Destins de chartriers : la famille de Brosse au miroir de ses archives (xiiie-xxie siècles)
Résumés
Cet article retrace la construction, la transmission et les transformations à long terme des chartriers de la famille de Brosse, un lignage noble implanté entre le Berry, la Marche et le Bourbonnais. À partir de l’étude de quatre seigneuries (Sainte-Sévère, Boussac, Huriel et Malval), il remet en question l’image figée des archives nobiliaires comme simples dépôts héréditaires de droits. L’analyse révèle des pratiques documentaires dynamiques, marquées par des logiques de production, de classement et de circulation des titres, au service d’une domination seigneuriale et d’une continuité lignagère. L’enquête s’appuie sur des inventaires anciens, des indices matériels et l’histoire du stockage dans les châteaux, pour éclairer les recompositions successives de ces fonds. Elle met en évidence les tensions entre mémoire privée, légitimation féodale et requalification institutionnelle. Les chartriers apparaissent ainsi comme des instruments de pouvoir et d’identité, dont le statut évolue, au fil des siècles, d’outil seigneurial à objet patrimonial et historiographique.
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Mots-clés :
archives, famille, noblesse, mémoire lignagère, chartrier, seigneurie, institution, château, Berry, Marche, Bourbonnais, Brosse, scripturalitéKeywords:
seigneurial archives, family, nobility, dynastic memory, lordship, institution, castle, Berry, Marche, Bourbonnais, Brosse, scripturalityPlan
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- 1 Philippe Contamine et Laurent Vissière (dir.), Les Chartriers seigneuriaux : défendre ses droits, c (...)
- 2 Olivier Guyotjeannin, Jacques Pycke et Benoît-Michel Tock, Diplomatique médiévale, Turnhout, Brepol (...)
- 3 Joseph Morsel, « Introduction », in P. Contamine et L. Vissière (dir.), Les chartriers seigneuriaux (...)
1En 2006, le colloque Les chartriers seigneuriaux : défendre ses droits, construire la mémoire (xiie-xxie siècle)1 présentait toute la diversité et la richesse documentaire que renferment les « chartriers ». Si l’on s’en tient à une définition simple, un chartrier désigne un recueil de chartes concernant une famille ou une institution, à des fins de preuve de ses droits et de conservation de sa mémoire2. C’est un produit résultant de l’archivage et de la conservation. Avant le xviiie siècle et l’apparition de ce terme au moment de la « réaction féodale »3, on emploie le mot « trésor ».
2Les chartriers sont de natures diverses. Un nombre important d’entre eux sont appelés « seigneuriaux ». Il s’agit avant tout de chartriers lignagers, car ils renferment les titres de l’aristocratie laïque détentrice de la terre.
- 4 J. Morsel, « Production d’archives, ou archives de la reproduction ? La question des archives au mi (...)
3Longtemps, on a estimé que les chartriers nobiliaires constituaient un ensemble cohérent et figé que les historiens envisageaient comme des réservoirs d’informations. Leur aspect évident tenait aux connexions établies entre noblesse, famille, succession et archives. Vues sous cet angle, les archives représentent un patrimoine légué à chaque succession et censé garantir la continuité entre les familles et la reproduction sociale du groupe nobiliaire4.
- 5 J. Morsel, « Ce qu’écrire veut dire au Moyen Âge… Observations préliminaires à une étude de la scri (...)
- 6 Jean-François Nieus, « Introduction : pour une histoire documentaire des principautés », in Les Arc (...)
- 7 Des attestations précoces, dans le Nord comme dans le Midi, ont fait l’objet d’études. Voir Hélène (...)
- 8 O. Guyotjeannin, « Les chartriers seigneuriaux au miroir de leurs inventaires (France, xve-xviiie s (...)
4Depuis le renouveau historiographique autour du tournant archivistique et des pratiques scripturaires5, les historiens scrutent de plus près l’agentivité des acteurs à partir de leurs archives. S’agissant des laïcs, si les pratiques des pouvoirs souverains ou princiers sont bien éclairées6, les chartriers nobiliaires restent encore en marge de ces études alors que les nobles, même les plus modestes, n’entretenaient pas un rapport passif avec l’écrit comme on l’a pensé7. Ils ne se sont pas contentés de collecter et de conserver leurs titres pour justifier et défendre leurs droits. Cette perspective judiciaire est apparue à l’époque moderne. Elle s’est développée avec le travail des feudistes dans la deuxième moitié du xviiie siècle, promoteurs d’une centralisation archivistique naissante. Par la réalisation de généalogies et d’inventaires (thématiques, chronologiques, topographiques), ils opérèrent aussi une spatialisation de la seigneurie8.
- 9 Les travaux de Jack Goody ont bien montré que maîtriser l’écriture, depuis son invention, c’est s’a (...)
5Or, à l’inverse d’une logique patrimoniale (noblesse, famille, succession, archives), que la configuration actuelle des archives laisse sous-entendre, c’est une logique de circulation incessante de documents qu’adoptèrent les familles nobiliaires. Les fonds qu’elles constituèrent lentement représentèrent un puissant dispositif de domination seigneuriale9. Ils n’étaient donc ni figés ni clos. Dès lors, on peut mener l’archéologie du chartrier en mettant au jour les différentes strates documentaires qui le composent.
- 10 Aujourd’hui : Sainte-Sévère-sur-Indre (dép. Indre), Boussac (Creuse), Huriel (Allier), Malval (Creu (...)
- 11 Le brûlement des titres féodaux a longtemps été associée à la Grande Peur de l’été 1789 menée par u (...)
6C’est ce que nous proposons de faire en étudiant la fabrique et le devenir de fonds issus de la famille de Brosse, originaire du Bas-Berry. Au milieu du xiiie siècle, la branche cadette acquit par mariage plusieurs seigneuries aux limites du Berry, de la Marche et du Bourbonnais : Sainte-Sévère, Boussac, Huriel puis Malval au xve siècle10. Pour les trois premières, c’est la première famille dont on ait conservé les archives, dans le contexte de la révolution de l’écrit. Commencèrent alors trois siècles de mainmise commune et de productions d’archives. À l’extinction de cette lignée au milieu du xvie siècle, les seigneuries changèrent de mains, mais les chartes demeurèrent dans les châteaux. Les archives des Brosse furent versées dans celles de leurs successeurs jusqu’à la Révolution française. Échappant aux flammes révolutionnaires, les chartriers furent préservés11. Toutefois, leurs destins divergèrent.
- 12 Élie Haddad, D’une noblesse l’autre : France, xvie-xviiie siècle, Ceyzérieu, Champ Vallon, 2024, p. (...)
7Le colloque La fabrique des archives et des institutions invite à réexaminer les chartriers seigneuriaux en interrogeant leur statut archivistique et leur finalité, laquelle a évolué au fil des siècles. Jusqu’à la fin de l’Ancien Régime, le chartrier peut être interprété comme le produit d’un groupe familial, élaboré au service d’une institution : la seigneurie. Durant cette période, son statut demeure ambigu, oscillant entre celui d’archive seigneuriale et d’archive familiale12. La famille, ainsi que ses alliés, apparaît alors comme un acteur central de la production documentaire dans le cadre de la seigneurie.
- 13 Sophie Cœuré et Vincent Duclert, « I. Fondation et refondation des Archives. Une histoire longue (1 (...)
- 14 Geneviève Gille, « Les archives privées », Revue Historique, 234-1, 1965, p. 29-46.
- 15 J. Morsel, « Production d’archives, ou archives de la reproduction ? La question des archives au mi (...)
8Cependant, depuis la naissance des archives13, et en particulier des archives départementales, de nombreux chartriers ont été versés dans le domaine public. Ce transfert a entraîné une requalification de leur statut, passant de celui d’archives seigneuriales ou familiales à celui d’archives privées14. Joseph Morsel met en garde contre ce changement de perspective. Il souligne le fait que considérer le chartrier uniquement sous l’angle des archives privées ou familiales tend à occulter leur dimension seigneuriale et la fonction de domination inhérente aux pratiques parentales, lentement façonnées par ces documents15. Aujourd’hui, le chartrier, en tant qu’archive, répond à des finalités différentes selon qu’il est conservé par un propriétaire privé ou par une institution publique.
9Mettre en regard et confronter ces chartriers des seigneuries des Brosse revient à explorer, à travers leurs trajectoires respectives, l’étroite imbrication entre archives familiales et seigneuriales. Cette analyse incite également à s’interroger sur les modalités de gestion de ces archives, depuis la constitution des fonds jusqu’à leur classement, tout en soulevant des questionnements plus larges concernant les archives privées. Peut-on considérer qu’a eu lieu une institutionnalisation de ces archives, c’est-à-dire une organisation systématique et cohérente de leur conservation ? Ou bien leur classement est-il resté essentiellement ponctuel et fragmentaire, se faisant au cas par cas ? Ces questions ouvrent la voie à une réflexion plus large sur l’avenir des chartriers et leur rôle au sein des pratiques archivistiques actuelles.
10Après avoir présenté l’historique des chartriers, nous nous intéresserons aux pratiques d’archivage et de conservation des documents à l’aide des inventaires modernes. Puis, nous verrons comment ces archives furent utilisées sur le temps long et ce qu’elles nous apprennent des enjeux familiaux.
Une famille et ses archives seigneuriales : différents parcours
11Aujourd’hui présentés comme seigneuriaux, ces chartriers demeurent avant tout aristocratiques, car ils ont été conservés par les familles. Ils ne sont pas entreposés dans les séries anciennes des archives départementales (désormais AD), à l’instar des documents issus d’abbayes. Communicables, ces fonds ne restent que partiellement classés.
