1Depuis plusieurs décennies, le processus d’érosion du littoral est reconnu comme l’une des menaces environnementales les plus importantes et plus répandues au monde, en particulier dans la région méditerranéenne qui abritait, en 2020, près de 529 millions d’habitants et qui devrait en atteindre 572 millions d’ici 2030 (MAP and UNE, 2017) et 611 millions d’habitants en 2050 (IEMed, 2022), dont le un tiers sur le littoral. L’évolution de la pression démographique, le développement du processus accentué d'urbanisation et de l’occupation touristique sont désormais les principaux facteurs expliquant l’exacerbation du risque d’érosion exercée sur le littoral (Romieu et al., 2009 ; Moloina et al., 2019). Sur la rive sud de la Méditerranée, la Tunisie est particulièrement concernée par cette situation, ceci sur ses deux façades maritimes : une première, septentrionale, caractérisée par sa topographie relativement accidentée et ses fonds sous-marins assez profonds et une deuxième, objet de cet article, marquée par une topographie relativement plane et une plateforme continentale assez étendue (Burollet et al., 1979 ; Oueslati, 1993 ; Pergent & Kempf, 1993). Cette topographie basse et régulière, ajoutée aux conditions météo-marines moins agressives par rapport à la façade nord font du littoral oriental, entre Kelibia et Chebba ou Rass Kaboudia, un espace plus favorable à l’installation humaine qui s’est faite, autrefois, en retrait par rapport à la mer (figure 1). Ce n’est qu’à partir de la deuxième moitié du siècle dernier que se déclenche une vague d’occupation de la bande voisine de la mer dans le cadre d’un phénomène de littoralisation qu’a connu le pays (Belhedi, 1996, 2015). Les impacts de cette occupation, avec une méconnaissance de la fragilité et des spécificités du fonctionnement des écosystèmes côtiers, n’ont pas tardé à se manifester quelques années plus tard à travers l’érosion des plages qui a pris une grande ampleur dans certaines régions comme au Cap Bon et au Sahel.
2Cet article vise donc, par les techniques de la télédétection et d’analyse des données géospatiales multi-sources et multi-dates associées aux observations de terrain, à reconstruire l'évolution du processus de littoralisation massive et le rôle très déstabilisant des divers aménagements sur l’équilibre des milieux côtiers sur une période de plus de 70 ans et par conséquent l’aggravation de l’érosion marine à partir de quelques cas dans le Cap Bon et le Sahel tunisien. Cette étude vise également à souligner la fragilité et la faiblesse de la résilience des plages, notamment dans les secteurs les plus aménagés, lors des événements météo-marins extrêmes.
Figure 1 - Carte de localisation du Cap Bon et du Sahel sur le littoral oriental de la Tunisie
3Longue d’environ 275 km, la côte orientale de la Tunisie qui s’étire entre Kelibia et Rass Kaboudia se situe au centre de la Méditerranée. Elle renferme des milieux fragiles et sensibles dus essentiellement à la faiblesse de la topographie. Son rivage est souvent bordé par des plaines très basses et faiblement accidentées, avec des pentes généralement inférieures à 2 %, excepté les promontoires de Kelibia, de Hergla et de Monastir où des petits reliefs de type collines ou plateaux peu élevés s’approchent de la mer (Bada, 2017a). La faiblesse des altitudes a engendré, entre autres, l’extension des grandes zones humides de type sebkha et ‘chott’ allongés parallèlement au rivage tel que le chapelet de sebkhas de la côte orientale du Cap Bon et celui du fond du golfe de Hammamet (figure 2).
4Ce paysage de topographie faible se poursuit aussi dans les fonds sous-marins marqués par des eaux peu profondes et une plateforme continentale large (Burollet et al., 1979). De tracé souvent régulier, les isobathes -5 m et -10 m, se trouvent respectivement à une distance de 400 et 900 m du rivage avec de faibles pentes, généralement inférieures à 1,5 %. La bathymétrie s’abaisse davantage au centre, notamment entre Monastir et Rass Eddimesse. Ici, la topographie sous-marine traduit le développement de la plateforme délimitée dans sa partie orientale par des hauts-fonds appelés Eddhar où l’isobathe -5 m se situe à plus de 18 km du rivage.
5La morphologie du rivage, quant à elle, est dominée également par des plages sableuses. Près de 70 % du linéaire côtier de la façade orientale du Cap Bon et du Sahel est formé par des plages dont les plus étendues s’épanouissent dans le golfe de Hammamet, notamment depuis Kelibia jusqu’à Hergla. Les falaises occupent la deuxième place dans la morphologie de cette côte, soit 20 % de l’ensemble du linéaire côtier. Elles marquent essentiellement la région du Sahel, à savoir Hergla, Monastir, Mahdia et Salakta et, très localement, Hammamet et Beni Khiar au Cap Bon. Le reste du rivage est formé par des côtes basses rocheuses ou non sableuses qui intéressent le segment situé au Sahel entre Khniss et Rass Eddimesse.
6La sensibilité de cette côte à l’érosion marine se confirme aussi sur le plan hydrographique et hydrologique. En fait, la côte présente deux systèmes d’écoulement bien distincts : un système d’oueds à écoulement exoréique, qui se limite au secteur entre Kelibia et Bouficha et intéresse 30 % seulement de l’ensemble du linéaire côtier, et un autre système, à écoulement endoréique, entre Bouficha et Hergla, où les apports des oueds sont accumulés, cette fois, dans les sebkhas et les lagunes empêchant ainsi les plages de bénéficier des apports sédimentaires continentaux. Au Sud, entre Rass Eddimesse et Chebba, le réseau hydrographique s’affaiblit davantage et les rares cours d’eau se perdent dans les fonds des plaines et n’atteignent jamais la mer (Oueslati, 2004 ; Bada, 2017a).
Figure 2 - Cadre naturel de la côte du Cap Bon et du Sahel depuis Kelibia jusqu’à Chebba
7Quant aux agents météo-marins, le littoral de Kelibia-Chebba est influencé par les houles venant du Nord-ouest (Golfe de Tunis) et du Sud-est. L’analyse fréquentielle des amplitudes des houles, entre septembre 2009 et août 2010, montre que 80 % des houles ont des hauteurs inférieures à 1,5 m (Bada, 2017a). Celles à fortes amplitudes, supérieures à 2,5 m, sont exceptionnelles et ne représentent que des traces souvent inférieures à 2 %, excepté à Kelibia où elles atteignent 6,1 % et se produisent essentiellement en hiver.
8Le rivage est parcouru par une dérive littorale principale de direction Nord-Sud. Un autre courant de direction Sud-Nord est décelable au niveau des pointes de Rass Dimesse et de Hergla où il est prouvé par l’ensablement fréquent des ports aménagés au niveau de ces pointes et dont les entrées sont tournées vers le Sud (Labaïed & Oueslati, 1995 ; Bourgou, 1999, 2020 ; Brahim, 2005 ; Bada, 2017a).
