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Le collège d’Annecy au miroir de ses archives (xviie-xviiie siècles)

Yoann Guillet

Résumés

Cet article s’intéresse à la manière dont les archives étaient conservées, classées et exploitées dans une institution scolaire savoyarde : le collège d’Annecy. À ce titre, les « inventaires d’archives » constituent des ressources privilégiées, aussi bien pour les historiens que pour les archivistes. Ils permettent une meilleure appréhension des conditions de classement et de conservation des documents dans une institution moderne.

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Notes de l’auteur

Nous dédions cet article à la mémoire de Pierre Lanternier, et tenons à exprimer notre profonde gratitude à celles et ceux qui ont contribué à l’élaboration du présent travail : Marie-Claude Rayssac, Christine Veyrat, Sylvain Macherat, Stéphanie Gerbeaux et Roger Perrotin (Académie salésienne). Nous remercions plus particulièrement Juliette Deloye et Marion Brétéché pour leurs relectures attentives et leurs critiques.
Les abréviations utilisées sont les suivantes :
OEA : Œuvres de saint François de Sales, évêque et prince de Genève et docteur de l’Église. Édition complète d’après les autographes et les éditions originales, enrichie de nombreuses pièces inédites, Lettres, t. XI à XX, Annecy, Imprimeries J. Niérat et J. Abry, 1900-1918.
Arch. dép. Savoie : Archives départementales de la Savoie.
Arch. dép. Haute-Savoie : Archives départementales de la Haute-Savoie.
Arch. mun. Annecy : Archives municipales d’Annecy.
Arch. Académie salésienne : Archives de l’Académie salésienne.

Texte intégral

  • 1 Sur le contexte, voir Roger Devos, Bernard Grosperrin, La Savoie de la Réforme à la Révolution fran (...)
  • 2 Arch. mun. Annecy, GG 227/2.
  • 3 Sur les tensions étatiques et les désordres confessionnels dans la région, voir R. Devos, B. Grospe (...)

1Au xviiie siècle, le collège d’Annecy peut se prévaloir d’un passé prestigieux. Mise en œuvre en septembre 1549 par Eustache Chappuys, ancien ambassadeur de Charles Quint, sa fondation s’est inscrite dans un contexte dégradé attribué « aux guerres passeez et loccupation [de la Savoie] par les francois et suysses » et à la « voysinance des sysmatiques et sacramentaires »1, qui a plongé « le pays […] en telle extremité de povreté que toute lexercice scholasticque vaccoit »2 : Chappuys fait ici référence à l’occupation française (1536-1559) et au développement de la Réforme à Genève, la « Rome protestante »3.

  • 4 Sur l’école municipale, voir les synthèses de Pierre Duparc, La formation d’une ville. Annecy jusqu (...)
  • 5 Arch. mun. Annecy, BB 11/8, f. 124 v°-125 r° : Plus soit et sera tenus ledit de Fraxino enseignier (...)
  • 6 La vente est approuvée en Conseil de ville le 20 septembre 1553. Ibidem, f. 120 v°-121 r° : Plus a (...)

2Le nouvel établissement vient, par ailleurs, pallier l’insuffisance des institutions scolaires savoyardes. Depuis le xive siècle, l’enseignement à Annecy relève de la compétence exclusive de la ville qui en assure l’organisation et le fonctionnement4. Elle a la charge du recrutement et du traitement du personnel enseignant5, ainsi que de la construction et de l’entretien de l’école. L’état de délabrement avancé du bâtiment et l’érection du Collège chappuisien ont amené à sa vente par la Ville et donc à sa sortie du patrimoine « communal » en 15536.

  • 7 Sur cette question débattue, voir Marie-Claude Rayssac, Serge Tomamichel, Dans le miroir d’Eustache (...)
  • 8 Sur cette vocation, voir les statuts cotés Arch. mun. Annecy, GG 198/1, p. 9.
  • 9 Ces expressions sont extraites du testament d’Eustache Chappuys en date du 13 décembre 1551.
  • 10 Arch. mun. Annecy, GG 249/2.

3La fondation chappuisienne peut ainsi être interprétée comme une restauration de l’école municipale de la capitale de l’apanage de Genevois-Nemours7, son objet étant la formation initiale, dans l’idée de permettre la poursuite d’études supérieures délivrées dans un foyer intellectuel de l’époque : Louvain. Dans cette ville universitaire réputée, Chappuys avait, un an plus tôt (1548), jeté les racines du Collège de Savoie voué à accueillir et à entretenir des jeunes gens, originaires de préférence d’Annecy, ou plus largement de la Savoie8. Dans l’esprit du fondateur, les deux établissements sont regardés comme « nés du même père » (eodem parente natum), et animés par des « sentiments fraternels » (fraterno affectu)9. Décédé le 21 janvier 1556, Chappuys laisse le collège d’Annecy sans fondements réglementaires. Quelques mois plus tard, ses exécuteurs testamentaires rédigent des statuts qui, suivant le vœu formulé par le défunt testateur10, associent à la gestion de l’établissement les syndics et deux personnages ecclésiastiques (le doyen de la collégiale Notre-Dame et le prieur de Saint-Dominique). Ces quatre individus forment l’administration de l’établissement.

  • 11 Sur les circonstances de l’arrivée des religieux, voir la lettre du 25 janvier 1614 adressée au duc (...)
  • 12 Arch. mun. Annecy, GG 221/1.

4Malgré une filiation commune, les relations entre Louvain et Annecy vont néanmoins s’altérer au moment de la « cession » du collège chappuisien aux clercs réguliers de Saint-Paul en juillet 161411. Suivant l’acte d’introduction, les religieux s’engagent à « instruire et enseigner a perpetuite la jeunesse audict college tant a la pieté que bonnes lettres ». Dans ce dessein, les administrateurs leur remettent les bâtiments, biens et revenus du collège, sans « rien se reserver ni reclamer »12. Cette disposition marque le préambule d’une longue séquence historique au cours de laquelle le dessein chappuisien s’est perdu. Prétextant la transgression des volontés du défunt fondateur, les proviseurs de Louvain paralysent le fonctionnement des deux institutions à partir de 1622. De nombreuses discussions et tractations animées s’engagent ; elles préparent la conclusion, en avril 1662, d’un compromis ménageant les intérêts de chacun. Pour exposer sa propre version de l’affaire, chaque partie a revêtu les tuniques de l’historien et de l’archiviste. Cette longue querelle n’est pas qu’un simple litige : elle a contribué à la structuration institutionnelle du collège d’Annecy.

5Ce conflit ayant fait couler beaucoup d’encre, le terrain est donc propice pour nous amener à proposer un récit des mises en archives du patrimoine écrit du collège, qu’il s’agisse de son traitement documentaire ou de ses diverses exploitations. Cette démarche est envisageable sur la longue durée, depuis l’introduction des Barnabites jusqu’à la veille de la Révolution. Elle est rendue possible à la lumière de sources essentielles, exceptionnellement conservées : deux inventaires d’archives du xviiie siècle. Ces derniers seront complétés, lorsque cela s’avérera utile, par des documents couvrant les moments de fortes tensions entre les administrateurs du collège, les Barnabites et les proviseurs de Louvain.

  • 13 Une pareille approche relève de la « scripturalité », c’est-à-dire à « ce qui relève d’une dimensio (...)

6En quoi consistaient les entreprises de réorganisation archivistique qui ont donné lieu à la fabrication des inventaires ? Qui en furent les chevilles ouvrières ? Que disent les traitements documentaires des usages de ces archives ? Notre propos consistera à montrer comment la « mise en archives », i. e. la constitution, le traitement et la conservation du patrimoine écrit d’une institution est aussi une « mise en récit » de celle-ci. En d’autres termes, il s’agira de souligner en quoi un fonds documentaire est un discours sur et par son producteur, une narration qui est savamment agencée au gré de son développement et de ses difficultés13.

7Dans cette optique, on ne pourra faire l’économie d’une description matérielle des inventaires et d’une présentation historique de leur contexte d’élaboration. Leur examen attentif nous conduira à des observations qui éclaireront le travail de mise en ordre du passé d’une institution, qui ordonne, enregistre et sacralise son objet pour des motivations diverses, à la fois administratives, juridiques, financières et mémorielles.

La fabrique d’un document d’archives

  • 14 Marie-Madeleine Compère, Dominique Julia, Les collèges français, 16e-18e siècles. Répertoire 1 – Fr (...)
  • 15 Sans souci d’exhaustivité, on citera Philippe Contamine, « La mémoire de l’État. Les archives de la (...)

8Particulièrement dignes d’intérêt, les fonds d’archives des collèges modernes n’ont toutefois guère suscité l’attention des historiens, en dépit des travaux de Marie-Madeleine Compère et de Dominique Julia14. Dans une perspective historiographique renouvelée15, on voudrait faire ici une autre histoire institutionnelle, délaissant la population étudiante et le contenu des études, pour s’intéresser à la manière dont les archives étaient conservées, classées et exploitées dans un collège savoyard. Les « inventaires d’archives » constituent des ressources privilégiées pour une telle entreprise.

Une présentation matérielle adaptée à des usages spécifiques ?

  • 16 Les plus anciens inventaires remontent à la seconde moitié du xviie siècle (vers 1674) : Arch. mun. (...)
  • 17 François Rabut, « Les Barnabites au collège chappuisien d’Annecy », L’almanach des gloires de Savoi (...)

9Le fonds du collège chappuisien renferme deux séries d’inventaires d’archives16. Les plus importants ont été produits au milieu du xviiie siècle ; ils nous sont parvenus sous la forme de volumes reliés, recouverts de parchemin. Malgré leur apport historique, ils ont été peu commentés17.

  • 18 Voir Arch. mun. Annecy, GG 245 et GG 246.

10Le premier, appelé INVENTAIRE LITTERAL DES TITRES DU COLLEGE DES R. R. P. P. BARNABITES D’ANNECI, coté 66 B 4, apparaît très volumineux (236 mm de largeur sur 330 mm de hauteur), si bien que sa consultation ne peut être envisagée que sur place. Coté 66 C I, le second, dénommé INVENTAIRE RAISONNÉ DES TITRES DES R. P. BARNABITES D’ANNECI, est légèrement plus grand que son prédécesseur (245 mm de largeur sur 360 mm de hauteur). Par leur aspect, ils s’apparentent aux autres registres présents dans le fonds, particulièrement les documents comptables produits à la même époque18.

Figure 1. Inventaires des titres du collège chappuisien

Figure 1. Inventaires des titres du collège chappuisien

Archives municipales Annecy, GG 253

  • 19 Son auteur est décédé le 6 mai 1763 : Arch. mun. Annecy, GG 235/1 et GG 242/2.