« Chartrier de la seigneurie de Sainte-Sévère » (AD Indre 17 J)
- 16 Émile Chénon, Histoire de Sainte-Sévère-en-Berry, Paris, L. Larose et Forcel, 1888, p. 37, 46.
- 17 Inventaire de la série 17 J des AD Indre, p. 23-24.
12La famille de Brosse acquiert la seigneurie de Sainte-Sévère vers 1230 par le mariage de Guiburge de Sainte-Sévère avec Hugues Ier de Brosse. À sa mort, ses deux fils, Hugues II et Roger, se partagèrent ses terres et ce dernier devint le nouveau seigneur du lieu16. Déposé actuellement sous la cote 17 J des AD de l’Indre, le chartrier mesure 4,5 mètres linéaires. Les dates s’échelonnent de 1237 à 1898. Ce bloc compact contient des archives relatives aux différentes familles qui ont tour à tour possédé Sainte-Sévère. Les pièces concernant la période durant laquelle les Brosse tiennent la seigneurie s’étendent de 1237 à la fin du xve siècle. Elles sont de nature très diverse : aveux et dénombrement, transactions, procès, terrier, contrat… On en recense un peu plus de cent vingt. Plus de 90 % des documents sont des originaux rédigés en latin ou en langue vulgaire. Alimenté et conservé pendant l’Ancien Régime, le chartrier n’a pas été brûlé à la Révolution française mais est demeuré au château. La famille de Villaines, dernière détentrice de la seigneurie, le garda jusqu’en 1935 où il fut donné aux AD. Par ailleurs, plusieurs documents furent soustraits du chartrier, peut-être à la Révolution, et arrivèrent au xixe siècle au secrétaire de la mairie de Sainte-Sévère, Blanchard. Celui-ci les mit à disposition d’Émile Chénon, professeur de droit, qui les a utilisés pour écrire son Histoire de Sainte-Sévère-en-Berry en 1888. Restés en possession de ses descendants, les documents distraits ont été récupérés par un érudit local, René Pigois, lequel les donna à Georges Magnier qui en fit don à son tour aux AD de l’Indre en 201217.
« Fonds du château de Boussac » (AD Creuse 1 E)
- 18 Henri de Lavillatte, Esquisses de Boussac, Paris, Émile-Paul, 1907, p. 93.
- 19 AD Puy-de-Dôme, 3 T 164, 1928. Clermont, le 19 mai 1928. En 1911, M. Cousin de la Tour-Fondue faisa (...)
- 20 Ludivine Ponte, « Le fonds de Boussac aux archives départementales de la Creuse : présentation du f (...)
13Le fonds 1 E des archives de la Creuse est considérable : il mesure 20 mètres linéaires. Les dates extrêmes sont 1265 à 1810. Là aussi, le chartrier est resté au château à la fin de l’Ancien Régime, jusqu’à sa vente en 183718. À partir de cette date, on perd sa trace. Il réapparaît en 1911, lorsque M. Cousin de La Tour-Fondue en fait don aux AD du Puy-de-Dôme. Il est rétrocédé en 1928 aux AD de la Creuse après que le directeur puydomois a signalé son existence auprès de son homologue creusois19. Le fonds rassemble les papiers des familles tour à tour propriétaires de la seigneurie de Boussac : de Brosse, de Rilhac et de Carbonnières. Les archives furent déplacées au gré des alliances matrimoniales et certaines ne présentent plus de lien avec Boussac. Les près de quatre cents pièces concernant les Brosse courent de 1265 jusqu’aux années 1560. Aujourd’hui, toutes les cotes ne sont pas référencées dans l’inventaire qui a fait l’objet d’un reclassement partiel20.
Huriel : un chartrier disparu ?
- 21 Alfred Duteil, « Seigneurs et familles seigneuriales d’Huriel », Bulletin des Amis de Montluçon, 31 (...)
14La terre d’Huriel échut dans la première moitié du xiiie siècle aux Brosse qui la tinrent jusqu’au xve siècle. Nous connaissons la majeure partie des titres de la seigneurie grâce à un inventaire dressé en 1789-1790 par l’abbé Deval, archiviste feudiste, à la demande de Louis François Jules Jehannot, marquis d’Huriel-Bartillat. Sa famille entre en possession d’Huriel à la fin du xviie siècle. Le premier seigneur d’Huriel fut Etienne-Jehannot de Bartillat (1673-1702)21.
- 22 Archives privées de la famille de Bartillat conservées au château de Saligny-sur-Roudon (Allier). J (...)
- 23 Une liève est un extrait de terrier utilisé par le notaire ou le receveur seigneurial pour enregist (...)
- 24 Tomes n° 1, 2, 3 et 6. Le quatrième volume était conservé au château de Quinssaines jusque dans les (...)
15De ce que Deval répertoria à la Révolution française il ne reste que des débris. En effet, les seules archives actuellement possédées par la famille22 sont une liève23, un atlas-terrier de la fin du xviiie siècle et quatre des six volumes de l’inventaire de Deval24. La plupart des titres ont été perdus mais quelques actes originaux semblent conservés, nous y reviendrons.
Malval (Archivio di Stato di Torino)
- 25 Il s’agit des seigneuries de Mondon, Thors et Flet situées respectivement en Marche, Poitou et Sain (...)
- 26 Une partie des archives de la vicomté de Bridiers se trouve avec le fonds de Malval à Turin. D’autr (...)
16Les archives de la seigneurie de Malval sont conservées de l’autre côté des Alpes. C’est le même principe de croissance exponentielle qu’à Boussac et Sainte-Sévère qui a joué ici. D’abord, les Brosse récupérèrent cette seigneurie à la fin du xive siècle par l’union de Pierre III de Brosse et de Marguerite de Malval en 1375. À compter de cet évènement, leurs archives familiales respectives se confondirent pour un gros siècle. Le patrimoine s’agrandit au cours du siècle avec l’entrée de plusieurs seigneuries25 dont la vicomté de Bridiers26. En 1485, Claudine de Brosse, fille de Jean II, épouse Philippe II, duc de Savoie. Le fonds resta dans la maison de Savoie par la suite.
- 27 Je remercie Luisa Gentile du service des archives d’État de Turin de m’avoir apporté des informatio (...)
17Aujourd’hui, l’ensemble fait partie des Archivio di Corte. Ce fonds biparti regroupe, d’un côté, les « archives de la chambre des comptes de Savoie », de l’autre, les « archives des titres ou trésors des chartes des ducs de Savoie ». Les archives camérales concernent la gestion financière et fiscale avec comptes, terriers, protocoles ducaux… Quant aux archives de Cour, elles correspondent à la chancellerie et à l’administration politique et comprennent deux parties : les archives proprement politiques et les archives domaniales27.
- 28 AD Creuse, 1 Mi 81 (R1-R4) [en ligne] : https://archives.creuse.fr/rechercher/archives-numerisees/p (...)
- 29 Relevé effectué par David Glomot, « Héritage de serve condition », une société et son espace. La Ha (...)
18Sur les quatre bobines microfilmées consultables aux AD de la Creuse, deux intéressent les archives issues de la chambre des comptes, les deux autres les archives de Cour28. On dénombre 263 références, allant du xiiie au xvie siècle29. Une portion du fonds concerne le procès de la succession de Jean II de Brosse.
- 30 Voir pour l’essentiel Peter Rück, L’Ordinamento degli archivi ducali di Savoia sotto Amedeo VIII (1 (...)
- 31 Peter Rück, « Le château de Bard, refuge des archives ducales de Savoie au xvie siècle », Publicati (...)
19Le fait que les archives de la seigneurie de Malval se trouvent dans celles de la maison de Savoie signifie qu’on les déplaça depuis Malval jusqu’aux lieux de résidence des ducs, sans que l’on sache comment. Les pérégrinations de ce fonds sont complexes30. Les archives du duché de Savoie ont connu de nombreux déménagements au cours du xvie siècle avec notamment la dispersion des archives ducales en 1536 depuis Chambéry vers Nice31.
- 32 En 1962, trois chartes issues du fonds de Penthièvre ont été versées par les AD des Côtes du Nord ( (...)
- 33 AD Côtes-d’Armor, E 2, E 11, E 1478, E 1481, E 3656.
- 34 AD Loire-Atlantique, E 35, E 97, E 169, E 171, E 217.
- 35 AD Pyrénées-Atlantiques, E 602, E 656, E 657.
20Enfin, du fait de leur alliance avec la famille de Bretagne, plusieurs archives personnelles des Brosse sont entreposées dans d’autres chartriers32. Tout au long de la deuxième moitié du xve siècle, l’héritage du duché de Penthièvre a entrainé la production d’une abondante documentation, aujourd’hui conservée dans le chartrier du même nom33, ainsi que dans le trésor des chartes des ducs de Bretagne34 et les archives de la vicomté de Limoges35.
De l’archivage au stockage
21Grâce au dépouillement exhaustif des titres relatifs aux Brosse, il est possible de scruter les acteurs et les pratiques d’archivage au fil des siècles.
Plier, classer, inventorier (recommencer)
Un indice délaissé : les plis
- 36 Paul Bertrand, « De l’art de plier les chartes en quatre. Pour une étude des pliages de chartes méd (...)
22L’observation des plis des chartes et des annotations dorsales permet de repérer plusieurs campagnes de classement36. Avant d’être rangé, un parchemin est soigneusement plié, généralement en quatre, et prend la forme d’un rectangle allongé. Cela sert à protéger la partie rédigée. Seule l’annotation dorsale suffisait à identifier le contenu du document. On remarque fréquemment plusieurs plis sur une charte avec des annotations dorsales inscrites dans divers sens de lecture. En repliant le parchemin dans le sens des plis, on comprend alors qu’un nouveau pliage a été effectué postérieurement, remplaçant l’existant. Toutes les chartes n’ont pas subi le même traitement. Souvent, elles sont encore attachées ensemble par de fines cordelettes ou avec des plis disgracieux. Quand la cordelette a disparu, on peut la deviner par les trous de perforation situés en général sur un angle au bas du parchemin (ou du papier).