9La côte de Kelibia-Chebba est relativement ventée. Les vents les plus efficaces et les plus dominants ont des directions Nord-ouest à Kelibia et à Nabeul et Nord à Est à Monastir et à Mahdia. Leurs effets directs apparaissent, surtout, à travers l’existence des champs dunaires d’El Madfoun dans le fond du golfe de Hammamet et d’El Ghedhabna au Sahel méridional ainsi qu’un petit champ de dunes situé au fond de la baie de Dkhila à l’Ouest de Monastir.
10Malgré le cadre physique en général peu contraignant et plutôt favorable à l’installation humaine, la présence de l’Homme au voisinage de la mer était, jusqu’au milieu du vingtième siècle, faible. Au Cap Bon, Hammamet était la seule agglomération dont l’espace urbain jouxtait la mer. Nabeul, Dar Chaabane, Beni Khiar en étaient éloignées de 1 à 2 km. Tazerka, Korba, Menzel Horr et Menzel Temime ont pris place en arrière de la plage et du système de sebkhas littorales de la côte orientale du Cap Bon, parfois sur un ancien cordon littoral éloigné de 1 km de la mer. Dans la région du Sahel, la présence au voisinage de la mer était limitée aux trois grandes villes, Sousse, Monastir et Mahdia, auxquelles s’ajoutaient quelques petites localités comme Hergla, Khniss et Lamta. Bien que le toponyme arabe de la région évoque « la mer » et malgré le nombre très élevé et rapproché des bourgs, la concentration des agglomérations s’est faite dans l’arrière-pays et la bande sub-littorale (Brahim, 2017).
11Cette faible présence au voisinage de la mer est due au fait que, durant l’histoire et notamment à l’époque médiévale, la mer était considérée comme source de conquête et de danger. Quelques cités prospères à l’époque antique ont connu un déclin. Des localités en retrait de quelques kilomètres de la mer apparues à l’époque médiévale ont pris la relève sur ces cités comme Bekalta qui s’est substituée à l’antique Thapsus et Ksour Essaf qui s’est substituée à Sullecthum (Jelloul, 1999).
12Au cours des dernières décennies du siècle dernier et les premières de ce siècle, et concomitamment à la croissance démographique qu’a connue cette bande du littoral (figure 3), s’opère une extension urbaine rapide qui a intéressé toutes les agglomérations. Celles-ci ont connu une extension spectaculaire de leurs superficies et surtout une tendance à s’orienter en direction de la mer (Oueslati, 2004, 2010 ; Brahim, 2017 ; Bada, 2017a). Ainsi se déclenche une grande vague d’urbanisation du littoral. Toutes les agglomérations qui avaient, tout au long de l’histoire, évité le front de mer, sont allées vers sa conquête (figure 4). L’accroissement de la demande sur les résidences estivales en raison de développement chez la population des traditions de séjour à la mer et l’apparition du tourisme ont donné plus d’ampleur à l’urbanisation du littoral et ont accéléré son rythme de croissance.
Figure 3 - Evolution de la population (nombre et densité) dans les délégations de la côte Kelibia-Chebba entre 1984 et 2014 (INS, 1984 et 2014) (Bada, 2017a)
Figure 4 - Les espaces bâtis de la côte Kelibia-Chebba selon la distance qui les sépare du rivage en 2014 (Bada, 2017a)
13Au Cap Bon, la ville de Nabeul qui était éloignée de 1 km de la mer et qui s’étendait sur environ 100 ha, comme le montre la carte topographique levée à la fin du XIXème siècle et révisée en 1949, s’étend aujourd’hui jusqu’à la mer. La superficie de son plan d’aménagement urbain est de 1300 ha et couvre, avec celui de Dar Chaabane, la ville qui lui est accolée du côté nord, 1780 ha. Presque tout le front de mer qui s’étend entre les oueds qui les séparent de Beni Khiar au Nord et de Hammamet au Sud est aménagé. La longueur de la façade maritime aménagée de la ville de Hammamet qui ne dépassait pas 1,5 km au milieu du XXème siècle s’allonge aujourd’hui sur 12 km, avec une prédominance des aménagements touristiques, et 18 km si on lui ajoute la façade de la station touristique intégrée de Yasmine El Hammamet. Un segment côtier urbanisé long de plus de 30 km se poursuit sans rupture de Beni Khiar jusqu’à cette station (figure 5). Toujours au Cap Bon, les villes de Korba, Menzel Temime et Tazerka ont descendu les pentes des collines et se sont orientées vers la mer, créant une pression sur le cordon littoral actuel et sur les bordures des sebkhas littorales qui existent en arrière de ce cordon. Des quartiers de résidences permanentes et/ou estivales sont apparus au voisinage de la mer au cours des dernières décennies.
14Au Sahel, les grandes villes côtières se sont largement étendues dans toutes les directions, mais surtout le long du rivage. Sousse s’est accolée, vers le Nord, à Hammam Sousse et, au Sud, à la zone touristique de Dkhila qui fait partie du périmètre communal de Monastir. La ville de Monastir qui était cantonnée à la pointe du cap de Monastir a conquis toute la bordure du cap et, avec l’aménagement de la zone touristique, elle a ajouté à son espace urbain le fond de la baie de Dkhila. La ville de Mahdia qui était historiquement cantonnée à Cap Afrique s’est étendue au cours de la 2ème moitié du vingtième siècle pour occuper les côtes sableuses nord et sud. Les petites villes comme Hammam Sousse, Teboulba, Rejiche et Chebba qui étaient en retrait de 1 à 2 km de la mer ont orienté leur extension urbaine récente vers le rivage et ont conquis le front de mer. En plus de l’extension des centres urbains qui s’insèrent dans la vague d’urbanisation qu’a connue tout le pays depuis le siècle dernier, des foyers de résidences secondaires déjà connus ou nouveaux se sont développés. Ces derniers sont réputés pour être aujourd’hui des centres de séjour à la mer. Ces foyers se sont développés à la périphérie des villes côtières comme Menzel Temime et Korba au Cap Bon et Rejiche et Chebba au Sahel ou indépendamment de ces villes comme Chatt Meriem entre Sousse et Hergla ou Eddimesse entre Monastir et Mahdia et Salakta ente Mahdia et Chebba.
Figure 5 - Evolution de l’espace urbain et de la façade maritime urbanisée de Nabeul à Yasmine El Hammame
15En plus de l’extension urbaine côtière, des aménagements dont le fonctionnement est fortement lié à la mer ont influencé l’évolution récente de l’occupation du littoral. Il s’agit des aménagements portuaires et des aménagements touristiques.
