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2025

La violence dans l’agglomération de Pointe à Pitre : entre fabrique urbaine et médiatique, quelles constructions ?

Violence in the Pointe-à-Pitre Urban Area: Between Urban and Media Fabrication, What Constructions?
Aness Garrush

Résumés

En 2024 et 2025, les territoires ultra marins (Martinique, Nouvelle Calédonie et Guadeloupe) sont marqués par des faits de violences urbaines. En se concentrant sur le cas de l’agglomération de Pointe-à-Pitre en Guadeloupe, cet article vise à mettre en lumière les caractéristiques de ces violences urbaines. A travers un questionnement sur le cadre spatial, l’objectif est de dévoiler ce qui relève des formes génériques de violence de ce qui est spécifique au territoire guadeloupéen.

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Texte intégral

Introduction

1Située à 6 750 km de Paris, la Guadeloupe est l’un des départements les plus durement touchés par la criminalité : le nombre de vols annuel avec armes (1,8 pour 1 000 habitants) est nettement plus élevé, la moyenne nationale (0,2). L’actualité du territoire a également été marquée par une série de couvre-feux dans les communes des Abymes et de Pointe-à-Pitre suite à l’augmentation des actes de violence depuis le mois de novembre 2023.

2Ces événements font écho à des annonces similaires en Martinique et en Nouvelle-Calédonie témoignant de situations récurrentes de violence, notamment urbaine, dans les territoires ultra-marins. Mais dans quelle mesure ces violences sont-elles spécifiques et distinctes des formes de violence dites « classiques », que l’on retrouve partout sur le territoire national ? Sont-elles l’expression d’une situation d’éloignement et de marginalité propre à la zone pointoise ? La violence, définie comme un ensemble d’actions opérées contre la volonté d’une personne ou d’un groupe (Michaud, 2023), questionne les réalités sociales, économiques, voire politiques des territoires ultramarins. Au-delà des aspects courants comme la dégradation du matériel, les atteintes aux personnes, la violence s’exprime aussi dans des discours, des situations économiques ou des formes de relégation urbaine. En ce sens, la violence est révélatrice de rapports de domination plus globaux que nous analyserons au sein de l’agglomération pontoise.

3Nous proposons de réfléchir aux manières dont la violence structure l’espace de la ville dans la continuité des travaux de E. Marlière ou E. Macé sur les analyses géographiques et sociologiques des violences urbaines. Nous nous inspirons également des travaux de M. Redon et D. Grancher sur les situations de marginalité en contexte insulaire. Cette notion renvoie aux ruptures que l’on retrouve au sein des territoires et permet d’analyser les rapports de domination, en décentrant les regards. La réflexion s’appuiera également sur les travaux sur la postcolonialité de la Caraïbe, notamment ceux de R. Cruse ou E. Nuissier. Ainsi, dans cet espace « ultrapériphérique » qui présente des caractéristiques de la marge (éloignement, colonialité, précarité économique), la violence apparaît comme un marqueur supplémentaire de marginalité. On peut émettre l’hypothèse que la violence s’inscrit dans un double cadre. D’une part, celui de l’éloignement, qui s’observe à travers des formes de discontinuités sociales et économiques ; cette distance génère un sentiment d’abandon qui s’illustre par un rapport, au mieux tendu, sinon violent, vis-à-vis de toute forme d’autorité. D’autre part, celui du contexte urbain pointois qui cristallise des inégalités sociales et politiques propres à la société guadeloupéenne.

4Cette contribution visant ainsi à interroger les formes génériques et spécifiques de violences que l’on retrouve dans le contexte ultramarin, le fait urbain en Guadeloupe serait à la fois le décor et le facteur d’expression de ces violences multiformes. Il s’agira donc d’abord de questionner les discontinuités entre Pointe-à-Pitre et la France hexagonale en s’appuyant notamment sur des données socio-économiques. Ensuite, la ville de Pointe-à-Pitre sera abordée à l’échelle du territoire guadeloupéen, en mettant également en avant les inégalités infra-urbaines. Enfin, à une échelle plus fine, notamment au plus près des résidents, on questionnera cette violence par son expression matérielle et discursive, générant diverses postures au sein de la population.

5Pour étayer ces hypothèses, ce texte s’appuie sur un travail d’observation de terrain réalisé dans le cadre d’une thèse portant sur la géographie politique de la fabrique du territoire, entre septembre 2022 et juillet 2024. Il s’articule, en outre, à une pratique quotidienne de cet espace en tant qu’enseignant dans un collège à Pointe-à-Pitre et résident de l’agglomération. Il repose, par ailleurs, sur une série d’une cinquantaine d’entretiens menés selon un mode semi-directif (principalement avec les élus ou représentants d’institutions) ou libre (résidents, élèves, commerçants). Ces entretiens visent à interroger les pratiques et les représentations de l’espace.

La discontinuité territoriale comme facteur de violence

6La violence a ici pour cadre les communes de Pointe-à-Pitre et des Abymes et plus généralement celui de la Guadeloupe, territoires en proie à de graves fragilités socio-économiques.

Un territoire éloigné et très fragile

7En Guadeloupe, près de 35 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté (14% en France hexagonale) c’est-à-dire avec moins de 1 010 euros par mois1. Cette pauvreté est particulièrement marquée chez les jeunes dont le taux de chômage est deux fois supérieur à la moyenne nationale. Ce phénomène est en partie lié à leur manque de qualifications (37 % d’entre eux est peu ou pas diplômés contre 26 % au niveau national). La monoparentalité est également très marquée (40 % des familles concernées contre 25 % au plan national). Cette situation qui a été analysée par l’anthropologie comme parfois une volonté des femmes de s’extraire du patriarcat (Mulot, 2023) induit de grandes difficultés financières. En « Guadeloupe, deux personnes sur cinq sont en privation matérielle et sociale » (Reif, 2020). Ces indicateurs marquent des inégalités patentes avec la France hexagonale, ce qui renforce l’idée d’une discontinuité territoriale. Dans la commune de Pointe-à-Pitre qui compte moins de 15 000 habitants, 90 % des logements se situent dans le zonage Quartier Prioritaire de la Ville (Mouty, 2020) avec une surreprésentation du parc « très social » ou de l’habitat privé dégradé. Un tiers de ces logements est de mauvaise qualité, et près de 15% d’entre eux relèvent de l’habitat indigne (Baronnet, 2019). Ils sont visibles le long des boulevards Légitimus, Chanzy et des Héros, dans le quartier de Bergevin, les résidences Miquel et Légitimus jusqu’à la cité Henri IV (surnommé Washington).

Illustration 1 - Les quartiers populaires de Pointe à Pitre et des Abymes dans lesquels se concentrent les éléments de fragilité du territoire

Illustration 1 - Les quartiers populaires de Pointe à Pitre et des Abymes dans lesquels se concentrent les éléments de fragilité du territoire

Source : Site Géoportail. Auteur : Aness Garrush, octobre 2024.

8Faute de réhabilitation depuis près de 50 ans, la cité Mortenol subira une destruction progressive d’ici 2035 dans le cadre du projet « Réinventons Lapwent » porté par la Société Immobilière Guadeloupe.

Illustration 2 – Le quartier de Mortenol, un Grand Ensemble emblématique de Guadeloupe.

