« Enemigas yervas » : imaginaire et compréhension des poisons dans l’Espagne des XIVe et XVe siècles
Résumés
Dans l’Espagne des XIVᵉ et XVᵉ siècles, le poison apparaît comme une menace à la fois réelle et imaginaire, liée aux peurs collectives, aux rumeurs et aux luttes politiques. L’accusation d’empoisonnement sert souvent à discréditer un adversaire, car ce crime est perçu comme perfide, lâche et déshonorant. La peur du poison stimule en outre la production de savoirs médicaux. Les antidotaires médiévaux cherchent à identifier les substances toxiques, leurs symptômes et à proposer des remèdes. Malgré la présence de croyances religieuses ou superstitieuses, ces textes témoignent d’une démarche pragmatique fondée sur l’observation, l’expérience et la recherche d’efficacité. Ainsi, le poison est-il analysé ici comme un objet de peur, un instrument politique et un moteur de connaissance médicale à la fin du Moyen Âge.
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Cette publication s’inscrit dans le cadre de ma délégation à l’Institut Universitaire de France et en lien avec mon activité au sein du projet PERMASEPI : PID2024-155668NA-I00.
Texte intégral
- 1 Juan RODRÍGUEZ DEL PADRÓN, Bursario, Juan Pilar Saquero Suárez-Somonte; Tomás González Rolán (éd.), (...)
« […] ha hecho encantamentos con yervas, e cogidas con su cruel mano »1
Introduction
1Les poisons représentaient une menace commune à tous les groupes sociaux, mais seules les plus riches disposaient des fonds pour se munir d’objets détecteurs et d’antipoisons ; citons la corne de licorne, mais aussi les languiers et langues de serpents. De la même façon seule l’élite pouvait se prémunir ou soigner par la consultation des antidotaires. Leurs destinataires étaient des personnes susceptibles d’être empoisonnées en raison de leur influence à une époque où cette arme était appréciée pour sa discrétion. Dans le but de s’en prémunir ou de se soigner, naissent ainsi à la fin du Moyen âge ces traités détaillant poisons et remèdes.
- 2 Franck COLLARD, Les écrits sur les poisons, Turnhout : Brepols, 2016, p. 24.
- 3 Ibid., p. 39
- 4 Alba AGUILERA FELIPE, El Tractatus de venenis de Pietro d’Abano. Estudio preliminar, edición critic (...)
- 5 Ibid., p. LXXXII ; F. COLLARD, Les écrits sur les poisons, Turnhout : Brepols, 2016, p. 139.
- 6 L’édition de 1976 par Manuel de Castro présente de nombreuses lacunes et nous utiliserons la plus r (...)
2Le corpus des antidotaires médiévaux présente un réel intérêt historique. Franck Collard les regroupe en un genre littéraire, la vénénologie2. Ces textes permettent de nuancer le topos d’une époque peu encline au rationalisme. Loin de se cantonner à la dimension superstitieuse, on y trouve une volonté de prudence, une observation attentive du réel (établissement d’un diagnostic et d’hypothèses) et une recherche de solutions efficaces. Guillaume de Padoue écrit en 1362, son Sertum papale de venenis3. Le Tractatus de venenis de Pietro d’Abano (début du XIVe siècle) a connu la plus forte diffusion en Europe : Alba Aguilera Felipe en a localisé cinquante-six manuscrits4. On en compte dix-neuf éditions imprimées entre 1473 et la fin du XVIe siècle5. Ce Tractatus est l’œuvre qui a le plus marqué la littérature vénénologique dans le monde chrétien, au détriment de l’initiateur de ce genre en Occident : Juan Gil de Zamora. Son Liber contra venena et animalia venenosa nous est parvenu grâce à deux manuscrits (1404 Vrb. Lat. Bibliothèque Apostolique Vaticane, et MF 139 Bibliothèque de la Fondation Bartolomé March)6.
- 7 Peter LINEHAN, Historia e historiadores de la España medieval, Salamanque : Université de Salamanqu (...)
3Juan Gil de Zamora rédigea son Liber contra uenena et animalia uenenosa, entre 1289 et 1295, à une époque où le royaume de Castille est en proie à de forts conflits pour la succession. Précepteur du prince Sanche, il lui dédie son De preconiis Hispaniae7. Bien que le Liber contra uenena ne lui soit pas destiné, il est probable que le Franciscain ait pensé à Sanche IV, compte tenu de la situation dangereuse de cet héritier contesté par son propre père. Un autre personnage au fort poids politique en est le destinataire : Raymond de Geoffroi dont la mort est justement attribuée à l’empoisonnement :
4Pour comprendre la dédicace et la rédaction de cet ouvrage, il est nécessaire de replacer le tout dans son contexte. À la fin du XIIIe siècle, l’Europe est marquée par de vifs conflits politiques et religieux, ce qui favorise la multiplication des morts suspectes. En 1277, la condamnation des averroïstes est prononcée, suivie de celle de Bacon. Aux alentours de 1390, un courant plus rigoriste, celui des spiritualistes, émerge chez les franciscains, mouvement auquel Raymond de Geoffroy était particulièrement lié. Ce dernier décède dans des conditions mystérieuses en 1310, après avoir été convoqué par le pape Clément V. Ce contexte éclaire le prologue de Juan Gil, qui dénonce la corruption des puissants et explique avoir rédigé son ouvrage dans l’espoir de sauver la vie de Raymond – ne précaution qui, malheureusement, n’a pas porté ses fruits.
- 9 Gilles LECUPPRE, « Le scandale : de l’exemple pervers à l’outil politique », Cahiers de recherches (...)
5Les risques des maux causés par les poisons et la façon de s’en prémunir étaient donc une véritable obsession médiévale ; l’absence de diagnostic contribuait à la psychose, comme nous le montrerons dans une première partie. Il s’agira d’établir le contexte d’élaboration d’un savoir sur les poisons et la motivation puisée dans cette ère du soupçon, avec des témoignages de suspections d’empoisonnements. Nous verrons en particulier comment l’accusation infamante d’avoir usé du poison est un outil politique lié au pouvoir du scandale9. Mais cet impact des poisons réel ou fantasmé a comme corolaire une recherche de solution qui contribue à forger un regard pré-scientifique et l’art de la description, ce qui occupera le second temps de cet exposé. Nous examinerons les enjeux du savoir vénénologique, la mise au point de thérapies destinées à combattre les effets nocifs, ainsi que les procédés d’écriture permettant de décrire à la fois le poison, ses symptômes et son remède.
Imaginaires des poisons : l’arme perfide des faibles et des traitres
- 10 De nombreux cas mentionnés dans : Lope GARCÍA DE SALAZAR, Istoria de las bienandanzas e fortunas, A (...)
- 11 Ainsi les « saetas con yervas » : Hernando del PULGAR, Crónica de los Reyes Católicos, Juan de Mata (...)
- 12 Enrique DE VILLENA, Arte Cisoria o el arte de cortar con cuchillo, edición de Felipe-Benicio Navarr (...)
- 13 Corinne BOUJOT, « Pour une ethnologie des poisons », Ethnologie française, 34, 2004, p. 389.
6Les antidotaires répondent à une nécessité historique et intellectuelle forte qui transpire dans de multiples sources10. Les nécessités de la guerre impliquaient de s’y intéresser, comme l’indiquent par exemple les mentions de l’usage des flèches empoisonnées par les Maures de Grenade11. El Arte cisoria, traité didactique pour former un bon écuyer tranchant, indique comment se prémunir contre les empoisonneurs en allant bien plus loin que la cata du goûteur, puisqu’il faut aussi tester la serviette du roi, enfermer les couteaux dans une boite close par un système de nœuds que seul l’écuyer tranchant connait… Il incite en particulier à la suspicion envers les bagues qui peuvent contenir du poison et dont les pierres peuvent être nocives12. La culture des poisons est un imaginaire collectif profondément enraciné13 : nous allons ici dessiner les enjeux et la charge symbolique propres au crime de poison.
Une arme féminine
7La citation mise en exergue décrit l’usage du poison par Médée, l’archétype de la sorcière, puissante et menaçante. Comme souvent au XVe siècle, le poison est désigné par une métonymie, « yervas ». On trouve aussi dans ce texte « enemigas yervas ». Cela traduit la collusion entre le végétal et le danger, entre la connaissance de la nature et la maîtrise de ce pouvoir menaçant, mortifère. En outre cette citation, qui lie poison, sorcellerie et féminité dit beaucoup de l’imaginaire du poison sur le long terme, comme arme maudite et féminine, une force obscure agissant par traitrise. Ces mots signalent la conception du poison comme essentiellement mauvais, allant à l’encontre des lois de la nature ; son usage relève d’un art noir, de la sorcellerie car le poison bouleverse l’ordre naturel :
- 14 Juan RODRÍGUEZ DEL PADRÓN, Bursario, Juan Pilar Saquero Suárez-Somonte; Tomás GONZÁLEZ ROLAN (éd.), (...)
