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Marie-Galante (Guadeloupe) à l’épreuve des sargasses : approches anthropologique et géographique d’un risque vécu

Marie-Galante (Guadeloupe) faced with sargassum: Anthropological and geographical approaches to an experienced risk
Florence Ménez, Colette Ranély Vergé-Dépré et Dimitri Béchacq

Résumés

Depuis 2011, comme ailleurs dans la Caraïbe, l’île de Marie-Galante (archipel de la Guadeloupe), et singulièrement la commune de Capesterre-de-Marie-Galante, est touchée par l’afflux massif et discontinu d’algues sargasses. Confrontés à un même phénomène, les habitants de Capesterre élaborent pourtant des représentations divergentes et dynamiques de ces transformations successives du littoral. Nous questionnerons ici l’élaboration de divers registres de mémoires du risque et leur articulation avec les recompositions socio-spatiales induites par cet aléa. Cet article se fonde sur des matériaux ethnographiques produits pendant le projet pluridisciplinaire, citoyen et artistique SaRiMed sur les dynamiques des modes de vie et les incidences sur la santé des habitants des Antilles françaises. 

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Illustration 1 - Manifestation du Collectif Anti-Sargasses de Marie-Galante lors de la visite dans l’île du Préfet Michel Gustin, le 31 mai 2018

Illustration 1 - Manifestation du Collectif Anti-Sargasses de Marie-Galante lors de la visite dans l’île du Préfet Michel Gustin, le 31 mai 2018

Sur le tas d’algues, le manifeste indique : « Stop, nous voulons respirer un air sain !!! ».

Auteur : J.-F. Bernault, 2018.

1« Bienvenue à Capesterre de Marie-Galante, bienvenue à Sargasses land » (France-Antilles Guadeloupe, 11 juin 20181) : c’est par cette expression ironique que le 11 juin 2018, Marlène Bourgeois-Miraculeux, alors mairesse de cette petite commune (3 300 habitants, soit 1/3 de la population de l’île) de l’archipel guadeloupéen, accueille Annick Girardin et Nicolas Hulot, respectivement ministre des Outre-mer et ministre de la transition écologique et solidaire. Elle illustre ainsi la détresse et la colère des habitants de Capesterre2 (illustration 1), l’une des trois communes de cette île de 158 km², la plus impactée par ce qui est communément appelé le « phénomène des sargasses » ou la « crise des sargasses ». Celle-ci est provoquée par les échouements d’algues brunes, de plus en plus continus depuis 2011, sur les côtes orientées à l’est et au sud-est des îles et espaces continentaux de la Caraïbe. Des flux soudains et irréguliers de ces macro-algues holopélagiques (qui se développent à la surface de l’eau) du genre Sargassum, espèces S. natans et S. fluitans, sont devenus de plus en plus denses dans les zones situées entre les côtes de l’Afrique de l’Ouest et du Golfe de Guinée et celles du nord du Brésil constituant une « grande ceinture atlantique de sargasses » (Wang et al., 2019). L’augmentation est avérée par tous les scientifiques : en 2016, année assez calme, la biomasse en mer pouvait atteindre 1 million de tonnes par mois, alors qu’en 2021, on estimait que 18,4 millions de tonnes circulaient dans l’Atlantique au mois de juin (Hu et al., 2023). L’origine et la dynamique de ces flux n’ont pas encore été établies avec certitude (Putman et al., 2022), malgré la mobilisation de plusieurs institutions3. Ces proliférations seraient dues en partie au changement global (température des océans en hausse, modification des courants océaniques, rejets croissants de nutriments, etc.). L’île de Marie-Galante, et singulièrement la commune de Capesterre, n’échappent pas à ce nouvel aléa et de façon disproportionnée puisqu’elle reçoit régulièrement jusqu’à 30 à 40 % de la totalité des échouements annuels de l’archipel guadeloupéen, selon les données de la cellule PULSAR en 2018. Ces sargasses échouées provoquent des dégradations sur les paysages et les écosystèmes côtiers (Dolique et al., 2021). De plus, ces échouements modifient les modes de vie des habitants, entre autres à cause de la diffusion de gaz neurotoxiques dus à la dégradation des algues sur les côtes. Ils affectent la santé et amènent aussi à un sentiment d’ostracisation d’une commune et de ses habitants par rapport aux deux autres communes de l’île, et à l’intérieur d’une commune, au déclassement du bourg et de certains quartiers. Confrontée à un même phénomène physique, la population de Capesterre élabore pourtant, à propos de ces transformations du littoral, des représentations divergentes et dynamiques. Les représentations des habitants varient selon leurs usages respectifs antérieurs et contemporains du littoral, leurs origines et leurs parcours de vie, et enfin en fonction du flux et du reflux du phénomène et de l’attention politique qui est portée à celui-ci.

2Au niveau institutionnel, le phénomène est désigné parmi les « risques "nouveaux" ou d’une intensité plus forte » par le Sénat (2019, p. 122). Sur le plan juridique, du fait de son caractère non ponctuel et non directement létal, ce phénomène n’est, pour l’instant, pris en compte ni comme risque naturel majeur ni classé en catastrophe naturelle. Pourtant, la catastrophe se définit avant tout par une rupture brutale et l’intensité de ses impacts (Dauphiné, 2003). Sur le plan anthropologique, la « catastrophe » représente également un événement générant une multiplicité de discours cherchant à la rendre intelligible par différents régimes explicatifs (Revet, 2010 ; Glowczewski et Soucaille, 2011 ; Moreau, 2017). Une analyse sémantique de 663 articles parus entre 2011 et 2019 dans le quotidien France Antilles (Ménez, 2022), révèle que le terme de « risques » n’apparaissait qu’à la 21e place parmi 49 occurrences retenues, largement après « phénomène(s) », « problème(s) » et « invasion(s) ».

