Nous exprimons nos remerciements à la Région des Pays de la Loire qui a financé le projet, ainsi qu’à toutes les personnes ayant été impliquées de près ou de loin dans ce travail, notamment sur le terrain.
1La région des Pays de la Loire est la troisième région française en superficie de plans d’eau artificiels, environ 20 000 ha soit 0,67 % du territoire, et la première en densité soit 1,58 plan d’eau/km2 (Trintignac P. et al., 2008 ; Bartout P., 2015). La pisciculture, historiquement présente depuis 1 000 ans, n’est plus l’usage majoritaire de plans d’eau depuis 50 ans.
2C’est entre 1 700 et 2 000 ha d’étangs qui sont exploités régulièrement actuellement pour la pisciculture auxquels il faut rajouter 2 000 ha d’étangs et autres plans d’eau pêchés occasionnellement (Trintignac et al., 2016). La pisciculture en étang se trouve fragilisée économiquement principalement par la prédation aviaire (Grand cormoran) et par des contraintes réglementaires pas toujours adaptées à ce type de production extensive tout en sachant qu’elle est en situation de sous production. Les marchés principaux concernent le repeuplement et la pêche de loisirs. Pourtant, cette activité répond totalement aux enjeux d’économie circulaire et environnementaux. Sa pérennité voire son développement passe par une meilleure visibilité, une plus grande reconnaissance notamment des services environnementaux rendus, une diversification de ces marchés vers l’alimentation humaine et un assouplissement de certaines contraintes réglementaires. La rentabilité étant fragile par définition, ces menaces poussent les propriétaires et les exploitants à arrêter la production piscicole ou à développer des pratiques moins contraignantes, comme l’importation et le négoce de poissons, le changement d’usage, ou encore l’assèchement définitif des étangs. C’est pourquoi la Région des Pays de la Loire a décidé de soutenir la pisciculture extensive en étangs depuis 2010.
3L’aide régionale vise à maintenir et à relancer cette activité de pisciculture extensive en étangs, dans un double objectif de développement économique et de préservation des milieux. Les bénéficiaires de l’aide régionale s’engagent en effet pour une durée de cinq ans à respecter un ensemble de bonnes pratiques, notamment vis-à-vis des écosystèmes.
4Pour être éligible à l’aide régionale, le demandeur doit être exploitant et/ou propriétaire d’un étang situé sur le territoire régional qui a ou aura un usage piscicole au sens « pisciculture ». D’autres usages traditionnels comme la chasse sont évidemment possibles. L’étang doit avoir une existence légale au sens de la loi 2006/1772 du 30 décembre 2006 sur l’eau et les milieux aquatiques
5Par ailleurs, le bénéficiaire de l’aide régionale s’engage à respecter et mettre en œuvre les actions pour lesquelles il s’est engagé, pendant 5 ans ainsi que des pratiques de gestion piscicole extensive, conformément au Guide des bonnes pratiques pour la gestion piscicole des étangs dans les Pays de la Loire pendant 5 ans. Il ne doit pas vidanger l’étang entre le 15 mars et le 15 août, sauf protocole expérimental et/ou accord du Syndicat mixte pour le développement de l’aquaculture et de la pêche (SMIDAP).
6Quatre actions sont possibles, dont 3 destinées aux exploitants (A2, A5 et A6) et 1 aux propriétaires (A7).
7Il existe un seuil plancher à 2 500 € pour toute demande d’aide.
8L’action A2, seulement ouverte aux exploitants, a pour objectif la conservation des formations végétales remarquables de l’écosystème « étang ». Il s’agit notamment des roselières, des zones de transition marécageuses et des zones flottantes. Ces formations abritent une faune et une flore d’intérêt. Elles sont caractérisées et cartographiées à l’occasion de la visite sur place réalisée par le SMIDAP lors de l’instruction du dossier. Le bénéficiaire s’engage, au travers de cette action, à ne pas détruire ces formations végétales remarquables, ni par voie chimique, ni par voie physique.
9L’action A5, seulement ouverte aux exploitants, concerne l’élimination des espèces végétales invasives identifiées sur le ou les étangs à l’occasion de la visite sur place réalisée par le SMIDAP lors de l’instruction du dossier.
Tableau 1. Actions régionales
10L’action A6, seulement ouverte aux exploitants, vise à limiter les impacts des espèces animales envahissantes qui portent préjudice à l’activité piscicole. Les préjudices potentiels concernent la prédation (oiseaux piscivores…), les dégâts causés sur l’étang ou les ouvrages (rats, ragondins…), la présence d’espèces non désirées de poissons dans les lots en élevage (perche soleil…). Les opérations qui peuvent être mises en œuvre concernent notamment la capture, l’effarouchement, le tri.