16En Tunisie et jusqu’au milieu du vingtième siècle, les aménagements portuaires modernes remontaient au début de l’époque coloniale. Il s’agit des ports de commerce limités aux grandes villes, Bizerte et Tunis sur la côte nord et Sousse et Sfax sur la côte orientale. Les autres aménagements consistaient, en réalité, en des rades ou des abris de pêche équipés ou non par une petite jetée de faible emprise sur l’avant-côte et sans effet significatif sur la dynamique géomorphologique du littoral (figure 6). Après l’indépendance, le pays s’est engagé dans un processus de construction des ports pour servir non seulement le secteur de la pêche, mais aussi le transport des matières premières et les produits de transformation dans le golfe de Gabès et le tourisme au voisinage des zones touristiques. Le nombre de ports modernes s’élève aujourd’hui à 58, implantés surtout sur la côte orientale. La plus grande concentration s’observe au Sahel avec une quinzaine de ports répartis entre un port de commerce et de pêche à Sousse, trois ports de plaisance dont deux fonctionnels à la station touristique d’El Kantaoui, au Nord de Sousse, et à la Marina de Monastir, un bassin de tranquillisation des eaux marines utilisées dans la production de l’électricité par la centrale de Sousse-sud et une dizaine de ports de pêche. La côte orientale du Cap Bon compte 4 ports, le golfe de Gabès en compte une dizaine (tableau 1).
Tableau 1 - Aménagements portuaires sur le littoral tunisien (APIP, Agence des Ports et des Installations de Pêche et OMM, Office de la Marine Marchande)
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Unité côtière
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Activités liées au port
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Nombre des ports
|
|
Pêche
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Transport, industrie et commerce
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Plaisance
|
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Côte nord de Tabarka à Bizerte
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6
|
1
|
2
|
9
|
|
Golfe de Tunis
|
3
|
2
|
2
|
7
|
|
Côte orientale du Cap Bon et fond du golfe de Hammamet
|
3
|
-
|
1
|
4
|
|
Sahel
|
10
|
2
|
3
|
15
|
|
Golfe de Gabès
|
8
|
2
|
-
|
10
|
|
Iles du Sud-est
|
5
|
1
|
1
|
7
|
|
Extrême Sud-Est
|
5
|
1
|
-
|
6
|
|
Total
|
41
|
8
|
9
|
58*
|
*Le nombre peut légèrement varier d’une source à une autre en raison de la bivalence de certains ports.
17Quant aux aménagements touristiques, ils ont commencé à conquérir le littoral tunisien surtout à partir des années 1970 lorsque l’Etat a décidé de faire du tourisme un secteur clé de l’économie et s’est lancé dans la promotion du tourisme balnéaire. La façade orientale a accaparé la plupart des investissements et des aménagements. En fait, excepté la zone de Tunis et les côtes de Carthage, les cinq premières zones touristiques occupent le littoral oriental du pays (tableau 2). Elles détiennent actuellement 182 392 lits sur 230 903, soit 78,9 % de la capacité totale d’hébergement touristique dans le pays. Après l’île de Djerba et la presqu’île de Zarzis qui constituent la première zone touristique avec 53 071 lits, vient la zone de Nabeul-Hammamet sur la côte orientale du Cap Bon. Dans cette zone, les segments côtiers touristiques se répartissent entre Kelibia, Nabeul et Hammamet-nord. Celle-ci se prolonge vers le sud, dans le fond du golfe de Hammamet, par la station intégrée de Yasmine El Hammamet et son port de plaisance. Le Sahel renferme quatre zones touristiques : Sousse, Sousse-El Kantaoui, Monastir-Skanès ou Dkhila et Mahdia avec une capacité totale de 68 660 lits, soit 29,7 % de la capacité totale du pays (ONTT, 2020).
Tableau 2 - Les premières zones touristiques en Tunisie selon la capacité d’accueil
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Zone
|
Hôtels classés
|
Hôtels non classés et autres
|
Capacité totale
(nombre de lits)
|
|
Djerba-Zarzis
|
107
|
37
|
53 071
|
|
Nabeul-Hammamet
|
82
|
48
|
41 259
|
|
Sousse
|
63
|
27
|
37 194
|
|
Monastir-Skanès
|
36
|
12
|
21 527
|
|
Yasmine-Hammamet
|
34
|
9
|
19 402
|
|
Tunis- côtes de Carthage
|
85
|
18
|
15 875
|
|
Mahdia
|
19
|
7
|
9 939
|
Source : Office National du Tourisme Tunisien (ONTT), 2020
18Cette pression anthropique variée, rapide et dense sur le littoral ne s’est pas passée sans impacts, dont l’érosion des plages qui est la manifestation la plus apparente et la plus grave.
Figure 6 A et B - Evolution de l’occupation du littoral du Cap Bon et du Sahel depuis le milieu du XXème siècle (A) jusqu’au premier quart du XXIème siècle (B) (Réalisation à partir des cartes topographiques au 1/50 000 révisées au milieu du XXème siècle et une image satellitale Maxar de 2023).
19L’étude de la cinématique du littoral Kelibia-Chebba, à l'échelle des dernières décennies, a été réalisée en s’appuyant sur une base de données multisources et multidates à haute résolution spatiale comportant en particulier (tableau3) :
-
Trois séries d’orthophotographies aériennes datant de 1952, 1962 et 1996 respectivement aux échelles 1/10 000, 1/7 000 et 1/10 000 et qui ont été scannées au format Tiff à une résolution de 500 dpi. Ces trois séries ont été recueillies auprès de l’Agence de Protection et d'Aménagement du Littoral tunisien (APAL) et de la Direction Générale des Forêts (DGF) du Ministère de l’Agriculture.
-
Sept séries d’images satellitaires de Quick Bird 02 de Digital Globe et de MAXAR (GEO 1, 2, 3 et 4) avec respectivement une résolution multispectrale de 2,4 et de 0,3 m au sol. Ces images ont été sélectionnées pendant la période estivale. Le choix de la période estivale a été justifié par le fait que cette période de l’année est considérée comme période de stabilité de la plage (Suanez, 1997 ; Durand, 1998) et donc elle permet une meilleure comparaison pour quantifier l’évolution réelle de la côte (sans considération des variations intersaisonnières).
-
Trois campagnes de mesures in situ par DGPS (Differential Global Postioning System) de marque Trimble Géo-XT faites en 2013, 2014 puis en 2022.
Tableau 3 - Métadonnées des fonds géospatiaux utilisés
|
Données
|
Source
|
Année
|
Echelle
|
Résolution spatiale
|
|
Photos aériennes
|
APAL et DGF
|
1952
|
1/10 000
|
≃ 0,5 m
|
|
1962
|
1/7 000
|
≃ 0,5 m
|
|
1996
|
1/10 000
|
≃ 0,5 m
|
|
Images satellitaires
|
DigitalGlobe (WorldView‑1)
|
2006
|
-
|
2,4 m
|
|
DigitalGlobe (WorldView‑1)
|
2010
|
-
|
2,4 m
|
|
DigitalGlobe (WorldView‑2)
|
2014
|
-
|
2,4 m
|
|
Maxar (WorldView‑4)
|
2019
|
-
|
0,3 m
|
|
Maxar (WorldView‑4)
|
2020
|
-
|
0,3 m
|
|
Maxar (WorldView‑2)
|
2022
|
-
|
0,6 m
|
|
Maxar (WorldView‑3)
|
2023
|
-
|
0,3 m
|
|
Mesures par DGPS (Trimble Géo-XT)
|
2013
|
-
|
-
|
|
2014
|
-
|
-
|
|
2022
|
-
|
-
|
20Pour être intégrées dans une base de données SIG et tirer des mesures d'évolution fiables sur le déplacement des lignes de rivage et des unités d’occupation du milieu côtier, les photos aériennes ont été orthorectifiées sous Erdas Imagine. Signalons, toutefois, que la procédure d’orthorectification, combinée aussi au processus de vectorisation de différentes lignes de rivage et des unités naturelles par l’outil ArcGis, intègre une part d’erreur géométrique liée à plusieurs facteurs. La qualité des résultats est donc intimement liée à la connaissance de cette part d’erreur qui fait partie des erreurs aléatoires (Juigner, 2017) qui sera prise en compte dans l’interprétation des résultats. La combinaison de toutes ces sources d’erreur a permis, de ce fait, de calculer une erreur globale appelée aussi erreur de position globale des traits de côte estimée au total à ± 6 mètres (tableau 4). A noter que cette erreur globale a un caractère systématique et ne doit donc pas être répercutée sur la quantification de l'évolution du trait de côte entre deux photographies aériennes (Dolan et al., 1980).