Figure 1 : Exemples de plis et d’annotations dorsales
Des annotations dorsales à diverses reprises. La charte est encore attachée par une cordelette à une autre pièce. La saleté sur la partie basse montre la partie repliée du parchemin qui a été la plus exposée.
Ce titre, l’un des plus anciens du chartrier de Sainte-Sévère, présente deux types de pliage et des traces de perforation.
Archives départementales de l'Indre, 17 J 8, 1260. (libre de droits)
Décrire et numéroter
23Couplé à celui des plis, l’examen des annotations dorsales (description, cote) permet d’estimer les campagnes d’archivage. La datation est d’autant plus précise lorsqu’elle concorde avec une référence d’inventaire. En suivant une progression chronologique, nous nous focaliserons sur quelques exemples témoins de diverses époques et logiques de classement.
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Classements à l’époque médiévale |
Classements à l’époque moderne |
Classements à l’époque contemporaine |
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Boussac AD Creuse, 1 E |
Notes dorsales (xive s., xve s.) |
Inventaire 1622 - Cotes : A-Z, AA-ZZ, AAA-ZZZ, AAAA-ZZZZ, AB-AZ, BA-ZA, BC-ZC, 1-11 Inventaires xviiie s. Carton avec résumé |
Classement après don aux archives Reprise partielle de l’inventaire, 2012 |
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Sainte-Sévère AD Indre, 17 J |
Notes dorsales (xive s., xve s.) |
Notes dorsales (xvie s. ?) Inventaires (1725, xviiie s.) - Cotes Résumés (xviiie s.) |
Numérotation par Émile Chénon Classement après don aux archives Complément de l’inventaire, 2012 |
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Malval Archivio di Stato di Torino |
Notes dorsales (xive s., xve s.) |
Inventaire 1516 Inventaires xviiie s. Carton avec résumé et cotes |
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Huriel |
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Inventaire 1789-1790 - Cotes : A-Z, AA-ZZ, etc. |
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Tableau 1 : Les classements successifs des archives seigneuriales de Boussac, Sainte-Sévère et Malval (essai de reconstitution), Étienne Ménager, 2024.
- 37 L’inventaire est demandé par Charles duc de Savoie le 9 novembre 1516, il débute le 26 décembre 151 (...)
- 38 Inventaire de 1516. AD Creuse, 1 Mi 81 (R4) [en ligne], vues 373 à 392 ; 1 Mi 81 (R2) [en ligne], v (...)
- 39 Maleval. AD Creuse, 1 Mi 81 (R2) [en ligne], vues 642 à 659, 1 Mi 81 (R4), vues 373 à 392.
24Un inventaire des titres de la vicomté de Bridiers et seigneuries de Thors, Flet, Malval et Mondon appartenant à Charles, duc de Savoie est levé en 151637. Il est conservé en double exemplaire dans les archives camérales et celles de la Cour de Savoie38. Il s’organise par grandes terres : Bridiers, Mordon, Fletz, Thors et Malval. À l’intérieur de ces catégories, la répartition des actes suit sans doute une logique spatiale, étant donné qu’elle n’est pas chronologique. Cependant, le résumé des actes manque de précision pour la cerner. La partie consacrée à Malval39, dressée le 29 décembre 1516, comporte près de 200 entrées. Les pièces s’étendent de la fin du xiiie au début du xvie siècle. Les archives furent reclassées au xviiie siècle lors de la confection de nouveaux inventaires. Celui du trésor des chartes suit une progression chronologique tandis que celui de la chambre des comptes s’organise par terre et par seigneurie.
- 40 Citons, à titre d’exemple, le conflit entre le seigneur de Boussac Louis de Brosse et le commandeur (...)
- 41 Le titre le plus ancien cité dans l’inventaire (AD Creuse, 1 E 164, folio 212-213, avril 1266), rel (...)
25Dans le fonds de Boussac, l’inventaire de 1622 permet de comprendre la logique d’archivage. L’impression qui s’en dégage est la volonté de mettre en ordre un amas de documents en les triant par ancienneté et par thème (une branche de la famille, un ensemble de procès, une terre soumise en hommage). Lors de sa rédaction, plusieurs actes comportaient déjà une annotation dorsale. D’autres furent enregistrés pour l’occasion, parfois sans qu’une cote soit inscrite au dos du parchemin40. L’inventaire permet également de mesurer les pertes, notamment celles du xiiie et du xive siècle41.
- 42 Son titre complet est Inventaire raisonné des papiers terriers, baux emphithéotiques, reconnaissanc (...)
- 43 Deux aveux (1415, 1426) conservés dans les archives de la famille ont été photographiés en 1979-198 (...)
26À Huriel, l’archiviste feudiste l’abbé Deval a entrepris à la Révolution un classement des papiers avec un système de numérotation. Composé de six volumes, le résultat est appelé « inventaire-chartrier », car il dresse la liste de l’ensemble des documents conservés par le marquis d’Huriel-Bartillat. L’inventaire ne traite pas seulement de la seigneurie d’Huriel, mais aussi des autres terres tenues par Bartillat42. En le dépouillant, on s’aperçoit que les archives de la famille de Brosse concernant Huriel sont en faible nombre à la fin du xviiie siècle. L’acte le plus ancien remonte à 1354 et l’essentiel des titres médiévaux conservés date du xve siècle. Ce sont des aveux et dénombrements ou des terriers. Quelques pièces originales semblent avoir subsisté, mais qu’est-il advenu de la majorité des chartes43 ?
- 44 É. Chénon, Histoire de Sainte-Sévère-en-Berry, op. cit., p. IX.
27Plus récemment, le chartrier de Sainte-Sévère a été plusieurs fois classé à l’époque contemporaine. Si une partie des documents fut inventoriée en 1725, Émile Chénon jugea bon un siècle et demi plus tard de numéroter les « cartons et dossiers », car ils ne comportaient pas de cotation44. Lorsque le service des AD de l’Indre reçut le premier morceau du chartrier, on regroupa les fiefs et métairies par paroisses. Par un don complémentaire de 2012, les pièces entrantes furent ajoutées à la fin de l’inventaire, avec une cote supplémentaire (17 J 55).
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Classement par Chénon |
Classement AD Indre |
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Carton A : titres de propriété de la terre de Sainte-Sévère |
17 J 1 – 17 J 5 |
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Carton B : Sainte-Sévère, n° ii |
? |
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Carton C : Chambre de l’auditoire, clocher, prison, etc. |
17 J 11 |
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Carton D : La Tour-Gazeau, le Virollant, etc. |
17 J 29 |
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Carton E : La Grande-Métairie, Bellombre, le Cluseau-de-Rongères, etc. |
17 J 13, 17 J 27, 17 J 28 |
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Carton F : Le Cluseau-de-Sainte-Sévère, Villaine |
17 J 19 – 17 J 25, 17 J 37 |
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Carton G : Le Grand Mont, le château du Mont, etc. |
17 J 25 |
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Carton H : Le Vanjeu, Puyvoisin, les Granges, le Pont Tracat, Bouturault |
17 J 23 |
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Carton J : Villehart, le Petit-Vanjeu |
17 J 26 |
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Carton K : Le Sauzay, Tuillier |
17 J 24 |
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Carton L : La Loge, la Pêcherie, le Calabre |
17 J 15 |
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Carton M : Rentes n° i |
? |
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Dossier I : Pièces anciennes (1237-1468) concernant Sainte-Sévère |
17 J 8 |
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Dossier II : Pièces concernant la tutelle des enfants de Jean de Brosse |
17 J 5 |
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Dossier III : Pièces concernant la seigneurie de Rongères et diverses ventes |
? |
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Dossier IV : Pièces concernant le droit d’aubaine et de bourgeoisie |
17 J 8 |
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Dossier V : États de fiefs, lièves, inventaires de pièces |
17 J 2 |
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Dossier VI : Le Chancillier, le Bouix, les Cloux, etc. |
17 J 26 |
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Dossier VII : Bordesoule, Gresse, Nouziers |
17 J 35 |
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Dossier VIII : Fief de Fay, voirie de Lignerolles, bois Bougazeau |
17 J 32 |
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Dossier IX : Les Couraux, le Goutat, les Fosses |
17 J 29 |
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Dossier X : Seigneurie de Lavau-Bonneuil |
17 J 32 |
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Dossier XI : La Vaupillière, Tesseau, la grande métairie de Sazeray, etc. |
17 J 32 |
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Dossier XII : Seigneurie de Pouligny, Peudun, le Gué |
17 J 30 |
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Dossier XIII : Fiefs de Laugette et autres |
17 J 30 |
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Dossier XIV : Seigneurie de la Cellette, seigneurie de Tercillat et Saint-Paul |
17 J 33, 17 J 34 |
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Dossier XV : Bouéz, Fongeraud, etc. |
17 J 33 |
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Dossier XVI : La Maison-Neuve, Le Puy, les Bordes, La Tronchette |
17 J 33 |
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Dossier XVII : La Vermillière, le Mérin |
17 J 33 |
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Dossier XVIII : La Lande, Fonteny, Le Moudurier |
17 J 31 |
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Dossier XIX : Fiefs de Bougazeau, Daujon, la Bâtisse, Crevant et Chassignolles, la Cour, etc. |
17 J 31 |
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Dossier XX : Métairie de Pouligny-Saint-Martin, la Ravelle, Laloeuf, Bejon |
17 J 29 |
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Dossier XXI : Rivarennes, Laularde |
17 J 29 |
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Dossier XXII : Les Forges, le Bois-Barré, métairie du Sou, la Côte-Perdrix, etc. |
17 J 28, 17 J 29 |
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Dossier XXIII : Les métairies de l’Écluse et des Tarrés |
17 J 17 |
Tableau 2 : Tableau de correspondance entre le classement d’Émile Chénon et le classement actuel du fonds 17 J des archives départementales de l’Indre
Des archives centralisées ?
