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Recensions autour de l’ouvrage À côté de Freinet, d’Henri-Louis Go et Xavier Riondet

À côté de Freinet, Henri Louis Go et Xavier Riondet

Jean-François Dupeyron
p. 99-107
Référence(s) :

Henri Louis Go et Xavier Riondet, À côté de Freinet, PUN – Éditions universitaires de Lorraine, Nancy, 2020, 2 tomes groupés, 1352 p., 45€.

Texte intégral

Introduction

1Les Éditions universitaires de Lorraine auront bien mérité de la philosophie, de l’histoire et des sciences de l’éducation. Au-delà de la qualité et de la régularité de leurs publications dans la collection Questions d’éducation et de formation, c’est ce qu’a confirmé en 2020 la parution dans cette même collection d’une impressionnante et édifiante somme sur l’œuvre et la vie d’Élise et Célestin Freinet. La publication de cet ouvrage, n’en doutons pas, est un événement qui marquera l’historiographie de la « pédagogie Freinet » et qui contribuera probablement à faire bouger des lignes dans le champ des sciences de l’éducation.

  • 1 Go, H.-L. (2007). Freinet à Vence. Vers une reconstruction de la forme scolaire. Presses Universita (...)

2Il est vrai que les auteurs de l’ouvrage n’en sont pas à leur coup d’essai dans ce domaine. Henri Louis Go (HLG), qui fut « instituteur Freinet » et militant de l’Institut Coopératif de l’École Moderne (ICÉM), avait tissé de longue date (1983) des liens avec « les femmes de Vence » : la fille des Freinet (Madeleine, dite Baloule) et les enseignantes de l’École de Vence. Il mena ainsi à partir de 2001 une étude de terrain dans l’école historique des Freinet et soutint en 2005 sous la direction de Gérard Sensevy une thèse intitulée Vers une nouvelle forme scolaire ? : une étude de l’école Freinet de Vence1. Chemin faisant, il accumula un fonds privé apparemment important sur les Freinet, dont l’ouvrage bénéficie avec bonheur. Depuis la disparition de Baloule en 2007, HLG s’est investi dans la transmission de l’héritage de l’expérience de Vence, tout en travaillant à inscrire celle-ci dans une reconstruction de la forme scolaire.

  • 2 Riondet, X. (2019). L’expérience Vrocho à Nice. Controverses et résistances du quotidien au cœur de (...)

3Quant à Xavier Riondet (XR), connu pour ses travaux archivistiques, historiographiques et cartographiques sur les champs complexes des sciences de l’éducation et de l’Éducation Nouvelle, il n’en est pas non plus à sa première contribution sur Freinet, comme l’attestent plusieurs articles et surtout l’ouvrage L’expérience Vrocho à Nice. Controverses et résistances du quotidien au cœur de l’évolution des normes2. XR y proposa une belle étude sur les sources d’un pan méconnu de la vie et de l’œuvre des Freinet : leur naturisme prolétarien.

4On voit que les deux auteurs avaient bien préparé leur affaire – sans doute « l’affaire d’une vie » pour HLG – et qu’ils étaient prêts à affronter la tâche colossale de rendre fidèlement compte de l’histoire de l’expérience de Vence, qui est le véritable sujet de leur travail : « à côté de Freinet, le personnage principal de notre livre est l’École Freinet, à Vence » (I, 125).

Histoire de fidélité

5Tout, dans ce travail, est affaire de fidélité, et avant tout de fidélité à la factualité de l’expérience de Vence, dont les auteurs estiment que la restitution a été grandement faussée. De leur point de vue, quelque chose d’important et de rare s’est produit à Vence ; la question est désormais de savoir quoi faire pour y rester fidèle.

  • 3 Le Chiapas est une région rurale du Mexique insurgée depuis le 1er janvier 1994. Sur un territoire (...)
  • 4 Baronnet, B. (2019). L’expérience d’éducation zapatiste au Chiapas : entre pratiques politiques et (...)

6Le nom de « Freinet », associé à une « pédagogie » ou à des « techniques », jouit pourtant d’une notoriété mondiale importante dans le domaine de l’éducation et de l’enseignement. On note, par exemple, sur la base ancienne d’une rencontre entre Célestin Freinet et le docteur Oki (Leipzig, 1928), la présence de Freinet dans la réflexion et les pratiques pédagogiques au Japon. Autre exemple exotique : la politique scolaire zapatiste au Chiapas3 est actuellement portée par des éducateurs expérimentant « l’appropriation de techniques didactiques connues parmi les pédagogies actives, libertaires et autogestionnaires, comme celles inspirées de l’œuvre de Célestin Freinet4 ». Élise et Célestin Freinet, assurément, auraient été émus d’apprendre que les paysans mayas, au cœur de leurs luttes « prolétariennes » pour la dignité et l’émancipation, essayaient de retrouver certaines de leurs pratiques.

  • 5 Meirieu, P. (1998). Freinet et les sciences de l’éducation : des rencontres, des questions, une esp (...)

