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Dossier statistiques

Impact du langage probabiliste sur l'usage des tests de décision

Impact of probabilistic language on the use of decision tests
Zahid El M’hamedi
p. 143-174

Résumés

Une littérature abondante de travaux de recherches en didactique sur les tests statistiques rapporte diverses difficultés, souvent en rapport avec des conceptions erronées, que l’on peut rencontrer à tout âge et à tout niveau d’expertise. Les conclusions de ces recherches s’accordent sur le fait qu’en général, un étudiant de niveau moyen ne peut décrire l’idée de fondement de cet outil statistique, seul un calcul mécanique est souvent restitué, basé beaucoup plus sur la mémorisation que sur la réflexion et l’interprétation. Certes, de multiples facteurs sont à l’origine de ce caractère difficile. Ainsi, nous nous sommes focalisés dans cet article sur l’exploration de l’impact du langage (ambigu) probabiliste, utilisé dans des expressions usuelles sous-jacentes à la procédure des tests de décision, sur l’interprétation des concepts véhiculés, par les étudiants. Pour ce faire, nous avons choisi un échantillon constitué de 195 individus, auquel nous avons administré un questionnaire composé de cinq questions, impliquant des expressions usuelles en tests de décision. Les résultats auxquels nous sommes arrivés ont mis en évidence plusieurs anomalies, qui peuvent être prises en considération afin d’améliorer l’apprentissage de cet outil statistique.

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Notes de la rédaction

Article soumis le 01/03/2021 et accepté le 07/06/2022

Texte intégral

Introduction

  • 1 Tout au long de cet article, l’expression « tests statistiques » se rapporte à la fois au test de s (...)

1Les tests statistiques sont un sujet difficile à introduire aux étudiants dans un cours de probabilités-statistique (Zaki et El M’hamedi, 2009 ; El M’hamedi, 2010). Leur utilisation de façon erronée engendre de néfastes conséquences sociétales qui varient selon le domaine d’investigation considéré. Au niveau scientifique, par exemple, les utilisations inadéquates de cet outil conduisent éventuellement à des conclusions de recherche erronées. Pareillement, au niveau social, elles impliquent des condamnations injustes, des erreurs médicales et des décisions politiques injustifiées. Plus encore, certains auteurs considèrent la base théorique des tests statistiques comme largement mal comprise (e.g., Oakes, 1986 ; Gigerenzer et Murray, 1987 ; Pollard et Richardson, 1987 ; Lunt et Livingstone, 1989 ; Cohen, 1994 ; Dracup, 1995 ; Bourque et al., 2009 ; Zaki et El M’hamedi, 2013). Gigerenzer (1993) a argumenté, dans ce sens, que les conceptions liées aux tests statistiques sont incohérentes parce qu’elles dérivent de deux théories mutuellement incompatibles : la première est : « les tests de signification », due à Sir R. A. Fisher, et la seconde est : « les tests de décision (ou d’hypothèse) », due à J. Neyman et E. S. Pearson (Gigerenzer et al., 1989 ; Sedlmeier et Gigerenzer, 1989 ; El M’hamedi, 2010). Bien que la théorie de Neyman-Pearson soit développée en dehors de celle de Fisher, il y avait une friction considérable bien publiée entre le camp de Fisher et celui de Neyman-Pearson concernant la nature de l’inférence statistique, d’une manière générale (Neyman et Pearson, 1933 ; Fisher, 1955 ; Neyman, 1961 ; Box, 1978 ; Kruskal, 1980 ; El M’hamedi, 2021a). Ainsi, Gigerenzer a étudié trente ouvrages de statistique pour les étudiants de psychologie, et il n’a pu trouver dans aucun texte une discussion des théories de Fisher et de Neyman-Pearson. Il a conclu que ce qui est institutionnalisé relativement à cet outil statistique n’est pas la statistique fishérienne, mais c’est seulement un méli-mélo (ou un amalgame) incohérent de certaines idées de Fisher, d’un côté, et certaines idées de Neyman-Pearson, de l’autre (Gigerenzer, 1993 ; Poitevineau, 1998). La recherche didactique suggère que plusieurs problèmes d’applications erronées, relatifs aux tests statistiques1 puissent être dus à des facteurs directement liés au manque de compréhension de quelques concepts clés véhiculés par cette pratique statistique. Il est également facile pour les étudiants de se perdre dans les détails techniques, impliqués par les procédures des tests statistiques. Cependant, on ne doit pas se concentrer seulement sur les formules mathématiques pour dire qu’une compréhension adéquate de cet outil est atteinte. Il faut aussi mettre en valeur la philosophie derrière les méthodes utilisées (El M’hamedi, 2014). Ceci permettra le développement de la pensée statistique chez nos apprenants.

2Ainsi, nous nous sommes focalisés dans ce travail sur l’exploration de l’impact d’un facteur très particulier sur l’interprétation, par nos étudiants, de notions et d’expressions véhiculées lors de l’usage des tests de décision (de Neyman-Pearson). Ce facteur est lié au « langage (ambigu) probabiliste », considéré comme une cause majeure susceptible de contribuer aux difficultés de compréhension de cet outil statistique principalement basé sur les probabilités conditionnelles connues pour être difficiles parmi les statisticiens. En effet, Falk et Greenbaum (1995) ont signalé qu’une telle notion est notée comme une problématique pour comprendre des relations à caractère probabiliste, de manière générale (Bar-Hillel et Falk, 1982 ; Margolis, 1987 ; Falk, 1992 ; Gillman, 1992 ; Nickerson, 1996).

3Avant de continuer la présentation de ce travail, nous consacrons ce paragraphe à la mise en œuvre de certains éléments nécessaires, voire fondamentaux, pour faciliter et simplifier la lecture de cet article. Ainsi, le symbole H, que nous utiliserons fréquemment tout au long de ce texte, représente l’une des deux hypothèses statistiques, H0 ou H1. Rappelons au passage qu’une hypothèse statistique est un énoncé concernant la loi de distribution d’une population statistique. Souvent il s’agit d’un énoncé relatif à la valeur d’un ou plusieurs paramètres inconnus spécifiant cette distribution, par exemple que la moyenne d’une variable pour une population donnée est égale à telle valeur précise. Cette hypothèse statistique est dérivée de l’hypothèse de recherche à laquelle le chercheur s’intéresse en premier lieu, et qui concerne sa discipline (Poitevineau, 1998). Les hypothèses statistiques sont faites sur la population d’où sont extraites les données D0 par échantillonnage. Le triplet (H0, H1, D0) est constitué d’éléments d’entrée indispensables pour mettre en pratique une procédure de tests statistiques. Lorsque ce symbole (H) est inclus dans une expression probabiliste contenue dans cet article, il désignera l’événement : « l’hypothèse H est vraie ». Par exemple, la probabilité P(H|D0) signifiera : « la probabilité que l’événement “l’hypothèse H est vraie” soit réalisable sachant que les données construites sont D0 ». Pareillement, quant au symbole 𝔇, il sera utilisé pour représenter les données et non les hypothèses. Ces données sont soit celles construites par l’expérimentateur (D0) ou, d’une manière générale, celles souvent notées : D, et couramment utilisées pour identifier les échantillons adoptés par l’expérimentation en cours de traitement. Dans le cas, par exemple, d’un test statistique utilisant un seul n-échantillon usuellement noté : (X1, …, Xn), où l’on représente les données construites D0 par les réalisations (x1, …, xn), 𝔇 désigne les données construites D0 ou bien, d’une manière générale, des données quelconques déterminées en fonction de D0. Nous pouvons citer comme exemple de 𝔇 : « les données construites D0 ou des données plus extrêmes que D0 », noté : (D⩾D0) et utilisé, dans le cadre des tests de signification de Fisher, pour définir la notion de p-valeur qui est, en quelque sorte, la probabilité conditionnelle : P(D⩾D0|H0). Deux autres exemples de 𝔇 méritent d’être indiqués : « la région de rejet de H0 ou région critique (RC) » et « la région d’acceptation de H0 (RA) », jouant un rôle essentiel, voire primordial, dans le cadre des tests d’hypothèse de Neyman-Pearson. Enfin, il est important de signaler que, tout au long de cet article, les notations de la forme : P(F|G), P(F∩G) ou P(F), adoptées pour représenter une probabilité, n’auront de sens que si l’on interprète F et G comme des événements proprement dits, où F et G sont des éléments de l’ensemble : {D0, 𝔇, RC, RA, H0, H1}.

  • 2 Cette probabilité est équivalente à la probabilité que H0 soit vraie sachant que les données constr (...)

4Reprenons la présentation de cette introduction en signalant que, d’une manière particulière, la distinction entre les deux probabilités conditionnelles P(𝔇|H) et P(H|𝔇), devient assez compliquée à cause du langage utilisé par les procédures des tests statistiques. Considérons, par exemple, les deux expressions suivantes : « La probabilité que les données 𝔇 soient obtenues par hasard »2 et « La probabilité d’obtenir les données 𝔇 par hasard ». Il n’est pas surprenant que ces expressions soient considérées, par certains chercheurs, comme traduisant une même signification. Pourtant, la première expression signifie : « la probabilité que le hasard survienne, sachant qu’on a construit les données 𝔇 », alors que la seconde signifie : « la probabilité que les données construites soient 𝔇, sachant que le hasard est survenu ». La première expression fait alors référence à P(H0|𝔇), et la seconde à P(𝔇|H0). Il est également facile de trouver des expressions relatives à des relations à caractère probabiliste qui peuvent conduire, sur la base d’un raisonnement erroné, à plus d’une seule interprétation. En effet, l’expression : « la probabilité qu’un processus de hasard puisse produire les données 𝔇 », peut être considérée comme équivalente à : « la probabilité que les données 𝔇 soient produites, sachant que le hasard est survenu ». Mais, elle peut également signifier : « la probabilité que le hasard survienne, et que les données 𝔇 soient produites ». Étant donné que la véracité de H0 désigne la survenance du hasard, la première et la deuxième expression sont respectivement représentées par P(𝔇|H0) et P(H0∩𝔇) (ou P(H0).P(𝔇|H0)). Cette erreur est souvent commise lors de la mise en pratique des tests statistiques. Par exemple, la définition de la puissance statistique est : « la probabilité de rejeter correctement l’hypothèse statistique H0 ». Elle représente donc la probabilité de rejeter l’hypothèse H0, sachant qu’elle est fausse. Cependant, cette dernière interprétation n’est pas la seule, la puissance statistique pourrait également être interprétée comme « la probabilité absolue de rejeter correctement l’hypothèse H0 », qui est, en fait, la probabilité conjointe de réalisation des deux événements : « l’hypothèse H0 est fausse » et « on rejette l’hypothèse H0 ».

5Pareillement, le langage (ambigu) probabiliste associé à l’expression « erreur de 1re espèce » contribue aussi à la tendance à interpréter le niveau de signification, souvent noté α, et qui est égal à la probabilité de la région critique (RC) en supposant que l’hypothèse H0 est vraie (P(RC|H0)), comme étant (erronément) égal à la probabilité P(H0|RC). Cette erreur vient du fait que le concept de niveau de signification soit souvent présenté aux étudiants et également introduit, dans la plupart des ouvrages même spécialisés en statistique, comme étant égal à la probabilité de l’erreur de 1re espèce. Cette interprétation ou cette présentation sont facilement formées dans les esprits des étudiants, et semblent être la racine de la confusion subséquente, étant donné que α est une probabilité conditionnelle bien définie, alors que l’expression « erreur de 1re espèce » n’est pas conditionnellement formulée. De même, les étudiants sont conscients que le rejet de H0 et commettre une erreur sont usuellement impliqués. Ce langage ambigu permet à la combinaison, dans une formulation à caractère probabiliste, des deux événements : « rejet de H0 » et « commettre une erreur », d’être ouverte à différentes interprétations. En effet, on pourrait l’interpréter comme impliquant soit une probabilité conjointe ou une probabilité conditionnelle. De plus, quand H0 est rejetée et on espère formuler une idée sur la probabilité de l’erreur commise, on se demande, de manière usuelle, sur le type d’erreur mis en œuvre. Naturellement, le concept vague « erreur de 1re espèce » vient immédiatement à l’esprit. Ainsi, la distinction cruciale entre les deux directions opposées des probabilités conditionnelles, devient floue via la médiation de l’expression mal définie : « erreur de 1re espèce ». Réellement, cette expression médiatrice devrait ne pas être utilisée seule, indépendamment de sa probabilité. Comme certains ouvrages et enseignants signalent souvent, l’événement conditionnel (F|G) n’est pas un concept légitime proprement dit. Ce sont les probabilités de réalisation de cet événement (i.e., les probabilités conditionnelles) qui leur donnent sa valeur convenable et sa légitimité, et permettent de le définir sans équivoque comme des rapports de probabilités de réalisation d’événements. Par conséquent, l’expression « erreur de 1re espèce » est malheureuse en tests statistiques (Falk, 1986).

6Ainsi, le travail que nous exposons dans cet article s’inscrit dans le cadre de la continuité des réflexions et recherches menées sur la question de l’exploration des tests statistiques. Plus particulièrement, nous nous focalisons ici sur la question de recherche suivante :

« Dans quelles mesures le langage (ambigu) probabiliste, adopté en procédure des tests de décision, contribue-t-il aux mauvais usages de cet outil statistique, par les étudiants en dernière année de licences scientifiques, relevant d’universités du Maroc ? ».

7Les expressions (polysémiques) probabilistes auxquelles nous nous sommes intéressés dans ce travail apparaissent très habituelles chez les étudiants et les chercheurs, qui ne cessent de les interpeller toujours, chaque fois qu’un test statistique est convoqué. Plus spécifiquement, nous nous sommes focalisés ici à explorer comment les étudiants interprètent certaines expressions probabilistes définissant des concepts usuels en procédure des tests d’hypothèse, et qui sont véhiculées lorsque cet outil statistique est mis en pratique.

8Notons que même si la littérature a signalé l’existence de facteurs conduisant à des conceptions erronées relativement aux tests statistiques, les recherches mises en place sont généralement menées dans des pays occidentaux, où, contrairement à notre système éducatif, la probabilité et la statistique sont souvent une partie intégrante des curricula dès le collège. L’étude que nous menons dans ce travail, considère cette connaissance dans un environnement culturel, différent en termes de programmes scolaires, du milieu de croissance des apprenants, de la formation initiale et continue des enseignants, …, qu’est le Maroc. Mais auparavant, nous allons, dans un premier temps, présenter quelques éléments d’ambiguïtés lexicales en relation avec les cours dispensés aux apprenants ; puis, dans un deuxième temps, nous mettrons en œuvre des conceptions erronées, fort probablement suscitées par un tel langage ambigu.

Ambiguïtés lexicales en salle de cours et stratégies pratiques servant à les éviter

9Le langage parlé et celui écrit jouent, tous les deux, un rôle crucial dans la réussite à la mise en œuvre d’un cours dans un domaine donné à l’intérieur d’une classe. Ils sont le principal moyen de communication de nouvelles informations, la façon selon laquelle les apprenants développent leurs compréhensions et traitent leurs idées. Ils sont également l’outil à travers lequel les apprentissages s’évaluent (Thompson et Rubenstein, 2000). Cependant, Durkin et Shire (1991) ont identifié quatre types d’ambiguïtés lexicales en enseignement des mathématiques : (1) Homonymie : mots qui partagent la même forme mais qui ont des significations différentes ; (2) Polysémie : mots qui ont deux ou plusieurs sens mais qui sont liés ; (3) Homophonie : mots avec une orthographe et une signification différentes mais qui ont une même prononciation ; et (4) Changements d’application : mots dont leurs significations changent en fonction du contexte en vigueur. Il est vrai qu’une revue abondante de travaux de recherches dans plusieurs disciplines s’était intéressée aux effets du langage sur l’opération de compréhension à l’intérieur de la salle de cours. Mais, plus spécifiquement, nous pouvons considérer les résultats des recherches réalisées, dans ce sens, en mathématiques, en chimie et en enseignement des langues, comme les éléments de base à d’autres travaux relatifs aux problèmes posés par le langage, pour être effectués ultérieurement dans plusieurs autres disciplines (Kaplan et al., 2010). Cependant, en ce qui concerne la discipline de statistique proprement dite, nous pensons que jusqu’à une date récente, il n’y ait pas, parmi ces travaux, une étude formelle à grande échelle sur l’utilisation du langage en salles de cours. Les enseignants de statistique ne possèdent seulement que des preuves anecdotiques d’incompréhensions, d’interprétations erronées et de malentendus de leurs apprenants relativement à certains concepts, tels la corrélation, la dispersion, l’erreur, etc. (Kaplan et al., 2010). Kaplan et al. (2009) ont mis en œuvre l’un des travaux les plus importants qui se sont intéressés aux ambiguïtés lexicales en discipline de la statistique. Plus spécifiquement, les concepts traités, dans ce sens, par ces auteurs sont les suivants : « association », « moyenne », « confiance », « aléatoire » et « dispersion ».