- 45 Deux reconnaissances rendues en 1318 (AD Creuse, 1 Mi 81 R2 vue 225) et 1462 (idem vue 443) pour la (...)
- 46 AD Creuse, 1 Mi 81 R1 vues 589 à 594, 1462 « Pierre Denys clerc garde du seel ordonne aux contrats (...)
28Pour la période médiévale, aucune information sur la tenue des archives n’a pu être recensée. On sait qu’un personnel (notaire, garde du scel) travaillait à la rédaction des actes et circulait entre les seigneuries. Le garde du scel était sans doute chargé de leur gestion. Celui-ci pouvait être employé dans plusieurs bureaux d’écriture45. C’est le cas de Pierre Denis, actif dans les années 1460-1470 à Malval et Sainte-Sévère46.
- 47 Voir infra.
- 48 Olivier Mattéoni, « La conservation et le classement des archives dans les Chambres des comptes de (...)
- 49 Jean Kerhervé, « La chambre des comptes de Bretagne », in P. Contamine et O. Mattéoni (dir.), Les C (...)
- 50 Bernard Demotz, « Une clé de la réussite d’une principauté aux xiiie et xve siècles : naissance et (...)
- 51 Florentin Briffaz, « Pour une histoire des archives familiales des nobles savoyards au château (xii (...)
29Au xve siècle, la famille de Brosse contracte des alliances hypergamiques en s’unissant à des familles princières47. L’analyse de l’organisation de ses archives révèle une gestion nettement moins aboutie à cette époque que celle des lignages princiers. En Bourbonnais, la chambre des comptes de Moulins avait été instituée par le prince Louis II en 1374 qui disposait également d’une chancellerie48. En Bretagne, pareils organes existaient au xive siècle : la chancellerie fonctionne depuis le début du siècle tandis que la chambre des comptes, créée en 1365, succède à une commission de contrôle active depuis les années 126049. En Savoie, la chancellerie fonctionne depuis les années 1340 tandis que les origines de la chambre des comptes remontent au xiiie siècle50. Contrairement aux lignages princiers, aucune véritable institutionnalisation des archives ne s’observe pour les Brosse. Ils ne possèdent qu’un patrimoine foncier modeste, composé au mieux de quelques seigneuries. Dans leur cas, il n’existe pas de personnel dédié à une gestion centralisée des documents. Des fragments de comptes d’officiers (receveur, prévôt) sont conservés pour le xve siècle mais seulement à l’échelle de la seigneurie. Si des gardes du sceau, on l’a vu, sont parfois communs à plusieurs seigneuries, leur rôle reste limité à cet aspect et la gestion des archives s’effectue principalement à l’échelle de chaque seigneurie. Pourtant, une chambre des comptes pouvait exister pour des lignages de rang infra-princier. Le lignage savoyard des Thoire-Villars, de rang comparable à celui des Brosse, possédait une comptabilité domaniale et une chambre des comptes au xive siècle51.
30C’est surtout aux feudistes du xviiie siècle que l’on doit la structuration actuelle des fonds. Dans les quatre seigneuries, l’un d’entre eux effectua un classement des archives en dressant un inventaire. En outre, la fragmentation du patrimoine des Brosse, due à la vente de seigneuries, explique probablement pourquoi leurs archives n’ont pas été systématiquement intégrés aux vastes fonds des chambres des comptes ou des chartriers princiers des familles alliées. Ainsi, il apparaît que la polarisation du stockage dans les châteaux reste un élément déterminant dans la gestion des archives.
Stocker
- 52 É. Chénon, Histoire de Sainte-Sévère-en-Berry, op. cit, p. 287-288.
31À Sainte-Sévère, le chartrier était entreposé au château. On décida à la Révolution de le placer sous scellés. Nous ne disposons pas d’information sur sa localisation exacte avant sa saisie52.
- 53 Selon Xavier de Bartillat, les archives de la seigneurie d’Huriel n’étaient plus conservées dans le (...)
32À Huriel, l’inventaire précise que les titres sont conservés au château de l’Aage-Chevallier, ce qui laisse penser que l’ensemble des documents concernant Huriel ne s’y trouvaient peut-être pas. Le château d’Huriel fut saisi à la Révolution tout comme celui de l’Aage53.
- 54 AD Creuse, 1 E 13 : états du mobilier (1519, 1522, 1529, 1530), 1 E 164, non daté (écriture xviie s (...)
33À Boussac, plusieurs états du mobiliers et fragments d’inventaires dressés au xvie siècle nous renseignent sur l’emplacement et le stockage des archives54. La tour du Trésor est signalée en 1522 tandis que la chambre « du Trezor » est décrite dès 1529-1530 :
- 55 AD Creuse, 1 E 13, 1530, f°1 v et f°2 r.
en la chambre du Trezor, de cousté devers la main desdits [commissaires] dextre, y a uns armoise avecques six fenestres fermant à clef ou il y a de la pouldre de canon dans ung sacquet de toille ou il y a six livres ou environ de pouldre et garnys de pappiers esdites armoises, plus du cousté de la chambre devers la main senestre une autre armoise avec huit fenestres fermant a clef sauf une qui est rompue ou il y a des pappiers lesquels sont demoures.
Plus trois coffres de bahutz ou il y a des pappiers
Plus ung grand coffre de bois fermant a chef ou il y a des sacz plains de pappiers lesquels pappiers sont demoures dans lesdicts bahuts et coffre55
34On le voit, la chambre du Trésor n’est pas exclusivement dédiée au stockage des archives étant donné qu’elle sert aussi à entreposer de la poudre à canon. Il s’agit donc d’une pièce destinée à garder tout ce qui est précieux. Elle est agencée pour recevoir les documents puisqu’on y trouve deux armoires et quatre coffres. Les armoires possèdent plusieurs compartiments (six pour l’une, huit pour l’autre), fermant chacune à clé et permettant d’entreposer les documents. Les coffres à bahut sont courants à cette époque et servent au voyage. La répartition des papiers laisse donc penser qu’une partie des archives reste au château tandis qu’une autre voyage en même temps que le seigneur, René de Brosse.
- 56 AD Creuse, 1 E 164, 1622.
- 57 AD Creuse, 1 E 164, non daté (écriture xviie siècle) « les pieces estant dans se sac qui est dans l (...)
35Dans l’inventaire du trésor dressé en 1622, les archives sont décrites les unes après les autres en fonction de leur emplacement. Elles sont organisées de façon similaire : les papiers sont attachés ensemble, entreposés dans des sacs, eux-mêmes placés dans des coffres ou des fenêtres, compartimentant des armoires56. Pour autant, tout n’est pas contenu dans la seule chambre du trésor. Un fragment d’inventaire précise que divers titres sont rangés dans d’autres coffres situés ailleurs dans le château57.
- 58 Georges Janicaud, « Le château de Boussac », Mémoires de la Société des sciences naturelles et arch (...)
- 59 H. de Lavillatte, Esquisses de Boussac, op. cit., p. 83‑93.
36Quel était l’emplacement de la tour du trésor ? Au xviiie siècle, une tour ronde est appelée « tour des archives »58. Elle se trouve à l’est du logis seigneurial. Lors des délibérations révolutionnaires, le 11 messidor de l’an II, le conseil de district fixa les modalités de démolition du château et mentionna qu’une tour des archives serait rasée à hauteur des créneaux. L’adjudication du 22 messidor an II énonce à l’article 3 que « La tour, dite des archives, étant à l’extrémité orientale du corps de bâtiments et garnie de crénaux [sic], sera également démolie jusqu’à extraction des dits crénaux [sic], sa couverture sera rétablie en appentis et la cheminée dont elle est percée conservée ». Enfin, lorsque Claire-Pauline de Carbonnières cède le château à la municipalité le 3 octobre 1837, une clause de l’acte de vente précise que : « Madame de Ribeyreis se réserve le délai de deux années et plus, s’il était indispensable, pour faire l’examen et enlèvement des papiers déposés dans la plus petite tour, dite le Chartrier du Château »59.
- 60 L’aveu et dénombrement est un acte écrit dans lequel un vassal reconnaît à son suzerain qu’il tient (...)
- 61 Voir la remarque dans O. Mattéoni, « Société contractuelle, pouvoir princier et domination territor (...)
- 62 Ces appellations désignent le plus souvent la tour maîtresse. C’est le cas de la tour Maubergeon au (...)
- 63 É. Chénon, Histoire de Sainte-Sévère-en-Berry, op. cit., p. 41.
37Le type d’archives que l’on rencontre le plus est le dénombrement (aussi appelé « aveu » ou « nommée ») lequel constitue un outil de domination par l’affirmation de la fidélité vassalique60. Un très grand nombre d’aveux sont conservés pour les xive, xve et xvie siècles : une vingtaine pour Boussac, une trentaine pour Malval et une soixantaine pour Sainte-Sévère. Ce recours à l’écrit prouve que la féodalité demeure vive à cette époque, même si le sens de l’hommage s’affaiblit61. De plus, le stockage des archives au sein du château sur une période prolongée contribue à accentuer la dimension symbolique de l’autorité seigneuriale attachée à cet édifice. Nombreuses sont les mentions de « tour des archives » que l’on peut mettre en regard avec d’autres mentions de tours telles que « tour aux hommages » ou « tour aux fiefs »62. Bien que ces appellations ne datent pas toujours du Moyen Âge, elles témoignent de l’association entre l’hommage et sa mise en écriture, notamment par l’aveu et dénombrement. C’est le cas par exemple à Sainte-Sévère63. Ainsi, par métonymie, ces tours désignent le château non seulement comme le lieu où les vassaux viennent prêter hommage pour leurs fiefs, mais également comme un espace de conservation de ces actes.