3En se fondant sur le matériau ethnographique produit dans le cadre de la recherche SaRiMed (Fondation de France, n° 00109624, UMR AMURE-UBO, UMR LC2S-UA, janvier 2021-avril 2023) sur les dynamiques des modes de vie et les incidences sur la santé des habitants des Antilles françaises, qui réunit des chercheurs en sciences sociales de plusieurs disciplines, ainsi que des médecins, artistes et citoyens, nous pouvons avancer que la « rupture d’intelligibilité du monde » (Bensa et Fassin, 2002) que constituent ces arrivages d’algues est diversement vécue et mémorisée. Ce phénomène constitue donc un événement car il marque une césure temporelle entre un avant et un après. Il reconfigure des pratiques anciennes dans un environnement côtier réputé « paradisiaque » mais exposé aux aléas. Comment se manifestent les impacts sanitaires, sociaux et économiques provoqués par les échouements de sargasses à Marie-Galante ? Comment ce phénomène singulier, du fait qu’il mobilise de façon discontinue des marqueurs sensoriels (vue et odorat), s’inscrit-il dans les mémoires ? Entre les recompositions spatiales, les stratégies d’adaptation et les enjeux de réputation, quelles sont les conséquences de ce phénomène sur les modes d’habiter le littoral (Robert et Melin, 2016) ?

  • 4 La collection de photographies est consultable sur Nakala (entrepôt de données de recherche créé et (...)

4Chercheurs en géographie et en anthropologie, nous avons croisés nos regards pour exploiter les données issues d’enquêtes ethnographiques, et plus particulièrement celles issues du terrain marie-galantais. Ce choix permet de suppléer à la carence de données sociales concernant les conséquences des sargasses échouées dans des zones urbanisées. Il est étayé par 59 entretiens semi-directifs réalisés principalement à Capesterre, entre avril et juin 2022, des observations participantes, de la documentation photographique, une revue de la presse, des réseaux sociaux et de la littérature4. Cette approche qualitative et diachronique, a pour objectif de saisir, à partir du cas de Marie-Galante, quelques-unes des transformations socio-spatiales liées à ce phénomène symptomatique des aléas qui touchent la Caraïbe.

Une petite île en crise à l’épreuve des sargasses

5Les zones touchées par les échouements de sargasses sont d’année en année sensiblement les mêmes, couvrant 9 % des littoraux de l’archipel guadeloupéen, dont les deux tiers sont habités (Ministère des Outre-mer et al., 2016). À Marie-Galante, la localisation des échouements produite par la Direction de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement de Guadeloupe, et depuis juillet 2022 par Météo-France, montre que la moitié des 84 km de côtes de l’île peut être impactée par ces échouements. Les sites les plus fortement et régulièrement affectés sont tous situés sur la commune de Capesterre, exposée aux alizés, et étaient, jusqu’alors, très fréquentés : le port et la plage du bourg, la plage de la Feuillère, l’anse et la plage de Petite Anse (illustration 2).

Illustration 2 – Marie-Galante : organisation et dynamiques territoriales d’une île en déprise

Illustration 2 – Marie-Galante : organisation et dynamiques territoriales d’une île en déprise

Auteur : C. Ranély Vergé-Dépré, 2023.

  • 5 Source : Recommandations de l’ARS face aux risques sanitaires liés aux sargasses (Site Gwad’Air, In (...)

6L’impact des échouements dépend également des configurations du littoral (plage sableuse, baie rocheuse) où les algues vont se déposer en couches successives et se décomposer sur le rivage, et/ou stagner et couler en quelques jours, ou bien, mais plus rarement, repartir grâce à un coup de vent. Dans l’état actuel des dispositifs pour contrer les impacts négatifs des échouements, les barrages en mer et le ramassage sont majoritaires. En 2017, un barrage flottant financé par le Conseil départemental avait été installé dans le chenal d’accès au port de Capesterre, mais n’a pas résisté à la pression des algues. Parmi les nuisances figurent les odeurs nauséabondes, qualifiées parfois « de charogne », émises lors de la décomposition des sargasses par les gaz, notamment l’hydrogène sulfuré (H2S) et l’ammoniac (NH3). La propagation des gaz corrode les métaux, les systèmes électriques et électroniques, amenant à une forme d’anxiété dont l’expression la plus éclairante est l’hypothèse formulée par de nombreux habitants sur la corrélation entre dégradation du matériel et dégradation du corps (Ménez, 2019). Les impacts sanitaires associés à une exposition prolongée à ces gaz neurotoxiques (céphalées, problèmes digestifs, irritations oculaires, symptômes respiratoires allergiques), sont aujourd’hui avérés, même si les effets à long terme sont encore inconnus (HCSP, 2018 ; Resiere et al., 2021). En mesure préventive, et devant la pression des habitants mobilisés pour connaître les taux de gaz inhalés, l’Agence régionale de santé (ARS) et Gwadair, association agréée de surveillance de la qualité de l’air, ont installé un capteur près du port de Capesterre. En période de forts échouements et d’absence de ramassage, ou de ramassage différé, les concentrations en H2S et NH3 sur 24 h ont dépassé à plusieurs reprises les seuils critiques établis par l'ARS5. En 2018, la prise en compte du risque aboutit localement, entre autres, à un arrêté de la mairesse pour interdire momentanément la circulation sur le boulevard maritime, et à une réquisition de matériel pour le ramassage par le Préfet Gustin. À cette époque-là en effet, le port de pêche de Capesterre, aménagé en plein bourg, est englué dans les sargasses (illustration 3), mettant les canots à rude épreuve, ou obligeant à leur déplacement.

