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AccueilNuméros54« Le Miracle est notre liberté »....Avant-proposIn memoriam Florence Delay

« Le Miracle est notre liberté ». Le Siècle d’or (& Cie) de Florence Delay
Avant-propos

In memoriam Florence Delay

Maria Zerari

Texte intégral

  • 1 « L’Essentiel avec… Florence Delay », Émission proposée par Jacques Paugam, Les Podcasts de l’Insti (...)

Comment te plais-tu ici ?
Comme un oiseau en liberté.
Alfred de Musset, Fantasio

L’essentiel c’est la liberté.
Je trouve que c’est toujours à refaire.
Florence Delay1

On sonna à la porte. Il ne devait pas être tard
puisque je ne dormais pas.
J’allais ouvrir, j’aime toujours ouvrir.
Florence Delay, Dit Nerval

  • 2 On accèdera facilement au programme et à l’argumentaire de la rencontre en suivant ce lien : https: (...)
  • 3 Pour cet In-memoriam, en souvenir des dialogues avec Florence Delay, j’userai du « je » exceptionne (...)
  • 4 Voir Florence DELAY, La Vie comme au théâtre, Paris : Gallimard, 2015.

1Les études, qui vont suivre, émanent de la journée d’étude « “Le miracle est notre liberté”. Le Siècle d’or de Florence Delay »2, laquelle se tint, en Sorbonne, le 15 mars 2025. Elles doivent beaucoup au bel accueil de la directrice de la revue e-Spania, Hélène Thieulin-Pardo, dont le père, le poète Arcadio Pardo (1928-2021), fut le professeur de Florence Delay, du temps qu’il était lecteur à l’Institut Hispanique, comme on disait alors, et elle étudiante. Ce n’est pas tant que tout soit dans tout…, mais le hasard (j’y3 reviendrai) fait parfois merveilleusement les choses, rendant la vie, « comme au théâtre »4 (?), moins absurde et presque féérique.

  • 5 Id., Mes cendriers, Paris : Gallimard, 2010, p. 51.
  • 6 Programme et argumentaire de la journée : https://www.fabula.org/actualites/documents/116441_47176c (...)
  • 7 Avant d’être réédité dans le recueil Ficciones (Buenos Aires : Editorial Sur, 1944), El jardín de s (...)
  • 8 Du moins, mais pas seulement, dans le bien nommé Zigzag : « Ce livre fera le va-et-vient entre elle (...)
  • 9 Voir Michel CHAILLOU, Michel DEGUY, Florence DELAY, Natacha MICHEL, Denis ROCHE, Jacques ROUBAUD, L (...)
  • 10 Voir F. DELAY, Trois désobéissances, Paris : Gallimard, 2004.

2La journée en question fut organisée par le LEMH de CLEA (Sorbonne Université) dans le cadre de ses recherches sur « Le Siècle d’or vu par… » : el Siglo de Oro…, le « Siècle d’or espagnol, plus long que notre Grand Siècle »5. Elle succédait ainsi à une toute première, plus paradoxale, portant sur « Proust et l’Espagne, les Espagnols et Proust »6, à laquelle Delay avait assisté en 2023 parce qu’en esprit curieux et bonne comparatiste elle aimait « l’audace » [sic], les jardins aux sentiers qui bifurquent – pas seulement ceux de 19417 –, le zigzag, pris pour modèle d’écriture8. C’est ainsi que, en ce jour à la veille d’être proustien, le 17 novembre 2023 au matin, alors que je saluais la dame, je m’entendis dire bien gauchement : « La prochaine fois, ce sera vous », le « vous » valant pour l’œuvre, l’œuvre dans son versant Siècle d’or, s’entend. Ceci explique en partie cela. C’est donc, après Proust, autour de l’œuvre de Florence Delay et, si l’on veut, comme dans L’Hexaméron9 de Chaillou et compagnie, qu’un groupe, qu’une troupe, qu’un « nous » (noms et pronom qu’elle préférait au « je »), composé de collègues chevronnés, de jeunes docteurs et de doctorants, se retrouva bientôt enrôlé. Enrôlé, ou plutôt, embarqué au long cours, avec en vue une œuvre désirante – intensément tournée vers la littérature et la vie – et désirée : pour son charme indéfinissable, sa finesse et sa pénétration, sa sagesse et ses « désobéissances »10, et les surprises que cette œuvre réserve et se fait à elle-même, selon le mot de Valéry. Qu’ils en soient tous de nouveau remerciés. Pour raisons de santé, la journée fut ajournée. Nous attendîmes. Et Florence Delay put revenir vers nous.

  • 11 On en jugera : « Je préfère écrivain [à écrivaine], en effet, les femmes ont assez lutté pour obten (...)
  • 12 Sur la langue apprise et le rapport à la langue espagnole, en particulier, on écoutera le bel entre (...)
  • 13 La « Cérémonie de commémoration de la création de l’Institut d’Études Hispaniques » eut lieu mercre (...)
  • 14 F. DELAY, Mon Espagne Or et Ciel, Paris : Hermann, 2008, p. 110.
  • 15 « Florence Delay […]. Vous avez tout le temps d’écrire vos livres. Ce n’est pas le moment. Vous ser (...)