Illustration 2 – Le quartier de Mortenol, un Grand Ensemble emblématique de Guadeloupe.

À gauche : extrait carte IGN. À droite : photographie d’une partie de Mortenol Sud, square Marcel Gargar. Dans ce quartier Mortenol, avec la résidence Georges Roux, on retrouve l’architecture de grands ensembles des quartiers populaires français.

Auteur : Aness Garrush, juin 2024.

Un territoire marqué par la violence.

9La concentration des populations en difficulté dans l’agglomération pointoise a pour corolaire l’exacerbation de la violence. Le département de la Guadeloupe est l’un des plus touchés par les homicides à l’échelle nationale. On y recense entre sept et huit homicides pour 100 000 habitants, contre environ trois pour 100 000 habitants en Corse ou dans les Bouches-du-Rhône, départements les plus affectés en France hexagonale. À une échelle plus fine, les communes de Pointe-à-Pitre et des Abymes présentent des taux d’homicides parmi les plus élevés du département avec respectivement 25,3 et 16,1 homicides pour 100 000 habitants (Besson, 2018). Les victimes sont le plus souvent des hommes (80 %), majoritairement âgés de 16 à 30 ans, dont la mort est causée dans près d’un cas sur deux, par une arme à feu (Naulin, 2017). Les homicides qui plus d’une fois sur deux ont lieu sur la voie publique (Besson, 2018) exacerbent le sentiment de violence.

Illustration 3 - Taux d'homicide intentionnel pour 100 000 habitants pour la période 2014-2016 dans les communes de la Guadeloupe et de Saint-Martin

Illustration 3 - Taux d'homicide intentionnel pour 100 000 habitants pour la période 2014-2016 dans les communes de la Guadeloupe et de Saint-Martin

Source : Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) ; Besson, 2018.

10Les données de l’institut médico-légal de Pointe-à-Pitre montrent que les homicides se produisent principalement la nuit et sont souvent liés à des rixes entre groupes ou à des règlements de compte. Les meurtres issus des rixes se font généralement par arme blanche, tandis que ceux faisant suite à un règlement de compte se produisent par arme à feu (Besson, 2018). Ces règlements de compte sont souvent liés au grand banditisme, même si ce n’est pas systématique. La violence armée concerne également les vols. Une fois de plus, cette forme de violence est plus élevée qu’en France hexagonale (Burricand et Janet, 2017) et cible principalement un public jeune, âgé de 14 à 39 ans. Nos entretiens avec les habitants révèlent que les cas de vols avec violence, principalement pour des chaînes en or, des véhicules motorisés à deux roues (type T-Max) ou des téléphones portables, se soldent parfois par des blessures par arme à feu.

  • 2 En 2015, le président du conseil général Guy Losbar, toujours en exercice, proposait l’instauration (...)

11Avant les années 2020, Pointe-à-Pitre était faiblement concernée par des phases d’émeutes dites urbaines2. En dehors de la petite et grande délinquance, les faits de violence qui survenaient étaient liés à des mouvements sociaux, parfois encadrés par les syndicats comme l’UTC-UGTG, qui militent généralement pour des mesures spontanées, quitte à recourir à des actions violentes (Odin, 2023). Deux épisodes ont toutefois marqué récemment le territoire : le premier en 2021-2022 et le second en 2024. Selon le sociologue Éric Marlière (2024), ces émeutes font souvent suite à des interactions chaotiques avec les institutions (police, représentants de l’État, etc.).

  • 3 Serva O., 2022. Politique. Le député Olivier Serva plaide pour les soignants non vaccinés suspendus (...)

12Dans le contexte épidémique Covid d’une forte opposition à l’obligation vaccinale et au couvre-feu, plusieurs communes guadeloupéennes, mais aussi les quartiers qui nous concernent ici comme Bergevin et Mortenol, ont connu soulèvements, incendies de véhicules et érection de barrages. La gestion de l’épidémie y a été perçue comme injuste et autoritaire notamment en raison de la suspension du personnel soignant, et ce en dépit des interventions du député de la circonscription, Olivier Serva, pour alerter le gouvernement3. Ces émeutes témoignent ainsi d’une conflictualité particulière liée à la défiance de l’autorité de l’État, et n’ayant pas eu d’équivalent en métropolitaine.

Illustration 4 – Contestations et violences urbaines en contexte de Covid 19.

Illustration 4 – Contestations et violences urbaines en contexte de Covid 19.

Auteure : © Carla BERNHARDT - AFP/Archives. Des militants du syndicat UGTG font rouler des pneus pour installer un barrage à Perrin Les Abymes, en Guadeloupe, le 17 novembre 2021. Site Les Nouvelles Calédoniennes, 22/11/24. URL: https://www.lnc.nc/​article/​guadeloupe-le-demantelement-des-barrages-a-commence-mais-les-violences-se-poursuivent

  • 4 Un article de Libération (23 mars), Le Monde (24 mars) et Le Figaro (28 mars) sur les coupures d’ea (...)

13La seconde vague d’émeutes, survenue à la fin du mois de mars 2024, a eu une faible couverture médiatique hexagonale4. Ces émeutes, qui impliquaient plusieurs mineurs, ont été déclenchées à la suite de coupures d’eau inhabituelles longues (un mois), affectant une grande partie de la population des Abymes et de Pointe-à-Pitre. Sur le terrain, nous avons relevé l’érection de barrages dans les quartiers de Bergevin, Henri IV et l’Assainissement pour Pointe-à-Pitre et Grand Camp, Vieux Bourg et Lacroix pour les Abymes (illustrations 1 et 5).

14Certains de mes élèves, également victimes de ces coupures, ont expliqué avoir passé plus de trois semaines sans pouvoir se doucher, contraints d’utiliser des bouteilles d’eau dans un contexte où les températures moyennes sont de 27 °C. Certains m’ont même confié avoir pris part aux violences nocturnes par révolte contre le manque d’eau. Selon leurs dires, il n’y a pas eu de concertation ni d’organisation entre les protagonistes, témoignant de leur caractère spontané. C’est dans ce contexte que le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, en visite à Pointe-à-Pitre et en coordination avec le maire de la ville, annonçait le 20 avril 2024, l’instauration d’un couvre-feu pour les mineurs, de 20 h à 5 h du matin. Les autorités préfectorales et ministérielles n’ont pas fait mention des restrictions d’eau pour contextualiser les violences urbaines, exacerbant encore davantage la rancœur des habitants.

Illustration 5 - Périmètre du couvre-feu décrété le 23 avril 2024

Illustration 5 - Périmètre du couvre-feu décrété le 23 avril 2024

Source : Site Géoportail. Auteur : Aness Garrush, juin 2024.

Une gestion lointaine de la violence.

15La gestion de la violence semble s’inscrire dans un rapport de distance vis-à-vis des territoires, ce dont témoigne les entretiens auprès des résidents révélant l’impression d’une gestion éloignée des réalités. Face à la violence, l’État, oppose en premier lieu sa répression plaçant ainsi l’autorité préfectorale, garante de la continuité de l’État et donc d’un égal accès aux services publics dans une situation ambivalente.

  • 5 Même si ces actions traduisent une continuité territoriale, ce type d’intervention est exceptionnel (...)