Illustration 3 – Le port de Capesterre totalement bloqué par les sargasses le 27 mai 2018

Illustration 3 – Le port de Capesterre totalement bloqué par les sargasses le 27 mai 2018

Auteur : J.-F. Bernault, 2018.

  • 6 Entretien MG-FM-AC-005, 22 avril 2022, données confirmées par le Journal du Net (URL: https://www.j (...)

7Capesterre voit ses activités économiques péricliter et son image touristique ternie. Commerces, restaurants, gîtes touristiques, sont confrontés à une baisse de leurs clientèles et sont parfois obligés de cesser toute activité pendant plusieurs mois, voire définitivement, ou de déménager. À cela s’ajoutent les frais liés aux renouvellements fréquents des matériels, non remboursés par les assurances dès lors que l’Etat refuse de reconnaître ce phénomène comme catastrophe naturelle, malgré l’engagement de plusieurs personnalités politiques. Capesterre perd de son attractivité touristique du fait de ses paysages dégradés, mais aussi à cause de la fermeture en 2017 de l’hôtel ayant la plus grande capacité (Cap Reva, 32 chambres), déjà fragilisé financièrement. Les sargasses impactent aussi le budget communal : la municipalité alerte régulièrement la population et les autorités publiques sur le coût de l’enlèvement des sargasses par des moyens mécaniques ou humains (illustrations 4 et 5), qui engloutit jusqu’au quart de son budget total annuel6.

Illustration 4 - Ramassage de sargasses sur la plage du bourg de Capesterre en 2018

Illustration 4 - Ramassage de sargasses sur la plage du bourg de Capesterre en 2018

Auteur : J.-F. Bernault, 2018.

Illustration 5 – Ramassage de sargasses sur la plage du bourg de Capesterre en 2022

Illustration 5 – Ramassage de sargasses sur la plage du bourg de Capesterre en 2022

Auteur : F. Ménez, 2022.

8La présence abondante et récurrente des sargasses s’inscrit dans un cycle de « crises des économies insulaires » (Desse, 2010) entamé sur l’île – et plus globalement dans les Antilles françaises – depuis les années 1960. Alors que Marie-Galante était encore peuplée de 15 867 habitants en 1967, sa population décroît pour atteindre 10 565 habitants en 2019 (INSEE). En cause notamment la vague d'émigration résultant de la crise de la production sucrière depuis les années 1960 (Schnakenbourg, 2016). Faute d’avenir professionnel, des jeunes adultes quittent l’île, au profit notamment de l’Hexagone et de l’agglomération de Pointe-à-Pitre, la capitale économique, amenant un vieillissement structurel de la population. On constate en outre depuis quelques années l'installation de Métropolitains à la recherche d'un cadre de vie plus « authentique » qu'en Guadeloupe continentale et d'un coût du foncier jusqu’ici réputé moindre. La densité de la population est de 66,9 hab/km2 en 2019, quand elle est de 247,9 hab/km2 pour toute la Guadeloupe. Le taux de chômage dans l’île atteint 27,2 % de la population active en 2018, contre 28,8 % dans l’archipel (IEDOM, 2021). Bien que la canne à sucre soit encore bien présente (illustration 2) dans les paysages et l’économie (Bisson et Turkovics, 2021), 74,2 % des emplois sont désormais dans le secteur tertiaire, surtout dans les administrations publiques, l’enseignement et la santé. Comme dans le reste de l’archipel, la pêche reste artisanale et périclite, ne faisant vivre dans l’île que 48 pêcheurs professionnels en 2018. La « Grande Dépendance » s'ouvre peu à peu au tourisme, mettant en avant son caractère d’île tranquille et « authentique » (Giraud-Labalte, 2007). Au 1er janvier 2022, Capesterre compte le plus grand nombre de chambres d’hôtels, mais les chiffres pèsent peu dans le total de l’archipel : 41 chambres (pour deux établissements, dont un classé trois étoiles), contre 36 à Grand-Bourg et 17 à Saint-Louis (INSEE, 2022). L’essentiel de l’offre d’hébergement est constitué de gîtes et de chambres d’hôtes. Même si la situation de Marie-Galante est meilleure que dans les autres dépendances, Les Saintes et La Désirade, plus petites et moins peuplées, l’île souffre d’un sous-équipement en services administratifs et sociaux et n’est reliée qu’avec le « continent », par des liaisons maritimes quotidiennes (Ranély Vergé-Dépré, 2022). Les ressentis liés à cette situation se retrouvent dans les discours autour de la crise des sargasses. En effet, le sentiment de double insularité, ou surinsularité, est mis en exergue par les habitants, quand le monde politique s’exprime, lui, sur le registre de l’insularisme (Taglioni, 2006).

9Ce phénomène s’ajoute en fait à une longue liste d’aléas auxquels Marie-Galante peut être exposée : tempêtes, ouragans, sécheresses, séismes, tsunamis, mouvements de terrain, maladies vectorielles dues aux moustiques (dengue, chikungunya, zika), apport atmosphérique par les particules fines venant du Sahara, communément appelées « brume de sable », etc. Par contre, contrairement à d’autres îles antillaises, elle est épargnée par la pollution des sols au chlordécone (absence de bananeraies) et par les éruptions volcaniques. La conjonction de ces dangers potentiels ou avérés exacerbe la vulnérabilité de sociétés (Pagney Bénito-Espinal, 2022), déjà en proie à des inégalités sociales (Nicolas et al., 2018).