E no maravilles que asý sea como te digo; ca ella haze a la luna retroçeder a su curso, y se esfuerça de quitar las tiniebras de la noche con los cavallos del sol, e refrena las aguas en manera que no vayan a la mar y estén quedas. E ella mueve las grandes montañas de su logar, y trastorna las penas de su fundamento, * e anda por las huesas de los muertos14.
8La défiance surgit à la simple évocation du poison, lié à l’action maléfique féminine et le poison est conçu une arme vile et perfide, une arme de couard qui vient à bout même de l’ennemi le plus fort et courageux, mais déshonore celui qui l’utilise. L’accusation de poison devient donc un outil précieux pour noircir une réputation et les accusations d’empoisonnement fleurissent.
Une arme déshonorante
9Le cas de Charles de Viane (1421-1461) offre un exemple éloquent d’usage du poison au service d’une usurpation et des manigances d’une femme. En 1460, en effet, il est arrêté sur l’ordre de son père, convaincu que son fils complote contre lui grâce à deux lettres que lui a présentées sa seconde épouse, la reine Juana Enriquez. Celle-ci aurait œuvré pour permettre à son propre fils d’hériter la couronne. Cette mort mystérieuse prend place à la suite d’un emprisonnement laissant le prince dans un très mauvais état de santé et la nouvelle provoque une révolte contre la cruauté du père :
- 15 Diego ENRÍQUEZ DEL CASTILLO, Crónica de Enrique IV, c 1481 – 1502, Aureliano Sánchez Martín (éd.), (...)
Después que el rrey don Juan de Aragón soltó de la prisión al prínçipe don Carlos, su hijo, y lo llevaron los catalanes a Barçelona, nunca se syntió bueno, ni tovo disposiçión de salud en su persona, antes su enfermedad creçió tanto él, que syn rreçibir mejoría, falleçió. Por cuya muerte todo el prinçipadgo de Cataluña, aviendo grand sentimiento, se revelaron e pusieron en armas contra su rrey, disiendo que él avía seydo consentidor que matasen al prínçipe, su hijo, con yervas, teniéndole preso, en poder de los que avían más gana de matallo que dalle la vida ; por donde pareçía que más le avía seydo enemigo que padr y más disipado de su salud que ganoso de conservalla, vistas las grandes crueldades que contra él por su mandado, grado e consentimiento se avían cometido15.
- 16 Jaume VICENS VIVES [1953]. Paul Freedman y Josep Mª Muñoz i Lloret (éd.), Juan II de Aragón (1398-1 (...)
- 17 José María LACARRA, Historia política del Reino de Navarra. Desde sus orígenes hasta su incorporaci (...)
- 18 « Los documentos inmediatamente posteriores al óbito de don Carlos insinúan este mismo tema de mane (...)
10Sa belle-mère aurait-elle profité de l’emprisonnement pour empoisonner le prince16 ? Serait-ce plutôt une maladie comme la tuberculose17 ? C’est en tous cas la source de légendes sur la sainteté de Charles et ses apparitions fantomatiques réclamant vengeance18 . On retrouve la mention de cette accusation dans la chronique anonyme du règne du roi Henri IV de Castille (c. 1481–1482), avec un effort de la part de l’auteur pour rejeter la légende noire de l’empoisonnement colportée par les habitants de Barcelone. Il souligne en effet la longue maladie et la faiblesse dont souffrait le prince :
- 19 ANONYME, Crónica de Enrique IV de Castilla 1454-1474, María Pilar Sánchez Parra (éd.), Ediciones de (...)
En este año murio asy mesmo don Carlos, prinçipe de Navarra, çerca de la çibdad de Barçelona, donde entonçe los çibdadanos de aquella çibdad ovieron de declarar la maldat conçebida contra el rey de Aragon ; e luego començaron a dezir e afirmar el prinçipe don Carlos ser muerto con yervas, por su madrasta. La maliçia de los quales no les dexo acordarse quantos años avia quel prinçipe don Carlos padeçia la enfermedad de perlesia, de la qual muchas vezes avia llegado en punto de muerte19.
- 20 Franck COLLARD, « De l'émotion de la mort à l'émoi du meurtre. Quelques réflexions sur le sentiment (...)
11Cet exemple souligne la difficulté du diagnostic et la tendance à l’accusation d’empoisonnement afin de noircir un ennemi. Cette paranoïa de la mort suspecte20 s’explique ainsi par son utilité : l’accusation d’être un empoisonneur est elle-même un poison qui se diffuse dans le corps social et est impossible à contrer faute de preuves.
- 21 Lope GARCÍA DE SALAZAR, op. cit..
12L’usage du poison est donc une accusation infâmante et c’est aussi l’usage qui en est fait à l’encontre du roi Pierre le Cruel de Castille. Préférant sa maitresse Maria Padilla à sa légitime épouse Blanche de Bourbon (1339–1361), il aurait ordonné de la faire empoisonner en 1361 : « E fizo prender a la dicha Reina, su muger, e levar a Medina Sidonia, donde morió con yervas después e nunca la vio más el Rey »21. Cette légende noire connut une longue et prolifique postérité, en particulier romantique avec des tableaux et des compositions littéraires : comme l’Histoire de Don Pèdre Ier : roi de Castille de Prosper Mérimée (1848). Cet assassinat de Blanche de Bourbon vient s’ajouter à la liste des griefs imputés à ce roi afin de justifier le passage à une nouvelle dynastie :
- 22 Idem.
E por este fecho d’esta doña María de Padilla e de la presión e muerte de doña Leonor de Guzmán, mançeba que fue del rey don Alonso, e por los malos consejos que este don Juan Alonso dio al Rey en quanto fue en su poder, se recreçieron todos los males e daños que pasaron en el tienpo d’este Rey e de sus hermanos en Castilla (fol. 407r)22.
- 23 Juan Antonio GÓMEZ MARTÍNEZ, Doña Blanca de Borbón : la prisionera del castillo de Siguenza, su his (...)
13Le roi aurait fait appel à son médecin, ce qui souligne la proximité entre médicament et poison23. En outre, un empoisonneur récidive, surtout s’il n’est pas puni ; ainsi ne s’agit-il généralement pas d’un cas isolé. La légende noire de Pierre le Cruel lui attribue aussi d’autres meurtres de femmes par le poison, comme celui de Juana de Lara :
En el nobeno año del reinado d’este rey don Pero, que fue en el año del Señor de mil CCCLXIX años, fizo matar en Castroxeriz a la Reina de Aragón, que estava allí presa por despecho, qu’el Infante, su fijo, le fazía guerra, e fizo matar con yervas a doña Juana de Lara, muger del conde don Tello, Señora de Vizcaya, e a doña Isabel, su hermana, muger del infante don Juan, en el castillo de Almodóvar del Río, que estavan presas. E en éstas se feneçió la generaçión de los Señores de Vizcaya e de Lara (fol. 317r).
14La vilenie de l’empoisonnement est renforcée par la couardise de s’attaquer à des femmes, des prisonnières. L’empoisonnement est en effet un crime facilité par sa discrétion et la difficulté à prouver la culpabilité du commanditaire, ce qui permet sa duplication. Là encore, la culpabilité se dilue entre celui qui ordonne le meurtre et celui qui verse véritablement le poison.
Une reine vertueuse, une reine guérisseuse
15À cette légende noire du roi toxique s’oppose une figure antithétique avec une féminité guérisseuse. Isabelle de Castille combat l’ennemi musulman considéré comme un poison du territoire et cet ennemi est lié à l’usage du poison, arme orientale. Les flèches empoisonnées caractérisent l’ennemi :
- 24 Hernando del PULGAR, Crónica de los Reyes Católicos, Juan de Mata Carriazo (éd.), Madrid : Espasa-C (...)
entraron en la escaramuça, por retraer della a los cristianos; e la confusión e desorden de pelear fué allí tanto grande, que de los cristianos fueron algunos muertos, & muchos feridos, de los tiros de espingardas & saetas con yervas que tirauan los moros24.
16La reine tente d’en limiter les effets en faisant appeler des médecins pour les blessés et en finançant leur intervention ainsi que des tentes de campagne, ce que l’auteur désigne sous le nom d’Hôpital de la Reine :
- 25 Ibid., p. 121.
Los moros, asimismo, tirauan con espingardas, & con otros tiros de póluora, & saetas con yervas, & ferían algunos cristianos. E para curar los feridos & los dolientes, la Reyna enbiaua sienpre a los reales seys tiendas grandes, e las camas de ropa neçesarias para los feridos & enfermos ; y enbiaua çerujanos y físicos & medicinas, & onbres que los siruiesen ; & mandaua que no lleuasen preçio alguno, porque ella lo mandaua pagar. E estas tiendas, con todo este aparejo, se llamaua en los reales el Hospital de la Reyna 25.