11Ils sont munis d’une « table des matières » et leur mise en page est relativement soignée. L’écrit occupe le cœur du feuillet. De part et d’autre, une marge est matérialisée pour y apporter des annotations, souvent des références archivistiques. Le texte est justifié, un retrait à gauche pour chaque paragraphe est respecté. Des espaces et des pages vierges sont réservés, de sorte qu’il soit possible d’insérer des compléments. Si l’on sait que l’inventaire littéral est une mise au net d’un « brouillon » coté 66 B 3, « l’inventaire raisonné » est quant à lui un travail inachevé dans la mesure où les ultimes rubriques sont restées blanches19.

12Appartenant à un même ensemble intitulé Inventaires des titres du College, ces documents présentent des caractéristiques analogues.

Une origine plus ou moins bien documentée

  • 20 Arch. mun. Annecy, GG 253, p. 412.
  • 21 Arch. mun. Annecy, GG 246/2.
  • 22 Arch. mun. Annecy, GG 246/2. À ma connaissance, il n’y a jamais eu de second tome.

13Le plus ancien se présente comme l’« Inventaire litteral des titres du College d’Anneci mis au net en 1751 »20. Dans le préambule de l’ouvrage, l’auteur précise que son élaboration s’inscrit dans la résolution prise par la communauté en 1748 de mettre de l’ordre dans ses archives. Une source comptable, le Journalier contenant le détail de la recette et de la dépense depuis 1726 jusqu’en 175521, vient corroborer cette affirmation. En avril 1748, le « prix-fait des archives » est donné « à Duboin et à Ambroise ». Deux ans plus tard, en janvier 1751, les Barnabites consacrent une somme de plus de 2 livres dédiée à l’acquisition de « six mains de grand papier, des ficelles et du carton pour l’inventaire ». À cette date, la rédaction est donc assez avancée pour justifier cette dépense et envisager la reliure du volume. « L’inventaire raisonné », est tout aussi bien documenté. Sur le contre-plat a été collée une étiquette indiquant qu’il a été : « commencé en 1753 ». En octobre de l’année suivante, les religieux engagent une dépense d’1 livre et 10 sous « pour relier le premier tome de l’Inventaire raisonné »22.

  • 23 R. Devos et B. Grosperrin, La Savoie de la Réforme à la Révolution française, opcit., p. 438-445.
  • 24 La situation devait être délicate à tel point qu’« au mois de 9bre 1747 [la communauté était] sans (...)
  • 25 Ibidem, p. 433.
  • 26 Ibidem.
  • 27 Arch. Académie salésienne, ms. 71, p. 65 et p. 169 et Arch. mun. Annecy, GG 247, p. 431. Les R. P. (...)
  • 28 Le « procès-verbal » de réception des réparations s’élève finalement à 686 livres, 18 sous, 6 denie (...)
  • 29 Arch. mun. Annecy, GG 247, p. 86. L’auteur poursuit : « Mais depuis 1730, on a remis peu à peu les (...)
  • 30 Arch. mun. Annecy, GG 247.

14Le cadre chronologique étant circonscrit, il convient de s’interroger sur les circonstances qui ont présidé à la rédaction de ces inventaires. Entre 1742 et 1749, Annecy, à l’instar de toute la Savoie, est secouée par la Guerre de Succession d’Autriche23. De lourdes charges pèsent alors sur la population et les autorités locales, à savoir le logement des troupes étrangères et les réquisitions diverses. Les bâtiments du collège servent ainsi de caserne. Cette occupation n’est pas sans conséquence sur la situation économique de l’établissement24 : « le 27e de 9bre 1747, le P. D. JBaptiste Greyfié […] représenta au R. P. Prevost que la Maison étoit dénuée de toutes [sortes] de provisions, qu’elle étoit sans argent, et oberée de plus de 3000 livres »25. La communauté vit en effet à crédit, notamment en 1747 où elle emprunte 1228 livres26. Pour les rembourser, elle est contrainte de vendre son patrimoine27. Cette situation engendre de surcroît des dépenses extraordinaires, notamment des travaux de réparation à la suite des dégradations commises par les militaires28. La négligence des religieux est enfin dénoncée par le Père Greyfié : « Pendant que nous avons eu la direction des Ecoles, [les] biens fonds [de l’établissement] ont été fort négligés, parceque les Procureurs qui étoient Professeurs, ou Préfects, ou Suppléteurs, ou avancés en âge ne pouvoient pas y donner leur soin »29. Outre la rédaction de nombreux documents comptables30, l’assainissement des finances est passé également par l’ordonnancement des archives.

15Le curriculum vitae de leurs auteurs permettra de nous apprendre davantage sur les motivations ayant conduit à la rédaction des inventaires.

Des auteurs à l’identité insaisissable ?

  • 31 Arch. Académie salésienne, ms71, p. 278.

16L’identification formelle des auteurs soulève de grandes difficultés dans la mesure où les registres de 1751 et 1754 ne sont pas authentifiés. Une consultation approfondie permet toutefois de lever le voile sur son auteur. Un passage fait allusion à « Je Dom JBaptiste Greyfié pour lors Prevost du College, et D. Charles François Bavouz pour lors Procureur »31.

  • 32 Amédée de Foras, Armorial et nobiliaire de l’ancien duché de Savoie, Grenoble, 1893, 3e vol., p. 15 (...)
  • 33 Archivio di Stato di Torino, Camerale Savoia, inv. 5, reg. 64, f. 2 v°-3 r° : « L’avocat Joseph Gre (...)
  • 34 Il est député par les administrateurs dans l’affaire qui oppose ces derniers aux Barnabites en 1672 (...)

17Si la vie de Jean-Baptiste Greyfié est largement méconnue, sa famille est mieux cernée. La famille Greyfié de Bellecombe se distingue par la notabilité de ses membres. Ces derniers sont bien représentés parmi les organes de gouvernement de l’apanage de Genevois et du duché de Savoie. Ils y assument essentiellement des fonctions judiciaires et administratives. L’arrière-grand-père de Jean-Baptiste, Claude, est greffier de la judicature mage de Genevois32. Joseph, fils du précédent, est avocat au Sénat de Savoie. Son fils aîné, également appelé Joseph, est anobli en 1737 « en récompense de ses services de la magistrature »33. Bourgeois d’Annecy, les Greyfié président régulièrement au destin de la communauté d’habitants. Joseph, l’avocat, est ainsi syndic en 1666, 1673, 1677, 1683 et 1691 ; à ce titre, il a joué un rôle considérable dans l’administration du collège34.

  • 35 Jusqu’en 1760 selon François Coutin, Histoire de l’Insigne Église Royale & Collégiale de Notre-Dame (...)
  • 36 Arch. mun. Annecy, GG 247, p. 163-164.

18Ne se limitant pas au gouvernement civil, les Greyfié embrassent aussi l’état ecclésiastique. Le frère de Jean-Baptiste, Philibert-Amédée (1704-1762) est à partir de 1735 chanoine à Notre-Dame35, dont le doyen tient une place éminente dans la direction de la fondation chappuisienne. Dernier élément, et non des moindres, la famille compte parmi ses membres plusieurs clercs réguliers de Saint-Paul d’Annecy, à l’instar de Jacques-Louis (frère de l’avocat Joseph, né le 16 octobre 1682), provincial, et Claude-Joseph († 1761), l’oncle de Jean-Baptiste. Dans des documents contemporains, enfin, est mentionné un certain Claude Joseph Greyfié, provincial en 1740 et 1747, visiteur général en 174936 ; son lien de parenté éventuel avec Jean-Baptiste n’est pas établi avec certitude.

  • 37 Il est prévôt en 1741 et en 1743. Arch. mun. Annecy, GG 247, p. 191 et Arch. mun. Annecy, GG 211/2.
  • 38 Arch. dép. Haute-Savoie, 6 C 150, f. 140 v°, 1er mars 1748.

19Par recoupement de documents contemporains, on sait finalement que Jean-Baptiste Greyfié a exercé les fonctions de procureur et prévôt des Barnabites d’Annecy37. Le choix de cet individu pour être prévôt du collège et pour s’occuper des archives ne doit donc rien au hasard. La concomitance entre la désignation de Jean-Baptiste, en mars 1748, comme procureur de la communauté et la « résolution » prise en avril de la même année de déplacer les archives et d’en faire l’inventaire n’ont, selon nous, rien de fortuit38.

20Si l’on cerne un peu mieux les conditions de leur exécution, on voudrait à présent retrouver la pleine signification des documents en les replaçant dans leur contexte archivistique, c’est-à-dire dans le processus qui a conduit à leur élaboration.

La formation d’une mémoire archivistique

21Dès 1556, la conservation des archives du collège a fait l’objet d’un soin particulier, sans que l’on perçoive toutefois une réelle organisation raisonnée avant le milieu du xviiie siècle. Cela ne signifie pas pour autant que ce patrimoine ait été déconsidéré, loin s’en faut.

Un ou des fonds d’archives ?

  • 39 Arch. mun. Annecy, GG 253.
  • 40 Marie-Madeleine Compère, Dominique Julia, « Annecy, collège chapuisien, collège de plein exercice » (...)
  • 41 Arch. mun. Annecy, GG 201/3, f. 142 r°-192 v° : on y trouve notamment les Acta capituli Collegii SS (...)
  • 42 Arch. mun. Annecy, GG 242/3.
  • 43 Répertoire numérique de la série H (clergé régulier) dressé par Robert Avezou, archiviste départeme (...)

22La formation de l’ensemble archivistique qualifié par le Père Greyfié de titres du collège des révérends pères Barnabites mérite quelques précisions39. Il est d’abord frappant d’observer, avec Marie-Madeleine Compère et Dominique Julia, que « la riche documentation qui subsiste de la période barnabite » relève « plutôt de la communauté des Pères que [de] la vie interne du collège »40. Cette constatation est étayée par la présence dans le fonds du collège des « procès-verbaux » du chapitre des clercs réguliers de Saint-Paul41, ou des contrats de réception des religieux42. Ces éléments sont des fragments du fonds coté 10 H, conservé aux Archives départementales de la Haute-Savoie43.

  • 44 Arch. mun. Annecy, GG 199/1-5.
  • 45 Arch. mun. Annecy, GG 229-232.
  • 46 Arch. Académie salésienne, ms. 71, p. 195.

23Se sont agrégées à cet ensemble de nombreuses pièces provenant du bureau de l’administration, à l’exemple des registres de délibérations44 et des nombreuses pièces comptables antérieures à 161445. En 1753, le Père Greyfié, s’interrogeant sur l’origine du droit des seigneurs de Menthon sur les 40 paires de blé des Ollières, mentionne ainsi l’existence d’une reconnaissance de 1409 qui « est dans les Archives de Messieurs les Administrateurs cotté 46 »46.