Mémoires et banalisation du risque

10Apparu depuis plus de dix ans, comment ce phénomène des sargasses s’inscrit-il dans la mémoire des populations et des lieux ? La césure dans le temps, provoquée par les premiers échouements en 2011 à Marie-Galante, nécessite en effet de revenir à cet avant idyllique porté par Capesterre, réputée pour ses plages. Le toponyme de Capesterre a pour origine un terme maritime, « cabesterre », c’est-à-dire une terre exposée aux vents d’est : « Marie-Galante est presque constamment rafraîchie par le souffle de l'alizé » écrivait le géographe Guy Lasserre. « Lorsqu'on vient de la malsaine et étouffante Pointe-à-Pitre, c'est une résurrection que de se laisser fouetter par le vent pur. Capesterre jouit d'un climat justement réputé et sur ses plages de sable madréporique où poussent raisiniers et cocotiers, en contemplant les "cayes" battues par les lames atlantiques, on retrouve les îles paradisiaques des poètes » (Lasserre, 1961, p. 573).

Illustration 6 – La Pentecôte à la plage de Petite-Anse, sur la commune de Capesterre – Baignade (gauche) et pique-nique (droite)

Illustration 6 – La Pentecôte à la plage de Petite-Anse, sur la commune de Capesterre – Baignade (gauche) et pique-nique (droite)

Source : collection de l'écomusée de Marie-Galante. Auteur : P. Bavarday, 1977.

11Ce témoignage et ces photographies (illustrations 6a et 6b) donnent à lire et à visualiser la subjectivité à l'œuvre dans l’« invention du lieu » (Corbin, 1988). Si l’exotisme procède d’un ailleurs construit par le regard distant, des pratiques ante sargasses, ancrées et régulières dans ce même lieu, façonnent des souvenirs qui, à l’instar de cet imaginaire, construisent cette mémoire de Capesterre. Ce jeune retraité marie-galantais évoque ainsi un rapport à la mer socialement et géographiquement construit :

  • 7 Entretien MG-FM-011, 2 mai 2022.

« Avant la rentrée des classes, on allait à la mer deux fois, c’était la journée à la plage […], on n’allait pas à la mer comme ça […] les enfants de la mer profitaient de la mer, les enfants de la campagne profitaient de la campagne »7.

12Cette autre native, vivant essentiellement en Guadeloupe « continentale », décrit ainsi les lieux tels qu’ils étaient dans les années 1970 :

  • 8 Entretien, MG-FM-LP-022, 12 juin 2022.

« Quand nous étions petits […] il y avait du sable tout le long [ndlr du bourg de Capesterre], c’était une digue qui permettait de descendre […], on adorait ça, c’est là que les gens allaient chercher le poisson […] et on se baignait là »8.

13Cette mémoire des lieux mobilise des souvenirs qui mettent en scène des usages et des pratiques, ritualisés et normés, régissant l’accès et la fréquentation de la plage. Cette octogénaire, native et résidente du bourg, se remémore également le plaisir des bains sur la plage de la Feuillère avant l’arrivée des sargasses (illustration 7a) :

  • 9 Entretien MG-FM-LP-023, 13 juin 2022.

« Ma plage pour le bain, quand je rentrais à la Feuillère, la mer jusque-là [ndlr elle indique ses épaules] quel délice ! Ah oui ! Et puis après je faisais tous les mouvements sur la plage, j’étais à mon aise »9.

14C’est depuis un tout autre paysage qui s’offre aux visiteurs et aux habitants de Capesterre (illustration 7b) , créant chez ces derniers un sentiment de perte souvent considérée comme irrémédiable : « Cette sargasse-là nous a enlevé quelque chose » (ibid.).

Illustration 7 – La plage de la Feuillère, à Capesterre avant les sargasses, en 2009 (gauche) et en 2022 (droite)

Illustration 7 – La plage de la Feuillère, à Capesterre avant les sargasses, en 2009 (gauche) et en 2022 (droite)

Auteur : C. Ranély Vergé-Dépré, 2009 (gauche) - F. Ménez, 2022 (droite).

15Les sentiments de bien-être et de quiétude associés à la plage, ce lieu particulier qui agrège tant de souvenirs, coexistent avec la pleine conscience de l’exposition de ce littoral aux aléas. En effet, cette même interlocutrice caractérise une menace constante et inhérente à cette côte : son érosion (illustration 8).

  • 10 Entretien MG-FM-LP-023, 13 juin 2022.

« [ndlr Sur la plage de la Feuillère] on a perdu les cocotiers déjà […], quand j’étais petite, tout ça c’était des raisiniers, il n’y avait pas de maisons jusqu’au bout, la mer a mangé, a mangé tout ça. Heureusement on a fait […] la première digue, et on a continué les travaux d’enrochement »10

Illustration 8 - Vue aérienne du bourg de Capesterre en 2017

Illustration 8 - Vue aérienne du bourg de Capesterre en 2017

Source : Géoportail © IGN, 30/01/2017.

  • 11 Entretien MG-FM-003-CMG, 21 avril 2022.

16Ce phénomène pouvait initialement revêtir le caractère de la banalité : « C’est un élément qui nous atteint depuis 2011, mais qui pour nous était tout à fait naturel puisque bon, des algues, on en a toujours reçu sur les rives »11. Pourtant, il s’ensuit rapidement une rupture dans le temps et dans l’espace depuis l’arrivée massive des sargasses avec lesquelles il faut composer et dont l’irrégulière mais tenace présence façonne des marqueurs mémoriels spécifiques. Émerge alors une nouvelle normalité que l’on trouve par exemple sous la forme d’une expertise quant à sa saisonnalité corrélée avec d’autres éléments perturbateurs : « Aujourd’hui, on connaît la saison des sargasses : dès qu’il commence à faire chaud, et que derrière il y a toute cette nappe de poussières qui vient du Sahara » (même entetien).

  • 12 Entretien MG-FM-011-CMG, 2 mai 2022.
  • 13 Entretien, MG-FM-LP-019, 9 juin 2022.
  • 14 À l’instar des autres Antilles françaises, le vieillissement de la population à Marie-Galante est n (...)
  • 15 Entretien MG-FM-003-CMG, 21 avril 2022.