17Le bon gouvernant s’oppose au poison quand le mauvais en use et abuse. Ces quelques cas révèlent l’infamie de ce crime et l’omniprésence de la pensée du poison si difficile à prouver. La peur est justifiée quand le poison peut être administré sous une grande diversité de formes.
Diverses des modalités de l’empoisonnement
L’ingestion criminelle : l’inventivité des supports
- 26 Lydie BODIOU, Frédéric CHAUVAUD et Myriam SORIA, « Les objets du poison de l’Antiquité à nos jours (...)
18Certains ont pu écrire qu’on ne connait que peu les supports des poisons et ainsi affirmer que « ses usages sont immatériels »26. Pourtant les textes témoignent de l’ingéniosité des empoisonneurs et de la diversité des objets poussant la victime à absorber le poison.
- 27 Gonzalo MARTÍNEZ DÍEZ, El Condado de Castilla (711-1038) : la historia frente a la leyenda, 2 tomos (...)
- 28 Joaquín VALVERDE SEPÚLVEDA, Sancho el gordo : una cura de adelgazamiento en tiempo de Abderramán II (...)
19La chronique de Sampiro rapporte qu’en 966, le roi Sanche I de Léon aurait été empoisonné à l’aide d’une pomme27 : « Gundisaluus, qui dux erat (...) veneni pocula illi in pomo duxit ». On identifie ici la charge symbolique et religieuse du fruit. L’histoire est d’autant plus savoureuse que ce roi, surnommé le Gros, fut déposé en 956 en raison de son obésité, qui l’empêchait de remplir ses fonctions royales et en particulier, de monter à cheval. Il se réfugie alors à Pampelune, à la cour de sa grand-mère maternelle, Toda Aznárez, qui lui aurait conseillé, pour perdre cet excès de poids, de suivre les recommandations du calife omeyade Abderramán III. Celui-ci envoie depuis Cordoue son médecin personnel Hasday ibn Shaprut qui mit le roi au régime et le soumit à de l’exercice28. Faudrait-il donc voir dans cette pomme une allusion à la diète qu’y suivit le roi ? ou encore une référence à son apprentissage de la diététique ?
20Pedro de Escavias rapporte l’anecdote en soulignant la traitrise de l’empoisonneur qui envoie demander le pardon du roi ; ce dernier le lui accorde et une entrevue est organisée :
- 29 Pedro de ESCAVIAS, Repertorio de príncipes de España, Michel García (éd.), Madrid : Instituto de Es (...)
E don Gonçalo, porque vido que no se podía defender, embió a pedir por merçed al rrey que le perdonase e el rrey perdonóle, con juramento que le fizo de le acudir con los pechos e de le rreconoçer señorío. E asegurándose en esto, este don Gonçalo dio yervas en una mançana al rrey e luego que la comió, se sintió tan mal que luego murió29.
- 30 ENRÍQUEZ DEL CASTILLO, op. cit., chapitre 148, p. 362. Cf. Le mémoire dirigé par Gilles Lecupre : h (...)
21Si la pomme, fruit du péché, peut paraître un support logique au poison, les chroniqueurs espagnols se délectent de voir profanés des objets bien plus sacrés, le plus saint de tous étant l’hostie. Une telle anecdote traverse facilement les frontières comme on le voit avec l’empoisonnement du fils de Charles VI, Louis de France, duc de Guyenne, en 1415. Cette mort prend place dans un contexte de guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons pour lesquels le duc prend successivement parti. Certains s’accordent pour attribuer la cause de son décès à une dysenterie. Encore une fois l’empoisonnement ne peut être démontré avec certitude, il reste toutefois la mention du support de l’empoisonnement : « señaladamente que se afirmó el duque de Guyana ser muerto con yervas que le dieron, rreçibiendo el Corpus Christi »30.
22Cette contamination sacrilège du plus saint des aliments ne fait que renforcer l’infamie du crime commis. Mais à ces récits d’empoisonnement criminel, il faut ajouter l’empoisonnement accidentel.
L’empoisonnement accidentel
- 31 « Dosa sola fecit venenum ». François CHAST, « Les substances vénéneuses en France, 1518-2018 », Re (...)
- 32 MARTÍN PÉREZ, Libro de las confesiones. Una radiografía de la sociedad medieval española, ed. de GA (...)
23Les substances toxiques sont omniprésentes. En effet, selon le dosage adopté, la substance passe de dangereuse à utile, que ce soit dans les domaines de la médecine comme de la cosmétique, la chimie, les teintures, l’orpaillage, la métallurgie. Selon le principe qui assimile médicament et poison, « Pharmaka sive venena », l’empoisonnement peut facilement survenir lors de l’ingestion d’un remède. Selon Paracelse : « Tout est poison, rien n’est poison, c’est la dose qui fait le poison »31. On comprend l’importance de la précision des indications dans l’élaboration de remèdes. Les poisons, même potentiellement mortels, entrent en effet dans la composition des thérapeutiques; comme l’écrit Martín Pérez en 1316 : « algunas yervas apoçonadas, que, maguer sean mortales, metanlas los fisicos en sus melezinas para salud »32.
- 33 Christelle FRANCIA, Françoise FONS, Patrick POUCHERET et Sylvie RAPIOR, « Activités biologiques des (...)
- 34 ANONYME, Traducción del Tratado de cirugía de Guido de Cauliaco. Madrid, BN I196, María Teresa Herr (...)
24Juan Gil de Zamora donne des remèdes pour de nombreuses substances qui étaient utilisés comme remèdes : on voit l’extension du texte accordé au cas de l’agaric (« anacardo ») connu sous le nom de polypore officinal ou agaric des médecins, en raison de son utilisation dans la médecine traditionnelle (contre la sudation nocturne dans le cadre du traitement contre la tuberculose et comme purgatif33). On le retrouve comme remède dans la traduction castillane du traité de chirurgie de Guido de Cauliaco en 149334.
25Juan Gil se montre conscient du danger et du fait que le même remède pourra être toxique sur un patient différent. Il souligne l’importance de la capacité à adapter le dosage et à surveiller l’évolution de la maladie pour compléter la cure afin de pallier les défauts du remède principal :
- 35 C. FERRERO HERNÁNDEZ, op. cit. : « Agarici negri nocumentum curatur ut nocumentum accidens ex elleb (...)
La malice de l’agaric noir se soigne comme celle causée par l’ellébore et l’anacardier, comme indiqué plus loin. Mais il faut souligner que, compte tenu de la diversité des affections, il est conseillé de diversifier les médicaments, selon tous les auteurs. En cas de piqûres et de brûlures, le traitement sera composé de remèdes onctueux tels que l’huile d’amande et de sésame, le beurre, le lait sucré, les jus, ainsi que les bouillons très gras et le lait frais, remèdes courants et pratiques35.
26Juan Gil préconise donc un remède au cas par cas selon les symptômes exprimés par le sujet. En cas de délire provoqué par le soin, Juan Gil conseille des remèdes pour faire dormir le malade grâce au pavot et au lait maternel. Il préconise également le bain comme soin de bien-être apaisant. Soulignons sa volonté de s’adapter au patient et de prendre en compte son confort, de compléter le soin en fonction de l’évolution des symptômes.
- 36 Historia de los godos, suevos y vándalos, cf. José CARLOS MARTÍN, « La Crónica Universal de Isidor (...)
27Un autre empoisonnement accidentel concerne Sisebut, roi wisigoth d’Hispanie et de Septimanie (612-621) cité en premier lieu dans Histoire des Goths d’Isidore de Séville36. La légende, reprise sans variante, rapporte la dose excessive d’un médicament :
- 37 Pedro de ESCAVIAS, Repertorio de príncipes de España, Michel García (éd.), Madrid : Instituto de Es (...)
E estando muy honrrado e vitorioso de muchas batallas que avía vençido, adolesçió e murió, vnos diçen que por meleçinas que le dieran, que no gelas sopieron dar como devían, otros que con yervas lo mataron. Pero como quier que fuese la su muerte, fue muy plañida e llorada porque fizo gran mengua a las gentes37.
28De façon proche, la Crónica de los Reyes Católicos (1491-1516) narre comment Ferdinand d’Aragon est victime d’un empoisonnement accidentel, là encore lié à une figure féminine, sa jeune seconde épouse. En effet, la rumeur rapporte le désir de Ferdinand d’un héritier pour l’Aragon, et dans ce but, son recours à un breuvage facilitant la conception. Au début de l’année 1513, le monarque aurait ingéré un mélange aphrodisiaque fourni par Germaine de Foix :
- 38 Alonso de SANTA CRUZ, Crónica de los Reyes Católicos, Juan de Mata Carriazo (éd.), Sevilla : Escuel (...)