24Par ailleurs, on y trouve classiquement des papiers relatifs aux domaines de l’institution (Annecy, Annecy-le-Vieux, Épagny, Gevrier, Saint-Sylvestre, Sevrier, Veyrier, métairie du Salève, etc…), à la perception des dîmes (Ollières, Aviernoz), aux droits seigneuriaux (gabelle de la boucherie, leyde des grains et des noyaux, franc salé, droit de patronage) et féodaux (fiefs et rentes de Ville-la-Grand, Vouchy). Donnant lieu à des revendications, ils sont complétés par une masse de procédures.

  • 47 Arch. mun. Annecy, GG 239/1.

25Les documents relatifs à l’enseignement sont au contraire peu nombreux. Ils existent de manière résiduelle, sont relativement tardifs (1732-1753), et probablement fragmentaires. Il s’agit de catalogues comportant essentiellement des indications sur l’identité et l’origine des élèves, des appréciations sur eux et leur assiduité47.

26Il importe en définitive de regarder comme « fonds du collège d’Annecy » un ensemble de documents de nature et de provenance diverses, réunis à la fois de manière organique et artificielle, suite à l’agrégation successive de propriétés territoriales propres à assurer son fonctionnement. Les pièces conservées témoignent ainsi de la labilité des notions (contemporaines) de fonds et de producteurs d’archives. Par conséquent, il serait plus juste de parler des fonds du collège d’Annecy.

  • 48 Pour une période plus récente, voir Sophie Cœuré, La mémoire spoliée : les archives des Français, b (...)

27L’origine multiple des papiers du collège témoigne aussi de l’enjeu de pouvoir que représentait leur possession48. De manière plus pragmatique, elle suppose des conditions de classement et de conservation hétérogènes, elles-mêmes sujettes à toutes les convoitises.

La lente émergence du dépôt d’archives des Barnabites

  • 49 Arch. mun. Annecy, GG 221/2.

28L’existence de plusieurs producteurs dans un même lieu de conservation ne va pas sans soulever quelques problèmes pratiques. À ce sujet, les inventaires ne dévoilent que peu d’éléments à propos de la localisation des salles d’archives. Contrairement au dépôt des administrateurs, particulièrement bien documenté, un long silence a plané sur le local des Barnabites. Il serait tentant d’en conclure que les religieux n’avaient pas manifesté une réelle volonté de sauvegarde et de mise en ordre du patrimoine écrit, en dépit d’une obligation de 1737 qui les engageaient à « faire construire […] a neuf une archive dans le jardin dudit college du coté de bize a la chambre d’entrée du Bureau de ladite administration, contigue audit Bureau, […] et au couchant d’une autre archive que lesdits reverends peres […] fairont construire pour leur usage »49.

  • 50 Arch. mun. Annecy, GG 253.

29Cette résolution fut sans lendemain. En 1751, le père Greyfié reconnaît qu’« avant 1748, le College d’Anneci n’avoit point d’archives. Tous les tîtres étoient dans des petits sacs, dont la plûpart n’avoient point d’étiquette. Ces sacs étoient entassés les uns sur les autres dans l’embrasure d’une fenêtre de la derniere chambre du second etage, et dans une grande armoire de noyer […] ». Les clercs réguliers prirent alors la résolution « de choisir pour les archives le réduit qui était auparavant destiné pour retirer le fruit et le fromage »50.

Figure 2. Plan topographique de l’armoire cotée D

Figure 2. Plan topographique de l’armoire cotée D

Archives municipales Annecy, GG 253

  • 51 En novembre 1749, l’achat de la porte de fer des archives est soldé pour 12 livres : Arch. mun. Ann (...)
  • 52 Ibidem.

30Afin d’adapter l’espace à sa nouvelle destination, des travaux d’agencement sont réalisés. Outre le gros œuvre, les religieux font venir la « porte de fer des archives » de Montagny (avril 1748)51, engagent notamment des travaux de peinture (juillet 1748), procèdent à l’installation d’une garde-robe. En février et août 1749, les aménagements se poursuivent avec le blanchiment des « armoires, et rayons des archives ». Ils s’achèvent par la pose en mars 1750 du « chambranle et [de] la porte de noyer »52.

Une mise en ordre du patrimoine documentaire complexe

  • 53 Sur l’épineuse question de la « remise » des archives de l’administration aux religieux, voir infra(...)

31Le Père Greyfié a mené une vaste campagne de réorganisation archivistique. Les actes sont répartis dans quatre armoires, numérotées de A et D, divisées en plusieurs layettes. La première regroupe les titres « remis53 » par les administrateurs (25 articles), de la sacristie (10 articles) et de la chancellerie (5 articles), pour un total de 3 layettes. La seconde réunit les pièces relatives aux biens et aux droits du collège (1626 articles pour 26 layettes). La troisième rassemble essentiellement les conventions (compromis, accords, traités) et les procédures (environ 518 articles pour 32 layettes). La dernière enfin renferme les créances, les amodiations et les quittances « courantes », ainsi que « quelques autres titres qui n’ont aucun rapport avec ceux des autres armoires » (au moins 132 articles pour 23 layettes). Le Père semble donc avoir suivi une double logique, d’abord par provenance (Bureau de l’administration, sacristie et « chancellerie »), puis par nature documentaire.

Figure 3. Table des titres contenus dans les armoires cotées A et B

Figure 3. Table des titres contenus dans les armoires cotées A et B

Archives municipales Annecy, GG 253

32La cotation des documents repose sur cet agencement topographique. Elle est explicitée par le père Greyfié ainsi :

Sur la couverture de chaque tître, j’ai écrit le chiffre qui désigne la layette dans laquelle il doit étre placé, 2° les lettres Romaines qui désignent le sac, et la liasse de ce tître, 3° j’y ai ajouté un chiffre qui indique le rang que ce titre occupe dans sa liasse. Par exemple, l’etiquette 39 – A – 1 écrite sur nôtre contract d’Introduction signifie que ce contract est dans la layette 39, qu’il est dans la premiere liasse cottée A, et qu’il le premier tître de cette liasse.

33Dans l’esprit du religieux, la « cote » indiquerait ainsi l’adresse de la pièce, sa situation topographique dans le local, et identifierait des documents se rapportant à un même objet ou à une même affaire.

  • 54 Arch. mun. Annecy, GG 253, p. 313-314.

34À l’intérieur des layettes, un principe chrono-hiérarchique est adopté. La layette 39 renferme par exemple les « tîtres concernants les Proviseurs des Colleges de Louvain et d’Anneci ». La première liasse, cotée A, est occupée par les archives relatives à l’introduction des Barnabites en 1614. La seconde, B, réunit les documents touchant aux conventions passées avec les administrateurs en 1662. Dans les deux cas, les originaux ont la primauté, suivis des « extraits authentiques », des copies dépourvues de mentions de validation, et des approbations par les autorités civiles (Sénat de Savoie) et ecclésiastiques (Révérendissime Père Général des Barnabites)54.

  • 55 Ibidem, p. 134.

35Les descriptions de l’inventaire s’apparentent, enfin, à celles d’un inventaire analytique du xixe siècle. En 1751, le Père Greyfié porte son attention sur le dispositif du document : « Donation en faveur du Prieuré de Villelagrand faite par Aimé Clerc de Vayrier de tous les droits qu’il avoit sur la dîme de la paroisse de Villelagrand en 1232 »55. Les données pertinentes sur le contenu informatif du document sont présentées de la manière suivante : typologie documentaire, auteur du document, objet, dispositif, date. La partie la plus développée est toujours celle qui fonde le droit du bénéficiaire : l’action juridique de l’acte, ici une cession de droits sur les dîmes d’une paroisse.

  • 56 Il s’agit d’une pratique attestée dès la fin du Moyen Âge en Savoie : voir Peter Rück, L’ordinament (...)
  • 57 Olivier Guyotjeannin, Jacques Pycke, Benoît-Michel Tock, Diplomatique médiévale, Turnhout, Brepols, (...)

36L’ensemble de ces opérations est finalement « une bonne illustration de la science archivistique du xviiie siècle »56 dans la mesure où les « titres ont été analysés pièce à pièce, et répartis dans un ordre […] topographique, par sacs »57. La place accordée aux procédures et aux droits de l’institution chappuisienne est significative. Mais que ces opérations disent-elles des usages que les Barnabites entendent avoir de leurs archives ?

La mise en récit du passé de l’institution

  • 58 Patrick Boucheron, « Préface. Le tribut des médiévistes », Trésor, écrits, pouvoirs. Archives et bi (...)
  • 59 Les cartulaires. Actes de la Table ronde organisée par l’École nationale des chartes et le GDR 121 (...)

37La discipline archivistique manifeste une nette tendance à « considérer l’archivage comme un processus naturel »58. Pourtant, l’archivage est bien plus en réalité une « mise en archives » à travers laquelle des auteurs élaborent consciemment une vision de leur passé, quitte à en réécrire l’histoire. Dans ce but d’autocélébration et de défenses des intérêts de l’institution, il est d’usage de sélectionner, de recomposer, de retoucher, voire de réinterpréter les pièces amassées. La composition d’une mémoire documentaire résulte donc bien d’un choix dans les documents conservés59.

Les « dynamiques de transmission » et les mécanismes de l’oubli

  • 60 Dietmar Schenk, « Pouvoir de l’archive et vérité historique », Écrire l’histoire [En ligne], 13-14, (...)

38Il est aujourd’hui malaisé de déterminer quelles dynamiques ont présidé « à choisir les éléments d’archive destinés à être durablement conservés »60. Le Père Greyfié nous délivre toutefois un témoignage sur ce sujet, laconique mais précieux :

  • 61 Arch. mun. Annecy, GG 253, p. 447.

« Comme les transactions, et les conventions sont des titres auxquels on est souvent obligé de recourir, et donc il est à propos qu’un Procureur soit instruit, j’ai cru devoir inventorier ici celles dont on peut avoir besoin dans la suite, sans néanmoins changer leur étiquette, et le rang qu’elles occupent dans les differentes layettes des archives »61.

  • 62 Arch. mun. Annecy, GG 247.
  • 63 Arch. Académie salésienne, ms. 71, p. 6.

39L’ancien prévôt interrompt sa logique topographique pour s’intéresser aux transactions et conventions. La conservation de ces documents à forte valeur probante est justifiée par leur éventuelle utilité dans le cadre d’un contentieux : leur absence serait préjudiciable à l’institution. Ce passage exprime aussi une volonté de communiquer une information rapidement utilisable, opposable. En cas de lacune observée, ses successeurs pourront se reporter aux descriptions archivistiques, qui précisent généralement l’identité du notaire devant lequel l’acte a été passé. Les religieux se sont donné en outre des moyens supplémentaires d’assurer leur mémoire archivistique. Ils ont fait exécuter de nombreux extraits « des abergements faits par les administrateurs, des contracts d’acquis, ou de donation […], des testaments d’Eustache Chapuis, de noble de Conflans […], des statuts du College d’Anneci, […], nôtre contrat d’introduction, […] »62, dans deux livres assimilables à la pratique des cartulaires du Moyen Âge63. Cartographie documentaire, mémoire historique et expéditions notariales vont ainsi toutes dans le même sens : ces opérations garantissent la défense des intérêts institutionnels.