17Le phénomène des sargasses se distingue des autres risques naturels entre autres parce qu’il mobilise deux sens, la vue et l’odorat, qui deviennent ici des marqueurs mémoriels organisant un rapport alternatif à sa réalité. Le sens olfactif est immédiatement sollicité par la présence des sargasses mais son acuité diminue avec « l’habitude » : « L’odeur… la première fois que je suis venue, l’année quand ils ont laissé stagner, [...] ça vous donne le tournis […] ça me vient comme ça à chaque fois, j’oublie l’odeur »12. Un retraité résidant depuis deux ans à Marie-Galante après une vie professionnelle en Guadeloupe renchérit : « Au fur et à mesure, je m’y suis habitué. Avant je ne dormais pas, mais je m’y suis habitué maintenant, j’ai pris un ventilo, donc là maintenant ça va […]. Je ne mens pas : je suis descendu à Pointe-à-Pitre, et j’ai complètement oublié les sargasses au bout de 15 jours ! »13. Ces témoignages permettent donc de caractériser le rapport aux sargasses en fonction de la capacité à être mobile ou pas, et pose aussi la question de la prise en charge des personnes, notamment âgées14, confrontées à ce phénomène. La transformation paysagère induite mobilise ce deuxième sens, la vue, qui sert en outre de levier pour une prise de conscience, par les élus locaux ou les habitants cherchant à alerter les autorités publiques. Cette octogénaire relate ainsi : « Le préfet était monté avec […] le maire, des conseillers… et une dame qui vient avec un petit morceau [ndlr d’objet] abîmé avec les sargasses pour montrer [...] quel dégât ça fait […]. Il faut montrer des preuves, elle a apporté des preuves : ça nous abîme ce que nous avons »15. La vue contribue ainsi à la constitution de la preuve quant aux conséquences néfastes des sargasses.

Ruptures et continuités de l’habiter littoral

  • 16 Entretien MG-FM-011-CMG, 2 mai 2022.

18Les conséquences sociales, économiques et sanitaires des échouements de sargasses à Capesterre sont telles que les premières mobilisations collectives se mettent en place en 2015. Le sentiment de relégation dû à la surinsularité et à l’héritage colonial, devient d’autant plus fort que les protestations semblent ne pas être entendues (Fiszbin, 2011). Un habitant témoigne : « Qui va nous entendre ici, on n’a même pas de radio, on n’a même pas de télé, on est resté plus de cinq ans à avoir les sargasses, même la Guadeloupe ne s’occupait pas de nous, personne ne s’occupait de nous, donc on va gueuler auprès de qui ? »16. En 2018, les échouements de sargasses prennent de l’ampleur. À partir de cette période, le phénomène agit comme déclencheur et/ou accélérateur d’une recomposition spatiale aux échelles communale et insulaire. L’idée de déplacer le bourg de Capesterre, et d’en faire en quelque sorte une « ville-nomade » (Musset, 2002), a été jugée trop radicale et inadaptée par plusieurs de nos interlocuteurs. Des stratégies individuelles de relocalisation mobilisant des réseaux familiaux et d'interconnaissances ont en revanche été mises en place. Elles se sont accompagnées d'un déplacement de certaines activités économiques du bourg vers Grand-Bourg et Saint-Louis, gage pour celles-ci d'opportunités de développement.

  • 17 Entretien MG-FM-003-CMG, 21 avril 2022.

19Cette nouvelle spatialisation s’est réalisée différemment selon les catégories socio-professionnelles des habitants, selon leur âge, leur origine, leur ancrage et réseau familial, mais également en fonction de leur mémoire et perception des risques. Les récits font état de trajectoires contraintes dans l’île. Au motif d’une mise en sécurité des personnes âgées, des relocalisations présentées comme temporaires ont été négociées âprement dans les familles. Cependant, les aînés ont pu voir dans ces mobilités forcées un abandon de leurs modes de vie ancrés sur le bord de mer, risquant de s’inscrire sur la durée. D’autres par contre, qui avaient déjà l’habitude de séquencer leur vie entre bourg et campagne au gré des conditions climatiques, des travaux domestiques ou agricoles, semblent s’en accommoder. D’autres habitants quittent la proximité de la route menant au lieu de stockage des sargasses, sur laquelle on compte parfois jusqu’à 35 rotations journalières de camions-bennes. Ce restaurateur capesterrien a ainsi renoncé à la maison dont il était locataire : « J’habitais sur la route où étaient transférées les algues : j’ai dû déménager parce que c’était impossible de vivre là avec les odeurs, [ndlr à cause de] tout l’écoulement des eaux [ndlr de ramassage] sur la route »17.

20Sur le front de mer, des logements sociaux construits dans les années 1990, au bâti rongé par les embruns, ont été délaissés à partir des échouements massifs de 2018. Les familles ont saisi l’opportunité de nouvelles constructions à Saint-Louis et à Grand-Bourg pour se rapprocher de certaines commodités. Le bourg de Capesterre a ainsi perdu de son attractivité et de nouveaux arrivants se sont installés sur ses hauteurs. Il s’agit aussi bien de se mettre à l’abri des odeurs de sargasses - ce qui n’est pas toujours le cas en période de forts échouements -, que d’échapper à une vie urbaine sur le continent guadeloupéen ou dans l’Hexagone.

  • 18 Entretien MG-FM-011-CMG, 2 mai 2022.

