Dossier coordonné par Fabrice Pirolli (Cren, Le Mans Université) et Madjid Ihadjadene (Paragraphe, Université de Paris 8)
Les activités relatives à la production de l’information, entendue dans un sens large (création de contenus informationnel, de métadonnées, d’annotations ou de pratiques d’éditorialisation mais aussi de documents juridiques, financiers, normatifs, etc.), s’appuient sur des pratiques souvent invisibles qui sous-tendent la « fabrique » de l’information : gestes, postures, savoirs, outils, routines, matérialités, corporéité et identités mobilisés dans divers contextes sociaux et professionnels (Broudoux et Ihadjadene, 2020 ; Fauré, 2006). Or, au cours de ces dernières années, les modalités de production de l’information ont subi des transformations majeures, en partie liées à des évolutions techniques : avènement de l'intelligence artificielle (IA), accommodation aux algorithmes des réseaux sociaux numériques, multiplicité de dispositifs connectés, exploitation massive des datas. Cependant, le questionnement des dynamiques actuelles ne saurait se limiter aux rôles de ces adjuvants techniques, tant les évolutions sont à la fois multiples et profondes. Cet appel vise à rassembler des contributions qui explorent sous différents angles les caractéristiques de ces transformations, tant du point de vue des pratiques que des dispositifs sociotechniques mobilisés. Il s’agit pour cela de croiser différents travaux ou approches méthodologiques, ayant en commun de questionner les conditions dans, et par, lesquelles les processus de production de l’information s’établissent, ainsi que la nature et le rôle des acteurs impliqués dans divers contextes tels que le journalisme, l'éducation, la formation, la santé, les musées, le droit, l'informatique, et bien d'autres.
Pourront ainsi être traitées à la fois des pratiques et les conditions de productions documentaires, de génération et de traitement de données, mais également des approches créatives en lien avec la production de contenus. Nous invitons les chercheurs à soumettre leurs articles selon les quatre axes thématiques suivants, inspirés des travaux académiques récents.
Axe 1 : Production et circulation de l’information dans les organisations
Ce premier axe porte sur l’analyse des processus de production de l’information au sein des milieux professionnels et de formation. Les plateformes et outils numériques facilitent la contribution et la collaboration dans la création d'informations, élargissant le nombre d'acteurs impliqués dans la production d'informations (Inaudi et Carnel, 2017). Elles suscitent également l’émergence de nouveaux usages, prescrits ou non, à la croisée des sphères professionnelles et personnelles qui viennent eux-mêmes réinterroger et reconfigurer les rapports à la création. Nous attendons par exemple des contributions soulignant l’importance des pratiques de bricolage efficaces et des modalités coopératives ou collaboratives. De quelles manières peuvent se définir des politiques d'information, explicites ou implicites, au sein d’organisations ou dans un collectif (communautés de pratiques, fablab…) (Lehmans et Capelle, 2019) ? Quels sont les cadres théoriques qui permettant de saisir et d’éclairer ces processus qui croisent problématisation de situations professionnelles et pratiques informationnelles des acteurs (Paul, 2022) ? D’un point de vue méthodologique, comment approcher et analyser ce qui relèverait d’un renouvellement, d’une transformation ou, a contrario, d’une continuité de pratiques ?
Par extension, cet axe se concentre aussi sur les acteurs impliqués dans les processus informationnels et leur impact sur la création de contenu. Il s’agit notamment de comprendre le rôle et les pratiques des divers acteurs de la production d’information, qu’il s’agisse de professionnels (data scientists, documentalistes, journalistes, développeurs d’IA) ou d’amateurs (communautés en ligne, contributeurs collaboratifs). Enfin, cet axe examine comment l’engagement dans la production d’informations affecte la perception de la valeur par les utilisateurs individuels. Quelles sont les médiations à l'œuvre dans la création et la production de l'information et des documents ? Quelles nouvelles compétences émergent dans ce domaine ? Quels sont les rôles des intermédiaires de l'information et des données ?
Axe 2 : Approches créatives et innovantes de production de l’information
Le deuxième axe se concentre sur les approches créatives en lien avec la production de contenus, telles que les démarches d’idéation et l’utilisation raisonnée de l’intelligence artificielle (Marsault et Nguyen, 2022). Nous ouvrons à des propositions qui explorent les méthodes innovantes de création de contenus, leur impact sur les pratiques documentaires et informationnelles, et les nouveaux défis que ces approches posent dans divers contextes professionnels et éducatifs. L'utilisation de l’IA joue un rôle crucial dans ces processus, offrant des outils et des techniques avancées pour optimiser la création et la gestion de contenu (Langevin, 2022). Les traitements algorithmiques, quant à eux, influencent significativement la diversité et la richesse des pratiques informationnelles. Ils permettent non seulement de traiter et d'analyser de vastes ensembles de données, mais aussi de personnaliser et de diversifier les contenus produits (Feroni, 2024), enrichissant ainsi l'expérience utilisateur et l'efficacité des pratiques informationnelles dans divers contextes.
Il s’agit de mettre en lumière les dispositifs qui président aux pratiques informationnelles d’une variété d’acteurs et qui concourent à enrichir et diversifier ces pratiques. Les contributions peuvent inclure l’étude des sources d’information, des données, des traitements algorithmiques et des conditions de production et de traitement de l’information. L'objectif est de comprendre comment ces dispositifs et pratiques influencent et soutiennent les processus de création et de production des données et d'information. Quel rôle jouent les algorithmes des plateformes numériques dans la production, la diffusion et la consommation de l’information ? Quelles formes prennent ces productions (documents, rapports, banque de données, statistiques, etc.) ? Comment les algorithmes influencent-ils la visibilité et la crédibilité des contenus ?
