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Juz-Oba, une nécropole tumulaire de l’aristocratie bosporane du IVe s. av. J.-C.

Jurij Alekseevič Vinogradov
Traduction de Fabrice Guibentif
p. 145-180

Résumé

La nécropole tumulaire de Juz-Oba (« les Cent collines », en langue tatare) est située au sud de la ville de Kertch. La quarantaine de kourganes qui la compose a été fouillée principalement durant la seconde moitié du XIXe siècle. Le dépouillement et l’étude des archives afférentes aux fouilles menées sur ce site montrent que la nécropole a été utilisée durant 75 ans environ et qu’elle n’a débordé que de très peu sur le IVe s. av. J.-C. Divers types de sépultures ont été découverts sous le remblai des kourganes. Les caveaux funéraires à voûtes de pierre en encorbellement ou imitant un couvrement en berceau sont probablement d’origine thrace. Le gigantesque hypogée du kourgane « Ostryj » rattache ce monument au monde scythe. Les kourganes les plus tardifs de la nécropole permettent d’évaluer l’intensification, dans le Bosphore de la dernière décennie du IVe s. av. J.-C., des influences culturelles en provenance de la région du Kouban, c’est-à-dire émanant de la sphère des tribus sarmates de Méotide. Un complexe funéraire découvert sur le cap Ak-Burun en 1875 est de toute première importance pour la compréhension de la période du déclin de la Grande Scythie et du début des incursions sarmates dans les steppes du littoral nord de la mer Noire.

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Texte intégral

  • 1 Voir Ju. A. Vinogradov, V. N. Zin’ko, T. N. Smekalova, Juz-Oba. Kurgannyj nekropol’ aristokratii Bo (...)
  • 2 À l’heure actuelle, de tous les kourganes de Juz-Oba, seuls ceux situés sur le cap Ak-Burun sont en (...)
  • 3 Voir N. F. Fedoseev, « The Necropolis of Kul Oba and Juz Oba » ; Ju. A. Vinogradov, « Ob izučenii k (...)

1La nécropole tumulaire de Juz-Oba est bien connue des spécialistes de l’archéologie classique du littoral septentrional de la mer Noire. L’essentiel de ses kourganes a été fouillé durant la seconde moitié du XIXe siècle par Aleksandr Ljucenko, directeur du musée des Antiquités de Kertch (fig. 1 et 2), puis par Nikodim Kondakov, Aleksej Bobrinskij et Vladislav Škorpil1. L’étude de ce vaste et monumental cimetière se heurte à d’importantes difficultés, en dépit de sa renommée, et ce pour plusieurs raisons : la plupart des kourganes ont été pillés, les fouilles des tombeaux non pillés ne sont pas documentées dans un grand détail et les collections des trouvailles qui en sont issues, conservées au Musée de l’Ermitage, ne sont que partiellement publiées2. En définitive, on ne connaît ni le nombre exact des kourganes investigués (il y en a eu vraisemblablement une quarantaine), ni la datation précise de chacun d’entre eux. L’établissement d’un schéma chronologique détaillé des sépultures découvertes lors des fouilles reste une musique d’avenir – seuls quelques pas, bien modestes, ont été effectués jusqu’à présent dans cette voie3.

  • 4 E. G. Kastanajan, « Obrjad trizny v bosporskikh kurganakh ».

2Certains des kourganes de Juz-Oba (le n10, « Ostryj », le n13 et le n15) présentent d’immenses remblais atteignant les 17 m de hauteur. D’autres sont de dimensions fort modestes, avec des remblais allant entre 2 m (pour le kourgane n1, « Malyj », et le kourgane de 1994) et 6,50 m. La hauteur moyenne des remblais s’élève à 8,40 m. Il faut donc admettre que la nécropole de Juz-Oba était pour l’essentiel composée de kourganes de très grandes dimensions. Des vestiges de repas funéraires ont été relevés dans presque tous les remblais tumulaires4. Ceux-ci sont tous ceints d’une crépide en pierre, le kourgane n14 se distinguant par la présence de deux murs concentriques autour de sa base, et le n10 (« Ostryj ») par une crépide de forme non circulaire, mais octogonale (voir infra).

  • 5 M. I. Rostovcev, Antičnaja dekorativnaja živopis’ na juge Rossii, p. 108.
  • 6 Ju. Ju. Marti, Sto let Kerčenskogo muzeja, p. 24.
  • 7 K. E. Grinevič, « Juz-Oba (Bosporskij mogil’nik IV v. do n.è.) », p. 147.

3Tous les spécialistes s’accordent depuis longtemps sur le fait que Juz-Oba est une nécropole de l’aristocratie du Bosphore Cimmérien remontant au florès que fait l’État bosporan au IVe s. av. J.-C. Les chercheurs du XXe siècle ont situé Juz-Oba dans les limites des dernières décennies du IVe s. av. J.-C.5, de la seconde moitié de ce même siècle6 ou des années 360-330 av. J.-C.7. Ces divergences montrent une fois de plus la nécessité de poursuivre les travaux visant à élucider la chronologie de cette nécropole.

  • 8 Ju. A. Vinogradov, V. N. Zin’ko, T. N. Smekalova, Juz-Oba. Kurgannyj nekropol’ aristokratii Bospora(...)

4On distingue trois secteurs dans l’organisation spatiale de la nécropole : les kourganes de la crête de Juz-Oba et ceux de deux caps, le cap Pavlovsk et le cap Ak-Burun (fig. 3 et 4). Il ne fait aucun doute que les kourganes des trois secteurs ont reçu les sépultures de hauts représentants de l’aristocratie bosporane, et tout particulièrement des membres de la famille régnante des Spartocides, ce qui est en soi d’un grand intérêt scientifique. Il est par ailleurs curieux de noter que divers types de constructions funéraires ont été mis au jour dans la nécropole8 : 1) de grandes fosses, aux parois généralement recouvertes de pierres et dont le couvrement est fait de dalles ou de rondins de bois posés à l’horizontale ; 2) des tombeaux monumentaux à voûte de pierre en encorbellement ; 3) des tombeaux imitant un couvrement en berceau ; 4) un tombeau à couvrement en berceau ; 5) un immense hypogée ; et 6) des crémations de divers types, généralement effectuées dans des fosses funéraires. Établir une chronologie détaillée des sépultures de Juz-Oba serait extrêmement précieux pour répondre à la question des dates d’apparition et de mise en œuvre dans le Bosphore de chacun des types de constructions funéraires mentionnés et pour mesurer le degré de pénétration des influences culturelles en provenance de diverses parties du monde grec et barbare.

  • 9 Ju. A. Vinogradov, « O sklepakh makedonskogo tipa na Bospore ».

5Il faut tout de suite noter l’absence à Juz-Oba d’un type de tombeaux monumentaux devenu populaire dans le Bosphore dès le début du IIIe s. av. J.-C. Il s’agit des tombes du type dit macédonien, dont la particularité, outre une voûte en berceau clavé, tient dans le fait que la chambre funéraire est divisée en deux parties9. Ce fait permet probablement d’affirmer que les kourganes de Juz-Oba ont été érigés avant l’époque où la nouvelle tradition, venue de Macédoine via peut-être la Thrace, exerce son influence sur l’architecture funéraire bosporane.

Le cap Pavlovsk

  • 10 V. F. Gajdukevič, Bosporskoe carstvo, p. 255 ; I. Ju. Šaub, Mif, kul’t, ritual v Severnom Pričernom (...)
  • 11 Voir D. Uil’jams, D. Ogden, Grečeskoe zoloto, p. 166 sq. (traduction de D. Williams, J. Ogden, Gree (...)
  • 12 M. I. Rostovcev, Skifija i Bospor, p. 186 ; L. F. Silant’eva, « Nekropol’ Nimfeja », p. 51 sq. ; V. (...)
  • 13 Ju. A. Vinogradov, V. N. Zin’ko, T. N. Smekalova, Juz-Oba. Kurgannyj nekropol’ aristokratii Bospora(...)