7Pour ce qui est de la France, le « Mouvement Freinet », conglomérat d’instances pédagogiques, commerciales et éditoriales, demeure une référence plus ou moins connue dans le monde enseignant, tandis que l’École Freinet à Vence (06), créée par les époux Freinet en 1934 et rachetée par l’État en 1991, a été classée « monument historique » en 2001. Elle a été pendant huit ans un « Lieu d’éducation associé » (LéA) de l’Institut Français de l’Éducation. Au sujet de la place de Freinet, Philippe Meirieu indiquait que « depuis longtemps, les sciences de l’éducation ont travaillé sur Freinet5 » [il parlait à partir de l’université de Lyon, mais désignait une réalité plus générale] et que sa « pédagogie » faisait partie des éléments installés dans l’histoire de l’Éducation Nouvelle.

  • 6 Claude Lelièvre relevait en 2010 qu’une quarantaine d’établissements scolaires publics français po (...)

8Ainsi, même si la mode du jour penche plutôt vers d’autres courants pédagogiques « alternatifs », tel le montessorisme, et même si l’expression « classe Freinet », au sens strict du terme, ne correspond probablement qu’à quelques dizaines de pratiques complètes en France, l’œuvre des Freinet, en apparence, a résisté à l’oubli et demeure une référence possible pour celles et ceux qui veulent expérimenter des changements au sein des formes scolaires institutionnelles, voire même révolutionner celles-ci6. En gros, dans les sciences de l’éducation, on pense donc « savoir » qui étaient les Freinet. Alors, pourquoi un nouveau livre, de surcroît si volumineux ?

9La réponse est simple : tout chercheur sait qu’il est salutaire de se méfier de la fausse impression de familiarité suscitée par la présence établie d’une œuvre dans un champ de recherches, car celle-ci induit souvent une proximité fictive avec les thèses de l’auteur et leur dénaturation au profit de versions adaptées aux forces dominantes dans le champ. C’est pourquoi il est sans doute utile de s’interroger, à la suite des deux auteurs de cette publication monumentale : « n’a-t-on pas, au sujet de Freinet, oublié l’essentiel ? » (II, 637).

10Par cette insolente interpellation, HLG et XR résument la motivation séminale de leur projet de recherche : restituer, par plusieurs « pas de côté » hors des routes menant aux interprétations biaisées, l’existence d’un autre Freinet (II, 619), tout entier perceptible dans l’expérience de l’École Freinet à Vence. « Pas de côté, déconstruction, reconstruction » (II, 642) : tel est le pattern de travail de cette passionnante enquête historico-philosophique dont la matière spécifique est une hétérotopie pédagogique à la singularité irréductible, que les deux auteurs proposent de nommer la « machine Freinet ». Ils ont ainsi voulu démontrer, preuves à l’appui, que l’œuvre des époux Freinet, bien que reconnue dans son importance au sein des études sur l’éducation, est mal connue, particulièrement dans les sciences françaises de l’éducation et au sein même du « mouvement Freinet ». Il faut donc la re-connaître, la re-mémorer, la re-penser, la re-lire et, pour ce faire, la replacer dans l’histoire de ses contextes et dans sa matérialité : « Il faut relire Freinet à partir de l’expérience matérielle de Vence », propose XR (II, 609).

11Cette exigence épistémologique rejoint ici – c’est un trait singulier de la démarche – un engagement éthique : être fidèle à l’expérience de Vence et être fidèle aux Freinet et à leur fille Madeleine, amie d’HLG ayant confié à celui-ci, peu avant de disparaître, la mission de « sauver » le sens et l’histoire de l’École Freinet dans les études sur l’éducation. En ce sens, il s’agit là d’un travail de recherche doublement engagé à la fidélité : d’un point de vue méthodique (restituer scientifiquement un processus d’expérience dans le respect de son histoire et de sa factualité) et d’un point de vue éthique (ne pas trahir les disparus, tenir parole). C’est ainsi, selon nous, qu’il faut lire ce beau travail. Voyons maintenant s’il a tenu ses engagements.

Histoire de méthode

  • 7 Foucault, M. (2001). Les « reportages » d’idées. [1978]. Dits et écrits II. Gallimard, p. 707.

12Foucault, source d’inspiration épistémique pour les deux auteurs, conseillait clairement ceci : « il faut assister à la naissance des idées et à l’explosion de leur force7. » Dans cet esprit, la démarche heuristique de HLG et XR vise à reconstituer la puissance systémique de la machine Freinet, ce qui passe par une enquête sur l’émergence de la praxis Freinet et par une recherche généalogique en vue de la restitution intégrale d’un processus politico-philosophico-pédagogique, dans le souci de produire une « histoire-généalogie » (I, 173). On comprend qu’un travail de si grande ambition ait dû se partager en deux volumes : le premier restituant l’émergence dialectique d’expériences solidaires de vie et de lutte, tant dans la pédagogie que dans la politique et la santé ; le second décrivant des « processus d’essaimage et d’assujettissement » (II, 616) ayant affecté, après 1945, la lecture de la praxis pédagogique freinétienne.