Axe 3 : Dimensions politiques et sociales de la production de l'information
L'objectif de ce troisième axe est d'analyser les relations structurelles de la production des données et de l’information et de la manière dont elles peuvent affecter les institutions économiques ou politiques (Kostakis, 2012). Feldman (1989) argumente par exemple que les décideurs politiques n'ont pas toujours le contrôle total sur la production d'information et que cette information émerge souvent de manière non structurée et imprévisible. Il en résulte un « ordre sans design », où l'organisation et l'intégration de l'information ne sont pas planifiées de manière rigide, mais évoluent à travers des interactions complexes entre différents acteurs.
La production d’information est également façonnée par des groupes d’intérêts variés, tels que les ONG, les associations professionnelles ou les lobbies industriels. Ces acteurs produisent des contenus spécialisés, incluant des analyses techniques, des recommandations politiques et des données environnementales, dans le but d’influencer les décisions des instances politiques (García-Lorenzo et al., 2018). Le rôle de ces groupes dans la « fabrique de l’information » met en lumière l’importance des dynamiques économiques, politiques et sociales qui conditionnent la création et l’utilisation des contenus informationnels. Il vise aussi à comprendre les moments de tension, de négociation et de stabilisation dans les moments de création et de production (Jojczyk, 2018). En particulier, nous nous intéressons aux pratiques de production d'information institutionnelle et administrative, aux pratiques de production des données et de l'information scientifiques, ainsi qu'aux pratiques de production de l'information médiatique et culturelle. Comment ces processus et dynamiques émergent-elles ? Quelles en sont les modes de régulation ? Que produisent-elles sur les macro-structures qui les portent ?
Axe 4 : L'éthique de la production d'information
Ce dernier axe propose d’interroger les enjeux et les défis de la production d'information en explorant les tensions qui existent entre transparence, qualité, éthique et confidentialité (Joshi, 2021). En effet, la capacité à traiter, analyser et exploiter de vastes quantités de données et d’informations présente des opportunités considérables pour l'innovation et la prise de décision éclairée, mais elle pose également des défis significatifs. L'importance de la qualité, de la fiabilité et de la véracité de l'information est cruciale pour garantir que les décisions prises sur la base de ces données soient justes et efficaces. Par ailleurs, les aspects éthiques, juridiques et de confidentialité liés à la production et à la gestion de l'information sont des préoccupations majeures (Mendoza, 2024). Comment ces nouvelles productions trouvent-elles leur(s) place(s) dans un environnement informationnel déjà particulièrement riche ? Par ailleurs, les études dans ce domaine soulignent la nécessité de développer des cadres de gouvernance robustes pour protéger les droits des individus, assurer la transparence des processus de traitement des données et prévenir les abus potentiels liés à l'utilisation des informations. Ainsi, aborder ces enjeux de manière holistique est essentiel pour tirer parti des avantages offerts par les nouvelles technologies tout en minimisant les risques associés.
Nous encourageons les contributeurs et contributrices à soumettre des articles offrant à la fois des perspectives théoriques et des études de cas pratiques, afin de favoriser une compréhension complète de la nature multifacette des processus de création et de production de l'information.
Chérifa Boukacem-Zeghmouri (Elico, Université Claude Bernard Lyon 1)
Évelyne Broudoux (Dicen-IDF, Conservatoire national des arts et métiers)
Emmanuelle Chevry-Pébayle (LISC, Université de Strasbourg)
Viviane Clavier (Gresec, Université Grenoble Alpes)
Alexandra Coutant (UQAM, Canada)
Amandine Degand (IHECS, Belgique)
Laurence Dierickx (LaPIJ, École universitaire de journalisme de Bruxelles, Belgique)
Antonietta Folino (Université de Calabre, Italie)
Cécile Gardiès (UMR EFTS, ENSFEA)
Saliha Hadna-Brémand (CERTOP, Université Toulouse3)
Dominique Maurel (EBSI, Université de Montréal, Canada)
Céline Paganelli (Lerass, Université Paul-Valéry Montpellier 3)
Alexandra Saemmer (CEMTI, Université Paris 8 Vincennes – Saint-Denis)
Adrian Staii (Elico, Université Lyon 3)
Raphaëlle Crétin-Pirolli (Cren, Le Mans Université)
La sélection des propositions de contribution se fait en deux temps :
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sur la base d’un résumé de 1 500 à 2 000 mots (hors bibliographie) qui présentera les objectifs, l’argumentation et l’originalité de la proposition ainsi que quelques orientations bibliographiques,
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pour les résumés retenus, une seconde évaluation sera réalisée sur la base des articles définitifs.
Les instructions aux auteurs, à respecter scrupuleusement, sont disponibles sur le site de la revue : https://journals.openedition.org/edc/668
L’évaluation sera assurée de manière anonyme par au moins deux lecteurs du comité.
L’envoi des résumés au plus tard le 15 mars 2025 au format Word (.docx) ou OpenDocument (.odt) se fait aux adresses suivantes :
Les propositions d’articles et les articles définitifs d’une longueur de 35 000 à 40 000 signes (espaces, notes de bas de page et bibliographie compris) peuvent être soumis en français ou en anglais. Les articles définitifs sont publiés en français pour la version papier du numéro de la revue, français (et le cas échéant en anglais) pour la version électronique. Aucun engagement de publication ne peut être pris avant la lecture du texte complet.
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15 mars 2025 : soumission des résumés pour évaluation
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15 avril 2025 : notification de l’acceptation ou du refus
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1er septembre 2025 : soumission de la version complète des articles
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15 octobre 2025 : envoi de la deuxième évaluation
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1er février 2026 : réception de la version définitive des articles
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juin 2026 : publication du dossier dans le numéro 66 d’Études de communication