3Le samedi 15 mars 2025, la Sorbonne célébra donc Florence Delay (1941-2025). Elle mit à l’honneur les œuvres, teintées de l’Espagne des XVIe-XVIIe siècles ou franchement habitées par le Siècle d’or, que « l’écrivain » – l’auteur prisait ce masculin mimant le « neutre »11 –, soit avait écrites, avec un art consommé de la prose et un sens très sûr de la phrase et du paragraphe, soit avait récrites en français, autrement dit, traduites, de cette langue espagnole – langue non maternelle, qui « ouvre des horizons » et rend « autre »12 – que, dans sa jeunesse, Delay avait apprise jusqu’à en devenir agrégée. En cette occasion, quatre jours avant son anniversaire de naissance, précisa-t-elle, et en voisine de l’Alma mater – institution qu’elle aimait comme toutes celles liées aux arts et au savoir (École, Lycée, Université, Institut, Académie) –, elle nous honora de sa présence tout au long de la journée, huit ans après avoir accepté de présider, en dialogue avec una servidora, la cérémonie de clôture du Centenaire de l’Institut d’Études hispaniques (1917-2017)13 : riche commémoration savamment conçue et orchestrée par Nancy Berthier, actuelle directrice de la Casa de Velázquez, alors directrice dudit Institut. Delay, qui en avait vu d’autres, y fut simple et magistrale, c’est-à-dire simplement magistrale. En plus de l’influence capitale d’une myriade de poètes (tels Federico García Lorca, Miguel Hernández et le maître José Bergamín, « masqué de prose »14), elle y évoqua la marque de l’Espagne en elle, son goût pour sa langue et ses figures (de la Célestine au Prince Sigismond), son parcours d’hispaniste, d’enseignante de littérature générale et comparée ou de traductrice, et se souvint de ceux, spécialistes ou connaisseurs de la littérature du Siècle d’or, qui avaient compté dans sa formation : Aristide Rumeau, Maurice Molho, qui lui prédit qu’elle écrirait15, Jean Canavaggio et Claude Esteban, bientôt, l’ami poète.

  • 16 « Tant de brunes et de blondes sont passées sur mes lèvres que le recensement des urnes peut paraît (...)
  • 17 Ibid., p. 107 (c’est moi qui souligne).
  • 18 « L’Essentiel… avec Florence Delay », Les Podcasts de l’Institut, déjà cité.
  • 19 Ibid.
  • 20 Ibid.
  • 21 F. DELAY, Mes cendriers, p. 15.

4Le 15 mars 2025, salle des Actes, donc, chaudement et clair vêtue, élégante, enthousiaste, attentive, mais tout aussi vaillante que souffrante, après chaque communication, Florence Delay ponctua cette seconde rencontre de ses aimables observations (« Vous avez raison… ») et judicieuses précisions (« pourtant… »), de ses ajouts, précis et enjoués, prononcés avec une voix de pétale, une voix devenue souffle qui la faisait parler plus court et plus vrai et, faute de cigarettes, de son propre aveu, écrire plus bref. De l’influence des « excitants modernes » sur l’écriture… Sur ce balzacien sujet, tabagique, en l’occurrence, Delay en connaissait un rayon. Au demeurant, dans tous les sens du verbe, ses « blondes et brunes »16, et ses cendriers, la regardaient : « Plus je regarde mes cendriers, plus ils me regardent »17. C’est pourquoi, comme elle nous y invite avec beaucoup d’humour dans le passionnant Mes cendriers – un livre aussi léger que profond, et même « grave »18, en ce qu’il badine avec le memento mori (et avec « la vie »19, soit « la main, le briquet, la flamme, la fumée, la cendre »20) – : « Il est recommandé d’aller à la page [ici, au paragraphe]. Fumer nuit à l’entourage »21.

  • 22 Cécile Guilbert partage avec Florence Delay la passion tauromachique, passion devenue politiquement (...)
  • 23 Sur l’épineuse question de l’écoute de l’autre : « On m’a appris à regarder et à écouter. Et comme (...)
  • 24 Pierre Lartigue (1936-2008), qui fut professeur d’espagnol, est un poète, romancier et essayiste fr (...)
  • 25 Gertrude STEIN, The World Is Round, New York : William R. Scott, 1939.
  • 26 Version en ligne du poème : https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Roman_de_la_Rose/1537/Texte_entier.

