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Thème 2 - Les territoires limniques

Les étangs et leurs ressources piscicoles : perceptions, pratiques et consommations des français – Résultats d’une enquête extrapolée au niveau national

Ponds and their fish resources : perceptions, practices and consumption of the French people - Results of a survey extrapolated to the national scale
Romain Garcia, Quentin Choffel et Tarek Nasser
p. 119-130

Résumés

Les étangs sont au cœur de nombreuses problématiques des territoires de l’eau : sociétales, aménagement du territoire, écologiques, économiques… La prise en compte des perceptions de la population vis-à-vis de ces plans d’eau est inexistante dans les différentes politiques de gestion et de développement des territoires de l’eau. Réservoirs de biodiversité, ils souffrent de leur origine anthropique dans une vision centrée sur la nature et ne sont pas pris en compte dans les politiques de gestion de l’eau. L’objet de cette étude exploratoire est d’apporter des premiers éléments de réflexions et de réponses quant aux perceptions du grand public sur les étangs, que ce soit au niveau patrimonial, culturel, naturel ou fonctionnel. La réalisation et la diffusion d’un questionnaire ont permis de collecter des résultats variés sur les perceptions, mais aussi sur les liens qu’entretiennent les enquêtés avec ce milieu (pratique de loisirs, consommation de poisson d’eau douce). Cette étude exploratoire permet d’avancer certains résultats qui mériteront d’être affinés, notamment pour orienter et faciliter la gestion des étangs (par exemple, via une prise en compte de la perception du public, des acteurs / gestionnaires, des élus). L’étude montre une appréciation et une vision naturelles de l’étang pour plus de 500 personnes interrogées. Cette vision va à l’encontre de celle menée par les politiques publiques depuis quelques années. première validation de la clef de gestion.

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Texte intégral

La réalisation de cette étude n’aurait pas été permise sans le soutien moral de l’association Geolimno. De même, nous souhaitons remercier P. Bartout, P. Trintignac et L. Touchart, pour leurs conseils avisés.

Nous remercions également tous les participants ayant répondu au questionnaire, ainsi que toutes les personnes l’ayant diffusé.

1Les étangs sont des milieux aquatiques continentaux artificiels généralement peu profonds (<6 m de profondeur maximale) et de faible superficie (<100 ha), comparé aux lacs. Ils ont un intérêt écologique (Biggs et al., 2017, Boix et al., 2012), patrimonial (Mathis & Mathis, 2016), et socio-économique (Bartout et Touchart, 2016) importants, bien qu’ils soient au cœur de nombreuses problématiques des territoires de l’eau (Touchart et Bartout, 2018, Bravard et Lêveque, 2020). La prise en compte des perceptions de la population vis-à-vis de ces plans d’eau, leur rapprochement et leurs liens avec les étangs, qu’ils soient affectifs ou patrimoniaux sont peu pris en compte dans les différentes politiques de gestion et de développement des territoires (Bravard, 2020), celles-ci étant seulement orientées vers l’écologie du milieu. Par ailleurs, les perceptions de la population sont peu connues et méritent d’être exposées.

2L’objet de cette étude exploratoire est d’apporter les premiers éléments de réflexions et de réponses quant à ces perceptions des étangs, que ce soit au niveau patrimonial, culturel, naturel ou fonctionnel. Un volet de l’étude est axé sur les usages de cet espace (pêche, et usages globaux de l’espace), ainsi que sur la pisciculture d’étang. En effet, à l’heure où le "consommer local" prend une grande ampleur, la pisciculture de proximité peut répondre à cette demande. Cependant, une grande majorité des poissons d’eau douce consommés en France est importée alors que l’aquaculture française d’eau douce en produit plus de 40 000 tonnes par an (Statistiques INSEE, 2014).

3Cette approche se veut géographique pour tenter de comprendre si les régions d’étangs ou la proximité d’étangs jouent un rôle dans l’appréciation du public.

4Plusieurs questionnements nous ont permis de construire notre méthodologie de recherche :

  • Quelles sont les perceptions et les usages des étangs ?

  • Existe-t-il une demande de consommation de poissons d’eau douce provenant des étangs ? La reterritorialisation de la pisciculture vers une production locale est-elle possible ?

5Afin d’apporter des premiers éléments de réponses à ces questions, nous avons construit et administré un questionnaire, diffusé à travers toute la France. Sa construction a nécessité la réalisation d’un bref état de l’art sur ces questions (étangs, pisciculture, perception). De même, différentes rencontres avec des gestionnaires, des universitaires et des usagers de ce milieu ont nourri notre réflexion.