10Les stratégies pratiques préconisées pour éviter les difficultés posées par le langage véhiculé en salle de cours, déduites des travaux de recherches que nous avons pu consulter, visent la réalisation des deux objectifs suivants :

  • aider les apprenants à développer leurs voix dans un domaine donné ;

  • aider les apprenants à faire face aux ambiguïtés lexicales.

11D’un côté, plusieurs suggestions sont mises en œuvre pour atteindre le premier objectif. Ainsi, la principale suggestion est de donner aux apprenants la possibilité de parler et d’écrire dans le domaine en cours d’appréhension. Thompson et Rubenstein (2000) préconisent, dans ce sens, un enseignant silencieux qui ne parle pas beaucoup et qui laisse plutôt ses apprenants être les principaux communicateurs oraux. Ceci permettra le développement de leurs compétences relativement à la communication orale. Ils recommandent également que l’enseignant doive écouter attentivement les discussions des apprenants, leur apporter des corrections et les aider à la reformulation des phrases si cela s’avérait nécessaire. Quant à lui, Lemke (1990) suggère qu’on demande aux apprenants de combiner explicitement des termes techniques dans des phrases complexes, et de les exposer à travers des exemples à aspect scientifique, de difficultés majeures ou mineures. Khisty et Chval (2002) recommandent que pour aider les apprenants à apprendre la communication mathématique, il suffit de créer un environnement rempli de mots riches qu’ils s’approprient comme les leurs. Les auteurs sont conscients que le processus d’apprentissage du vocabulaire ne consiste pas à juste présenter des mots aux élèves. Ils considèrent que les mots représentent des significations qui attendent d’être développées et finalement internalisées. Par conséquent, les types de mots présentés aux apprenants et comment ils sont développés, sont d’une importance vitale. Il est important, pour ces apprenants, d’avoir la possibilité d’utiliser ces mots dans leur discours et pendant leur travail. Ainsi, il est utile de commencer, dès la première semaine de l’année scolaire, à remplir la classe de cours par un vocabulaire présentant un caractère technique, en modélisant un discours académique et mathématique approprié pour les apprenants, en attirant leurs attentions sur les nouveaux mots et en reliant les nouveaux mots aux idées que les apprenants auraient pu connaitre auparavant. Ceci permettrait à l’enseignant de se transformer, au cours de l’année, d’un acteur qui ne cesse de reformuler et de répéter les réponses de ses apprenants, vers un individu très silencieux qui leur laisse l’espace, la liberté et l’opportunité pour pratiquer et développer leurs voix mathématiques.

12De l’autre côté, afin d’aider les apprenants à faire face aux ambiguïtés lexicales, plusieurs suggestions sont mises en œuvre. Ainsi, Lemke (1990) préconise qu’on invite les apprenants à établir les différences qui pourraient exister entre des énoncés ou des questions de type technique et ceux de type familier. Macar et Confrey (2005) considèrent, dans ce sens, que l’utilisation d’un langage non standard ou informel permettrait aux apprenants de démontrer et d’exprimer leurs compréhensions, d’une manière que le langage technique ne pourrait garantir. En procédant ainsi, les apprenants utilisent des mots qui ont un sens pour eux et qui traduisent leurs propres conceptions. Les significations quotidiennes sont assez accessibles pour une grande variété d’apprenants et permettent de multiples points d’entrée lors de la mise en place du matériel ou du scénario adéquat, fort probablement de développer chez eux des conceptions correctes relativement aux concepts qu’ils sont en train d’apprendre. Quant à Durkin et Shire (1991), ils proposent l’idée d’enseignants qui utilisent les mots dans des contextes où les significations familières coïncident avec celles techniques, afin de construire une base solide pour les apprenants. Enfin, Adams et al. (2005) suggèrent aux apprenants d’énumérer des paires de mots ambigus et d’écrire des phrases pour chaque signification. Ils proposent également que les enseignants demandent aux apprenants les significations des mots, avant de donner une définition à aspect technique, et ce, afin que les nouvelles connaissances puissent être attachées à celles antérieures.

Conceptions erronées susceptibles d’être causées par le langage (ambigu) probabiliste des tests statistiques

13Une littérature abondante de travaux de recherches considère que les étudiants se réfèrent à plusieurs conceptions erronées relativement aux tests statistiques (El M’hamedi, 2019b). Nous présenterons, dans ce qui suit, quelques-unes de ces conceptions, susceptibles d’être causées par ce langage probabiliste (ambigu), objet de ce travail.

Conceptions des tests statistiques comme générateur de probabilités conditionnelles d’hypothèses sachant des données : (P(H|𝔇))

14Contrairement à ce que croient certains chercheurs, la probabilité conditionnelle (P(𝔇|H)) obtenue à partir de l’application d’un test statistique n’est pas égale à (P(H|𝔇)) relevant de la statistique bayésienne. Notons que la théorie des tests de signification de Fisher et celle des tests de décision de Neyman-Pearson appartiennent toutes les deux à l’allégeance fréquentiste, par opposition à la statistique bayésienne. Cette dernière découle des travaux de Bayes (1702-1761) et se distingue des théories précédentes en ce qu’elle vise à établir le degré de certitude relativement à une hypothèse statistique sur la base des données construites. Il s’agit donc de P(H|𝔇), soit la probabilité de réalisation de l’hypothèse H conditionnelle à l’observation des données 𝔇. Cette probabilité mesure le degré de certitude envers la vraisemblance de l’hypothèse et non de la probabilité que l’hypothèse soit effectivement vraie (Bourque et al., 2009). Or, le calcul de cette vraisemblance requiert notamment du chercheur qu’il attribue une probabilité a priori (ou initiale) à la véracité de l’hypothèse, ce qui devient subjectif dans la mesure où cette probabilité théorique est généralement inconnue. Ce procédé devient d’autant plus subjectif que l’ignorance du chercheur quant au phénomène étudié est grande. De plus, puisque plusieurs chercheurs pourraient attribuer des probabilités a priori différentes à une même hypothèse, le procédé risque de refléter davantage les opinions du chercheur que la réalité (Blais, 1991 ; Chow, 1996).

15Une telle conception erronée était soulevée à plusieurs reprises par Bolles (1962), Bakan (1966), DeGroot (1973), Kahneman et Tversky (1973), Birnbaum (1982), Oakes (1986), Berger et Sellke (1987), Cohen (1990, 1994), Frick (1996), Falk (1998), etc. D’une manière générale, la tendance à considérer ces deux probabilités conditionnelles comme égales, présente une ressemblance avec l’erreur éventuellement commise en logique conditionnelle, selon laquelle la proposition : « si P alors Q », est faussement jugée équivalente à celle : « si Q alors P » (Henle, 1962 ; Revlis, 1975). Comme conséquences de cette conception erronée, nous pouvons dégager, entre autres les trois types d’erreurs présentées ci-après, qui sont éventuellement commises par de nombreux étudiants, chercheurs et utilisateurs des tests statistiques de tout âge et de tout niveau d’expertise. Notons au passage que la probabilité P(F|G) est égale à (P(G|F).P(F))/P(G), et que l’égalité entre P(F|G) et la probabilité inverse P(G|F) supposerait que P(F) soit égale à P(G).

  • La p-valeur (P(D⩾D0|H0)) dans le cas des tests de signification de Fisher et la probabilité de la région critique (RC) en supposant que l’hypothèse H0 est vraie (P(RC|H0)) dans le cas des tests d’hypothèse de Neyman-Pearson, sont respectivement égales à P(H0|D0) et P(H0|RC). Cette erreur était dénoncée par certains auteurs et chercheurs, et elle a pris plusieurs appellations : « the inverse probability error » (Cohen, 1994), « the Bayesian Id’s wishful thinking error » (Gigerenzer, 1993), etc.

  • Les probabilités P(D⩾D0|H0) et P(RC|H0) sont respectivement égales aux probabilités P(I) et P(I’), où I et I’ sont des événements conditionnels respectivement et indirectement équivalents à (H0|D0) et (H0|RC). L’événement I : « Le résultat est dû au seul hasard » et l’événement I’ : « La décision est due au seul hasard » sont des exemples courants qui traduisent cette erreur. Cette croyance erronée est souvent appelée : « the odds-against-chance fantasy » (Carver, 1978).

  • La p-valeur (P(D⩾D0|H0)) dans le cas des tests de signification de Fisher et la probabilité de la région d’acceptation (RA) de H0 en supposant que l’hypothèse H1 est vraie (P(RA|H1)) dans le cas des tests d’hypothèse de Neyman-Pearson, sont respectivement égales au complément à 1 de P(H1|D0) et de P(H1|RA). De même, cette idée erronée est usuellement nommée : « the validity fallacy » ou « the valid research hypothesis fantasy » (Carver, 1978).

16Le tableau 1 présente des désignations et des définitions des différentes probabilités conditionnelles impliquées dans la procédure des tests d’hypothèse, et dont quelques-unes sont indiquées dans les trois types d’erreurs indiqués ci-dessus.

Tableau 1. Probabilités impliquées en procédure des tests d’hypothèse (de Neyman-Pearson)

« Situation de nature inconnue »

H0 vraie / H1 fausse

H1 vraie / H0 fausse

Décision du chercheur

Rejeter H0 Conserver H1

Prob (Rejeter H0 alors que H0 vraie) = α

(Risque de 1re espèce)

Prob (Conserver H1 alors que H1 vraie) = 1-β

(Correcte)

Rejeter H1 Conserver H0

Prob (Conserver H0 alors que H0 vraie) = 1-α

(Correcte)

Prob (Rejeter H1 alors que H1 vraie) = β

(Risque de 2e espèce)

17De plus, les chercheurs, qui commettent l’erreur de type « validity fallacy », interprètent aussi la taille d’une p-valeur comme reflétant le degré de validité de l’hypothèse alternative H1, c’est-à-dire : plus une p-valeur est petite, plus H1 est valide. Cette technique d’utiliser une p-valeur comme une « mesure » de la signification des résultats était dénoncée par Bakan (1966). Une p-valeur ne dit rien à propos de la signification. Son rôle dans une procédure de tests de signification est limité soit à rejeter l’hypothèse nulle H0 ou à échouer à son rejet. Elle ne dit rien à propos de l’hypothèse alternative H1 (Carver, 1978). Une p-valeur est, d’abord, une fonction de la taille de l’effet réel, des fluctuations d’échantillonnages et des erreurs de mesures expérimentales (Carver, 1993). Par conséquent, les différences de tailles triviales peuvent être jugées statistiquement significatives lorsque cette erreur est petite (due à une grande taille de l’échantillon et/ou une grande taille de l’effet). Pourtant, le test de signification ne permet pas de déterminer quelle partie des différences significatives est due à la taille de l’effet réel et quelle autre partie est due aux fluctuations d’échantillonnages et aux erreurs de mesures expérimentales.

18Carver (1978) et Thompson (1993), parmi d’autres, ont ainsi indiqué que les utilisateurs des tests de signification interprètent souvent, d’une manière erronée, une p-valeur comme une mesure de grandeur d’effet. Ceci est établi par les expressions suivantes, couramment utilisées en statistique : « résultat significatif », « résultat hautement significatif » et « résultat très hautement significatif » (Carver, 1978).

Conceptions des tests statistiques comme générateur de probabilités de données non conditionnelles à « H0 est vraie » : (P(𝔇’|𝔇))

19Souvent, une signification statistique est considérée, sur la base d’un raisonnement erroné, comme une justification de la réplicabilité (ou de la fiabilité) du résultat ou de la décision obtenus à partir d’une expérimentation. En d’autres termes, une p-valeur faible (ou l’appartenance des données construites à la région critique) implique une solide vraisemblance que le même résultat ou la même décision pourraient être obtenus si l’expérimentation devait être répliquée (Melton, 1962 ; Coleman, 1964 ; Bakan, 1966 ; Levy, 1967 ; Lykken, 1968 ; Evans, 1985 ; Reaves, 1992 ; Shaughnessy et Zechmeister, 1994 ; Harris, 1997). Plus précisément, Nunnally (1975), par exemple, considère que le complément à 1 de la p-valeur est égal à la probabilité exacte de réplication. En termes formels, la probabilité P(D⩾D0|H0) est confondue avec (1-P(R|D0)), où D0 désigne les données construites dans l’expérimentation initiale et R celles construites dans la réplication. En fait, P(D⩾D0|H0) pourra être confondue avec (1-P(R|D0)) si l’on considère a priori : « H0 est vraie ». En d’autres termes, ce qu’un résultat statistiquement significatif signifie doit inclure la phrase conditionnelle « … en supposant que H0 est vraie » ou une expression équivalente (Gigerenzer et al., 2004).

20Notons au passage que pour juger sur le degré de réplicabilité d’un résultat ou d’une décision, il est indispensable que dans l’expérimentation initiale et dans la réplication, on devra se baser sur un même plan expérimental de construction des données, en utilisant les mêmes variables expliquées et explicatives, les mêmes tailles d’échantillons sélectionnés de la même façon à partir des mêmes populations. Bref, l’expérimentation initiale et la réplication ne devraient différer que par les variations aléatoires, dues aux fluctuations d’échantillonnages et aux erreurs de mesures expérimentales.

21Néanmoins, la logique des tests de signification n’est pas un moyen approprié pour évaluer la réplicabilité des résultats (Carver, 1978). Thompson (1993) a fourni des procédures qui peuvent permettre une estimation de la réplicabilité. Ces procédures, telles que les méthodes Cross validation, Jackknife, Bootstrap, etc., impliquent, toutes, des logiques de division d’échantillon et tiennent compte du calcul des estimateurs statistiques à travers des configurations multiples du même échantillon. Même si ces méthodes sont biaisées à un certain degré, elles représentent une meilleure alternative pour vérifier la réplication d’une étude donnée (Daniel, 1992).

Conceptions relatives au concept de niveau de signification

22Le concept de niveau de signification joue un rôle important, sinon essentiel et même fondamental, dans la mise en œuvre des procédures sous-jacentes à la théorie des tests de signification de Fisher et à celle de Neyman-Pearson. Cependant, il a historiquement connu les trois significations suivantes : (a) le niveau standard de signification, un standard conventionnel pour tous les chercheurs (Fisher dans un premier temps), (b) le niveau de signification exact ou tout simplement la p-valeur, une communication aux collègues chercheurs, déterminée après l’élaboration de l’expérimentation ayant fondé les données construites (Fisher dans un second temps), et (c) le niveau alpha, ou probabilité qui peut être estimée (en un certain sens) par une fréquence relative des erreurs de 1re espèce à long terme, étant fixé en utilisant les considérations coût-bénéfice avant l’élaboration de l’expérimentation (Neyman-Pearson). Nous faisons remarquer que, bien que Fisher ait changé de conception concernant le niveau de signification en passant de (a) en 1935 à (b) en 1956 en rejetant ainsi la responsabilité de la formulation de la conclusion (rejeter H0 ou échouer à rejeter H0) d’un test de signification sur les collègues chercheurs ou sur le lecteur, nous pensons que ce passage n’ait pas apporté de nouveauté. En effet, le choix de la valeur prise pour le niveau de signification qui est explicite dans la conception (a), est seulement devenu implicite dans la conception (b) du fait que nous n’imaginons pas la formulation d’un jugement sur l’ordre de grandeur de la p-valeur, pour pouvoir conclure, sans la comparer à une valeur seuil.