Y estando la corte en esta villa, por el mes de março, y el rey don Fernando en Carrioncillo, lugar apartado de Medina por una legua, deleitoso y de mucha caça, holgándose con la reina Germana su muger; donde como Su Alteza tuviese tanto deseo de tener (fol. 362v) generación, principalmente un hijo que heredase los reinos de Aragón, le hiço dar la Reina algunos potajes hechos de turmas de toro y cosas de mediçina que ayudavan a hacer generación, porque le hicieron entender que se empreñaría luego. Aunque otros pensaron que le avían dado veneno, o tósigo. E como de allí viniese a Medina del Campo, adoleció luego en tal manera que estuvo desauçiado de los médicos, y al parecer de todos era escusado poder escapar. Pero al cabo quiso Nuestro Señor guarecelle de aquella enfermedad; aunque no del todo, porque nunca tornó a su primer ser y fuerça, y su gusto que solía tener, aborreciendo las ciudades y lugares, haciéndose amigo de andar solitario por los campos, en caças, y muy enemigo de negocios, a que primero era muy dado38.
- 39 Documentos inéditos para la Historia de España, publicados por los señores Duque de Alba, [et. al.] (...)
- 40 D.W. LEDERMANN, « Simón Bolivar y las cantáridas ». Rev Chilena Infectol., 24(5) 2007, p. 409-412. (...)
- 41 Jaime ELIPE, Beatriz VILLAGRASA BLASCO, « El fin de un mito: causas clínicas de la muerte de Fernan (...)
29Il s’agit selon cette source d’un potage à base de testicules de taureau, ce qu’on retrouve chez Pedro Mártir de Anglería39. Il semble toutefois qu’il s’agisse de cantharide ou mouche hispanique, ce que Galíndez de Carvajal a été le premier à affirmer. Les autres historiens l’ont suivi ensuite. Ce puissant vasodilatateur cause en effet des problèmes de circulation sanguine40. Si le roi n’en meurt pas, il en garde de profondes séquelles. Très affaibli, il circule avec difficultés et en fauteuil, durant les deux années jusqu’à son décès le 23 janvier 1516. Il meurt d’une hémorragie cérébrale qui pourrait avoir été liée à l’usage des vasodilatateurs41. Encore une fois le poison fascine et se prête aux accusations invérifiables, en particulier concernant des femmes et plus encore au sein de la famille royale.
L’empoisonnement royal ou princier
30Les nombreuses citations de cette légende en témoignent : les soupçons d’empoisonnement de souverains captivent et ce, à l’échelle internationale. La chronique des rois Catholiques (chapitre LXX) s’étend avec délectation sur les troubles de la succession du roi Édouard IV, mort le 9 avril 1483. La cause de son décès n’est pas connue, le doute subsistant : la pneumonie, la typhoïde ou un empoisonnement. Son court règne est dominé par l’influence de son oncle Richard, duc de Gloucester, qui lui succède comme Richard III, personnage vilipendé en raison d’une réputation d’empoisonneur ! Les fils d’Édouard disparaissent brutalement (Edouard et Richard de Shrewsbury), après avoir été enfermés à la Tour de Londres. Hernando del Pulgar retranscrit les détails de l’affaire insistant sur la « malice » du roi Richard, usurpateur d’une « couronne qui ne lui appartenait pas » :
- 42 Hernando del PULGAR, op. cit., p. 212.
De las cosas acaesçidas en Inglaterra en el mes de mayo del año de Nuestro Redemptor de mil e quatrocientos e ochenta e seis años. Tanta fué la maliçia del rey Ricardo de Inglaterra, que no solamente se afirma aver mandado matar con yervas a su hermano el rey Eduardo, que estava haziendo guerra en Escocia, mas a dos sobrinos suyos a quien el reyno pertenescía; los quales muertos se llamó rey, e tomó la corona que le no pertenesçía. E como quiera que paresciese poseer aquel reyno sin contradiçión alguna, no consintió Nuestro Señor sus maldades ynpunidas quedasen, que puso nuevo corazón en el conde Enrique de Rixamonte, que en Bretaña estava desterrado, en asaz pobre estado, a quien el reyno de Inglaterra de derecho pertenesçía, que se fuese al rey de Francia; al qual demandó consejo, favor e ayuda para yr a cobrar aquel reyno que le pertenesçía42.
- 43 Aude MAIREY, Richard III, Paris : Ellipses, 2011, p. 153
31L’empoisonnement est ici encore la justification du changement de dynastie. Henri Tudor, dernier représentant de la lignée de Lancastre, réfugié à la cour de François II de Bretagne, le futur roi Henri VII de France, apparait comme la souverain fruit de la justice divine intervenue pour punir le roi criminel. L’empoisonnement est en outre pensé comme un crime sériel : par suite de la mort de son héritier le Prince de Galles, Edouard de Middleham, la succession de Richard III est gravement compromise, d’autant que la rumeur court qu’il aurait fait empoisonner sa femme afin d’épouser sa nièce Élisabeth, au point qu’il doit nier publiquement avoir eu cette intention43.
32Ces quelques exemples démontrent cette omniprésence des poisons et l’ère du soupçon qui en découle, ainsi que la nécessité de développer un savoir permettant à la fois d’identifier les effets du poison, mais aussi de pouvoir lutter efficacement contre le danger des poisons.
Se protéger et construire un savoir sur les poisons
Expérience et empirisme
- 44 Bérangère SOUSTRE DE CONDAT-RABOURDIN, « Feminea fraus », Cahiers de recherches médiévales,17, 2009 (...)
33On ne peut pas nier la dimension superstitieuse des remèdes proposés quand une grande partie du savoir médical est d’origine antique et livresque. Notre catégorie est toutefois anachronique car le poison est considéré dans un continuum entre le lieu pestilentiel, les animaux venimeux, les plantes vénéneuses, les maladies comme la peste et le poison ; on estime au moyen âge qu’ils sont créés conjointement sous l’influence des uns des autres44.
- 45 Paul Franklin BAUM, « Judas’s Red Hair », The Journal of English and Germanic Philology, 21 (3), Ju (...)
- 46 Enrique de VILLENA, Tratado de fascinación o de aojamiento, Pedro M. Cátedra (éd.), Madrid : Turner (...)
34Dans la menace des substances toxiques sont cités, sur le même plan que les poisons, les venins (du plus dangereux au plus anecdotique : serpent, scorpion, fourmis, poux, moustiques, mites) ; mais aussi les créatures mythiques (dragon, basilic, hydre). La morsure ou piqûre est pour l’époque médiévale similaire au poison ingéré : c’est l’intrusion d’un corps étranger qui vient bouleverser l’équilibre des humeurs. Les venena s’introduisent et se diffusent par les veines, même si on ne comprend pas tout à fait la circulation sanguine, on considère que cela apporte le poison jusqu’au cœur, centre vital. Figure donc également dans cette liste la morsure d’un animal enragé, d’un singe (voir Pietro d’Abano, chapitre 79), la morsure d’un homme roux en colère45 (chapitre 72), ainsi que des types d’empoisonnement, qu’on peut connecter davantage à la superstition. Je ferai référence ici par exemple au Tratado sobre el aojamiento y la fascinacion de Enrique de Villena (1422-1425), avec cette mention du sang menstruel ou encore du regard chargé de mauvaises intention46.
- 47 Félix FRÉDAULT, Histoire de la médecine : étude sur nos traditions, Paris : Baillière, 1870, p. 204
- 48 Chrystel LUPANT, « Éric Palazzo, L’invention chrétienne des cinq sens dans la liturgie et l’art au (...)
35Toutefois, en cette fin du Moyen âge, on ne se contente pas de pratiques superstitieuses, on cherche des solutions efficaces. L’expérience est progressivement mise en avant depuis le XIIIe siècle, notamment avec Roger Bacon (1214-1294), qui estime que l’observation et la méthode expérimentale doivent être davantage sollicitées que les sources faisant autorité47. La philosophie scolastique encourage l’empirisme48. Ses partisans estiment que le dogmatisme prône la passivité de l’intelligence humaine. Mais cette recherche de remède n’est possible que parce que ces remèdes font partie de la Création, au même titre que les poisons.
La place du poison dans la Création
- 49 Ibid., p. 380 ; en latin p. 197.
- 50 Ibid., p. 202 ; en latin se trouve en page 71, lignes 15-19.
36La possibilité de rechercher des anti-poisons s’appuie d’abord sur une logique d’équilibre. Du point de vue théologique, si Dieu a mis dans la nature des substances toxiques aussi communément répandues, il a aussi perfectionné sa création permettant aux hommes d’accéder à des remèdes. Il revient donc à l’homme de lire le réel pour y puiser les remèdes que Dieu a fournis. Juan Gil de Zamora montre cet équilibre dans son traité. Il associe l’empoisonnement, mais aussi toute autre maladie, au péché dont ils sont la punition : « Au sujet des remèdes aux maladies corporelles et autres maux qui affligent l’homme malheureux, à cause du péché »49. Ou encore : « Il a également inclus des remèdes contre les petits insectes nuisibles à notre santé, tels que les punaises, les lentes, les poux, les puces et autres du même genre, qui ont été créés comme épreuve et punition pour l’homme »50.