- 64 Christian Rémy, « Les archives au château. Pour une réévaluation des chartriers privés (Limousin, P (...)
38La polarisation du stockage des archives au château s’étend sur plusieurs siècles, parfois jusqu’à nos jours. Nombreux sont encore les chartriers aux mains de propriétaires privés à être conservés dans les châteaux. Au bout de plusieurs années de fréquentation des fonds d’archives privés, Christian Rémy a signalé le nombre vertigineux de chartriers encore dans ce cas en Limousin, Périgord et Angoumois64. La longévité de cette polarisation est un phénomène bien connu des historiens, bien que peu interrogé de manière diachronique.
39Dans l’ensemble, tous ces fonds montrent que l’archivage s’inscrit dans une logique de continuité documentaire. Partout, plis et annotations dorsales indiquent qu’on reclassa plusieurs fois les titres jusqu’à l’époque contemporaine. Ceci se voit particulièrement bien pour les aveux et dénombrements. Rendus au fil des décennies, à chaque changement de seigneur, ils sont conservés dans le même dossier. Ainsi, l’archivage vise à inscrire le lieu dénombré dans une continuité territoriale : même si les propriétaires changent, le lieu demeure ancré dans la seigneurie.
L’utilisation des archives entre hier et aujourd’hui
40Si les archives de la famille de Brosse furent conservées jusqu’à aujourd’hui, elles n’ont pas toujours été mobilisées aux mêmes fins. L’historien les mobilise aujourd’hui selon des perspectives différenciées. Nous proposons de poser quelques jalons en parcourant les fonds au fil des siècles.
Ascension sociale, expansion territoriale mais absence d’institutionnalisation des archives
41Aux xiiie et xive siècles, les titres conservés montrent que le rayonnement de la famille se cantonne à l’échelle régionale. Leurs possessions et droits se concentrent dans les environs immédiats. On perçoit à travers les aveux et procès, des châtelains soucieux d’affirmer leur position au sein des relations féodo-vassaliques locales.
- 65 Jean de Brosse est un proche de Charles VII. Il est fait maréchal de France en 1426. Voir P. Contam (...)
- 66 À Boussac, plusieurs quittances du receveur Vincent Savignac sont conservées pour les années 1440 à (...)
42À partir du deuxième tiers du xve siècle, alors que les Brosse connaissent une ascension sociale65, les archives témoignent de l’élargissement de leurs horizons. Les alliances matrimoniales soutiennent une politique d’extension territoriale. Si les seigneuries de Sainte-Sévère, Boussac, Huriel et Malval continuent de faire l’objet d’une documentation abondante, elles sont administrées à distance, par le biais de receveurs66. Les Brosse sont moins présents dans la région et ils ont de nouvelles préoccupations.
- 67 Jean II de Brosse épouse Nicole de Châtillon-Blois, comtesse de Penthièvre. Cependant, le duc de Br (...)
- 68 Autour de Saint-Gilles-Croix-de-Vie et Apremont.
- 69 S’agissant des vicissitudes de l’héritage du comté de Penthièvre, voir Antoine Rivault, Le duc d’Ét (...)
43La fin de la période étudiée représente le crépuscule de l’hégémonie des Brosse dans le Berry, la Marche et le Bourbonnais. Leur politique d’extension territoriale piétine67. Dès le deuxième tiers du xve siècle, leur ascension sociale a entraîné un déplacement de leurs ambitions vers l’ouest, d’abord vers Bridiers, puis le Poitou et la Touraine. À partir du milieu du xve siècle, l’alliance de Jean ii de Brosse avec Nicole de Châtillon déplace la famille en Vendée68 et dans le comté de Penthièvre en Bretagne69. Des procès sont engagés à tout-va. L’attention des Brosse ne semble plus du tout tournée vers la Marche et le Berry. On perçoit à la charnière du xve et du xvie siècle que l’ensemble territorial auparavant entre leurs mains, se déchire entre, d’un côté, la Bretagne et le comté de Penthièvre où ils essayent de faire valoir leurs droits, de l’autre la Savoie avec le partage de la succession de Jean II entre Jean III et sa sœur Claudine de Brosse. Les seigneuries d’Huriel, Sainte-Sévère puis Malval sont tour à tour vendues. René de Brosse, en difficultés financières, vend Huriel en 1514 et Sainte-Sévère en 1517.
Entre construction d’une mémoire familiale et défense des droits
- 70 Olivier Poncet, « L’usage des chartriers seigneuriaux par les érudits et généalogistes en France da (...)
44Après l’extinction de la branche cadette à la mort de Jean IV (1564), les érudits utilisèrent les archives pour établir une mémoire aristocratique et familiale70.
- 71 Gaspard Thaumas de La Thaumassière, Histoire de Berry, Paris, Morel, 1689, p. 649‑658. Sur cet aute (...)
- 72 G. Thaumas de La Thaumassière, Les anciennes et nouvelles coutumes locales de Berry, et celles de L (...)
- 73 AD Creuse, 1 E 164, f°247.
45Au xviie siècle, La Thaumassière, historien et juriste berrichon, a publié une généalogie des Brosse dans son Histoire de Berry71. Il a eu accès aux titres de la seigneurie, car il édite dans ses Coutumes locales trois pièces issues du « trésor de Boussac »72. Ces chartes règlent le partage entre les frères de la succession de leur père en 1282, 1321 et 1387 ; l’une est citée dans l’inventaire de 162273. Ces pièces ne figurent plus dans le chartrier aujourd’hui.
46De même, l’abbé Deval dresse au début de son inventaire une liste des seigneurs d’Huriel, accompagnée d’une biographie sommaire de chacun d’entre eux en s’appuyant sur les archives qu’il a à sa disposition.
- 74 Amis de Montluçon, 2 AM 578, « 1756-1758. Procédure entre la marquise de Bartillat et le prieur d’H (...)
47Le travail des feudistes a également servi à défendre les droits des seigneurs d’alors, par la mobilisation des titres anciens. Entre 1756 et 1758, dans une procédure entre la marquise de Bartillat et le prieur d’Huriel, celle-ci se réfère à un « aveu et dénombrement présenté à Sa Majesté en 1354 par Louis de Brosse »74.
- 75 Plus de soixante pièces ont été annotées.
- 76 AD Creuse, 1 E 164. Le feudiste explique rapidement comment il a organisé les titres : aveux et dén (...)
- 77 AD Dordogne, 2 E 1836 144, quittance de 1431 et aveu de 1474.
- 78 AD Indre, 17 J 8, dossier 2, juin 1298. Il faut peut-être y ajouter les pièces 17 J 35 (aveu de 137 (...)
48Dans le fonds de Boussac, l’un d’entre eux a réalisé nombre de transcriptions et de traductions de chartes75. Ces dernières ont aussi été accompagnées d’annotations et de commentaires. Le travail de cette « main inconnue » servait à documenter des usages séculaires afin de faire reconnaître leur ancienneté en cas de litige76. Plus intéressantes, trois pièces médiévales conservées respectivement aux AD de la Dordogne77 et de l’Indre78 montrent que cette main a agi sur ces trois fonds. Cela suscite des questions : les archives furent-elles stockées au même endroit ? Le fonds a-t-il été dispersé ensuite ? Y a-t-il eu des échanges ? À quelle date ? Pour les titres entreposés à Périgueux, on peut expliquer leur présence par le fait que la famille de Carbonnières était détentrice de biens en Dordogne : on procéda à des séparations, mais sans qu’il soit possible d’en déterminer le moment exact. En revanche, pour Sainte-Sévère, cela est d’autant plus surprenant qu’au xviiie siècle les seigneuries n’appartiennent pas aux mêmes familles. Il semblerait que les pièces en question se trouvaient dans le fonds de Boussac et furent transférées dans le chartrier de Sainte-Sévère au plus tôt dans la deuxième moitié du xviiie siècle. Cela signifie qu’auparavant plusieurs titres intéressant Sainte-Sévère reposaient dans le chartrier de Boussac.
Du xixe siècle jusqu’à nos jours
- 79 Sylvie Le Clech, « Choses vues, choses vécues : trois histoires d’“archives au château” », Annales (...)
49Bien que nous ne disposions que de peu d’information sur l’utilisation des chartriers durant les xixe et xxe siècles, il ne semble pas que les archives aient servi à entretenir la mémoire familiale au-delà de la Révolution, comme cela a pu être le cas par ailleurs79. En effet, chartriers et châteaux ont été séparés, parfois précocement. Ceux de Malval et de Sainte-Sévère sont en ruine depuis l’époque moderne tandis que celui d’Huriel, abandonné au cours de cette période, est aujourd’hui partiellement conservé. À Boussac, la séparation avec la dernière famille propriétaire du lieu et le chartrier est intervenue en 1837, lorsque le château a été vendu à la municipalité. En l’état actuel, l’absence d’information sur le devenir du chartrier jusqu’à son versement aux archives du Puy-de-Dôme ne permet pas de connaître ses usages.
50Les chartriers de Sainte-Sévère et de Boussac sont entrés dans les années 1930 aux archives départementales, mais leur classement a été lacunaire. En dehors des recherches d’Émile Chénon sur celui de Sainte-Sévère, les fonds restent méconnus. Le dépôt des archives de Malval aux Archivio di Stato di Torino a largement participé à l’oubli du fonds par les érudits creusois. Cette situation peut s’expliquer par la méconnaissance du lignage, dont la renommée repose essentiellement sur la figure de Jean Ier de Brosse, maréchal de France et compagnon de Jeanne d’Arc. Elle résulte probablement aussi de l’incapacité à inscrire les membres de cette famille dans une narration héroïque régionale, son patrimoine étant écartelé entre les provinces historiques du Berry, de la Marche et du Bourbonnais.