6Si l’on examine les secteurs de la nécropole désignés plus haut, il faut reconnaître que le prototype des sépultures à grandes fosses a été découvert au cap Pavlovsk : il s’agit du très fameux tombeau du kourgane n2 de Pavlovsk (fig. 5). C’était une fosse pratiquée dans le sous-sol rocheux rehaussée de dalles de pierre équarries et couverte de dalles du même type. Nous ne savons malheureusement presque rien des autres kourganes de ce cap. Le tombeau découvert dans ce kourgane n2 semble avoir appartenu à une prêtresse de l’aristocratie10. Selon toute vraisemblance, ce complexe funéraire peut être daté au tournant des troisième et quatrième quarts du IVe s. av. J.-C.11. De manière générale, les tombeaux de ce type étaient apparus bien plus tôt dans le Bosphore, où ils existaient déjà au Ve s. av. J.-C.12, mais on en construisit encore ultérieurement. Près d’une dizaine nous en sont connus dans la nécropole de Juz-Oba13.

Les kourganes de la crête rocheuse de Juz-Oba

  • 14 Ibid.
  • 15 S. A. Kaufman, « Ob ustupčatykh sklepakh Bospora », p. 1 sq. ; V. F. Gajdukevič, Bosporskoe carstvo(...)
  • 16 R. Bazaytova, « The Thracian contribution in the ancient architecture ».

7Ils s’étendent d’est en ouest en une longue procession qui se perd dans la steppe au-delà de l’actuelle route de Feodosija. Les plus significatifs en sont des caveaux funéraires en pierre monumentaux aux couvrements de divers types. Les tombes à voûtes de pierre en encorbellement (fig. 6 et 7) sont bien sûr les premières à attirer l’attention, même si l’on ne dispose d’information que sur quatre de ces monuments funéraires14. Ils ont très probablement diffusé dans le Bosphore dès la fin du Ve s. av. J.-C. suite au renforcement des influences thraces, la dynastie des Spartocides étant originaire de cette région15. En lien avec cela, il faut noter que les tombeaux monumentaux de Thrace se distinguent non seulement par leur nombre, mais aussi par la variété de leurs types16 et que presque tous ces types sont représentés dans les nécropoles du Bosphore.

  • 17 D. Uil’jams, D. Ogden, Grečeskoe zoloto, p. 164 sq. ; Ju. A. Vinogradov, « Kurgan Mirzy Kekuvatskog (...)

8Les tombeaux avec couvrement imitant la voûte en berceau sont une variante du type décrit ci-dessus. Leur différence réside dans le fait que les éléments saillants de la maçonnerie du couvrement sont façonnés pour donner une apparence de voûte en berceau. Le kourgane qui se dressait sur les terres de Mirza Kekuvatskij semble bien être un de ces tombeaux imitant un couvrement en berceau. Les pierres supérieures de sa voûte, à en juger par le dessin dont on dispose (fig. 8), sont trop larges pour servir de clé de voûte. Ce tombeau, dans lequel on a découvert la riche sépulture d’un guerrier, est actuellement daté du milieu du IVe s. av. J.-C. environ17.

Tombeau n47 du kourgane n6

  • 18 M. I. Rostovcev, Antičnaja dekorativnaja živopis’ na juge Rossii, p. 103 ; V. F. Gajdukevič, Bospor (...)
  • 19 M. I. Rostovcev, Antičnaja dekorativnaja živopis’ na juge Rossii, p. 103 ; V. F. Gajdukevič, Bospor (...)
  • 20 Th. D. Boyd, « The arch and the vault in Greek architecture », p. 83.
  • 21 D. C. Kurtz, J. Boardman, Greek Burial Customs, p. 276 ; Th. D. Boyd, « The arch and the vault in G (...)
  • 22 M. Andronikos, « Some reflections on the Macedonian tombs », p. 5.
  • 23 Th. D. Boyd, « The arch and the vault in Greek architecture » ; E. N. Borza, O. Palagia, « The chro (...)

9Il y a sur la crête rocheuse de Juz-Oba un caveau funéraire extrêmement curieux qui, à en juger là encore par le dessin d’archive, avait un couvrement en berceau (fig. 9). Il s’agit du tombeau n47 découvert dans le kourgane n618. À l’heure actuelle, sa datation est rapportée à la seconde moitié du IVe s. av. J.-C.19. À mon avis, l’usage d’un couvrement à claveaux, étroit, est clairement visible sur cette figure. Le tombeau n47 présente un intérêt à bien des égards, mais surtout parce qu’il est très directement lié au problème complexe de l’apparition de la voûte en berceau dans l’architecture de la Grèce antique. En effet, à l’heure actuelle, on ne connaît pas de construction de ce type qui puisse être datée avec certitude avant les dernières décennies du IVe s. av. J.-C.20. Il est communément admis que la voûte en berceau, qui existait au Moyen-Orient dès le quatrième millénaire av. J.-C., n’est apparue en Grèce qu’après les campagnes d’Alexandre le Grand21. L’hypothèse de M[anolis] Andronikos, qui supposait que les anciens Grecs connaissaient ce couvrement avant les campagnes d’Alexandre22, soulève de sérieux doutes23. Le tombeau du kourgane n6 ne relève pas du type macédonien et constitue pourtant l’un des premiers exemples d’utilisation de pareil couvrement dans toute l’architecture antique. Pour cette raison, la tombe qu’on y a découverte aurait dû faire l’objet d’une bien plus grande attention.

Kourgane n10, dit « Ostryj »

  • 24 Ju. A. Vinogradov, V. N. Zin’ko, T. N. Smekalova, Juz-Oba. Kurgannyj nekropol’ aristokratii Bospora(...)
  • 25 V. S. Ol’khovskij, « Skifskie katakomby v Severnom Pričernomor’je » et Pogrebal’no-pominal’naja obr (...)

10Ce kourgane, haut de 17 m, est l’un des plus élevés de la nécropole et figure sans doute un monument de très grand intérêt24. Il était entouré d’une crépide en pierre de forme octogonale très inhabituelle. Sur quatre côtés de la crépide (nord, est, ouest et sud), des marches ont été pratiquées dans la structure (fig. 10), ce qui est parfaitement original et n’a jamais été révélé lors de la fouille des kourganes du Bosphore Cimmérien. L’unique tombe découverte sous le remblai était une immense catacombe (d’une surface d’environ 30 m2). Un puits y conduisait par le haut, dont les parois étaient habillées de blocs rustiqués travaillés avec soin (fig. 11 et 12). La catacombe du kourgane « Ostryj » est unique non seulement pour Juz-Oba, mais aussi pour tout le Bosphore. Il est en revanche bien connu que pareilles constructions funéraires étaient typiques de la Scythie des Ve et IVe s. av. J.-C.25. Malheureusement, la catacombe du kourgane « Ostryj » a été la cible de pilleurs, ce qui l’a peut-être tenue à l’écart de l’attention des scientifiques. Il ne fait cependant aucun doute qu’elle doit être datée dans les limites du IVe s. av. J.-C. Il est par ailleurs fort possible qu’il s’agisse là du tombeau du roi bosporan Leukon Ier (389/88-349/48), qui entretenait des liens étroits avec les Scythes (Polyen VI.9.4).

  • 26 Ju. A. Vinogradov, V. N. Zin’ko, T. N. Smekalova, Juz-Oba. Kurgannyj nekropol’ aristokratii Bospora(...)