23Ainsi, la littérature statistique considère que les conceptions erronées en relation avec les tests statistiques, ont principalement comme origine une mauvaise compréhension du niveau de signification. Il est révélé, dans ce sens, que ce concept est fréquemment mal interprété (El M’hamedi, 2021b). En effet, il est souvent considéré comme la probabilité que l’hypothèse nulle soit vraie sachant qu’elle est rejetée, alors que le niveau de signification représente en réalité : « la probabilité de rejeter l’hypothèse nulle en supposant qu’elle est vraie ». Les valeurs prises par ces deux probabilités conditionnelles sont différentes. En effet, Birnbaum considère que les étudiants trouvent raisonnable la définition erronée suivante :

A level of significance of 5 % means that, on average, 5 out of every 100 times we reject the null hypothesis, we will be wrong. (Birnbaum, 1982, p. 24.)

24Des résultats similaires sont décrits à travers des études exploratoires menées auprès d’étudiants et de chercheurs expérimentés, par Falk (1986), Pollard et Richardson (1987), Vallecillos (1994), Haller et Krauss (2002).

Étude exploratoire des conceptions auprès des étudiants

25Nous détaillerons, dans ce qui suit, les étapes fondamentales sur lesquelles nous nous sommes basés pour mettre en place la partie expérimentale de ce travail.

Objectif de l’étude et construction des données par enquête par questionnaire

26La portée des conclusions dégagées à la lumière de l’analyse concernant les différents facteurs contribuant aux difficultés de compréhension des tests statistiques, bien qu’elle soit fondée sur la revue de plusieurs travaux didactiques antérieurs, ne pourra que gagner en pertinence si elle est accompagnée d’observations effectives auprès des étudiants. Nous avons donc conduit à la fin du deuxième semestre de l’année scolaire 2017/2018 une expérimentation auprès de 195 étudiants issus de huit universités marocaines, qui poursuivent leurs études en année de licences scientifiques (Mathématiques, Physique, Chimie, Génie électrique, Informatique, Enseignement) et économiques. Ces participants, âgés entre 22 ans et 25 ans, dont 95 sont de sexe féminin et 100 de sexe masculin, sont titulaires de baccalauréats de cinq types, à savoir : les Mathématiques, la Physique-Chimie, la Vie et la Terre, les Sciences Techniques et l’Économie. À cela s’ajoute le fait que tous ces participants avaient suivi au moins une fois un cours sur la probabilité, d’une manière globale, et la probabilité conditionnelle, d’une manière particulière, étant donné que ce type de cours est indispensable pour passer l’examen d’obtention d’un baccalauréat scientifique ou économique. Signalons que les cours sur les probabilités, destinés aux élèves marocains dans les cycles d’enseignement qui précèdent l’entrée à l’université, ne sont programmés qu’en dernier niveau scolaire (i.e., l’année de préparation du diplôme du baccalauréat). Les éléments essentiels de ces cours relativement aux disciplines scientifiques, se focalisent, entre autres sur l’enseignement des notions suivantes : l’expérience aléatoire, l’ensemble fondamental, l’espace probabilisé, les variables aléatoires discrètes, les fonctions de répartition, les lois de probabilités (en insistant sur la loi binomiale), l’espérance, la variance, l’écart-type, les probabilités conditionnelles et conjointes, etc. Ajoutons que 57 % des participants à cette expérimentation avaient suivi un cours sur les tests statistiques pendant leurs séjours à l’université. Nous visons par cette distinction relative à l’antériorité de connaissances des répondants en procédures de tests statistiques, la mise en œuvre, à travers la présente recherche, de l’existence ou non de différences, relativement aux types de réponses aux différents items du questionnaire, entre le groupe de répondants ayant suivi un tel cours et celui des répondants qui n’en ayant jamais suivi. Très particulièrement, si cette existence n’est pas observée, ceci pourra être considéré comme un indicateur de poids qui permettra de conclure que c’est le langage probabiliste proprement dit qui pose des difficultés de compréhension, et non les éventuels effets négatifs causés par d’autres facteurs impliquant un enseignement inadéquat de la pratique des tests statistiques.

27Notons au passage que le choix de ce type d’échantillons d’étudiants dans ce travail, est basé sur plusieurs raisons dont nous pouvons citer à titre d’exemples :

  • le fait que ces étudiants ont suivi une formation scientifique durant leurs séjours à l’université et aux études au cycle du secondaire. C’est pour cela qu’il est fort probable que leurs conceptions relatives à ce qu’ils apprennent à l’école aient un caractère absolu, voire non relatif ;

  • ce sont les étudiants les plus qualifiés à rencontrer des difficultés ayant pour origine le facteur vocabulaire. En effet, plusieurs problématiques peuvent être mises en œuvre à cause de la traduction des concepts scientifiques, relevant de la langue arabe, à une autre langue étrangère ; étant donné qu’au Maroc, l’enseignement des disciplines scientifiques et techniques se fait en langue arabe jusqu’au baccalauréat, mais en langue française à l’université.

  • 3 Nous désignons par “bayésianisme” indirect (usuel), un courant de pensée qui, contrairement aux tes (...)

28Ainsi, à ces participants, nous avons administré, pendant une durée d’une demi-heure, le questionnaire présenté en annexe 1, construit sur la base d’une situation relevant de la vie de tous les jours (voir encadré). De manière assez particulière, cette situation est une mise en pratique des tests d’hypothèse où le langage que nous allons mettre en œuvre concerne les concepts suivants : “le bayésianisme” indirect (usuel)3, la puissance statistique, le niveau de signification, la réplication et le risque de 1re espèce. Le questionnaire est composé de cinq items (à choix double ou triple) à propos du facteur de langage (ambigu) probabiliste. Ces items tournent autour des différentes significations des termes ou des expressions en relation avec la situation déjà citée. Les modalités de chaque item sont certaines significations possibles (justes ou fausses) qu’on pourrait imaginer. Ces modalités sont éventuellement de trois types : (a) juste, (b) induisant implicitement ou explicitement l’erreur commise en procédure des tests de décision, et (c) induisant un autre type d’erreur. Nous avons préconisé aux participants de lire attentivement chaque item avant de choisir la modalité qui leur semble la plus convenable, puis de justifier brièvement sans faire de calcul chacune des réponses. Enfin, nous leur avons aussi indiqué qu’ils pouvaient répondre de manière indépendante aux différents items du questionnaire. Il est important d’insister sur le fait que nous n’avons pas communiqué aux participants l’objectif du questionnaire. Toutefois, ce dernier est construit de telle sorte que les expressions dont nous nous questionnons sur leurs équivalents probabilistes, ne semblent pas relevant du langage habituellement utilisé en procédure des tests de décision.

Présentation et analyse a priori du questionnaire

29Avant de procéder à l’analyse proprement dite des productions des participants à cette expérimentation, nous allons consacrer la présente section à l’analyse a priori du questionnaire formé de cinq items étiquetés de A à E, et ce, afin de mieux cerner l’interprétation statistique des réponses des répondants. Pour chaque item du questionnaire, la modalité considérée comme correcte, selon la logique des tests de décision, est celle présentée cochée.

30Vu la nature de l’objectif fixé par cette présente recherche, qui vise, en quelque sorte, l’exploration de l’impact du langage (ambigu) probabiliste sur la signification qu’on pourrait éventuellement donner aux concepts utilisés par la procédure des tests de décision, la présente analyse se focalisera, surtout, sur les deux éléments essentiels suivants : (a) la justification scientifique proprement dite de la fausseté ou de la véracité de chaque modalité, en la liant éventuellement aux erreurs ou aux conceptions erronées usuelles relativement aux tests de décision, et ce, étant donné que ce présent travail s’adresse aux utilisateurs expérimentés et potentiels de cet outil statistique ; (b) la justification de la formulation par laquelle chaque item est construit et le terme (ou les termes) polysémique utilisé dans cette construction forçant un répondant qui n’a jamais suivi de cours sur les tests statistiques (ou même celui qui en avait suivi) à établir une correspondance inadéquate avec le terme ou l’expression, objet de la situation.

31Notons au passage que la mise en place d’un tel questionnaire sous sa forme définitive, est faite à travers l’accomplissement des deux tâches essentielles présentées ci-dessous, qui lui a donné sa légitimité pour être utilisé par cette recherche :

  • garantir la validité de cet instrument de mesure, en l’ayant présenté à 10 experts dans le domaine de l’enseignement de la statistique. Ainsi, nous avons demandé à ces experts de donner leurs remarques et leurs suggestions concernant les éléments du questionnaire, et ce, dans l’objectif est de s’assurer de sa validité globale relativement à : (a) la formulation linguistique des items, (b) la correspondance entre les items et les objectifs de la recherche, et (c) l’ajout ou la suppression de ce qu’ils considèrent convenable ;

    • 4 C’est un indicateur qui sert à mesurer la cohérence interne (ou la fiabilité) des questions posées (...)

    garantir la fiabilité des différents items de cet instrument de mesure en l’administrant pour une première fois à un échantillon exploratoire d’étudiants. À partir des résultats obtenus, nous avons calculé la valeur du coefficient Alpha de Cronbach4 que nous avons trouvée égale à 0,84 (valeur considérée acceptable).

Éléments de la situation du test de décision, retenue dans le questionnaire

On désigne par D0 l’ensemble des données issues d’une enquête policière donnée, qu’on a pu construire de manière aussi adéquate que possible, et qui, a priori, sont en faveur d’accuser le prévenu X comme étant coupable. Ces données sont présentées au juge qui a décidé la culpabilité de ce prévenu.

32Les éléments de cette situation s’inscrivent dans le cadre d’une situation de test d’hypothèse (ou de décision) de Neyman-Pearson. Ainsi, on a contrasté les deux hypothèses H0 et H1 qui sont respectivement les modélisations des hypothèses juridiques : « Le prévenu X est innocent » et « Le prévenu X est coupable ». Puis, les données D0 sont construites. La décision à laquelle on a abouti dans cette situation est : « rejeter H0 ».

33D’un côté, les expressions par lesquelles les différents items du questionnaire sont formulés, sont ouvertes à des interprétations erronées. Elles sont usuelles dans le langage adopté par la procédure des tests de décision. Chaque item suscite un concept habituellement utilisé dans le cadre de cet outil statistique. De plus, bien que chacun de ces items nécessite la mise en œuvre d’une probabilité conditionnelle, il n’est pas explicitement formulé de manière conditionnelle en utilisant, par exemple, des expressions comme : « sachant que », « en supposant que », « alors que », « étant donné que », etc., comme il est souvent le cas. Le tableau 2 fournit certaines caractéristiques des différentes probabilités conditionnelles mises en jeu par les items du questionnaire.

Tableau 2. Légitimités des probabilités conditionnelles mises en jeu par les items du questionnaire

Probabilités conditionnelles mises en jeu

Légitimités dans le cadre des tests de décision

Items concernés

P(H|𝔇)

Non autorisée

A

P(𝔇’|𝔇)

sans la condition : « … en supposant que H0 est vraie »

Non autorisée

D

P(𝔇|H)

Autorisée

B et E

P(𝔇|H) et P(H|𝔇)

La première est autorisée, mais la seconde ne l’est pas

C

34D’un autre côté, toutes les modalités des différents items sont explicitement exprimées conjointement ou conditionnellement, en utilisant respectivement le terme de conjointement « et » ou l’expression de type conditionnel « sachant que ». Signalons que les expressions par lesquelles les items et leurs modalités sont construits, explicitent, chacune, deux événements appartenant à l’ensemble : {D0, RC, RA, H0, H1}. Ces items impliquent, toutes, des probabilités conditionnelles selon une conception chronologiste. Notons au passage que Gras et Totohasina (1995) ont repéré d’autres types de conceptions, dont la prise en considération dépasserait le cadre de cet article, aussi nous nous en tiendrons là à son propos. Nous signalons également que les items sont conçus de telle sorte que le répondant ne connaisse pas facilement que c’est une probabilité conjointe – ou bien, au contraire, une probabilité conditionnelle – qui est mise en jeu. De même, si l’on admettait qu’un participant était conscient qu’il s’agit, dans un item donné, d’une probabilité conditionnelle, il serait difficile pour lui, dans un premier temps, de définir, de manière explicite, le couple d’événements explicité par cette probabilité et, dans un deuxième temps, de distinguer l’événement conditionné de celui conditionnant.

Item A et réponses attendues

A. À votre avis, « La probabilité que la décision prise par le juge soit due au seul hasard » est la même que :

 a. « La probabilité que le prévenu X soit innocent sachant que le juge décide sa culpabilité ».

⭘ b. « La probabilité que le juge décide la culpabilité du prévenu X sachant qu’il est innocent ».

⭘ c. « La probabilité que le prévenu X soit innocent et que le juge décide sa culpabilité ».

35Cet item est implicitement exprimé à l’aide de probabilité conditionnelle ne permettant pas aux participants de saisir facilement lequel des trois événements : (H0|𝔇), (𝔇|H0) ou (𝔇∩H0), impliqués par les différentes modalités, est mis en avant.

36Il est à signaler que l’un des rôles d’un test statistique, habituellement déclaré aux étudiants lors de l’enseignement d’un cours sur cet outil de l’inférence statistique, est : « connaitre la probabilité que le résultat soit dû au seul hasard », qui est, en quelque sorte, équivalent à la connaissance de la probabilité impliquée par cet item. De plus, le terme « résultat » indiqué dans un tel rôle, prend une double signification accentuant l’amalgame des tests statistiques exposé en l’introduction de ce travail, à savoir « les données construites D0 » et « la décision de rejet de H0 ».

37Toutefois, ce n’est pas pour un tel rôle qu’un test statistique est conçu, du fait que « la probabilité que le résultat soit dû au seul hasard » n’est autre que « la probabilité de réalisation de H0 sachant les données 𝔇 » (P(H0|𝔇)), que les tests statistiques ne puissent générer (Poitevineau, 1998, p. 39). La probabilité conditionnelle indiquée dans la modalité (a) de cet item est égale à la probabilité P(H0|𝔇), tandis que celles mentionnées dans les modalités (b) et (c) sont respectivement équivalentes aux probabilités P(𝔇|H0) et P(𝔇∩H0).

Item B et réponses attendues

B. Selon vous, l’argumentation : « La probabilité que le juge décide correctement la culpabilité du prévenu X » est la même que l’argumentation :

 a. « La probabilité que le juge décide la culpabilité du prévenu X sachant qu’il est coupable ».

⭘ b. « La probabilité que le prévenu X soit coupable et que le juge décide sa culpabilité ».

⭘ c. « La probabilité que le prévenu X soit coupable sachant que le juge décide sa culpabilité ».