  • 64 Arch. mun. Annecy, GG 253, p. 424.
  • 65 Arch. Académie salésienne, ms. 71, p. 2.
  • 66 Arch. mun. Annecy, GG 253.

40S’il y a indubitablement une « dynamique de la transmission », il y aussi des mécanismes de destruction, intentionnels ou accidentels. L’élimination des pièces dépourvues d’intérêt est rarement documentée pour les siècles qui nous occupent. Il revient à l’Inventaire littéral de nous informer sur ce point. Le procureur y justifie son choix de ne pas avoir inventorié « les quittances faites par les gens de justice, par les chirurgiens, par les apoticaires, par les marchands, et par les artisans parce que ce sont des titres, qui après quelques années doivent être placés dans la layette .62. destinée pour les paperasses et pour les rebuts »64. Il invite ses successeurs « de les conserver pour autant d’années qu’elles pourront être nécessaires ». Cette recommandation fut suivie d’effet puisqu’aucun de ces titres ne nous est parvenu. A contrario les quittances des charges perpétuelles (fondation de la messe royale, frais de personnel) de l’établissement ont échappé à la destruction. Des lacunes peuvent être enfin imputables à la négligence des procureurs65. Au moment de mettre au propre l’inventaire de 1751, le Père Greyfié les exhorte « à n’en laisser égarer aucun de quelque petite consequence qui leur paroisse étre »66.

  • 67 Bruno Galland, Les archives, Paris, Presses universitaires de France, 2016, p. 46.

41De nos jours, la constitution du patrimoine écrit des services publics d’archives est l’aboutissement à la fois « d’une sélection raisonnée, fruit d’une politique d’évaluation des documents, et des aléas de l’histoire »67. Au collège d’Annecy, les traces de dispositions consistant à soustraire certains documents de l’ensemble auquel ils appartiennent sont ténues. Les pièces jugées inutiles, après avoir perdu leur qualité de titres, sont qualifiées de « paperasses » et de « rebuts ». Elles sont conservées pendant une durée d’utilité indéterminée, ce qui ne s’oppose pas à l’idée selon laquelle leur sort sera arrêté à l’issue de celle-ci. Il arrive toutefois qu’un groupe constitué procède à l’élimination d’un document, ou le réduise au silence, parce qu’il jugé trop embarrassant dans son développement, notamment lorsque ce groupe souhaite s’émanciper d’une tutelle.

Élaboration et spoliation de la mémoire

  • 68 S. Tomamichel, Le collège d’Annecy au xvie siècle…, op. cit., p. 5.
  • 69 Ibidem, p. 9. Le document est en relecture en juillet 1549 : c’est que nous révèle une lettre (Arch (...)
  • 70 Arch. mun. Annecy, GG 198/1.

42Une telle situation s’est présentée à Annecy. Même si le fondateur n’a pas laissé de statuts au collège, il en a la paternité. Les archives conservent un projet d’organisation de l’établissement que Serge Tomamichel attribue à Eustache Chappuys et à « l’avocat Guasch, conseiller de la ville d’Annecy »68. Ce document est difficilement exploitable car informe. Il ne porte aucune trace de datation ni d’authentification. Par recoupement de lettres contemporaines, l’historien le place toutefois en mai 154969. Sa portée est majeure, bien qu’il ne contienne que des directives architecturales et matérielles. Acte constitutif de l’institution, il est passé sous les radars de ses détenteurs. Et pour cause. Le fondateur pensait confier le collège aux seuls syndics de la ville. Il précise ainsi que les « deliberations serontz faictes avec quattres eslieu de la ville, et plus doctz lecteur, de fere [sic] college dans une chambre dudict college, [en présence du] secretaire de la ville qui sera depute pour ce et aultres negoces du Colliege a la charge et condition de registrer en un grand livre toutes telles deliberations »70. En 1556, il n’était pas dans l’intérêt des doyens de Notre-Dame et prieur de Saint-Dominique de mettre en avant ce manuscrit qui confiait l’institution aux laïcs. Pas plus en 1614 lorsque les clercs réguliers de Saint-Paul prennent la direction de l’école.

  • 71 Serge Tomamichel, Le collège d’Annecy au xvie siècle…, op. cit., p. 206.
  • 72 Arch. mun. Annecy, GG 221/3, Extrait des archives chapuisiennes d’Anneci, p. 64.

43On peut également, selon les circonstances, produire des écrits de toute pièce. C’est ce qui s’est passé en 1567. Les statuts de 1556 ont confié la direction à une administration mixte. Seuls deux des quatre syndics pouvaient y siéger, aux côtés du doyen de Notre-Dame et du prieur de Saint-Dominique (art. 1) : un strict équilibre entre autorités civile et ecclésiastique. Dès 1563 toutefois, les quatre syndics participent aux affaires du collège. Leur poids dans cet organe de décision suscite une réaction. Conformément à l’article XIX des statuts de 1556, se tient à Louvain, le 24 novembre 1567, un « général chapitre » des deux collèges. Visant à « assurer un contrôle respectif de la gestion des établissements »71, cette assemblée doit permettre de résoudre le litige relatif au nombre de bourses accordées aux étudiants savoyards. Le résultat de cette négociation fut préjudiciable à la ville. Sur le fondement d’un document retrouvé dans la maison mortuaire du fondateur, dont l’authenticité sera ensuite contestée, il a été conclu que les « scindicques d’Annessy qui sont administrateurs du dit College […], n’auront sinon une voix, encores [sic] qu’ils soient quatre ou plusieurs, […] avec Monsieur le Doyen de l’Eglise Nostre Dame Létée pour une aultre voix, & le Sr. Prieur de Saint Dominique du dit lieu pour une aultre voix […] : comme a esté trouvé ès escritures du dit Seignr. Fondateur »72. Cette production vise bien évidemment à limiter la place du pouvoir civil dans la direction du collège. Mais il s’agit là d’une découverte « providentielle » pour Louvain ; elle est à ce titre forcément suspecte pour les administrateurs.

  • 73 Arch. mun. Annecy, GG 237/1.
  • 74 Arch. mun. Annecy, GG 235/3 et Arch. Académie salésienne, ms. 71, p. 493.
  • 75 Arch. mun. Annecy, GG 221/1.
  • 76 Arch. mun. Annecy, GG 203/2.

44Pour ne pas susciter le doute, la suspicion, on peut enfin mettre la main sur les archives. Il sera dès lors difficile pour l’ancien propriétaire de prouver son bon droit. La détention des papiers provenant de l’administration est un véritable enjeu de pouvoir entre administrateurs et Barnabites, les premiers reprochant aux seconds de les avoir spoliés. En application du contrat du 24 avril 1662, les religieux disent ne pas être en mesure de dresser les comptes des biens provenus de la fondation chappuisienne, « sans être munis des titres nécessaires ». Les administrateurs accusent au contraire les Pères de s’être « saisis des registres du Bureau, et de tous les titres qu’ils avoient jugés à propos, lors la chute des Archives de l’administration arrivée par leur faute ». Cet événement n’est pas précisément daté, « depuis peu » précise-t-on dans un document de mars 167273. Les clercs réguliers soutiennent qu’ils « avoient donné une autre chambre aux administrateurs pour leur servir de Bureau, et l’ancienne prison du College, pour y mettre leurs tîtres en sureté »74. Parmi les documents objets de toutes les convoitises, il y a les registres des « ordonnances et délibérations du bureau de l’administration ». En 1753, le procureur Greyfié doit en justifier la possession. Il mentionne un extrait d’une ordonnance prise le 15 avril 1622 par laquelle il est question des « papiers et tiltres originaulx » de l’administration. L’explication est fragile car la communication est limitée aux documents relatifs « au revenu du College » que les Barnabites « auront besoing […] pour estre produictz en justice »75. On était alors dans le commencement du litige avec Louvain. Plus solide est la preuve apportée quant à la « propriété » du volume de la période allant de 1607 à 1620. Il s’agit de lettres monitoriales datées de 1651 présentées par le vicaire général et official de l’Evêché de Genève, tendant à obliger l’administration du Collège à « restituer » « notamment un livre de registre auquel est inseré le contrat d’introduction des […] » Barnabites, qui leur est nécessaire « à la poursuite des droictz de leurdit College »76. Le nom « restitution » est lâché, bien qu’abusif. Le conseil de Genevois suit le monitoire, à condition que les religieux s’engagent à exécuter une expédition au profit des administrateurs.

45L’utilisation qu’il est possible de faire des documents est inépuisable, pour peu que qu’ils aient été savamment inventoriés et organisés. Leurs détenteurs peuvent les mettre en récit, les faire parler dans des situations extrêmement variées. Ils en manipulent le sens pour donner une vision fortement élaborée d’eux-mêmes.

Archives et identité institutionnelle

  • 77 Arch. mun. Annecy, GG 198/2.
  • 78 La teneur de cette lettre est décrite dans Arch. mun. Annecy, GG 225/2.
  • 79 Voir gravure d’Auguste Gruffaz, La plaisante et ancienne ville d’Annecy en Savoie, Grenoble, Éditio (...)
  • 80 Copie dans Arch. mun. Annecy, GG 198/2. Le 18 septembre 1549, l’affaire semble être bien avancée à (...)
  • 81 Arch. Académie salésienne, ms. 71, p. 12 : « Le College d’Anneci a été fondé par Messire Eustache C (...)

46Dans le cas du collège d’Annecy, il n’y a pas, à proprement parler, d’acte de fondation, mais une série d’évènements s’échelonnant de 1548 à 1556, et aboutissant à la rédaction des statuts, soit un texte réglementaire arrangeant l’organisation et le fonctionnement de l’établissement77. Décrite dans un inventaire de la première moitié du xviiie siècle, la première lettre portant sur le projet que le fondateur « veut faire d’un college [à] Annecy » est datée du 1er juillet 1548 ; elle est malheureusement perdue78. Pour autant, la mémoire a retenu le millésime 1549. Celui-ci était affichée sur une pierre armoriée, naguère placée près de la porte de la chapelle du collège chappuisien et aujourd’hui encastrée sur la façade de la sacristie de l’église Saint-Maurice79. Ce millésime correspond à une donation passée par Eustache Chappuys le 10 septembre 1549, au terme de laquelle il a transféré au collège l’ensemble de ses biens meubles et immeubles situé dans le duché de Savoie80. En 1754, les Barnabites font de ce document l’acte de fondation conservé dans les « archives du Bureau de l’Administration cotté numero 2 »81. Ils relatent ensuite les circonstances de leur introduction :

  • 82 Arch. Académie salésienne, ms. 71, p. 14-15.