11En ce qui concerne l’attribution chronologique des kourganes de la crête de Juz-Oba, on peut supposer, de façon très hypothétique, que le plus ancien en est le kourgane n9, qui semble dater de la fin du premier et du début du deuxième quart du IVe s. av. J.-C., à en juger par un timbre amphorique de Thasos retrouvé dans le remblai. La tombe qu’on y mit au jour relève du premier des types mentionnés plus haut (une structure en pierre avec un couvrement plat de dalles de pierre), mais elle était pillée26. Avec sa hauteur de 10 m, ce kourgane n’était pas particulièrement grand pour Juz-Oba : certains autres, comme le kourgane « Ostryj », pouvaient atteindre les 17 m, comme nous l’avons déjà signalé plus haut.

  • 27 Ibid., p. 108-112.

12Les dimensions des kourganes de Juz-Oba méritent un commentaire particulier. La documentation disponible décrivant les fouilles de la nécropole laisse apparaître un trait curieux : les kourganes sont d’autant plus grands qu’ils sont anciens. Les tumuli dits « petits » de Juz-Oba, qui datent probablement de la fin du IVe s. av. J.-C., ne s’élèvent qu’à une hauteur de 2 à 4 m27. Pour résumer ces observations, on peut supposer que l’édification des kourganes de la crête rocheuse de Juz-Oba a commencé dès le premier quart du IVe s. av. J.-C. et s’est poursuivie jusqu’à la fin de ce siècle. Aucun d’entre eux en tout cas ne peut être attribué de manière fiable au IIIe s. av. J.-C., ne serait-ce qu’au début de ce siècle.

  • 28 Ibid., p. 133.

13Les tombes secondaires, découvertes à Juz-Oba dans de nombreux remblais, sont d’une grande aide pour une meilleure compréhension de l’histoire de la nécropole et, bien sûr, de sa chronologie. Dans la plupart des cas, on peut supposer qu’ils avaient un lien direct avec les complexes funéraires centraux – en d’autres termes qu’il s’agissait de l’inhumation de parents proches. Des tombes secondaires découvertes dans certains kourganes de la partie ouest de la nécropole se démarquent des tombeaux principaux, monumentaux. Il s’agit de simples tombes de pierre avec des sépultures collectives, dont l’interprétation, dans le cadre d’une nécropole aristocratique, se heurte à des difficultés considérables28. Leur datation exacte est très difficile, mais on peut supposer avec un certain degré de certitude qu’elles y ont été creusées après le IVe s. av. J.-C., c’est-à-dire à une époque où on n’érigeait plus de kourganes à Juz-Oba.

Les kourganes du cap Ak-Burun

  • 29 D. McPherson, Antiquities of Kerch, and Researches in the Cimmerian Bosporus, p. 57 sq. ; A. M. But (...)
  • 30 A. M. Butjagin, Ju. A. Vinogradov, Juz-Oba. Kurgannyj nekropol’ aristokratii Bospora, p. 27-36.
  • 31 E. V. Jakovenko, « Uzdečnyj nabor V v. do n.è. iz Vostočnogo Kryma », p. 59 et Skifi Skhidnogo Krim (...)
  • 32 B. B. Piotrovsky, L. K. Galanina, N. L. Grach, Scythian Art, pl. 92.
  • 33 Ju. A. Vinogradov, V. N. Zin’ko, T. N. Smekalova, Juz-Oba. Kurgannyj nekropol’ aristokratii Bospora(...)

14Les kourganes du cap Ak-Burun, le troisième secteur de la nécropole de Juz-Oba, sont du plus haut intérêt. On sait qu’il y avait là cinq kourganes, fouillés la première fois par les Anglais à l’occasion de l’occupation britannique de Kertch durant la guerre de Crimée29. Le kourgane n5 d’Ak-Burun, situé sur les rives immédiates du détroit de Kertch, est le plus ancien non seulement du cap Ak-Burun, mais de toute la nécropole. La tombe principale en a probablement été découverte par les Anglais. Il s’agissait d’une fosse dont les côtés étaient habillés de pierres et dont le couvrement était constitué de rondins de bois. C’est probablement dans ce kourgane qu’Aleksandr Ljucenko a découvert en 1862 l’inhumation d’un cheval avec une bride décorée dans le style animalier (fig. 13)30. Cette bride a été datée par Eleonora Yakovenko du milieu du Ve s. av. J.-C. au plus tard31, bien qu’il soit plus juste de l’attribuer à la seconde moitié de ce siècle32. Cette datation précoce a même fait exclure le kourgane n5 des monuments de la nécropole de Juz-Oba33, ce qui n’est pas tout à fait correct, puisque le remblai de ce kourgane a au moins servi comme sorte de repère pour la formation de la nécropole aristocratique à venir et pour son développement vers l’ouest.

Le kourgane n3

  • 34 A. M. Butjagin, Ju. A. Vinogradov, Juz-Oba. Kurgannyj nekropol’ aristokratii Bospora, p. 74-110.

15Ce tertre funéraire situé sur le cap Ak-Burun et fouillé en 1875 contenait deux sépultures, dont la plus célèbre est sans aucun doute la crémation d’un guerrier noble à la tiare d’or34. Cette sépulture a été pratiquée dans une simple fosse creusée dans le sol et recouverte de tuiles. On y a retrouvé, outre la tiare (fig. 14), les fragments d’un collier en or (fig. 15.3), une bague à chaton en or avec incrustation (fig. 15.4), une boucle de ceinture en forme d’oiseau, en fer et recouverte d’une feuille d’or (fig. 15.5), des fragments d’une couronne d’or (fig. 15.6), deux petits « bonnets » en or (fig. 15.7), un grand nombre d’armes, etc. Des appliques d’or en forme d’étoiles avaient probablement été cousues sur le linceul (fig. 15.1-2). La découverte d’une amphore panathénaïque et d’un statère d’or d’Alexandre le Grand permet de dater ce complexe de la fin IVe-début du IIIe s. av. J.-C.

  • 35 Ibid., p. 68-73.

16Ce même kourgane n3 recelait une seconde crémation, sans doute féminine, qui y a été faite un peu plus tard35. Il en provient une curieuse lékanis à figures rouges dont la peinture est extrêmement bâclée (fig. 16). Il y a de sérieuses raisons de croire que le kourgane n3 est le plus tardif de la nécropole de Juz-Oba, en tout cas parmi les monuments connus à ce jour.

Tombe secondaire découverte en 1874

  • 36 Ibid., p. 37-52.
  • 37 M. I. Rostovcev, Kurgannye nakhodki Orenburgskoj oblasti èpokhi rannego i pozdnego èllinizma, p. 48
  • 38 A. M. Butjagin, Ju. A. Vinogradov, Juz-Oba. Kurgannyj nekropol’ aristokratii Bospora, p. 48.
  • 39 M. B. Ščukin, « Fibuly tipa “ Alezija ” iz srednego Pridneprov’ja i nekotorye problemy greko-varvar (...)

17Un autre intérêt du cap Ak-Burun réside encore dans une sépulture des plus curieuses, découverte en 1874 lors de la construction de la forteresse de Kertch. Il s’agit d’une tombe secondaire pratiquée dans un tumulus dont la localisation demeure inconnue36. Deux urnes en bronze, dont l’une contenait des cendres humaines, étaient déposées dans une petite tombe en pierre, avec un ensemble d’objets précieux : une monnaie d’or de Lysimaque frappée à Byzance (fig. 17.1), une perle de collier décorée en granulation (fig. 17.2), la bouterolle d’un fourreau de poignard (?) sertie de pierres semi-précieuses (fig. 17.3), une fibule circulaire avec incrustation d’une pierre brun foncé (fig. 17.4), une fibule unique en or de type « Alésia » (fig. 17.5) etc. Mikhaïl Rostovtsev, il y a 100 ans, a daté ce complexe des IIIe-IIe s. av. J.-C.37, ce qui est bien sûr erroné : l’inhumation remonte à la seconde moitié du Ier s. av. J.-C.38. La présence de la fibule « Alésia » permet de supposer qu’un lien existe entre ce complexe et la présence romaine sur le Bosphore. Par conséquent, la sépulture a pu avoir lieu soit sous Mithridate de Pergame (47 av. J.-C.)39, soit sous Polémon Ier du Pont (14-8 av. J.-C.), ce qui est moins probable. Encore une fois, notons que le complexe de 1874 a été pratiqué dans un kourgane plus ancien ; au Ier s. av. J.-C., on avait depuis longtemps cessé d’ériger des kourganes dans tous les secteurs de Juz-Oba.