38« La probabilité de rejeter correctement l’hypothèse H0 » est la définition usuelle donnée par la théorie des tests d’hypothèse au concept de puissance statistique. Elle est équivalente, dans le cas de la présente situation, à « la probabilité que le juge décide correctement la culpabilité du prévenu X ». Cette définition désigne : « la probabilité de rejeter l’hypothèse H0 sachant qu’elle est fausse » (P(𝔇|H1)). Une telle probabilité est la même que celle indiquée dans la modalité (a) de cet item. Cependant, la façon d’exprimer cet item ainsi que les modalités correspondantes, met en question une autre fois le problème du choix adéquat d’événements qui sont mis en œuvre dans les différentes probabilités signalées. En effet, la probabilité impliquée dans cette définition semble non conditionnelle. Ce qui pourrait conduire le répondant à croire, à tort, qu’il s’agit soit de la probabilité conjointe (non conditionnelle) de réalisation des deux événements : « l’hypothèse H0 est fausse » et « on rejette l’hypothèse H0 » (P(𝔇∩H1)), comme c’est le cas pour la modalité (b) ; soit de la probabilité de réalisation de H1 sachant qu’on a décidé de l’accepter (P(H1|𝔇)), comme c’est le cas pour la modalité (c). Notons au passage que, d’une manière générale, la probabilité P(F|G) est égale à P(F∩G)/P(G), et que l’égalité entre P(F|G) et P(F∩G) supposerait que G soit un événement certain.

Item C et réponses attendues

C. Les deux argumentations (1) et (2) suivantes sont-elles équivalentes ? :

⭘ Oui

 Non

(1) « En moyenne, 5 fois parmi toutes les 100 fois que ce juge rejette l’innocence d’un prévenu, il se trompera ».

(2) « En moyenne, 5 fois parmi 100 qu’un prévenu est innocent, ce juge le déclarera coupable ».

39Cet item, déjà étudié par Birnbaum (1982), est une autre occasion de mettre le répondant à l’épreuve, pour tester si le langage (ambigu) probabiliste pourrait le conduire à commettre l’erreur suivante : « les deux probabilités conditionnelles, P(𝔇|H0) et P(H0|𝔇), sont égales ». Les deux argumentations (1) et (2) sont différentes. En effet, la première est valide dans le cadre de la théorie des tests d’hypothèse. Elle exprime l’interprétation donnée au concept de niveau de signification de valeur égale à 5 %, et ce, selon une interprétation fréquentiste radicale adoptée par cette théorie, sur laquelle nous nous sommes basés dans cette situation. Elle est équivalente au fait que la probabilité conditionnelle P(𝔇|H0) soit égale à 0,05, où 𝔇 est l’événement « rejeter l’innocence d’un prévenu » (i.e., rejeter H0), et H0 est l’événement : « un prévenu est innocent » (i.e., « H0 est vraie »). En revanche, la deuxième argumentation est invalide dans le cadre de la théorie des tests d’hypothèse. Elle est, en quelque sorte, équivalente au fait que la probabilité conditionnelle P(H0|𝔇) soit égale à 0,05. 

Item D et réponses attendues

D. En se basant sur les données D0, le juge est convaincu de la culpabilité du prévenu X. Néanmoins, pour pouvoir mieux s’en assurer et afin de prendre une décision définitive, il a mis de côté les données D0, et il a lancé, en parallèle, une nouvelle enquête indépendante de la première. Cette enquête a donné lieu à d’autres données R.

À votre avis, « La probabilité que ces nouvelles données R permettent au juge de reprendre la même décision », est la même que :

⭘ a. « La probabilité de décider l’innocence du prévenu X sachant qu’il est innocent ».

 b. « La probabilité de décider la culpabilité du prévenu X sachant qu’on avait décidé qu’il est coupable ».

⭘ c. « La probabilité que le prévenu X soit coupable sachant qu’on avait décidé qu’il est coupable ».

40Pareillement, cet item et les modalités qui en découlent sont tous exprimés, de manière implicite ou explicite, à l’aide de probabilités conditionnelles ne permettant pas aux participants de choisir facilement lequel des trois événements conditionnels, (H|𝔇), (𝔇|H) ou (𝔇’|𝔇), est mis en avant. Ces probabilités (conditionnelles) sont usuelles dans le langage des tests statistiques. La connaissance de la probabilité que le résultat soit répliqué, équivalente à la connaissance de la probabilité impliquée par cet item, est l’un des plusieurs rôles d’un test statistique, habituellement déclarés, de manière erronée, aux étudiants lors de la présentation d’un cours sur cet outil statistique. Il est clair que ce n’est pas en vue d’un tel rôle qu’un test statistique est conçu, du fait que « la probabilité que le résultat soit répliqué » n’est autre que « la probabilité de données 𝔇’ sachant d’autres données 𝔇 » (P(𝔇’|𝔇)), que les tests statistiques ne peuvent générer. En effet, toute présentation des résultats d’un test statistique, doit être formulée sous la condition : « … en supposant que H0 est vraie », et non « … en supposant que les données construites sont 𝔇 » (Haller et Krauss, 2002 ; El M’hamedi, 2019a). La probabilité conditionnelle mise en œuvre par la modalité (b) de cet item, est équivalente à la probabilité P(𝔇’|𝔇) ; tandis que celles explicitées par les modalités (a) et (c), sont respectivement équivalentes à la probabilité P(𝔇|H0) et à la probabilité P(H1|𝔇).

Item E et réponses attendues

E. À votre avis, l’argumentation : « La probabilité que le juge décide incorrectement la culpabilité du prévenu X » est la même que l’argumentation :

⭘ a. « La probabilité que le prévenu X soit coupable et que le juge décide son innocence ».

⭘ b. « La probabilité que le prévenu X soit innocent sachant que le juge décide sa culpabilité ».

 c. « La probabilité que le juge décide la culpabilité du prévenu X sachant qu’il est innocent ».

41« La probabilité de rejeter incorrectement l’hypothèse H0 » est la définition usuelle donnée, dans la théorie des tests d’hypothèse, au concept de risque de 1re espèce. Elle est équivalente, dans le cas de la présente situation, à « la probabilité que le juge décide incorrectement la culpabilité du prévenu X ». Cette définition désigne exactement la probabilité de rejeter l’hypothèse H0 sachant qu’elle est vraie (P(𝔇|H0)). Une telle probabilité est la même que celle indiquée dans la modalité (c) de cet item. Cependant, la façon d’exprimer cet item ainsi que les modalités correspondantes, met en question une autre fois le problème du choix adéquat des événements mis en œuvre dans les différentes probabilités signalées. En effet, la probabilité impliquée dans cette définition, semble non conditionnelle. Ce qui pourrait conduire le répondant à croire, à tort, qu’il s’agit soit de la probabilité conjointe de réalisation des deux événements : « l’hypothèse H0 est vraie » et « on rejette l’hypothèse H0 » (P(𝔇∩H0)), comme c’est le cas pour la modalité (a) ; soit de la probabilité conditionnelle inverse (P(H0|𝔇)), comme c’est le cas pour la modalité (b).

42Nous présentons en annexe 2, un tableau récapitulatif des éléments caractéristiques des différents items et de leurs modalités correspondantes, en mettant en avant les événements 𝔇 (ou éventuellement 𝔇’) et H impliqués, ainsi que les probabilités conditionnelles ou conjointes mises en œuvre. Nous rappelons que le langage (ambigu) selon lequel les items sont exprimés, pourrait éventuellement être la cause principale, d’une part, de la méconnaissance, par les répondants au questionnaire, qu’il s’agit d’une probabilité conditionnelle et, d’autre part, de la confusion susceptible d’être accentuée, non seulement entre l’événement relatif aux données 𝔇 et celui relatif aux hypothèses H, mais aussi entre l’événement conditionné et celui conditionnant de la probabilité conditionnelle impliquée.

43Grosso modo, nous pouvons déduire à partir de cette analyse a priori du questionnaire, quatre éléments essentiels. Ces derniers vont nous servir lors de la mise en place de la partie relative à l’analyse des réponses des participants, que nous allons aborder dans les sections de ce travail, consacrées à cet effet.

44Le premier élément traduit le fait que les probabilités explicitées par les différents items et modalités du questionnaire, sont de deux types : soit conditionnelles (P(F|G)) ou conjointes (P(F∩G)), où F et G sont des événements relatifs aux données 𝔇 ou aux hypothèses H. De manière plus précise, 𝔇 ne peut être, dans le cas étudié ici, que des données construites (D0), la région critique (RC) du test d’hypothèse ou sa région d’acceptation (RA) ; alors que H n’est autre que l’une des deux hypothèses statistiques : H0 ou H1. Le deuxième élément indique que la situation retenue dans le questionnaire, relève du paradigme des tests d’hypothèse de Neyman-Pearson et que, dans le cadre de ce dernier, les seules probabilités (conditionnelles) autorisées sont de type : P(𝔇|H). Notons au passage qu’en procédure des tests d’hypothèse, l’expression du résultat en fonction de la probabilité conditionnelle (P(𝔇|H0)), explicite deux conditions importantes : la première est que seules les argumentations basées sur la probabilité d’obtention des données – et non sur la probabilité de réalisation des hypothèses – sont prises en considération ; la deuxième est que l’hypothèse statistique H0 doit être considérée temporairement comme un fait donné (Zaki et El M’hamedi, 2009). Cette dernière condition implique, en particulier, que toute probabilité associée à un test de décision doit être formulée sous l’hypothèse d’acceptation de ce fait, c’est-à-dire : « … en supposant que H0 est vraie ». Comme conséquence de ceci, sans la réalisation de ce fait, les probabilités conditionnelles P(𝔇’|𝔇), où 𝔇’ est un autre événement relatif aux données, qui est différent de 𝔇, n’auront pas de sens dans le cadre du paradigme des tests d’hypothèse. Le troisième élément met en évidence le fait que les probabilités conditionnelles inverses (P(H|𝔇)) relevant de la statistique bayésienne, n’ont pas de sens dans le cadre du paradigme des tests d’hypothèse qui fait partie du courant (de pensée) fréquentiste radical ; ou à la rigueur ces probabilités ne sont égales qu’à 0 ou 1, et ce, selon que l’hypothèse H est fausse ou vraie. Le quatrième élément avance que, dans la situation retenue par le questionnaire, les différents événements impliqués par les probabilités (conditionnelles ou conjointes) sous-jacentes aux items et aux modalités, sont les suivants : H0 : « Le prévenu X est innocent », H1 : « Le prévenu X est coupable », D0 : « On a construit les données D0 », (RC) : « L’innocence de X est rejetée », (RA) : « La culpabilité de X est rejetée ». Cependant, contrairement aux différentes modalités, la façon selon laquelle les items sont construits, ne permet pas aux répondants de déduire facilement ces événements. À cela s’ajoute le fait que la relation conditionnelle entre deux événements, explicitée par un item donné, n’est pas formulée de manière explicite et usuelle. En effet, elle n’est pas présentée à ces répondants à l’aide d’expressions habituelles, traduisant ce type de relation, telles que : « … sachant que » ou un équivalent, comme c’est souvent le cas dans un cours sur les probabilités conditionnelles. Par conséquent, ceci permettrait la génération d’une certaine ambiguïté linguistique, pouvant conduire à des échecs éventuels en termes d’interprétation des différentes probabilités mises en œuvre.

45Notons que la mesure du degré de réussite ou d’échec à chaque item du questionnaire pourra être évaluée par la capacité de mettre en œuvre les trois composantes usuelles caractérisant la probabilité conditionnelle (P(F|G)), induite par l’expression à travers laquelle cet item est formulé. Ces composantes sont classées, selon l’ordre de gravité d’appréhension d’une probabilité conditionnelle, de la façon suivante : (1) « la relation conditionnelle », (2) « le couple d’événements impliqués » et (3) « la distinction entre l’événement conditionné et celui conditionnant ». Le choix de ce classement est justifié par le fait que ces composantes sont emboîtées, dans la mesure où pour un item quelconque, on ne pourra parler de la maîtrise d’une composante donnée que lorsque la composante antérieure était bien identifiée. En effet, nous n’imaginons pas la réussite au repérage du couple d’événement (F,G) sans savoir déjà qu’il s’agit d’une probabilité conditionnelle et non d’une probabilité conjointe. Pareillement, il n’est pas beaucoup utile d’évaluer le degré de réussite à la distinction de l’événement conditionné de celui conditionnant sans s’assurer déjà de la réussite à bien repérer que c’est une probabilité conditionnelle qui est mise en jeu, et de dégager le couple d’événements (F,G) impliqués. De plus, en procédure de tests de décision, ce sont les probabilités conditionnelles qui sont mises en jeu et non celles conjointes. Donc, si le répondant n’est pas conscient de cette connaissance triviale, il sera inutile d’évaluer le degré de son appropriation des autres aspects de compréhension de cet outil statistique, puisque c’est le minimum qu’il faut maîtriser, dans ce sens. Il reste à signaler que, vu la nature des modalités de l’item C (respectivement l’item D), seule la dernière composante (respectivement la deuxième et la dernière composante) pourra être évaluée du fait que la nature des expressions à travers lesquelles telles modalités sont formulées ne nécessite pas la maîtrise des autres composantes pour pouvoir les choisir ou les écarter par les participants à l’expérimentation.

46De plus, l’échec à la mise en place d’une composante donnée, est engendré par un ensemble d’erreurs susceptibles d’être commises par les participants. Nous faisons remarquer que ces erreurs correspondent aux différentes modalités d’échec du questionnaire. Elles seraient dues aux interprétations inadéquates que les répondants donneraient aux expressions probabilistes à travers lesquelles les items sont formulés. Nous ajoutons que ces erreurs sont différentes, relativement aux conséquences néfastes qu’elles pourraient générer pour l’apprentissage des tests de décision, dans la mesure où pour un item donné, celles relatives à une composante donnée sont plus problématiques et plus graves que celles qui concernent la composante suivante.

47Le tableau 3 fournit les correspondances existantes entre les trois éléments suivants : (a) les diverses manières selon lesquelles les composantes des différents items sont explicitées, (b) les types d’erreurs attendues pour être commises par les répondants, relatives à chaque composante, et (c) les modalités d’échec du questionnaire qui concernent chaque composante. Pour faciliter la lecture de ce tableau, notons que, dans le cas de la situation que nous sommes en train de traiter par le questionnaire, nous désignons par : 𝔇, 𝔇’ et 𝔇’’, des éléments de l’ensemble {D0, RC, RA} ; et par : H, un élément appartenant à l’ensemble {H0, H1}. Aussi, nous nous sommes donné le droit à faire intervenir, dans ce tableau, des événements conditionnels que nous avons notés : (H|𝔇), (𝔇|H), (𝔇’|𝔇), …, bien que nous ayons signalé en l’introduction de ce travail, que ce sont seulement les probabilités de ces événements qui leur donnent une certaine légitimité. Nous avons procédé ainsi pour, d’un côté, mettre en œuvre, de manière très claire, les différences entre les trois composantes déjà citées et, de l’autre côté, quantifier le degré de maîtrise de la troisième composante et expliquer son rôle très spécifique dans le processus du montage de l’image complète relative au fait qu’il s’agit vraiment d’une probabilité conditionnelle bien définie. De plus, dans la situation que nous sommes en train de traiter dans ce travail, ce sont les probabilités conditionnelles proprement dites qui seront effectivement manipulées et non les événements sur lesquels ces probabilités seront appliquées. Ces événements conditionnels seront interpelés pour jouer un rôle intermédiaire seulement.

Tableau 3. Correspondances entre les composantes, les types d’erreurs attendues et les modalités d’échec

  • 5 Ce sera une confusion si la condition « … en supposant que H0 est vraie » n’est pas satisfaite.
  • 6 Cette confusion explicite deux types d’erreurs : (a) l’omission de la condition « … en supposant qu (...)

Composantes

1re composante : « Repérage de la relation conditionnelle »

2e composante : « Repérage du couple d’événements impliqués »

3e composante : « Distinction entre l’événement conditionné et celui conditionnant »

Indices permettant l’identification des composantes relatives aux items

A

Intuitivement

B

À partir de l’adverbe de manière « correctement », exprimant une appréciation positive

E

À partir de l’adverbe de manière « incorrectement », exprimant une appréciation négative

D

À partir d’un terme exprimant la réplicabilité

C

À partir des temps décalés de survenance des deux argumentations composant l’expression de l’item

Types d’erreurs attendues

– Confusion entre P(H|𝔇) et P(𝔇∩H)

– Confusion entre P(𝔇|H) et P(H∩𝔇)

Repérage inadéquat du couple d’événements impliqués

– Confusion entre l’événement (H|𝔇) et l’événement (𝔇|H)

– Confusion5 entre l’événement (𝔇’|𝔇) et l’événement (𝔇’’|H), où 𝔇’’ est un événement relatif aux données, qui pourra être différent de 𝔇 et de 𝔇’

– Confusion6 entre l’événement (𝔇’|𝔇) et l’événement (H|𝔇’’)

Modalités d’échec

Modalités c, b et a des items A, B et E, de manière respective

Modalités a et c de l’item D

Modalités b, c, “Oui” et b des items A, B, C et E, de manière respective.