6Les différentes réflexions et résultats de notre étude sont retranscrits dans cet article.

7Une présentation contextuelle et méthodologique viendra cadrer l’étude dans un premier temps. Nous aborderons ensuite les perceptions liées aux étangs, avant d’axer l’article sur les usages de l’étang (usage et consommation de produits piscicoles). Enfin, les différentes logiques influençant les perceptions et pratiques des étangs viendront conclure l’étude.

8Il convient de noter qu’il s’agit d’une étude exploratoire qui permet d’apporter des éléments de réponses et de nouvelles réflexions sur le sujet qui seront complétés par la suite.

Cadrage contextuel et méthodologique de l’étude

Principes d’analyse thermique d’un bassin versant

9De nombreux étangs sont connectés au réseau hydrographique. Ces connexions entre milieux aquatiques pointent du doigt la présence des étangs comme perturbation de l’écosystème rivière en limitant la continuité écologique et en transformant l’écosystème d’origine (LEMA, 2008, EPTB Vienne, 2015). Cette vision écologique et naturaliste entraine de vastes suppressions de ces plans d’eau construits pour certains depuis plusieurs centaines d’années (Bartout, 2015). Les apports sociétaux, culturels, patrimoniaux et économiques des étangs sont peu pris en compte dans ces politiques de suppression (Bravard & Lévêque, 2020). L’appréciation des citoyens est quant à elle totalement négligée et même ignorée dans les études. Très peu d’éléments permettent de connaître l’avis des français sur les étangs et les plans d’eau en général, leur ressenti ainsi que leurs liens sociétaux. Des questionnaires menés par le SMIDAP ont donné des aperçus de la consommation des produits d’étangs en Pays de la Loire. Nous souhaitons développer ce questionnement et l’ouvrir à une plus grande partie du pays.

10La connaissance et la prise en compte des rapports homme/nature avec les étangs et la perception des citoyens peut permettre d’améliorer les projets de gestion voire de renaturation. Une des hypothèses est que la proximité des étangs puisse jouer un rôle positif dans l’appréciation du milieu.

Méthodologie

11La méthodologie de recherche appliquée à cette étude repose sur deux pratiques : la première axée sur des recherches bibliographiques pour appréhender la thématique des étangs et ce qui s’y rapporte (pisciculture, gestion, usages, histoire), sur des échanges et discussions, la seconde axée sur la réalisation d’un questionnaire.

12Le questionnaire a été élaboré pour répondre à plusieurs interrogations que nous avons eues suite à diverses rencontres et discussions avec des professionnels du secteur et des universitaires, et grâce aux premières recherches bibliographiques qui ont complété nos réflexions.

13Le questionnaire a été organisé en deux parties. La première est axée sur les perceptions des enquêtés des étangs ainsi que leurs pratiques de cet espace. Nous avons intégré des comparaisons entre l’étang et d’autres milieux aquatiques (lacs, lagunes, rivières, marais…) afin de pouvoir situer les usages et perceptions vis-à-vis d’autres espaces aquatiques. Au sein de cette première partie, nous avons également axé sur des questions spécifiques sur l’étang afin d’affiner et de compléter notre étude.

14L’étude des perceptions et usages des personnes vis-à-vis des étangs a pour but de comprendre pourquoi ces sites sont fréquentés ou non, et de quelle manière. Les perceptions sont ici définies comme des mécanismes de représentations construits sur des composantes sociales, culturelles, géographiques, économiques et relationnelles qui sont propres à chacun. Cette définition et cette étude s’inscrit dans la géographie sociale, telle que définie par Paul Claval (2004), ayant pour objectif « de décrire et d’expliquer les aspects de la vie en société, qui contribuent à la différenciation du monde ».

15La seconde partie du questionnaire est axée sur les pratiques de consommation des enquêtés, et notamment sur la consommation de poissons d’eau douce.

16Nous avons volontairement intégré les deux parties au sein d’un seul et même questionnaire afin de croiser les réponses et d’établir s’il y a des liens entre perceptions des étangs et consommation de produits issus de ces espaces. Le questionnaire a été réalisé grâce au logiciel Sphinx, et a été diffusé en ligne via divers réseaux : réseau personnel (famille, amis), professionnel ou étudiant.