16Dans le même temps, la gestion de la violence est parfois assimilée à une action coloniale. Ainsi, quand les instances préfectorales ont fait appel au GIGN en réponse aux émeutes contre le pass sanitaire5, plusieurs entretiens font ressortir une décision perçue comme démesurée et volontairement spectaculaire pour effrayer les contestataires. Certains interlocuteurs ont même qualifié cette mesure de « coloniale », rappelant le passé répressif de l’autorité étatique. S’agissant du couvre-feu, des organisations syndicales autour du LKP ont tenté une requête de suspension, la qualifiant d’injustement « répressive », mais elle a été rejetée par le tribunal administratif de Pointe-à-Pitre et le Conseil d’État en appel. Au regard des situations similaires dans d’autres territoires ultramarins, il semblerait que le couvre-feu soit devenu le mode de régulation principal des violences urbaines. Plus récemment et à une échelle nationale, le dispositif « Opération Place Nette », a été instauré pour renforcer la présence policière. Lancées en 2023 à destination des quartiers dits sensibles, ces actions policières spectaculaires visent à y mobiliser plusieurs équipes de manière intense sur plusieurs jours, selon une logique de reconquête des « zones de non droit ». Ces opérations, très médiatisées, visent principalement à effectuer des contrôles d’identité afin de démanteler les trafics.

17Toutefois, les résidents de ces quartiers ne semblent pas convaincus par l’augmentation dissuasive de la présence policière, arguant notamment qu’elle serait de nature à déplacer le trafic :

« En gros, on nous dit qu’en mettant plus de policiers, il n’y aura pas de violence – je veux bien, mais le problème est que les petits savent très bien jouer à cache-cache. T’auras beau mettre 10 000 policiers, si dans leur tête ils veulent faire des conneries, ils la feront. La solution est ailleurs : le chômage, l’éducation, la lutte contre la pauvreté. » (Entretien avec Pascal, résident de la cité Miquel, 22 juin 2024).

18De plus, les géographes Marie Redon et Delphine Grancher ont montré (2014), que la superposition des compétences entre policiers et gendarmes, comme c’est le cas lors de ces opérations, est parfois de nature à générer des tensions entre les corps. Ceci est d’autant plus marqué par le fait que les gendarmes, dans les territoires ultramarins, sont majoritairement hexagonaux, alors que les policiers sont issus des populations locales.

19Les avis sont partagés concernant la réception de ces actions. Certains habitants ont exprimé leur satisfaction de voir les forces de l’ordre présentes pour assurer leur sécurité, tout en étant conscients des limites de ces interventions :

« C’est une bonne chose qu’il y ait le couvre-feu, ça permettra aux trafiquants d’arrêter de compter sur les jeunes pour faire leur travail de guetteur. Si ça permet aussi de responsabiliser les parents, c’est bien aussi, en sachant qu’il ne faut pas qu’il y ait que ça, je connais des mamans qui galèrent beaucoup et qui sont dépassées, elles ont besoin d’aide, pas d’être punies. » (Entretien avec Cécile, habitante de la cité Mortenol, 7 juillet 2024).

20D’autres habitants sont beaucoup plus circonspects :

« C’est de la com’ ces histoires de place nette. Ils font des annonces de plus de policiers alors que les policiers eux-mêmes se plaignent de manquer de moyens. Et pour le couvre-feu, c’est des conneries, je connais des parents qui ont des appartements tellement petits et des relations tellement tendues avec leur ado de 16 ans, que pour eux, être en bas de la tour c’est un répit en soi, mais ça, ils n’y pensent pas. » (Entretien avec Jimmy, militant et artiste pointois, 3 juillet 2024).

21Au même titre que le manque d’eau, ce dernier témoignage montre que la crise sociale dans ces quartiers de Pointe-à-Pitre revêt une dimension éminemment urbaine. Rappelons que de nombreux logements dans les Outre-mer sont peu adaptés aux réalités économiques et aux aspirations des ménages (Alberghini et al., 2020). La sociologue Françoise Moncomble précise également que le bas des tours relève souvent d’une « territorialité singulière », où se « mélangent pêle-mêle territoire de survie, celui de la sécurité existentielle, territoire d’appartenance et territoire d’attachement » (Moncomble, 2007). L’opposition au couvre-feu peut donc se lire comme une volonté de préserver cette territorialité, sans nier que cette dernière puisse entrer en conflit avec la territorialité d’autres habitants.

22La gestion de la violence passe également par des actions de justice. À côté du préfet, le procureur de la République, autre symbole de l’autorité de l’État, fait régulièrement la tournée des médias locaux pour évoquer les cas de violences et affirmer sa volonté d’appliquer une politique de « tolérance zéro ». L’incarcération de l’artiste Lutin (voir infra) – cinq ans de prison pour possession d’armes – est par exemple souvent présentée comme une « sanction exemplaire » à destination de la population, notamment des plus jeunes.

  • 6 Gilles S., Fadel N., 2024. Conditions indignes d’incarcération à Baie-Mahault : le ministère de la (...)
  • 7 Site de l’OIP. URL: https://oip.org/decrypter/thematiques/surpopulation-carcerale/ (consulté le 12 (...)
  • 8 Racamy J.J., Preteriens K. [pour l’UFAP UNSa Justice], 2024. Surpopulation carcérale CP BAIE-MAHAUL (...)
  • 9 Rapport diffusé sur le réseau social X en attente du document complet.
  • 10 Site Guadeloupe la 1ère, 2022. Un détenu tué au centre pénitentiaire de Baie-Mahault. 17/01/22. URL (...)

23Toutefois, les conditions d’incarcération sont peu articulées à cette politique. Dans une ordonnance du tribunal administratif de Basse-Terre de juin 2024, les conditions d’accueil du centre de Baie-Mahault ont été jugées « indignes »6, notamment en raison de capacités d’accueil insuffisantes. Selon l’Observatoire International des Prisons (OIP), le taux d’occupation des prisons françaises est en moyenne de 120 %7, alors qu’il atteindrait 240 % à Baie-Mahault selon l’Union Fédérale Autonome Pénitentiaire (UFAP), déclarant souffrir d’une « politique carcérale archaïque » où l’insécurité est « permanente »8. Un récent rapport de l’OIP précise que les réseaux électriques et d’assainissement pouvaient même constituer un danger pour les populations incarcérées dans ce centre9. La surpopulation ne permet d’ailleurs pas aux détenus d’y être en sécurité. Il est fréquent que des rixes, voire des règlements de compte, aient lieu, comme ce fut le cas en 2021 lorsqu’un détenu de 25 ans y a été retrouvé mort10. Cette continuité, en milieu carcéral, des rivalités entre bandes, des manifestations de la violence mais aussi du sentiment d’abandon par les pouvoirs publics, s’inscrit dans le continuum entre « ghetto et prison » que le sociologue Loïc Wacquant observe dans les prisons aux États-Unis et en Europe (Wacquant, 2001).