13L’épistémologie de l’enquête est tissée de façon très serrée afin d’obtenir « un panorama global de l’émergence de l’expérience de Vence » (II, 598). On y trouve un certain goût pour le « détail sous-estimé » (par exemple, la période fruitarienne des Freinet), des usages de l’histoire connectée (Sanjay Subrahmanyam) et de la microhistoire (Carlo Ginzburg), un regard insistant sur les savoirs « en marge », une épistémologie des témoignages et de la lecture d’archives et un style général relevant de la dialectique généalogique : les auteurs ont cherché à délivrer les Freinet de l’enfermement dans des catégories immobiles (les « communistes », les « praticiens empiristes », « l’épouse aidante », etc.) pour montrer leur construction continue à travers des rencontres qui n’étaient pas « le début de quelque chose qui n’existait pas, mais au contraire le déploiement de quelque chose de déjà-là » (I, 302). Parmi ces rencontres estompées par l’histoire « officielle » du mouvement Freinet : des rencontres physiques avec des personnages exceptionnels issus de réseaux alternatifs (Meta Kraus et Erich Mühsam, via les réseaux des pédagogues anarchistes ; Kroupskaïa, la compagne de Lénine, via le réseau syndical des instituteurs révolutionnaires ; Basile Vrocho, via les réseaux naturistes français, etc.), mais aussi des rencontres intellectuelles variées avec des penseurs que l’histoire classique de l’Éducation Nouvelle associe peu à l’image des Freinet : Nietzsche, Guyau, Bergson, Teilhard de Chardin, Freud, Krishnamurti, etc.

14Dans cette optique, l’enquête s’appuie minutieusement sur la mise en relation complexe de l’histoire connectée et de l’histoire globale (I, 525) afin de réinsérer l’expérience de Vence dans une trajectoire certes singulière, mais pleinement immergée dans la matérialité de l’histoire de ses contextes d’inscription : histoire des sociétés, histoire des luttes et histoire d’un champ scientifique. L’appareil critique déployé est impressionnant, tant au niveau des documents mobilisés que dans le recours à des archives privées, pour la plupart inédites. Cela donne une base de 55 pages de sources répertoriées. À elle seule, cette liste est un apport important pour la recherche, même si elle a oublié de mentionner Engels – les Freinet auraient vivement protesté…

15Sur ces bases érudites, la recherche produit, de l’aveu même de ses acteurs, un produit hybride : « à la fois une étude de cas sur Freinet reposant sur une empirie délimitée, et un essai d’historiographie » plus vaste (I, 127). En ce sens, « l’École Freinet représente le topos où s’est matérialisée la pensée d’Élise et Célestin Freinet, l’épicentre où s’est matérialisé un système de pensée complexe » (I, 127). Elle est le lieu où tourne le moteur de la machine. Si on suit les auteurs, « on » serait passé jusqu’alors à côté de l’existence de cette « machine ». Mais pourquoi donc, et surtout comment ?

Histoire d’erreurs et d’oublis

16Afin de présenter fidèlement ce système de pensée et d’action, une partie essentielle du travail est consacrée à la déconstruction d’erreurs fréquentes affectant grandement la compréhension de la machine Freinet : « les savoirs sur Freinet dans le champ des sciences de l’éducation ont contribué à faire émerger une figure particulière coupée de son contexte historique » (II, 638). Ces savoirs biaisés et domestiqués ont, toujours selon les auteurs, disqualifié plusieurs aspects essentiels de l’œuvre, en ont éludé d’autres et ont pu en recycler les résidus après les avoir coupés du sens global de l’expérience Freinet. Soit trois types d’opérations déformantes ayant empli le champ des sciences de l’éducation jusqu’alors. Outre leur critique de plusieurs écrits universitaires qu’ils jugent révisables, voire empreints d’« un véritable révisionnisme » (HLG, II, 591), les auteurs dénoncent des sources secondaires elliptiques ou partiellement erronées, entre autres trois récits défectueux : celui d’Élise elle-même, celui de Baloule et celui de Michel Barré, militant historique de l’ICÉM (I, 283, note 21).

  • 8 L’École Émancipée, 30 décembre 1928.
  • 9 Freinet, C. (1940). Lettre à Élise, 30 octobre 1940 (I, 569, note 6).
  • 10 Freinet, C. (1948). À l’aube d’une science nouvelle. L’Éducateur, 4, 74-76.
  • 11 Freire, P. (2021). La pédagogie des opprimés [1969]. Agone, p. 27.