17La diffusion du questionnaire était donc dépendante de nos réseaux respectifs ce qui induit ainsi certains biais d’échantillonnage.

18Au total, 569 personnes ont répondu au questionnaire. Cependant, 20 questionnaires ont été supprimés en raison d’erreurs de manipulation des enquêtés, rendant inexploitables leurs réponses. Ainsi, l’échantillon réel est composé de 549 enquêtés. 59,1 % des répondants sont des femmes. Près de 61 % des répondants ont entre 18 et 30 ans. La région Centre-Val de Loire est fortement représentée, avec 40,9 % de répondants originaire de la région, la Nouvelle-Aquitaine arrivant en seconde position (16,8 %, sachant que l’ancienne région Limousin totalise 12,3 % du total des enquêtés).

Résultats et discussions : entre perception et usages de l’étang

L’étang entre « image positive » et « plus-value d’un territoire »

19Les perceptions relatives à l’étang peuvent être multiples et différentes d’une personne à l’autre, en fonction du contexte géographique, social ou économique… Dans le cadre de l’étude et de la réalisation du questionnaire, on s’est d’abord intéressés à la perception qu’ont les enquêtés de l’étang par rapport à d’autres types de milieux aquatiques (mer, étang, lac artificiel ou naturel, zone humide, lagune, cours d’eau).

20Il apparaît que l’étang est un milieu aquatique relativement recherché et visité par les enquêtés. Bien que la mer, les lacs naturels et les cours d’eau soient les plus visités par les répondants, l’étang arrive en quatrième position. C’est un espace qui semble être apprécié, quasiment au même titre que les trois milieux aquatiques cités précédemment (cf. Figure 1).

Figure 1. Notation des différents milieux aquatiques suivant les préférences de visites

Figure 1. Notation des différents milieux aquatiques suivant les préférences de visites
  • 1 La question posée était : Quels sont les milieux aquatiques que vous aimez visiter ? Notez de 1 mil (...)

21Une notation des différents milieux aquatiques cités précédemment a été demandée aux enquêtés, dont les résultats sont visibles sur la figure suivante1.

Figure. 2. Qualificatifs utilisés par les enquêtés pour décrire un étang dans le paysage / le territoire

Figure. 2. Qualificatifs utilisés par les enquêtés pour décrire un étang dans le paysage / le territoire

22La Mer (9,86), les lacs naturels (9,59) et les rivières (9,32) sont les trois espaces les plus appréciés par les enquêtés, devant les étangs, qui arrivent en quatrième position. Ces derniers bénéficient d’une relativement bonne image au vu des réponses, avec une note de 8 décembre contre environ 9,5/12 pour les trois premiers cités. Les zones humides (tourbières, marais) et les lacs de barrage sont moins plébiscités et atteignent difficilement la moyenne.

23On peut ainsi en déduire que les étangs bénéficient d’une bonne image d’après les enquêtés, perception qui surfe sur plusieurs éléments, que ce soit leur proximité ou leur fonctionnalité (qui seront présentés en 2.1.2), ou bien par la plus-value qu’ils apportent à un territoire.

24Cette plus-value est en partie perçue au niveau du paysage : selon les réponses au questionnaire, les étangs constituent un atout supplémentaire au niveau paysager.

25Certains territoires ont par ailleurs des paysages bénéficiant d’une certaine richesse grâce aux étangs. On pense notamment au territoire de la Brenne, qui bénéficie d’un patrimoine aquatique dense, apportant de la richesse à son paysage. La Benne est par ailleurs un territoire relativement central par rapport aux origines géographiques des enquêtés venant pour la plupart de la région Centre Val-de-Loire ou du nord du Limousin (50,1 % des répondants sont issus de ces deux territoires). De même, ces régions, Centre-Val de Loire et Haute-Vienne sont pourvus de nombreux plans d’eau, en dehors de la Brenne.

26Afin d’avoir une vision plus globale concernant la perception des étangs, on s’est penché sur les pratiques de recherche en ligne du terme « étang ». Les tendances de la recherche de ce terme sur Google ont ainsi été prises en compte, sur une période allant de de 2010 à 2020 (cf. Figure 3).