24Une forme de « discontinuité territoriale » a été mise en évidence en 2014 (Redon et Grancher, 2014) s’agissant de ce centre pénitentiaire, voire de la gestion de la violence. Que ce soit dans le rapport aux détenus, la vétusté des locaux, l’organisation du personnel ou le suivi de probation, de nombreux dysfonctionnements perdurent, ce qui contribue à marginaliser davantage le territoire. L’établissement est à l’écart des quartiers par sa situation en zone de mangrove, mais en même temps, il semble y reproduire les conflictualités et inégalités de l’extérieur. Les géographes précisent que le centre pénitentiaire peine à « offrir aux détenus des opportunités constructives : les mêmes maux de part et d’autre des murs » (idem). Malgré les annonces médiatiques, ces actions de répression montrent donc les difficultés à assurer le maintien de l’ordre au sein de cet espace.

Pointe-à-Pitre : une ville influencée par les dynamiques guadeloupéennes et caribéennes

25Pour approcher au mieux les réalités de la violence dans les quartiers étudiés, il est nécessaire de changer d’échelle afin de les inscrire dans leurs contextes à la fois caribéen et guadeloupéen.

Antimonde au sein de l’espace caribéen

26Par-delà l’éloignement et son traitement autoritaire, la violence s’inscrit dans le contexte de l’« antimonde caribéen » développé par le géographe Romain Cruse (2009). « Cette partie du monde mal connue et qui tient à le rester », selon sa définition initiale (Brunet et al., 1993), s’observe dans les territoires caribéens à travers des dynamiques informelles, voire illégales. Ces espaces insulaires s’inscrivent en effet dans des flux divers à plus petite échelle reliant le bassin caribéen au continent américain et au reste du monde.

  • 11 Latchan L., 2024. Enquête : comment les armes à feu envahissent les Antilles françaises. Site de la (...)

27L’actualité violente dans la métropole voisine de Port-au-Prince (Haïti) rappelle que la géopolitique des drogues concerne de nombreux territoires des Caraïbes, et ceux de la Guadeloupe n’y échappent pas (Cruse, 2014), le territoire étant souvent présenté comme l’une des plaques tournantes (Nuissier, 2017) du trafic de cocaïne en provenance d’Amérique centrale et du Sud et en direction de l’espace Schengen. Par ailleurs, plus de 30 % de la cocaïne consommée en Europe occidentale est passée par la Guadeloupe ou un territoire voisin, comme Sainte-Lucie, la Martinique ou la Dominique (Redon, 2019). Selon les instances judiciaires11, ces réseaux facilitent la circulation massive d’armes à feu, notamment en provenance des territoires proches (Dominique, Sainte-Lucie), et des territoires plus éloignés, comme le Venezuela et les États-Unis. Cette violence est donc à inscrire dans ce contexte caribéen.

  • 12 Données du site Perspective monde (Université de Sherbrooke, Québec, Canada) d’après l’Office des N (...)

28À l’échelle du bassin caribéen, les taux d’homicides y sont parmi les plus élevés au monde : respectivement 53, 39 et 36 pour 100 000 habitants en Jamaïque, à Trinidad-et-Tobago ou à Sainte-Lucie12. Ceci laisserait suggérer une continuité caribéenne de la violence, mais gardons-nous d’une essentialisation de l’antimonde à notre territoire d’étude ou de l’adoption d’une posture manichéenne qui « simplifier[ait] la complexité du monde » (Chouvy, 2010). En évoquant la continuité caribéenne de la violence, il est nécessaire d’évoquer le passé commun de ces espaces. La condition esclavagiste et post-esclavagiste a participé, avec d’autres facteurs, à structurer des formes de violence et de résolution des conflits.

29Le psychologue Errol Nuissier précise que ces sociétés créoles ont connu une destruction politique, car les pensées politiques et les capacités de projection y ont été longtemps disqualifiées. Au fil des années, ces sociétés antillaises se sont construites avec la négation d’une capacité à créer un avenir collectif, ce qui contribue à renforcer le sentiment de marginalisation. Cette destruction est, selon l’auteur, de nature à générer « un sentiment nihiliste général, doublé d’un vécu paranoïde » (Nuissier, 2017) et les formes de violence doivent donc se penser selon cette réalité.

30Le port d’arme blanche, la mutation des structures familiales ou le besoin d’affirmation par la force rendent l’expression de ces violences plus prégnante au sein de ces espaces. À cela s’ajoute la « condition insulaire » (Nicolas, 2005), qui place ces violences « dans la proximité, l’interconnaissance, [ce qui] crée une visibilité des actes » (Redon et Grancher, 2014). Cette proximité est de nature à générer un plus fort sentiment d’insécurité.

Une ville-centre paupérisée et concurrencée par sa périphérie

31Pointe-à-Pitre est le centre d’une agglomération qui rassemble près de 100 000 habitants. Autrefois cœur économique du territoire, la ville a connu une importante perte d’attractivité. Dans les années 1970, elle était peuplée d’environ 30 000 habitants mais n’en compte aujourd’hui qu’à peine 15 000 habitants (Insee, 2022). En effet, pour des raisons fiscales et foncières, mais aussi pour fuir la pauvreté, plusieurs commerces et administrations se sont délocalisés en périphérie, que ce soit dans la zone d’activités de Dothémare, au nord de la ville, ou celle de Jarry, à l’ouest, structurée autour des deux centres commerciaux de Milenis aux Abymes et de Destreland à Baie-Mahault (illustration 6). Ceci s’est accompagné du développement de lotissements à proximité de ces zones. Ainsi, les communes voisines du Gosier, des Abymes (hors quartiers adjacents), de Baie-Mahault ou de Petit-Bourg connaissent un dynamisme en termes de logement, d’offre commerciale et de services. C’est dans ces espaces qu’on trouve des lieux de divertissement (cinémas, salles de sport, discothèques à Jarry, Dothémare ou au Gosier), de restauration ainsi qu’une offre de logements variés, ce qui a contribué à créer de nouvelles centralités en zones périphériques.

32Avec le départ des ménages aisés et des classes moyennes, ces quartiers populaires de Pointe-à-Pitre concentrent des populations plus fragiles, l’offre d’emplois, de commerces et de loisirs y est plus faible que dans les communes voisines. Les effets de cette périurbanisation contribuent à une situation de relégation tant l’idéologie néolibérale, en ce qu’elle produit un cadre normatif, structure les espaces en mettant les territoires en concurrence, ce qui aboutit à une « morphologie ségrégative » (Lebeau, 2024). Dans la mise en concurrence fiscale et foncière des espaces, la ville-centre de Pointe-à-Pitre ne parvient pas à s’imposer car les autres centralités prennent le dessus, et la surreprésentation de populations fragiles lui confère un certain statut de ville reléguée. La violence dite urbaine est donc à inscrire dans le contexte de cette fabrique néolibérale du territoire.

Illustration 6 - La périurbanisation dans l'agglomération pointoise ou la fabrique néolibérale du territoire.

Illustration 6 - La périurbanisation dans l'agglomération pointoise ou la fabrique néolibérale du territoire.

Source : Site Géoportail. Auteur : Aness Garrush, novembre 2024.

Entre cité et ghetto, Grands ensembles et cases créoles : un cadre urbain composite

33Si la violence multiforme qui s’y déploie questionne le fait urbain à la fois comme cadre mais aussi comme facteur, il convient d’abord de préciser qu’on retrouve bien dans l’agglomération pointoise des tensions entre « la cité » et « le ghetto ». La première idée renvoie au regroupement de populations souvent défavorisées qui développent ses propres modes de vie en s’appropriant l’espace (Vieillard-Baron, 2011). L’autre dynamique, celle du ghetto, se pense davantage non pas comme un état figé, mais comme un processus de relégation voire d’exclusion.