17Qu’est-ce qui a été disqualifié ? Pour l’essentiel, le caractère scientifique, philosophique et systémique de l’œuvre des Freinet. Celle-ci, notamment dans le violent débat avec des universitaires et des intellectuels du Parti Communiste (PCF) entre 1949 et 1952, fut présentée comme une œuvre d’empirie pure, de tâtonnement aveugle, de techniques bricolées sans maîtrise théorique et dont les principes pédagogiques, convenant à une simple adaptation au milieu rural d’avant-guerre, n’auraient plus correspondu aux réalités nouvelles des classes urbaines d’après-guerre. En marxiste conséquent, Freinet se défendit en déployant les armes de son approche matérialiste de la réalité sociale et pédagogique. Citant parfois Lénine (« la masse s’instruit par sa propre expérience8 »), il s’opposait aux « inventions de laboratoire de cette fausse école scientifique qui a sa remarquable expression chez les Piaget et autres psychopathes de la psychologie enfantine9 ». Que ce soit au niveau politique ou au niveau scientifique, Freinet proposait que les élaborations théoriques et pratiques se fassent in situ, de façon ascendante, par la libre activité coopérative des masses, des praticiens et des enfants, autrement dit par l’expérience coopérante, ce en quoi il croisa parfois le chemin de Dewey ou, en un sens différent, de certains libertaires. Cette approche down-top ne pouvait manquer de heurter le pouvoir scientifique institutionnel, qui enferma Freinet dans une posture dont Élise et lui-même abusèrent parfois : celle du modeste praticien populaire ou « prolétarien » et du self-made man pédagogique sans réelle ampleur théorique. Ainsi, alors que Freinet valorisait « l’expérience vivante qui triomphe des principes théoriques arbitrairement soutenus par des expériences de laboratoire à l’écart de la vie et de ses enseignements10 », ses adversaires lui déniaient toute légitimité scientifique et réduisait son œuvre à des « techniques » isolées de la réflexion et ne faisant pas système, donc adaptables et amendables par tout un chacun. Or, pour HLG et XR, le constat est clair : Freinet ne fut pas un « éducateur praticien autodidacte » qui, après 20 ans d’action tâtonnante, se serait mis à analyser maladroitement ses pratiques. Dès ses débuts, et bien qu’il n’ait pas fait de parcours universitaire, son œuvre s’inventa dans toute sa dimension scientifique et philosophique. C’est alors grâce à « un regard au ralenti » (II, 616), prenant le temps de relever les nombreuses interventions théoriques de ces lecteurs érudits que furent les Freinet, que les auteurs recommandent d’observer un cheminement praxéologique souvent dévalorisé dans le monde universitaire, si on entend la praxis, à la mode de Paulo Freire, comme l’union indémêlable de « la réflexion et de l’action des êtres humains sur le monde pour le transformer11 ».

  • 12 Étymologiquement, l’ob-scénité caractérise ce qui se trouve sous la scène ou en-dehors de la scène.

18Qu’est-ce qui a été éludé ? Tout ou presque tout ce qui relevait des luttes, des résistances et du projet révolutionnaire ayant suscité la fabrication de la machine Freinet. Les Freinet étaient avant tout des résistants à l’ordre capitaliste, des militants consacrant leur vie à des luttes entrelacées dans les domaines de la pensée, de l’éducation et de la santé, des révolutionnaires s’étant mis à réfléchir à leur pédagogie et à leur mode de vie. Ainsi, l’ouvrage montre qu’il serait vain de vouloir lire les Freinet depuis la nébuleuse de l’Éducation Nouvelle, car leur projet avait peu de choses à voir avec la tentation idéaliste des « grands noms » de la pédagogie, qui entendaient améliorer l’éducation sans toucher à ses bases sociales et économiques. Or, au sein de la machine Freinet, le militantisme pédagogique était pleinement politique, sinon il n’aurait été qu’un passe-temps illusoire. C’est le caractère obscène12 de cet engagement politique qui a été filtré et amputé, afin de permettre que le nom de Freinet apparaisse dans l’histoire de l’Éducation Nouvelle et dans les sciences universitaires de l’éducation sans qu’y soit rappelé son refus radical de l’ordre oppressif, d’autant plus que ses tendances spontanéistes, voire libertaires, n’entraient pas non plus dans les cadres définis par le PCF à l’heure de sa splendeur électorale. « Trop de gauche » pour l’historiographie paradigmatique et « trop à gauche » pour le PC : Freinet fut repoussé à l’arrière-plan des scènes convenues, exclu, par ses camarades de parti eux-mêmes, du travail d’élaboration du Plan Langevin-Wallon et réduit à des rôles de composition, par exemple le « technicien de l’imprimerie », comme si l’adoption de l’imprimerie à l’école n’avait pas un fondement politique. Pour Freinet, L’Imprimerie à l’école n’était pas le nom d’un « truc » pédagogique, mais devait désigner un mouvement de masse inclus dans les luttes politiques et sociales. « Au sein de l’Éducation Nouvelle, les différences d’approche pédagogique reposent sur des arrière-plans épistémologiques différents qui sont en dernière instance des divergences politiques » (II, 70), montrent clairement HLG et XR. Cela explique pourquoi Freinet est mal connu : il est trop lié à une autre histoire, celle des pédagogies ouvrières, libertaires et socialistes. C’est ce que les sciences de l’éducation ont souvent oublié et fait oublier, comme le remarquent les auteurs : « pour certains il est évident que la “pédagogie Freinet” peut améliorer le système en place sans envisager qu’au contraire il y a peut-être incompatibilité politique entre la machine Freinet et le système économique et politique actuel » (II, 626).

19L’ouvrage nous recommande plutôt de comprendre l’expérience de Vence comme « un cas emblématique d’auto-organisation essayant d’échapper aux rapports sociaux de production » (II, 617), et d’entendre le naturisme prolétarien des Freinet en tant que lutte contre l’aliénation de la vie en mode capitaliste. Il est vrai que l’attention vitaliste à la santé fut suscitée, surtout sous l’impulsion d’Élise, par la résistance quotidienne au mode de vie imposé par la domination sociale, au-delà de la seule question de l’insalubrité des conditions scolaires. Le naturisme des Freinet était donc un de leurs engagements majeurs, dans le cadre de ce que les auteurs nomment avec pertinence un mode de vie courageux rappelant la parrêsia cynique. Il s’ensuit que l’École de Vence fut pensée comme « un projet politique d’hétérotopie didactique heureuse », ou encore comme « une hétérotopie naturiste paysagée » abritant une véritable « réserve d’enfants » (I, 173). On ne saurait donc prétendre « faire du Freinet » en picorant une ou deux techniques démembrées et séparées de la conduite globale d’une vie autre. L’enjeu pédagogique de la machine Freinet est bien la concrétisation d’une autre vie scolaire, coulée dans une autre forme scolaire, et non la simple amélioration des résultats par des techniques appropriées. Dire et vivre sa vérité : c’était là le véritable style philosophique des Freinet. Or, déplorent HLG et XR, le « mouvement Freinet » a refusé de capter cet héritage et s’est au contraire contenté d’en recycler des morceaux prélevés sans respect pour la logique globale de l’expérience.