Questions de chronologie de la nécropole

  • 40 L’auteur fait référence à un principe méthodologique (en russe le « princip kompleksnosti ») énoncé (...)

18À l’heure actuelle, la datation des kourganes du cap Ak-Burun est relativement fiable. On peut presque en dire autant du kourgane n2 de Pavlovsk ou du kourgane se dressant jadis sur les terres de Mirza Kekuvatskij, mais l’attribution chronologique de ces tombes doit toutefois encore être clarifiée. En d’autres termes, les matériaux qui y ont été trouvés doivent encore faire l’objet d’analyses spécifiques complémentaires. Cela est d’autant plus vrai pour les autres complexes funéraires de Juz-Oba, qui n’attirent pas autant l’intérêt des chercheurs contemporains. La nécessité d’étudier en détail toutes les collections de trouvailles en provenance de la nécropole et conservées à l’Ermitage (timbres d’amphores, monnaies et vases attiques) se fait de jour en jour plus évidente. En outre, l’attribution chronologique de chaque kourgane dépend également de sa comparaison avec d’autres monuments du même genre érigés dans le Bosphore. L’observance du principe d’exhaustivité est ici de la plus haute importance40.

  • 41 J. Boardman, The History of Greek Vases, p. 105 sq.
  • 42 M. I. Rostovcev, « Piksida raspisnogo sklepa Vasjurinskogo kurgana », p. 149.

19L’étude récente des vases peints (à figures rouges) montre que leur production en Attique s’était fortement réduite vers 330 av. J.-C. et que la décoration des récipients avait considérablement perdu en qualité41. Néanmoins, l’exportation de vases à figures rouges attiques se poursuivait encore à cette époque, y compris vers le Bosphore Cimmérien. Mikhail Rostovcev pensait qu’ils n’étaient plus en circulation à la fin du IVe s. av. J.-C.42 et cette conclusion n’a finalement été contestée par personne.

  • 43 A. E. Petrakova, « Late Attic red-figured vases from burials in the Kerch area », p. 157.
  • 44 Voir A. M. Butjagin, Ju. A. Vinogradov, Juz-Oba. Kurgannyj nekropol’ aristokratii Bospora, p. 72.

20Ces dernières années, toutefois, on observe dans l’étude des vases attiques en provenance des sépultures de Juz-Oba l’émergence d’une nouvelle approche qui consiste à leur attribuer une date antérieure d’au moins une décennie, voire souvent plus, à celle des objets issus de la tombe43. Une telle situation semble tout à fait paradoxale, les objets en céramique des complexes archéologiques ne pouvant être en règle générale plus anciens que les objets en or ou en bronze, ne serait-ce qu’en raison de leur plus faible prix. La tendance actuelle – qui consiste à reculer la datation des céramiques peintes de Grèce antique – devrait, à mon avis, supposer un changement dans l’attribution chronologique de la vaisselle de bronze, des articles de toreutique, etc. Certaines datations de vases basées exclusivement sur les particularités stylistiques de la peinture nous semblent fort douteuses pour cette raison, comme la datation au deuxième quart du IVe s. av. J.-C. d’une lékanis à figures rouges de « style décadent » issu du kourgane n3 d’Ak-Burun (fig. 16)44.

  • 45 E. Ja. Rogov, Nekropol’ Panskoe 1 v Severo-Zapadnom Krymu, p. 37.

21Je ferais toutefois une réserve : on ne peut en aucun cas considérer que chaque objet retrouvé dans un contexte funéraire ait été acquis spécifiquement à cette fin, même si de tels cas semblent aussi s’être produits. Un récipient en céramique pouvait aisément être utilisé dans la vie quotidienne pendant 10 ou 20 ans et seulement après être utilisé comme composante d’un inventaire funéraire, ce dont il faut bien sûr tenir compte lorsqu’on détermine la datation de tombes anciennes45. Il semble cependant presque évident que les articles en bronze étaient utilisés encore plus longtemps dans la vie quotidienne.

Questions de contacts culturels

22L’établissement d’une chronologie des kourganes de Juz-Oba, important en soi, est capital pour bien comprendre l’évolution des relations tissées entre l’élite bosporane et l’aristocratie des tribus barbares de la région, en ce qu’elle permet de suivre les principales orientations de ces contacts et leur évolution dans le temps. Il y a de solides raisons de penser qu’une partie des ressortissants des populations tribales intégrait d’une manière ou d’une autre les couches sociales les plus hautes de l’État. Il est clair que cela ne pouvait concerner que les personnes issues de tribus amies ou subordonnées au royaume bosporan. On peut aussi supposer que des membres de l’aristocratie du Bosphore, d’origine grecque, ont pu être impressionnés par certains éléments de la culture barbare, comme le détail d’un costume, la caractéristique d’une arme, l’équipement d’un cheval de guerre, etc. Les manifestations de cette mode « barbare » ou « barbarisante » peuvent là aussi être considérées comme des témoignages permettant une meilleure compréhension de la dynamique et des aspirations politiques et économiques de l’État bosporan dans ses rapports aux tribus du nord de la mer Noire.

  • 46 M. I. Rostovcev, Skifija i Bospor, p. 191 ; V. F. Gajdukevič, Bosporskoe carstvo, p. 256.
  • 47 Ju. A. Vinogradov, « Ob izučenii kurgannogo nekropolja Juz Oba pod Kerč’ju », p. 45.
  • 48 Ju. A. Vinogradov, V. N. Zin’ko, T. N. Smekalova, Juz-Oba. Kurgannyj nekropol’ aristokratii Bospora(...)
  • 49 A. M. Butjagin, Ju. A. Vinogradov, Juz-Oba. Kurgannyj nekropol’ aristokratii Bospora, p. 35 sq.
  • 50 Ibid., p. 113.

23On considère traditionnellement que Juz-Oba ne contient que des monuments funéraires de type grec46, mais ce point de vue n’est pas tout à fait correct47. Le kourgane n5 d’Ak-Burun, le plus ancien de la nécropole, est à cet égard éloquent. La bride qui y a été découverte semble tout à fait scythe, bien qu’unique par ses combinaisons ornementales (fig. 13). La nature du remblai de ce kourgane, dans lequel se trouvait une grande quantité de coquillages marins, n’est pas habituelle pour la Scythie. Ce détail est caractéristique des monuments semi-barbares de la péninsule de Taman48, ce qui permet d’envisager ce complexe dans un contexte différent et inhabituel et de mieux appréhender le rôle de l’aristocratie des tribus du Kouban à l’époque de la domination des Archéanactides49. Il est cependant intéressant de noter que les kourganes érigés ultérieurement sur le cap Ak-Burun présentent eux aussi des traits qui les apparentent à la culture du Bosphore asiatique et plus largement avec le monde tribal du Kouban50.

24Comme nous l’avons déjà partiellement évoqué, les tombes à voûte de pierre en encorbellement, ainsi que celles imitant la voûte en berceau, si caractéristiques de Juz-Oba (fig. 6-8), ont très probablement une origine thrace et cette tradition semble avoir pénétré le Bosphore avec la dynastie des Spartocides. Il convient de noter encore une fois que l’une des tombes de Juz-Oba présente un couvrement en berceau (fig. 9). Les tombes de type macédonien, diffusées dans le Bosphore dès le IIIe s. av. J.-C., sont quant à elles absentes de la nécropole.