21Pour les habitants restés dans le bourg de Capesterre, les adaptations du quotidien à la présence des sargasses sont contraignantes. Les stratagèmes sont pluriels et vont de l’évitement de certains endroits du domicile au port du masque à gaz dans la maison. À l’extérieur, les activités de baignade sur les plages de Capesterre se sont déplacées vers celles de Grand-Bourg ou vers Saint-Louis, sur la plage des Trois-Îlets ou à l’Anse Canot. De ce fait, pour les personnes âgées non véhiculées, se rendre à la plage nécessite désormais la mobilisation d’un proche. Cela augmente certes la fréquence des relations familiales, mais induit tout autant une perte d’autonomie. Ces nouvelles conditions d’habiter le littoral révèlent les affects attachés à un lieu et à sa mémoire : « Ceux qui sont remontés à la campagne, y en a plein, mais y a des personnes âgées qui n’ont pas voulu partir parce qu’ils voulaient mourir chez eux »18.

22Les mobilités contraintes ont accentué un lien indéfectible à Capesterre et aux habitants qui sont restés, activant ou réactivant une identité d’appartenance, créant une communauté d’expériences (Hajjat, 2005) et une solidarité avec les activités commerçantes, cultuelles ou récréatives du bourg. Cette expérience commune a finalement interrogé autant l’entraide économique que les liens familiaux et la politique de l’attention et du care (Tronto, 2012). Revendiquant ces liens, des habitants ayant déménagé font leurs courses dans le bourg de Capesterre, usant de tactiques comme la rapidité d’exécution ou la protection des voies respiratoires pour éviter les désagréments et les risques.

  • 19 Parmi ces actions, nous pouvons citer la sollicitation des médias et des politiques, notamment en 2 (...)

23Ce rapport pratique et sensible à l’environnement est d’autant plus révélateur qu’il est stigmatisant et générateur d’une réputation (Bougerol, 2007). Touristes, professionnels ou habitants d’autres communes n’ont pas cette expérience des Capesterriens et perçoivent le risque des sargasses avec distance. Un restaurateur métropolitain explique comment les mobilisations collectives ont été une arme à double tranchant en exposant dans l’espace public et les médias la difficulté de vivre sur le littoral et les risques sanitaires encourus. Cette médiatisation a eu, au final, un impact encore plus négatif que les sargasses elles-mêmes. Des loueurs de voiture, conseillant aux touristes de préférer Grand-Bourg ou Saint-Louis à Capesterre, ont aussi contribué à la construction de cette mauvaise réputation. D’autres acteurs, du fait de leur position et de leur capacité à accéder aux médias, sont jugés comme ayant également une responsabilité. Ce Marie-Galantais, propriétaire d’un gîte, pointe ainsi du doigt les actions menées par l’ancienne mairesse19, qu’il trouve par ailleurs légitimes pour alerter les différentes échelles de gouvernance : « Plus elle parlait des sargasses et plus elle nous noyait en tant que sargassés, dans la réputation de commune à sargasses, donc affectée, donc elle a fait fuir beaucoup de clients, à force de pleurer » (Ibid.).

  • 20 Entretien MG-FM-LP-022, 12 juin 2022.

24La difficulté de ce paradoxe du risque vécu est qu’il a en outre causé une fracture et une désolidarisation entre les Marie-Galantais, alors que l’île a créé, en 1994, la première communauté de communes en outre-mer : « À partir de là les touristes ont eu peur de Capesterre, donc on a été zappé, vous voyez la petite plage qu’il y a à Grand-Bourg ? Il n’y avait pas de plage à Grand-Bourg, c’est quand nous on est devenu affecté par les sargasses [ndlr que la plage a été équipée] » (ibid). Une Capesterrienne communiquant sur les risques sanitaires encourus par les sargasses, s’est même vu reprocher son activisme par des commerçants des deux autres communes, arguant de leur éloignement des sargasses : « Nous on n’est pas concernés par tes affaires ». Ils l’accusèrent de jeter l’opprobre sur toute l’île car « ça faisait une mauvaise publicité pour Marie-Galante. […] il faut arrêter de poster ça, il n’y a plus personne qui vient sur Marie-Galante, tu fais fuir les gens, […] tu nous enlèves le pain de la bouche »20. Il apparaît ici que le risque vécu ne doit être ni qualifié ni divulgué en-dehors du contexte dans lequel il se produit, ce qui représente un véritable paradoxe pour un territoire vivant en grande partie de ses relations avec l’extérieur.

Conclusion

25Les échouements de sargasses, nouvel aléa apparu en 2011 dans la grande Caraïbe, n’ont donc pas épargné l’île de Marie-Galante. En exposant quelques-unes des conséquences de ce phénomène sur la population de Capesterre, commune la plus touchée, nous nous sommes intéressés plus particulièrement aux impacts vécus et aux stratégies d’adaptation. Les enquêtes ethnographiques réalisées en 2022 montrent que les conséquences sanitaires et socio-économiques sont clairement identifiées par les habitants, mais que le statut de cet évènement est encore fluctuant. En effet, celui-ci n’est jusqu’ici reconnu ni comme risque ni comme catastrophe naturelle, selon les acceptions scientifiques, juridiques et administratives. Par ailleurs, le phénomène s’inscrit dans une temporalité multiple rendue visible par l’évolution paysagère et sociale. La mémoire locale est marquée par plusieurs séquences, de l’avant idyllique jusqu’aux multiples transformations du territoire et des modes de vie : changement dans les pratiques de loisirs, aménagement du littoral, relocalisation des lieux de vie et des activités économiques, etc.