11L’action A7, seulement ouverte aux propriétaires, concerne la rénovation ou la construction d’ouvrages tels que barrage ou chaussée, fossé d’alimentation en eau, système de vidange, autres annexes, etc., qui sont les éléments constitutifs nécessaires au bon fonctionnement de l’activité piscicole en étang. Cette action concerne les travaux au niveau de ces ouvrages, y compris les études de diagnostic qui peuvent accompagner ces travaux. Les travaux doivent être en lien avec l’activité piscicole. Ils peuvent également être prévus dans le cadre d’un retour à l’activité piscicole.al., 2009).
12La demande d’aide régionale doit être déposée auprès du SMIDAP. A chaque étang éligible identifié correspond une demande d’aide (si plusieurs étangs sont concernés, il faut déposer autant de dossiers).
13Le dossier de demande d’aide comporte un certain nombre de pièces justificatives.
14Le SMIDAP procède à l’instruction des dossiers. Il vérifie que les critères d’éligibilité sont respectés, sur la base :
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des documents fournis par le demandeur,
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et d’une visite sur place
15Lors de cette visite, le SMIDAP procède à un état des lieux de l’étang (vérification de l’usage piscicole, caractéristique de l’étang) et vérifie l’éligibilité de la demande selon les actions demandées (ex. contrôle des surfaces de végétation remarquable à conserver si action A2 demandée). La date de visite sur place fixe la date de démarrage des dépenses éligibles. Le SMIDAP formule alors un avis technique sur le dossier présenté, en vue des étapes suivantes de la procédure d’instruction.
16Les dossiers éligibles sont examinés, pour avis, par un comité technique composé du SMIDAP, d’un représentant des pisciculteurs, d’un représentant des syndicats de propriétaires d’étangs, du Forum des Marais Atlantique, de la Fédération Régionale de la Chasse, d’un expert scientifique de l’écologie végétale et de la Région. Le comité technique est consulté une fois par an. Les décisions d’aide sont prises pour 5 ans par les élus en Commission Permanente du Conseil Régional.
17Ce dispositif régional, initié il y a plus de 10 ans et révisé il y a 5 ans est toujours maintenue en 2021. Plus de 600 ha d’étangs ont été conventionnés depuis le début des actions régionales étangs. Plus de 700 000 euros d’aides ont été votés. Les mesures ont été très bien accueillies par les acteurs concernés. Plus de 100 dossiers ont été instruits par la Région depuis 2010.
18Ces aides ont permis le maintien voire une relance de la pisciculture sur une vingtaine d’étangs (fig. 1).
Figure 1. Remise en eau d’un étang (9 ha) en assec depuis 1842
Figure 2. Rénovation de différents ouvrages d’étangs (vidange, chaussée et poêle)
1975 % des demandes viennent d’exploitants et 25 % de propriétaires. Ces derniers ont sollicité l’aide régional afin de rénover les différents ouvrages fonctionnels de leurs étangs comme les systèmes de vidanges, la chaussée, les grilles ou encore la poêle (figure 2).
20Les visites réalisées lors des pré diagnostics ont permis de régulariser plusieurs étangs, les propriétaires n’étant pas toujours informés des déclarations obligatoires d’existence de plans d’eau supérieurs à 1 000 m2 depuis 1992 et 1999.
21Elles ont aussi permis d’identifier des espèces protégées mais aussi des espèces exotiques envahissantes permettant ainsi au gestionnaire de mettre en place des mesures adaptées.
22Les mesures ont été révisées en 2016 afin de mieux adapter les actions régionales aux premiers retours d’expérience. Cependant, ce dispositif qui se veut le plus efficient possible par rapport à d’autres actions territoriales existantes sur les étangs connait quelques limites administratives et techniques.
23D’un point de vue administratif, le plancher minimum d’aides fixé à 2 500 € ne permet pas de prendre en compte ou difficilement les étangs inférieurs à 2 ha. De même, l’obligation d’une convention écrite de 5 ans entre le propriétaire et l’exploitant écarte du dispositif certains étangs.
24Sur le volet technique, l’action concernant la lutte contre les espèces végétales invasives n’a pas toujours permis l’éradication totale des herbiers ciblés quand il s’agit de jussies (Ludwigia peploides ou grandiflora).
25Ces actions régionales de gestion durable des étangs, en plus de soutenir économiquement la filière piscicole régionale étang, ont favorisé le maintien voire la reprise en gestion d’étangs parfois millénaires. Elles ont ainsi permis d’une part de mieux connaitre et de valoriser ce patrimoine régional souvent méconnu, et d’autre part, de montrer l’intérêt des étangs et de la gestion piscicole en termes d’impacts sur l’environnement en démontrant, par exemple, les liens étroits entre les pratiques de la pisciculture extensive et la biodiversité floristique souvent très intéressantes.