Histoire d’une domestication

20Qu’est-ce qui a été recyclé ? Des éléments passe-partout, vidés de leur charge politique et philosophique et présentés comme de simples procédés techniques, ce qui explique le fait que « les sciences de l’éducation [aient] raté Freinet » (II, 629, note 13). Coopérer, imprimer, débattre, se promener, écrire librement, correspondre… : autant de termes récupérés et transformés par des rhétoriques dans lesquelles les auteurs dénoncent la marque du pouvoir sémantique néolibéral : « la liquidité lexicale relève du caractère liquide du social-libéralisme actuel, où les limites entre les formes sont dissoutes » (HLG, II, 595). Les auteurs déplorent donc que les discours universitaires et professionnels sur Freinet aient perdu leur « gravité » et réduisent la machine à un ensemble flou de « pédagogies » sans ancrage politique et sans ampleur philosophique. Il s’agit là d’un processus faisant de la praxis des Freinet « un dégât collatéral du développement des recherches universitaires sur l’éducation », recherches se mettant peu ou prou « au service d’un système socio-économique » (II, 636-637). La charge est très forte ici, d’autant plus qu’elle porte sur un point très sensible de la fidélité aux Freinet. Bien des universitaires, dont certains sont directement cités dans ces pages, “en prennent pour leur grade”. Le débat se poursuivra, sans nul doute… Au moins le problème aura-t-il été posé, sans ambages, de façon parrésiastique.

21Pour résumer ce point, on dira que la liquidation de la machine Freinet s’est faite par la liquéfaction de leur système de pensée et d’action, et que cette « dérive pédagogique » est indissociable d’une « dérive politique », comme le montrèrent en 1986, selon HLG et XR, la conquête confuse de la direction de l’ICÉM par Éric Debarbieux et la « reprise en main générale des éditions et de l’orientation (II, 534) ». On le voit : l’ouvrage n’est pas écrit à l’encre tiède et affirme courageusement ses positions, comme il sied au modèle de la parrêsia et comme les Freinet avaient l’habitude de le faire.

22De manière plus apaisée, on dira qu’il convient, en recherchant l’autre Freinet sous le Freinet autre, de reconstruire une intégralité et de lutter contre l’idée erronée que chacun pourrait prendre chez Freinet ce qu’il veut. Cette dénaturation de l’héritage semble être très éloignée de « la pédagogie que mes parents ont vécue » (Baloule, II, 532 ; [c’est nous qui soulignons]).

Histoire d’une mise en abyme

23Venons-en maintenant au fonctionnement singulier de cette recherche, qui n’évite évidemment pas certaines ambiguïtés liées à la position d’HLG (et à un degré moindre de XR) comme chercheurs impliqués.

24En effet, le premier est à la fois un personnage de l’histoire et celui qui, en écrivant le récit, analyse ce qu’il décrit. L’impression de mise en abyme est perceptible : on voit HLG raconter HLG entrant complètement en scène dans le récit de sa première rencontre avec Baloule (II, 530-531). La bascule du texte est même complète à partir du moment où HLG narre son investissement dans la recherche de terrain en 2001, prêtant aux femmes de Vence une reprise des propos anciens de Freinet aux débuts du mouvement de L’imprimerie : « nous ne sommes plus seules » (II, 563). Il est d’ailleurs indéniable que le travail d’HLG appartient désormais pleinement et légitimement à l’histoire de la machine Freinet, car il réalisa une première objectivation des pratiques de l’École Freinet, ce qui produit évidemment des effets de champ (II, 133 et II, 255, note 7) et lui permet de disqualifier épistémologiquement certains propos « savants » : « concernant l’École Freinet, certaines personnes ont une opinion sur ce qu’il s’y fait sans pourtant être jamais venues sur place » (HLG, II, 591). On croirait lire Montaigne conseillant de ne se fier qu’aux « topographes », à la connaissance sûre et directe car portée par une expérience personnelle.

25Notons que la double posture est pleinement conscientisée et assumée par les auteurs. Ils savent qu’ils sont à la fois dans le champ et hors du champ, dans l’histoire et historiens de cette histoire, dans certaines images du beau Cahier de photographies qui ouvre le tome I et en position de spectateurs privilégiés de ces images et de leur sélection : « le Cahier se termine sur des photos qui évoquent la vie récente de l’École Freinet, de l’Institut Freinet, et notre propre activité de chercheurs » (I, 11, [c’est nous qui soulignons]). Non seulement ils le savent, mais ils utilisent cette situation pour affiner leurs précautions épistémologiques : « le livre que nous voulions faire sur Freinet s’est dédoublé d’un livre sur le livre que l’on envisageait » (II, 642). Cela nous permet de bénéficier d’un étonnant et instructif « auto-entretien » par lequel les deux auteurs participent à l’objectivation de leur propre travail et de leur position de chercheurs. « La particularité de notre binôme de travail sur l’histoire des Freinet est que nous cumulons la posture de “spectateur engagé” revendiquée par Hobsbawm […] et la posture défendue par certains historiens culturels, lorsqu’ils affirment que des individus extérieurs aux contextes sont davantage en mesure de comprendre ces contextes » (XR, II 598).