5Tous les intervenants de la journée – siglodoristas, pour la plupart, l’essayiste et romancière Cécile Guilbert22 (selon le vœu de Delay, il en fallait au moins une) et le contemporanéiste Paul-Henri Giraud exceptés – avaient été choisis, cela va de soi, pour leur connaissance des lettres espagnoles et, autres lumières mises à part, en raison de leur goût prononcé pour l’œuvre examinée, cela va sans dire aussi. Or, si le thème de la rencontre avait bien affaire avec la matière espagnole et le Siècle d’or dans une œuvre française – œuvre raffinée et doucement érudite, quoique délestée de toute cuistrerie, faisant la part belle à des récits pleins de substance et de fantaisie, à de subtils essais au sceau du romanesque, à des traductions libres (bien écrites parce que bien pensées) –, le sous-texte de cette manifestation n’avait pas peu à voir avec l’admiration que Delay avait suscitée en chacun des participants. Car, s’il est des écrivains qu’il vaut mieux ne jamais rencontrer et se borner à lire (rien de plus logique, ni de plus naturel), il en est d’autres – et Delay était de ceux-là – dont l’aura, la courtoisie, le communicatif enthousiasme (volontiers radiophonique), l’écoute toujours excellente23, mais aussi la réserve ou retenue (voire, la distance), et le sens du secret, ne déçoivent en rien, tout au contraire. En l’espèce, la lecture fervente et répétée d’une œuvre découverte à l’adolescence – époque où le nom d’un ami de Delay, Pierre Lartigue24, rythmait les dialogues de certains aînés –, cette rencontre que, pour le coup, un livre ou une œuvre entière peut tout autant constituer, fit place, au printemps 2017, à une rencontre en personne, rue Saint-Jacques, Paris Ve, tout près de l’endroit où, au XIIIe siècle, à la suite de Guillaume de Lorris, le divin Jean de Meung composa ce Roman de la Rose à l’ouverture printanière et florale. Chose qui, en ce présent du souvenir et de l’hommage vagabond, me ramène davantage à l’esprit « Rose is a rose is a rose is a rose »25, « devise » chère à Delay, qu’aux fameux vers « Qui tant est digne d’estre aymée / Qu’elle doit rose estre clamée »26. Citons, ouvrons ici encore une parenthèse non-Siècle d’or, tant le paragraphe sur Gertrude Stein – maître(sse) absolue du tempo de la prose, du paragraphe et de sa mise en page – s’avère enlevé et illustre parfaitement l’esprit et la ligne claire, par instants sinueuse ou zigzagante, de l’essayiste particulière, brillante et originale, spirituelle et habitée :

  • 27 F. DELAY, « Rose, chiens et maris. Gertrude Stein », in : La Séduction brève, Paris : Gallimard, 19 (...)

Longtemps, Gertrude Stein eut deux portraits : celui peint par Picasso et celui peint par sa devise « a rose is a rose is a rose ». Je crois le second encore plus ressemblant que le premier car il est le portrait d’un secret. Pour parvenir au secret, il me faudra passer par beaucoup de chiens et de maris. L’importance des chiens dans la vie et l’œuvre de Gertrude Stein est bien connue. Celle des maris l’est d’autant moins qu’elle n’en eut pas. Je voudrais remédier à ce vide, « petit vide à la rose pareil », dirait mon ami Étienne Jodelle27.

  • 28 Rappelons que c’est sous le nom de sa mère, Florence Carrez, que Delay incarna à l’écran l’héroïque (...)
  • 29 Théophile GAUTHIER, Caprices et zigzags, Paris : Victor Lecou, 1852.
  • 30 J’emprunte, exprès, l’expression à Delay qui, dans Mes cendriers, l’utilise pour souligner une tout (...)
  • 31 C’est moi qui souligne. La célèbre phrase se trouve dans une œuvre, aujourd’hui presque oubliée, si (...)
  • 32 F. DELAY, Il me semble, Mesdames, Paris : Gallimard, 2012, p. 79.

6Rose de Stein et Rose d’Un été à Miradour…, pour revenir à nos moutons – et moins à ceux de « La Pucelle », « Jeanne la Pucelle » dite Juana de Arco de l’autre côté des Pyrénées (si bien incarnée par Delay28) –, on ajoutera à ces notules que, bien que fortuite, la rencontre fut gaie et, qui sait ? éventuellement nécessaire, puisque, d’après l’auteur du Capitaine Fracasse et des Caprices et zigzags29 (« tiens ! »30), ce Théophile Gautier tant cité par Delay : « le hasard c’est peut-être le pseudonyme de Dieu quand il ne veut pas signer »31. Ce fut là le talisman, sous forme de « formule magique »32, que je reçus dans un premier courrier daté du 25 mars de cette année 17 : une lettre au papier jaune-pâle « comme les primevères », dont l’écriture me parut étonnamment petite pour une si grande épistolière. Et : « ce fut une vraie joie ».

  • 33 Id., Dit Nerval, Paris : Gallimard, 1999, p. 54.
  • 34 Ibid., p. 133.
  • 35 « Signé Feu G. rare, il dessine son émouvant petit autoportrait d’oiseau en cage au-dessus d’un por (...)