Figure 3. Carte de localisation des personnes ayant répondu à l’enquête

Figure 3. Carte de localisation des personnes ayant répondu à l’enquête

Source : auteurs de l’article, 2020

27Au regard des résultats, présentés sur le graphique ci-dessous, on s’aperçoit d’une part que la recherche liée au terme étang a très largement augmenté à partir de 2017, signe d’une montée en puissance de l’intérêt du public pour cet espace. D’autre part, on remarque que les deux régions dans lesquelles la recherche en ligne du terme « étang » est la plus élevée sont le Limousin et le Centre-Val de Loire. On retrouve ainsi une certaine logique, ces deux régions étant également les plus représentées dans l’origine géographique des répondants au questionnaire réalisé dans le cadre de cette étude. On peut également indiquer que cela confirme une certaine attirance des habitants de ces deux régions pour les étangs.

28Les étangs tendent également à améliorer l’attractivité du territoire. L’étang est aussi perçu comme un atout pour le territoire permettant de renforcer son image et de diversifier ses activités. Cela est possible pour les étangs "ouverts" au public et offrant la possibilité de s’y balader, d’y pêcher et d’utiliser ses espaces annexes (jeux pour enfants, cabanes).

29La pisciculture peut également représenter une source de diversification économique du territoire et un renforcement de son image, avec la commercialisation de produits locaux par exemple.

30La perception des étangs est relativement positive au regard des résultats de l’enquête. C’est un lieu qui tend à être visité, et qui est perçu comme un élément constitutif et amélioratif du paysage et du territoire, même si l’étang n’a pas le même poids qu’une mer ou une rivière.

Figure 4. Tendances de la recherche du mot "étang" sur Google, de 2010 à 2020

Figure 4. Tendances de la recherche du mot "étang" sur Google, de 2010 à 2020

Google Trends, 2020

Les usages de l’étang, vers une pratique « locale »

31Les étangs représentent un lieu de visite et de loisirs important pour les enquêtés, qui pour près de 65 % d’entre eux s’y sont rendus délibérément au cours des douze derniers mois, juste après les mers et rivières (72 % environ), mais loin devant les lacs naturels (40,7 %) (cf. Figure 5).

Figure 5. Les milieux aquatiques volontairement visités par les enquêtés au cours des 12 derniers mois

Figure 5. Les milieux aquatiques volontairement visités par les enquêtés au cours des 12 derniers mois

Source : Garcia, Choffel et Nasser, 2020

Figure 6. Comparaison des tendances entre les recherches des mots "rivière" en rouge et "étang" en bleu, de 2010 à 2020

Figure 6. Comparaison des tendances entre les recherches des mots "rivière" en rouge et "étang" en bleu, de 2010 à 2020

Source : auteurs de l’article, 2020

32La figure 6 apporte un complément intéressant sur les désirs de visite du public. Une comparaison des tendances de recherche des termes « étang » et « rivière » a été réalisée, via le site Google. Le terme de rivière a, entre 2010 et 2016, toujours été plus recherché que celui d’étang, jusqu’à 2017 où c’est l’inverse, et ce jusqu’à aujourd’hui. On peut également souligner que les recherches du terme rivière sont en augmentation continue mais relativement faible, tandis que celles sur l’étang ont connu un pic d’augmentation depuis 2017. De même, ces recherches du terme « étang » sont ponctuelles. On peut ici émettre l’hypothèse que cette recherche est liée à un facteur de saisonnalité, et semble connaître un pic durant les périodes estivales (recherche du « beau temps » pour profiter des étangs comme lieu de baignade ou de balade).

33Par ailleurs, F. Ardillier-Carras (2007) a montré dans une étude réalisée sur les étangs du Limousin que ces milieux ont évolué dans les perceptions que les personnes peuvent en avoir et dans leur utilisation : « les résultats montrent que ces derniers ont aujourd’hui essentiellement une fonction récréative, tout en gardant une finalité agricole, alors qu’ils servaient initialement à subvenir aux besoins alimentaires ».

Figure 7. Qualificatifs utiliser par les enquêtés pour qualifier les étangs

Figure 7. Qualificatifs utiliser par les enquêtés pour qualifier les étangs

Source : auteurs de l’article, 2020.

  • 2 Reyt P., 1998, Formes et paysages de l’eau dans le bassin de la Loire. « De l’eau dans les paysages (...)

