Navigation – Plan du site

AccueilNuméros312LittératuresPaolo Volponi, Il lanciatore di g...

Littératures

Paolo Volponi, Il lanciatore di giavellotto: régler ses comptes avec son propre passé

Cesare Pomarici
p. 181-184

Texte intégral

1En 1980, après de nombreuses publications au long des années 1970, Paolo Volponi, achève la rédaction de ce qui sera, au moins jusqu’en 1989, son œuvre en prose la plus importante: Il lanciatore di giavellotto (1981). En cette année que marqueront, entre autres choses, le début de sa carrière politique (avec son élection au conseil municipal d’Urbino) et la parution de Poesie e poemetti 1946-1966, l’écrivain se tourne vers le passé, se consacrant à l’écriture d’un roman inspiré de son adolescence dans les Marches durant la période fasciste.

  • 1 G. Santato, «Follia e utopia, poesia e pittura nella narrativa di Volponi», p. 101.

2Le récit, entièrement conduit selon la perspective du personnage principal, raconte la «lente décomposition névrotique»1 du jeune Damìn Possanza, aîné d’une vieille famille de potiers, dessinateur exceptionnel, mais aussi champion régional de lancer du javelot. En dépit de ces talents, l’équilibre psychique de Damìn semble constamment compromis par l’attraction œdipienne qu’il éprouve pour sa mère et par l’admiration inavouée et castratrice qu’il voue à la figure «paternelle» du hiérarque local, Traiano Marcacci, sorte de caricature provinciale de Mussolini et amant de la mère du jeune homme.

  • 2 P. Volponi, Il lanciatore di giavellotto, p. 29.

3Hantée par ce dilemme de l’inconscient, toute l’existence du personnage de Damìn est sans cesse mise à l’épreuve par la poussée destructrice d’une libido qui – frustrée dans toutes ses projections – finit par être en contradiction permanente avec elle-même. En effet, si d’un côté, celle-ci alimente chez le jeune homme le besoin d’établir une relation sensuelle et érotique avec le monde qui l’entoure et devient l’omniprésent substitut du corps maternel, d’un autre côté et dans la pratique, son désir («che non poteva mai consentirgli di sottrarsi alla propria parte e di mettere in scena un’altra donna qualsiasi che non fosse sua madre»2) est à chaque fois amèrement déçu.

  • 3 Ibid., p. 141.
  • 4 Ibid., p. 182.
  • 5 Ibid., p. 192.

4C’est pourquoi, dans les dernières pages du roman, lors de la fête champêtre qui clôt le battage, l’exacerbation de ces contradictions explose dans un délirant acte de jalousie vis-à-vis de sa sœur Lavinia – considérée depuis toujours, elle aussi, comme un objet inerte de transfert de pulsions œdipiennes – surprise «en faute» à danser avec un garçon du village. Cet accès de jalousie aveugle pousse Damìn («o acontistés, grande lanciatore di dardi e di sguardi, ancora più sottili e veloci del fedele giavellotto, “o acontistés triste giovane che accontenta sé stesso”»3) à décapiter sa sœur avec une serpe «froide et affûtée»4. Ce geste sera immédiatement suivi du suicide expiatoire du jeune homme, par un plongeon désespéré par-dessus le parapet de la via Flaminia, plongeon spectaculaire qui rappelle la fin tragique du Jules et Jim de Truffaut (1962) et que le narrateur définit comme un ultime et sombre «lancer de soi-même»5.

  • 6 C. Bello Minciacchi, «Nel corpo della storia», p. 233: «con una introversione della storia colletti (...)
  • 7 P. Volponi, Scritti dal margine, p. 175: «il solo problema era di diventare ricchi. Addirittura que (...)
  • 8 Voir successivement U. Eco, Il fascismo eterno; L. Canfora, La scopa di don Abbondio; P. Volponi, C (...)
  • 9 Voir successivement S. Colarizi, «La trasformazione della leadership» et P. Flores d’Arcais, Maceri (...)

5Le besoin de satisfaire le désir éperdu et insatiable du corps et la fascination inconsciente pour une forme d’autorité paternelle et rassurante semblent donc être les deux extrêmes, profondément liés, sur lesquels – à travers la parabole du jeune Possanza6 – s’appuie le raisonnement «historique» de l’écrivain d’Urbino. Deux thèmes qui, au seuil de l’«an zéro du contemporain» et bien loin de la réflexion rétrospective du roman, se portent alors candidats pour représenter les «maux congénitaux» qui menacent l’époque sur le point de naître. En effet, si les ruineuses conséquences du diktat de la jouissance – déjà amplement traitées dans le précédent roman de Volponi, Corporale – devaient trouver de nouvelles formes dans le retour d’une mythologie hédoniste au cours des années 19807, la question du fascisme, dans ses plus récentes déclinaisons théoriques de «fascisme éternel», de «spirale du fascisme», de «fascistes de toujours»8, ou plus généralement de «dérive personnelle» et de «populisme antilibéral»9, devait aussi durablement s’imposer dans le débat culturel et politique italien.