Codage et outils d’analyse retenus pour le traitement des réponses des participants

48Pour le traitement des réponses des participants à l’expérimentation, deux types de méthodes complémentaires ont semblé efficaces pour réaliser cet objectif. La première méthode est l’analyse descriptive élémentaire qui va nous permettre d’indiquer et d’interpréter les répartitions, par modalités, des répondants au questionnaire. La deuxième est l’analyse factorielle des correspondances multiples (AFCM) qui va nous aider à analyser et interpréter les réponses des participants en termes de liens qui existent entre les différentes modalités des différents items. Vu l’importance de l’AFCM et sa valeur ajoutée en tant qu’outil d’analyse multidimensionnelle des données, et étant donné que les conditions de son application sont satisfaites pour la situation que nous sommes en train de traiter dans ce travail, et ce, sur la base des résultats obtenus à travers l’analyse descriptive que nous allons présenter ci-dessous, notre traitement sera principalement basé sur l’utilisation de cette méthode.

49Ainsi, afin de mettre en pratique ces deux types d’analyses, nous résumons dans le tableau 4 suivant, d’un côté, les types de probabilités impliquées par les différents items du questionnaire et par leurs modalités correspondantes et, de l’autre côté, les codages adoptés pour ces modalités.

Tableau 4. Codage des modalités des différents items du questionnaire

  • 7 Les probabilités indiquées dans les items et dans les modalités correspondantes du questionnaire so (...)
  • 8 Pour chacun des items A, B, D et E, le codage adopté pour une modalité donnée est de la forme : « X (...)

Probabilités conditionnelles impliquées par les items

Modalités

Probabilités impliquées7 par les modalités

Codes8

Item A : P(H0|D0)

a

P(H0|D0)

Ar

b

P(RC|H0)

Ab

c

P(RC∩H0)

Ac

Item B : P(RC|H1)

a

P(RC|H1)

Br

b

P(RC∩H1)

Bb

c

P(H1|RC)

Bc

Item C : P(H0|RC) et P(RC|H0)

Oui

P(H0|RC) = P(RC|H0)

Ce

Non

P(H0|RC) ≠ P(RC|H0)

Cr

Item D : P(RC|D0)

a

P(RA|H0)

Da

b

P(RC|D0)

Dr

c

P(H1|D0)

Dc

Item E : P(RC|H0)

a

P(H1∩RA)

Ea

b

P(H0|RC)

Eb

c

P(RC|H0)

Er

Analyse a posteriori et interprétation des réponses des participants

50Avant de présenter les résultats dérivant de l’application de l’AFCM puis analyser les réponses des participants à travers l’interprétation des axes factoriels retenus, nous allons, dans un premier temps, mettre en place l’analyse descriptive élémentaire que nous avons indiquée ci-dessus et, dans un deuxième temps, expliciter certains éléments fondamentaux relatifs à l’application et à l’utilisation de cette méthode multidimensionnelle.

Analyse descriptive élémentaire des réponses des participants

51Il s’agit dans cette partie, d’une part, d’évaluer les niveaux des réponses bonnes et mauvaises des différents items du questionnaire et, d’autre part, d’interpréter les répartitions par modalités de chacun des items, soit de manière globale ou en fonction des deux sous-groupes de l’échantillon d’étude : groupe des répondants ayant suivi des cours sur les tests statistiques (groupe (T)), et groupe des répondants qui n’en ayant jamais suivi (groupe (NT)). C’est pour cet objectif que le tableau 5 est présenté ci-après, comportant ainsi les éléments essentiels, voire nécessaires, pour mettre en place une telle analyse. Notons au passage que seulement 3 répondants parmi 195 ont pu répondre correctement au questionnaire tout entier. Ceci signifie que le langage (ambigu) probabiliste, adopté en procédure des tests de décision, pose des difficultés majeures aux participants à notre expérimentation, dans la mesure où presque aucun parmi eux n’a pu échapper des conséquences néfastes, susceptibles d’être causées par ce facteur souvent inapprécié dans un cours sur une telle pratique statistique.

Tableau 5. Répartition (%) selon le type de répondants aux items du questionnaire

Items

A

B

C

D

E

Codes modalités

Ar

Ab

Ac

Br

Bb

Bc

Ce

Cr

Da

Dr

Dc

Ea

Eb

Er

Ensemble de tous les répondants

32

28

40

45

29

26

59

41

32

35

33

25

35

40

Répondants ayant suivi des cours sur les tests statistiques

36

26

38

50

31

19

68

32

35

27

38

16

39

45

Répondants n’ayant jamais suivi de cours sur les tests statistiques

27

31

42

38

27

35

49

51

29

45

26

35

30

35

52Nous concluons, à partir de ce tableau, que, d’une manière générale, le langage adopté par les procédures des tests de décision est nettement ouvert à plusieurs interprétations fallacieuses par les membres du groupe (T) et du groupe (NT). Ceci est déduit de l’existence de pourcentages significativement élevés relatifs aux réponses erronées aux différents items du questionnaire. Cette conclusion générale pourra mettre en question la façon d’enseigner les probabilités conditionnelles, soit aux cycles d’enseignement précédant l’entrée à l’université, soit durant les cours dispensés à l’université, et ce, lors de la mobilisation et de l’utilisation de cette notion pour faire construire, chez les apprenants, d’autres concepts tels que ceux relatifs à la pratique des tests statistiques ou à l’estimation statistique. En effet, dans un enseignement de cette notion, soit en tant qu’objet ou qu’outil, il est rare que nous proposions à nos apprenants des tâches manipulant des expressions probabilistes qui relèvent de la vie quotidienne, et qui nécessitent la mise en œuvre, de manière non explicite, d’une probabilité conditionnelle, comme c’est le cas pour les items du questionnaire que nous traitons dans ce travail. Toutefois, les situations d’apprentissage usuellement proposées à ces apprenants, dans ce sens, véhiculent souvent des expressions probabilistes dont les trois composantes associées aux probabilités conditionnelles sous-jacentes, sont faciles à repérer et ne demandent pas de réflexion très profonde pour pouvoir les identifier.

53Plus particulièrement, nous présenterons, pour chacune des composantes citées ci-dessus, des résultats liés à l’ambiguïté linguistique déduits des interprétations que nous avons pu mettre en place à la lumière des différents pourcentages considérés comme remarquables, associés aux modalités d’échec que comporte le tableau 6. Nous nous sommes basés, pour mener à bien cette tâche, sur les données incluses dans le tableau 3 et dans l’annexe 2 de ce travail. Tels résultats seraient éventuellement accompagnés d’une tentative de mise en œuvre de certaines raisons susceptibles de conduire aux disparités ou aux similitudes entre les différentes valeurs prises par ces pourcentages considérés comme des indicateurs de grande importance, à travers lesquels on peut évaluer la tendance centrale des séries de données qualitatives et unidimensionnelles.

Tableau 6. Correspondances entre les composantes et les modalités d’échec

Composantes

1re composante

2e composante

3e composante

Modalités d’échec

Ac, Bb et Ea

Da et Dc

Ab, Bc, Ce et Eb

54Ainsi, en ce qui concerne l’étude de la première composante, nous pouvons conclure que le repérage de la relation conditionnelle et l’écartement de la relation conjointe, sont plus difficiles à réussir lorsque la façon selon laquelle l’expression probabiliste est formulée, oblige le répondant à utiliser son intuition pour pouvoir la mettre en œuvre. De plus, cette difficulté est de degré inférieur lorsque cette expression contient un adverbe exprimant une appréciation soit positive ou négative, qui exige du répondant de mettre en œuvre une interprétation adéquate afin d’accomplir les deux tâches correspondantes. Un autre résultat également important est que l’identification de la première composante est légèrement réussie chez le groupe (NT) que chez le groupe (T), et ce, lorsqu’il s’agit d’une expression probabiliste contenant un adverbe impliquant une appréciation positive. Au contraire, cette réussite est très évidente chez le groupe (T) que chez le groupe (NT), dans le cas d’une expression contenant un adverbe impliquant une appréciation négative. Nous pouvons expliquer ceci par le fait que l’enseignement usuel de la pratique des tests statistiques se focalise beaucoup sur l’introduction et sur l’apprentissage du concept de risque de 1re espèce au détriment du risque de 2e espèce qui n’est, rappelons-le, que le complément à 1 de la puissance statistique. D’ailleurs, la sous-estimation de cette dernière a été fréquemment critiquée par certains chercheurs qui ne cessent de préconiser aux éditeurs de revues scientifiques d’exiger l’indication de la valeur pise pour la puissance statistique à l’aide de laquelle sont trouvés les résultats d’un article qui s’était basé sur l’outil des tests statistiques pour analyser les données construites.

55Quant aux modalités d’échec concernées par la deuxième composante, elles relèvent du même item D. Elles traduisent l’échec à repérer le couple d’événements impliqués dans une expression probabiliste contenant un terme indiquant la réplicabilité. Notons au passage que le couple d’événement suscité par l’item D est (RC,D0) ; tandis que ses modalités d’échec mettent explicitement en œuvre les couples (RA,H0) et (H1,D0). Un résultat intéressant que nous avons pu formuler est que ces deux types d’échec se manifestent fréquemment chez les membres du groupe (T) plus que chez ceux du groupe (NT). Ceci peut être expliqué par le fait que, contrairement aux membres du groupe (NT) qui répondent aux items du questionnaire en les percevant en tant que problèmes ayant pour objectif l’évaluation de la compréhension de la notion de probabilités d’événements proprement dite, les membres du groupe (T) conçoivent les choses de manière assez différente, et ce, en considérant éventuellement que l’objectif même du questionnaire tout entier soit l’évaluation de la compréhension relativement à la pratique des tests statistiques. En fait, cette dernière est connue comme source de plusieurs conceptions erronées et de mauvais abus très divers. Parmi les conceptions erronées les plus usuelles sont les suivantes : (a) sans la condition « … en supposant que H0 est vraie », on peut déterminer la probabilité P(𝔇’|𝔇), et (b) la probabilité P(H|𝔇) est autorisée (i.e., l’adoption d’une conception bayésienne indirecte). Nous faisons remarquer que les modalités d’échec (Da et Dc) de l’item D sont des conséquences néfastes de ces deux conceptions erronées très répandues parmi les apprenants. C’est pour cela que les deux couples d’événements (RA,H0) et (H1,D0), explicités respectivement par (Da) et (Dc), sont choisis, sur la base d’un raisonnement erroné, à la place du couple (RC,D0), par les membres du groupe (T) plus que par ceux du groupe (NT).

56Enfin, deux résultats principaux sont mis en œuvre en étudiant la troisième composante. Le premier est relatif à l’item C dont sa seule modalité d’échec est incluse dans cette composante. Il avance que les membres du groupe (NT) dépassent ceux du groupe (T) en termes de distinction entre l’événement conditionné (H0) et conditionnant (RC), et ce, dans une expression probabiliste équivalente à la signification donnée, dans le cadre de l’approche fréquentiste radicale, à la déclaration impliquant que la valeur prise pour le niveau de signification est égale à 5 %. Ceci peut être expliqué par le fait que même si dans un enseignement usuel des tests statistiques, on déclare très souvent que cet outil statistique se fonde sur cette approche afin d’interpréter la signification donnée à la probabilité d’un événement, il est rare que, dans les cours proprement dits, dispensés aux apprenants, on trouve ceci respecté lors de l’interprétation des probabilités conditionnelles représentant les différents concepts véhiculés. Le deuxième résultat met en œuvre le fait que le pourcentage des répondants du groupe (T) choisissant la modalité (Bc) (respectivement (Eb)) est très inférieur (respectivement très supérieur) à celui des répondants du même groupe sélectionnant la modalité d’échec (Bc) (respectivement (Ea)) relevant de la première composante. Ceci permet de conclure que les difficultés rencontrées par les apprenants pour comprendre le concept de puissance statistique, auront des conséquences néfastes que celles relatives à la compréhension du concept de risque de 1re espèce. En effet, les difficultés relatives à la puissance statistique commencent à être rencontrées par beaucoup d’apprenants dès l’établissement de la première composante concernant le repérage de la relation conditionnelle et l’écartement de la relation conjointe, alors que pour le risque de 1re espèce, elles n’apparaissent de manière fréquente que durant la mise en place de la troisième composante s’intéressant à la distinction entre l’événement conditionné et celui conditionnant.

57Au terme de cette analyse, nous faisons remarquer qu’à partir des données du tableau 5, les conditions d’application de l’AFCM sont satisfaites. Ceci est déduit du fait que, d’une part, les nombres de modalités des différents items du questionnaire ne sont pas trop différents (deux modalités pour l’item C, et trois pour les quatre autres items) et, d’autre part, pour chaque item, les répartitions des répondants selon les modalités correspondantes, ne sont pas trop significativement déséquilibrées.

Valeurs propres, inertie totale et nombre d’axes retenus dans l’AFCM

  • 9 Cette analyse est conduite à l’aide du logiciel Statistica (Version 6).

58L’AFCM9 appliquée au tableau disjonctif complet issu du codage des réponses des participants, a conduit à des valeurs propres non nulles de moyenne 0,200 (l’inverse du nombre d’items qui est égal à 5). Les valeurs propres supérieures à cette moyenne sont : λ1 =0,311, λ2 =0,273 et λ3 =0,216. L’inertie totale est égale à 1,8 (nombre de valeurs propres non nulles, divisé par le nombre d’items).

  • 10 Ce n’est pas le cas pour le calcul d’inertie en analyse de correspondances simples d’un tableau de (...)

59Nous rappelons que l’inertie totale en AFCM appliquée à un tableau disjonctif complet, n’a pas de signification statistique10 ; elle ne dépend pas des observations, elle dépend uniquement du nombre de variables et du nombre de modalités impliquées. Le calcul des taux d’inertie liés aux trois valeurs propres, présentées ci-dessus, conduit à des pourcentages ayant pratiquement décru de 17,28 % à 12,01 %. Ceci donne une idée assez pessimiste des parts d’informations obtenues par l’analyse factorielle. Nous avons donc eu recours à la formule proposée par Benzécri (1979) qui, dans une telle situation, va permettre une meilleure appréciation des taux d’inertie :

60Inertie corrigée :

61pour

62où s est le nombre d’items du questionnaire et λk désignent les valeurs propres obtenues par l’analyse du tableau disjonctif complet.

  • 11 Dans la suite de l’analyse, nous nous limiterons simplement aux trois premières valeurs propres.

63L’application de cette formule aux inerties initiales11 donne, pour les valeurs propres supérieures à 0,200 (égale à 1/5), les résultats suivants : 0,019, 0,008 et 0,001.

64Le tableau 7 suivant fournit les pourcentages d’inerties corrigées et leurs cumuls, correspondant aux valeurs propres supérieures à la valeur moyenne 1/5 :

Tableau 7. Pourcentages d’inerties corrigées (benzécriennes) et leurs cumuls

Valeurs propres

λ1

λ2

λ3

Pourcentages d’inertie corrigée

69

30

1

Cumuls des pourcentages d’inertie corrigée

69

99

100

65Par conséquent, le premier axe représente 69 % de l’information totale et le deuxième axe 30 %. Le troisième axe chute à une part d’information très négligeable (égale à 1 %). Ces valeurs indiquent que l’essentiel de l’information est lié aux deux premiers axes factoriels qui représentent, ensemble, 99 % de l’information totale. Ces trois valeurs propres sont différentes ; ceci signifie que nous sommes pratiquement en présence de trois valeurs propres simples. Par conséquent, nous allons interpréter séparément les axes : 1 et 2.