7Magie de la correspondance, qui poétise, et des hasards « heureux » auxquels Delay, tout aussi sensible aux détails qu’encline aux émerveillements – elle parlait moins de hasards objectifs que d’enchantements33 – était attentive. Ainsi va la vie. Así las cosas. Une hirondelle peut faire le printemps. « Une hirondelle était passée », écrit in fine Florence Delay dans l’admirable Dit Nerval34. Ce Dit…, publié chez Gallimard, dont la couverture bleu nuit de la remarquable collection « L’Un et l’autre » dirigée par J.-B. Pontalis, accueille un tout petit dessin de Gérard de Nerval représentant un oiseau en cage. Dans un geste décidé, pour libérer l’oiseau (image du poète aliéné35), Delay achève son romanesque récit-essai sur une fenêtre ouverte – toujours « ouvrir », toujours la liberté – et l’envol d’une hirondelle – toujours la légèreté, toujours le bleu du ciel, en réponse à celui du grand bleu (et non de la grande bleue), de l’océan Atlantique.

Fig. 1. Florence Delay, Dit Nerval, Paris, Gallimard, 1999.

Fig. 1. Florence Delay, Dit Nerval, Paris, Gallimard, 1999.
  • 36 Ce dossier, considérablement augmenté, sera publié en effet sous forme de livre dans quelques mois.
  • 37 Voir F. DELAY, « C’est en lisant qu’Ignace », in : Il n’y a pas de cheval sur le chemin de Damas, P (...)
  • 38 « Voilà. J’ai eu un père psychiatre et j’ai entendu parler de la souffrance, très jeune. Et j’avais (...)
  • 39 L’étiquette provient de l’entretien de France Culture suscité.
  • 40 Sur cet important sujet, on pourra écouter Pascale CASANOVA, Entretien avec Florence Delay « Les je (...)
  • 41 M. BESSERIE, « Affaires culturelles », France Culture, voir supra : note 38.
  • 42 Ibid.
  • 43 F. DELAY, Mes cendriers, p. 81.
  • 44 Loccit.

8À travers les articles de ce dossier, bientôt augmenté36, qui aspire à former, sinon un petit miracle critique, quelque invitation au voyage, Yannick Barne, Mercedes Blanco, Paul-Henri Giraud, François-Xavier Guerry, Cécile Guilbert, Constant Ranoux et moi-même avons tenté, moins de circonscrire et de définir – on ne circonscrit, ni ne définit, de façon décisive, une telle vivacité d’esprit et une telle liberté créatrice – que de mettre en lumière un regard porté sur l’or de la « vieille » Espagne. Une « vieille » Espagne toujours vivace et parole vive, telle qu’elle aura été examinée et médiatisée des années durant, jusqu’aux œuvres tardives que sont Haute couture (2018), Il n’y a pas de cheval sur le chemin de Damas (2022)37 et Zigzag (2023). De livre en livre, nous avons tâché d’être fidèles à la lettre d’une série de traductions et de textes, parfois un rien, inactuels (elle en convenait38), en bons textes « hors-genre »39, anachroniquement lestés de joie et de ce que Delay appelait « la famille claire » et non « la famille obscure »40. Or ces œuvres, moins d’aujourd’hui que de toujours, il y a lieu, au plus vite, de les relire, de les faire découvrir ou redécouvrir, et de les republier : une réédition dans la collection « Quarto » serait idéale pour de tels textes – en plus de tous les autres, nombreux et qui font œuvre – et pour un tel ensemble, si construit, si cohérent, si affranchi de la mode, de l’air du temps, du goût des autres et du prêt à penser, qu’il se distingue, au sens fort, de bien des productions contemporaines. Puisse cette modeste contribution sur Le Siècle d’or Delay, comme qui dirait La Folie Tristan, servir l’écrivain et son œuvre. Puissent aussi ces études trouver leurs lecteurs et leurs lectrices tels que l’auteur les souhaitait « un peu à l’affût »41, avec « le désir en [eux] d’entendre ce qui n’est peut-être pas dit »42. Qu’ils soient étudiants, grands spécialistes, « professionnels de la profession », ou aficionados, fines mouches, rats de bibliothèque, artistes, cœurs nobles ou têtes de pioche, ou mieux, pour de nouveau citer Delay, « partisans, acteurs, écrivains »43, autant dire : « Tout ce qui [lui semblait] désirable »44.

9Autre chose. Être fidèle à la lettre et à l’esprit de celle qui était la fidélité en personne et l’esprit incarné, ces deux qualités propres à la femme de qualité – ou à la femme supérieure, comme osaient dire les écrivains de la fin du XIXe siècle et du début du XXe –, n’est pas une mince affaire et elle ne l’a pas été, car la littérature résiste, même celle que tissent des textes, en apparence, peu sauvages. Delay y insiste dans La Séduction brève :

  • 45 Id., La Séduction brève, p. 20-21.