- 51 Ibid., p. 71-72, lignes 21-30. « Siquidem peccantibus rationalibus creatuns ut rationale largo modo (...)
- 52 Du latin ciniphes ou sciniphes (moustique) ; du grec kníps ou skníps, insecte qui pique ou mord. Ib (...)
37Juan Gil justifie l’existence des poisons par le péché originel : « Puisque les créatures rationnelles pèchent, même si elles sont généralement qualifiées de rationnelles pendant des milliers et des milliers d’années au ciel et sur la terre, ces créatures, angéliques ou humaines, semblent se diriger vers la perdition, ces créatures ruinées étant rejetées » 51. Il renvoie à la troisième plaie d’Égypte52 pour expliquer le venin que le Créateur a réparti dans la nature :
- 53 Ibid., p. 115. « Ciniffices sunt musce minutissime aculeis permoleste quibus tercia plaga superbus (...)
Les cinifes sont des mouches extrêmement petites dotées d’un dard très désagréable, grâce auxquelles, selon Isidore, le fier peuple égyptien fut exterminé lors du troisième fléau. […] Lorsqu’elles se posent sur un corps, elles le perforent avec leur dard, de sorte que, même si elles ne peuvent pas voler, elles provoquent néanmoins une sensation très intense53.
38Le Créateur a disséminé dans la nature les remèdes, aux côtés des bêtes nuisibles :
- 54 Ibid., p. 202. L’extrait en latin se trouve en page 71-72, lignes 29-33. « Altissimus uero ad eius (...)
La terre est maudite, les générations d’hommes sont condamnées et toute créature, selon les mots de l’Apôtre, se lamente et souffre des douleurs de son accouchement. Mais le Très-Haut, pour rendre ces misères et ces ruines plus supportables, a créé la médecine à partir de la terre même, et l’homme sage ne doit pas la détester54.
39On n’est pas surpris d’un tel discours de la part d’un franciscain et prédicateur. Il faut aussi noter la ressemblance avec le prologue d’Ibn Djuldjul, médecin cordouan du Xe siècle, en ce qui concerne l’aspect théologique du poison, au point qu’il est probable que Juan Gil ait pu le consulter :
- 55 Joëlle RICORDEL, « Ibn Djuldjul : “Propos sur la thériaque” », Revue d'histoire de la pharmacie, 88 (...)
J’étais pris par le désir de connaître et de rechercher assidûment la vraie nature de la médecine, qu’est la base des médicaments composés [...] Dieu a créé la guérison et il l’a répartie entre les plantes que la terre fait pousser, il la plaça chez les animaux qui marchent, nagent dans l’eau ou rampent et dans les animaux cachés dans les profondeurs de la terre55.
40Toujours en accord avec cette notion d’équilibre de la Création, Juan Gil souligne les deux faces propres à une même créature. Tout une sous-partie est dédiée aux remèdes que peuvent apporter des animaux eux-mêmes considérés comme venimeux, animaux qui tous correspondent à la catégorie de vermes, ce qui implique :
-
les sangsues (contra sanguisugam) ;
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les serpents (contra serpentes) ;
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les taupes (contra talpas) ;
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les tortues (contra testudines) ;
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les serpents tyrus (contra tirum) ;
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les vipères (contra uiperam).
41La sangsue voit par exemple son chapitre divisé en cinq sous-parties : description de l’animal et de ses effets ; le choix des sangsues (De electione sanguisugarum) ; la préparation des sangsues (De preparatione sanguisugarum) ; la manière d’appliquer les sangsues (De modo apponendi sanguisugas) ; le remède contre les sangsues (De remedio contra sanguisugas).
La valeur de l’expérience personnelle : du médecin au savant
42Dans son antidotaire, le médecin padouan Pietro d’Abano rappelle l’importance de l’expérience directe des poisons et de leurs soins :
- 56 A. AGUILERA FELIPE, op. cit., p. 28. « Et quare ignoramus semper et ignorabimus in aeternum quantit (...)
Et parce que nous ignorons toujours et à jamais les quantités et les poids des éléments dans les composés, il est nécessaire d’ignorer les formes spécifiques qui apparaissent selon le mérite de telle ou telle proportion dans les composés, et nous ne pouvons en savoir plus que ce que l’expérience humaine nous fournit. C’est pourquoi les médecins expérimentés contribuent davantage en ces matières que les médecins rationnels, comme le dit à juste titre Aristote dans le prologue de la Métaphysique56.
43Il décrit à plusieurs reprises des faits dont il a été témoin avec des verbes à la première personne. Il rapporte ainsi un dîner où quatre convives ont été empoisonnés en mangeant le même plat mais n’ont pas réagi de la même manière :
- 57 Ibid., p. 72. « Sicut ego uidi in quadam una cena fuisse quattuor uenenatos comedentes idem ferculu (...)
Par exemple, lors d’un dîner, j’ai vu quatre personnes empoisonnées en mangeant le même plat empoisonné. L’une est morte sur le coup, l’autre a complètement échappé au danger, et les deux autres sont mortes de maladie. Celui qui a échappé au danger était courageux et généreux ; celui qui est mort l’était moins ; ceux qui sont tombés malades étaient naturellement plus généreux que celui qui a fui, et moins généreux que celui qui a échappé au danger57.
- 58 Ibid., p. 122. « Ille cui datum fuerit in potu realgar patietur sitim et aestuationem et exsiccatio (...)
44L’auteur devient ainsi le personnage de son texte ; on le constate avec le cas d’un de ses patients atteint de symptômes qu’il a énumérés au préalable : « J’ai vu et soigné un jeune homme à qui on avait donné du réalgar moulu avec du foie de porc rôti, et il a échappé à la mort, et est resté immobile dans toutes ses articulations à cause d’une sécheresse excessive »58. Pietro mentionne qu’il a soigné le patient (curaui iuuenem), son expérience directe fait de lui l’autorité de son antidotaire.
Juan Gil : dimension personnelle et poids des autorités
- 59 F. COLLARD, Les écrits…, p. 52.
- 60 C. FERRERO HERNANDEZ, op. cit., p. 229.
- 61 Ibid., p. 77.
- 62 Arnaud ZUCKER, PHYSIOLOGOS. Le bestiaire des bestiaires : Texte traduit du grec, introduit et comme (...)
- 63 Benoit BEYER DE RYKE, « Le miroir du monde : un parcours dans l'encyclopédisme médiéval », Revue be (...)
- 64 Elisa LONATI, « Le Liber de natura rerum de Thomas de Cantimpré dans le Speculum maius de Vincent d (...)
- 65 C. FERRERO HERNÁNDEZ, op. cit., p. 82. « Inquit Gallenus, retulit illud quidam homo uerax ».
- 66 Ibid., p. 92.
45Il est plus compliqué pour un religieux comme Juan Gil de Zamora de faire part d’observations personnelles puisqu’il n’exerce pas dans le monde médical. Évidemment, son destinataire, Raymond de Geoffroi, en est conscient. Parmi les trente-sept ouvrages de littérature vénénologique dénombrés par M. Collard59, ce Liber contra uenena est le seul à ne pas avoir été écrit par un médecin. Pour remédier à ce problème, Juan Gil mentionne constamment ses sources, caractéristique propre aux ouvrages médicaux dont l’écriture s’appuie sur l’usage d’autorités citées de façon précise en indiquant le titre de l’œuvre et le chapitre : « Tout cela sont les mots d’Avicenne, extraits du deuxième traité du Canon. Ce sont des médicaments simples, mais lorsqu’ils sont combinés, ils agissent avec plus de force car leurs qualités se renforcent mutuellement »60. L’auteur le plus mentionné dans le Liber contra uenena est Pline l’Ancien (120 fois). Hippocrate est cité trois fois (« Quod enim dicit Ypocrates: frigidum nocet uulneribus; de actuali frigido intelligitur »61), le Physiologus, à treize reprises62 et les Étymologies d’Isidore de Séville, trente-trois fois. Le Liber de natura rerum de Thomas de Cantimpré (cité trente-huit fois) est destinée aux prédicateurs63, ce qui peut expliquer son usage récurrent par Juan Gil qui devait bien la connaitre. La source principale reste Vincent de Beauvais et son Speculum maius, jamais cité expressément, si l’on excepte les quelques mentions de Auctor, terme que l’encyclopédiste français utilise pour se mentionner lui-même64. Juan Gil s’appuie aussi sur Galien en le qualifiant de « homo uerax »65. Juan Gil fait aussi la concordance entre plusieurs grands auteurs, révélant son érudition et son rôle de compilateur : « Item Auicenna, in II Canonis: argentum uiuum sublimatum est interficiens propter uehementem incisionem. Et eius cura fortis est bibere lac et uomere. Et Galenus quidem dixit quod est expertus illud in ipso »66.