26Cette double posture, ils le savent et ils l’écrivent (II, 652), leur sera reprochée dans des procès « en militance » ou en « intérêt personnel », comme si une position dans un champ de savoir pouvait être « neutre », et comme si d’autres avant eux, en faisant l’histoire de leur discipline, n’y avaient pas indiqué leur propre place, tel Gaston Mialaret, à la fois acteur de l’Histoire des sciences de l’éducation et auteur a posteriori d’une histoire de cette Histoire (II, 251). Les auteurs savent donc qu’il est patent que l’élucidation qu’ils proposent, elle-même, « appartient à l’histoire de cette pédagogie » (I, 141) et que l’histoire d’une discipline est toujours en lien avec la formation de la discipline en elle-même. Ils poussent même la coquetterie jusqu’à citer leur ouvrage dans sa propre bibliographie, comme pour prolonger une mise en abyme borgésienne

Trois histoires à suivre

27Au terme de la lecture de cette somme, « il ne peut y avoir, à proprement parler, de conclusion » (II, 615). La discussion reste ouverte et, mieux, « l’expérience d’écriture » des auteurs peut être également « une expérience de lecture » pour leurs lecteurs, tant dans le lien aux luttes actuelles (notamment celles relatives à la forme scolaire) que dans les débats peu ou prou agonistiques au sein de l’histoire de l’éducation et des sciences de l’éducation. À ce sujet, si la démonstration de l’existence d’un autre Freinet a été brillamment et patiemment menée au fil des deux tomes, trois questions nous restent un peu « sur les bras » – d’autres en soulèveront sans doute d’autres.

  • 13 Freinet y écrivit autour de 80 articles.
  • 14 La Vie Ouvrière, no 104, 20 janvier 1914. Cette publication accueillait de belles plumes pédagogiq (...)

28Primo, la question de la continuité historique dans laquelle inscrire la machine Freinet. En effet, nous suivons les auteurs quand ils recommandent de ne pas lire Freinet à partir de l’histoire de l’Éducation Nouvelle et de ses « grands pédagogues ». Mais dans ce cas, de quoi l’histoire qui englobe celle des Freinet est-elle le nom ? Il nous semble que notre compréhension de l’expérience de Vence aurait beaucoup à gagner à poursuivre l’exploration des liens ascendants des Freinet avec les pédagogies ouvrières, socialistes et libertaires. HLG et XR indiquent à ce propos que parmi les circonstances ayant rendu possible l’expérience de Vence figure en bonne la place la circulation dans les milieux syndicaux de l’enseignement, via L’École Émancipée13 et la presse ouvrière, des idées et procédés de ces pédagogies minorées par l’histoire « officielle » de l’Éducation Nouvelle. Il faut donc voir ce que le projet de coéducation des Freinet et leur pédagogie du travail doivent à l’éducation intégrale relayée par Paul Robin à partir de son origine ouvrière ; ce que la « réserve d’enfants » doit au fouriérisme, au projet communard de « maisons d’éducation » et d’enseignement professionnel en 1871, ou encore à la visite des écoles libertaires de Hambourg-Altona en 1922 ; ce que l’introduction de l’imprimerie dans la classe doit aux exemples de Robin et de Faure ; et ce que la proximité relative de Freinet avec certains aspects de la pensée de Dewey doit à la CGT, qui contribua à la diffusion de sa pensée dans les milieux syndicaux révolutionnaires en publiant en 1914 dans La Vie Ouvrière14 une recension précoce de L’école et l’enfant, etc. Reconnecter la machine Freinet à son branchement d’origine est une entreprise qui mérite d’être poursuivie, selon nous.

29À ce sujet, on peut pourtant s’interroger sur l’absence, dans le Cahier de photographies, d’images représentant des foules, des manifestations, des meetings. S’agit-il d’une absence inévitable, soit que ce type de photos, notamment celles de la période la plus « prolétarienne », aient été prudemment détruites en 1940, soit qu’il n’en ait jamais existé ? On a quelque peine à croire que les Freinet, militants révolutionnaires, membres de plusieurs organisations politiques et syndicales et attachés à s’inscrire dans les luttes populaires, ne soient jamais apparus sur des photos « de masse ». « Quand nous allons à la foule, c’est avec le désir de devenir anonymes parmi les anonymes », affirmait fièrement Élise en 1936 (I, 510). Mais où sont les traces visuelles de ce désir ? Nous avons bien des photos de divers groupes et de classes, ainsi que des photos de congrès et de réunions, mais les « masses », cet horizon indépassable de la machine Freinet, n’entrent jamais dans le champ (on relève la même absence dans l’ouvrage de souvenirs de Baloule). Certes, Vence est un peu éloignée de Nice, mais on ne veut pas croire que Célestin Freinet n’ait participé dans sa vie qu’à une seule manifestation de rue (Nice, 1913, avec Jaurès) et ne soit pas venu admirer et soutenir les occupations d’usines et de magasins en juin 1936. Si tel était le cas, où serait la « continuité » avec le milieu social et la solidarité de classe dont il se réclamait ? Si son attachement permanent à l’action collective ne saurait être mis en doute, si ses liens avec « des groupes de jeunes paysans et de jeunes ouvriers » (I, 448) travaillant à l’installation de l’École est attestée, si les organisations ouvrières furent des partenaires assez réguliers de la machine Freinet, entre autres pour envoyer des élèves à Vence, pourquoi cette absence dans la mémoire photographique de l’expérience ?