L’activité critique ressemble à un art tauromachique détourné de ses règles horaires. D’autant plus que ce que prétend le ou la critique est tout bonnement impossible : il prétend être toréador du texte alors que c’est le texte qui porte l’habit de lumière. Il se lance, sans montre en main, dans ces figures que nous avons vues, traitant le dit et le non- dit, les feux de signalisation, les mots, la syntaxe, au leurre de sa muleta théorique. Mais le critique fait tout ce qui dans l’art sec et pur du toreo est strictement interdit. Il nationalise le texte comme l’espagnolisme (qui est la décadence de l’Espagne) a fait dégénérer la corrida vers la virtuosité et le pathétisme. Il prend des attitudes : parfois plein de peur et de respect, parfois adepte du dolce stil nuovo – alors ces faenas collent aux phrases avec une fadeur mielleuse. Ou bien il s’oblige à avoir du caractère qui est un substitut de l’intelligence. Il fait étalage de vaillance, il truque. « Le pire truc du torero est la témérité. » Face au sujet, qui est la bête, le critique ne fait jamais un tour entier sur lui-même – navarra ou molinete – mais de grands moulinets pour sauver son jeu à lui. Il n’attend pas le roman de face à la véronique mais en se penchant de côté. Il va le chercher alors qu’il faut attendre, il le cherche alors qu’on le rencontre45.

  • 46 Voir Valery LARBAUD, De la littérature que c’est la peine, Paris : Fata Morgana, Saint-Clément-de-R (...)
  • 47 « Nous disons rencontre, et aussi : travail. Ainsi parlions-nous tout à l’heure de l’œuvre, en la d (...)

10Certes. Certes, Florence Delay. Plus forte, plus profonde et plus fine, insaisissable, escurridiza, en somme, la littérature résiste à tous les assauts critiques. Mais, comment dire ? si ce n’est « que c’est la peine »46, selon l’archaïque tournure reprise par ce Valery Larbaud tant aimé d’elle. Que c’est la peine, vraiment, de tenter l’aventure textuelle, de soutenir la gageure herméneutique – terme que Delay n’aurait sans doute pas apprécié –, d’essayer de comprendre, de donner à lire, à entendre, à « écouter-voir », les phrases et les images, le détail et le tout, l’implicite sous l’explicite, le « dit » et le « non-dit ». À sa façon, peu académique, très subtile et, de fait, bien à elle, l’aventurière à l’habit vert (« de verde gabán » dixit Cervantès) a beaucoup sacrifié à l’exercice : son œuvre en témoigne. Avec cette suite critique, mi-française, mi-espagnole, en forme d’hommage collectif et d’essais de « rencontre » – le grand mot que Delay et Starobinski auront eu en partage47 –, non moindre est le désir de souhaiter demeurer, in abstentia, dans le gai savoir et l’énergie joyeuse des livres de

  • 48 On rappellera que 1953 fut, en Espagne, la date de la première édition (censurée, en vérité) des œu (...)
  • 49 Sur le personnage d’Octave B., portrait stylisé de Maurice Bernart (1932-2025), grand producteur de (...)
  • 50 F. DELAY, Alta costura, Manuel Arranz (trad.), Barcelona : El Acantilado, 2019. Voir aussi, Id., A (...)

F comme Fleurs, Fête, Federico 5348
L comme Légèreté, Liberté, Lope de Vega, Larbaud
O comme Octave B.49, Joie, « Joy » de Patou, Sor Juana
R comme Rojas, Récit, Ramón, Roubaud
E comme Espagne, Épée, Énergie, Éclectisme, Éclairs, Edison, Échec, Été à Miradour
N comme Natacha Michel, Nonne Alférez
C comme Cinéma, Cigarettes, Cendriers, Calderón, Course d’amour pendant le deuil, Catalina
E comme Espagne, Enthousiasme, Évangile de Jean
D comme (Les) Dames de Fontainebleau, Delay, Jean, Dit Nerval, Désobéissances, Damas
E comme Etxemendi, roman basque
L comme Langue autre : Littérature
A comme Alléluia, Amies d’enfance, Le aïe aïe de la corne de brume, Arène, Graal Théâtre, Académie, Alta costura50
Y comme Lycée, Ymages, tauromachye et Bergamyn, le maître ès vYe(s)

  • 51 Voir Id., Mon Espagne Or et ciel, p. 220.

11Malgré la tristesse, c’est sur cet acrostiche mis au jour, qui fut adressé en 2017 après la cérémonie de clôture du Centenaire de l’Institut d’Études Hispaniques – et, un (petit) prêté pour un (gentil) rendu, sa destinataire me cita celui de ce don José qu’elle appelait Pepe51 –, que s’ouvre, le plus gaiement possible, le dossier Delay.

  • 52 Note Florence Delay, en guise de phrase et « moins qu’une phrase […], qui fera rire ceux qui croien (...)