26Les réponses institutionnelles aux échouements de sargasses (installation de barrages et ramassages) ne garantissant pas la qualité de vie, des stratégies d’évitement ont été instaurées par les habitants, soit à leur domicile, soit par des mobilités contraintes. Ces dynamiques engagent de nouvelles représentations et de nouveaux usages de l’espace insulaire. En actionnant des leviers de solidarité intrafamiliale et des réseaux d’interconnaissances à l’échelle de la commune et de l’île, ou en partageant des parades et des solutions au quotidien, les habitants construisent une communauté d’expériences. Les enquêtes font également apparaître le paradoxe du risque vécu. Le processus d’alerte permet, d’une part, de rendre visible ce dernier au-delà du contexte de la commune, mais, d’autre part, construit une réputation renforçant la perte d’attractivité de Capesterre. Dès lors, habiter le littoral devient un défi constant qui oblige les habitants à inventer de nouvelles stratégies pour continuer à vivre avec ce phénomène, en s’adaptant à ses contraintes. Entre catastrophes et opportunités localisées, le cas de Marie-Galante est exemplaire des difficultés et dynamiques communes à de nombreuses îles et espaces littoraux face aux sargasses, et, plus largement, face aux effets du changement climatique.

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Notes

1 URL: https://www.guadeloupe.franceantilles.fr/actualite/politique/n-hulot-a-capesterre-de-marie-galante-bienvenue-a-sargasses-land-423584.php

2 Le nom de l’île est habituellement ajouté à Capesterre pour distinguer la commune de celle de Capesterre-Belle-Eau, située au sud de Basse-Terre en Guadeloupe. Notre article ne concernant que Capesterre-de-Marie-Galante, nous utiliserons désormais le nom de Capesterre.

3 Les recherches sont menées par l’université de Floride, l’UWI (University of West Indies), l’université de Southampton (site Sargassum Information Hub. Information about Sargassum in the Tropical Atlantic. URL: https://sargassumhub.org/), et par des universités françaises. Des collaborations au niveau interrégional sont nouées par le programme Interreg Sarg’Coop (site du Programme caribéen de coopération de lutte contre les algues sargasses, 2019-2022. URL: https://sargcoop.org/fr/accueil/). Depuis le premier appel à projets de l’ANR en 2019, des recherches ont pu produire des résultats, axés pour l’instant sur les morphotypes, polluants et valorisation des sargasses (Site de l’ANR, page Apprendre à vivre avec les sargasses, 22/03/23. URL: https://anr.fr/fr/actualites-de-lanr/details/news/apprendre-a-vivre-avec-les-sargasses/) (consultés le 07/05/2023).

4 La collection de photographies est consultable sur Nakala (entrepôt de données de recherche créé et géré par l'infrastructure de recherche Huma-Num). DOI: https://nakala.fr/collection/10.34847/nkl.0b000n8h. Les entretiens sont également déposés de manière sécurisée sur Nakala mais non consultables et non accessibles sans autorisation. Enfin des informations sur le projet de recherche peuvent être trouvées sur le carnet Hypothèses correspondant. URL: https://sarimed.hypotheses.org/

5 Source : Recommandations de l’ARS face aux risques sanitaires liés aux sargasses (Site Gwad’Air, Indice de la qualité de l'air. Guadeloupe & Saint-Martin. Mesures des algues sargasses. URL: https://www.gwadair.fr/surveiller/mesures-sargasses (consulté le 18/10/2023).

6 Entretien MG-FM-AC-005, 22 avril 2022, données confirmées par le Journal du Net (URL: https://www.journaldunet.com/business/budget-ville/capesterre-de-marie-galante/ville-97108/budget, consulté le 07/05/2023).

7 Entretien MG-FM-011, 2 mai 2022.

8 Entretien, MG-FM-LP-022, 12 juin 2022.

9 Entretien MG-FM-LP-023, 13 juin 2022.

10 Entretien MG-FM-LP-023, 13 juin 2022.

11 Entretien MG-FM-003-CMG, 21 avril 2022.

12 Entretien MG-FM-011-CMG, 2 mai 2022.

13 Entretien, MG-FM-LP-019, 9 juin 2022.

14 À l’instar des autres Antilles françaises, le vieillissement de la population à Marie-Galante est net : en 2008, les personnes âgées de 60 à 74 ans représentaient 15,3 % de la population, celles de 75 ans ou plus représentaient 8,5 %. En 2019, le nombre de personnes âgées avait atteint respectivement 19,2 % pour la 1ère tranche d’âge et 12,1 % pour la seconde : (site INSEE, Dossier Intercommunalité-Métropole de CC de Marie-Galante, 25/08/23. URL : https://www.insee.fr/fr/statistiques/2011101?geo=EPCI-249710047 (consulté le 07/05/2023)

15 Entretien MG-FM-003-CMG, 21 avril 2022.

16 Entretien MG-FM-011-CMG, 2 mai 2022.

17 Entretien MG-FM-003-CMG, 21 avril 2022.

18 Entretien MG-FM-011-CMG, 2 mai 2022.

19 Parmi ces actions, nous pouvons citer la sollicitation des médias et des politiques, notamment en 2015 celle de Ségolène Royal (alors Ministre de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie) pour la demande de classement du phénomène en catastrophe naturelle ; la participation à l’opération « Ville morte » le 10 septembre 2015 (Vidéo Capesterre de Marie-Galante « Ville Morte » [En ligne]. URL: https://www.youtube.com/watch?v=KzGhKXtSPHA, consulté le 07/05/2023) et le soutien au Collectif anti-sargasses Marie-Galante créé le 1er juin 2018.