« Le College d’Anneci ne se soutint pas longtemps dans son premier état. […] les revenus avoient beaucoup diminué, tant à cause des aliénations qu’on avoit été obligé de faire pour réparer les bâtiments, qu’à cause des sommes qu’il avoit fallu païer à des créanciers qui avoient sur les biens du College des hypotheques anterieures à celles de sa fondation. Ces Messieurs auroient pu ajouter que le mauvais gouvernement de leurs Prédecesseurs y avoit beaucoup contribué : car 1° ils n’avoient pas toujours pris les précautions necessaires pour placer surement leurs capitaux ; […] 3° ils auroient du supprimer bien des dépenses inutiles, telle qu’est celle, qu’ils firent en 1605 pour la construction d’un théatre […] »82.

47La mémoire institutionnelle est ici à l’œuvre. Elle attribue aux religieux le soin d’avoir relevé un établissement surendetté suite à une mauvaise gestion des administrateurs précédents. C’est là faire fi des difficultés financières manifestes du Collège au milieu du xviiie siècle83. Les religieux s’affirment en se confrontant à leurs prédécesseurs.

  • 84 Marcel Rebut, « Les Barnabites au Collège Chappuisien », Revue savoisienne, 1964, p. 76 : « Profess (...)
  • 85 Arch. mun. Annecy, GG 221/1. Les administrateurs du collège et les R. P. Barnabites « ont convenu t (...)
  • 86 Les pièces (notamment celles cotées 8 A 12-15) de cette affaire sont rangées dans Arch. mun. Annecy (...)
  • 87 Ibidem.
  • 88 Ibidem.
  • 89 Marie-Anne Chabin, Archiver, et après ?, Paris, Djakarta, 2007, p. 18.

48Les archives du Collège présentent les Barnabites, restaurateurs d’une école en difficulté, comme de véritables « rentiers »84, de bons gestionnaires dont la richesse était assise sur un vaste domaine foncier ; elles dévoilent une image conforme à la vision que la communauté religieuse se donne d’elle-même. En vertu du contrat d’introduction de 1614, qui sera toutefois amendé en avril 1662, les religieux étaient investis par les administrateurs des biens chappuisiens et des droits afférents85. Ils pouvaient ainsi jouir de droits seigneuriaux, qui leur assuraient des revenus non négligeables. À partir de 1729, ils porteront d’ailleurs toute leur attention à leur préservation, au moment où l’État piémontais retira au clergé régulier l’enseignement. Ils deviennent alors exclusivement des gestionnaires, à défaut de pouvoir être des enseignants. Parmi la diversité de recettes que compte l’établissement scolaire, il y en une toute particulière, celle provenant de la boucherie. Avec les évènements des années 1742-1748, elle s’est brusquement arrêtée de parvenir au collège ; afin de bien vouloir « les [les Pères du collège] tirer d’une espece d’indigence, qui les a obligés d’emprunter à interets pour subsister »86, le Père Greyfié adresse, le 18 février 1751, une supplique au Général des Finances portant sur la rétribution d’une messe perpétuelle fondée en mars 1619 par Charles-Emmanuel Ier87. Elle devait honorer la mémoire de « […] l’infante nôtre très aimée fille, et [de] la maison de Savoïe ». Le duc assignait une somme de 50 ducatons à prélever sur les revenus de la boucherie de la ville. Le 22 mars suivant, Catherine chargea les Barnabites de cette messe. Le 31 mai 1747, le procureur fait produire à Me Bessonis, notaire et secrétaire de ville, une teneur des patentes accordées par Charles-Emmanuel le 1er mars 161988. Peut-être n’est-ce pas un hasard si cet important texte ne nous est connu que par cette copie ? Dans cette affaire, la mise en archives est un pari sur l’avenir, « c’est organiser la possible [(ré)utilisation] des informations sur ce qui vient de se passer pour servir d’explication ou de justification à ce qui arrivera demain ou après-demain »89. Les archives sont gage de continuité et de stabilité.

  • 90 Arch. mun. Annecy, GG 248/2.
  • 91 Arch. Académie salésienne, ms. 71, p. 477.

49Au milieu du xviiie siècle, les Barnabites ont eu à agir pour répondre à une situation économique délicate. Un siècle plus tôt, il s’agissait de réagir à une menace venue de l’extérieur. La perspective de perdre le bénéfice de leur introduction ou de leurs rentes ont sans doute encouragé les religieux à mettre en ordre leurs titres. Dans les inventaires de la seconde moitié du xviie siècle, le terme « concernant », employé largement dans l’inventaire Greyfié, n’appartient pas au vocabulaire de son prédécesseur. Les Archives renferment soit les « papiers pour le Prieuré de Ville-la-Grand », les « papiers pour le Prieuré de Saint-Clair », les « papiers pour la leyde d’Annecy », les « papiers pour la Boucherie », soit les « papiers pour le College d’Annessi contre le sieur de Conflans », « contre noble George de Thoire », « contre noble Jacques de Lallée, baron de Songy »90, etc. Désignés nommément, les adversaires sont érigés en ennemi de la communauté. Cette démarche est symptomatique d’une institution sur la défensive qui cherche à justifier ses droits et sa place parmi les établissements scolaires prestigieux, au moment où l’introduction des religieux suscite une opposition. Dans sa présentation consacrée au procès entre les « proviseurs chapuisiens » et les Barnabites, le procureur regrette que les Pères n’aient pas pris la précaution de procéder à une expédition de l’approbation du contrat d’introduction par Révérendissime Père Général (1615), « ny aucun certificat de la part des administrateurs ». Par conséquent, « ils n’avoient point d’armes pour se défendre »91.

  • 92 Arch. mun. Annecy, GG 227/1 : lettre du 26 mai 1614 de Jacques de Bay, président du collège de Savo (...)
  • 93 M.-Cl. Rayssac et S. Tomamichel, Dans le miroir d’Eustache Chapuys…, opcit., p. 18 : « Le rêve de (...)

50La présentation de « l’affaire du changement du collège d’Annecy »92 par les Barnabites a fini par les dédouaner totalement de leurs responsabilités. Selon eux, les liens qui unissaient les collèges ont été brisés par la seule volonté des présidents et proviseurs de Louvain. En refusant de pourvoir aux bourses chappuisiennes, ils ont de facto mis un terme au rêve du fondateur qui est devenu, au mieux, un vieux souvenir auquel se rattacher93. Les archives en sont témoins, elles sont mobilisées à satiété. Cette vision des choses n’était évidemment pas partagée par l’ensemble des protagonistes. Car les fonds de chaque producteur sont patiemment, savamment, façonnés. Partageant l’administration du collège avec une partie des autorités ecclésiastiques, la Ville a ainsi élaboré son propre récit :

  • 94 Arch. mun. Annecy, II 7, f. 21 r° et v°.

« St François de Sales crut, que pour le profit et avantage des étudians du Collêge d’Annecy, [il fallut] en donner la direction a des Réguliers ; […] et fit venir les R. P. Barnabites […] en 1614. Cette innovation contraire aux volontés du fondateur mit la ville dans la triste circonstance d’être privée des Bourses du Collêge de Louvain. Les proviseurs interrompirent toute correspondance avec l’administration de cette ville, et refusèrent constamment des étudians qu’on leur envoyait, apportant pour raison de leur refus, la contravention a la fondation, en mettant le Collêge d’Annecy entre les mains des Barnabites […] »94.

  • 95 Arch. mun. Annecy, GG 221/1 : « Ce iour dhuy samedy cinquiesme de julliet mil six centz quatorze, p (...)
  • 96 Ibidem : « Faict passé, arresté, et prononcé [à] Annessy dans la grand sale dudict college, es pres (...)
  • 97 Arch. dép. Savoie, SA 245.
  • 98 Joannès Chetail, « Le collège savoyard de Louvain », Actes du 92e Congrès national des sociétés sav (...)
  • 99 OEA, t. XVI, p. 233-235.

51C’est là omettre le rôle de l’administration dans l’introduction des religieux. En 1614, les acteurs de cette aliénation sont clairement les administrateurs95 et les témoins du contrat ne se limitent pas au seul évêque de Genève96. En 1967, Joannès Chetail consacre un article intitulé Le collège savoyard de Louvain, « au moyen notamment de documents des Archives de Turin réintégrées en 1950 à Chambéry »97. Ces Archives de cour font voir l’affaire sous un jour nouveau. À l’aide de ces ressources, Chetail affirme que « ce fut […] en 1622 seulement que les proviseurs de Louvain apprirent la cession aux Barnabites »98. Cette ignorance est toutefois peu probable dans la mesure où Jacques de Bay, président, échange à ce sujet en mai 1614 avec le prieur de Saint-Dominique d’Annecy. Autre indice, François de Sales adresse une lettre à Messieurs les Proviseurs du collège de Savoie, en date du 15 octobre de la même année, par laquelle il les informe que « sur l’expres commandement de Son Altesse Serenissime, […], messieurs les Administrateurs de ce college d’Annessi ont remis ledit college a la direction et conduitte des Peres de la Congregation de Saint Paul, gens de grand zele et doctrine »99. Barnabites, administrateurs, autorité centrale, chacun a ainsi cherché à minimiser son implication dans cette affaire en proposant sa propre version des faits.

  • 100 Arch. dép. Savoie, SA 245 : « Je prends la liberté de lui adresser un Projet que je crois étre dign (...)

52Arrivé au terme de cette présentation, il nous faut revenir sur l’année névralgique de 1749. Là où la documentation s’étiole, mais gagne en qualité, en valeur. En août, c’est le moment choisi par le Père Greyfié pour présenter un « Projet pour transporter au College des Provinces à Turin, les Bourses que Messire Eustache Chapuis [a] fondées à Louvain pour la Jeunesse d’Annecy »100. Un des motifs exposés pour transférer le collège de Savoie est de :

[…] tirer de la mauvaise éducation que les Boursiers anneciens risquent de puiser à Louvain, obligés qu’ils sont de commercer avec la jeunesse Flamande. N’est-il pas à craindre qu’ils contractent l’habitude de fumer et de boire, d’aimer le plaisir, et la bonne chere ; n’est-il pas à craindre que dans un Païs un peu Républicain, ils ne prennent certaines maximes de liberté, d’independance, et de domination, très propres à troubler la tranquillité d’un Conseil de Ville, où ils seront admis dans la suite […].

  • 101 Par exemple, le registre, coté Arch. mun. Annecy, GG 247, p. 291, contient des indications comptabl (...)
  • 102 Marcel Rebut, « Les Barnabites au Collège Chappuisien », artcit., p. 101.