12Ouvrir. « Ouvrir les serruriers »52

  • 53 Id., Dit Nerval, p. 7. Voir l’exergue de cet « Avant-propos ».
  • 54 Id., Mon Espagne Or et Ciel, p. 110-112.

13Il est bon de « toujours ouvrir »53 – les portes, les fenêtres, comme les cages ; bon d’être ouvert sur la bibliothèque et ses « fantômes » (ces familiers de Bergamín54) : à l’un d’eux est d’ailleurs dédié Zigzag. Bon de s’ouvrir au monde, à l’autre, à soi, aux autres en soi ; de faire preuve d’ouverture d’esprit et d’esprit d’ouverture, d’esprit de finesse et de contradiction, d’un zest de mauvais esprit et d’esprit tout court. Si possible, dans la joie. C’est, bien entendu, essentiel à toute lecture, à toute recherche, à toute quête de sens, souvent encombrée ou égayée de nonsense. L’œuvre entière de Delay le rappelle. En cela, également, la leçon aura été profitable. Pour beaucoup, cet allegro vivace fut comme « une grâce » – mot de velours dont Florence Delay n’hésitait pas à faire usage dans sa très chrétienne acception. Pour beaucoup, cet allegro risoluto résonnera longtemps.

14Nota bene en mea culpa (et vice versa)

  • 55 Id., Zigzag, p. 40.
  • 56 Ibid., p. 146.

15« Ne pas oublier »55 de faire court. Dans ma ferveur, j’ai oublié ce borgésien conseil que Florence Delay n’aurait pas renié. Aussi, rempli de trop de phrases, plus « sentimentales » (Stein et Delay les traquaient) que lestes et « célibataires », ce memorioso In memoriam, qui a voulu fuir le grand deuil, s’éteint-il enfin de lui-même comme une cigarette dans un cendrier. Sur un point final. Sur un bref : « C’est tout »56.

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Notes

1 « L’Essentiel avec… Florence Delay », Émission proposée par Jacques Paugam, Les Podcasts de l’Institut, diffusée le 17 juillet 2011 : https://podcasts.institutdefrance.fr/emissions/en-habit-vert/lessentiel-avec-florence-delay-de-lacademie-francaise.

2 On accèdera facilement au programme et à l’argumentaire de la rencontre en suivant ce lien : https://www.fabula.org/actualites/122741/le-miracle-est-notre-liberte-le-siecle-d-or-de-florence-delay.html.

3 Pour cet In-memoriam, en souvenir des dialogues avec Florence Delay, j’userai du « je » exceptionnellement.

4 Voir Florence DELAY, La Vie comme au théâtre, Paris : Gallimard, 2015.

5 Id., Mes cendriers, Paris : Gallimard, 2010, p. 51.

6 Programme et argumentaire de la journée : https://www.fabula.org/actualites/documents/116441_47176cd4039313683e53e77073707e80.pdf.

7 Avant d’être réédité dans le recueil Ficciones (Buenos Aires : Editorial Sur, 1944), El jardín de senderos que se bifurcan de Jorge Luis Borges fut publié à Buenos Aires, chez Sur, en 1941, l’année où Florence Delay naquit à Paris.

8 Du moins, mais pas seulement, dans le bien nommé Zigzag : « Ce livre fera le va-et-vient entre elles [les formes brèves], bifurquant à sa guise car son modèle est le zigzag » (F. DELAY, Zigzag, Paris : Éditions du Seuil, 2023, p. 11).

9 Voir Michel CHAILLOU, Michel DEGUY, Florence DELAY, Natacha MICHEL, Denis ROCHE, Jacques ROUBAUD, L’Hexaméron, Paris : Éditions du Seuil, 1990.

10 Voir F. DELAY, Trois désobéissances, Paris : Gallimard, 2004.

11 On en jugera : « Je préfère écrivain [à écrivaine], en effet, les femmes ont assez lutté pour obtenir l’égalité, qui est dans le neutre de la fonction. Et comme le français n’a pas de neutre, c’est le masculin qui est neutre ; il faut respecter la langue. Et puis dans écrivaine, il y a l’adjectif vaine, cela ne me plaît pas. Bien sûr pour certaines professions comme aviatrice, institutrice, le féminin est une évidence, mais pas pour celle-là ! Une des choses les plus belles de la langue française est le E muet, il ne faut pas mettre des E qui vont à contre-courant » (Propos recueillis par Évelyne BELLANGER, La Nouvelle République, article publié le 13 février 2016 : https://www.lanouvellerepublique.fr/france-monde/j-aimerais-que-l-academie-redevienne-plus-litteraire).

12 Sur la langue apprise et le rapport à la langue espagnole, en particulier, on écoutera le bel entretien de l’écrivain avec Kathleen EVIN, « L’humeur vagabonde », France Inter, émission du 10 mars 2015 : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-humeur-vagabonde/florence-delay-ecrivaine-et-academicienne-7304660.