20 Entretien MG-FM-LP-022, 12 juin 2022.

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Table des illustrations

Titre Illustration 1 - Manifestation du Collectif Anti-Sargasses de Marie-Galante lors de la visite dans l’île du Préfet Michel Gustin, le 31 mai 2018
Légende Sur le tas d’algues, le manifeste indique : « Stop, nous voulons respirer un air sain !!! ».
Crédits Auteur : J.-F. Bernault, 2018.
URL http://journals.openedition.org/echogeo/docannexe/image/25353/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 1,3M
Titre Illustration 2 – Marie-Galante : organisation et dynamiques territoriales d’une île en déprise
Crédits Auteur : C. Ranély Vergé-Dépré, 2023.
URL http://journals.openedition.org/echogeo/docannexe/image/25353/img-2.png
Fichier image/png, 812k
Titre Illustration 3 – Le port de Capesterre totalement bloqué par les sargasses le 27 mai 2018
Crédits Auteur : J.-F. Bernault, 2018.
URL http://journals.openedition.org/echogeo/docannexe/image/25353/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 1,3M
Titre Illustration 4 - Ramassage de sargasses sur la plage du bourg de Capesterre en 2018
Crédits Auteur : J.-F. Bernault, 2018.
URL http://journals.openedition.org/echogeo/docannexe/image/25353/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 1,5M
Titre Illustration 5 – Ramassage de sargasses sur la plage du bourg de Capesterre en 2022
Crédits Auteur : F. Ménez, 2022.
URL http://journals.openedition.org/echogeo/docannexe/image/25353/img-5.jpg
Fichier image/jpeg, 1,4M
Titre Illustration 6 – La Pentecôte à la plage de Petite-Anse, sur la commune de Capesterre – Baignade (gauche) et pique-nique (droite)
Crédits Source : collection de l'écomusée de Marie-Galante. Auteur : P. Bavarday, 1977.
URL http://journals.openedition.org/echogeo/docannexe/image/25353/img-6.jpg
Fichier image/jpeg, 451k
Titre Illustration 7 – La plage de la Feuillère, à Capesterre avant les sargasses, en 2009 (gauche) et en 2022 (droite)
Crédits Auteur : C. Ranély Vergé-Dépré, 2009 (gauche) - F. Ménez, 2022 (droite).
URL http://journals.openedition.org/echogeo/docannexe/image/25353/img-7.jpg
Fichier image/jpeg, 554k
Titre Illustration 8 - Vue aérienne du bourg de Capesterre en 2017
Crédits Source : Géoportail © IGN, 30/01/2017.
URL http://journals.openedition.org/echogeo/docannexe/image/25353/img-8.jpg
Fichier image/jpeg, 983k
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Pour citer cet article

Référence électronique

Florence Ménez, Colette Ranély Vergé-Dépré et Dimitri Béchacq, « Marie-Galante (Guadeloupe) à l’épreuve des sargasses : approches anthropologique et géographique d’un risque vécu »EchoGéo [En ligne], 64 | 2023, mis en ligne le 30 septembre 2023, consulté le 06 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/echogeo/25353 ; DOI : https://doi.org/10.4000/echogeo.25353

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Auteurs

Florence Ménez

Florence Ménez, florence.menez@univ-brest.fr, est ingénieure de recherche, AMURE UMR 6308 (IUEM-Université de Bretagne occidentale / CNRS / IFREMER). Elle a récemment publié :
- Ménez F, 2022. Des algues en crise. Échouements des sargasses aux Antilles françaises et stratégies discursives dans la presse écrite. In Pagney Bénito-Espinal F. (dir.), Îles en devenir. Des Antilles et d’ailleurs. Paris, Karthala, AIHP-GEODE, p. 85-106.
- Ménez F., 2021. Les lanceurs de SOS : entre mobilisations profanes et expertes pour la reconnaissance du problème des échouements de sargasses en Martinique. Écologie & politique, n° 63, p. 107-119.
- Ménez F., 2019. « La télé est morte ». Algues brunes, corrosion, contagion aux Antilles. Techniques & Culture [En ligne], n° 72, p. 184-199. URL: http://journals.openedition.org/tc/12359 - DOI: https://doi.org/10.4000/tc.12359

Colette Ranély Vergé-Dépré

Colette Ranély Vergé-Dépré, colette.ranely@inspe-martinique.fr, est maître de conférences HDR à l’Université des Antilles, AIHP-GÉODE Caraïbe (UR 6-1). Elle a récemment publié :
- Ranély Vergé-Dépré C., 2022. Contributions à l’étude d’un couple « paradoxal » : transports et territoires insulaires. Approche théorique et méthodologique. In Pagney Bénito-Espinal F. (dir.), Îles en devenir. Des Antilles et d’ailleurs. Karthala, AIHP-GEODE, p. 171-201.
- Le Berre I., Ranély Vergé-Dépré C., Terral R., Rabévolo C., 2019. L’emprise portuaire du Grand Port Maritime de Guadeloupe, d’hier à aujourd’hui : apports de la cartographie dynamique géohistorique. Norois [En ligne], n° 250, p. 49-64. URL: http://journals.openedition.org/norois/7381 - DOI: https://doi.org/10.4000/norois.7381
- Ranély Vergé-Dépré, C., 2019. Aéroports et territoires urbains dans l’archipel des Antilles. Bulletin de l’Association de Géographes Français [En ligne], vol. 1, n° 96, p. 103-123. URL: http://journals.openedition.org/bagf/4641 - DOI: https://doi.org/10.4000/bagf.4641

Dimitri Béchacq

Dimitri Béchacq, dimitri.bechacq@cnrs.fr, est chargé de recherche au CNRS, LC2S (UMR 8053 CNRS / Université des Antilles). Il a récemment publié :
- Béchacq D., Calixte F. Meudec M. (dir.), 2019. Les migrations et la Caraïbe : (dés)ancrages, mouvements et contraintes. Recherches Haitiano-Antillaises, n° 8.
- Béchacq D., 2019. Le vodou haïtien. In Zwilling A.-L. (dir.), Les minorités religieuses en France. Paris, Bayard, p. 1237-1250.
- Béchacq D., 2019. Mobilité, parenté et instruction de l’élite haïtienne (fin XVIIIe-début XXe siècles). In Lesueur B., Rogers D. (dir.), Libres après les abolitions ? Statuts et identités aux Amériques et en Afrique. Paris, Karthala, p. 111-138.

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