Tableau 4 - Estimation des erreurs liées aux processus d'orthorectification des photos aériennes et de vectorisation de différentes lignes de rivage et des unités naturelles
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Source d’erreur
|
En pixels
|
En mètres
|
|
Détermination des points amers ou calage (GCP)
|
4
|
2
|
|
Erreurs de mesure
|
2
|
1
|
|
Erreur résiduelle moyenne (RMS)
|
2
|
1
|
|
Erreurs de vectorisation des unités naturelles
|
4
|
2
|
|
Total
|
12
|
6
|
21La quantification du recul de trait de côte a été faite par de mesures le long de quelques transects perpendiculaires au trait de côte, calés sur quelques repères proches du rivage et repérables sur les photographies et les images de différentes dates et à l’aide du script système d'analyse numérique des lignes des rivages (Digital Shoreline Analysis System connu sous son acronyme DSAS) conçu par Thieler et Danforth (1994) fonctionnant sous Arcgis. L’emploi de ce script a nécessité de définir au départ une ligne de référence appelée « Baseline » qu’on a choisie fictive, une longueur pour les transects orthogonaux qui coupent les traits de côte ainsi qu’un pas de mesure. Dans ce travail, les transects sont espacés de 100 mètres le long du rivage. C’est l’analyse automatique de tous ces transects qui a permis de définir des secteurs d’évolution type et d’en calculer les valeurs moyennes.
22Enfin, pour obtenir des estimations recevables sur les volumes de sédiments érodés, le choix a été porté sur l’utilisation de l’équation du Coastal Engineering Research Center (CERC), dérivée de Komar et Inman (1970) à travers le logiciel Sediment Budget Analysis System (SBAS) de US Army Corps of Engineers and Coastal and Hydraulics Laboratory (figure 7).
Q=K(γ0,d50 )/(ρs-ρ) (1/16 ρgH2BCgB )f(αB )
23Avec pour la constante de proportionnalité et pour la fonction d'obliquité, f(x)=sin2α. Avec :
-
Q = Débit volumique de sable transporté (m3/s)
-
K = Un coefficient sans dimension (0,2)
-
γ0 = La cambrure de la houle au large
-
H0 = La hauteur crête à creux de la houle au large (m)
-
λ0 = La longueur d'onde de la houle au large (m)
-
d50 = Le diamètre médian des grains de sable (mm)
-
ρs = La masse volumique des matériaux des sédiments (2650 Kg/m3)
-
ρ = La masse volumique de l'eau de mer (1025 Kg/m3)
-
g = L'accélération de la pesanteur terrestre (m/s2)
-
HB = La hauteur crête à creux de la houle au déferlement (m)
-
αB = L'angle entre la direction de la houle au déferlement et la normale à la côte
-
CgB = La vitesse de groupe de la houle au déferlement (m/s)
24L’estimation des caractéristiques de la houle (hauteur Hs, longueur L et période Ts) en des points proches du rivage où le niveau de la mer descend en dessous de 2 m ainsi que sa direction a été faite par le programme Fudaa-VAG (code de propagation de la houle) développé par le Centre d'Etudes Techniques Maritimes et Fluviales (CETMEF).
Figure 7 - Interface du logiciel Sediment Budget Analysis System (SBAS) : application sur la côte située entre le bassin de la centrale de la STEG à Sidi Abdelhamid et la Marina de Monastir
25La ligne de côte est définie comme l’interface ou la limite entre la mer et la terre (Paskoff, 1985b). Toutefois, cette définition est tout aussi délicate que son espace d’estran est très dynamique. Boak et Turner (2005), ont recensé 19 traits de côte à partir de 45 indicateurs relevés dans environ 80 publications (Thior et al., 2021).
26Le littoral du Cap Bon et du Sahel offre très peu des possibilités d’utiliser des bons marqueurs (morphologique, biologiques ...) pour extraire cette limite ambulante (dunes intermittentes et parfois entièrement urbanisées, végétation clairsemée et souvent peu développée...). Dans ce travail et du fait du faible marnage (0,2 m), la ligne de référence optée sera ainsi numérique dérivant d’un traitement des images orbitales (QuickBird et Worldview 1, 2 et 3) par l’application de la méthode de l’indice Normalized Difference Water Index (NDWI), indice qui nous permet de démarquer de façon meilleure la composante terre de celle de la mer et ceci en exploitant les propriétés du spectre allant du visible au proche infra-rouge dans lequel l’eau ne réfléchit presque pas la lumière (Hanqiu, 2007 ; Lei et al., 2009 ; Al-Mansoori et al., 2016). L’indice de différence d’eau normalisé se calcule ainsi :
NDWI = (Xgreen - Xnir)/(Xgreen + Xnir)
27La pression sur le littoral et sur l’écosystème côtier, surtout par méconnaissance de sa fragilité, et la spécificité de son fonctionnement sont à l’origine, dans plusieurs secteurs, de l’érosion qui a été parfois rapide engendrant le rétrécissement et, localement, la disparition des plages. Les secteurs les plus touchés de la côte Kelibia-Chebba, ont été enregistrés au Cap Bon et au Sahel dont nous nous contentons, ici, de présenter quelques cas très expressifs (figure 8).
Figure 8 - Localisation des sites d’étude au Cap Bon et au Sahel sur le littoral oriental de la Tun isie
28La côte de Kelibia constitue l’un des exemples les plus expressifs de la rapidité et de la sévérité de l'érosion due aux différentes actions anthropiques. En fait, c’est avec la construction du port de pêche au milieu des années 1960, qui s’avance en mer sur environ 400 m à l’Ouest d’une pointe rocheuse, que les signes de l’érosion de la plage ont commencé à apparaître. Depuis, l’érosion s’est accélérée et s’est étendue de plus en plus vers le Sud avec la prolifération, notamment au cours des années 1990, des aménagements résidentiels et touristiques souvent installés aux dépens des dunes bordières, déréglant ainsi le transit sédimentaire transversal de la plage.
