Navigation – Plan du site

AccueilNuméros57ArticlesLa construction réduplicative fin...

Articles

La construction réduplicative finnoise V1 kuin V1=kin : une ressource modale et discursive

The Finnish reduplicative construction V1 kuin V1=kin: a modal and discursive resource
Toistorakenne V1 kuin V1=kin modaalisena ja diskursiivisena ilmaisuvarana
Outi Duvallon et Rea Peltola

Résumés

Cet article étudie les valeurs modales et discursives de la réduplication verbale corrélative en finnois, V1 kuin V1=kin. L’objectif est de montrer, dans un premier temps, ce qui motive cette construction du point de vue de sa forme et de retracer l’émergence de son sens modal (« p est le cas malgré la possibilité de non-p »). Pour ce faire, le patron V1 kuin V1=kin est examiné au sein d’un réseau de constructions avec lesquelles il partage au moins l’un des deux éléments grammaticaux (marqueur de comparaison kuin et particule de focalisation inclusive =kin). L’analyse sémantique s’inscrit dans le cadre de la théorie de la dynamique des forces de Talmy (1988, 2000). Elle s’appuie également sur le modèle de description de la grammaticalisation et de l’intersubjectivité de Narrog (2012) et de Narrog et Heine (2021). Dans un deuxième temps, l’article se penche sur les emplois de la construction V1 kuin V1=kin. Sont distingués les cas où sa valeur modale est orientée vers l’événement et ceux où elle opère au niveau du discours. L’étude est fondée sur un corpus de 1 319 occurrences du patron V1 kuin V1=kin relevées dans des textes écrits de genres variés, datant de périodes différentes. Une attention particulière est accordée à des discussions écrites en ligne qui se sont révélées être un terrain propice à des utilisations épistémiques de cette forme.

Haut de page

Texte intégral

1. Introduction1

  • 1 Cet article est issu d’un projet de recherche sur les emplois de l’enclitique =kin dans le domaine (...)
  • 2 Bybee, Perkins & Pagliuca, 1994 ; van der Auwera & Plungian, 1998 ; van Gelderen, 2009.
  • 3 Par ex. van der Auwera, Kehayov & Vittrant, 2009 ; Kehayov & Torn-Leesik, 2009 ; Hilpert, 2016.

1Les expressions modales sont parmi les plus étudiées dans la littérature linguistique portant sur les mécanismes des changements grammaticaux. Leurs chemins d’évolution, identifiés généralement comme unidirectionnels et cycliques2, sont illustrés à travers l’utilisation des verbes modaux3. Dans cet article, nous nous proposons d’étudier les valeurs modales dont est porteuse une unité verbale complexe en finnois, à savoir la construction réduplicative V1 kuin V1=kin.

  • 4 Notre analyse se situant au niveau syntaxique et discursif, les gloses ne comportent pas d’indicati (...)
  • 5 Dans les variétés non standard du finnois, le marqueur de comparaison peut se réaliser aussi sous l (...)

2Dans ce patron, illustré en (1)4, deux verbes finis identiques sont reliés à l’aide d’un marqueur de comparaison (kuin) et d’un enclitique de focalisation inclusive (=kin)5 :

3L’interaction entre la construction réduplicative et les éléments lexicaux génère ici l’interprétation selon laquelle l’action décrite (« tirer sur une boule de graisse pour l’arracher ») aboutit à un résultat tout en demandant des efforts de la part du sujet qui fait face à une difficulté. En termes d’analyse modale, il s’agit d’exprimer une possibilité dynamique, mettant en relation les capacités du sujet et les circonstances extérieures.

  • 6 Voir Diessel, 2019, p. 199-222, 247-248 ; Vilkuna, 2021.