Éléments fondamentaux d’utilisation de l’AFCM

66Les items du questionnaire font référence à une exploration conceptuelle des tests statistiques, et non pas aux performances des participants en situation de résolutions de problèmes sur cet outil statistique. Il est donc normal que la plus grande part de l’information (premier plan factoriel) contenue dans les réponses des participants ne se traduise pas en termes de leurs performances, autrement dit en termes de réussites-échecs. Notons aussi au passage que, dans les oppositions de groupes de modalités à fortes contributions relatives aux axes factoriels retenus pour l’analyse, nous n’avons pas une opposition nette de modalités contraires. Ceci confère au questionnaire une certaine hétérogénéité modeste, dans la mesure où, d’une manière générale, les items ne posent pas les mêmes difficultés de compréhension pour tous les répondants.

67Cette hétérogénéité modérée peut également être expliquée, d’un côté, par la nature du questionnaire qui est formé non seulement d’items en bi-modalités mais aussi en tri-modalités et, d’un autre côté, par l’hétérogénéité des participants (public cible) questionnés, dans la mesure où il existe parmi eux ceux qui avaient suivi un cours sur les tests statistiques. Cette hétérogénéité peut également être due à la façon selon laquelle les différents items sont construits, qui ne permet pas aux participants de connaitre facilement qu’ils sont face à un questionnaire (homogène) qui tourne autour d’un objectif ou d’un concept bien définis, à savoir dans notre cas, l’exploration de l’impact du langage (ambigu) probabiliste sur l’usage des tests de décision.

68Nous aborderons dans les deux sections prochaines, l’interprétation de chacun des deux axes factoriels, en essayant de manière générale, de traduire les différentes proximités (locales et globales) entre les modalités à fortes contributions relatives, formant pour chaque axe, deux groupes qui sont positionnés aux côtés opposés, ainsi que les différentes oppositions entre ces groupes. Enfin, avant de procéder à l’interprétation proprement dite des deux axes factoriels retenus, il est utile de mettre en évidence quatre éléments essentiels, que nous prendrons en considération lors de l’analyse :

69Le premier élément avance que nous allons nous focaliser dans cette analyse sur l’étude des différentes proximités et oppositions entre les modalités constituant les groupes opposés sur chacun des deux axes factoriels retenus par rapport à l’origine, pour en déduire des interprétations convenables. Le deuxième élément est que les probabilités impliquées par les différents items et modalités formant ces groupes sont de quatre types : P(H|𝔇), P(𝔇|H), P(H∩𝔇) ou P(𝔇’|𝔇). Contrairement aux modalités d’échec, les modalités de réussite traduisent le fait que ces probabilités sont bien différenciées par les répondants au questionnaire, bien qu’elles soient formulées, ainsi que leurs items correspondants, de façons pouvant présenter une certaine ambiguïté linguistique. Le troisième élément indique que la façon selon laquelle les différents items sont formulés pousse les répondants à comparer éventuellement les significations des différentes formulations probabilistes impliquées, en se focalisant sur le vocabulaire et sur les temps de conjugaison des verbes utilisés. Enfin, le quatrième élément exprime que, tout au long de l’analyse, nous essayons, dans la mesure du possible, de répondre aux questions éventuelles suivantes : Pour un groupe donné, relatif à chacun des deux axes retenus, quelles spécificités contenues dans les expressions par lesquelles les différents items et modalités correspondantes sont formulés, qui ont impliqué des proximités entre des échecs et des réussites ? Quel est le dénominateur commun des expressions relatives à des modalités de réussite contenues dans ce groupe ? Quel est le dénominateur commun des expressions relatives à des modalités d’échec ? Pour chaque axe factoriel, quelles sont les spécificités des expressions par lesquelles les modalités composant les deux groupes sont formulées, qui ont forcé ces derniers à s’opposer ? De manière plus pratique, les paramètres suivants sont à prendre en considération lors de l’interprétation de chacun des deux axes factoriels retenus : (a) les probabilités explicitées par les différentes modalités des groupes de cet axe, qui sont de deux types : P(F|G) ou P(F∩G) ; (b) les différents aspects d’ambiguïté linguistique posés par les expressions par lesquelles ces modalités ainsi que leurs items correspondants, sont formulés, permettant la mise en œuvre des événements, F et G, et des relations, conditionnelle ou conjointe, sous-jacentes aux probabilités impliquées ; (c) les différentes natures des modalités de chaque groupe, de manière très précise : s’agit-il d’une modalité d’échec ou d’une modalité de réussite ? (d) les concepts véhiculés par la procédure des tests d’hypothèse, et qui sont objets des différents items dont relèvent les modalités de chaque groupe.

Résultats préliminaires déduits de l’AFCM

70Nous faisons remarquer qu’un premier résultat intéressant que nous déduisons à partir de la nature des modalités ayant de fortes contributions relatives, qui forment les quatre groupes relatifs aux axes 1 et 2, retenus par l’analyse, est que le langage (ambigu) adopté par la procédure des tests de décision, a vraisemblablement un impact de plusieurs aspects, sur l’usage de cet outil statistique par les participants. Nous nous limitons dans le paragraphe suivant, à présenter un exemple d’aspect d’ambiguïté parmi d’autres, que nous voyons beaucoup plus pertinent, voire plus simple.

71Les expressions par lesquelles les items B et E sont formulés, impliquant respectivement les probabilités P(RC|H1) et P(RC|H0), ne diffèrent que par le terme « correctement » qui a tout simplement remplacé le terme « incorrectement ». Il est également clair que les modalités de ces deux items sont construites de telle façon que chaque modalité d’un item aura son homologue parmi les modalités de l’autre item. Cette construction est faite sur la base du respect des implications que pourraient expliciter les différences entre les significations des deux termes : « correctement » et « incorrectement », déjà cités. Elle est également établie sur la base avançant qu’un étudiant de niveau de formation moyen puisse choisir facilement, à la fois, une modalité donnée pour l’item B et sa modalité correspondante pour l’item E, et vice versa. De manière plus précise, les modalités (Br), (Bb) et (Bc) de l’item B, traduisant les probabilités P(RC|H1), P(RC∩H1) et P(H1|RC), se correspondent respectivement avec les modalités (Er), (Ea) et (Eb) de l’item E, traduisant les probabilités P(RC|H0), P(RA∩H0) et P(H0|RC). Ainsi, nous avons mis en pratique un test du khi-deux à quatre degrés de libertés qui a donné lieu à une p-valeur égale à 0,019 que nous avons jugée très faible. Ceci nous a conduits à conclure qu’il existe une association statistiquement significative entre l’item B et l’item E. Mais, cette association est assez générale, dans la mesure où elle ne permet pas de fournir de manière exacte les couples de modalités dont les deux composantes qui les forment, s’associent ou se correspondent. C’est pour cela que nous avons eu recours à l’étude des positionnements des modalités des tels items dans les plans factoriels retenus pour l’analyse, afin de pouvoir mettre en place une conclusion fiable et précise. En procédant ainsi, nous avons remarqué que les proximités entre les modalités des items B et E appartenant aux quatre groupes (voir figures 1 et 2), ne permettent pas de conclure à l’existence d’une correspondance garantissant le manque d’une ambiguïté linguistique. Ceci est montré par les cinq états de proximités suivants, que nous avons pu déduire à partir des configurations sur tels plans factoriels, des modalités des items B et E : (a) « (Br) est proche de (Eb) au lieu de (Er) », (b) « (Bc) est proche de (Ea) au lieu de (Eb) », (c) « (Bc) et (Eb) sont opposées au lieu d’être à proximité courte », (d) « (Er) est proche de (Bc) au lieu de (Br) », et (e) « (Bc) et (Eb) sont opposées au lieu d’être à proximité courte ».

Interprétation du premier axe factoriel

  • 12 Notons que ces modalités occupent des positions correspondant aux modalités ayant les plus grandes (...)

72L’AFCM conduit à une inertie de 69 % pour l’axe 1. Les modalités, qui contribuent le plus à la construction de cet axe, sont celles entourées dans la figure 112. Elles ont une contribution comprise entre 4,5 % et 16,1 %. La qualité de représentation de ces modalités, par rapport audit axe, est comprise entre 0,11 et 0,46.

Figure 1. Plan factoriel (1, 2)

Figure 1. Plan factoriel (1, 2)

73Dans ce premier plan factoriel, le premier axe présente l’opposition suivante : (Ar, Br, Ce, Dc et Eb) confrontées à (Ab, Bc, Cr, Da et Ea). Nous remarquons que ce sont les modalités des mêmes items qui s’opposent sur cet axe par rapport à l’origine. Comme il est promis dans la section précédente, nous procéderons, dans ce qui suit, à l’analyse des groupes 1 et 2, caractérisant ledit axe. Ainsi, dans le tableau 8, nous résumons les aspects de réussite et d’échec aux différents items composant ces deux groupes, traduits en termes de probabilités conditionnelles et conjointes impliquées.

Tableau 8. Caractérisation des différents aspects de réussite et d’échec des modalités des groupes opposés sur le premier axe factoriel par rapport à l’origine

Aspects

Items

Modalités

Concepts impliqués

Codes

Probabilités impliquées

Codes

Probabilités impliquées

Groupe 1

Réussites

P(H|𝔇), P(𝔇|H) et P(H∩𝔇) sont différenciées

“Bayésianisme” indirect (usuel)

A

P(H0|D0)

Ar

P(H0|D0)

Puissance statistique

B

P(RC|H1)

Br

P(RC|H1)

Échecs

P(H|𝔇) et P(𝔇|H) sont confondues

Niveau de signification

C

P(H0|RC)

Ce

–

P(RC|H0)

Risque de 1re espèce

E

P(RC|H0)

Eb

P(H0|RC)

P(𝔇’|𝔇) et P(H|𝔇’’) sont confondues

Réplicabilité

D

P(RC|D0)

Dc

P(H1|D0)

Groupe 2

Réussite

P(H|𝔇) et P(𝔇|H) sont différenciées

Niveau de signification

C

P(H0|RC)

Cr

–

P(RC|H0)

Échecs

P(H|𝔇) et P(𝔇|H) sont confondues

“Bayésianisme” indirect (usuel)

A

P(H0|D0)

Ab

P(RC|H0)

Puissance statistique

B

P(RC|H1)

Bc

P(H1|RC)

P(𝔇|H) et P(H∩𝔇) sont confondues

Risque de 1re espèce

E

P(RC|H0)

Ea

P(H1∩RA)

P(𝔇’|𝔇) et P(𝔇’’|H) sont confondues

Réplicabilité

D

P(RC|D0)

Da

P(RA|H0)

Groupe 1 (Ar, Br, Ce, Dc et Eb)

74Ce mélange de modalités de réussite et d’échec composant ce groupe, traduit le fait que le langage utilisé par les tests d’hypothèse implique une maîtrise partielle de deux éléments fondamentaux de la procédure de cet outil statistique. Le premier élément est essentiel, voire primordial, puisqu’il est relatif aux limites du rôle d’un test d’hypothèse en tant que pratique, parmi d’autres, de la boîte à outils de l’inférence statistique. En effet, d’un côté, la modalité (Ar) implique une maîtrise suffisamment bonne, du fait que les probabilités P(H|𝔇), relevant de la statistique bayésienne, ne sont pas autorisées dans le cadre des tests d’hypothèse et, de l’autre côté, la modalité (Dc) implique une maîtrise de degré inférieur, du fait que les tests d’hypothèse ne sont pas l’outil adéquat pour évaluer le fait qu’une décision donnée pourrait être répliquée. Rappelons au passage que sans la condition : « …en supposant que H0 est vraie », la probabilité P(𝔇’|𝔇) n’a pas de sens dans le cadre des tests d’hypothèse. Le deuxième élément est en relation avec la modélisation probabiliste, nécessaire dans une procédure de tests de décision. Cette modélisation est, en quelque sorte, un système de deux inéquations liées et à caractères probabilistes, dont sa résolution donne lieu à la détermination de la région critique du test. La première inéquation est : « le risque de 1re espèce ne doit pas dépasser la valeur prise pour le niveau de signification », et la deuxième inéquation est : « la puissance statistique doit être maximale ». Il est donc clair que la modalité (Br), d’un côté, et les modalités (Ce) et (Eb), de l’autre, traduisent, ensemble, une certaine maîtrise partielle de cet élément.

75Ainsi, nous pouvons remarquer que la présence des modalités (Ar) et (Br) dans ce groupe, traduit le fait que lorsque les trois composantes relatives à la probabilité conditionnelle impliquée par un item donné sont exprimées intuitivement ou par l’intermédiaire d’un adverbe exprimant une appréciation positive (l’adverbe : « correctement », dans notre cas), le langage (ambigu) n’a vraisemblablement pas d’effet négatif, parce qu’il y a une maîtrise suffisamment bonne des trois composantes déjà citées. Cependant, la présence de la modalité (Eb) dans ce groupe, nous permet de conclure qu’au contraire, lorsqu’une expression probabiliste est formulée à l’aide d’un adverbe exprimant une appréciation négative (l’adverbe : « incorrectement », par exemple), le langage (ambigu) aura un effet négatif de degré moyen. Cet effet est déduit du fait que cette modalité indique que seulement les deux premières composantes de la probabilité conditionnelle impliquée par l’item E, sont suffisamment maitrisées, mais la troisième ne l’est pas, et ce, puisque nous ne remarquons pas de distinction adéquate entre l’événement conditionné (RC) et l’événement conditionnant (H0). Ceci permet de mettre en valeur l’influence du “bayésianisme” indirect et usuel, que nous considérons comme un obstacle auquel la compréhension des tests statistiques est souvent exposée. Nous faisons remarquer que les expressions à travers lesquelles les deux items B et E sont formulés, ne diffèrent que par l’adverbe : « correctement », qui est remplacé par son antonyme : « incorrectement ». Cependant, les modalités (Br) et (Eb) représentant respectivement une réussite et un échec, appartiennent au même groupe 1. Ceci nous permet de consolider l’idée avançant que le langage (ambigu), utilisé en procédure des tests de décision, a vraisemblablement un effet négatif sur l’usage de cet outil statistique.

76Nous ajoutons que la présence de la modalité (Dc) dans ce groupe, traduit l’existence d’un effet négatif suffisamment élevé du langage (ambigu), lorsque les expressions probabilistes proposées contiennent des termes désignant la notion de réplicabilité (comme le terme : « reprendre », dans notre cas). En effet, c’est au niveau de la mise en place de la deuxième composante, que ce terme pose des difficultés majeures. Ainsi, il présente une confusion entre un événement de type échantillonnal (la région critique RC) et son correspondant au niveau de la population (l’hypothèse alternative H1). Pareillement, l’existence de la modalité (Ce) dans ce groupe accentue encore une fois un tel effet négatif, et ce, lorsqu’il s’agit de la distinction entre deux expressions probabilistes, formée chacune de deux mêmes événements mais qui sont survenus dans deux temps décalés. En termes probabilistes, cet effet implique la confusion entre les deux probabilités conditionnelles : P(RC|H0) et P(H0|RC), accentuant encore une fois la mise en valeur des conséquences néfastes que pourrait induire le “bayésianisme” exposé ci-dessus.

Groupe 2 (Ab, Bc, Cr, Da et Ea)

  • 13 Cette appellation de “semi-échantillonnal” vient du fait que seul le membre (RA) du couple (RA,H0) (...)