- 67 Ibid., p. 164.
- 68 Ibid., p. 80. « Et extimo quod armoniacum est ei propinquum ».
46Juan Gil utilise également la première personne du singulier. Citons l’expérience menée sur un serpent : « Experti prodimus si fronde illius giro circumcludat quis serpentem et ignem, in ignes pocius quam in fraxinum fugere serpentem [...] »67. Cela sème une certaine confusion : est-ce bien lui ? ou est-ce tiré de Vincent de Beauvais ? Juan Gil expose ses opinions personnelles et ses doutes (« Nous avons constaté que si quelqu’un entoure un serpent et le feu avec ses feuilles, le serpent s’enfuira dans le feu plutôt que dans les cendres »). Le chapitre sur les couleuvres et les aspics présente plusieurs remèdes dont un que l’auteur considère approprié : « Et j’estime que l’harmonie en est proche »68.
- 69 Ibid., p. 88. « Et sa décoction mélangée à du vinaigre ou à du vin est bénéfique pour une piqûre d' (...)
- 70 Ibid., p. 155.
- 71 C. FERRERO HERNÁNDEZ, op. cit., p. 183-184. « Certains pensent que cela se produit parce que le poi (...)
47L’auteur soumet des hypothèses concernant aussi bien les remèdes que les moyens pour éviter un animal. Voici l’exemple d’un remède (« Et decoctio eius confert cum aceto commixta aut cum uino puncture apis et illud fit leniendo, sicut extimo »69) et d’une technique pour chasser un insecte nuisible (« je pense que » : « Puto quoque marcii rostrum habentes non feriuntur a scabronibus »70). Juan Gil expose différents points de vue sans prendre parti : « Quod arbitrantur quidam ex eo accidere quod uenenum a uirtute atractiua attrahitur ad uenas et arterias et sic penienit ad cor »71. Il laisse le lecteur choisir sa solution pour mieux s’approprier les savoirs. La recherche d’exhaustivité s’allie à une voix personnelle qui présente ses hypothèses et ses doutes pour convaincre le lecteur de l’authenticité de la démarche.
Un livre pratique et didactique
- 72 Ibid., p. 71, lignes 19-20.
- 73 Geneviève SODIGNÉ-COSTES, « Un traité de toxicologie médiévale : le Liber de venenis de Pietro d'Ab (...)
- 74 C. FERRERO HERNÁNDEZ, op. cit., p. 115.
- 75 Ibid., p. 166.
48Le Liber contra uenena se compose de dix-neuf traités, classés dans l’ordre alphabétique comme annoncé dans le prologue : « Et est notandum quod liber iste ordinatus est secundum ordinem alphabeti ut partibus »72. Ce n’est pas le modèle antique (qui répartit plutôt par type de règne naturel, comme Dioscoride dans De materia medica), classification plutôt influencée par les œuvres d’Aristote73 ; l’ordre alphabétique suit le modèle encyclopédique. Or Juan Gil de Zamora est lui-même encyclopédiste puisqu’il a auparavant (vers 1288) rédigé la Historia Naturalis. L’ordre alphabétique pose problème car l’orthographe d’un mot varie. Juan Gil en est conscient et, pour l’insecte scinife, il rédige deux chapitres (à S et C) et procède de même pour d’autres entrées munies d’un renvoi vers l’autre orthographe. Dans le troisième traité, l’entrée Contra ciniffices prévient le lecteur (« Scribitur autem secundum quosdam per s uidelicet scinifex »)74 et dans les poisons en S, on trouve Contra scinifices avec une remarque similaire : « Scribitur secundum quosdam per C simplex ; secundum alios per S, uidelicet scinifex »75. Nous pouvons y voir un souci de clarté et de didactisme.
49Le traité vise en effet la praticité et la clarté. Prenons l’exemple de la distinction entre l’hellébore blanc et noir. L’helleborus niger était associée à la magie noire et, dès l’Antiquité, utilisée contre la goutte, certaines paralysies, la démence. Le vératre blanc (Veratrum album) est appelé faux hellébore :
- 76 Ibid., p. 278.
Si vous prenez de l’hellébore, cela provoque de légers vomissements, ainsi qu’une légère décomposition et un essoufflement. […] Le pouls de quelqu’un affecté par le poison de l’ellébore (noir ?) est en principe distant, plutôt faible, plutôt lent et surtout lorsque la chaleur innée est altérée par la matière qui a été attirée et non expulsée.
Parfois, le pouls devient irrégulier, désordonné. Cela se produit lorsque la capacité est extrêmement limitée. Si le pouls est équilibré, il produit une meilleure sensation, si l’irrégularité persiste, il s’affaiblit et l’humeur du patient s’affaiblit, ce qui entraîne une respiration interrompue et des spasmes. Le pouls s’accélère et son état s’aggrave. Et s’il devient à peine perceptible par la suite, la chaleur innée s’éteint et meurt76.
50Rappelons l’importance du pouls ainsi que des urines, deux moyens d’établir un diagnostic sans contact intrusif. L’auteur souhaite préparer le lecteur à tous les cas de figure, donne des ingrédients de substitution plus simple, des synonymes et propose plusieurs remèdes pour un même problème. Il évoque des symptômes différents puisque la réaction à un poison peut varier et il conseille donc de surveiller l’évolution et de donner le remède adéquat pour chacun des symptômes à mesure qu’il apparaît. Prenons l’exemple de la morsure infligée par un homme enragé qui est comparée explicitement à celle d’une bête venimeuse :
- 77 C. FERRERO HERNÁNDEZ, op. cit., p. 286.
Contre la morsure d’un homme enragé, tout d’abord, selon l’avis de certains, comme cela a été dit dans le chapitre sur le chien enragé. C’est-à-dire qu’il faut pratiquer une saignée afin d’ouvrir la plaie et d’extraire le sang empoisonné. Cependant, le meilleur conseil est d’appliquer une ventouse afin d’extraire le plus de sang et de liquide infecté possible, comme on le fait en cas de morsure de serpent ou d’autres reptiles venimeux. Il convient de noter que les auteurs s’accordent sur le fait qu’il faut serrer fortement le point au-dessus de la morsure, afin que la douleur empêche l’esprit et les humeurs de s’écouler vers le lieu de la ligature. Cela permet d’inhiber la propagation et la dispersion ultérieure du venin77.
- 78 Ce que souligne cet article : Geneviève XHAYEY « a home qui est enpoisenés. Les remèdes contre le p (...)
- 79 Par exemple : C. FERRERO HERNÁNDEZ, op. cit., p. 206.
51On peut souligner la rationalité des mesures prises avec des techniques visant à extraire et expulser le poison78. Dans le cas d’une morsure, il s’agit de faire sortir le venin (saignée, flébotomie, sangsue, ventouse79…), ou de ralentir sa dispersion dans l’organisme (par une ligature, un garrot). Dans le cas d’une ingestion de poison, le traité propose de l’évacuer à l’aide d’un émétique ou d’un clystère.
Conclusion
52Les sources révèlent l’ampleur d’une fascination où il est bien difficile de démêler le faux du vrai. Cela donne lieu à une ère du soupçon où les médisances pointent fréquemment des morts suspectes, sans qu’aucune certitude ne soit possible. Or, ce crime honni constitue une accusation infâmante, la rumeur s’en empare en conséquence comme d’un outil politique pour discréditer un personnage et noircir sa réputation. Le poison pose aussi la question du Mal et de sa possibilité même au sein de la Création. La cosmovision équilibrée qui justifie leur présence détermine en conséquence la présence des remèdes fournis par le Créateur. Les antidotaires permettent donc d’interroger la place du poison au sein de la conception de la nature et de la construction du savoir. Dans cette période tardo-médiévale, un poids nouveau est accordé à l’observation. La recherche de solutions est déterminée par la peur qu’engendre le poison. L’empoisonnement est en effet une menace omniprésente, avec une catégorie plus extensive que celle entendue actuellement par ce terme.
53Les réceptaires visent à fournir un savoir utile et clair pour identifier les poisons et lutter contre eux. Ils sont caractérisés par une écriture pragmatique visant la praticité. Dans l’ensemble on trouve des gestes techniques rationnels pour éliminer le poison selon le type de contamination concerné. Une attitude domine face au poison, le geste préventif, la defensio cum cautela, là encore tout à fait rationnelle. Nous avons souligné la valorisation de l’expérience avec le discours à la première personne d’un médecin dans le cas de Pietro d’Abano ; dans le cas de Juan Gil de Zamora, cette connaissance de première main n’est pas possible, l’argument d’autorité prend alors le relais pour convaincre le lecteur.
- 80 Franck COLLARD, « De l'émotion de la mort à l'émoi du meurtre. Quelques réflexions sur le sentiment (...)