- 80 Cela a été bien mis en lumière dans l’ouvrage récent d’Antoine Paillet, La Fabrique d’une province (...)
- 81 Cela est notamment rappelé à l’occasion de la parution de l’ouvrage Chartes du Bourbonnais, 918-152 (...)
- 82 C’est le cas du prince de Lobkowicz, descendant de la maison de Bourbon-Parme. Voir Jean-Louis Etie (...)
51Dans le département voisin de l’Allier, la recherche et l’édition des archives des Bourbons participèrent à la construction d’une identité départementale autour d’un « Bourbonnais éternel »80. Entre la deuxième moitié du xixe siècle et la première moitié du xxe siècle, la volonté d’édition d’un grand chartrier du Bourbonnais anima plusieurs archivistes de l’Allier. Ainsi Martial Alphonse Chazaud, archiviste et président de la Société d’Émulation du Bourbonnais, entreprit-il la préparation d’un tel chartrier81. Dans l’entre-deux-guerres, Max Fazy consacra lui aussi ses travaux aux origines du Bourbonnais en s’appuyant sur les actes mettant en scène les Bourbons. Aujourd’hui, le tourisme local repose largement sur cet héritage, avec le soutien d’acteurs privés disposant de fonds liés à la maison des Bourbons82.
- 83 Guillaume Grillon, « Archives du château, archives du châtelain : l’inventaire des archives du chât (...)
52De nos jours, de nombreux chartriers demeurent largement méconnus, y compris ceux qui sont conservés dans des dépôts publics. Des demandes de classement ponctuel d’archives privées continuent d’émerger, comme dans le cadre de projets tels que l’écriture de l’histoire d’un château récemment acquis ou la mise en valeur d’une demeure associée à un domaine viticole83.
Conclusion
53Ce tour d’horizon permet de suivre la famille de Brosse sur plusieurs générations. Étudier la fabrique de leurs archives requiert un sondage différencié des chartriers, selon que l’on s’intéresse aux politiques de classement, aux individus ou aux finalités des archives.
54En comparant les quatre chartriers, nous avons vu que les archives constituaient un outil de la domination seigneuriale. Elles témoignent de l’assise territoriale des Brosse, entre Berry, Marche et Bourbonnais. Les pertes entraperçues invitent à reconsidérer la tenue des archives par une famille de petits seigneurs. En effet, les titres furent rangés avec soin dès le xiiie siècle, dans le contexte de la révolution de l’écrit. Au cours des deux siècles suivants, on peut supposer qu’elles furent gérées de façon commune, à tout le moins par le même personnel. Pourtant, ni les archives de cette famille ni leur constitution en chartrier à l’époque moderne n’ont entraîné une transformation du chartrier en archives.
55Les chartes ne disparaissent pas avec leurs successeurs. Elles sont enregistrées et ressorties des placards si un litige survient. Les politiques d’archivage révèlent donc une continuité documentaire. Leur mise en chartrier, récente, établit un lien étroit entre ancrage spatial de la seigneurie et enracinement lignager dans celle-ci. Ainsi, mémoire du lieu et mémoire familiale se confondent.
56La présentation du chartrier reflète les destins familiaux. On pourrait penser, à travers les exemples développés, que la logique seigneuriale prime, puisque les archives personnelles des Brosse (surtout celles du xve siècle) sont dispersées. N’est-ce pas plutôt le signe d’une logique lignagère ? Deux lectures de cette dispersion sont possibles : est-ce un signe de leur déclin, parce que la famille s’allie avec des lignées plus vastes ou bien reflète-t-elle, au contraire, une aptitude à s’intégrer avec succès dans des lignages plus prestigieux ?
- 84 Éric Mension-Rigau, « La noblesse contemporaine et ses archives : entre naufrages et sauvegardes », (...)
57Longtemps tenus secrets, les chartriers familiaux font depuis quelques décennies l’objet d’un regain d’intérêt et d’une prise de conscience de la part de leurs propriétaires84. Ce ne sont pas des archives fixes, mais au contraire des « objets vivants », sans cesse remaniés et construits. Leur entrée récente dans les dépôts départementaux et leur inventaire, absent ou partiel, donnent de prime abord à ces fonds un caractère imperméable. Cela peut rebuter le chercheur, car il doit se plonger corps et âme dans le fonds, à la différence des séries ecclésiastiques, pour lesquelles il dispose d’instruments de recherche anciens. Il reste encore un immense travail à mener sur ces fonds méconnus dont la mise en chartrier ne constitue qu’un miroir déformant de leur histoire.
Notes
1 Philippe Contamine et Laurent Vissière (dir.), Les Chartriers seigneuriaux : défendre ses droits, construire sa mémoire ; xiiie-xxie siècle ; actes du colloque international de Thouars (8-10 juin 2006), Paris, Société de l’histoire de France, 2010.
2 Olivier Guyotjeannin, Jacques Pycke et Benoît-Michel Tock, Diplomatique médiévale, Turnhout, Brepols, 2006, p. 26 ; Jean Favier, Dictionnaire de la France médiévale, Paris, Fayard, 1993, p. 256.
3 Joseph Morsel, « Introduction », in P. Contamine et L. Vissière (dir.), Les chartriers seigneuriaux : défendre ses droits, construire sa mémoire, op. cit., p. 9-34.
4 J. Morsel, « Production d’archives, ou archives de la reproduction ? La question des archives au miroir de la continuité seigneuriale », in Les Archives familiales dans l’Occident médiéval et moderne. Trésor, arsenal, mémorial, Madrid, Casa de Velázquez, 2021, p. 17-27.
5 J. Morsel, « Ce qu’écrire veut dire au Moyen Âge… Observations préliminaires à une étude de la scripturalité médiévale », Memini. Travaux et documents, 4, 2000, p. 3-43 ; Étienne Anheim (dir.), Fabrique des archives, fabrique de l’histoire, Paris, Éditions ENS rue d’ULM, 2004, vol. 125 ; Pierre Chastang, « L’archéologie du texte médiéval : Autour de travaux récents sur l’écrit au Moyen Âge », Annales. Histoire, Sciences Sociales, 63, 2008, p. 245-268 ; Paul Bertrand, « À propos de la révolution de l’écrit (xe-xiiie siècle) : considérations inactuelles », Médiévales, 56, 2009, p. 75‑92 ; étienne Anheim (dir.), « Archives », Annales. Histoire, sciences sociales, 74, 3-4, juillet-décembre 2019, 412 p., Paris, Cambridge University Press, EHESS.
6 Jean-François Nieus, « Introduction : pour une histoire documentaire des principautés », in Les Archives princières, xiie-xve siècles, Arras, Artois Presses Université, 2016, p. 9‑22.
7 Des attestations précoces, dans le Nord comme dans le Midi, ont fait l’objet d’études. Voir Hélène Débax, « “Une féodalité qui sent l’encre” : typologie des actes féodaux dans le Languedoc des xie-xiie siècles », in Le Vassal, le fief et l’écrit. Pratiques d’écriture et enjeux documentaires, Louvain-la-Neuve, Institut d’études médiévales, 2008, p. 35‑70 ; Jean-François Nieus, « Des “archives de famille” en France du Nord au Moyen Âge central. Le chartrier des seigneurs de Béthune, 1160-1260 », in Les Archives familiales dans l’Occident médiéval et moderne, op. cit., p. 235‑246.
8 O. Guyotjeannin, « Les chartriers seigneuriaux au miroir de leurs inventaires (France, xve-xviiie siècle) », in Les Chartriers seigneuriaux, op. cit., p. 35‑50.
9 Les travaux de Jack Goody ont bien montré que maîtriser l’écriture, depuis son invention, c’est s’assurer une domination sociale. Jack Goody, The Logic of Writing and the Organization of Society, Cambridge, Cambridge University Press, 1986.
10 Aujourd’hui : Sainte-Sévère-sur-Indre (dép. Indre), Boussac (Creuse), Huriel (Allier), Malval (Creuse).
11 Le brûlement des titres féodaux a longtemps été associée à la Grande Peur de l’été 1789 menée par une paysannerie débridée ou à la loi du 17 juillet 1793. Certes, des destructions eurent lieu, mais les contrastes géographiques sont importants. Les saisies ont sans doute été plus nombreuses que les bûchers mais le bilan des destructions au plan national et local reste encore à faire. Albert Soboul, « De la pratique des terriers au brûlement des titres féodaux (1789-1793) », Annales historiques de la Révolution française, 176-1, 1964, p. 149-158 ; Serge Bianchi, « Destruction et protection des archives sous la Révolution française », in Stéphane Péquignot et Yann Potin (dir.), Les Conflits d’archives : France, Espagne, Méditerranée, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2022, p. 173‑190.
12 Élie Haddad, D’une noblesse l’autre : France, xvie-xviiie siècle, Ceyzérieu, Champ Vallon, 2024, p. 232-242.
13 Sophie Cœuré et Vincent Duclert, « I. Fondation et refondation des Archives. Une histoire longue (1194-début du xxie siècle) », in Les Archives, 3e éd., Paris, La Découverte, 2019, p. 11‑27, p. 14‑17.
14 Geneviève Gille, « Les archives privées », Revue Historique, 234-1, 1965, p. 29-46.
15 J. Morsel, « Production d’archives, ou archives de la reproduction ? La question des archives au miroir de la continuité seigneuriale », art. cit.
16 Émile Chénon, Histoire de Sainte-Sévère-en-Berry, Paris, L. Larose et Forcel, 1888, p. 37, 46.