29Aujourd’hui, la plage située au Sud du port de Kelibia montre, en différents points, des signes de régression très sévères, notamment à la hauteur de la Marsa et de Mamounia, si bien que la plage de la Marsa a perdu localement ses sédiments et elle est envahie par des quantités importantes d’herbiers morts de posidonies, mais aussi de déchets nuisant à l’environnement côtier (Oueslati, 2004 ; Bada, 2017a ; Hamila, 2020). Cependant, la situation la plus alarmante est relevée plus au Sud, au niveau de l’hôtel Mamounia où la plage a été totalement avalée par la mer.
30La comparaison entre les photographies aériennes de 1962 et 1996 et les images satellitaires de 2010 et 2022 montre que le rythme régressif est passé par deux temps d’évolution (figure 9). Le premier, entre 1962 et 1996, est caractérisé par une érosion rapide. Pendant cette période de 34 ans, la vitesse moyenne de repli a été de 18 m. Les valeurs les plus importantes ont été relevées, en particulier, entre l’hôtel An Nasim et celui de Mamounia où la plage a reculé de 25 à 45 m, soient respectivement des rythmes de recul annuels entre 0,8 et 1,4 m. Pour le deuxième, la crise érosive s’est poursuivi jusqu’en 2010, mais avec des rythmes annuels relativement moins importants, souvent entre 0,2 et 0,8 m. En 2022, la plage de la zone Mamounia, sur environ 800 m, a totalement disparu et des travaux d’enrochement ont été réalisés pour protéger les constructions de front de mer (photo 1). A 100 m au Sud de l’hôtel Mamounia, des ruines antiques (thermes, murs, etc.) qui se trouvaient à 30 m du rivage en 2014 sont désormais atteintes et démantelées par les vagues, même par mer peu agitée.
Figure 9 - Evolution de la ligne de rivage entre le port de Kelibia et l’hôtel Mamounia (1962-2022)
Photo 1 - Les travaux en enrochement réalisés dans le secteur de Mamounia au Sud de la Marsa
31La tendance générale au recul de la ligne de rivage se traduit par des pertes surfaciques évaluées à 21 972 m² (2,2 ha) pour la période 1962-1996, touchant en particulier la zone de Mamounia. Entre 1996 et 2010, la perte est plus importante : elle a été estimée à 25045 m². En plus, la perte surfacique majeure a touché le segment de la Marsa au Sud du port (Bada, 2017a). Dans la zone de Mamounia, la perte en sédiments s’est fortement réduite en raison des travaux de protection par enrochement. Au total, entre 1962 et 2010, le bilan surfacique perdu a été évalué à 47017 m² ou 4,7 ha. Une telle évolution a donné, de ce fait, un bilan sédimentaire volumique négatif égal à 102 927 m3 dont 96 157 m3 pour la seule zone de Mamounia (figure 10).
Figure 10 - Evolution de la côte de Kelibia entre 1962 et 2022 : espaces bâtis et bilan sédimentaire volumique
32En réalité, l’érosion côtière au Sud du port de Kelibia se poursuit encore plus loin vers le Sud et elle est de plus en plus récente. C’est le cas notamment au niveau du cordon littoral qui sépare Sebkhet Tagdiman de la mer. Celui-ci s’étire sur plus d’un kilomètre de long : l’érosion marine s’y produit, depuis 2010, à un rythme accéléré atteignant par endroit 1 m/an. Outre le rôle négatif du port de pêche de Kelibia, la propagation et la densification très rapide des habitats sur la dune bordière peu développée a contribué amplement à l’accélération de l’érosion. Oueslati a noté en 2004 que des résidences isolées ont commencé à naître ici et là sur la crête dunaire. En 2014, on estimait à 37 % le taux de recouvrement de la dune par le bâti. En 2022, on est passé à 96 % (figure 11).
Figure 11 - Evolution récente de l’occupation du cordon littoral par le bâti en face de Sebkhet Tagdiman entre 2010 et 2022
33Cette côte a connu une forte anthropisation due à l’extension des villes et surtout à la forte concentration des aménagements touristiques. Le problème de l’érosion a commencé à se manifester depuis les années 1980 et 1990 (Oueslati, 1993, 2004 ; Ben Ali, 2001 ; Sahtout, 2001 ; Bada, 2017a). En fait, elle correspond à la plus grande zone touristique de tout le littoral tunisien où les aménagements de différents types s’étendent sans interruption sur environ 30 km. La transformation de la quasi-totalité de ce littoral en une énorme dalle de béton et la multiplication des aménagements, souvent non respectueux du fonctionnement naturel de la plage, ont rendu le phénomène d’érosion inévitable et à tendance accélérée.
34Bien que cette côte soit traversée par de nombreux oueds, son budget sédimentaire a été aujourd’hui appauvri à cause de la rétention des sédiments dans les retenues de nombreux barrages et lacs collinaires aménagés à l’intérieur. Les cas les plus manifestes de l’érosion se situent dans la zone comprise entre la station de l’ONAS (Office National de l’Assainissement) et l’hôtel Nabeul Beach et à l’Ouest de Kasbet El Hammamet.
35La côte nord de la ville de Nabeul compte, depuis le début des années soixante du siècle dernier, parmi les plages les plus érodées avec des rythmes qui se font au pas annuel de quelques mètres, surtout sur le littoral situé entre l’Oued El Kbir et l’hôtel Nabeul Beach. Ce phénomène a pris une tendance catastrophique à la hausse, surtout après l’installation des établissements touristiques collés au rivage, la construction du port de pêche de Beni Khiar en 1984 et l’installation du grand barrage sur l’Oued El Kbir en 1992. La plage située entre la station de l’ONAS et l’hôtel Nabeul Beach est devenue parmi les plus touchées de tout le linéaire côtier Nabeul-Hammamet. L’érosion y est très spectaculaire, accélérée et continue (figure 12). Les valeurs de recul mesurées sur les photographies aériennes jusqu’à 1996 ont varié entre 55 et 240 m, soit à des rythmes annuels de 0,9 à 4,0 m. Les vitesses du recul les plus élevées ont été observées devant l’hôtel Vime Lido. Sur le plan surfacique, ce linéaire côtier a perdu de ce fait au moins 25 ha. Une telle perte correspond à un bilan sédimentaire volumique, calculé par la formule de CERC (Coastal Engineering Research Center), de presque 620 000 m3. Le volume sédimentaire le plus catastrophique de -66 182 m3 est arraché seulement à l’extrémité nord-est de l’hôtel Vime Lido sur une distance de quelques centaines de mètres (Bada, 2017a).