  • 51 Voir F. V. Šelov-Kovedjaev, « Istorija Bospora v VI-V vv. do n.è. », p. 136 ; Ju. A. Vinogradov, «  (...)
  • 52 Voir M. I. Artamonov, Sokrovišča skifskikh kurganov v sobranii Gosudarstvennogo Èrmitaža, p. 66, ta (...)

25Les liens avec la Grande Scythie avaient une importance cruciale pour l’État du Bosphore Cimmérien du IVe s. av. J.-C.51. Le grandiose kourgane « Ostryj » et son hypogée (fig. 10-12) témoignent en faveur d’une telle vision des choses. L’aspect scythe des armes trouvées dans le kourgane se dressant sur les terres de Mirza Kekuvatskij52 plaide dans le même sens. Plus encore, on peut considérer que la brillante culture de l’élite bosporane de la fin du Ve et du IVe s. av. J.-C. devait en grande partie son existence à la situation militaro-politique de la steppe, situation que les chefs scythes étaient à même de stabiliser de manière durable.

  • 53 Ju. A. Vinogradov, V. N. Zin’ko, T. N. Smekalova, Juz-Oba. Kurgannyj nekropol’ aristokratii Bospora(...)
  • 54 N. F. Fedoseev, « Dosledovanie kurgannoj nasypi na nekropole Juz-Oba », p. 411 ; Ju. A. Vinogradov, (...)
  • 55 A. E. Petrakova, « Late Attic red-figured vases from burials in the Kerch area », p. 157.
  • 56 A. A. Peredol’skaja, « Vazy Ksenofanta », p. 56 sq., tab. V-VI ; Ju. A. Vinogradov, Bol’šoj lekif K (...)
  • 57 A. E. Petrakova, « Late Attic red-figured vases from burials in the Kerch area », p. 158, fig. 9b.
  • 58 Ju. A. Vinogradov, V. N. Zin’ko, T. N. Smekalova, Juz-Oba. Kurgannyj nekropol’ aristokratii Bospora(...)

26Une coloration barbare bien perceptible se retrouve également dans le kourgane au Serpent, fouillé à deux reprises (d’abord par Anton Ašik, puis par Nikodim Kondakov)53. Il faut d’emblée admettre que l’idée de l’existence de deux kourganes au Serpent au sein de la même nécropole de Juz-Oba est fausse54. Ašik y a découvert une tombe en pierre abritant un magnifique sarcophage en bois ; cette sépulture peut tout à fait être considérée comme grecque. En 1883, Kondakov a encore mis au jour sous le remblai du kourgane deux squelettes humains reposant l’un au-dessus de l’autre, avec près d’eux une coupelle d’argile grossière et un fragment de couteau en fer. Kondakov y voyait une sépulture d’esclaves. On a également découvert sous le remblai le lieu d’un repas funéraire avec un grand nombre d’os d’animaux, d’amphores à pied pointu brisées et des récipients à vernis noir de petites dimensions. Des vases à figures rouges étaient déposés dans de petites fosses spécialement creusées à cet effet55 ; entre des pierres placées à la verticale se dressait un petit lécythe décoré de figures en relief du maître athénien Xénophante56, ainsi qu’une œnochoé miniature avec une ornementation analogue57. Toutes ces découvertes suggèrent que la sépulture du kourgane au Serpent a été réalisée durant le deuxième quart du IVe s. av. J.-C., et probablement plutôt à son début58. La coloration barbare mentionnée plus haut lui est conférée par la « tombe des esclaves » découverte par Kondakov.

  • 59 Ibid., p. 134 ; Ju. A. Vinogradov, « Ob izučenii kurgannogo nekropolja Juz Oba pod Kerč’ju », p. 48 (...)
  • 60 Ju. A. Vinogradov, V. A. Gorončarovskij, Voennaja istorija i voennoe delo Bospora Kimmerijskogo (VI (...)

27Comme déjà mentionné, les kourganes les plus tardifs de Juz-Oba, qui datent de la fin du IVe s. av. J.-C., ne se singularisent ni par des remblais aux dimensions plus importantes ni par une quelconque monumentalité des structures funéraires. L’inventaire de leur mobilier laisse transparaître les traces d’influences culturelles en provenance du Kouban, c’est-à-dire du milieu méotido-sarmate59. La sépulture principale du kourgane d’Ak-Burun découverte en 1875 (fig. 14-15) est l’un des monuments archéologiques les plus importants pour la compréhension de la période qui vit l’effondrement de la Grande Scythie et le début des invasions sarmates dans les steppes du littoral septentrional de la mer Noire60.

  • 61 H. S. Roberts, « Macedonian craftsmanship in Crimean tombs from late 4th century BC to early 3rd ce (...)
  • 62 Ibid., p. 77 sq., cat. 33.
  • 63 Ibid., p. 74, cat. 29.

28On ne saurait toutefois limiter la portée de ce kourgane d’Ak-Burun aux spécificités culturelles qui le relient au monde des barbares de l’Est. Helle Salskov Roberts fait remarquer à juste titre que la tiare d’or qui en provient (fig. 14), et plus précisément les éléments de son ornementation, a des similitudes avec des œuvres de Macédoine et qu’il est tout à fait possible que cet objet de valeur ait été élaboré par un maître macédonien travaillant dans le Bosphore61. Il est également tout à fait emblématique que ce complexe produise des étoiles d’or (fig. 15.1-2), dont la ressemblance avec les étoiles relevant de la symbolique du pouvoir des rois macédoniens est évidente62. N’oublions pas qu’une pièce d’or à l’effigie d’Alexandre le Grand a été retrouvée dans cette sépulture63. En un mot, des éléments très éloquents du kourgane n3 d’Ak-Burun (le dernier kourgane de Juz-Oba) permettent d’évaluer l’impact de la culture aristocratique de Macédoine sur la culture de l’élite bosporane, ce qui apparaît crucial si l’on veut bien comprendre la dynamique des processus culturels et historiques du début de la période hellénistique.

En guise de synthèse

29Il convient tout d’abord de souligner le fait que la nécropole de Juz-Oba témoigne du développement culturel de l’élite du Bosphore Cimmérien à l’apogée de la puissance du royaume, au IVe s. av. J.-C. Il est bien connu que les premiers Spartocides sont parvenus à créer un état monarchique incluant aussi bien les cités grecques auparavant indépendantes que certaines tribus barbares. Il ne fait aucun doute non plus que cette même époque a connu la création d’une nouvelle élite incorporant non seulement la famille régnante elle-même, mais aussi l’aristocratie grecque du Bosphore qui lui était loyale, ainsi que des représentants de peuples locaux soumis ou amis du royaume. Sans l’intégration des barbares dans son élite, l’État bosporan n’aurait guère pu connaître d’existence un tant soit peu fructueuse. Je suis d’avis que les kourganes de Juz-Oba ne sont pas que l’occasion de démontrer clairement ce caractère multiethnique de l’élite bosporane, mais qu’ils permettent aussi d’estimer à sa juste valeur le phénomène de la culture aristocratique du Bosphore qui reflète les influences les plus diverses et a priori les plus incompatibles, quand elles ne paraissent pas tout simplement contradictoires. Il apparaît qu’une forte tradition thrace s’est imposée avec l’arrivée des Spartocides dans un environnement grec, mais que cet environnement est resté dominant : l’État du Bosphore s’est toujours positionné comme hellénique, malgré le fait qu’il a émergé à la lointaine périphérie du monde civilisé, entouré de peuples barbares. Des objets d’art appliqué de grande valeur artistique, provenant principalement des ateliers de l’Attique, ont témoigné de cette dominante hellénique tout au long du IVe s. av. J.-C., et l’influence de la Macédoine devient tangible à la fin du siècle. Dans le même temps, des influences culturelles émanant de Scythie et du monde des tribus du Kouban apparaissent tout à fait clairement dans certains kourganes de Juz-Oba, même si ces éléments sont toujours restés au second plan, comme sous le « couvercle » hellénique.