54En conclusion, les poisons apparaissent comme un moteur pour une recherche d’efficacité et de compréhension du monde naturel : « Le soupçon est fils du désir de connaître, d’expliquer l’inexplicable. Encore faut-il cerner ce qui rend la mort suspecte », comme l’écrit Franck Collard80.
Notes
1 Juan RODRÍGUEZ DEL PADRÓN, Bursario, Juan Pilar Saquero Suárez-Somonte; Tomás González Rolán (éd.), Madrid : Universidad Complutense, 1984, p. 107.
2 Franck COLLARD, Les écrits sur les poisons, Turnhout : Brepols, 2016, p. 24.
3 Ibid., p. 39
4 Alba AGUILERA FELIPE, El Tractatus de venenis de Pietro d’Abano. Estudio preliminar, edición critica y traducción, Thèse de doctorat sous la direction de José Martínez Gázquez et Cándida Ferrero Hernández, Barcelone : Université autonome de Barcelone, 2017, p. XCI. Nous tenons ici à remercier Joey Malnar pour avoir attiré notre attention sur ce texte et pour l’étude menée sur ses points communs avec le Liber contra venena.
5 Ibid., p. LXXXII ; F. COLLARD, Les écrits sur les poisons, Turnhout : Brepols, 2016, p. 139.
6 L’édition de 1976 par Manuel de Castro présente de nombreuses lacunes et nous utiliserons la plus récente : Cándida FERRERO HERNÁNDEZ, Liber contra venena et animalia venenosa de Juan Gil de Zamora, Barcelone : Reial Acàdemia de Bones Lletres, 2009. Je réalise les traductions proposées dans cet article.
7 Peter LINEHAN, Historia e historiadores de la España medieval, Salamanque : Université de Salamanque, 2012, p. 527.
8 Ange CLARENO, Historia septem tribulationum ordinis minorum, O. Rossini (éd.), Rome : Istituto Storico Italiano per il Medio Evo, 1999, p. 269.
9 Gilles LECUPPRE, « Le scandale : de l’exemple pervers à l’outil politique », Cahiers de recherches médiévales et humanistes, 25, 2013, p. 181-191.
10 De nombreux cas mentionnés dans : Lope GARCÍA DE SALAZAR, Istoria de las bienandanzas e fortunas, Ana María Marín Sánchez (éd.), Madrid : CORDE, 2000. Cf. Corpus diacrónico del español.
11 Ainsi les « saetas con yervas » : Hernando del PULGAR, Crónica de los Reyes Católicos, Juan de Mata Carriazo (éd.), Madrid : Espasa-Calpe, 1943, p. 121.
12 Enrique DE VILLENA, Arte Cisoria o el arte de cortar con cuchillo, edición de Felipe-Benicio Navarro, Valladolid : Maxtor, 2006.
13 Corinne BOUJOT, « Pour une ethnologie des poisons », Ethnologie française, 34, 2004, p. 389.
14 Juan RODRÍGUEZ DEL PADRÓN, Bursario, Juan Pilar Saquero Suárez-Somonte; Tomás GONZÁLEZ ROLAN (éd.), Madrid : Universidad Complutense, 1984, p. 107-108.
15 Diego ENRÍQUEZ DEL CASTILLO, Crónica de Enrique IV, c 1481 – 1502, Aureliano Sánchez Martín (éd.), Valladolid : Universidad de Valladolid, 1994, p. 190.
16 Jaume VICENS VIVES [1953]. Paul Freedman y Josep Mª Muñoz i Lloret (éd.), Juan II de Aragón (1398-1479): monarquía y revolución en la España del siglo XV. Pamplona: Urgoiti editores, 2003, p. 229-231.
17 José María LACARRA, Historia política del Reino de Navarra. Desde sus orígenes hasta su incorporación a Castilla. Vol. 3. Pamplona : Aranzadi, 1973, p. 299-300.
18 « Los documentos inmediatamente posteriores al óbito de don Carlos insinúan este mismo tema de manera críptica, velada y sumamente cauta; parecen más bien el reflejo escrito y decoroso de habladurías que se estaban extendiendo rápidamente por el entorno de la ciudad de Barcelona. La poca claridad con la que estos papeles –conservados en el Archivo de la Corona de Aragón– aluden al supuesto envenenamiento contrasta con la profusión de detalles que estos mismos dan sobre la santidad y los milagros del príncipe ». Joan MAHIQUES CLIMENT, « Envenenamiento y apariciones de don Carlos de Viana », Bulletin hispanique [En ligne], 116-1 | 2014, mis en ligne le 01 juin 2017, consulté le 17 janvier 2025. URL : http://journals.openedition.org/bulletinhispanique/3101 ; DOI : https://doi.org/10.4000/bulletinhispanique.3101.
19 ANONYME, Crónica de Enrique IV de Castilla 1454-1474, María Pilar Sánchez Parra (éd.), Ediciones de la Torre, Madrid, 1991, p. 114.
20 Franck COLLARD, « De l'émotion de la mort à l'émoi du meurtre. Quelques réflexions sur le sentiment de la mort suspecte à la fin du Moyen Âge », Revue historique, 656 (4), 2010, p. 873-907.
21 Lope GARCÍA DE SALAZAR, op. cit..
22 Idem.
23 Juan Antonio GÓMEZ MARTÍNEZ, Doña Blanca de Borbón : la prisionera del castillo de Siguenza, su historia, su leyenda, Guadalajara : Aache, 1998.
24 Hernando del PULGAR, Crónica de los Reyes Católicos, Juan de Mata Carriazo (éd.), Madrid : Espasa-Calpe, 1943, p. 124.
25 Ibid., p. 121.
26 Lydie BODIOU, Frédéric CHAUVAUD et Myriam SORIA, « Les objets du poison de l’Antiquité à nos jours », Sociétés & Représentations, 32, Publications de la Sorbonne, 2011, p. 228.
27 Gonzalo MARTÍNEZ DÍEZ, El Condado de Castilla (711-1038) : la historia frente a la leyenda, 2 tomos, Valladolid : Junta de Castilla y León, 2005, 1, p. 434.
28 Joaquín VALVERDE SEPÚLVEDA, Sancho el gordo : una cura de adelgazamiento en tiempo de Abderramán III, en el siglo X. Guadix : Ayuntamiento de Guadix. Consejalía de Cultura y Educación, 1997.
29 Pedro de ESCAVIAS, Repertorio de príncipes de España, Michel García (éd.), Madrid : Instituto de Estudios Giennenses, 1972, p. 163.
30 ENRÍQUEZ DEL CASTILLO, op. cit., chapitre 148, p. 362. Cf. Le mémoire dirigé par Gilles Lecupre : https://dial.uclouvain.be/memoire/ucl/en/object/thesis%3A13666/datastream/PDF_01/view.
31 « Dosa sola fecit venenum ». François CHAST, « Les substances vénéneuses en France, 1518-2018 », Revue d'histoire de la pharmacie, 400, 2018. p. 607-630. « On pourrait, pour simplifier, affirmer que l’histoire de la pharmacie se confond avec celle de ces « substances vénéneuses ».
32 MARTÍN PÉREZ, Libro de las confesiones. Una radiografía de la sociedad medieval española, ed. de GARCÍA Y GARCÍA, Antonio, ALONSO RODRÍGUEZ, Bernardo y CANTELAR RODRÍGUEZ, Francisco (éd..), Madrid : BAC, 2002. Voir également : Hélène THIEULIN-PARDO (éd.), Confesionario. Compendio del Libro de las confesiones de Martín Pérez, e-Spania Books, 2012, https://books.openedition.org/esb/379, § 84 (chap. « De las demasias de los menesteres ca deuen ser vedadas »).
33 Christelle FRANCIA, Françoise FONS, Patrick POUCHERET et Sylvie RAPIOR, « Activités biologiques des champignons : Utilisations en médecine traditionnelle », Annales de la Société d’Horticulture et d’Histoire Naturelle de l’Hérault, 147 (4), janvier 2007, p.77-88.
34 ANONYME, Traducción del Tratado de cirugía de Guido de Cauliaco. Madrid, BN I196, María Teresa Herrera y María Estela González de Fauve (éd.), Madison : Hispanic Seminary of Medieval Studies, 1997, fol. 53r et fol 168V. cf. CORDE.
35 C. FERRERO HERNÁNDEZ, op. cit. : « Agarici negri nocumentum curatur ut nocumentum accidens ex elleboro et ex anacardis ut infra dicetur […] ».
36 Historia de los godos, suevos y vándalos, cf. José CARLOS MARTÍN, « La Crónica Universal de Isidoro de Sevilla : circunstancias históricas e ideológicas de su composición y traducción de la misma », in : Iberia : Revista de la Antigüedad, 4, 2001. p. 199-236. « Hunc (sc. Sisebutum) alii morbo, alii veneno asserunt interfectum » (« il est mort de maladie, assurent quelques-uns, ou bien empoisonnés, selon d’autres »).