53Le dévot personnage s’est attelé dès 1748 à une vaste entreprise documentaire, dont le produit final relève à la fois de l’inventaire d’archives, du mémoire historique, de l’état récapitulatif des revenus et des charges de l’établissement (appelés livres maîtres), du livre de raison, et des annales101… « On [y] a noté minutieusement les acquisitions, […], les ventes, locations ou échanges de prés, de vignes, de champs qui ont agrandi le patrimoine, au cours des ans. Les revenus et les frais annuels y sont consignés, mais la sècheresse des chiffres laisse toutefois apparaître une émouvante inquiétude quant au rapport de cette honnête gestion »102. Flexibles et labiles, ces sources dévoilent une intense réflexion sur le passé de l’établissement.

  • 103 Arch. Académie salésienne, ms. 71, p. 14 : « Les Boursiers savoïards au retour de leurs études étoi (...)
  • 104 Le Père Greyfié ne désespérait pas qu’on veuille bien leur rendre l’enseignement de la jeunesse ann (...)

54En effet, loin de se cantonner à une simple prise en charge de sa mémoire, les Barnabites souhaitent exalter l’excellence de l’établissement dont ils ont la charge. François de Sales, évêque et prince de Genève, en était sorti : pour donner une image à la hauteur de leurs ambitions, il s’agit d’affirmer la place du Collège d’Annecy parmi les autres établissements scolaires103, et d’affermir la position des fils d’Antoine-Marie Zaccaria parmi leurs nombreux concurrents en matière d’enseignement. Bien que démis de leurs fonctions d’enseignants, ils entendent continuer à exercer une influence au sein du système éducatif savoyard104.

55Les Barnabites ont aussi déployé beaucoup d’énergie à s’affirmer, en dépit et par rapport à la filiale de Louvain : il leur importait de réclamer la stricte application des dispositions testamentaires du fondateur. Ce que l’établissement brabançon consentit, non sans réserve, en arguant de ses difficultés économiques persistantes. Il fallait donc expliquer pourquoi le projet d’association des deux structures chappuisiennes ne s’est jamais pleinement réalisé. L’histoire retiendra que chacun voulait exercer un droit de regard et de contrôle sur l’autre, tout en demeurant autonome.

  • 105 M. Rebut, « Les Barnabites au Collège Chappuisien », artcit., p. 77.
  • 106 Les religieux ont engagé de nombreux frais entre 1736 et 1771, pour leur « utilité » et « commodité (...)

56En 1964, Marcel Rebut considère qu’« Annecy et sa région profitèrent pleinement de la compétence de ces éducateurs, à l’esprit aiguisé, au jugement avisé et à la ferme volonté »105. Gestionnaires consciencieux et enseignants zélés106, voilà les religieux au miroir des archives du collège. Sur ce point, ils sont arrivés à leurs fins. Leur postérité a été assurée, fermement établie pour les siècles à venir. Mais les fonds d’archives d’Ancien Régime, par leur malléabilité, ne peuvent être considérés comme le reflet fidèle de l’activité de leur producteur ; ils ne se prêtent pas à notre conception héritée de Natalis de Wailly. Ils ont été produits pour offrir une image, une vitrine, mieux une représentation fortement élaborée, destinée à être diffusée le plus largement possible, autant en interne qu’en externe.

  • 107 Arch. mun. Annecy, GG 7/1 : Constitutions de Sa Majesté pour l’Université de Turin, Torino, 1729, c (...)
  • 108 Après des débuts significatifs sous l’administration primitive (5,2 actes par an, entre 1557-1613), (...)

57En définitive, notre contribution révèle comment une école peut concevoir ses archives, et combien ces dernières participent à sa structuration. Le collège d’Annecy s’érige en institution dans le cadre d’un conflit qui le met aux prises avec un établissement frère. C’est pourquoi il convoque les documents accumulés de diverses manières pour s’affirmer, pour se renforcer, pour affermir sa position au sein des établissements d’enseignement savoyards. L’année 1729 vient toutefois bousculer cette utilisation des titres. Désormais, les écoles du royaume de Piémont doivent être « considérées comme des branches d’une même tige, c’est-à-dire comme des parties, ou des dépendances de l’université dont il convient par conséquent qu’elles suivent les règles »107. Dès lors, la position défensive adoptée par les Barnabites n’est plus à l’ordre du jour, et cela se traduit à la fois par le fléchissement de la production documentaire et par l’évolution typologique des actes108.

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Notes

1 Sur le contexte, voir Roger Devos, Bernard Grosperrin, La Savoie de la Réforme à la Révolution française, Rennes, Ouest-France, 1985, p. 19. Pour cette citation et les suivantes, nous avons maintenu la graphie des sources. Sauf mention contraire, la transcription des sources inédites est nôtre.

2 Arch. mun. Annecy, GG 227/2.

3 Sur les tensions étatiques et les désordres confessionnels dans la région, voir R. Devos, B. Grosperrin, La Savoie de la Réforme à la Révolution française, opcit., p. 17-35, ici p. 17 ; Mathieu Caesar, Histoire de Genève. La cité des évêques (ive-xvie siècle), t. 1, Neuchâtel, Éditions Alphil-Presses universitaires suisses, 2014 (2e édition) ; Corinne Walker, Histoire de Genève. De la cité de Calvin à la ville française (1530-1813), t. 2, Neuchâtel, Éditions Alphil-Presses universitaires suisses, 2014 ; Alfred Dufour, Histoire de Genève, Paris, Presses universitaires de France (Que sais-je ?), 2014 (5e édition), p. 32-44.

4 Sur l’école municipale, voir les synthèses de Pierre Duparc, La formation d’une ville. Annecy jusqu’au début du xvie siècle, Annecy, Société des Amis du Vieil Annecy, 1973, p. 193-202 et Marcel Rebut, « Les écoles d’Annecy aux temps anciens », Revue savoisienne, 1962, p. 67-89.

5 Arch. mun. Annecy, BB 11/8, f. 124 v°-125 r° : Plus soit et sera tenus ledit de Fraxino enseignier aux escholliers bonne meurs, civilité, charité, humblesse, et en bonnes lettres et doctrines […]. Plus que il soit et sera tenus fere parler langaige lattin…

6 La vente est approuvée en Conseil de ville le 20 septembre 1553. Ibidem, f. 120 v°-121 r° : Plus a este donne charge a Me Michiel Chardon et Me Longy de traicter et accorder avec la dame Jaquemine Charriere dict la Pine de vendre la vielle escholle au pres de Sainct Mauris moyennant le pris de unze mille de tiolle.

7 Sur cette question débattue, voir Marie-Claude Rayssac, Serge Tomamichel, Dans le miroir d’Eustache Chapuys. Un diplomate annécien entre humanisme et Réformes, Annecy, Archives municipales d’Annecy, 2006, p. 16 et Serge Tomamichel, Le collège chappuisien d’Annecy, du projet à sa réalisation (1549-1614), thèse de doctorat de sciences de l’éducation (nouveau régime), sous la direction de Guy Avanzini, Université Lumière-Lyon 2, 1992, p. 69.

8 Sur cette vocation, voir les statuts cotés Arch. mun. Annecy, GG 198/1, p. 9.

9 Ces expressions sont extraites du testament d’Eustache Chappuys en date du 13 décembre 1551.

10 Arch. mun. Annecy, GG 249/2.

11 Sur les circonstances de l’arrivée des religieux, voir la lettre du 25 janvier 1614 adressée au duc de Savoie. OEA, t. XVI, p. 145-146. Sur les difficultés financières de l’établissement, voir Serge Tomamichel, Le collège d’Annecy au xvie siècle. Une école de la Réforme catholique, Paris, Éd. Don Bosco, 1999, p. 172-180.

12 Arch. mun. Annecy, GG 221/1.

13 Une pareille approche relève de la « scripturalité », c’est-à-dire à « ce qui relève d’une dimension sociale de l’écrit, celle des usages de l’écrit et ce qui en découle et qui impliquent la prise en compte de la matérialité de l’écrit ». Le concept est défini par Thomas Brunner (dir.), « Scripturalité », VOCES, Vocabulaire pour l’Etude des Scripturalités, ARCHE UR 3400 (Université de Strasbourg), édition électronique (2015-), 2019 (mise en ligne), 2019-04-30 (dernière mise à jour).

14 Marie-Madeleine Compère, Dominique Julia, Les collèges français, 16e-18e siècles. Répertoire 1 – France du Midi et Répertoire 2 – France du Nord et de l’Ouest, Paris, Institut national de recherche pédagogique, 1984 et 1988.

15 Sans souci d’exhaustivité, on citera Philippe Contamine, « La mémoire de l’État. Les archives de la Chambre des comptes du roi de France à Paris au xve siècle », Media in Francia, recueil de mélanges offerts à Karl-Ferdinand Werner, Paris, Institut historique allemand, 1989, p. 85-100. Yann Potin, « La mise en archives du trésor des chartes (xiiie-xixe siècle) », Positions des Thèses de l’École des Chartes, 2007. Oliver Guyotjeannin, « La science des archives à Saint-Denis (fin du xiiie-début du xvie siècle) », Saint-Denis et la royauté. Études offertes à Bernard Guenée, Actes du colloque international en l’honneur de Bernard Guenée, sous la direction de Claude Gauvard, Françoise Autrand et Jean-Marie Moeglin, Paris, 1999, p. 339-353. Peter Rück, L’ordinamento degli archivi ducali di Savoia sotto Amedeo VIII, Roma, 1977 (2e édition traduite de l’allemand vers l’italien). Paul Bertrand, Commerce avec Dame pauvreté : structures et fonctions des couvents mendiants à Liège (xiiie-xive siècles), Genève, 2004. Sébastien Barret, La mémoire et l’écrit : l’abbaye de Cluny et ses archives (xe-xviiie siècle), Lit, Münster, 2004. Emmanuel Melin, Entre gouvernement et mémoire. Les archives des institutions municipales de Reims (xive-xviie siècle) : constitution, gestion et usages, thèse de doctorat sous la direction de Franck Collard, Université Paris Nanterre, soutenue en octobre 2022. Thomas Brunner, Douai, une ville dans la révolution de l’écrit du xiiie siècle, thèse de doctorat sous la direction de Benoît Tock, Université de Strasbourg, soutenue en septembre 2014. Sur une autre période historique, voir Juliette Deloye, Naissance d’une institution : écritures et réécritures du ministère des Affaires étrangères, 1710-1830, Paris, Éditions de l’EHESS, 2024. Filippo De Vivo, « Cœur de l’État, lieu de tension. Le tournant archivistique vu de Venise (xve-xviie siècle) », traduction par Aurore Clavier, Annales, Histoire, Sciences sociales, 2013/3 (68e année), p. 699-728, ici p. 700 : « Tandis que beaucoup se concentrent sur des types de documents précis, d’autres cherchent également à appréhender ces dépôts d’archives de façon plus globale, comme des institutions organisant l’information écrite d’une manière qui n’est pas neutre ».