34Plusieurs quartiers de la zone pointoise sont caractérisés par des logements de type « Grands ensembles » avec une faible mixité sociale (Macé, 1999). Dans les cités Lacroix ou Henri IV, on retrouve un modèle quasiment identique à celui des quartiers populaires de France hexagonale. Ces grands ensembles, composés de barres d’immeubles, caractérisent et structurent les espaces (illustration 1). On y observe une uniformité du bâti avec des logements en grande insalubrité (Alberghini et al., 2020) à l’extérieur desquels une population jeune se regroupe quotidiennement, en bas des tours ou autour des arrêts de bus.

35Dans cette urbanité populaire à la française, on retrouve une cohabitation avec des formes d’habitat spécifiques liées au contexte caribéen qualifiées de ghetto. Cet habitat est composé de maisons de type « case créole », peu ou très vétustes, avec un réseau viaire généralement peu entretenu ; des quartiers de Carénage, Fond Laugier, Boissard ou à Vieux-Bourg aux Abymes en sont l’exemple. Les habitants de ce type de logements sont souvent des personnes âgées propriétaires n’ayant pas les moyens de déménager ou ayant fait le choix de rester, choix s’expliquant par la forte identité sociale et culturelle de ces espaces qu’on associe aux habitants des « lakou ». À la fois physiques et symboliques, ces lakou font littéralement référence aux cours situées devant les cases des ouvriers néo-urbains et où s’organisait une vie sociale, politique et culturelle au XXe siècle (Giordani, 1996). La population est également composée de locataires parfois en grande précarité et souvent immigrés des pays voisins (Dominique, Haïti). Sur le plan des trajectoires sociales, les habitants de ces maisons ne sont généralement pas déconnectés des quartiers voisins qui présentent les mêmes fragilités socio-économiques, qu’il s’agisse des taux de chômage, du niveau d’éducation ou de la privation matérielle. Une dynamique double, d’appropriation de la cité et de ghettoïsation, est donc visible dans ces deux formes urbaines.

Illustration 7 - Le quartier de Fond Laugier ou la figure de l'urbanité populaire en contexte tropical

Illustration 7 - Le quartier de Fond Laugier ou la figure de l'urbanité populaire en contexte tropical

Auteur : Aness Garrush, juin 2024.

La violence au plus près des habitants

36Entrons à présent dans l’épaisseur de ces quartiers pour y appréhender la violence urbaine au prisme de l’espace vécu des habitants. On s’appliquera ici à montrer la matérialité du bâti, le sentiment d’insécurité et la mise en récit de la violence.

La dimension matérielle du cadre violent

37La dimension matérielle de la violence y est frappante, on y distingue des matériaux en lien direct avec la violence et d’autres qui constituent le cadre d’un espace de relégation, propice à l’expression de la violence.

38Parmi les expressions matérielles de la violence, figurent la présence de carcasses de voitures, de poubelles détériorées et parfois calcinées. Au pied des immeubles, en l’absence de bancs publics, il est fréquent de voir des jeunes du quartier utiliser du mobilier (chaises en plastique, chaises de camping, canapés usagés) pour s’y installer, cette appropriation de l’espace renvoyant à la territorialité singulière décrite plus tôt. Ce mobilier est également la manifestation spatiale du trafic de stupéfiants opéré dans certains de ces quartiers et induisant une occupation de l’espace.

39Dans le même esprit que dans les quartiers populaires étatsuniens de Baltimore ou Chicago, des tags expriment nettement la violence. Même si les tags font partie de l’environnement urbain en France hexagonale, l’emploi de termes anglais semble être ici une référence aux États-Unis mais aussi à la Caraïbe anglophone, notamment la Jamaïque. Contrairement aux graffitis, qui appartiennent désormais au street art lissé et politiquement accepté, les tags font explicitement référence à des faits de violence ; par exemple, des mentions comme « Free Untel » ou « RIP Untel » en référence à l’emprisonnement ou à l’assassinat d’un résident du quartier ou les termes « SK », qui renvoient au gang Seksyon Kriminel. Ce gang, calqué sur le modèle des gangs étatsuniens, avec ses codes de couleurs, ses graffitis et ses signes de la main, est bien connu des services de police et de justice, de nombreux règlement de compte lui sont liés. Plusieurs artistes/membres de ce gang en ont d’ailleurs payé les frais comme le rappeur Ludvick Morentin, alias La Mafia, membre et chef de Seksyon Kriminel, abattu en mars 2021 dans la commune voisine du Gosier. Deux ans plus tard, le chanteur Stevin Betin, alias Lutin, également membre de Seksyon Kriminel, a été incarcéré pour cinq ans suite à une fusillade.

40Le sol, parfois jonché de restes de matériaux liés à l’usage de produits stupéfiants (seringues, cuillères, briquets, pipes à crack) est un autre élément de matérialisation de la violence urbaine. L’épidémie de crack est relativement ancienne en Guadeloupe, ayant démarré quelques années après celle qui a frappé les États-Unis durant les années 1980. Le crack est décrit par les spécialistes en santé publique comme une drogue « connue pour induire des comportements paranoïdes et violents » (Casimir, 2007).

Illustration 8 - Expressions matérielles de la violence et de la relégation

Illustration 8 - Expressions matérielles de la violence et de la relégation

À gauche : le bâti dans le quartier de Bergevin : reflet de la violence ; immeubles, routes et éclairage peu entretenus. À droite : les problématiques d’évacuation d’eau à Lauricisque.

Auteur : Aness Garrush, octobre 2024 et février 2025.

41Concernant le bâti, de nombreux éléments physiques illustrent également la matérialité de la violence, qui peut être à la fois physique et symbolique. Dans les quartiers explorés, on remarque une surreprésentation du bâti insalubre, qui se traduit concrètement par des traces de moisissures, des portes cassées, des murs délabrés et parfois même l’absence d’éclairage (illustration 8). Dans le contexte tropical, où, comme on l’a vu, les températures moyennes dépassent 27° C, l’absence de nettoyage des parties communes engendre de fortes odeurs et génère des foyers à mouches. Également, de nombreux nids-de-poule, qui prolifèrent en raison d’une érosion accélérée par les pluies abondantes, ne sont pas systématiquement rebouchés. À cela s’ajoute, les problématiques d’évacuation d’eaux particulièrement visibles à Lauricisque (illustration 9) ou Mortenol ce qui favorise l’apparition d’eaux stagnantes et la propagation de moustiques.

42Plusieurs entretiens, comme celui-ci, évoquent une rupture de confiance vis-à-vis des autorités, liée au cadre du quartier :

« Regarde autour de toi, plein de jeunes au chômage, les routes ne sont pas entretenues, la drogue circule, les élus volent l’argent, comment veux-tu que certains ne deviennent pas violents ? » (entretien avec Passi, médiateur social dans le quartier de Bergin, 20 juin 2024).

43Ces différents éléments dessinent le tableau de la violence multiforme de ces quartiers populaires de l’agglomération, violence qui est mise en récit.

