diario Ferrarese dall’anno 1409 fino al 1502 di Autori Incerti», in Ludovico Antonio Muratori (a c. di), Rerum Italicarum Scriptores, t. xxiv, Milan, Typographia Societatis Palatinae, 1738, col. 174‑407 (ici, col. 285).
57 Antonio Frizzi, Memorie per la storia di Ferrara, Ferrare, Abram Servadio, 1847‑1848, t. iv, p. 182, <https://www.digitale-sammlungen.de/en/view/bsb10480372?q=%28Memorie+per+la+storia+di+Ferrara%29&page=3>. Dans le cas présent, Aron Di Leone Leoni interprète «Marani» comme signifiant « Juifs espagnols » ; voir Di Leone Leoni, La nazione ebraica spagnola e portoghese di Ferrara…, op. cit., t. ii, doc. 29, 3 avril 1496.
58 ASFe, ANAFe, G. Schivazappa, matr. 424, pacco 1, prot. 1510, fo 3r, 2 octobre 1510.
59 Ibid. supra, prot. 1512, fo 3r, 14 octobre 1512.
60 Ibid., pacco 10s, schede 1512, n.n., 12 décembre 1512.
61 ASFe, ANAFe, G. Minotti, matr. 491, pacco 4, prot. 1533, fo 10r, document joint du 8 janvier 1533.
62 Ibid. supra, pacco 6, prot. 1538, fo 13r, 18 janvier 1538.
63 ASFe, ANAFe, G. Schivazappa, matr. 424, pacco 3, prot. 1529, fo 112v, 18 novembre 1529.
64 Ibid. supra, pacco 10s, prot. schede 1533, ffo 46v‑48r, 20 janvier 1533 ; ASFe, ANAFe, F. Silvestri, matr. 430, pacco 10, prot. 1537, fo 44r, 1er mars 1536 ; ASFe, ANAFe, A. Coccapani, matr. 534, pacco 4, prot. 1548, ffo 94v‑95r, 1er août 1548. On trouve un registre partiel dans Di Leone Leoni, La nazione ebraica spagnola e portoghese di Ferrara…, op. cit., t. ii, doc. 425, 1er août 1548.
65 En 1534, le décret d’Hercule II confirmant les concessions accordées par Hercule Ier en 1492 recourait au terme «hispani» pour désigner les réfugiés ibériques établis à Ferrare ayant sollicité ce renouvellement ; ibid., t. i, § 5.3, et t. ii, doc. 73, 16 décembre 1534.
66 ASMo, ASE, Cancelleria ducale, Leggi e Decreti, Registrum Decretorum, vol. 25, p. 121‑122, 8 décembre 1560.
67 Laura Graziani Secchieri, «Ebrei italiani, askenaziti e sefarditi a Ferrara: un’analisi topografica dell’insediamento e delle sue trasformazioni (secoli xiii‑xvi)», in Marina Caffiero, Anna Esposito et Tersilio Leggio (a c. di), Gli ebrei nello Stato della Chiesa: insediamenti e mobilità, secoli xiv‑xviii, Padou, Esedra, «Toledoth: studi di cultura ebra, 4», 2012, p. 163‑190 ; Laura Graziani Secchieri, «Le case dei sefarditi: per una topografia dell’insediamento ebraico di Ferrara alla metà del Cinquecento», in Pier Cesare Ioly Zorattini, Michele Luzzati et Michele Sarfatti (a c. di), Studi sul mondo sefardita: in memoria di Aron Leoni, Florence, Leo S. Olschki, «Storia dell’ebraismo in Italia, 27», 2012, p. 69‑99 (en particulier p. 79‑80).
68 Sur les activités marchandes des immigrés sépharades à Ferrare, voir Di Leone Leoni, «Gli ebrei sefarditi…», art. cit. ; Elisabetta Traniello, «La rete del duca. Il ruolo dei mercanti portoghesi nella “fabbrica delle pannine” di Ercole II d’Este», Cheiron, vol. lvii‑lviii, 2012, p. 311‑329 ; Elisabetta Traniello, «Artigianato e commercio: il ruolo delle diverse componenti ebraiche nella Ferrara di Ercole II d’Este (1535‑1559)», in Ioly Zorattini, Luzzati et Sarfatti (a c. di), Studi sul mondo sefardita…, op. cit., p. 51‑67 ; Javer Castaño, «“Men of the Nations of Portugal and Spain” in Ferrara: The Socio‑Economic Iberian Background», in Myriam Silvera (a c. di), Conversos, marrani e nuove comunità ebraiche in Età moderna, Florence, Giuntina, «Atti della Fondazione Museo nazionale dell’ebraismo italiano e della Shoa, 2», 2015, p. 191‑202.