Figure 12 - Evolution de la position de la ligne de rivage devant l’hôtel Vime Lido entre 1962 et 2022
36Cette plage correspond à un petit segment à tracé en forme de croissant. Elle est à la fois un abri de pêche pour les petites barques et aussi un lieu très attractif pour les estivants et les vacanciers. Ce segment de plage qui s’étend sur une distance d’environ 500 m entre Kasbet El Hammamet et l’embouchure de l’Oued Belgaied, se caractérise par un profil topographique rectiligne à dominance de sables fins. La comparaison des photographies aériennes de 1962 et 1996 et aussi les images satellitaires de 2010 et 2022, montrent que cette plage a connu deux grandes phases d’évolution très distinctes :
-
Une première phase d’engraissement à rythme moyen d’environ 1m/an notamment au voisinage immédiat d’El Kasba. Cette tendance positive se traduisait par un bilan sédimentaire positif estimé par la formule de CERC à 31 590 m3, soit un apport moyen annuel de 658 m3. Au mois de juillet 2013, nous avons réeffectué les mesures dans cette partie du littoral par l’outil DGPS. Les largeurs de segments ont fluctué généralement entre 60 et 105 m (Bada, 2017a).
-
Une deuxième phase de recul, surtout depuis 2015 (figure 13). Cette phase est dramatique et n’a pas de semblable auparavant même en période de forte tempête. Sur l’image satellitaire de 2022 (MAXAR (GEO1), il ne reste, en effet, de ce littoral qu'un bout de plage rongé par une érosion spectaculaire et continue au pas de 8,2 m/an. Les mesures faites in situ aussi par DGPS, pour la même année, ont varié seulement entre 27 m et quelques mètres de large.
Figure 13 - Evolution récente très accélérée de la ligne de rivage à l’Ouest d’El Kasba entre 2006 et 2022
37Le résultat d’une telle évolution récente est un bilan surfacique aussi exceptionnellement négatif. Ainsi, entre 2010 et 2019, la perte a été de 2,2 ha, soit un taux de perte de 53,9 %. Entre 2019 et 2022, la perte a été encore plus catastrophique. Ainsi, au bout de trois ans, cette plage a perdu plus de 1,1 ha et elle est passée, de ce fait, à moins de la moitié de sa superficie calculée en 2019 (tableau 5).
Tableau 5 - Evolution de la superficie de la plage entre El Kasba et la rive gauche de l’Oued Belgaied à Hammamet entre 2006 et 2022.
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Année
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2006
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2010
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2019
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2022
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Superficie de la plage (m²)
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42 523
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41 189
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18 977
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8 165
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Taux d’accroissement (%)
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-
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-3,1
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-53,9
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-57,0
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-80,8
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38Cette plage a attiré l’attention de plusieurs chercheurs en raison de la précocité et de la gravité de l’érosion et en raison de l’enjeu touristique (Paskoff, 1985a ; Oueslati, 1999 et 2004 ; Belhaj, 2004 ; Fathalla, 1999 ; Mejri et al., 1999 ; Bourgou, 1999, 2000 ; Brahim, 2017 ; Bada, 2017a et b). En fait, l’érosion a commencé à se manifester après l’aménagement de la station touristique intégrée d’El Kantaoui, dans les années 1970, pour affecter le secteur situé au Sud du port de plaisance. Ce port a été creusé dans la terre ferme, mais il a une emprise importante sur l’avant-plage par ses jetées qui s’avancent de 200 m dans la mer. Ces dernières ont entravé le transit sédimentaire dû à la dérive littorale qui porte du Nord vers le Sud en créant un engraissement au Nord du port et une érosion au Sud. Entre 1962 et 1988, le recul du trait de côte a été de 20 m devant l’hôtel Hannibal et de 34 m devant l’hôtel Hasdrubal. Après la mise en place, en 1990, des ouvrages de défense de type épis au droit de ces deux hôtels, l’érosion a continué vers le Sud et le recul de la ligne de rivage a varié, selon les endroits, entre 8 et 30 m entre 1988 et 2006 (Brahim, 2017). La plage qui existait devant l’hôtel El Hana a totalement disparu et les vagues sont venues battre la clôture du jardin de cet hôtel. Les clôtures de plusieurs résidences de front de mer se sont trouvées à la portée des vagues à chaque situation de mer forte. Le recul a continué entre 2006 et 2020 pour atteindre localement 16 m. Au total, et entre 1962 et 2020, le recul de la ligne de rivage a été de 43 m, au Sud du café la Sirène, et de 25 m, au Sud de l’hôtel El Hana Palace (figure 14).
Figure 14 - Aménagement et dynamique de la ligne de rivage à El Kantaoui entre 1962 et 2020
39L’érosion a commencé à se manifester depuis l’aménagement du port de commerce de Sousse. Les photographies aériennes de 1952 et de 1962 montrent, au Sud du port, sur environ un demi-kilomètre de linéaire côtier et jusqu’à l’embouchure de l’Oued El Hallouf, un liséré insignifiant de plage coincé entre la mer et la route côtière. L’état maigre de cette plage est dû certainement à l’impact du port qui fait obstacle à la dérive littorale et a bloqué une partie des sédiments au Nord ; ici le bon état de la plage de la corniche de Boujaafar en est la preuve. Au cours de la deuxième moitié du XXe siècle et au début de ce siècle, l’érosion s’est propagée et s’est accélérée au Sud de l’embouchure de l’Oued El Hallouf pour dépasser localement les 60 m entre 1962 et 2022 (figure 15). La bétonisation du bassin-versant et du lit de cet oued, en raison de l’extension de l’espace urbain de la ville de Sousse, a paralysé tout apport solide à la mer qui pourrait neutraliser ou au moins réduire l’érosion de la plage.
Figure 15 - L’érosion de la plage au Sud du port de Sousse entre 1962 et 2022
40L’érosion de cette plage n’a cessé d’attirer l’attention du fait qu’elle intéresse une côte touristique (Oueslati, 1993 et 2004 ; Ben Fraj, 2000 ; Bada, 2017a et b ; Brahim, 2017). En fait, malgré sa situation dans une baie et au voisinage de l’embouchure d’un cours d’eau, cette plage a été affectée par une érosion très grave et rapide. Les problèmes ont commencé suite à l’aménagement, au début des années 1980, d’une centrale thermique qui comprend entre autres un bassin de tranquillisation des eaux marines utilisées pour le refroidissement du circuit de production de l’électricité. Par le blocage contre sa jetée nord des sédiments transportés par la dérive littorale, cet aménagement est considéré comme à l’origine du problème d’érosion marine que connait la plage du côté de la jetée sud où se trouve la zone touristique de Dkhila en partie développée avant même l’aménagement de la centrale thermique. Les quantités dérisoires des sédiments apportées par l’Oued Hamdoun n’arrivent pas à compenser l’érosion. Des travaux d’endiguement de l’embouchure du cours d’eau réalisés en 2017 ont accéléré l’érosion et ont aggravé la situation (Brahim, 2020). Le maximum de recul de la ligne de rivage a atteint 72 m devant l’hôtel Miramar et 70 m devant l’hôtel Palm Inn entre 1962 et 2023 avec une moyenne annuelle de 1,2 m/an (figure 16).