La mise en récit de la violence qui véhicule des représentations négatives des habitants

44L’espace étudié est traversé par plusieurs types de discours participant d’une stigmatisation par l’espace. Cette stigmatisation se définit comme un « processus de marquage et de mise à la marge de certains territoires urbains et de leurs habitants » (Jolivet et al., 2021). La violence dans ces quartiers est exploitée par les médias qui, certes, produisent des discours, quitte à déformer parfois la réalité, mais en retours ces discours produisent des sens renouvelés de l’espace que la géographe Mélina Germes qualifie de « spatialité discursive » (Germes, 2010). L’écho produit par les médias peut ainsi être de nature à marginaliser davantage un espace, processus amplifié d’autant que les incidents sont souvent relayés sur les réseaux sociaux avant d’être repris par les médias traditionnels, contribuant ainsi à une (sur)médiatisation de ces actes violents. Lorsqu’un fait divers se produit dans ces quartiers, la couverture médiatique est souvent plus intense (Paquot, 2023) que dans d’autres espaces, comme s’il existait un effet spatial dans l’interprétation des faits. Il en résulte une injonction à une réponse répressive forte de la part de l’État.

  • 13 Insee, 2023. Population immigrée par sexe, âge et nationalité en 2020 – Département de la Guadeloup (...)

45Les médias produisent ainsi un « texte public » (Alonzo, 2022) sur la ville, permettant de justifier la domination ou, au contraire, d’accepter la situation de relégation. Même si la différence raciale n’est pas un marqueur net entre ces quartiers populaires et le reste du territoire, on remarque toutefois une concentration de populations immigrées en provenance d’Haïti, de la République dominicaine et de la Dominique. Cette population représente officiellement environ 21 000 individus à l’échelle de la Guadeloupe en 202013, notamment dans les quartiers de l’Assainissement ou de Carénage. Ces différences de nationalités sont parfois mobilisées dans des discours xénophobes médiatisés pour expliquer la violence et le trafic. Le professeur en sciences politiques Fred Reno mettait déjà en lumière, au début des années 2000, la relation entre la médiatisation des « clandestins » et la perception de ces communautés comme des indésirables, voire des « nuisibles » (Reno, 2008).

46Ces images et imaginaires se sont renforcés ces dernières années en lien avec les questionnements identitaires (Nicolas, 2020) qui traversent la société guadeloupéenne, instrumentalisés, comme en France hexagonale, par des partis d’extrême droite. Lors de la campagne électorale européenne de 2024, le candidat du Rassemblement national Rody Tolassy, vainqueur de l’élection, évoquait fréquemment dans les médias le lien entre immigration et circulation d’armes et de drogues dans ces quartiers. On observe ici une réplique des récits habituels de son parti, où la figure de l’indésirable arabo/afro-musulman en France hexagonale est remplacée par celle du Haïtien, du Dominicain et du Dominiquais.

47Selon Maël Alonzo, chercheur en sciences de l’information, il existe un lien entre la violence contestataire et le cadrage médiatique (2022). Ce cadrage tend à invisibiliser les porteurs de causes sociales et à diffuser une image caricaturale des manifestants. Ainsi les émeutes, surtout lorsqu’elles intègrent des mineurs, sont souvent présentées comme des manifestations de désordre ou, comme certains médias nationaux l’ont affirmé, d’ensauvagement. Bien souvent, le discours est moralisateur et stigmatisant à l’égard des parents.

48Sans complètement revêtir les mêmes caractéristiques qu’en France hexagonale, les mêmes logiques de stigmate social et parfois racial semblent être à l’œuvre, et ces discours contribuent à la construction de la figure du « jeune de banlieue » comme figure d’opposition, comme « ennemi de l’intérieur » au reste de la société.

  Regarde-moi, je suis là, j’habite ici, mais plusieurs fois on m’a pris pour un délinquant, alors que je ne fais rien de mal. Je suis assis avec mes potes et je me fais contrôler par la police. Quand tu viens d’ici, c’est comme si pour eux tu étais né délinquant » (entretien avec Steeve, habitant du quartier Mortenol, 27 juin 2024).

49Les habitants, a fortiori les plus jeunes, sont assimilés à la délinquance de ces quartiers dont ils porteraient les stigmates. Maël Alonzo (2022) explique que ce stigmate peut parfois être intériorisé et pousser certains habitants de ces quartiers à « crédibiliser la révolte et la violence », en fonction d’une expérience vécue ou imaginée.

50Les réseaux sociaux jouent également un rôle dans la construction de ce récit (Marlière, 2021). Si l’aspect amplificateur des réseaux sociaux sur les pratiques délinquantes n’est pas encore totalement prouvé par la science, ces nouveaux médias contribueraient à mettre en concurrence les récits afin de nuancer les représentations véhiculées par les médias de masse (Javelle, 2021). En effet, par leur capacité à proposer un autre discours, plus proche du vécu, les réseaux sociaux permettraient aux populations de ces quartiers populaires de contrer, ou du moins de nuancer, les discours caricaturaux sur la violence provenant des médias traditionnels. Cependant, par des jeux d’appropriation, un effet de miroir ou encore d’intériorisation, les récits véhiculés sur les réseaux sociaux peuvent également venir confirmer ceux des grands médias, poussant à adopter un comportement conforme à l’attente médiatique.

  • 14 En provenance des quartiers populaires d’Angleterre et des États-Unis, ces styles musicaux mettent (...)

51Certaines populations des quartiers s’approprient en effet la rhétorique de l’espace de non-droit et, à travers des vidéos publiées sur des plateformes comme Snapchat ou des productions musicales, contribuent à renforcer le récit d’un espace de violence. Ces styles musicaux s’inscrivent dans une rhétorique de l’urbanité mondialisée violente que l’on retrouve dans des genres comme la trap ou la drill 14, aussi bien à Los Angeles, Londres, Sevran, Casablanca qu’à Manille. Ces quartiers pointois ont vu naître plusieurs grands noms de la scène urbaine locale dont les textes comportent fortement la thématique de la violence. On peut citer le groupe N’O CLAN, les chanteurs Krys, Fuckly ou Drexx dans le quartier de Lauricisque ou les artistes Lutin, Saïk, SamX ou La Mafia pour la cité Mortenol. Le chanteur Lyrixx, issu de la cité de Bergevin, exprime explicitement cette violence dans une chanson intitulée « Berg plug intro », visionnée plus de 1,3 million de fois :

  • 15 Extrait en créole traduit par nos soins.

« Tu peux me voir dans la Berge [nom donné au quartier de Bergevin] de la douleur, mes amis ne sont que des dealers et des voleurs, si je n’ai pas d’argent je suis obligé d’être en colère15 ».

52Le géographe Séverin Guillard explique que le récit musical est utilisé « comme un outil pour construire une représentation » d’un lieu authentique, en l’occurrence ici, le quartier de Bergevin. Par ailleurs, il indique que le rappeur se sert de son art « pour construire [son] authentification dans le rap » (Guillard, 2017), l’exagération de la violence devenant un gage d’authenticité.

53Ce type de contenu contribuerait donc aussi à la production d’un discours sur la violence dans l’espace, résultant donc d’un jeu complexe d’interactions plurielles entre représentants politiques locaux et hexagonaux, forces de l’ordre, résidents, journalistes et artistes. L’assignation à une identité violente (Roux, 2023) est parfois combattue, progressivement acceptée, intégrée, voire mythifiée par certaines populations de ces quartiers, qui en font leur culture.