16 Les plus anciens inventaires remontent à la seconde moitié du xviie siècle (vers 1674) : Arch. mun. Annecy, GG 248.

17 François Rabut, « Les Barnabites au collège chappuisien d’Annecy », L’almanach des gloires de Savoie, 1868, p. 32-37, présente sommairement un des inventaires.

18 Voir Arch. mun. Annecy, GG 245 et GG 246.

19 Son auteur est décédé le 6 mai 1763 : Arch. mun. Annecy, GG 235/1 et GG 242/2.

20 Arch. mun. Annecy, GG 253, p. 412.

21 Arch. mun. Annecy, GG 246/2.

22 Arch. mun. Annecy, GG 246/2. À ma connaissance, il n’y a jamais eu de second tome.

23 R. Devos et B. Grosperrin, La Savoie de la Réforme à la Révolution française, opcit., p. 438-445.

24 La situation devait être délicate à tel point qu’« au mois de 9bre 1747 [la communauté était] sans bois : Arch. mun. Annecy, GG 247, p. 337.

25 Ibidem, p. 433.

26 Ibidem.

27 Arch. Académie salésienne, ms. 71, p. 65 et p. 169 et Arch. mun. Annecy, GG 247, p. 431. Les R. P. Barnabites se dessaisirent de la maison Fontaine, située rue Filaterie, notamment en faveur des « mariés Dupanloup » (contrat du 9 avril 1750), en dédommagement d’un prêt que ces derniers ont accordé pour permettre aux religieux de rembourser l’hôpital d’Annecy.

28 Le « procès-verbal » de réception des réparations s’élève finalement à 686 livres, 18 sous, 6 deniers : Arch. mun. Annecy, GG 257 ; sur ces réparations, voir également Arch. mun. Annecy, 1 R 1392-1394.

29 Arch. mun. Annecy, GG 247, p. 86. L’auteur poursuit : « Mais depuis 1730, on a remis peu à peu les susdits biens. On a réparé, et augmenté les bâtimens. On a fait planter des arbres, et des haïes vives, on fait porter de la terre dans les vignes, et dans les champs, on a acheté des marais pour faire du fumier ».

30 Arch. mun. Annecy, GG 247.

31 Arch. Académie salésienne, ms71, p. 278.

32 Amédée de Foras, Armorial et nobiliaire de l’ancien duché de Savoie, Grenoble, 1893, 3e vol., p. 150.

33 Archivio di Stato di Torino, Camerale Savoia, inv. 5, reg. 64, f. 2 v°-3 r° : « L’avocat Joseph Greyffié d’Annessy, s’étant fait connoître non moins zélé pour nôtre service que doüé de toutes les Belles qualités, et Prerogatives qui sont necessaires pour rendre un magistrat accompli dans les divers emplois qu’il a exercés dés sa jeunesse, savoir de collateral au Presidial de Genevois, ensuite de juge maje dudit Pais, et successivement de la Province de Savoie, […], Nous voulons lui donner un temoignage, qui dure même aprés sa mort […]. Pour ces causes, et autres dignes […], nous avons crée et elevé, creons et elevons le dit avocat Joseph Greyffié, et ses enfans procrées en legitime mariage, les enfans de ses enfans mâles, leur posterité, et descendance masculine, et legitime a l’infini vrais nobles, et de ce titre, et qualité de noblesse l’avons decoré, et decorons, les aggregeant au rang des vrais nobles de nos Etâts, […] ».

34 Il est député par les administrateurs dans l’affaire qui oppose ces derniers aux Barnabites en 1672-1673 : voir Arch. mun. Annecy, GG 237/3.

35 Jusqu’en 1760 selon François Coutin, Histoire de l’Insigne Église Royale & Collégiale de Notre-Dame de Liesse. Annecy-en-Genevois, Annecy, 1936, p. 358.

36 Arch. mun. Annecy, GG 247, p. 163-164.

37 Il est prévôt en 1741 et en 1743. Arch. mun. Annecy, GG 247, p. 191 et Arch. mun. Annecy, GG 211/2.

38 Arch. dép. Haute-Savoie, 6 C 150, f. 140 v°, 1er mars 1748.

39 Arch. mun. Annecy, GG 253.

40 Marie-Madeleine Compère, Dominique Julia, « Annecy, collège chapuisien, collège de plein exercice », Les collèges français, 16e-18e siècles. Répertoire 1 – France du Midi, opcit., 1984, p. 52-63, ici p. 57.

41 Arch. mun. Annecy, GG 201/3, f. 142 r°-192 v° : on y trouve notamment les Acta capituli Collegii SS. Pauli et Caroli Annecii Congreg[ation]is clerico[rum] reg[ula]riu[m] S[ancti] Pauli pour les années 1618 à 1651.

42 Arch. mun. Annecy, GG 242/3.

43 Répertoire numérique de la série H (clergé régulier) dressé par Robert Avezou, archiviste départemental, Annecy, Imprimerie Hérisson Frères, 1932.

44 Arch. mun. Annecy, GG 199/1-5.

45 Arch. mun. Annecy, GG 229-232.

46 Arch. Académie salésienne, ms. 71, p. 195.

47 Arch. mun. Annecy, GG 239/1.

48 Pour une période plus récente, voir Sophie Cœuré, La mémoire spoliée : les archives des Français, butin de guerre nazi puis soviétique, de 1940 à nos jours, Paris, Payot & Rivages, 2013 (nouvelle édition).

49 Arch. mun. Annecy, GG 221/2.

50 Arch. mun. Annecy, GG 253.

51 En novembre 1749, l’achat de la porte de fer des archives est soldé pour 12 livres : Arch. mun. Annecy, GG 246/2.

52 Ibidem.

53 Sur l’épineuse question de la « remise » des archives de l’administration aux religieux, voir infra.

54 Arch. mun. Annecy, GG 253, p. 313-314.

55 Ibidem, p. 134.

56 Il s’agit d’une pratique attestée dès la fin du Moyen Âge en Savoie : voir Peter Rück, L’ordinamento degli archivi…, opcit., et le compte rendu de cet ouvrage par Jean-Yves Mariotte, « Les Archives ducales de Savoie à la fin du Moyen Âge, d’après un ouvrage récent », Gazette des archives, 1972, 76, p. 33-39, ici p. 36.

57 Olivier Guyotjeannin, Jacques Pycke, Benoît-Michel Tock, Diplomatique médiévale, Turnhout, Brepols, 2006.

58 Patrick Boucheron, « Préface. Le tribut des médiévistes », Trésor, écrits, pouvoirs. Archives et bibliothèques d’État en France à la fin du Moyen Âge, Paris, CNRS Éditions, 2020, p. 9.

59 Les cartulaires. Actes de la Table ronde organisée par l’École nationale des chartes et le GDR 121 du CNRS (Paris, 5-7 décembre 1991), textes réunis par Olivier Guyotjeannin, Laurent Morelle, Michel Parisse, Paris, École des chartes, 199 (Mémoires et documents de l’École des chartes, 39).

60 Dietmar Schenk, « Pouvoir de l’archive et vérité historique », Écrire l’histoire [En ligne], 13-14, 2014, mis en ligne le 10 octobre 2017, consulté le 3 novembre 2023, p. 45. URL : https://journals.openedition.org/elh/463.

61 Arch. mun. Annecy, GG 253, p. 447.

62 Arch. mun. Annecy, GG 247.

63 Arch. Académie salésienne, ms. 71, p. 6.

64 Arch. mun. Annecy, GG 253, p. 424.

65 Arch. Académie salésienne, ms. 71, p. 2.

66 Arch. mun. Annecy, GG 253.

67 Bruno Galland, Les archives, Paris, Presses universitaires de France, 2016, p. 46.

68 S. Tomamichel, Le collège d’Annecy au xvie siècle…, op. cit., p. 5.

69 Ibidem, p. 9. Le document est en relecture en juillet 1549 : c’est que nous révèle une lettre (Arch. mun. Annecy, GG 198/2) des syndics adressée à Chappuys par laquelle ils disent avoir « veu les articles dudict college que vostre magnificence nous a envoyé, ausquelz [ils ont] adjouste et diminue quelque petites choses ».

70 Arch. mun. Annecy, GG 198/1.

71 Serge Tomamichel, Le collège d’Annecy au xvie siècle…, op. cit., p. 206.

72 Arch. mun. Annecy, GG 221/3, Extrait des archives chapuisiennes d’Anneci, p. 64.

73 Arch. mun. Annecy, GG 237/1.

74 Arch. mun. Annecy, GG 235/3 et Arch. Académie salésienne, ms. 71, p. 493.

75 Arch. mun. Annecy, GG 221/1.

76 Arch. mun. Annecy, GG 203/2.

77 Arch. mun. Annecy, GG 198/2.

78 La teneur de cette lettre est décrite dans Arch. mun. Annecy, GG 225/2.

79 Voir gravure d’Auguste Gruffaz, La plaisante et ancienne ville d’Annecy en Savoie, Grenoble, Éditions Didier et Richard, 1937. Sur cet élément, voir également Pierre Lanternier, Empreintes annéciennes. Essai de collecte des armoiries et dates, Annecy, Société des Amis du Vieil Annecy (Annesci 45), p. 159.

80 Copie dans Arch. mun. Annecy, GG 198/2. Le 18 septembre 1549, l’affaire semble être bien avancée à tel point qu’Eustache Chappuys écrit une lettre à Madame de Nemours par laquelle il la remercie pour l’agrément « de lerection du colliege que a layde de Dieu, je desire eriger en vostre ville dannessy ».

81 Arch. Académie salésienne, ms. 71, p. 12 : « Le College d’Anneci a été fondé par Messire Eustache Chapuis, dont on peut voir l’origine et les emplois à la page 7e du present livre. Nous n’avons pas l’acte de la fondation reçu par Maitre Coggus nre le 10e 7bre 1549 ; il est dans les archives du Bureau de l’Administration cotté numero 2. Il porte donation de la maison paternelle du fondateur, et d’une somme d’argent [3 200 écus couronnés] applicable à l’acquisition de fonds […] dont les revenus seront emploïés à l’entretien d’un nombre de Professeurs pour instruire, et élever la jeunesse ». Il est décrit de la manière suivante dans l’inventaire de 1618 : « Acte de donation passée par ledit seigneur Chappuis en papier avec l’emologation [sic] de l’annee mil cinq cens quarante neufz et le dixiesme septembre […], cocte 2 : Arch. mun. Annecy, GG 199/5, f. 269 v°.