Figure 16 - L’érosion de la plage à l’Ouest de la zone touristique de la baie de Dkhila
41Les exemples présentés montrent l’importance de l’érosion qu’ont connue les plages de la côte orientale de la Tunisie au cours des dernières décennies. Le recul de la ligne de rivage a été de 50 m au Sud de Kelibia, 240 m à Nabeul, 56 m à la Kasba de Hammamet, 43 m au Sud du port d’El Kantaoui, 117 m dans la zone touristique de Sousse, 74 m au Sud du port de commerce de Sousse, 72 m à l’Ouest de la zone touristique de la baie de Dkhila et 70 m au Sud de Mahdia. Certes notre étude a été menée sur des cas locaux mais elle ne nous empêche pas de dégager les traits généraux relatifs à cette érosion. Son aspect accéléré dans les secteurs aménagés met en évidence le rôle des facteurs anthropiques dans la sensibilité des plages à l’érosion. L’agressivité des conditions météo-marines sur les plages est facilitée davantage par la fragilisation du milieu littoral par l’Homme, ce qui affaiblit la résistance et la résilience des plages lors des tempêtes.
42Une part du problème de l’érosion des plages de la côte orientale de la Tunisie trouve son origine dans la pression exercée sur la dune bordière et le haut de plage par les aménagements résidentiels et touristiques réalisés entre les années 1960 et 1990, avant que la législation soit venue protéger le Domaine Public Maritime (DPM) et les plages, notamment la dune bordière. Cette pression a perturbé le fonctionnement de la relation plage-dune et a affaibli le budget sédimentaire de plusieurs plages qui ont vu leurs dunes grignotées par les constructions, aplanies et confondues avec la plage ou disparaître à la faveur des aménagements.
43Les ports ont eu des impacts plus graves sur les plages (Paskoff, 1985a ; Oueslati, 1993, 2004). En fait, par leur emprise sur l’avant-côte et par leur position d’obstacle au transit sédimentaire longitudinal, les ports sont les aménagements les plus influents sur la dynamique érosive des plages (Paskoff, 1985b). De part et d’autre de l’aménagement portuaire, les secteurs qui ont été les plus affectés par l’érosion sont les secteurs situés du côté aval de la dérive littorale. Il s’agit surtout de la plage au Sud du port de Kelibia, au Cap Bon, et les plages au Sud du port de Sousse et au Sud du bassin de refroidissement de la centrale thermique de la STEG, dans la région du Sahel. Les secteurs érodés dans ces sites sont relativement longs : 2 km à Kelibia, 2,5 km à Sousse et 3 km à l’Ouest de la baie de Dkhila. L’extension d’un aménagement portuaire dans l’avant-côte et son ancienneté pourraient être des éléments d’explication de la longueur du secteur érodé (Alleman et al., 2017). Mais ce ne sont pas apparemment les seuls. Au Sud du port d’El Kantaoui, le secteur érodé est aussi important et intéresse près de 1,7 km de linéaire côtier bien que son extension dans l’avant-plage ne dépasse pas 200 m. En général l’effet des ports ne commence à s’estomper puis à disparaître qu’après une distance relativement lointaine de l’aménagement portuaire.
44Pour résoudre le problème de l’érosion dans les secteurs fortement affectés, des ouvrages de protection ont été réalisés. Certains ouvrages ont eu un effet imprévu en raison des insuffisances dans les études techniques. Les cas dans les exemples présentés ci-après sont évocateurs.
45Sur la côte touristique de Nabeul et face à la situation critique qu’a connue la plage devant l’hôtel Vime Lido, il a fallu recourir depuis 2008 à des travaux de défense de type brise-lames. Cependant, des signes d'érosion graves ont commencé à apparaître notamment au Sud de l’hôtel. Les tombolos qui ont joué le rôle d’épis ont bloqué le transit littoral de sable vers le Sud. Devant une telle situation, le Ministère de l’Equipement et de l’Environnement a mis en place un talus en enrochement de 150 m de long afin de protéger les équipements situés au coin sud de cet hôtel puis elle l’a prolongé en 2013, jusqu’à 320 m (photo 2). En fait, ce deuxième prolongement n’est pas le dernier. Un troisième a été réalisé, en 2014, sur une distance additionnelle de 90 m à la suite de la forte tempête qui a eu lieu le 6 décembre 2013 (Bada, 2017a).
Photo 2 - Talus en enrochement fait en 2013 au Sud de l’hôtel Vime Lido ; en arrière-plan se voient, sur l’avant-côte, les brise-lames qui ont été à l’origine de la propagation de l’érosion avant l’intervention par l’ouvrage en enrochement
46A Sousse, à El Kantaoui, lorsque l’érosion a commencé à menacer l’infrastructure touristique au Sud du port de plaisance, les hôteliers sont intervenus en 1990 par la mise en place de deux épis à la hauteur de l'hôtel Hannibal. Ces ouvrages ont stabilisé la situation et ont aidé à la reconstitution locale de la plage par la rétention des sables (Oueslati, 1993 ; Bourgou, 2000 ; Belhaj, 2004 ; Brahim, 2017 ; Bada, 2017a). Mais, ils ont accéléré l’érosion plus au Sud engendrant la disparition totale de la plage devant l’hôtel El Hana et de nombreuses résidences de front de mer. Un projet est actuellement mis en œuvre pour protéger le littoral de Sousse à travers l’Agence de Protection et d’Aménagement du Littoral, qui considère que cette partie du littoral nécessite une intervention urgente (APAL, 2019).
47Au Sud du port de commerce de Sousse et face à l’érosion marine qui menaçait la route côtière, la Direction de l’Equipement est intervenue dans les années 1980 par la mise en place sur l’avant-plage, à 50 m du rivage, de deux brise-lames pour amortir l’énergie des vagues et éliminer leurs effets destructeurs sur la route. Leurs impacts n’ont pas tardé à apparaître. Deux tombolos se sont formés par accumulation de sable derrière les brise-lames. Mais, en contrepartie, l’érosion s’est accélérée plus au Sud pour venir menacer les résidences de front de mer du quartier Gaied Souassi (Souayed et al., 2011). Une plainte adressée par les habitants de ce quartier à la municipalité de Sousse au début des années 1990 attirait l’attention des autorités municipales sur le rôle de ces brise-lames dans la disparition totale de la plage et le risque de l’érosion marine. En fait, les brise-lames sont devenus depuis leur installation un piège pour une partie des sédiments qui devraient circuler le long du rivage. Cet impact des brise-lames ajouté à l’interception d’une autre partie des sédiments par la jetée nord du bassin de la centrale thermique et sa mise hors transit expliquent l’érosion sévère et rapide qu’a connue le segment côtier du quartier de Gaïed Souassi.