69 Cette observation semble corroborée par les rares opérations commerciales entreprises par les sépahrades, ainsi que par les quelques mariages contractés entre Nations ; Graziani Secchieri, «Strategie matrimoniali», art. cit., p. 329‑347. Certains témoignages semblent aller dans le même sens, à l’image du testament que le Juif italien Isaac, fils de feu Manuel Norsa, titulaire du banc de prêt dit « de Po » ou « de la Ripa », établit en 1554. Un premier legs de 4 scudi est destiné à la « Compagnie de la Miséricorde des Juifs dite Chaurad Rachamim », afin de faire célébrer à l’occasion de quatre grandes fêtes du calendrier liturgique juif (la Pâque, la « Pâque rose » ou Chavouot, le Nouvel An et la « fête des cabanes » ou Soukkot (della frascada hebrea) des prières « pour les âmes des pauvres Juifs italiens, allemands et espagnols anciens de la ville de Ferrare, mais pas pour ceux de la nation portugaise venus récemment résider à Ferrare, soit depuis huit à dix ans environ » (per qualunque anime de poveri hebrei Taleani, Thodeschi e Spagnoli antiqui della città di Ferrara ma non de Portugese Natione nuovamente cioè da otto vel diece anni in circa venuti ad habitare in Ferrara) ; ASFe, ANAFe, G. Ferrarini, matr. 593, pacco 22, prot. 1554, n.n., «Testamentum domini Isaac de Nursia hebrei», 3 septembre 1554 (en marge : «Ultimo»). Isaac Norsa précise avoir voulu établir le document « en langue vulgaire et non en latin » afin que celui‑ci puisse être mieux compris. Le formulaire standardisé qui structure l’acte a visiblement été introduit par le notaire Ferrarini.
70 Sur la distinction entre prêt à la consommation (usuraire ou sur gage) et prêt à des fins commerciales, voir Marina Romani (a c. di), Storia economica e storia degli ebrei: istituzioni, capitale sociale e stereotipi (secc. xv‑xviii), Milan, Franco Angeli, «Studi e ricerche storiche», 2017. Par ailleurs, la distinction entre ces deux pratiques de prêt était tellement essentielle dans la pensée économique de l’époque, que les statuts de certains monts de piété interdisaient explicitement le prêt à des fins commerciales et n’autorisaient – sous des conditions précises – que celui pour les besoins des pauperes. Voir Maurizio Tagliaferri (a c. di), I Monti di Pietà nel territorio di Ravennatensia: esperienze a confronto, Trévise, Arti grafiche Zoppelli, «Centro studi e ricerche antica provincia ecclesiastica ravennate, 30», 2022.
71 ASFe, ANAFe, A. Coltri, matr. 266, pacco 3, 2 avril 1512.
72 Suite aux persécutions de 1391 et au décret de l’Alhambra de 1492, un grand nombre de Juifs espagnols trouvèrent refuge au Portugal, où ils continuèrent à parler leur langue maternelle.
73 «a tucti et singuli Spagnoli et Portugalesi, et parimente a tucti et singuli che haveranno la lingua spagnola over portugallese, li quali veniranno ad habitare over negotiare nel dominio, stato et terre nostre, che saranno mantenuti nel modo che vi verano, o come Christiani o come Hebrei che vi vengano» ; Di Leone Leoni, La nazione ebraica spagnola e portoghese di Ferrara…, op. cit., t. ii, doc. 98, 30 mai 1538.
74 «con tutti et singuli che haverano la lingua spagnola et con tutti et singuli portugallesi et parimente con tutti et singuli che haverano la lingua portugallese et di altra natione si voglia delle parti orientali, di qualunque qualitade, conditioni et professione che si siano» ; ibid. supra, t. ii, doc. 99, 30 mai 1538.