17 Inventaire de la série 17 J des AD Indre, p. 23-24.
18 Henri de Lavillatte, Esquisses de Boussac, Paris, Émile-Paul, 1907, p. 93.
19 AD Puy-de-Dôme, 3 T 164, 1928. Clermont, le 19 mai 1928. En 1911, M. Cousin de la Tour-Fondue faisait don aux AD du Puy-de-Dôme d’un lot important de documents. Ces documents comprennent deux groupes distincts : 1° Les papiers de famille de Cousin de la Tour-Fondue. 2° le fonds de la seigneurie de Boussac. Ce fonds n’avait aucun lien avec la famille de M. de la Tour-Fondue. Celui-ci l’avait acheté.
20 Ludivine Ponte, « Le fonds de Boussac aux archives départementales de la Creuse : présentation du fonds et de la méthode de traitement », Archives en Limousin, 38, 2011, p. 9-13.
21 Alfred Duteil, « Seigneurs et familles seigneuriales d’Huriel », Bulletin des Amis de Montluçon, 31, 1980, p. 25-41.
22 Archives privées de la famille de Bartillat conservées au château de Saligny-sur-Roudon (Allier). J’adresse ici toute ma gratitude à MM. Gérard et Xavier de Bartillat qui m’ont renseigné et permis de consulter ces documents. Plusieurs d’entre eux ont été photographiés ou ont fait l’objet de notes prises par Alfred Duteil. Ses archives sont déposées auprès de la société d’érudition des Amis de Montluçon. Voir 2 AM 52, 2 AM 560, 2 AM 576, 2 AM 577, 2 AM 578.
23 Une liève est un extrait de terrier utilisé par le notaire ou le receveur seigneurial pour enregistrer les cens, rentes et droits perçus, ainsi que les mutations de propriété. Elle constitue un outil de gestion essentiel de la seigneurie et peut faire office de preuve en cas de perte du terrier.
24 Tomes n° 1, 2, 3 et 6. Le quatrième volume était conservé au château de Quinssaines jusque dans les années 1980. Voir Alfred Duteil, « Les seigneurs de Quinssaines », Bulletin des Amis de Montluçon, 31, 1980, p. 55-61. Depuis, il circulerait entre les mains de plusieurs familles d’agriculteurs de la région de Montluçon. Quant au cinquième volume, il semble avoir été égaré.
25 Il s’agit des seigneuries de Mondon, Thors et Flet situées respectivement en Marche, Poitou et Saintonge.
26 Une partie des archives de la vicomté de Bridiers se trouve avec le fonds de Malval à Turin. D’autres pièces se trouvent aux AD Haute-Vienne, 1 E 3, fond de la Rochechouart.
27 Je remercie Luisa Gentile du service des archives d’État de Turin de m’avoir apporté des informations complémentaires.
28 AD Creuse, 1 Mi 81 (R1-R4) [en ligne] : https://archives.creuse.fr/rechercher/archives-numerisees/patrimoine-et-territoire
29 Relevé effectué par David Glomot, « Héritage de serve condition », une société et son espace. La Haute Marche à la fin du Moyen Âge, Limoges, Presses Universitaires de Limoges, 2013, « Sources médiévales et modernes détaillées », CD-Rom, p. 7.
30 Voir pour l’essentiel Peter Rück, L’Ordinamento degli archivi ducali di Savoia sotto Amedeo VIII (1398-1451), Rome, Éditeur inconnu, 1977. Compte-rendu par Jean-Yves Mariotte, « Les archives ducales de Savoie à la fin du Moyen Âge d’après un ouvrage récent », La Gazette des archives, 76, 1972, p. 33-39.
31 Peter Rück, « Le château de Bard, refuge des archives ducales de Savoie au xvie siècle », Publication du Centre Européen d’Etudes Burgondo-médianes, 15, 1973, p. 89‑94.
32 En 1962, trois chartes issues du fonds de Penthièvre ont été versées par les AD des Côtes du Nord (auj. d’Armor) aux AD de l’Indre : 1 J 1245, 1 J 1246, 1 J 1247. La deuxième est une copie du testament de Louis II de Brosse.
33 AD Côtes-d’Armor, E 2, E 11, E 1478, E 1481, E 3656.
34 AD Loire-Atlantique, E 35, E 97, E 169, E 171, E 217.
35 AD Pyrénées-Atlantiques, E 602, E 656, E 657.
36 Paul Bertrand, « De l’art de plier les chartes en quatre. Pour une étude des pliages de chartes médiévales à des fins de conservation et de classement », Gazette du livre médiéval, 40, 2002, p. 25-35.
37 L’inventaire est demandé par Charles duc de Savoie le 9 novembre 1516, il débute le 26 décembre 1516.
38 Inventaire de 1516. AD Creuse, 1 Mi 81 (R4) [en ligne], vues 373 à 392 ; 1 Mi 81 (R2) [en ligne], vues 608 à 676.
39 Maleval. AD Creuse, 1 Mi 81 (R2) [en ligne], vues 642 à 659, 1 Mi 81 (R4), vues 373 à 392.
40 Citons, à titre d’exemple, le conflit entre le seigneur de Boussac Louis de Brosse et le commandeur de Lavaufranche en 1386. L’accord est signalé dans l’inventaire (AD Creuse, 1 E 164, folio 263) et est toujours conservé dans le chartrier (AD Creuse, 1 E 260).
41 Le titre le plus ancien cité dans l’inventaire (AD Creuse, 1 E 164, folio 212-213, avril 1266), relatif au partage entre Hugues II et son frère Roger, ne figure plus dans le chartrier. De même, cette fondation de vicairie par Louis de Brosse en 1333 (idem, folio 214-215). Voir également, infra.
42 Son titre complet est Inventaire raisonné des papiers terriers, baux emphithéotiques, reconnaissances, assignations, sentences et arrests, transactions, partages, acquisitions, échanges et documents conservés au château de l’Aage-Chevallier, concernant le marquisat d’Huriel, baronnies de Maussac et de Saint-Marcel, seigneuries de l’Aage-Chevallier, Le Liat, Frontenat, La Dure, Sarre-Viel, Ranciat, Le Petit-Sarre, Quinssaines et autres, ensemble les titres de famille, brevets, certificats et autre actes qui constatent le service de la maison de Bartillat. L’organisation du chartrier est la suivante : marquisat d’Huriel (tomes 1 et 2), seigneuries de Bartillat, Maussat, Le Liat, Lombost, Frontenant et Laage chevalier (tome 3), seigneurie de Quinssaines (tome 4), baronnie de St Marcel, seigneuries de Sarre, Ranciat, et Petit-Sarre, avec les propriétés dans la ville de Montmaraud, circonstances et dépendances (tome 6). Le tome 5 ayant disparu, nous ne savons pas ce qu’il contenait.
43 Deux aveux (1415, 1426) conservés dans les archives de la famille ont été photographiés en 1979-1980. Les photocopies de ces aveux sont déposées aux Amis de Montluçon (2 AM 52). L’aveu de 1415 est glissé dans une pochette en papier avec une écriture du xviiie siècle. L’inscription case « P.P » est le système de classement utilisé par l’abbé Deval dans l’inventaire-chartrier. Pour le moment, il n’a pas été possible de retrouver ces documents dans les archives de la famille de Bartillat.
44 É. Chénon, Histoire de Sainte-Sévère-en-Berry, op. cit., p. IX.
45 Deux reconnaissances rendues en 1318 (AD Creuse, 1 Mi 81 R2 vue 225) et 1462 (idem vue 443) pour la seigneurie de Sainte-Sévère sont conservées dans le fonds de Malval. Ceci semble indiquer que les fonds communiquaient.
46 AD Creuse, 1 Mi 81 R1 vues 589 à 594, 1462 « Pierre Denys clerc garde du seel ordonne aux contrats en la chastellennye de Maleval ».
AD Indre, 17 J 29, aveu du 2 septembre 1462 : « Pierre Denys clerc garde du seel ordonne aux contrats en la chastellennye de Maleval ».
AD Indre, 17 J 29, aveu du 15 juin 1463 : « Pierre Denys bachelier en loix garde du seel de la chancellerie court et baronnie de Sainte Severe ».
47 Voir infra.
48 Olivier Mattéoni, « La conservation et le classement des archives dans les Chambres des comptes de la principauté bourbonnaise à la fin du Moyen Âge », in P. Contamine et O. Mattéoni (dir.), La France des principautés : les Chambres des comptes, xive et xve siècles, actes du colloque tenu aux Archives départementales de l’Allier, à Moulins-Yzeure, les 6, 7 et 8 avril 1995, Paris, Comité pour l’histoire économique et financière de la France, 1996, p. 65‑81 ; O. Mattéoni, « Écriture et pouvoir princier. La chancellerie du duc Louis II de Bourbon (1356-1410) », in Guido Castelnuovo et O. Mattéoni (dir.), « De part et d’autre des Alpes » II. Chancelleries et chanceliers des princes à la fin du Moyen Âge. Actes de la table ronde de Chambéry, 5 et 6 octobre 2006, Chambéry, Université de Savoie, 2011, p. 137‑178.
49 Jean Kerhervé, « La chambre des comptes de Bretagne », in P. Contamine et O. Mattéoni (dir.), Les Chambres des comptes en France aux xive et xve siècles, op. cit., p. 127-179 ; Michael C. E. Jones, « Archives, chancellerie et historiographie dans le duché de Bretagne vers 1400 », in G. Castelnuovo et O. Mattéoni (dir.), « De part et d’autre des Alpes » II. Chancelleries et chanceliers des princes à la fin du Moyen Âge, op. cit., p. 179-196 ; Michael Jones, « The Chancery of the duke of Brittany around 1400 : personnel, practices and policy », in O. Guyotjeannin et O. Mattéoni (dir.), Jean de Berry et l’écrit : Les pratiques documentaires d’un fils de roi de France, Paris, Éditions de la Sorbonne, 2019, p. 211-226.