Habiter autour de Pointe à Pitre : violence et sentiment d’insécurité

  • 16 Dérivé de paria, nom donné aux sans-abris généralement addicts au crack, qui pour la plupart ne son (...)
  • 17 Insee-SSMSI, 2023. Enquête Cadre de vie et sécurité (CVS). 23 novembre 2023. URL : https://mobile.i (...)

54À une échelle plus fine, cette violence modifie le rapport presque intime à l’espace. Lors d’entretiens, plusieurs habitants ont indiqué tenir fermement leurs effets personnels pendant leurs déplacements ou jeter régulièrement un regard par-dessus leur épaule par peur d’être suivis, notamment par un « paro »16. Le rapport à l’espace est donc chargé de stress et de tension dans les quartiers touchés par cette violence qui, générant un sentiment d’insécurité, a un impact significatif sur le rapport des individus à l’espace. Ce sentiment d’insécurité concerne près de 23 % de la population du territoire (Naulin, 2017). Les femmes le ressentent davantage que les hommes et les personnes de plus de 60 ans sont plus concernées que les moins de 30 ans. Les travaux du géographe Igor Lefebvre sur les villes moyennes montrent toutefois que ce ressenti n’est pas propre à l’espace d’étude (2014) et le sociologue Laurent Mucchielli (2018) explique que cette peur serait l’expression d’une vulnérabilité exacerbée dans certains quartiers populaires par le sentiment d’abandon par les pouvoirs publics. Plusieurs interlocuteurs ont rapporté avoir été témoin d’agressions de type vol avec violence, rixe ou parfois coup de feu ce qui pourrait expliquer que les chiffres soient plus importants que les moyennes nationales17.

  • 18 Insee-SSMSI, 2023. Enquête Cadre de vie et sécurité (CVS). 23 novembre 2023. URL : https://mobile.i (...)
  • 19 Insee-SSMSI, 2023. Enquête Cadre de vie et sécurité (CVS). 23 novembre 2023. URL : https://mobile.i (...)

55Rappelons également qu’au-delà des expériences personnelles, certains habitants ont évoqué des cas de violences relayés dans les médias pour justifier leur sentiment d’insécurité. On peut donc imaginer que l’effet stigmatisant du récit médiatique de la violence sur ces quartiers impacte également leurs habitants. C’est d’ailleurs ce qu’une étude de 2023 sur le cadre de vie en Guadeloupe semble confirmer, lorsqu’elle indique qu’un individu sur deux aurait une mauvaise image de son quartier18. La même étude stipule qu’entre 20 % et 30 % des habitants des quartiers de l’agglomération renoncent à sortir le soir pour des raisons de sécurité or, en zone tropicale, la nuit survient aux alentours de 18h00 tout au long de l’année19. Comme dans d’autres territoires en France, cette violence, vécue ou perçue, implique donc une adaptation des modes de vie.

« Quand on me dépose en voiture après une soirée ou un restaurant, mes amis attendent toujours de vérifier que je sois arrivée dans mon hall d’entrée voire chez moi. » (entretien avec Elvire, habitante de la cité Miquel, 20 juin 2024).

56Il existe donc un accord tacite, collectivement admis, sur le risque potentiel de violence. Se prémunir de cette violence implique un ensemble de comportements qui semblent socialement partagés et intégrés par la population pointoise.

Illustration 9 - Adaptation des comportements à la tombée de la nuit

Illustration 9 - Adaptation des comportements à la tombée de la nuit

Les déplacements des habitants se font alors plus souvent en famille que seul, ici en bas des tours de la cité Henri IV surnommée Washington.

Auteur : Aness Garrush, mai 2024.

Conclusion

57Ce panorama a eu pour but de montrer la complexité des relations entre le fait urbain et la violence, en essayant de distinguer ce qui relève du générique aux quartiers populaires français de ce qui est spécifique à ce territoire guadeloupéen. Après avoir tenté de mettre en lumière la diversité des dynamiques qui affectent ce territoire, réfléchir à la violence en contexte urbain a aidé à penser l’organisation des espaces ainsi que les dynamiques de tensions et de marginalisations. La question de la continuité territoriale a également fait partie de cette réflexion, ouvrant à penser l’habiter au sein de ces quartiers, au plus près des réalités des espaces vécus.

58Les discours et les médias ont également été mobilisés pour nous permettre de mettre en lumière les paradoxes dans cette dialectique entre discours dominants et appropriation par les populations. Ces quartiers marqués par la violence sont finalement une projection des rapports sociaux. Ils questionnent l’espace public et politique, notamment sur le thème du contrat social et spatial. Chaque point esquissé méritera une analyse plus fine pour dresser un tableau de ces relations complexes entre violence et espace urbain. Le film Zion du réalisateur guadeloupéen Nelson Foix, sorti en avril 2025, met en avant cette violence dans une fiction et prend d’ailleurs pour décor les quartiers pointois. Il serait intéressant de questionner le rapport médiatique à la violence en lien avec le succès de cette œuvre notamment auprès des populations de France hexagonale. Dans cet esprit, on pourrait également entreprendre une recherche-action autour de ces thèmes en lien avec les collectivités locales qui ont été peu abordées dans ce texte.

59Finalement, ces actes violents ne peuvent pas être considérés directement comme des actes politiques, mais plutôt comme l’expression d’une négation de la capacité à agir en politique. Ils peuvent être perçus comme des appels à devenir politique.

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Notes

1 Insee Analyses Guadeloupe, 2024. URL: https://www.insee.fr/fr/statistiques/4481456 (consulté le 16 juin 2024).

2 En 2015, le président du conseil général Guy Losbar, toujours en exercice, proposait l’instauration d’un couvre-feu pour mineurs. Cette proposition fut déclinée par le ministre de l’Intérieur de l’époque, Manuel Valls, qui estimait que la violence urbaine était principalement le fait de gangs et non d’émeutes comme dans certains quartiers hexagonaux.

3 Serva O., 2022. Politique. Le député Olivier Serva plaide pour les soignants non vaccinés suspendus. Karib’Info (20/11/22). Reproduit sur le Site du député Olivier Serva. URL: https://olivierserva.fr/revues-de-presse/politique-le-depute-olivier-serva-plaide-pour-les-soignants-non-vaccines-suspendus/ (consulté le 24 octobre 2024).

4 Un article de Libération (23 mars), Le Monde (24 mars) et Le Figaro (28 mars) sur les coupures d’eau sans évocation des nuits de violences.

5 Même si ces actions traduisent une continuité territoriale, ce type d’intervention est exceptionnel et semble s’inscrire dans un nouveau paradigme d’action qualifié GIGN 3.0, inscrit dans le Schéma national de maintien l’ordre en 2021. Ainsi, peut-on lire sur le site dédié à la gendarmerie du Ministère de l’intérieur, de nouvelles missions de « renfort face à une situation de guérilla urbaine » se développent et la place des Outre-mer est explicitement mentionnée comme terrain d’intervention et d’expertise.