34Les visites de l’étang semblent ainsi liées au caractère ludique que représente ce lieu, ainsi que la recherche de « nature » par les enquêtés. En effet, les termes « loisir » et « nature » sont les deux qualificatifs les plus utilisés pour qualifier cet espace (cf. Figure 5). Par opposition à l’aspect naturel, le caractère anthropique de l’étang est très peu utilisé, ce qui est intéressant à noter dans la mesure où les étangs sont des espaces créés et façonnés par l’homme. P. Bartout (2004) avait notamment indiqué à ce propos que « l’étang français est un objet artificiel. Pourtant il est perçu par nombre de nos semblables comme naturel », en complétant son propos par une citation de Reyt2 : « tout dans sa géométrie partielle, dans son hydraulique visible, marque son origine anthropique et pourtant il est perçu comme naturel dans la plupart des cas, remontant à l’origine des temps. Curieux mécanisme de la pensée qui consiste à voir dans une chaussée percée d’une bonde l’œuvre de la nature ».

35De même, l’inesthétisme est très peu utilisé pour qualifier l’étang, signe de son image positive.

36L’étang représente à la fois une recherche de loisir et la recherche de nature. Il est important de noter que les enquêtés sont pour la plupart des résidents de milieux urbains où la nature n’est présente que ponctuellement. L’étang représente donc une alternative intéressante.

37Les étangs sont souvent mis en avant dans les brochures touristiques comme lieu de visite possible. On peut ainsi prendre l’exemple de l’étang de Chaillac, situé dans le sud du département de l’Indre, qui est présenté ainsi sur le site touristique Berry Province3 : « Site à découvrir en Bas-Berry aux confins du Poitou et du Limousin célèbre par ses ressources minières où se marient harmonieusement les possibilités d’activités diverses : loisirs, sports, culturels »4. Les aménagements mis en place sur l’étang sont autant d’atouts qui lui permettent d’attirer des visiteurs.

38Cette alternative est par ailleurs locale : les enquêtés recherchent et vont préférentiellement vers des sites localisés à proximité de leur lieu de vie. 36,1 % des répondants font moins de 5 km pour aller profiter d’un étang, 36,5 % des enquêtés font entre 5 et 20 km pour y aller.

39Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les enquêtés ne vont pas à l’étang pour pêcher, mais pour s’y balader. Seulement 18,6 % des personnes interrogées déclarent y aller pour la pratique de la pêche, contre plus de 81 % pour s’y balader.

40Enfin, les étangs peuvent avoir un rôle de médiation vis-à-vis de l’éducation à l’environnement. En effet, ces milieux sont des réservoirs de biodiversité relativement riches et peuvent être le support d’une pédagogie sur la gestion de l’environnement et des pratiques durables (Biggs et al., 2017, Boix et al, 2012) : « Les activités récréatives ou de tourisme liées aux étangs sont socialement importantes. Elles permettent de satisfaire les attentes d’une population adepte d’un loisir de proximité ». Par cet apport sociétal et économique, les étangs permettent un développement durable des activités […]. De plus, à travers certains usages, l’étang peut avoir un rôle environnemental non négligeable (activités naturalistes et pédagogiques) » (source : Région Limousin).

La pisciculture d’étang

Habitude alimentaire des enquêtés et recherche de produits de qualité

41La pisciculture d’étang, comme indiqué auparavant, constitue l’une des activités pouvant être réalisées sur ce type de milieu, et pouvant renforcer la dimension économique d’un territoire. L’approvisionnement en poissons est par ailleurs l’une des fonctions premières de l’étang (Bartout et Bernard, 2007).

42On s’est dans un premier temps attaché à connaître les habitudes alimentaires des enquêtés. Une grande majorité des enquêtés consomme des poissons de tous types (83,5 % des répondants), mais, parmi ces amateurs de poissons, à peine plus de la moitié (51,6 %) consomme des poissons issus de la pisciculture d’eau douce. On peut rapprocher ce résultat à celui de la pratique de la pêche d’étang, où seulement 18,6 % de l’échantillon pratique cette activité. La pêche semble ainsi être une activité plutôt pratiquée par loisir que par volonté de déguster ses prises.

43Par ailleurs, on peut se demander si cette consommation de poissons d’eau douce n’est pas freinée par les difficultés d’accès à ce type de produit (prix, image). Cette question a été creusée au fil du questionnaire. On a ainsi demandé aux enquêtés ce qui pouvait les attirer dans les poissons d’eau douce, les résultats sont présentés dans le tableau ci-dessous :

Tableau.1 - Critères d’attirance des enquêtés pour les poissons d’eau douce

Tableau.1 - Critères d’attirance des enquêtés pour les poissons d’eau douce

* L’importance est calculée comme le rang moyen auquel la modalité a été citée.

Source : auteurs de l’article, 2020.