77D’un côté, la présence d’une seule modalité de réussite (Cr) à proximité des modalités d’échec (Ab, Bc, Da et Ea) traduit le fait que le langage (ambigu) utilisé dans la procédure des tests d’hypothèse implique une maîtrise de degré insuffisant des procédures relativement à cet outil statistique. Cette maîtrise concerne seulement l’interprétation fréquentiste qu’il fallait usuellement donner au concept de niveau de signification lors de la mise en pratique d’un test d’hypothèse. Notons au passage que cette interprétation, soi-disant adéquate, ne garantit pas une compréhension satisfaisante du niveau de signification, et ce, du fait que même si ce concept semble mineur, il pose des difficultés majeures et implique des conséquences néfastes sur l’appréhension des autres concepts véhiculés par la procédure des tests d’hypothèse, d’une manière générale. De l’autre côté, en procédant de la même façon adoptée lors de l’interprétation du groupe 1, présentée ci-dessus, la présence des modalités (Da) et (Ea) dans ce groupe 2, nous a permis de déduire que le langage (ambigu) a vraisemblablement un effet négatif, de degré suffisamment élevé, lorsqu’il s’agit d’expressions probabilistes exprimées à l’aide d’un terme désignant la réplicabilité, ou à travers un adverbe impliquant une appréciation négative. Ainsi, la mise en œuvre des probabilités conditionnelles impliquées par ces types d’expressions, pose des difficultés de grande ampleur, dans la mesure où même la première composante (élémentaire) associée à chacune d’elles n’est pas bien maîtrisée. En effet, le langage contenant un terme de réplicabilité a causé une confusion entre le couple d’événements (RC,D0) à caractère purement échantillonnal, et le couple d’événements (RA,H0) à caractère semi-échantillonnal13. Quant au langage utilisant le type d’adverbe susmentionné, la situation est encore pire, du fait que même la relation conditionnelle n’est adéquatement maîtrisée, puisqu'elle est remplacée par une relation conjointe, accentuant ainsi le courant “conjoinctuviste”, n’ayant pas de sens ou bien de rôle dans les procédures des tests statistiques, d’une manière générale. Enfin, l’existence des modalités (Ab) et (Bc), parmi les éléments de ce groupe, traduit le fait que lorsque les expressions probabilistes utilisent intuitivement ou à travers un adverbe impliquant une appréciation positive (l’adverbe : « correctement », dans notre cas), le langage utilisé aura un effet suffisamment élevé. En effet, il n’est qu’à l’étape de mise en œuvre de la dernière composante des probabilités conditionnelles impliquées, relative à la distinction entre l’événement conditionné et celui conditionnant, qu’un effet négatif s’est manifesté. Ainsi, ceci accentue l’attraction habituelle imposée par le courant bayésien, une fois un test statistique est mis en pratique.

78En conclusion, les tendances expliquées par le premier axe factoriel, et qui caractérisent les groupes 1 et 2 que nous avons analysés ci-dessus, renvoient à l’interpréter comme un axe au long duquel il existe des différents types d’effets négatifs causés par les termes indiquant la réplicabilité contenus dans les expressions probabilistes usuelles en procédure des tests de décision. De plus, une telle existence est accompagnée d’un partage non équitable, en termes d’influence, entre les effets suivants : (a) l’effet causé par les expressions probabilistes chargées d’intuition, et comportant des adverbes traduisant des appréciations négatives ou positives, et (b) l’effet dû aux expressions probabilistes composées d’événements survenus dans des temps décalés.

79Nous signalons que nous nous sommes basés, pour interpréter ce premier axe factoriel, sur l’étude des proximités des différentes modalités correspondant aux items du questionnaire. Cependant, il sera utile de poursuivre l’analyse et de la compléter en nous intéressant également aux participants auxquels cet instrument de mesure est administré, c’est-à-dire au public cible de la présente étude. Pour cela, nous avons placé en individus supplémentaires sur le premier plan factoriel (voir figure 1 : plan (1,2)), les centres de gravité (T) du groupe de participants ayant suivi un cours sur les tests statistiques, et le centre de gravité (NT) des participants qui n’en ont jamais suivi. Il est observé que le centre (T) et le centre (NT), sont positionnés à proximité du groupe 1 et du groupe 2, de manière respective. D’un côté, nous pouvons déduire que les termes de réplicabilité contenus dans des expressions probabilistes habituelles en procédure des tests de décision, ont un effet négatif sur l’usage de cette pratique statistique par tous les participants à cette présente étude. Ceci est normal, car même certains experts en sciences de l’éducation, considèrent souvent que lorsque les résultats de leurs recherches se répliquent, ceci donne une fiabilité et une légitimité aux plans expérimentaux sur lesquels ils se sont basés. C’est pour cela qu’ils utilisent aveuglement, en procédure des tests statistiques, l’indicateur P(𝔇’|𝔇) qui permet d’évaluer le degré de réplicabilité d’une décision donnée, sans donner de grande importance à la condition nécessaire : « … en supposant que H0 est vraie », obligatoire pour pouvoir l’adopter dans cette pratique statistique. De l’autre côté, les individus ayant suivi un cours sur les tests statistiques se caractérisent par un effet négatif, suffisamment faible, sur leur compréhension, causé par les expressions probabilistes chargées de l’intuition et des adverbes induisant des appréciations négatives ou positives. Cependant, les individus n’ayant jamais suivi de cours sur cette pratique statistique se caractérisent par l’effet négatif, suffisamment faible, sur leur compréhension, mis en œuvre par les expressions probabilistes impliquant des événements survenus dans des temps décalés.

Interprétation du deuxième axe factoriel

  • 14 Notons que ces modalités occupent des positions correspondant aux modalités ayant les plus grandes (...)

80L’AFCM conduit à une inertie de 30 % pour l’axe 2. Les modalités, qui contribuent le plus à la construction de cet axe, sont celles entourées dans la figure 214. Elles ont une contribution comprise entre 3,9 % et 19,9 %. La qualité de représentation de ces modalités, par rapport audit axe, est comprise entre 0,08 et 0,46.

Figure 2. Plan factoriel (2, 3)

Figure 2. Plan factoriel (2, 3)

81Dans ce deuxième plan factoriel, le deuxième axe présente l’opposition suivante : (Ar, Dr, Er et Bc) confrontées à (Ac, Bb, Dc, Ea et Eb). Nous remarquons que ce sont les modalités des mêmes items qui s’opposent sur cet axe par rapport à l’origine. Comme il est promis dans la section précédente, nous procéderons, dans ce qui suit, à l’analyse des groupes 3 et 4, caractérisant ledit axe. Ainsi, dans le tableau 9, nous résumons les aspects de réussite et d’échec aux différents items composant ces deux groupes, traduits en termes de probabilités conditionnelles et conjointes impliquées.

Tableau 9. Caractérisation des différents aspects de réussite et d’échec des modalités des groupes opposés sur le deuxième axe factoriel par rapport à l’origine

Aspects

Items

Modalités

Concepts impliqués

Codes

Probabilités impliquées

Codes

Probabilités impliquées

Groupe 3

Réussites

P(H|𝔇), P(𝔇|H) et P(H∩𝔇) sont différenciées

“Bayésianisme” indirect (usuel)

A

P(H0|D0)

Ar

P(H0|D0)

Risque de 1re espèce

E

P(RC|H0)

Er

P(RC|H0)

P(𝔇’|𝔇), P(H|𝔇’’) et P(𝔇’’|H) sont différenciées

Réplicabilité

D

P(RC|D0)

Dr

P(RC|D0)

Échec

P(H|𝔇) et P(𝔇|H) sont confondues

Puissance statistique

B

P(RC|H1)

Bc

P(H1|RC)

Groupe 4

Échecs

P(H|𝔇) et P(𝔇|H) sont confondues

Risque de 1re espèce

E

P(RC|H0)

Eb

P(H0|RC)

P(𝔇|H) et P(H∩𝔇) sont confondues

Puissance statistique

B

P(RC|H1)

Bb

P(RC∩H1)

Risque de 1re espèce

E

P(RC|H0)

Ea

P(H1∩RA)

P(H|𝔇) et P(𝔇∩H) sont confondues

“Bayésianisme” indirect (usuel)

A

P(H0|D0)

Ac

P(RC∩H0)

P(𝔇’|𝔇) et P(H|𝔇’’) sont confondues

Réplicabilité

D

P(RC|D0)

Dc

P(H1|D0)

Groupe 3 (Ar, Dr, Er, Bc)

82Les modalités (Ar), (Dr) et (Er) traduisent le fait que le langage (ambigu) utilisé dans les expressions habituelles en procédure des tests de décision, n’a pas d’effet négatif suffisamment élevé, sur l’usage de cette pratique statistique. Il est vrai qu’une modalité d’échec (Bc) fait partie de ce groupe. Mais, d’une part, elle est la seule de ce type qui y appartient et, d’autre part, l’existence d’un tel échec n’agirait pas beaucoup sur le résultat d’interprétation de ce groupe, parce que l’effet négatif ayant pour origine le langage ambigu, utilisé dans l’expression probabiliste de l’item B, ne s’était mis en évidence qu’au niveau de la troisième composante de la probabilité conditionnelle impliquée, relative à la distinction entre l’événement conditionné (RC) et celui conditionnant H0.

83En procédant de la même façon que celle adoptée lors de l’interprétation des groupes 1 et 2, exposée ci-dessus, nous pouvons déduire que le langage (ambigu) n’a vraisemblablement pas d’effet négatif lorsque l’expression probabiliste utilisée présente l’une des trois caractéristiques suivantes : (a) chargée de l’intuition, (b) contenant un terme désignant la réplicabilité, ou (c) exprimée sous forme d’un adverbe impliquant une appréciation négative.

Groupe 4 (Eb, Bb, Ea, Ac, Dc)

84Contrairement au groupe 3 traité ci-dessus, ce groupe 4 est caractérisé par des modalités qui sont, toutes, de type échec. Ceci traduit le fait que ce groupe est caractérisé par un effet négatif suffisamment élevé du langage (ambigu) utilisé dans les expressions probabilistes habituellement adoptées en procédure des tests de décision sur l’usage de cette pratique statistique. À ceci s’ajoute le fait que sauf l’item C, tous les autres items sont représentés dans ce groupe, et ce, à travers des modalités d’échec qui leur appartiennent. Ceci permet de conclure que ce groupe 4 est identifié par le fait que presque toutes les expressions probabilistes dont nous cherchons leurs significations, à travers le questionnaire, posent des difficultés, sauf que ces dernières sont de différents degrés de gravités. Ainsi, nous pouvons conclure que ce groupe est caractérisé par un « courant “conjoinctuviste” ». En effet, toutes les probabilités impliquées sont de type conjoint (i.e., P(F∩G)) n’ayant pas de place en procédure des tests de décision qui se base sur les probabilités de type conditionnel (i.e., P(F|G)). Il est vrai que la modalité (Eb) explicite une relation conditionnelle au lieu de celle conjointe, puisque la probabilité mise en jeu est : P(H0|RC). Mais, cette réussite au repérage adéquat de cette relation est vite neutralisée par l’échec indiqué par la modalité (Ea) appartenant avec la modalité (Eb) au même item E. De plus, la probabilité P(H0|RC) a un sens seulement dans le cadre du courant bayésien, considéré comme incompatible avec le courant fréquentiste sur lequel se fondent les tests de décision. Pareillement, la relation conditionnelle impliquée par la probabilité P(H1|D0), qui représente la modalité (Dc) et qui met en œuvre l’échec ayant pour origine l’introduction d’un terme de réplicabilité, est également sans valeur. En effet, le couple d’événements ((H1,D0)), relatif à cette probabilité conditionnelle, diffère du couple ((RC,D0)) qu’implique l’expression probabiliste explicitée par l’item D qui se focalise sur la probabilité de réplication d’une décision donnée.

85En conclusion, les tendances expliquées par le deuxième axe factoriel, et qui caractérisent les groupes 3 et 4 que nous avons analysés ci-dessus, renvoient à l’opposition d’une absence d’effet du langage utilisé dans les expressions probabilistes sur l’usage des tests de décision (groupe 3), contre un effet négatif de ce langage (groupe 4). De plus, presque tous les items du questionnaire sont représentés dans ces deux groupes de modalités. Par conséquent, cet axe peut être interprété comme un gradient d’effet du langage (ambigu) probabiliste sur l’usage des tests de décision, d’une manière globale.

86De l’autre côté, nous remarquons que, contrairement au premier plan factoriel, les centres de gravité (T) du groupe de répondants ayant suivi un cours sur les tests statistiques, et le centre de gravité (NT) des répondants qui n’en ayant jamais suivi, sont, cette fois-ci, positionnés autour de l’origine du deuxième plan factoriel (voir figure 1 : plan (2,3)). Ceci nous permet de conclure qu’aucun de ces deux types de répondants n’est en alignement total avec l’un des deux groupes 3 ou 4. Par conséquent, une telle situation ne nous permet pas de déduire des décisions quant aux caractéristiques spécifiques des différentes catégories du public cible de la présente étude.

Discussion, conclusions et perspectives didactiques

87Nous nous sommes focalisés dans ce travail sur le langage (ambigu) probabiliste en tant que facteur qui envahit l’usage adéquat des tests de décision. Les raisons pour ceci viennent du fait que c’est le dernier souci qui préoccupe la plupart des enseignants de statistique et de probabilités. Ces derniers risquent de le déconsidérer souvent durant leurs cours dispensés à leurs étudiants. Pareillement, ils peuvent négliger son ampleur et ses effets néfastes sur la compréhension des concepts statistiques qui sont habituellement connus pour être beaucoup liés à la vie de tous les jours que les autres concepts de mathématiques, d’une manière générale. L’importance excessive donnée dans ce travail à ce facteur, ne devrait en aucun cas nous faire oublier des difficultés, fort probablement causées par les autres facteurs impliquant des gravités à ne pas négliger, et qui méritent d’être objet d’études plus approfondies.

88Ainsi, les résultats d’analyse factorielle multidimensionnelle des réponses des étudiants interrogés nous conduit aux résultats suivants à partir des interprétations des axes en termes de conséquences néfastes ayant pour origine le langage (ambigu) probabiliste utilisé en procédure des tests de décision. Ces interprétations s’explicitent selon l’importance de leur part d’inertie absolue (i.e., importance de leur part d’information contenue dans l’ensemble des réponses) :

  • l’existence des différents types d’effets négatifs causés par les termes indiquant la réplicabilité, contenus dans les expressions probabilistes usuelles en procédure des tests de décision. De plus, cette existence est accompagnée d’un partage non équitable, en termes d’influence, entre les effets suivants : (a) l’effet causé par les expressions probabilistes chargées d’intuition, et comportant des adverbes traduisant des appréciations négatives ou positives, et (b) l’effet dû aux expressions probabilistes composées d’événements survenus dans des temps décalés (Axe 1) ;

  • l’existence d’un gradient d’effet sur l’usage des tests de décision, causé par le langage (ambigu) impliqué par les expressions probabilistes, habituellement adoptées par la procédure de cette pratique statistique (Axe 2).

89Il ressort de ce travail que les difficultés entravant l’usage des tests de décision, sont très diverses. Aussi, il n’est pas surprenant que les détracteurs qui critiquent, de manière fondée ou non fondée, l’usage de cette pratique statistique en recherches expérimentales soient assez nombreux, bien qu’elle soit théoriquement solide, historiquement enracinée et utilisée très généralement comme elle devrait effectivement l’être. Ces détracteurs ont ainsi proposé sa pure et simple exclusion de l’enseignement ou au moins son accompagnement par d’autres méthodes statistiques telles que les intervalles de confiance, la taille de l’effet, la méta-analyse, la statistique bayésienne, etc.