30Tout en reconnaissant la grande valeur scientifique de chacun des monuments funéraires découverts à Juz-Oba, il faut aussi souligner que l’ensemble du complexe de la nécropole est remarquable à sa manière. Kirill Begičev, qui a pris une part des plus actives dans les fouilles des kourganes de Juz-Oba, a fait une observation extrêmement importante en écrivant :

  • 64 Voir M. I. Rostovcev, Antičnaja dekorativnaja živopis’ na juge Rossii, p. 100 sq. ; Ju. A. Vinograd (...)

Ces kourganes sont disposés les uns par rapport aux autres presque en damier et se succèdent à distances variables, tantôt s’élevant, tantôt s’abaissant le long de la crête sinueuse, ne s’en écartant que rarement le long des pentes64.

Kirill Begičev, on le voit, a attiré l’attention sur l’agencement des kourganes de la nécropole, qui ont été érigés pour ainsi dire en échiquier. Mikhail Artamonov l’a dit avec une certaine flamme, mais de manière très juste :

  • 65 M. I. Artamonov, « K voprosu o proiskhoždenii bosporskikh Spartokidov », p. 31.

Où avez-vous vu que les Grecs, habitants des villes, installent leurs cimetières loin des cités, dans la steppe, et qu’ils disposent en plus leurs kourganes de la manière dont les nomades les disposaient, c’est-à-dire au sommet des syrtes, le long de collines départageant des bassins versants ? Cette disposition devrait à elle seule révéler à tout observateur attentif le lien étroit qui existait entre le défunt et la steppe et non la ville65.

  • 66 M. P. Černopickij, « Kurgannaja gruppa kak arkhitekturnyj ansambl’ (opyt kompozicionno-khudožestven (...)

31Il est bien connu que les premiers nomades érigeaient leurs kourganes le long d’un axe, comme en chaîne. Les architectes du Bosphore ont exploité précisément cette disposition très simple, qui permet de créer un « effet optique de structure rythmique qui donne, si on le regarde en perspective, l’illusion d’une série infinie »66. Nul doute qu’on exprimait de cette manière une idée fondamentale associée à la représentation de la vie éternelle sur terre.

32La nécropole tumulaire aristocratique de Juz-Oba est un monument important de l’histoire bosporane du IVe s. av. J.-C. Les habitants du royaume la percevaient déjà probablement d’une manière similaire, c’est-à-dire comme le symbole d’une époque historique brillante et unique, comme un élément constitutif du paysage, bien établi et auquel il était simplement interdit de porter atteinte. Nous voulons croire que les autorités actuelles de Kertch sauront agir dans l’esprit de la tradition évoquée et que les archéologues intensifieront leurs efforts pour étudier ce monument si remarquable de la culture classique de la Crimée orientale.

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Fig. 1 — Fouilles des kourganes de Juz-Oba en 1859, vue de l’est. Dessin de Kirill Begičev, NA IIMK RAN, r. I, d. 691, l. 3. © Institut d’histoire de la culture matérielle, Académie des sciences de Russie, Saint-Pétersbourg, 2019.

Fig. 2 — Fouilles des kourganes de Juz-Oba en 1859, vue de l’ouest. Dessin de Kirill Begičev, NA IIMK RAN, r. I, d. 691, l. 13. © Institut d’histoire de la culture matérielle, Académie des sciences de Russie, Saint-Pétersbourg, 2019.

Fig. 3 — Photographie de la chaîne des kourganes de la crête de Juz-Oba prise en direction du sud-est. Au premier plan à droite, le kourgane se trouvant sur les terres de Mirza Kekuvatskij. © Viktor Kvaheri, www.kareshki.com.

Fig. 4 — Carte topographique des environs de Kertch par Guzeev, Dépôt topographique de la Guerre, Saint-Pétersbourg, 1853, extraite de F. Gille, Antiquités du Bosphore Cimmérien, Saint-Pétersbourg, 1854 © Bibliothèque de Genève. Infographie de D. Glauser © UNIL/IASA.

Fig. 5 — Coupe du kourgane n2 du cap Pavlovsk. Le tombeau se dresse au sommet d’une crête rocheuse. NA IIMK RAN, f. 14, d. 2, p. 98. © Institut d’histoire de la culture matérielle, Académie des sciences de Russie, Saint-Pétersbourg, 2019.

Fig. 6 — Vue du caveau funéraire n48 du kourgane n5. Dessin de Kirill Begičev, NA IIMK RAN, r. I, d. 691, l. 22. © Institut d’histoire de la culture matérielle, Académie des sciences de Russie, Saint-Pétersbourg, 2019.

Fig. 7 — Caveau funéraire n21 du kourgane n15. Dessin de Fjodor Gross, NA IIMK RAN, r. I, d. 691, l. 34. © Institut d’histoire de la culture matérielle, Académie des sciences de Russie, Saint-Pétersbourg, 2019.

Fig. 8 — Tombeau du kourgane érigé sur les terres de Mirza Kekuvatskij. Dessin de Kirill Begičev, NA IIMK RAN, r. I, d. 176, l. 3. © Institut d’histoire de la culture matérielle, Académie des sciences de Russie, Saint-Pétersbourg, 2019.

Fig. 9 — Dromos menant au tombeau n47 du kourgane n6. Dessin de Kirill Begičev, NA IIMK RAN, r. I, d. 691, l. 21. © Institut d’histoire de la culture matérielle, Académie des sciences de Russie, Saint-Pétersbourg, 2019.

Fig. 10 — Crépide avec escalier du kourgane n10 (dit « Ostryj »). Dessin de Fjodor Gross, NA IIMK RAN, r. I, d. 691, l. 32. © Institut d’histoire de la culture matérielle, Académie des sciences de Russie, Saint-Pétersbourg, 2019.

Fig. 11 — Puits conduisant au caveau funéraire du kourgane « Ostryj ». Dessin de Fjodor Gross, NA IIMK RAN, r. I, d. 691, l. 30. © Institut d’histoire de la culture matérielle, Académie des sciences de Russie, Saint-Pétersbourg, 2019.

Fig. 12 — Entrée dans le caveau funéraire du kourgane « Ostryj ». Dessin de Fjodor Gross, NA IIMK RAN, r. I, d. 691, l. 31. © Institut d’histoire de la culture matérielle, Académie des sciences de Russie, Saint-Pétersbourg, 2019.

Fig. 13 — Éléments en bronze moulés de la bride d’un cheval, trouvés dans le kourgane n5 du cap Ak-Burun (1862). Inv. Ermitage : 1 : Ak.B. 1 ; 2-3 : Ak.B. 8 ; 4 : Ak.B. 4 ; 5 : Ak.B. 5 ; 6 : Ak.B. 7 ; 7 : Ak.B. 3 ; 8 : Ak.B. 8. © Musée d’État de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg. Photographies de Aleksandr Kokšarov.

Fig. 14 — Tiare d’or du kourgane n3 du cap Ak-Burun (1875). Inv. Ermitage : Ak.B. 28. © Musée d’État de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg. Photographies de Aleksandr Kokšarov.

Fig. 15 — Trouvailles du kourgane n3 du cap Ak-Burun (1875). 1-2 : étoiles en or ; 3 : maillon d’un collier en or ; 4 : bague à chaton en or avec incrustation en fer ; 5 : boucle de ceinture en fer recouvert d’une feuille d’or ; 6 : fragment d’une couronne d’or ; 7 : « coiffe » en or. Inv. Ermitage : 1-2 : Ak.B. 23 ; 3 : Ak.B. 22 ; 4 : Ak.B. 27 ; 5 : Ak.B. 24 ; 6 : Ak.B. 23 ; 7 : Ak.B. 25. © Musée d’État de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg. Photographies de Aleksandr Kokšarov.