  • 10 A. Gaudio, Animale di desiderio, p. 77: «il male e la distruzione sono già insiti nel corpo di Damì (...)
  • 11 P. Volponi, «L’Appennino contadino», v. 730.

6Ainsi l’emblématique scène finale du récit – vue à la lumière de l’année 1980 – assume-t-elle, presque involontairement, une obscure signification prophétique. La mort de Damìn apparaît comme une allégorie qui veut alerter le lecteur sur les maux héréditaires capables de compromettre le saut de l’Italie dans l’époque nouvelle10. Pour interpréter un futur qui semble condamné à répéter le passé, Volponi nous renvoie donc, dans Il lanciatore di giavellotto, à l’«ordre différent»11 de la relecture de l’histoire: c’est dans celle-ci, avec ses problèmes patents, latents ou récurrents qu’il convient en effet d’observer le sillage que l’avenir risque de suivre.

Haut de page

Bibliographie

Bello Minciacchi, Cecilia, «Nel corpo della storia. Attraverso Il sipario ducale, Il lanciatore di giavellotto, e La strada per Roma», Istmi, 15-16 (2004-2005), p. 219-250.

Canfora, Luciano, La scopa di don Abbondio. Il moto violento della storia, Bari, Laterza, 2018.

Colarizi, Simona, «La trasformazione della leadership. Il PSI di Craxi (1976-1981)», in Gli anni Ottanta come storia, a cura di Simona Colarizi et al., Soveria Mannelli, Rubbettino 2004, p. 31-64.

Eco, Umberto, Il fascismo eterno, Milano, La Nave di Teseo, 2017.

Flores d’Arcais, Paolo, Macerie: ascesa e declino di un regime. 1986-2011: il populismo italiano da Craxi a Berlusconi passando per D’Alema, Reggio Emilia, Aliberti, 2011.

Gaudio, Alessandro, Animale di desiderio: silenzio, dettaglio e utopia nell’opera di Paolo Volponi, Pisa, ETS, 2008.

Santato, Guido, «Follia e utopia, poesia e pittura nella narrativa di Volponi», in Paolo Volponi. Il coraggio dell’utopia, a cura di Massimo Raffaelli, Ancona, Transeuropa, 1997.

Volponi, Paolo, Corporale, Torino, Einaudi, 1974.

Volponi, Paolo, Il lanciatore di giavellotto, Torino, Einaudi 1981.

Volponi, Paolo, Scritti dal margine, a cura di Emanuele Zinato, Lecce, Manni 1994.

Haut de page

Notes

1 G. Santato, «Follia e utopia, poesia e pittura nella narrativa di Volponi», p. 101.

2 P. Volponi, Il lanciatore di giavellotto, p. 29.

3 Ibid., p. 141.

4 Ibid., p. 182.

5 Ibid., p. 192.

6 C. Bello Minciacchi, «Nel corpo della storia», p. 233: «con una introversione della storia collettiva entro l’universo psichico delicatissimo e turbato del protagonista».

7 P. Volponi, Scritti dal margine, p. 175: «il solo problema era di diventare ricchi. Addirittura questo negli anni 80 diventò il Primo Comandamento».

8 Voir successivement U. Eco, Il fascismo eterno; L. Canfora, La scopa di don Abbondio; P. Volponi, Corporale, p. 238.

9 Voir successivement S. Colarizi, «La trasformazione della leadership» et P. Flores d’Arcais, Macerie: ascesa e declino di un regime.

10 A. Gaudio, Animale di desiderio, p. 77: «il male e la distruzione sono già insiti nel corpo di Damìn, agente inarrestabile di morte, che prefigura uno scenario apocalittico per l’intera specie umana».

11 P. Volponi, «L’Appennino contadino», v. 730.

Haut de page

Pour citer cet article

Référence papier

Cesare Pomarici, « Paolo Volponi, Il lanciatore di giavellotto: régler ses comptes avec son propre passé »Études de lettres, 312 | 2020, 181-184.

Référence électronique

Cesare Pomarici, « Paolo Volponi, Il lanciatore di giavellotto: régler ses comptes avec son propre passé »Études de lettres [En ligne], 312 | 2020, mis en ligne le 24 mars 2020, consulté le 07 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/edl/2426 ; DOI : https://doi.org/10.4000/edl.2426

Haut de page

Auteur

Cesare Pomarici

Section d’italien, Faculté des lettres, Université de Lausanne

Haut de page

Droits d’auteur

Le texte et les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés), sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

Haut de page
Rechercher dans OpenEdition Search

Vous allez être redirigé vers OpenEdition Search