44La provenance locale des poissons d’eau douce est le principal critère qui attire les enquêtés dans la consommation de ces produits. La volonté de « consommer local » est grandissante et actuelle. On peut émettre l’hypothèse que les étangs, à travers la pisciculture, peuvent saisir cette opportunité du « consommer local » pour axer ou redévelopper leur activité.

45Cette volonté de consommer des produits locaux est également liée aux attentes que l’on peut avoir pour ce type de produits : la fraîcheur et le goût. Ces deux éléments sont cités de façon importante par les répondants du questionnaire, ce qui est relativement logique : la recherche de goût ou de fraîcheur, sont souvent des attentes de la part des consommateurs vis-à-vis de produits locaux, qui sont, dans l’imaginaire collectif, qualitatifs.

46Le prix est légèrement en retrait dans l’importance accordée à la consommation de poissons d’eau douce.

47On s’est également intéressés plus spécifiquement aux goûts des enquêtés, et notamment au type de poissons d’eau douce qu’ils consomment (cf. Figure 9).

Fig. 9. Poissons d’eau douce consommés par les enquêtés

Fig. 9. Poissons d’eau douce consommés par les enquêtés

Source : Garcia, Choffel et Nasser, 2020

Figure 10. Lieux d’achat des poissons d’eau douce pour les enquêtés

Figure 10. Lieux d’achat des poissons d’eau douce pour les enquêtés

Source : Garcia, Choffel et Nasser, 2020

48La truite est le poisson le plus consommé par les enquêtés (77,8 %), loin devant le brochet (40,8 %) et le sandre (35,5 %). C’est un résultat intéressant, dans la mesure où la truite n’est pas le poisson d’eau douce le plus produit dans les filières piscicoles. On peut ainsi imaginer que la truite peut représenter un secteur de production à développer.

Canaux de distribution et prix des produits d’eau douce

49Afin d’affiner les habitudes de consommation de poissons d’eau douce des enquêtés, on s’est intéressés aux canaux de distribution et aux prix de ce type de produits.

50Le premier élément notable, c’est qu’une partie relativement importante des personnes ayant répondu au questionnaire ne consomme pas de poissons d’eau douce (41,8 %). Parmi ceux qui en consomment, près de 41 % les achètent en magasin, contre seulement 23,8 % pour des poissons issus de la pêche de loisir.

51Les lieux d’achat sont relativement diversifiés, avec une préférence des enquêtés pour les grandes surfaces. On note cependant que près de 22 % des enquêtés achètent leurs poissons d’eau douce sur des marchés alimentaires, 17 % en poissonnerie. On peut ainsi émettre l’hypothèse que cette diversification des lieux d’achat peut être un point positif à la mise en place d’une filière piscicole locale.

52On s’est également penchés sur le prix que les répondants au questionnaire étaient prêts à mettre pour acheter des poissons d’eau douce.

Fig. 11. Fourchette de prix que les enquêtés seraient prêt à débourser pour acheter des poissons d’eau douce

Fig. 11. Fourchette de prix que les enquêtés seraient prêt à débourser pour acheter des poissons d’eau douce

Source : Garcia, Choffel et Nasser, 2020

53Une distinction assez forte s’opère : plus de la moitié des enquêtés seraient prêts à débourser entre 8 et 15 euros par kilo pour acheter des poissons d’eau douce. Afin de mener une comparaison, on s’est intéressés aux prix au kilo de différents aliments, notamment la viande et le poisson (cf. Tableau 2).

Tableau 2. Prix moyen au kilo de la viande et du poisson en France en octobre 2020

Tableau 2. Prix moyen au kilo de la viande et du poisson en France en octobre 2020

Source : franceagrimer.fr

54La fourchette de prix indiquée par les enquêtés est dans la moyenne des aliments de « grande consommation », signe que la pisciculture d’eau douce peut s’intégrer et être compétitive. On peut également noter que prêt de 23 % de l’échantillon serait prêt à payer plus de 16 euros par kilo, ce qui indique potentiellement que des produits de qualités et plus chers que la moyenne des produits de grande consommation peuvent trouver leur place sur le marché.

55On a également demandé aux répondants le prix qu’ils seraient prêts à investir pour des poissons issus d’une pêche locale (cf. Figure 12).