Fig. 16 — Couvercle d’une lékanis extraite d’une crémation féminine. Kourgane n3 du cap Ak-Burun. Inv. Ermitage : Ak.B. 20. © Musée d’État de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg. Photographies de Aleksandr Kokšarov.

Fig. 17 — Trouvailles faites à cap Ak-Burun en 1874. 1 : statère d’or de Lysimaque ; 2 : perle en or ornée en granulation ; 3 : bouterolle d’un fourreau de poignard (?) sertie de pierres semi-précieuses ; 4 : fibule-broche en or avec incrustation d’une pierre ; 5 : fibule en or de type « Alésia ». Inv. Ermitage : 1 : Ak.B. 16 ; 2 : Ak.B. 15 ; 3 : Ak.B. 14 ; 4 : Ak.B. 12 ; 5 : Ak.B. 13. © Musée d’État de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg. Photographies de Aleksandr Kokšarov.

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Notes

1 Voir Ju. A. Vinogradov, V. N. Zin’ko, T. N. Smekalova, Juz-Oba. Kurgannyj nekropol’ aristokratii Bospora, p. 13-222.

2 À l’heure actuelle, de tous les kourganes de Juz-Oba, seuls ceux situés sur le cap Ak-Burun sont entièrement publiés. Voir A. M. Butjagin, Ju. A. Vinogradov, Juz-Oba. Kurgannyj nekropol’ aristokratii Bospora.

3 Voir N. F. Fedoseev, « The Necropolis of Kul Oba and Juz Oba » ; Ju. A. Vinogradov, « Ob izučenii kurgannogo nekropolja Juz Oba pod Kerč’ju » et « Juz-Oba – nekropol’ bosporskoj znati. Kul’tura i khronologija ».

4 E. G. Kastanajan, « Obrjad trizny v bosporskikh kurganakh ».

5 M. I. Rostovcev, Antičnaja dekorativnaja živopis’ na juge Rossii, p. 108.

6 Ju. Ju. Marti, Sto let Kerčenskogo muzeja, p. 24.

7 K. E. Grinevič, « Juz-Oba (Bosporskij mogil’nik IV v. do n.è.) », p. 147.

8 Ju. A. Vinogradov, V. N. Zin’ko, T. N. Smekalova, Juz-Oba. Kurgannyj nekropol’ aristokratii Bospora, p. 132 ; cf. G. A. Cvetaeva, « Kurgannyj nekropol’ Pantikapeja », p. 233.

9 Ju. A. Vinogradov, « O sklepakh makedonskogo tipa na Bospore ».

10 V. F. Gajdukevič, Bosporskoe carstvo, p. 255 ; I. Ju. Šaub, Mif, kul’t, ritual v Severnom Pričernomor’e (VII-IV vv. do n.è.), p. 342 sq. ; Ju. A. Vinogradov, V. N. Zin’ko, T. N. Smekalova, Juz-Oba. Kurgannyj nekropol’ aristokratii Bospora, p. 31 ; V. F. Gajdukevič, Das Bosporanische Reich, p. 275.

11 Voir D. Uil’jams, D. Ogden, Grečeskoe zoloto, p. 166 sq. (traduction de D. Williams, J. Ogden, Greek Gold : Jewelry of the Classical Word, 1994 – ndt) ; Ju. A. Vinogradov, V. N. Zin’ko, T. N. Smekalova, Juz-Oba. Kurgannyj nekropol’ aristokratii Bospora, p. 31.

12 M. I. Rostovcev, Skifija i Bospor, p. 186 ; L. F. Silant’eva, « Nekropol’ Nimfeja », p. 51 sq. ; V. F. Gajdukevič, Bosporskie Goroda, p. 51 sq.

13 Ju. A. Vinogradov, V. N. Zin’ko, T. N. Smekalova, Juz-Oba. Kurgannyj nekropol’ aristokratii Bospora, p. 132.

14 Ibid.

15 S. A. Kaufman, « Ob ustupčatykh sklepakh Bospora », p. 1 sq. ; V. F. Gajdukevič, Bosporskoe carstvo, p. 265 sq. ; E. A. Savostina, « Tipologija i periodizacija ustupčatykh sklepov Bospora », p. 84 sq. ; V. F. Gajdukevič, Das Bosporanische Reich, p. 271 et 282 sq. ; G. R. Tsetskhladze, « More on Bosporan chamber tombs », p. 55.

16 R. Bazaytova, « The Thracian contribution in the ancient architecture ».

17 D. Uil’jams, D. Ogden, Grečeskoe zoloto, p. 164 sq. ; Ju. A. Vinogradov, « Kurgan Mirzy Kekuvatskogo » ; Ju. A. Vinogradov, V. N. Zin’ko, T. N. Smekalova, Juz-Oba. Kurgannyj nekropol’ aristokratii Bospora, p. 97-104.

18 M. I. Rostovcev, Antičnaja dekorativnaja živopis’ na juge Rossii, p. 103 ; V. F. Gajdukevič, Bosporskoe carstvo, p. 259 sq. ; Ju. A. Vinogradov, V. N. Zin’ko, T. N. Smekalova, Juz-Oba. Kurgannyj nekropol’ aristokratii Bospora, p. 62-66 ; V. F. Gajdukevič, Das Bosporanische Reich, p. 279.

19 M. I. Rostovcev, Antičnaja dekorativnaja živopis’ na juge Rossii, p. 103 ; V. F. Gajdukevič, Bosporskoe carstvo, p. 259 sq. ; Ju. A. Vinogradov, V. N. Zin’ko, T. N. Smekalova, Juz-Oba. Kurgannyj nekropol’ aristokratii Bospora, p. 66.

20 Th. D. Boyd, « The arch and the vault in Greek architecture », p. 83.

21 D. C. Kurtz, J. Boardman, Greek Burial Customs, p. 276 ; Th. D. Boyd, « The arch and the vault in Greek architecture », p. 89.

22 M. Andronikos, « Some reflections on the Macedonian tombs », p. 5.

23 Th. D. Boyd, « The arch and the vault in Greek architecture » ; E. N. Borza, O. Palagia, « The chronology of the Macedonian royal tombs at Vergina ».

24 Ju. A. Vinogradov, V. N. Zin’ko, T. N. Smekalova, Juz-Oba. Kurgannyj nekropol’ aristokratii Bospora, p. 72-83 ; Ju. A. Vinogradov, « Ostryj ili Desjatyj kurgan nekropolja Juz-Oba ».

25 V. S. Ol’khovskij, « Skifskie katakomby v Severnom Pričernomor’je » et Pogrebal’no-pominal’naja obrjadnost’ naselenija stepnoj Skifii (VII-III vv. do n.è.), p. 26 sq. ; M. P. Abramova, « Katakomby i sklepovye sooruženija juga Vostočnoj Evropy ».

26 Ju. A. Vinogradov, V. N. Zin’ko, T. N. Smekalova, Juz-Oba. Kurgannyj nekropol’ aristokratii Bospora, p. 70-72.

27 Ibid., p. 108-112.

28 Ibid., p. 133.

29 D. McPherson, Antiquities of Kerch, and Researches in the Cimmerian Bosporus, p. 57 sq. ; A. M. Butjagin, Ju. A. Vinogradov, Juz-Oba. Kurgannyj nekropol’ aristokratii Bospora, p. 19-22.

30 A. M. Butjagin, Ju. A. Vinogradov, Juz-Oba. Kurgannyj nekropol’ aristokratii Bospora, p. 27-36.

31 E. V. Jakovenko, « Uzdečnyj nabor V v. do n.è. iz Vostočnogo Kryma », p. 59 et Skifi Skhidnogo Krimu v V-III st. do n.è., p. 105.