50 Bernard Demotz, « Une clé de la réussite d’une principauté aux xiiie et xve siècles : naissance et développement de la chambre des comptes de Savoie », in P. Contamine et O. Mattéoni (dir.), La France des principautés : les Chambres des comptes, op. cit., p. 17-26, 181-198 ; G. Castelnuovo, « Girard d’Estrées, chancelier des comtes de Savoie, 1362-1391 », in G. Castelnuovo et O. Mattéoni (dir.), « De part et d’autre des Alpes » II, op. cit., p. 215-230.
51 Florentin Briffaz, « Pour une histoire des archives familiales des nobles savoyards au château (xiiie- xve siècle). Production et conservation », Annales de Bourgogne, Tome 96-1, 2024, p. 167-192.
52 É. Chénon, Histoire de Sainte-Sévère-en-Berry, op. cit, p. 287-288.
53 Selon Xavier de Bartillat, les archives de la seigneurie d’Huriel n’étaient plus conservées dans le château d’Huriel. Les titres ont dû être déplacés au château de l’Aage, le château d’Huriel n’étant plus occupé.
54 AD Creuse, 1 E 13 : états du mobilier (1519, 1522, 1529, 1530), 1 E 164, non daté (écriture xviie siècle). Voir également Christian Rémy, « En long, en large et en travers. Ce que nous disent les inventaires (centre-ouest de la France, xive-xviiie siècle) », in Hervé Mouillebouche (dir.), Le Château de fond en comble, Chagny, Centre de Castellologie de Bourgogne, 2020, p. 246‑317.
55 AD Creuse, 1 E 13, 1530, f°1 v et f°2 r.
56 AD Creuse, 1 E 164, 1622.
57 AD Creuse, 1 E 164, non daté (écriture xviie siècle) « les pieces estant dans se sac qui est dans larmoyre de la tour ont este inventoryees […] qui sont dans le petit coffre qui est en lad(ite) armoyre et aussi les pieces estang dans le coffre […] et aussi a este inventories les pieces qui sont en l(e) petit coffre qui est en la chambre de grignoulx […] aussi les pieces qui sont dans la tourete joignant ladite chambre ».
58 Georges Janicaud, « Le château de Boussac », Mémoires de la Société des sciences naturelles et archéologiques de la Creuse, 25, 1931, p. 103-122.
59 H. de Lavillatte, Esquisses de Boussac, op. cit., p. 83‑93.
60 L’aveu et dénombrement est un acte écrit dans lequel un vassal reconnaît à son suzerain qu’il tient en hommage un fief et donne un descriptif des biens constituant ce dernier. Avec le développement de la pratique de l’acte écrit, le dénombrement prend une importance croissante au xiiie siècle, donnant lieu à une estimation de la valeur économique des biens dénombrés. Sa rédaction devient courante à partir du xive siècle. C’est une source précieuse d’informations sur la seigneurie.
61 Voir la remarque dans O. Mattéoni, « Société contractuelle, pouvoir princier et domination territoriale : les alliances du duc Jean Ier de Bourbon avec la noblesse d’Auvergne (1413-1415) », in Noblesse et États princiers en Italie et en France au xve siècle, Rome, École française de Rome, 2009, p. 287‑334 ; Emmanuel Johans, « Hommages et reconnaissances du Rouergue et des Cévennes au xive siècle : la féodalité au service de l’État », in Le Vassal, le fief et l’écrit, op. cit., p. 123‑156.
62 Ces appellations désignent le plus souvent la tour maîtresse. C’est le cas de la tour Maubergeon au palais des comtes de Poitiers, anciennement appelée « tour aux fiefs » ou encore de la « tour des fiefs » à Sancerre.
63 É. Chénon, Histoire de Sainte-Sévère-en-Berry, op. cit., p. 41.
64 Christian Rémy, « Les archives au château. Pour une réévaluation des chartriers privés (Limousin, Périgord, Angoumois) », Patrimoines du Sud, 15, 2022. https://doi.org/10.4000/pds.7496
65 Jean de Brosse est un proche de Charles VII. Il est fait maréchal de France en 1426. Voir P. Contamine, Guerre, État et société à la fin du Moyen Âge. Tome 1. Études sur les armées des rois de France 1337-1494, Paris, Éditions de l’EHESS, 2004, p. 244.
66 À Boussac, plusieurs quittances du receveur Vincent Savignac sont conservées pour les années 1440 à 1460. AD Creuse, 1 E 120. À Huriel, un receveur est nommé par Jean II (non daté), AD Creuse 1 E 251.
67 Jean II de Brosse épouse Nicole de Châtillon-Blois, comtesse de Penthièvre. Cependant, le duc de Bretagne ne lui laisse pas la jouissance du comté de Penthièvre. Pierre-Roger Gaussin, « Les conseillers de Louis XI (1461-1483) », in P. Contamine et Bernard Chevalier (dir.), La France de la fin du xve siècle, Paris, CNRS Éditions, 1985, p. 105‑134.
68 Autour de Saint-Gilles-Croix-de-Vie et Apremont.
69 S’agissant des vicissitudes de l’héritage du comté de Penthièvre, voir Antoine Rivault, Le duc d’Étampes et la Bretagne : le métier de gouverneur de province à la Renaissance (1543-1565), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2023, p. 27-42.
70 Olivier Poncet, « L’usage des chartriers seigneuriaux par les érudits et généalogistes en France dans la première moitié du xviie siècle », in Les Chartriers seigneuriaux, op. cit., p. 247-272.
71 Gaspard Thaumas de La Thaumassière, Histoire de Berry, Paris, Morel, 1689, p. 649‑658. Sur cet auteur, voir Hilary J. Bernstein, « Réseaux savants et choix documentaires de l'histoire locale française. Écrire l'histoire de Bourges dans la seconde moitié du xviie siècle », Histoire urbaine, 28, 2010, p. 65-84.
72 G. Thaumas de La Thaumassière, Les anciennes et nouvelles coutumes locales de Berry, et celles de Lorris commentées, Bourges, Jean Toubeau, 1679, p. 730-732.
73 AD Creuse, 1 E 164, f°247.
74 Amis de Montluçon, 2 AM 578, « 1756-1758. Procédure entre la marquise de Bartillat et le prieur d’Huriel ».
75 Plus de soixante pièces ont été annotées.
76 AD Creuse, 1 E 164. Le feudiste explique rapidement comment il a organisé les titres : aveux et dénombrements, arrentements, affranchissements, rachats, reconnaissances, dîmes, droit de banvin, mortailles. Il précise fréquemment au dos des documents « sert à prouver », « pour prouver ».
77 AD Dordogne, 2 E 1836 144, quittance de 1431 et aveu de 1474.
78 AD Indre, 17 J 8, dossier 2, juin 1298. Il faut peut-être y ajouter les pièces 17 J 35 (aveu de 1379) et 17 J 8 (dossier 3, procès de 1321) à en juger par les annotations dorsales « foy et homage du fief de bordesoulle » et « concernant les aubains ».
79 Sylvie Le Clech, « Choses vues, choses vécues : trois histoires d’“archives au château” », Annales de Bourgogne, Tome 96-1, 2024, p. 193-209.
80 Cela a été bien mis en lumière dans l’ouvrage récent d’Antoine Paillet, La Fabrique d’une province française : le Bourbonnais, Saint-Pourçain-sur-Sioule, Bleu autour, 2020.
81 Cela est notamment rappelé à l’occasion de la parution de l’ouvrage Chartes du Bourbonnais, 918-1522 en 1952. Son attachement aux titres concernant le Bourbonnais transparait du compte-rendu qu’il fait de L’Inventaire des titres de la maison ducale de Bourbon d’Alphonse Huillard-Bréholles. Voir Alphonse Chazaud, « Archives de l’Empire. Inventaires et documents. Titres de la maison ducale de Bourbon, par Huillard-Bréholles », Bibliothèque de l’École des Chartes, 28-1, 1867, p. 397‑400.
82 C’est le cas du prince de Lobkowicz, descendant de la maison de Bourbon-Parme. Voir Jean-Louis Etien, Les Châteaux dans les bocages bourbonnais, du lieu de pouvoir à l’encombrant héritage, Clermont-Ferrand, Presses universitaires Blaise Pascal, 2008, p. 335.
83 Guillaume Grillon, « Archives du château, archives du châtelain : l’inventaire des archives du château de Dracy-lès-Couches », Annales de Bourgogne, 96-1, 2024, p. 75‑86.
84 Éric Mension-Rigau, « La noblesse contemporaine et ses archives : entre naufrages et sauvegardes », in Les Chartriers seigneuriaux, op. cit., p. 361-372.
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| Crédits | Archives départementales de la Creuse, 1 E 217, 1452. (libre de droits) |
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| Légende | Ce titre, l’un des plus anciens du chartrier de Sainte-Sévère, présente deux types de pliage et des traces de perforation. |
| Crédits | Archives départementales de l'Indre, 17 J 8, 1260. (libre de droits) |
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| Titre | Figure 2 : le château de Boussac et la tour des archives, à droite |
| Crédits | Cliché étienne Ménager |
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Pour citer cet article
Référence électronique
Étienne Ménager, « Destins de chartriers : la famille de Brosse au miroir de ses archives (xiiie-xxie siècles) », Les Dossiers du Grihl [En ligne], 16-1 | 2025, mis en ligne le 22 juillet 2025, consulté le 11 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/dossiersgrihl/10833 ; DOI : https://doi.org/10.4000/14ls9
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