6 Gilles S., Fadel N., 2024. Conditions indignes d’incarcération à Baie-Mahault : le ministère de la justice renvoyé à ses responsabilités. Site Franceinfo/Guadeloupe 1, 2/07/24. URL: https://la1ere.francetvinfo.fr/guadeloupe/conditions-indignes-d-incarceration-a-baie-mahault-le-ministere-de-la-justice-renvoye-a-ses-responsabilites-1502567.html

7 Site de l’OIP. URL: https://oip.org/decrypter/thematiques/surpopulation-carcerale/ (consulté le 12 novembre 2024).

8 Racamy J.J., Preteriens K. [pour l’UFAP UNSa Justice], 2024. Surpopulation carcérale CP BAIE-MAHAULT : l’UFAP tire la sonnette d’alarme. Site de l’UFAP, 19/09/2024. URL: https://www.ufap.fr/surpopulation-carcerale-cp-baie-mahault-lufap-tire-la-sonnette-dalarme/ (consulté le 30 septembre 2024).

9 Rapport diffusé sur le réseau social X en attente du document complet.

10 Site Guadeloupe la 1ère, 2022. Un détenu tué au centre pénitentiaire de Baie-Mahault. 17/01/22. URL: https://la1ere.francetvinfo.fr/guadeloupe/basse-terre/baie-mahault/un-detenu-tue-au-centre-penitentiaire-de-baie-mahault-1206004.html

11 Latchan L., 2024. Enquête : comment les armes à feu envahissent les Antilles françaises. Site de la radio RCI Guadeloupe, 4/06/24. URL: https://rci.fm/deuxiles/infos/Societe/Enquete-comment-les-armes-feu-envahissent-les-Antilles-francaises (consulté le 20 juin 2024).

12 Données du site Perspective monde (Université de Sherbrooke, Québec, Canada) d’après l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (UNODC). URL : https://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMTendanceStatPays?langue=fr&codePays=JAM&codeTheme=16&codeStat=CRIME.HOMI.TOT.IN (consulté le 25 juin 2024).

13 Insee, 2023. Population immigrée par sexe, âge et nationalité en 2020 – Département de la Guadeloupe (971). URL: https://www.insee.fr/fr/statistiques/7633727?geo=DEP-971

14 En provenance des quartiers populaires d’Angleterre et des États-Unis, ces styles musicaux mettent en scène une vie du ghetto où la violence serait omniprésente.

15 Extrait en créole traduit par nos soins.

16 Dérivé de paria, nom donné aux sans-abris généralement addicts au crack, qui pour la plupart ne sont pas violents mais demeurent très imprévisibles.

17 Insee-SSMSI, 2023. Enquête Cadre de vie et sécurité (CVS). 23 novembre 2023. URL : https://mobile.interieur.gouv.fr/Media/SSMSI/SSMSI-VRS-2023 (Consulté le 12 juillet 2024)

18 Insee-SSMSI, 2023. Enquête Cadre de vie et sécurité (CVS). 23 novembre 2023. URL : https://mobile.interieur.gouv.fr/Media/SSMSI/SSMSI-VRS-2023 (Consulté le 12 juillet 2024)

19 Insee-SSMSI, 2023. Enquête Cadre de vie et sécurité (CVS). 23 novembre 2023. URL : https://mobile.interieur.gouv.fr/Media/SSMSI/SSMSI-VRS-2023 (Consulté le 12 juillet 2024)

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Table des illustrations

Titre Illustration 1 - Les quartiers populaires de Pointe à Pitre et des Abymes dans lesquels se concentrent les éléments de fragilité du territoire
Crédits Source : Site Géoportail. Auteur : Aness Garrush, octobre 2024.
URL http://journals.openedition.org/echogeo/docannexe/image/29538/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 558k
Titre Illustration 2 – Le quartier de Mortenol, un Grand Ensemble emblématique de Guadeloupe.
Légende À gauche : extrait carte IGN. À droite : photographie d’une partie de Mortenol Sud, square Marcel Gargar. Dans ce quartier Mortenol, avec la résidence Georges Roux, on retrouve l’architecture de grands ensembles des quartiers populaires français.
Crédits Auteur : Aness Garrush, juin 2024.
URL http://journals.openedition.org/echogeo/docannexe/image/29538/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 281k
Titre Illustration 3 - Taux d'homicide intentionnel pour 100 000 habitants pour la période 2014-2016 dans les communes de la Guadeloupe et de Saint-Martin
Crédits Source : Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) ; Besson, 2018.
URL http://journals.openedition.org/echogeo/docannexe/image/29538/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 131k
Titre Illustration 4 – Contestations et violences urbaines en contexte de Covid 19.
Crédits Auteure : © Carla BERNHARDT - AFP/Archives. Des militants du syndicat UGTG font rouler des pneus pour installer un barrage à Perrin Les Abymes, en Guadeloupe, le 17 novembre 2021. Site Les Nouvelles Calédoniennes, 22/11/24. URL: https://www.lnc.nc/​article/​guadeloupe-le-demantelement-des-barrages-a-commence-mais-les-violences-se-poursuivent
URL http://journals.openedition.org/echogeo/docannexe/image/29538/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 296k
Titre Illustration 5 - Périmètre du couvre-feu décrété le 23 avril 2024
Crédits Source : Site Géoportail. Auteur : Aness Garrush, juin 2024.
URL http://journals.openedition.org/echogeo/docannexe/image/29538/img-5.jpg
Fichier image/jpeg, 436k
Titre Illustration 6 - La périurbanisation dans l'agglomération pointoise ou la fabrique néolibérale du territoire.
Crédits Source : Site Géoportail. Auteur : Aness Garrush, novembre 2024.
URL http://journals.openedition.org/echogeo/docannexe/image/29538/img-6.jpg
Fichier image/jpeg, 291k
Titre Illustration 7 - Le quartier de Fond Laugier ou la figure de l'urbanité populaire en contexte tropical
Crédits Auteur : Aness Garrush, juin 2024.
URL http://journals.openedition.org/echogeo/docannexe/image/29538/img-7.jpg
Fichier image/jpeg, 363k
Titre Illustration 8 - Expressions matérielles de la violence et de la relégation
Légende À gauche : le bâti dans le quartier de Bergevin : reflet de la violence ; immeubles, routes et éclairage peu entretenus. À droite : les problématiques d’évacuation d’eau à Lauricisque.
Crédits Auteur : Aness Garrush, octobre 2024 et février 2025.
URL http://journals.openedition.org/echogeo/docannexe/image/29538/img-8.jpg
Fichier image/jpeg, 398k
Titre Illustration 9 - Adaptation des comportements à la tombée de la nuit
Légende Les déplacements des habitants se font alors plus souvent en famille que seul, ici en bas des tours de la cité Henri IV surnommée Washington.
Crédits Auteur : Aness Garrush, mai 2024.
URL http://journals.openedition.org/echogeo/docannexe/image/29538/img-9.jpg
Fichier image/jpeg, 220k
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Pour citer cet article

Référence électronique

Aness Garrush, « La violence dans l’agglomération de Pointe à Pitre : entre fabrique urbaine et médiatique, quelles constructions ? », EchoGéo [En ligne], Sur le Vif, mis en ligne le 30 juin 2025, consulté le 12 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/echogeo/29538 ; DOI : https://doi.org/10.4000/14b27

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Auteur

Aness Garrush

Aness Garrush, agarrush@gmail.com, est doctorant en géographie, Université Sorbonne Paris Nord.

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Droits d’auteur

CC-BY-NC-ND-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.

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