13 La « Cérémonie de commémoration de la création de l’Institut d’Études Hispaniques » eut lieu mercredi 11 octobre 2017, dans la somptueuse salle Louis Liard, et fit salle comble, en présence de M. Fernando Carderera Soler, Ambassadeur d’Espagne, et autres personnalités du monde académique français et espagnol. Voir le programme des allocutions : https://ieh.hypotheses.org/1024.

14 F. DELAY, Mon Espagne Or et Ciel, Paris : Hermann, 2008, p. 110.

15 « Florence Delay […]. Vous avez tout le temps d’écrire vos livres. Ce n’est pas le moment. Vous serez écrivain, ne vous inquiétez pas » (Ibid., p. 196).

16 « Tant de brunes et de blondes sont passées sur mes lèvres que le recensement des urnes peut paraître infini, le nombre incalculable. Il n’en est rien : je ne prétends pas que tous les cendriers dans lesquels je déposais, ou dépose, sont miens ». (Id., Mes cendriers, p. 9, l’italique appartient au texte original).

17 Ibid., p. 107 (c’est moi qui souligne).

18 « L’Essentiel… avec Florence Delay », Les Podcasts de l’Institut, déjà cité.

19 Ibid.

20 Ibid.

21 F. DELAY, Mes cendriers, p. 15.

22 Cécile Guilbert partage avec Florence Delay la passion tauromachique, passion devenue politiquement incorrecte. Delay aimait les articles que Guilbert écrivait dans La Croix. Toutes deux se lisaient l’une l’autre et se suivaient de loin. La journée d’étude consacrée à l’Académicienne scella une rencontre, censée se poursuivre, n’était la vie comme elle va.

23 Sur l’épineuse question de l’écoute de l’autre : « On m’a appris à regarder et à écouter. Et comme depuis le lycée j’ai un souci d’excellence, je regarde et écoute excellemment. Mes misères viennent de là. Lorsque j’écoute on dirait que ma vie tout entière dépend de mon interlocuteur. Petit à petit son discours lui apparaît du plus grand intérêt, et cette bouffée de confiance en soi le conduit assez naturellement au désir. La courtoisie doit-elle satisfaire au désir qu’elle a provoqué ? » (F. DELAY, Minuit sur les jeux [1973], Paris : Gallimard, p. 11).

24 Pierre Lartigue (1936-2008), qui fut professeur d’espagnol, est un poète, romancier et essayiste français, proche d’Aragon, de la revue Action Poétique, puis de l’Oulipo. Critique de danse passionné, il écrivit plusieurs essais à son sujet, dont L’Art de la pointe (Paris : Gallimard, 1992) où il se souvient du jésuite espagnol et de la traduction française de son Agudeza y arte de ingenio. Pour un avis, plutôt acerbe, sur les traductions du titre même de Gracián, on pourra d’ailleurs se reporter à F. DELAY, Petites formes en prose après Edison, Paris : Hachette, 1987, p. 26 ; texte repris par l’auteur dans Zigzag, p. 33-34. À propos de Lartigue, on pourra écouter les mots mêmes de Delay dans Les Podcasts de l’Institut.

25 Gertrude STEIN, The World Is Round, New York : William R. Scott, 1939.

26 Version en ligne du poème : https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Roman_de_la_Rose/1537/Texte_entier.

27 F. DELAY, « Rose, chiens et maris. Gertrude Stein », in : La Séduction brève, Paris : Gallimard, 1997, p. 35.

28 Rappelons que c’est sous le nom de sa mère, Florence Carrez, que Delay incarna à l’écran l’héroïque figure dans le Procès de Jeanne d’Arc (1962) de Robert Bresson, prix spécial du jury au Festival de Cannes 1962.

29 Théophile GAUTHIER, Caprices et zigzags, Paris : Victor Lecou, 1852.

30 J’emprunte, exprès, l’expression à Delay qui, dans Mes cendriers, l’utilise pour souligner une tout autre coïncidence, voir F. DELAY, Mes cendriers, p. 71.

31 C’est moi qui souligne. La célèbre phrase se trouve dans une œuvre, aujourd’hui presque oubliée, signée, non seulement par l’auteur du Capitaine Fracasse mais aussi par d’autres plumes. Voir Théophile GAUTIER, Delphine de GIRARDIN, Jules SANDEAU, Joseph MÉRY, La Croix de Berny : roman steeple-chase, Paris : Librairie nouvelle, 1855 : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k372762.r=.langFR.textePage. Delay la cite notamment dans Haute couture, Paris : Gallimard, 2018, p. 48.

32 F. DELAY, Il me semble, Mesdames, Paris : Gallimard, 2012, p. 79.

33 Id., Dit Nerval, Paris : Gallimard, 1999, p. 54.

34 Ibid., p. 133.

35 « Signé Feu G. rare, il dessine son émouvant petit autoportrait d’oiseau en cage au-dessus d’un portrait […]. Portrait qui sert de frontispice à une brochure sur lui, la première, un an avant sa mort. » (Ibid., p. 25).