30Ce point, qui est peut-être de détail, est d’autant plus interpellant qu’il permet d’interroger le statut des Freinet dans l’histoire des luttes. S’il est acquis qu’ils « faisaient trop prolos » pour les universitaires, ne faisaient-ils pas inversement « trop intellos » pour les prolétaires et pour la culture de classe de leurs organisations ? Cette culture de lutte, parfois très ouvriériste et attachée aux métiers manuels, se défiait épisodiquement des intellectuels et des enseignants, suspectés de colporter une idéologie « bourgeoise ». Doit-on en conclure que la rencontre entre les Freinet et les « masses », qui certes ne se fit que dans le cadre d’un prolétariat rural bien moins organisé, aurait été partiellement manquée, ce qui aurait constitué un « point faible » au moment de s’appuyer sur des forces politiques et syndicales dans les nombreux conflits que subirent les Freinet ? Il semble que les auteurs aient esquissé une réponse à cette question en rappelant que Freinet était vu par un de ses proches militants comme un « débraillé cynique » (I, 154), autrement dit comme un homme que l’on peut voir torse nu au milieu de ses élèves, mais pas comme un syndiqué manifestant avec discipline sous une bannière d’organisation. Inclassables, voire incompréhensibles pour les prolétaires qu’ils voulaient tant accompagner dans les luttes, les Freinet étaient des originaux, des exceptionnels.

  • 15 Voir Eichner, C. (2020). Franchir les barricades. Les femmes dans la Commune de Paris [2004]. La So (...)

31La deuxième question qui, nous semble-t-il, demeure ouverte, concerne une possible lecture féministe de la machine Freinet. On doit remercier ici les auteurs d’avoir pilonné le mythe tenace de l’épouse Élise, reléguée en arrière-plan, jugée négligeable dans l’œuvre collective et assignée à résidence identitaire. En effet, faire un pas à côté du mythe Freinet, c’est aussi redécouvrir un duo inséparable. Sur certains points, tels que le naturisme, les techniques du corps ou l’art enfantin, c’est évidemment Élise qui mena la cordée. De même, la représentation originale de l’enfant dans l’expérience de Vence fut surtout exaltée par Élise. En s’appuyant pêle-mêle sur Engels, Hubertine Auclert, Elsa Dorlin et Geneviève Fraisse, entre autres, HLG et XR ont assuré l’essentiel et montré que le projet hétéro-topologique des Freinet avait bien intégré la question de l’égalité des sexes dans une philosophie politique globale. Relevons toutefois une formule maladroite, parlant des « mouvements féministes naissants dans les années 1880 » (I, 474) et du « premier mouvement féministe » en 1920-1940 (I, 479). La vigilance, ici, a exceptionnellement fait défaut aux auteurs : si les thèses du féminisme « libéral », souvent rabattues sur la question du droit de vote et sur celle des mœurs, datent la naissance du féminisme à partir de l’apparition du suffragisme, les femmes, fort heureusement, n’avaient pas attendu une date si tardive pour entrer en lutte sur des enjeux bien plus globaux. Tout au long du xixe siècle se produisit une riche maturation qui produisit en 1871 non pas un, mais trois types de féminismes socialistes15. Il y a là aussi, probablement, un secteur à explorer, notamment pour mieux comprendre ce que la relation avec Meta Kraus et les milieux libertaires a pu apporter, ou non, aux Freinet en termes de positionnement féministe et de pratiques privées.

  • 16 Freinet, C. (1936). L’Éducateur prolétarien, no 12-13, 25 mars 1936, p. 247.

32La troisième question concerne le choix de l’expression « machine Freinet ». D’où vient cette expression ? Les auteurs ne nous l’ont pas expliqué, même si l’on croit comprendre qu’elle leur a semblé adéquate pour désigner « un système de pratiques et une philosophie globale » (II, 250) possédant trois traits « mécaniques » : une logique générale, une capacité productive et un potentiel d’évolution et de réparation. De même, l’image de la machine est assez congruente avec une pédagogie du travail et, d’ailleurs, les Freinet s’intéressaient beaucoup aux machines : pour imprimer, photographier, filmer, projeter, communiquer, voire soigner. Toutefois, le machinisme jure un peu avec le naturisme, le paysagisme, l’esthétisme et le « ruralisme » si présents dans l’expérience de Vence. Freinet aurait-il validé le choix de cette expression ? Oui, si on en croit la remarque de Baloule, qui a peut-être inspiré les auteurs : « sa “machine pédagogique” reposait essentiellement sur la communication » (II, 515). Non, si on en croit certaines occurrences négatives de l’image de la machine sous la plume de Freinet, par exemple celle-ci : « la Révolution n’est pas une machine de guerre16. » Bref, le registre industriel est-il adéquat pour parler de Vence ? En partie, oui, mais en partie seulement, selon nous.