Fig. 12. Lieux d’achat des poissons d’eau douce pour les enquêtés

Fig. 12. Lieux d’achat des poissons d’eau douce pour les enquêtés

Source : Garcia, Choffel et Nasser, 2020

56Les enquêtés seraient prêts à investir plus d’argent dans l’achat de poissons issus d’une filière locale, ce qui confirme que le « manger local » occupe une place de plus en plus importance, quitte à payer plus cher (les deux n’étant pas nécessairement liés).

Conclusion

57La perception et les usages des étangs sont relativement peu pris en compte dans les politiques de gestion de ces milieux. C’est à partir de ce constat, et avec la volonté de comprendre la perception du public sur les étangs, que nous avons lancé une étude exploratoire de ce sujet.

58La réalisation, la diffusion d’un questionnaire et l’analyse des résultats ont permis d’apporter de premières réponses.

59La question des perceptions et des usages de cet espace s’est rapidement posée : que pense le public des étangs ? quelles sont leurs pratiques du lieu ?

60Il est apparu au cours de l’enquête que les personnes interrogées ont une image positive de l’étang qui représente un espace où ils aiment aller. Cette perception est renforcée par deux éléments qui sont importants à souligner : les étangs sont perçus comme des éléments constitutifs du paysage mais aussi comme des atouts renforçant l’attractivité d’un territoire. Il semble par ailleurs que le public soit attaché à ce type de milieu.

61Une seconde série d’interrogations a orienté l’étude : existe-t-il une demande en matière de consommation de poissons d’eau douce ? Une pisciculture locale serait-elle possible ?

62Les résultats issus du questionnaire ont permis d’avancer certains éléments de réponse. Les enquêtés sont sensibles à la consommation de poissons d’eau douce, avec une recherche de fraîcheur, de goût et surtout une provenance locale. Les enquêtés seraient d’ailleurs prêts à dépenser plus d’argent pour consommer des produits locaux. On peut amorcer un début de réponse quant à la pisciculture locale : elle est positivement perçue, même si, à ce stade de l’étude, il est difficile de se prononcer quant à la possibilité d’un fonctionnement d’une activité piscicole locale.

63Cette étude exploratoire permet d’avancer certains résultats qui mériteraient d’être creusés et affinés. En effet, pour orienter et faciliter la gestion des étangs, une prise en compte de la perception du public, des acteurs / gestionnaires, des élus dans le cadre d’une étude plus poussée serait intéressante et pertinente.

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Bibliographie

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Touchart, L. (dir.). (2007). Géographie de l’étang. Des théories globales aux pratiques locales, Paris : L’Harmattan, 228 p.

Touchart, L., Bartout, P. (2018). Le limnosystème est-il un concept géographique ? Annales de Géographie, vol. 719, p. 2958.

Sites web :

https://www.berryprovince.com/activite/baignade-au-plan-deau-communal-de-la-roche-gaudon-chaillac/

https://www.franceagrimer.fr

Google, Tendances de recherche des termes étangs et rivière, de 2010 à 2020

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Notes

1 La question posée était : Quels sont les milieux aquatiques que vous aimez visiter ? Notez de 1 milieu pas apprécié) à 12 (milieu très apprécié) chaque proposition en fonction de votre appréciation.

2 Reyt P., 1998, Formes et paysages de l’eau dans le bassin de la Loire. « De l’eau dans les paysages aux paysages de l’eau... », Presses Universitaires du Septentrion, Villeneuve d’Ascq, 314 p + annexes.

3 Berry Province est une marque créée par les départements du Cher, de l’Indre et la région Centre Val-de-Loire visant la promotion du territoire berrichon.