75 Ibid., doc. 100 (18 juin 1538), 101 (18 juin 1538), 105 (10 juillet 1538), 106 (Anvers, 24 juillet 1538) et 108 (29 juillet 1538).
76 «a tucti et singuli Spagnoli et Portugallesi, Levantini, Schiavoni, Dalmatini, Grechi, Turchi et di ogni altra natione, sì christiani come infideli, li quali veranno ad habitare o negotiare nelle nostre terre, citade et in quale si voglia loco del Stato et dominio nostro, et saranno mantenuti nel modo che vi verano» ; ibid., doc. 109, 13 août 1538.
77 Ibid., doc. 163 (17 août 1540), 113 (Ancône [?], 22 août 1538), 114 (Ancône [?], 1538), 115 (Anvers, 1538), 117 (Anvers, 9 octobre 1538), 118 (Anvers, 15 octobre 1538) et 132 (Anvers, avril 1539).
78 Ibid., doc. 180, Naples, 14 janvir 1541.
79 Ibid., doc. 263 (29 août 1543) et 321 (3 janvier 1546).
80 Sur les tribulations personnelles et familiales de celle qui se fit connaître en italien comme Beatrice de Luna, en portugais comme Beatriz de Luna, puis en hébreu comme Gracia Naci (également Nasi, Nasci et Nassì), voir Paul Grunebaum‑Ballin, Joseph Nasi, Duc de Naxos, Paris/La Haye, Mouton, « Études juives, 13 », 1968 ; Cecil Roth, Doña Gracia Nasi, Paris, Liana Levi, « Histoire », 1990 ; Maria Giuseppina Muzzarelli, «Beatrice de Luna, vedova Mendes, alias Donna Gracia Nasi: un’ebrea influente (1510‑1569 ca.)», in Ottavia Niccoli (a c. di), Rinascimento al femminile, Rome/Bari, Laterza, «Storia e società», 1991, p. 83‑114 ; Herman Prins Salomon et Aron di Leone Leoni, “Mendes, Benveniste, de Luna, Micas, Nasci: The State of the Art (1532‑1558)”, The Jewish Quarterly Review, vol. lxxxviii, nos 3‑4, 1998, p. 135‑211, <https://doi.org/10.2307/1454662> ; Pier Cesare Ioly Zorattini (a c. di), Processi del S. Uffizio di Venezia contro Ebrei e Giudaizzanti, vol. xiv: Indici generali, Florence, Leo S. Olschki, «Storia dell’ebraismo in Italia, 2‑3», 1999, passim ; Di Leone Leoni, La nazione ebraica spagnola e portoghese di Ferrara…, op. cit., passim ; id., «As transcrições do apelido Nasy’ nos documentos conservados nos arquivos de Ferrara e de Modena», Cadernos de Estudos Sefarditas, vol. v, 2005, p. 77‑85, <http://www.catedra-alberto-benveniste.org/_fich/15/Pagina_75-86.pdf> ; Pier Cesare Ioly Zorattini, «La dissimulazione perfetta. Le doppie nozze di Juan Micas (Yosef Naci)», in Camilla Hermanin et Luisa Simonutti (a c. di), La centralità del dubbio: un progetto di Antonio Rotondò, Florence, Leo S. Olschki, «Studi e testi per la storia della tolleranza in Europa nei secoli 16‑18, 13», 2010, p. 457‑478 ; Aron di Leone Leoni, The Hebrew Portuguese Nations in Antwerp and London at the Time of Charles V and Henry VIII: New documents and Interpretations, Jersey City, Ktav, 2005 ; Howard Tzvi Adelman, “The Venetian Identities of Beatrice and Brianda de Luna”, Nashim: A Journal of Jewish Women’s Studies & Gender Issues, vol. xxv, 2013, p. 10‑29, <https://doi.org/10.2979/nashim.25.10>.
81 Graziani Secchieri, «Le case dei sefarditi…», art. cit. Sur ces deux personnages, voir Di Leone Leoni, La nazione ebraica spagnola e portoghese di Ferrara…, op. cit., passim.