Envoi

33Eirick Prairat, dans la quatrième de couverture, insiste sur l’importance des apports de l’ouvrage : « la publication de la présente recherche va modifier en profondeur notre compréhension de cette pédagogie » et « contribuer au renouveau des recherches sur le travail et l’expérience “des” Freinet ». On ne saurait mieux dire à quel point À côté de Freinet va s’approprier un vaste territoire dans le champ de recherches, d’autant plus que « l’évocation d’un passé est à relier ici à une volonté d’influer sur le présent » (II, 619). Toutes celles et tous ceux qui s’engagent actuellement dans la transformation démocratique de la forme scolaire se reconnaîtront dans ce travail et pourront se situer en meilleure connaissance de cause par rapport à l’expérience alternative qui en est le personnage principal. Les auteurs eux-mêmes ont d’ailleurs affirmé leurs liens concrets avec les travaux de Gérard Sensevy dans le cadre de sa Théorie de l’Action Conjointe en Didactique (TACD). Notons aussi qu’ils se sont efforcés de « ne pas réduire l’histoire des sciences de l’éducation au point de vue des gagnants et des dominants » (II, 222, note 191) et qu’ils ont, pour ce faire, mobilisé avec fidélité une quantité impressionnante de matériaux et d’arguments. Qu’ils en soient remerciés et qu’ils soient lus ainsi.

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Notes

1 Go, H.-L. (2007). Freinet à Vence. Vers une reconstruction de la forme scolaire. Presses Universitaires de Rennes.

2 Riondet, X. (2019). L’expérience Vrocho à Nice. Controverses et résistances du quotidien au cœur de l’évolution des normes. Presses Universitaires de Rouen et du Havre.

3 Le Chiapas est une région rurale du Mexique insurgée depuis le 1er janvier 1994. Sur un territoire d’une grandeur équivalente à la Belgique, 200 000 à 300 000 personnes participent à une expérience révolutionnaire d’autogouvernement.

4 Baronnet, B. (2019). L’expérience d’éducation zapatiste au Chiapas : entre pratiques politiques et imaginaires autochtones à l’école. Dans I. Pereira (dir.), Anthologie internationale de pédagogie critique. Éditions du Croquant, p. 110-111.

5 Meirieu, P. (1998). Freinet et les sciences de l’éducation : des rencontres, des questions, une espérance. Actes du 43e Congrès international de l’ICÉM. ICÉM, p. 187.

6 Claude Lelièvre relevait en 2010 qu’une quarantaine d’établissements scolaires publics français portaient le nom de « Freinet ». C’est moins que Langevin (289), Wallon (160), Kergomard (113), Rousseau (106) et Buisson (98), mais c’est supérieur à Piaget, Maupassant, Van Gogh et Émile Combes [https://blogs.mediapart.fr/claude-lelievre/blog/271210/du-nom-des-ecoles]. De même, avec environ 50 000 occurrences relevées par Google Scholar, mesure techno-libérale de notoriété dans la recherche, le patronyme Freinet jouit d’une diffusion non négligeable, certes bien inférieure à celles de Montessori, Freire ou Ferrer, mais supérieure à celles de Decroly, Deligny ou Oury.

7 Foucault, M. (2001). Les « reportages » d’idées. [1978]. Dits et écrits II. Gallimard, p. 707.

8 L’École Émancipée, 30 décembre 1928.

9 Freinet, C. (1940). Lettre à Élise, 30 octobre 1940 (I, 569, note 6).

10 Freinet, C. (1948). À l’aube d’une science nouvelle. L’Éducateur, 4, 74-76.

11 Freire, P. (2021). La pédagogie des opprimés [1969]. Agone, p. 27.

12 Étymologiquement, l’ob-scénité caractérise ce qui se trouve sous la scène ou en-dehors de la scène.

13 Freinet y écrivit autour de 80 articles.

14 La Vie Ouvrière, no 104, 20 janvier 1914. Cette publication accueillait de belles plumes pédagogiques (Albert Thierry, Maurice Dubois, James Guillaume, etc.).

15 Voir Eichner, C. (2020). Franchir les barricades. Les femmes dans la Commune de Paris [2004]. La Sorbonne.

16 Freinet, C. (1936). L’Éducateur prolétarien, no 12-13, 25 mars 1936, p. 247.

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Pour citer cet article

Référence papier

Jean-François Dupeyron, « À côté de Freinet, Henri Louis Go et Xavier Riondet »Éducation et didactique, 17-1 | 2023, 99-107.

Référence électronique

Jean-François Dupeyron, « À côté de Freinet, Henri Louis Go et Xavier Riondet »Éducation et didactique [En ligne], 17-1 | 2023, mis en ligne le 01 janvier 2025, consulté le 16 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/educationdidactique/11271 ; DOI : https://doi.org/10.4000/educationdidactique.11271

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Auteur

Jean-François Dupeyron

MCF émérite HdR en philosophie, Université de Bordeaux (jean-francois.dupeyron@u-bordeaux.fr). Identifiant ORCID : 0000-0001-5870-3479

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