4 Source : https://www.berryprovince.com/activite/baignade-au-plan-deau-communal-de-la-roche-gaudon-chaillac/

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Table des illustrations

Titre Figure 1. Notation des différents milieux aquatiques suivant les préférences de visites
URL http://journals.openedition.org/dynenviron/docannexe/image/4215/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 131k
Titre Figure. 2. Qualificatifs utilisés par les enquêtés pour décrire un étang dans le paysage / le territoire
URL http://journals.openedition.org/dynenviron/docannexe/image/4215/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 33k
Titre Figure 3. Carte de localisation des personnes ayant répondu à l’enquête
Crédits Source : auteurs de l’article, 2020
URL http://journals.openedition.org/dynenviron/docannexe/image/4215/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 345k
Titre Figure 4. Tendances de la recherche du mot "étang" sur Google, de 2010 à 2020
Crédits Google Trends, 2020
URL http://journals.openedition.org/dynenviron/docannexe/image/4215/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 196k
Titre Figure 5. Les milieux aquatiques volontairement visités par les enquêtés au cours des 12 derniers mois
Crédits Source : Garcia, Choffel et Nasser, 2020
URL http://journals.openedition.org/dynenviron/docannexe/image/4215/img-5.jpg
Fichier image/jpeg, 84k
Titre Figure 6. Comparaison des tendances entre les recherches des mots "rivière" en rouge et "étang" en bleu, de 2010 à 2020
Crédits Source : auteurs de l’article, 2020
URL http://journals.openedition.org/dynenviron/docannexe/image/4215/img-6.jpg
Fichier image/jpeg, 104k
Titre Figure 7. Qualificatifs utiliser par les enquêtés pour qualifier les étangs
Crédits Source : auteurs de l’article, 2020.
URL http://journals.openedition.org/dynenviron/docannexe/image/4215/img-7.jpg
Fichier image/jpeg, 96k
Titre Figure 8. Étang de la Roche Gaudon, à Chaillac
Crédits Source : https://www.berryprovince.com/​activite/​baignade-au-plan-deau-communal-de-la-roche-gaudon-chaillac/​
URL http://journals.openedition.org/dynenviron/docannexe/image/4215/img-8.jpg
Fichier image/jpeg, 308k
Titre Tableau.1 - Critères d’attirance des enquêtés pour les poissons d’eau douce
Légende * L’importance est calculée comme le rang moyen auquel la modalité a été citée.
Crédits Source : auteurs de l’article, 2020.
URL http://journals.openedition.org/dynenviron/docannexe/image/4215/img-9.jpg
Fichier image/jpeg, 62k
Titre Fig. 9. Poissons d’eau douce consommés par les enquêtés
Crédits Source : Garcia, Choffel et Nasser, 2020
URL http://journals.openedition.org/dynenviron/docannexe/image/4215/img-10.jpg
Fichier image/jpeg, 79k
Titre Figure 10. Lieux d’achat des poissons d’eau douce pour les enquêtés
Crédits Source : Garcia, Choffel et Nasser, 2020
URL http://journals.openedition.org/dynenviron/docannexe/image/4215/img-11.jpg
Fichier image/jpeg, 83k
Titre Fig. 11. Fourchette de prix que les enquêtés seraient prêt à débourser pour acheter des poissons d’eau douce
Crédits Source : Garcia, Choffel et Nasser, 2020
URL http://journals.openedition.org/dynenviron/docannexe/image/4215/img-12.jpg
Fichier image/jpeg, 64k
Titre Tableau 2. Prix moyen au kilo de la viande et du poisson en France en octobre 2020
Crédits Source : franceagrimer.fr
URL http://journals.openedition.org/dynenviron/docannexe/image/4215/img-13.jpg
Fichier image/jpeg, 76k
Titre Fig. 12. Lieux d’achat des poissons d’eau douce pour les enquêtés
Crédits Source : Garcia, Choffel et Nasser, 2020
URL http://journals.openedition.org/dynenviron/docannexe/image/4215/img-14.jpg
Fichier image/jpeg, 68k
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Pour citer cet article

Référence papier

Romain Garcia, Quentin Choffel et Tarek Nasser, « Les étangs et leurs ressources piscicoles : perceptions, pratiques et consommations des français – Résultats d’une enquête extrapolée au niveau national »Dynamiques environnementales, 45 | 2020, 119-130.

Référence électronique

Romain Garcia, Quentin Choffel et Tarek Nasser, « Les étangs et leurs ressources piscicoles : perceptions, pratiques et consommations des français – Résultats d’une enquête extrapolée au niveau national »Dynamiques environnementales [En ligne], 45 | 2020, mis en ligne le 01 janvier 2021, consulté le 15 juillet 2026. URL : http://journals.openedition.org/dynenviron/4215 ; DOI : https://doi.org/10.4000/dynenviron.4215

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Auteurs

Romain Garcia

Association Géolimno, 30 impasse de la Tramontane, 34725 Saint Félix de Lodez, geolimno.asso@gmail.com et Laboratoire CEDETE - Université d’Orléans, 10 Rue de Tours, 45065 - Orléans CEDEX 2

Quentin Choffel

Association Géolimno, 30 impasse de la Tramontane, 34725 Saint Félix de Lodez, geolimno.asso@gmail.com et Laboratoire CEDETE - Université d’Orléans, 10 Rue de Tours, 45065 - Orléans CEDEX 2

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Tarek Nasser

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Droits d’auteur

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