90Le langage (ambigu) probabiliste n’est pas le seul facteur souvent déconsidéré et négligé, bien qu’il pose des difficultés majeures de compréhension chez nos étudiants, relativement aux tests statistiques. Nous pensons que plusieurs autres facteurs pourraient également être la cause de ces difficultés, et qui seront l’objet de nos recherches dans le futur le plus proche. Nous pouvons citer à titre d’exemple, le caractère polysémique du vocabulaire sur lequel se basent, implicitement ou explicitement, les procédures sous-jacentes à cet outil statistique. Plus précisément, il est fort probable que les quatre mots : « nulle », « prouver », « vraie » et « significatif », que comportent respectivement les expressions usuelles suivantes : « hypothèse nulle », « prouver la véracité d’une hypothèse », « hypothèse vraie » et « résultat significatif », couramment utilisés en procédures des tests statistiques, constitueraient seuls d’énormes facteurs pouvant contribuer à une mauvaise appréhension de cet outil. De plus, la tendance à concevoir un test statistique de façon mécanique pourra également être trompeuse. Cette tendance est accentuée dans l’esprit de certains étudiants et professionnels, et elle est exacerbée, d’une part, par l’utilisation de ces quatre mots et, d’autre part, par le fait de parler, en procédures des tests statistiques, de valeurs vraies d’un paramètre, de preuve, de règles de décision et de niveaux de signification 1 %, 5 %. En outre, il est clair qu’un test statistique n’est pas directement concerné par la valeur vraie d’un paramètre, mais par les modèles probabilistes qui traduisent au mieux la situation étudiée. Accepter un modèle associé à une valeur spécifique d’un paramètre, signifie qu’il sera avantageux (valable) de fonder nos prédictions sur ce modèle ; le rejeter signifie qu’il sera préférable d’utiliser un autre modèle, basé sur une autre valeur différente, de ce paramètre. Nous terminons ce travail par la mise en exergue d’une conjecture concernant l’impact susceptible d’être impliqué par un autre facteur que nous pensons être plus important, méritant une étude très approfondie dans le cadre des recherches futures en didactique de la statistique. Nous estimons que ce facteur soit la cause principale de la plupart des difficultés de type linguistique, que rencontrent les étudiants dans leurs études au niveau de l’enseignement supérieur, d’une manière générale. Plus précisément, ce facteur est lié au fait que l’enseignement des matières scientifiques et techniques au Maroc, se fait, généralement, en langue arabe jusqu’au baccalauréat, mais en langue française à l’université.

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Annexe

Annexe 1 : Questionnaire

On désigne par D0 l’ensemble des données issues d’une enquête policière donnée, qu’on a pu construire de manière aussi adéquate que possible, et qui, a priori, sont en faveur d’accuser le prévenu X comme étant coupable. Ces données sont présentées au juge qui a décidé la culpabilité de ce prévenu.

Lisez attentivement chacun des cinq items suivants avant de choisir la modalité qui vous semble la plus convenable, tout en justifiant brièvement sans faire de calcul votre choix. De plus, vous pouvez répondre de manière indépendante aux différents items proposés.

A. À votre avis, « La probabilité que la décision prise par le juge soit due au seul hasard » est la même que :

⭘ a. « La probabilité que le prévenu X soit innocent sachant que le juge décide sa culpabilité ».

⭘ b. « La probabilité que le juge décide la culpabilité du prévenu X sachant qu’il est innocent ».

⭘ c. « La probabilité que le prévenu X soit innocent et que le juge décide sa culpabilité ».

B. Selon vous, l’argumentation : « La probabilité que le juge décide correctement la culpabilité du prévenu X » est la même que l’argumentation :

⭘ a. « La probabilité que le juge décide la culpabilité du prévenu X sachant qu’il est coupable ».

⭘ b. « La probabilité que le prévenu X soit coupable et que le juge décide sa culpabilité ».

⭘ c. « La probabilité que le prévenu X soit coupable sachant que le juge décide sa culpabilité ».

C. Les deux argumentations (1) et (2) suivantes sont-elles équivalentes ? :

⭘ Oui

⭘ Non

(1) « En moyenne, 5 fois parmi toutes les 100 fois que ce juge rejette l’innocence d’un prévenu, il se trompera ».

(2) « En moyenne, 5 fois parmi 100 qu’un prévenu est innocent, ce juge le déclarera coupable ».

D. En se basant sur les données D0, le juge est convaincu de la culpabilité du prévenu X. Néanmoins, pour pouvoir mieux s’en assurer et afin de prendre une décision définitive, il a mis de côté les données D0, et il a lancé, en parallèle, une nouvelle enquête indépendante de la première. Cette enquête a donné lieu à d’autres données R.

À votre avis, « La probabilité que ces nouvelles données R permettent au juge de reprendre la même décision », est la même que :

⭘ a. « La probabilité de décider l’innocence du prévenu X sachant qu’il est innocent ».

⭘ b. « La probabilité de décider la culpabilité du prévenu X sachant qu’on avait décidé qu’il est coupable ».

⭘ c. « La probabilité que le prévenu X soit coupable sachant qu’on avait décidé qu’il est coupable ».

E. À votre avis, l’argumentation : « La probabilité que le juge décide incorrectement la culpabilité du prévenu X » est la même que l’argumentation :

⭘ a. « La probabilité que le prévenu X soit coupable et que le juge décide son innocence ».

⭘ b. « La probabilité que le prévenu X soit innocent sachant que le juge décide sa culpabilité ».

⭘ c. « La probabilité que le juge décide la culpabilité du prévenu X sachant qu’il est innocent ».

Annexe 2 : Tableau récapitulatif des éléments caractéristiques des différents items du questionnaire et des modalités correspondantes

Items, concepts et probabilités conditionnelles impliqués

Éléments caractérisant les trois composantes principales de la probabilité conditionnelle impliquée par l’item :

Modalités*

Probabilités impliquées par les modalités

Types d’échec ou de réussite en relation avec les tests de décision

Repérage de la relation conditionnelle

Repérage du couple d’événements

Distinction entre l’événement conditionné et celui conditionnant

Item A

“Bayésianisme” indirect (usuel) P(H0|D0)

C’est une relation temporelle qui devra être déduite de manière intuitive.

– L’événement « H0 est vraie » est équivalent à l’argumentation impliquée, toute entière.

– L’événement « les données construites D0 sont observées » devra être déduit de manière intuitive.

Devra être déduite de manière intuitive, de la chronologie des événements.

a

P(H0|D0)

Bonne maîtrise des limites des tests de décision comme un outil différent du “bayésianisme” indirect (usuel).

b

P(RC|H0)

Mauvaise maîtrise des limites des tests de décision en étendant son rôle à celui du “bayésianisme” indirect (usuel).

c

P(RC∩H0)

– Mauvaise maîtrise des limites du “bayésianisme” indirect (usuel) en étendant son rôle à celui du “conjoinctuvisme”.

– Mauvaise maîtrise des limites des tests de décision en étendant son rôle à celui du “conjoinctuvisme”.

Item B

Puissance statistique P(RC|H1)

C’est une relation temporelle qui devra être déduite de l’interprétation, imposée par l’adverbe « correctement » contenu dans l’argumentation.

– L’événement « RC » est équivalent à l’argumentation privée de l’adverbe de manière « correctement » indiquant que cet événement est certain.

– L’événement « H1 est vraie » va dans le même sens que la décision déjà prise. Il doit être déduit de l’effet causé par ledit adverbe contenu dans l’argumentation.

Devra être déduite de la chronologie des événements, imposée par l’adverbe « correctement » contenu dans l’argumentation.

a

P(RC|H1)

Bonne maîtrise de la nature de la probabilité impliquée par la définition usuelle donnée au concept de « puissance statistique ».

b

P(RC∩H1)

Mauvaise maîtrise de la nature de la probabilité impliquée par la définition usuelle donnée au concept de « puissance statistique », en la considérant comme une probabilité conjointe.

c

P(H1|RC)

Mauvaise maîtrise du concept de « puissance statistique », en le considérant comme relevant du paradigme bayésien.

Item C

Niveau de signification P(H0|RC) et P(RC|H0)

C’est une relation temporelle qui devra être déduite des temps de survenance qui sont décalés, des deux événements impliqués par chacune des deux argumentations (1) et (2).

– L’événement « RC » représente une partie de chacune des deux argumentations indiquant la décision de rejet de H0.

– L’événement « H0 est vraie » indique l’autre partie de chacune des deux argumentations indiquant le caractère fallacieux de la décision de rejet de H0.

Devra être déduite de la chronologie des événements, imposée par chacune des deux argumentations.

Ce sont les mêmes événements qui sont impliqués par chacune des deux argumentations, mais avec des chronologies opposées.

Oui

P(H0|RC) = P(RC|H0)

Mauvaise maîtrise des limites du “bayésianisme” dans le cas de l’interprétation fréquentiste du concept de niveau de signification.

Non

P(H0|RC) ≠ P(RC|H0)

Bonne maîtrise de l’interprétation fréquentiste du concept de niveau de signification.

Item D

Réplicabilité P(RC|D0)

C’est une relation temporelle qui devra être déduite de l’interprétation, imposée par le terme de réplicabilité « reprendre » contenu dans l’argumentation.

Les événements : « les données construites D0 sont observées » et « RC » sont respectivement une décision de rejet de H0 et sa réplication traduites par l’argumentation.

Devra être déduite de la chronologie des événements, imposée par le terme de réplicabilité « reprendre » contenu dans l’argumentation.

a

P(RA|H0)

Aucune importance n’est donnée à la condition : « … en supposant que H0 est vraie ».

b

P(RC|D0)

Bonne maîtrise des limites des tests de décision comme un outil inadéquat pour évaluer la « réplicabilité ».

c

P(H1|D0)

– Aucune importance n’est donnée à la condition : « … en supposant que H0 est vraie ».

– Mauvaise maîtrise des limites du “bayésianisme”.

Item E

Risque de 1re espèce P(RC|H0)

C’est une relation temporelle qui devra être déduite de l’interprétation, imposée par l’adverbe « incorrectement » contenu dans l’argumentation.

– L’événement « RC » est l’argumentation privé de l’adverbe de manière « incorrectement » indiquant que cet événement est incertain.

– L’événement « H0 est vraie » va dans le sens contraire que la décision déjà prise. Il doit être déduit de l’effet causé par ledit adverbe contenu dans l’argumentation.

Devra être déduite de la chronologie des événements, imposée par l’adverbe « incorrectement » contenu dans l’argumentation.

a

P(H1∩RA)

Mauvaise maîtrise de la nature de la probabilité impliquée par la définition usuelle donnée au concept de « risque de 1re espèce », en la considérant comme une probabilité conjointe.

b

P(H0|RC)

Mauvaise maîtrise du concept de « risque de 1re espèce », en le considérant comme relevant du paradigme bayésien.

c

P(RC|H0)

Bonne maîtrise de la nature de la probabilité impliquée par la définition usuelle donnée au concept de « risque de 1re espèce ».

Les modalités écrites en gras sont celles considérées comme correctes.

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Notes

1 Tout au long de cet article, l’expression « tests statistiques » se rapporte à la fois au test de signification de Fisher et au test de décision (ou d’hypothèse) de Neyman-Pearson.

2 Cette probabilité est équivalente à la probabilité que H0 soit vraie sachant que les données construites sont 𝔇 (P(H0|𝔇)). En effet, dans un test statistique, les données construites 𝔇 sont toujours en faveur de l’hypothèse statistique H1, sinon un test statistique ne va servir à rien. Toutefois, il se peut qu’une telle faveur soit obtenue à cause des fluctuations d’échantillonnage ou des erreurs de mesures expérimentales. Dans un tel cas, nous pouvons conclure que les données 𝔇 sont obtenues seulement par hasard (i.e., les données 𝔇 ne sont pas obtenues parce que H1 est vraie, mais parce que H0 est vraie).

3 Nous désignons par “bayésianisme” indirect (usuel), un courant de pensée qui, contrairement aux tests statistiques qui s’intéressent à la détermination de la probabilité conditionnelle P(𝔇|H), il se fonde sur la probabilité inverse P(H|𝔇) que nous pouvons déterminer en utilisant la fameuse règle de Bayes. Nous avons étiqueté ce courant d’indirect parce que la façon selon laquelle les expressions probabilistes impliquées, et qui sont équivalentes à P(H|𝔇), ne permet pas de repérer de manière directe les trois composantes de la probabilité conditionnelle, à savoir : la relation conditionnelle, le couple (H,𝔇) d’événements impliqués et la distinction entre l’événement conditionné et celui conditionnant. Aussi, il est appelé « usuel » parce que les expressions probabilistes proposées ou véhiculées sont courantes et habituelles dans le langage adopté par les individus.

4 C’est un indicateur qui sert à mesurer la cohérence interne (ou la fiabilité) des questions posées lors d'un test (les réponses aux questions portant sur le même sujet devant être corrélées). Sa valeur, toujours inférieure ou égale à 1, sera généralement considérée comme « acceptable » si elle dépasse 0,7.

5 Ce sera une confusion si la condition « … en supposant que H0 est vraie » n’est pas satisfaite.

6 Cette confusion explicite deux types d’erreurs : (a) l’omission de la condition « … en supposant que H0 est vraie » et (b) l’adoption d’un courant bayésien.

7 Les probabilités indiquées dans les items et dans les modalités correspondantes du questionnaire sont conjointes ou conditionnelles des deux événements 𝔇 et H. Ces derniers sont implicitement ou explicitement mentionnés dans les différentes formulations de ces items et modalités. Ces formulations sont conçues d’une façon ne permettant pas aux participants de mettre facilement en œuvre les deux événements indiqués, ainsi que le type de probabilité sous-jacente.

8 Pour chacun des items A, B, D et E, le codage adopté pour une modalité donnée est de la forme : « Xy », où X est la lettre alphabétique désignant l’item dont la modalité appartient, et « y » est la lettre alphabétique désignant la modalité en question ; sauf que, dans le cas où la modalité est celle considérée comme correcte, la lettre « y » sera remplacée par la lettre « r ». Cependant, dans le cas de l’item C qui est à bi-modalité, le codage adopté est : « Ce » pour désigner la modalité d’échec, et « Cr » pour désigner celle de réussite.

9 Cette analyse est conduite à l’aide du logiciel Statistica (Version 6).

10 Ce n’est pas le cas pour le calcul d’inertie en analyse de correspondances simples d’un tableau de Burt.

11 Dans la suite de l’analyse, nous nous limiterons simplement aux trois premières valeurs propres.

12 Notons que ces modalités occupent des positions correspondant aux modalités ayant les plus grandes coordonnées en valeur absolue par rapport au premier axe factoriel. Sinon, les autres modalités occupent quasiment des positions intermédiaires, avec de faibles contributions relatives.

13 Cette appellation de “semi-échantillonnal” vient du fait que seul le membre (RA) du couple (RA,H0) est déterminé en fonction de l’échantillon mis en œuvre dans l’expérimentation relative au test statistique, tandis que l’autre (H0) ne l’est pas. Toutefois, ce dernier représente un certain état de la population et non de l’échantillon.

14 Notons que ces modalités occupent des positions correspondant aux modalités ayant les plus grandes coordonnées en valeur absolue par rapport au deuxième axe factoriel. Sinon, les autres modalités occupent quasiment des positions intermédiaires, avec de faibles contributions relatives.

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Pour citer cet article

Référence papier

Zahid El M’hamedi, « Impact du langage probabiliste sur l'usage des tests de décision », Éducation et didactique, 17-2 | 2023, 143-174.

Référence électronique

Zahid El M’hamedi, « Impact du langage probabiliste sur l'usage des tests de décision », Éducation et didactique [En ligne], 17-2 | 2023, mis en ligne le 02 janvier 2025, consulté le 15 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/educationdidactique/11833 ; DOI : https://doi.org/10.4000/educationdidactique.11833

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Auteur

Zahid El M’hamedi

Équipe de recherches : Mathématiques, Didactique et leurs Applications, Centre Régional des Métiers de l’Éducation et de la Formation, Région de Rabat-Salé-Kénitra, Rabat, Maroc (mhamdizahid@gmail.com). Identifiant ORCID : 0000-0002-0046-8522

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Droits d’auteur

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