37 Pedro de ESCAVIAS, Repertorio de príncipes de España, Michel García (éd.), Madrid : Instituto de Estudios Giennenses, 1972, p. 156.
38 Alonso de SANTA CRUZ, Crónica de los Reyes Católicos, Juan de Mata Carriazo (éd.), Sevilla : Escuela de Estudios Hispano Americanos de Sevilla, 1951, p. 280-281.
39 Documentos inéditos para la Historia de España, publicados por los señores Duque de Alba, [et. al.], 11, Epistolario de Pedro Mártir de Anglería III Libros XXV-XXXII, Epístolas 473-665, Madrid, 1956, p. 138-139. « un feo potaje que la Reina le hizo administrar por mediación de doña María de Velasco para más habilitarle que pudiese tener hijos, dándole a entender que se empreñaría luego ».
40 D.W. LEDERMANN, « Simón Bolivar y las cantáridas ». Rev Chilena Infectol., 24(5) 2007, p. 409-412. C. RÄTSCH, Las plantas del amor. Los afrodisíacos en los mitos, la historia y el presente. México : Fondo de Cultura Económica, 2011. Ce scarabée vert et brillant, réduit en poudre, est employé depuis l’Antiquité comme un vasodilatateur.
41 Jaime ELIPE, Beatriz VILLAGRASA BLASCO, « El fin de un mito: causas clínicas de la muerte de Fernando el Católico », Stvdivm. Revista de Humanidades, Prensas de la Universidad de Zaragoza. 24 (2018), p. 41-60.
42 Hernando del PULGAR, op. cit., p. 212.
43 Aude MAIREY, Richard III, Paris : Ellipses, 2011, p. 153
44 Bérangère SOUSTRE DE CONDAT-RABOURDIN, « Feminea fraus », Cahiers de recherches médiévales,17, 2009, mis en ligne le 15 juin 2012, consulté le 17 mars 2025. URL : http://journals.openedition.org/crm/11502.
45 Paul Franklin BAUM, « Judas’s Red Hair », The Journal of English and Germanic Philology, 21 (3), Juillet 1922, p. 520.
46 Enrique de VILLENA, Tratado de fascinación o de aojamiento, Pedro M. Cátedra (éd.), Madrid : Turner, 1994.
47 Félix FRÉDAULT, Histoire de la médecine : étude sur nos traditions, Paris : Baillière, 1870, p. 204
48 Chrystel LUPANT, « Éric Palazzo, L’invention chrétienne des cinq sens dans la liturgie et l’art au Moyen Âge, Paris, éditions du Cerf, 2014. », Bulletin Monumental, 174 (2), 2016. p. 234-235. Émile BAUDIN, « Les rapports de la raison et de la foi, du moyen âge à nos jours (suite) », Revue des Sciences Religieuses, 3 (3), 1923, p. 329.
49 Ibid., p. 380 ; en latin p. 197.
50 Ibid., p. 202 ; en latin se trouve en page 71, lignes 15-19.
51 Ibid., p. 71-72, lignes 21-30. « Siquidem peccantibus rationalibus creatuns ut rationale largo modo dicatur, creatura, uidelicet angelica et humana, multis annorum milibus tam celestia quam terrestria in cassum stare uidentur semiruptis illis, istis diruptis ».
52 Du latin ciniphes ou sciniphes (moustique) ; du grec kníps ou skníps, insecte qui pique ou mord. Ibid., p. 271
53 Ibid., p. 115. « Ciniffices sunt musce minutissime aculeis permoleste quibus tercia plaga superbus Egiptiorum populus est cesus, secundum Hisidorum. […] Sed ita subtile et minutum est ut oculi uisum nisi acute cernentis effugiat. Corpus enim insederit acerbissimo stimulo terebrat, ut, quasi uolantem uidere quis non ualet, sentiat stimulantem ».
54 Ibid., p. 202. L’extrait en latin se trouve en page 71-72, lignes 29-33. « Altissimus uero ad eius releuandas miserias et erumpnas de tema creauit medicinam et uir sapiens non abhorrebit eam ».
55 Joëlle RICORDEL, « Ibn Djuldjul : “Propos sur la thériaque” », Revue d'histoire de la pharmacie, 88 (325), 2000, p. 74.
56 A. AGUILERA FELIPE, op. cit., p. 28. « Et quare ignoramus semper et ignorabimus in aeternum quantitates et pondera elementorum in compositis, ideo tales formas specificas aduenientes iuxta meritum talis et talis proportionis in compositis necesse est ignorare neque de ipsis plus scire possumus nisi quantum praebet hominum experientia. Et pro tanto in talibus plus conferunt experti quam rationales medici, sicut bene in prohemio Metaphysicae Aristoteles dicit ».
57 Ibid., p. 72. « Sicut ego uidi in quadam una cena fuisse quattuor uenenatos comedentes idem ferculum uenenatum, quorum unus fuit statim mortuus, alter euasit omnino, reliqui duo infirmati fuerunt ad mortem. Qui uero euasit animosus erat et calidi cordis; qui uero mortuus fuit minus calidae complexionis erat; qui uero infirmati sunt calidiores erant natura quam ille qui migrauit et minus quam ille qui euasit ».
58 Ibid., p. 122. « Ille cui datum fuerit in potu realgar patietur sitim et aestuationem et exsiccationem et consumptionem humiditatum, ita quod nisi ei succurratur aut moritur aut paralyticus aut contractus remanebit. Ego autem uidi et curaui iuuenem cui datum fuit cum epate porci assato realgar tritum et ipse euasit mortem et remansit circa omnes iuncturas quasi immobilis ex nimia siccitate ».
59 F. COLLARD, Les écrits…, p. 52.
60 C. FERRERO HERNANDEZ, op. cit., p. 229.
61 Ibid., p. 77.
62 Arnaud ZUCKER, PHYSIOLOGOS. Le bestiaire des bestiaires : Texte traduit du grec, introduit et commenté par Arnaud Zucker, collection « Atopia », Grenoble : Éditions Jérôme Millon, 2004, p. 9.
63 Benoit BEYER DE RYKE, « Le miroir du monde : un parcours dans l'encyclopédisme médiéval », Revue belge de philologie et d'histoire, 81 (4), 2003, p. 1243-1275, p. 1261.
64 Elisa LONATI, « Le Liber de natura rerum de Thomas de Cantimpré dans le Speculum maius de Vincent de Beauvais : bilan des emprunts, version utilisée et sources concurrentes », Rursu Spicae, 3, 2020, p. 2.
65 C. FERRERO HERNÁNDEZ, op. cit., p. 82. « Inquit Gallenus, retulit illud quidam homo uerax ».
66 Ibid., p. 92.
67 Ibid., p. 164.
68 Ibid., p. 80. « Et extimo quod armoniacum est ei propinquum ».
69 Ibid., p. 88. « Et sa décoction mélangée à du vinaigre ou à du vin est bénéfique pour une piqûre d'abeille, et cela se fait en l'apaisant, comme c'est le cas dans les cas les plus extrêmes ».
70 Ibid., p. 155.
71 C. FERRERO HERNÁNDEZ, op. cit., p. 183-184. « Certains pensent que cela se produit parce que le poison est attiré par son pouvoir attractif vers les veines et les artères et atteint ainsi le cœur ».
72 Ibid., p. 71, lignes 19-20.
73 Geneviève SODIGNÉ-COSTES, « Un traité de toxicologie médiévale : le Liber de venenis de Pietro d'Abano (traduction française du début du XVe siècle) », Revue d’Histoire de la Pharmacie, 305, 1995, p. 130.
74 C. FERRERO HERNÁNDEZ, op. cit., p. 115.
75 Ibid., p. 166.
76 Ibid., p. 278.
77 C. FERRERO HERNÁNDEZ, op. cit., p. 286.
78 Ce que souligne cet article : Geneviève XHAYEY « a home qui est enpoisenés. Les remèdes contre le poison dans les recueils médiévaux de recettes (IX-XV siècles) ». in : Le corps empoisonné. Pratiques, savoirs, imaginaire de l’Antiquité à nos jours, Paris : Garnier, p. 189-201.
79 Par exemple : C. FERRERO HERNÁNDEZ, op. cit., p. 206.
80 Franck COLLARD, « De l'émotion de la mort à l'émoi du meurtre. Quelques réflexions sur le sentiment de la mort suspecte à la fin du Moyen Âge », Revue historique, 656 (4), 2010, p.873-907.
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Référence électronique
Julia Roumier, « « Enemigas yervas » : imaginaire et compréhension des poisons dans l’Espagne des XIVe et XVe siècles », e-Spania [En ligne], 54 | Juin 2026, mis en ligne le 01 juin 2026, consulté le 14 juillet 2026. URL : http://journals.openedition.org/e-spania/60621 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16emt
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