48Dans la zone touristique de Sousse, à la hauteur de Khezama, le comportement de la plage est caractérisé par l’instabilité du trait de côte. En plus de l’atteinte apportée à la plage par les aménagements touristiques, l’éperon dessiné par le trait de côte expose plus le secteur à l’action des agents hydrodynamiques. La comparaison de l’évolution de la position du trait de côte sur les photographies aériennes de 1952 et les images satellitales de 2023 montrent un retrait continu évalué à 117 m entre les deux dates et à 207 m entre 1892 et 2023 si on fait référence à la carte topographique de Sousse levée à l’époque coloniale, à la fin du dix-neuvième siècle. Le rythme s’est accéléré entre 2006 et 2023 et on a enregistré localement 65 m de recul. En fait, cette accélération parait être en rapport avec les ouvrages de défense réalisés dans ce secteur au cours des dernières années. Tout d’abord, en 2009, suite à une étude pour la protection de la plage en érosion de l’hôtel Royal Salem (figure 17) autorisée par l’Agence de Protection et d’Aménagement du Littoral, le propriétaire de l’hôtel est intervenu par la mise en place d’un épi et de deux brise-lames émergés. Ces ouvrages ont créé une stabilité et même un engraissement de la plage en face de cet hôtel, mais en interceptant une partie des sédiments qui doivent transiter vers le Sud, ils ont engendré une érosion de la plage en face des hôtels voisins. En 2020 et dans le cadre de l’exécution d’un projet de protection du littoral nord de Sousse contre l’érosion marine, l’Agence de Protection et d’Aménagement du Littoral a procédé à la reconfection des ouvrages de protection. En fait, une batterie de quatre brise-lames submergés a été mise en place le long de l’éminence de la côte sableuse pour remplacer l’épi et les brise-lames émergés de 2009.
Figure 17 - Dynamique de la ligne de rivage dans la zone touristique de Sousse
49Cette nouvelle intervention n’a pas apporté une solution au problème de l’érosion de la plage dans ce secteur. Celle-ci s’est accélérée localement en face de l’hôtel Alyssa situé au niveau de l’espace entre le deuxième et le troisième brise-lames submergés. Cette accélération semble être en relation avec la largeur exagérée séparant ces deux brise-lames, ce qui a exposé ce segment à l’agressivité de la houle surtout qu’il est aussi situé dans une position avancée en direction de la mer. Elle se manifeste par un recul rapide de la ligne de rivage dépassant une dizaine de mètres, une disparition totale de la plage et une destruction des annexes de l’hôtel bâties avec des matériaux légers sur le haut de plage (photo 3).
Photo 4 - Erosion de la plage au Sud de l’hôtel Vime Lido à la suite de la tempête des 5 et 6 décembre 2013
50Les tempêtes qui intéressent la façade orientale du littoral tunisien sont d’ampleur limitée. Mais lorsqu’elles frappent la côte, elles accélèrent l’érosion et engendrent des dommages parfois irréparables. Alors que les plages encore à l’état naturel montrent une certaine résilience et se rétablissent quelques jours ou mois après la tempête, celles aménagées subissent plus de coups de tempêtes et donc plus d’effets destructeurs (Brahim, 2007).
51Au Cap Bon, la tempête des 5 et 6 décembre 2013 reste mémorable. Elle a frappé de plein fouet la plage de Nabeul engendrant la destruction de nombreux aménagements de la corniche et de la zone touristique ainsi qu’une forte érosion de la plage (photo 4).
52Au Sahel, les tempêtes les plus marquées au début de ce siècle étaient celles des 12 et 13 décembre 2003 et des 10 et 11 mars 2012. Cette dernière a été lourde d’effets sur les plages de Sousse et de la baie de Dkhila (Brahim, 2014 ; Oueslati, 2016). A Sousse, de nombreuses constructions de front de mer à Chatt Meriem et au Sud de la station touristique intégrée d’El Kantaoui ont vu leurs clôtures endommagées. A l’Ouest de la zone touristique de Dkhila, les vagues ont renversé de nombreux pieds de palmiers occupant le haut de plage ou les clôtures des jardins et des annexes de certains hôtels (photo 5).
Photo 5 - Etat de la plage devant l’hôtel Caribbean World au lendemain de la tempête de 10-11 mars 2012 : jardin et constructions de l’hôtel endommagés
53Au cours des dernières années, la tempête qui a frappé la côte le 22 février 2019 a ébranlé les résidences de front de mer à Chatt Meriem et au Sud d’El Kantaoui (photos 6, 7 et 8). Les plages de certains hôtels ont été appauvries en sédiments et les clôtures de leurs jardins ont été endommagées.
Photos 6, 7 et 8 - La photo 7 montre des clôtures de résidences de front de mer, au Sud d’El Kantaoui, détruites à l’occasion d’une tempête qui a frappé la côte le 24 février 2019 ; la photo 6 prise en 2017 permet d’avoir une idée sur l’état avant la tempête. La photo 8 montre les travaux en cours de protection du même secteur avec des enrochements (premier plan de la photo) et un rechargement en sables jaunes (2ème plan de la photo).
54La plage sud de Mahdia, déjà vulnérable et exposée à une érosion qui a atteint localement 70 m entre 1948 et 2023, souffre beaucoup lors des tempêtes qui reproduisent le même scenario et impactent surtout les aménagements de front de mer. Elles ont, en 2012, en 2016, en 2019 et aux mois de février et de novembre 2022, engendré la destruction des murs de l’Institut de Pêche, des foyers universitaires et de séjour estival privés ainsi que la promenade de front de mer à Rjiche. Celle de 27 et 28 novembre 2022 a causé la destruction de la corniche de Rjiche et même celle de la plage nord de Mahdia ainsi que le mur d’un foyer à Rjiche (figure 18).
Figure 18 - Effets de la tempête de 27-28 novembre 2022 sur les aménagements de front de mer à Mahdia et Rjiche (1-corniche II de Mahdia. 2-clôture d’un foyer à Rjiche. 3- corniche de Rjiche (photos : F. Brahim 29-11-2022)
55Les plages du littoral oriental de la Tunisie, notamment au Sahel et au Cap Bon ont été exposées au cours des dernières décennies à une érosion très grave qui s’est faite avec une grande ampleur et parfois sur un rythme soutenu. Sur une période d’un peu plus d’un demi-siècle (entre 1952 et 2023), cette érosion a atteint, dans de nombreux segments, plusieurs dizaines de mètres. Sur les huit exemples traités, les valeurs maximales de recul de la ligne de rivage vont de 43 m au Sud du port d’El Kantaoui à 240 m dans la zone touristique de Nabeul.
56Les secteurs les plus touchés sont les secteurs les plus aménagés, à savoir Nabeul-Hammamet et Sousse-Dkhila, avec respectivement 30 et 33 km de littoral sableux aménagé. Ces secteurs ont accueilli des aménagements résidentiels, touristiques et portuaires réalisés le plus souvent sans prise en compte de la fragilité et de la spécificité du fonctionnement des littoraux sableux. Ces aménagements sont en partie responsables de la crise érosive que connaissent les plages et sont aussi responsables de l’affaiblissement de la résistance des plages et de leur résilience face aux conditions météo-marines exceptionnelles lors des tempêtes.
57Certains ouvrages de défense réalisés pour résoudre le problème d’érosion dans quelques sites ont engendré involontairement le déplacement du problème vers des sites voisins ce qui impose, en matière de génie-côtier, une réflexion sur les moyens et la façon d’intervenir pour éviter de tels problèmes si jamais on avait recours à ce type d’intervention dans d’autres sites.