82 ASFe, ANAFe, G. Bonsignori, matr. 569, p. 30 s, schede 1572, carte sciolte, no 27, 17 octobre 1572.
83 Di Leone Leoni, La nazione ebraica spagnola e portoghese di Ferrara…, op. cit., t. ii, doc. 393, 4 mai 1547. Le privilège fut renouvelé en 1557 ; ibid., doc. 1398, 22 mai 1557.
84 Ibid. supra, doc. 1077 (19 février 1555), 1113 (18 août 1555), 1314 (29 octobre 1556) et 1394 (13 mai 1557).
85 Ibid., doc. 224, 17 janvier 1542.
86 Adriano Franceschini, Presenza ebraica…, op. cit., doc. 565, 10 janvier 1454.
87 Melchiorre Roberti, «Privilegi forensi degli Ebrei in Ferrara», Atti e Memorie della R. Accademia di scienze e lettere di Padova, vol. xxiii, 1906‑1907, p. 155‑172 (ici p. 163‑164).
88 Adriano Franceschini, Presenza ebraica…, op. cit., passim ; ASFe, ANAFe, A. Colorni, matr. 715, pacco 18, prot. 1582, fo 18rv, 29 janvier 1582.
89 Adriano Franceschini, Presenza ebraica…, op. cit., doc. 1217, 10 février 1489.
90 Vito Piergiovanni, «L’arbitrato. Profili storici dal diritto romano al diritto medievale e moderno», Atti della Società Ligure di Storia Patria. Nuova serie, vol. lii, nos 1‑2, 2012, p. 381‑394, <http://www.rmoa.unina.it/6166/1/ae7c15bb9803c150f782ed83061da32a.pdf>.
91 Je fais allusion ici aux controverses entre les sœurs Beatriz et Brianda de Luna Mendes (Di Leone Leoni, La nazione ebraica spagnola e portoghese di Ferrara…, op. cit., t. i, p. 350‑360), ainsi qu’au conflit d’héritage entre donna Benvenida, la veuve de don Samuel Abravanel, ses fils Iacob et Leone et, surtout, Isac, le fils que don Samuel avait eu d’un premier lit (ibid., p. 319‑327).
92 Ibid., t. ii, doc. 313, 29 octobre 1545. L’achat de biens immobiliers n’étant autorisé qu’aux citoyens et l’obtention de la citoyenneté représentant un processus long et au résultat incertain pour ce qui est des Juifs (en effet, les concessions de citoyenneté étaient rares et principalement en faveur des prêteurs), il était nécessaire d’obtenir une autorisation spécifique.
93 Pier Cesare Ioly Zorattini, «I cimiteri sefarditi di Ferrara», Annali di Ca’ Foscari, serie orientale 17, vol. xxv, no 3, 1986, p. 33‑60 (ici p. 37 et 44), <https://fc.cab.unipd.it/fedora/objects/o:458951/methods/bdef:Content/get>. Deux achats d’agrandissement furent ensuite effectués, d’abord par le marchand portugais Salamon Faraon, représentant de l’università des marchands portugais (1er juin 1551) puis par Simeon Salon, Ioseph de Abraam Namias, Ghedeliae Zarcho et Isaac Allalvo au nom de l’università et des Juifs portugais résidant à Ferrare et de leurs héritiers et successeurs (9 novembre 1556). Voir ASFe, ANAFe, G. Ferrarini, matr. 593, pacco 24, prot. 1556, n.n., 9 et 10 novembre 1556 ; Di Leone Leoni, La nazione ebraica spagnola e portoghese di Ferrara…, op. cit., doc. 1324 et 1325. Ce dernier terrain fut pourtant rapidement abandonné : le 23 octobre 1570, des représentants de la Nation achetaient un nouveau terrain, en l’occurrence un jardin potager dans le quartier de Boccacanale à Terranova, entre les actuelles Via Arianuova et Via del Pavone (Ioly Zorattini, «I cimiteri sefarditi…», art. cit., p. 37‑38), lequel resta en activité jusqu’au xixe siècle
94 Di Leone Leoni, La nazione ebraica spagnola e portoghese di Ferrara…, op. cit., t. i, p. 163‑176.
95 Ibid. supra, t. ii, doc. 544, 12 février 1550.
96 Ibid., doc. 1018, 8 juin 1554.
97 Graziani Secchieri, «Macellazione rituale ebraica…», art. cit.
98 Di Leone Leoni, La nazione ebraica spagnola e portoghese di Ferrara…, op. cit., t. ii, doc. 1170, 23 décembre 1555.
99 Pour un aperçu de la situation ancônitaine, voir Luca Andreoni, «Privilegi mercantili e minoranze ebraiche: levantini ad Ancona nel xvi secolo», Marca/Marche, no iii, 2014, p. 51‑68.