32 B. B. Piotrovsky, L. K. Galanina, N. L. Grach, Scythian Art, pl. 92.

33 Ju. A. Vinogradov, V. N. Zin’ko, T. N. Smekalova, Juz-Oba. Kurgannyj nekropol’ aristokratii Bospora, p. 116 ; Ju. A. Vinogradov, « Ob izučenii kurgannogo nekropolja Juz Oba pod Kerč’ju », p. 44.

34 A. M. Butjagin, Ju. A. Vinogradov, Juz-Oba. Kurgannyj nekropol’ aristokratii Bospora, p. 74-110.

35 Ibid., p. 68-73.

36 Ibid., p. 37-52.

37 M. I. Rostovcev, Kurgannye nakhodki Orenburgskoj oblasti èpokhi rannego i pozdnego èllinizma, p. 48.

38 A. M. Butjagin, Ju. A. Vinogradov, Juz-Oba. Kurgannyj nekropol’ aristokratii Bospora, p. 48.

39 M. B. Ščukin, « Fibuly tipa “ Alezija ” iz srednego Pridneprov’ja i nekotorye problemy greko-varvarskikh kontaktov na rubeže našej èry », p. 68 ; cf. A. M. Butjagin, Ju. A. Vinogradov, Juz-Oba. Kurgannyj nekropol’ aristokratii Bospora, p. 46-52.

40 L’auteur fait référence à un principe méthodologique (en russe le « princip kompleksnosti ») énoncé par Lev Klein dans son livre Principy arkheologii (p. 63) qui pose en nécessité le fait de porter intérêt à tous les paramètres d’une culture matérielle donnée pour s’assurer de la comprendre au mieux, sans se limiter à l’étude des œuvres d’art qu’elle a produites ou aux personnalités ou événements marquants de son histoire (ndt).

41 J. Boardman, The History of Greek Vases, p. 105 sq.

42 M. I. Rostovcev, « Piksida raspisnogo sklepa Vasjurinskogo kurgana », p. 149.

43 A. E. Petrakova, « Late Attic red-figured vases from burials in the Kerch area », p. 157.

44 Voir A. M. Butjagin, Ju. A. Vinogradov, Juz-Oba. Kurgannyj nekropol’ aristokratii Bospora, p. 72.

45 E. Ja. Rogov, Nekropol’ Panskoe 1 v Severo-Zapadnom Krymu, p. 37.

46 M. I. Rostovcev, Skifija i Bospor, p. 191 ; V. F. Gajdukevič, Bosporskoe carstvo, p. 256.

47 Ju. A. Vinogradov, « Ob izučenii kurgannogo nekropolja Juz Oba pod Kerč’ju », p. 45.

48 Ju. A. Vinogradov, V. N. Zin’ko, T. N. Smekalova, Juz-Oba. Kurgannyj nekropol’ aristokratii Bospora, p. 115 sq. ; A. M. Butjagin, Ju. A. Vinogradov, Juz-Oba. Kurgannyj nekropol’ aristokratii Bospora, p. 35.

49 A. M. Butjagin, Ju. A. Vinogradov, Juz-Oba. Kurgannyj nekropol’ aristokratii Bospora, p. 35 sq.

50 Ibid., p. 113.

51 Voir F. V. Šelov-Kovedjaev, « Istorija Bospora v VI-V vv. do n.è. », p. 136 ; Ju. A. Vinogradov, « Bospor Kimmerijskij », p. 275.

52 Voir M. I. Artamonov, Sokrovišča skifskikh kurganov v sobranii Gosudarstvennogo Èrmitaža, p. 66, tab. 270 ; D. Uil’jams, D. Ogden, Grečeskoe zoloto, p. 166 sq. ; Ju. A. Vinogradov, « Kurgan Mirzy Kekuvatskogo » ; Ju. A. Vinogradov, V. A. Gorončarovskij, Voennaja istorija i voennoe delo Bospora Kimmerijskogo (VI v. do n.è. – seredina III v. n.è.), p. 85-87 ; Ju. A. Vinogradov, V. N. Zin’ko, T. N. Smekalova, Juz-Oba. Kurgannyj nekropol’ aristokratii Bospora, p. 103 sq., 205 sq., fig. 63-64.

53 Ju. A. Vinogradov, V. N. Zin’ko, T. N. Smekalova, Juz-Oba. Kurgannyj nekropol’ aristokratii Bospora, p. 93-97.

54 N. F. Fedoseev, « Dosledovanie kurgannoj nasypi na nekropole Juz-Oba », p. 411 ; Ju. A. Vinogradov, V. N. Zin’ko, T. N. Smekalova, Juz-Oba. Kurgannyj nekropol’ aristokratii Bospora, p. 96 sq.

55 A. E. Petrakova, « Late Attic red-figured vases from burials in the Kerch area », p. 157.

56 A. A. Peredol’skaja, « Vazy Ksenofanta », p. 56 sq., tab. V-VI ; Ju. A. Vinogradov, Bol’šoj lekif Ksenofanta, p. 8 (photo) ; A. E. Petrakova, « Late Attic red-figured vases from burials in the Kerch area », p. 158, fig. 9a.

57 A. E. Petrakova, « Late Attic red-figured vases from burials in the Kerch area », p. 158, fig. 9b.

58 Ju. A. Vinogradov, V. N. Zin’ko, T. N. Smekalova, Juz-Oba. Kurgannyj nekropol’ aristokratii Bospora, p. 96.

59 Ibid., p. 134 ; Ju. A. Vinogradov, « Ob izučenii kurgannogo nekropolja Juz Oba pod Kerč’ju », p. 48 sq.

60 Ju. A. Vinogradov, V. A. Gorončarovskij, Voennaja istorija i voennoe delo Bospora Kimmerijskogo (VI v. do n.è. – seredina III v. n.è.), p. 96-98 ; A. M. Butjagin, Ju. A. Vinogradov, Juz-Oba. Kurgannyj nekropol’ aristokratii Bospora, p. 99-110.

61 H. S. Roberts, « Macedonian craftsmanship in Crimean tombs from late 4th century BC to early 3rd century BC », p. 198 ; voir également A. M. Butjagin, Ju. A. Vinogradov, Juz-Oba. Kurgannyj nekropol’ aristokratii Bospora, p. 81-85, cat. 38.

62 Ibid., p. 77 sq., cat. 33.

63 Ibid., p. 74, cat. 29.

64 Voir M. I. Rostovcev, Antičnaja dekorativnaja živopis’ na juge Rossii, p. 100 sq. ; Ju. A. Vinogradov, V. N. Zin’ko, T. N. Smekalova, Juz-Oba. Kurgannyj nekropol’ aristokratii Bospora, p. 134 sq.

65 M. I. Artamonov, « K voprosu o proiskhoždenii bosporskikh Spartokidov », p. 31.

66 M. P. Černopickij, « Kurgannaja gruppa kak arkhitekturnyj ansambl’ (opyt kompozicionno-khudožestvennogo podkhoda) », p. 185.

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Pour citer cet article

Référence papier

Jurij Alekseevič Vinogradov, « Juz-Oba, une nécropole tumulaire de l’aristocratie bosporane du IVe s. av. J.-C. »Études de lettres, 309 | 2019, 145-180.

Référence électronique

Jurij Alekseevič Vinogradov, « Juz-Oba, une nécropole tumulaire de l’aristocratie bosporane du IVe s. av. J.-C. »Études de lettres [En ligne], 309 | 2019, mis en ligne le 15 mai 2021, consulté le 10 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/edl/1704 ; DOI : https://doi.org/10.4000/edl.1704

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Auteur

Jurij Alekseevič Vinogradov

Institut d’histoire de la culture matérielle de l’Académie des sciences de Russie, Saint-Pétersbourg

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