36 Ce dossier, considérablement augmenté, sera publié en effet sous forme de livre dans quelques mois.

37 Voir F. DELAY, « C’est en lisant qu’Ignace », in : Il n’y a pas de cheval sur le chemin de Damas, Paris : Éditions du Seuil, 2022, p. 19-24.

38 « Voilà. J’ai eu un père psychiatre et j’ai entendu parler de la souffrance, très jeune. Et j’avais décidé…, moi, je m’étais décidée très vite…, [que] je voulais être une artiste, mais voulais garder la joie. Et c’est venu très très vite le désir esthétique d’être du côté de la joie, de la chercher… et d’essayer de conjurer la souffrance et la douleur. Alors je suis depuis le départ très démodée parce que [la douleur] est quand même plus à l’ordre du jour, beaucoup plus caressée que la joie. L’énergie joyeuse, c’est une très belle expression qui vient de Nietzsche… et je lisse [sic] l’énergie à cela, et c’est presque un exercice spirituel » (Maylis BESSERIE, « Affaires culturelles », Entretien avec Florence Delay, France Culture, émission diffusée le 10 mars 2021 (en ligne) ; c’est moi qui souligne.

39 L’étiquette provient de l’entretien de France Culture suscité.

40 Sur cet important sujet, on pourra écouter Pascale CASANOVA, Entretien avec Florence Delay « Les jeudis littéraires », France Culture, émission diffusée le 13 janvier 2000 : https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/les-nuits-de-france-culture/florence-delay-je-souhaitais-redonner-a-nerval-une-liberte-que-l-histoire-litteraire-lui-a-fait-perdre-9215614.

41 M. BESSERIE, « Affaires culturelles », France Culture, voir supra : note 38.

42 Ibid.

43 F. DELAY, Mes cendriers, p. 81.

44 Loccit.

45 Id., La Séduction brève, p. 20-21.

46 Voir Valery LARBAUD, De la littérature que c’est la peine, Paris : Fata Morgana, Saint-Clément-de-Rivière, 1991. Les textes réunis dans ce livre, court et savoureux, sont des chroniques que Larbaud publia dans la revue littéraire La Phalange entre 1911 et 1914.

47 « Nous disons rencontre, et aussi : travail. Ainsi parlions-nous tout à l’heure de l’œuvre, en la désignant comme un être, et en même temps comme un matériau. Elle est l’un et l’autre : un être qui attend la rencontre, un matériau lui-même travaillé, qui appelle le travail » (Jean STAROBINSKI, Les Approches du sens. Essais sur la critique, Genève : La Dogana, 2013, p. 180).

48 On rappellera que 1953 fut, en Espagne, la date de la première édition (censurée, en vérité) des œuvres complètes de Federico García Lorca (Obras completas, Madrid : Aguilar). Florence Delay en reçut un exemplaire de la main du poète René Char, lequel l’invita à traduire en français ce qui lui plairait : « Prends, me dit-il, et traduis ce que tu aimes. Ce que je fis » (F. DELAY, « Sous l’invocation de Federico », in : Mon Espagne Or et Ciel, p. 44). Sur le poème traduit (« Casida des colombes obscures »), voir aussi F. DELAY, « Casilda de Tolède », in : Haute couture, p. 17-18.

49 Sur le personnage d’Octave B., portrait stylisé de Maurice Bernart (1932-2025), grand producteur de cinéma et époux de Florence Delay, voir F. DELAY, Un été à Miradour, Paris : Gallimard, 2020, p. 20, p. 39-40 et suivantes.

50 F. DELAY, Alta costura, Manuel Arranz (trad.), Barcelona : El Acantilado, 2019. Voir aussi, Id., A mí, señoras mías, me parece. Treinta y un relatos del palacio de Fontainebleau, Caridad Martínez (trad.), Barcelona : El Acantilado, 2016.

51 Voir Id., Mon Espagne Or et ciel, p. 220.

52 Note Florence Delay, en guise de phrase et « moins qu’une phrase […], qui fera rire ceux qui croient posséder la clef des songes » (Id., Zigzag, p. 97).

53 Id., Dit Nerval, p. 7. Voir l’exergue de cet « Avant-propos ».

54 Id., Mon Espagne Or et Ciel, p. 110-112.

55 Id., Zigzag, p. 40.

56 Ibid., p. 146.

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Table des illustrations

Titre Fig. 1. Florence Delay, Dit Nerval, Paris, Gallimard, 1999.
URL http://journals.openedition.org/e-spania/docannexe/image/62003/img-1.png
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Pour citer cet article

Référence électronique

Maria Zerari, « In memoriam Florence Delay »e-Spania [En ligne], 54 | Juin 2026, mis en ligne le 01 juin 2026, consulté le 14 juillet 2026. URL : http://journals.openedition.org/e-spania/62003 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16eng

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