100 Di Leone Leoni, La nazione ebraica spagnola e portoghese di Ferrara…, op. cit., doc. 1172, 31 décembre 1555.
101 Ibid., t. ii, doc. 1559 (2 juin 1558) et 1606 (1558).
102 Les compagnies de commerce mériteraient d’être étudiées en détail dans un autre cadre afin de clarifier leur véritable nature et leur portée. Voir sur ce point Di Leone Leoni, La nazione ebraica spagnola e portoghese di Ferrara…, op. cit. ; Traniello, «La rete del duca…», art. cit. ; Di Leone Leoni, «Artigianato e commercio», art. cit.
103 Di Leone Leoni, La nazione ebraica spagnola e portoghese di Ferrara…, op. cit., t. ii, doc. 1302, 10 octobre 1556.
104 Adriano Franceschini, Presenza ebraica…, op. cit., passim.
105 Di Leone Leoni, La nazione ebraica spagnola e portoghese di Ferrara…, op. cit., t. ii, doc. 110 (août 1538), doc. 111 (août 1538) et doc. 112 (18 août 1538).
106 Ibid. supra, doc. 287, 17 septembre 1544.
107 Ibid., doc. 1124, 31 août 1555.
108 Ibid., doc. 1471, 8 octobre 1557.
109 Sur les événements d’Ancône, voir ibid., t. i, p. 455‑465, avec une vaste bibliographie.
110 Ibid., t. ii, doc. 1126 (1er septembre 1555), 1159 (de Rome, 25 novembre 1555), 1160 (de Rome, 25 novembre 1555), 1164 (30 novembre 1555), 1165 (3 décembre 1555) et 1167 (de Rome, 7 décembre 1555).
111 Ibid., doc. 1168, de Rome, 11 décembre 1555.
112 Ibid., doc. 1328, de Rome, 16 novembre 1556.
113 Les ambassadeurs écrivirent à Hercule au sujet des excuses transmises au pape par le duc d’Urbino et au sujet d’un envoyé papal « infidèle » soudoyé par des «marani et hebrei» à Ancône et en fuite à Gênes (où il est poursuivi par un mandat d’arrêt papal) ; ibid., doc. 1173, de Rome, 31 décembre 1555.
114 Ibid., doc. 238, 20 mai 1542.
115 Ibid., doc. 237, s.d. (1542).
116 Ibid., t. i, p. 366‑368 à propos de l’autorisation accordée à Samuel Naci et Beatrice Mendes de quitter Ferrare ; t. ii, doc. 192 (Anvers, 2 avril 1541) et 1170 (23 décembre 1555).
117 Isabella Lazzarini, Gerarchie sociali e spazi urbani a Mantova dal Comune alla Signoria gonzaghesca, Pise, ETS, «Piccola Biblioteca Gisem, 4», 1994 ; ead., Fra un principe e altri stati: relazioni di potere e forme di servizio a Mantova nell’età di Ludovico Gonzaga (1444‑1478), Rome, Istituto Storico Italiano per il Medioevo, «Nuovi studi storici, 32», 1996 ; Marco Folin, «Signorie, Città, Officiali… », art. cit. ; Jean‑Louis Briquet, «Clientelismo e processi politici», Quaderni Storici, vol. xxxiii, no 97, 1998, p. 9‑30, 10.1408/10206 ; Andrea Zorzi, «La formazione e il governo del dominio: pratiche, uffici, giurisdizioni», in Andrea Zorzi et William J. Connell (a c. di), Lo Stato territoriale fiorentino: secoli xiv‑xv: ricerche, linguaggi, confronti, Pise, Pacini, «Biblioteca/Centro studi sulla civiltà del tardo medioevo, 2», 2001, p. 81‑96 ; Patrizia Salvadori, «Dominio e patronato. I fiorentini e i centri soggetti nel xv secolo», in ibid., p. 477‑497.