82 Arch. Académie salésienne, ms. 71, p. 14-15.

83 Voir supra.

84 Marcel Rebut, « Les Barnabites au Collège Chappuisien », Revue savoisienne, 1964, p. 76 : « Professeurs compétents et rudes, administrateurs vigilants et rusés, constructeurs avisés et précautionneux, comptables pointilleux et indociles, paysans durement attachés à leur besogne, gérants attentifs et scrupuleux des biens de la communauté, mais désintéressés à un degré inimaginable, ils présentent tous ces traits humains dans leur œuvre si vaste, si variée, si ondoyante ».

85 Arch. mun. Annecy, GG 221/1. Les administrateurs du collège et les R. P. Barnabites « ont convenu traicté et accordé comme s’ensuict, mutuelles, et reciproques stipulations a ce intervenantes. Scavoir que lesdictz reverendz seigneurs et nobles administrateurs dudict college ont cedé quicté remis et transporté, ainsy que par ces presentes cedent quictent remectent et transportent purement et simplement, ausdictz [folio 2 verso] reverendz peres de ladicte congregation de Sainct Paul dictz Bernabites absentz, lesdictz Simplician fregosius et dom Juste Guerin a leurs noms et de tous les aultres reverendz peres de ladicte congregation et leurs successeurs avec moydict notaire presentz acceptantz et stipulantz LE SUSDICT COLLEGE, bastimentz, vergiers, jardins situés en ceste ville et cite d’Annessy et tout ce qui est dans le destroit d’iceluy, ensemble tous et ung chascuns les aultres biens, credictz, noms, droictz, et actions qui en dependent consistantz dans l’estat de Savoye tant seulement, soit en fondz, fiefz, rentres foncieres et constituées a pris d’argent, diesmes, fruictz, et revenus annuelz en quelle espece et qualité quilz puissent estre et consister presentz et advenir generalement et universellement sans rien se reserver ny retenir ».

86 Les pièces (notamment celles cotées 8 A 12-15) de cette affaire sont rangées dans Arch. mun. Annecy, GG 211/2.

87 Ibidem.

88 Ibidem.

89 Marie-Anne Chabin, Archiver, et après ?, Paris, Djakarta, 2007, p. 18.

90 Arch. mun. Annecy, GG 248/2.

91 Arch. Académie salésienne, ms. 71, p. 477.

92 Arch. mun. Annecy, GG 227/1 : lettre du 26 mai 1614 de Jacques de Bay, président du collège de Savoie au prieur de Saint-Dominique.

93 M.-Cl. Rayssac et S. Tomamichel, Dans le miroir d’Eustache Chapuys…, opcit., p. 18 : « Le rêve de Chapuys de deux collèges frères, éduquant conjointement la jeunesse savoyarde contre l’hérésie ne s’est jamais pleinement réalisé ».

94 Arch. mun. Annecy, II 7, f. 21 r° et v°.

95 Arch. mun. Annecy, GG 221/1 : « Ce iour dhuy samedy cinquiesme de julliet mil six centz quatorze, par devant moy Antoine Vassal notaire ducal et secrétaire ordinaire de ladicte ville et cité d’Annessy soubz signé se sont personnellement constitués et establis Reverend Messire Bertholome flocard, secretain et chanoine de l’eglise collegiale de Nostre dame de cestedicte cité d’Annessy, faisant pour et au nom de Reverend seigneur Francois de Lornay de ladicte eglise, detenu de maladie en son lict, et suyvant la charge quil haz de luy expresse pour son indisposition, Reverend Pere en Dieu frere Bernardin de Charpene docteur en la sacree theologie, et prieur du couvent de Sainct Dominique, noble et spectable seigneur Antoine de Boege dict de Conflans docteur es droictz, lieutenant general du seigneur auditeur de Camp de son Altesse deca les Montz, et nobles Jean Baptiste Garbillon, et Ayme Curlet procureurs au siege presidial du Conseil au duche de Genevoys, modernes scindics et consulz de ladicte cite, tous ensemble administrateurs dudict college fondé par le susdict illustre seigneur heustache Chappuys en son vivant abbé et commendataire perpetuel de l’Abbaye de Sainct Ange au Royaume de Sicille, conseillier et grand maistre des requestes de sadicte maieste imperiale ».

96 Ibidem : « Faict passé, arresté, et prononcé [à] Annessy dans la grand sale dudict college, es presences d’illustre et Reverendissime seigneur francois de Sales evesque et prince de Geneve, noble et spectable seigneur Bertholomé flocard, docteur es droictz conseillier de Monseigneur, et collateral au siege presidial du Conseil en son duché de Genevoys, noble et spectable seigneur Claude nicolas Arpiaud, conseillier aussy de Mondictseigneur, docteur es droictz, juge maie audict Genevoys, noble et spectable Noel Hugon Pergod, docteur es droictz conseillier de Son Altesse juge et conservateur en ses presides des balliages de Chablais, Ternier, et Galliard, advocat es Senatz de Savoye, et Piedmont, nobles et spectables seigneurs Jean Flocard, Jaques devent, et Francois favre, docteurs es droictz, nobles Jean baptiste dufour, francois blanc, et Pierre de Thoire conseigneur d’Arbusigny, Mes Noel Ruffier et Charles trombert tous conseilliers de ladicte ville et cite, et encores Reverendz seigneurs Louys de Sales prevost en l’eglise cathedrale de Sainct Pierre de Geneve, estienne de la Combe, Janus des Oches docteur en theologie, Pierre de Rossillon dict du Chastelard Jaques Vincent seigneur de la Rua, et Charles Grosset tous chanoines en ladicte eglise cathedrale de Sainct Pierre de Geneve, messires Rolet Coppier, et Estienne Burtin presbtres, Mes Jaques Mauris Dumont greffier en l’evesché de Geneve, Estienne de la Frasse [un] des receveurs en la Chambre des Comptes de Genevoys, et Jean Pervyn praticien tous bourgois dudict Annessy tesmoins assistantz priés et requis qui ont signé ».

97 Arch. dép. Savoie, SA 245.

98 Joannès Chetail, « Le collège savoyard de Louvain », Actes du 92e Congrès national des sociétés savantes : Strasbourg et Colmar, 1967, Section d’histoire moderne et contemporaine, Paris, Bibliothèque nationale de France, 1970, p. 9-18.

99 OEA, t. XVI, p. 233-235.

100 Arch. dép. Savoie, SA 245 : « Je prends la liberté de lui adresser un Projet que je crois étre digne de son attention, parce qu’il a pour objet l’avenir de la nation Savoïarde ».

101 Par exemple, le registre, coté Arch. mun. Annecy, GG 247, p. 291, contient des indications comptables sur les charges pesant sur la communauté, mais livre également de précieux témoignages sur sa vie matérielle : « Depuis 1738, les fermiers des Chartreux du Reposoir nous fournissent nôtre fromage ; il est meilleur au gout que celui de Tamied, et il se conserve mieux que celui des Pomiers. Les Païsans du grand Bornand nous apportent nôtre provision ; il faut se défier d’eux, parcequ’on les accuse de substituer quelques pièces de leur fromage à celles du Reposoir. Mais il est facile de reconnoître l’erreur, car les fromages du grand Bornand ont la croute pâle, et ils sont moins épais que ceux du Reposoir ».

102 Marcel Rebut, « Les Barnabites au Collège Chappuisien », artcit., p. 101.

103 Arch. Académie salésienne, ms. 71, p. 14 : « Les Boursiers savoïards au retour de leurs études étoient obligés de professer au moins pendant trois années dans le College d’Anneci, si les Administrateurs l’exigeoient d’eux, […]. Ainsi le firent ils au grand avantage du College qui devint celebre dans toute la Savoïe, et dans les Provinces voisines, d’où les jeunes gens venoient en foule pour étudier dans ledit College. On y a compté jusqu’à 2000 Ecoliers, c’est ce qu’on voit dans un ancien manuscrit […] ».

104 Le Père Greyfié ne désespérait pas qu’on veuille bien leur rendre l’enseignement de la jeunesse annécienne et savoyarde. Arch. mun. Annecy, GG 247, p. 23 : « Le Roi Victor aiant ôté aux Réguliers la direction des Ecoles dans le courant du mois de septembre 1729, nous sommes depuis lors déchargés des gages que nous donnions aux quatre Regents de Grammaire. Mais comme dans la suite on pourroit nous rendre cette direction, j’ai par précaution inseré le present article. »

105 M. Rebut, « Les Barnabites au Collège Chappuisien », artcit., p. 77.

106 Les religieux ont engagé de nombreux frais entre 1736 et 1771, pour leur « utilité » et « commodité », « quoyqu’on les [les réparations] fasse dans les fonds chapuisien ». Les dépenses sont soigneusement notées dans Arch. mun. Annecy, GG 247, p. 68-70.

107 Arch. mun. Annecy, GG 7/1 : Constitutions de Sa Majesté pour l’Université de Turin, Torino, 1729, chapitre XXI, p. 121-122.

108 Après des débuts significatifs sous l’administration primitive (5,2 actes par an, entre 1557-1613), la production documentaire s’accélère sous le gouvernement des Barnabites (10,4 actes par an, entre 1614-1729), et s’étiole ensuite nettement après la réforme universitaire de Victor-Amédée II (3,3 actes par an, entre 1729-1792). Ces chiffres reposent néanmoins sur une conservation aléatoire des documents.

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Table des illustrations

Titre Figure 1. Inventaires des titres du collège chappuisien
Crédits Archives municipales Annecy, GG 253
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Titre Figure 2. Plan topographique de l’armoire cotée D
Crédits Archives municipales Annecy, GG 253
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Titre Figure 3. Table des titres contenus dans les armoires cotées A et B
Crédits Archives municipales Annecy, GG 253
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Pour citer cet article

Référence électronique

Yoann Guillet, « Le collège d’Annecy au miroir de ses archives (xviie-xviiie siècles) »Les Dossiers du Grihl [En ligne], 16-1 | 2025, mis en ligne le 22 juillet 2025, consulté le 16 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/dossiersgrihl/10843 ; DOI : https://doi.org/10.4000/14lsa

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Auteur

Yoann Guillet

Yoann Guillet est archiviste aux Archives départementales de Saône-et-Loire. Ses recherches universitaires l’ont conduit à s’intéresser aux modes d’organisation, de gouvernement et de domination des terres et des hommes autour de l’abbaye de Cluny, entre le xe et le xve siècle. Elles ont donné lieu à quelques publications diffusées par le Centre européen de recherche sur les communautés, congrégations et ordres religieux (CERCOR), et le Centre d’études clunisiennes. Dans le cadre de ses activités professionnelles, ses réflexions portent plus particulièrement sur les aspects relatifs à la gestion des archives, à leur contexte de production, à leurs usages ou à leur place au sein d’une institution.

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