118 La prise en compte des configurations sociopolitiques de l’époque interdit de limiter le clientélisme à une simple relation utilitaire : Isabella Lazzarini, Amicizia e potere: reti politiche e sociali nell’Italia medievale, Milan, Bruno Mondadori, 2010.
119 Andrea Castagnetti, Società e politica a Ferrara dall’età postcarolingia alla signoria estense (sec. x‑xiii), Bologne, Pàtron, 1985 ; Alessandra Favalli, Il rango e la dinastia: gli Este alla ricerca di un equilibrio politico nello spazio italiano ed europeo all’epoca delle guerre di religione francesi (1559‑1580), Thèse en histoire moderne et contemporaine, Carlo Maria Giannini et Olivier Poncet (dirs), Università di Teramo/École nationale des Chartes, le 27 octobre 2021, <https://theses.hal.science/tel-03435435v1>.
120 Dans le monde clientélaire de la maison d’Este, même la charge d’administration des gages des prêteurs juifs de Ferrare devint une fonction lucrative à attribuer à une créture loyale ; voir Adriano Franceschini, Presenza ebraica…, op. cit., doc. 733, 10 janvier 1454.
121 La primauté des migrations espagnoles et portugaises à Ferrare est d’ordre économique et culturelle (en lien avec l’impression) et non démographique ; voir Renata Segre, « La formazione di una comunità marrana: i portoghesi a Ferrara », in Corrado Vivanti (a c. di), Storia d’Italia…, t. i, op. cit., p. 781‑841. La présence des nations italienne et ashkénaze est non seulement plus importante numériquement, mais aussi plus durable sur le territoire.
122 Graziani Secchieri, «Hebrei, Hebree, spagnuoli e marrani …», art. cit.
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| Titre | Figure 1 : Strada degli Angeli (aujourd’hui Corso Ercole I d’Este no 23) : résidence de Don Samuel Abravanel |
| Crédits | Photographie de l’auteur. |
| URL | http://journals.openedition.org/diasporas/docannexe/image/17095/img-1.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 2,4M |
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| Titre | Figure 2 : Corso della Giovecca (actuel no 47) : entre 1549 et 1551 c’était la demeure de doña Béatrice de Luna |
| Crédits | Photographie de l’auteur. |
| URL | http://journals.openedition.org/diasporas/docannexe/image/17095/img-2.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 458k |
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| Titre | Figure 3 : Contrada di Borgonovo (aujourd’hui via Cairoli 32) : résidence de Reina Benveniste alias Marchesia Henriques jusqu’en 1556 |
| Crédits | Photographie de l’auteur. |
| URL | http://journals.openedition.org/diasporas/docannexe/image/17095/img-3.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 123k |
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| Titre | Figure 4 : Contrada di San Francesco (actuelle via Terranuova no 27) : résidence de Reina Benveniste alias Marchesia Henriques depuis 1556 |
| Crédits | Photographie de l’auteur. |
| URL | http://journals.openedition.org/diasporas/docannexe/image/17095/img-4.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 1,2M |
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| Titre | Figure 5 : Contrada di Borgonovo (aujourd’hui via Cairoli no 44) : résidence d’Henrique de feu Nunes Henriches depuis 1561 |
| Crédits | Photographie de l’auteur. |
| URL | http://journals.openedition.org/diasporas/docannexe/image/17095/img-5.jpg |
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| Titre | Figure 6 : Contrada di Borgonovo (aujourd’hui via Cairoli 15) : en 1571 résidence de Joseph di Corinaldo dit Faneto, prêteur de la 4e banque |
| Crédits | Photographie de l’auteur. |
| URL | http://journals.openedition.org/diasporas/docannexe/image/17095/img-6.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 95k |
Pour citer cet article
Référence papier
Laura Graziani Secchieri, « La politique de la maison d’Este en faveur de l’accueil et de l’installation des trois « Nations » juives à Ferrare », Diasporas, 43 | -0001, 17-54.
Référence électronique
Laura Graziani Secchieri, « La politique de la maison d’Este en faveur de l’accueil et de l’installation des trois « Nations » juives à Ferrare », Diasporas [En ligne], 43 | 2025, mis en ligne le 11 juin 2025, consulté le 11 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/diasporas/17095 ; DOI : https://doi.org/10.4000/144e8
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