4Notre objectif est, en premier lieu, de mettre en lumière ce qui motive cette unité verbale complexe du point de vue de la forme et de montrer plus particulièrement en quoi la réduplication verbale contribue à son potentiel sémantique. Pour ce faire, nous analysons le patron V1 kuin V1=kin au sein d’un réseau de constructions6 avec lesquelles il partage au moins l’un des deux marqueurs grammaticaux (kuin et =kin). La comparaison de la forme V1 kuin V1=kin à d’autres constructions similaires nous permettra de retracer les étapes de son figement, observables dans les données du finnois écrit du xixe siècle, mais aussi l’émergence de son sens modal et les transformations que ce dernier a connues jusqu’à nos jours.

  • 7 Talmy, 1988, 2000.
  • 8 Narrog, 2012.
  • 9 Narrog & Heine, 2021.

5Nous considérons que cette construction est dotée d’une structure schématique abstraite dont découle son sémantisme modal. Notre analyse s’appuiera sur la théorie de la dynamique des forces conceptuelles élaborée par Leonard Talmy7. Dans ce cadre, nous ferons état, en second lieu, des valeurs intersubjectives et discursives dont témoignent les utilisations de la construction V1 kuin V1=kin à différentes époques et dans différents types de textes. L’évolution de son sens modal sera envisagée comme un processus de glissement d’un plan conceptuel vers un autre. Nous verrons ces plans comme se situant sur un continuum entre orientation vers l’événement et orientation vers le discours, en suivant la théorie sur la grammaticalisation et l’intersubjectivité de Narrog8 et de Narrog et Heine9.

1.1. Fondements méthodologiques et théoriques

  • 10 Talmy, 1988 ; 2000.
  • 11 Talmy, 2000, p. 406.
  • 12 Gärdenfors, 2024.

6La dynamique des forces est un concept sémantico-cognitif qui concerne la manière dont les entités exerçant une force réagissent face à une autre force et interagissent avec elle10. La présence des forces est particulièrement manifeste dans la structure sémantique des éléments modaux – les valeurs de possibilité et de nécessité découlent d’une (potentielle) concurrence entre forces. Selon Talmy, les forces modales, qui sont de nature conceptuelle, tirent leur origine de notre perception des forces physiques11. Du fait de leur fondement sensoriel, ces dernières sont immédiatement disponibles pour nos représentations cognitives et peuvent expliquer les distinctions perçues entre les différents types de relations causatives12.

7Talmy utilise des schémas pour présenter les facteurs en jeu dans l’interaction entre les forces opposées et inégales. Pour en prendre deux exemples, les figures (1a) et (1b) illustrent l’exercice des forces correspondant aux exemples (2a) et (2b).

  • 13 Ibid., p. 415.
  • 14 Ibid., p. 418.

Figure 1a13 et 1b14.

Figure 1a13 et 1b14.

8Une force antagoniste, symbolisée par la forme concave, pourrait constituer un obstacle à une force agoniste, signalée par la forme ronde. Le signe > indique que la force agoniste tend, de manière inhérente, vers le mouvement (ou changement), alors que la force antagoniste y offre une résistance par son aspect statique. Le signe + encode la supériorité d’une force sur l’autre.

9Dans la figure (1a), la force agoniste, responsable du mouvement du ballon en (2a), ne rencontre pas de résistance suffisante de la part de la force antagoniste (une herbe raide) qui est susceptible de l’empêcher d’agir. La ligne horizontale au-dessous de la force agoniste représente le résultat de cette interaction. Elle reprend le signe > (action) pour indiquer que l’événement se déroule de manière continue malgré la présence de la force antagoniste.

10La figure (1b), quant à elle, illustre un événement plus complexe dans lequel la force antagoniste (en 2b, le bouchon), initialement plus forte, empêche d’abord le changement vers lequel tend la force agoniste (mouvement de l’eau). Il se produit cependant un changement dans la situation, la force antagoniste cédant et laissant passer l’action de la force agoniste. Sur la ligne horizontale, le point (repos ou absence de changement) symbolise le début de la confrontation et la flèche (action) en représente l’issue ; ils sont séparés par la barre oblique indiquant la survenue d’un changement.

11Notre exemple (1) ci-dessus correspond à la configuration présentée par la figure 1b, avec une force antagoniste (accrochage de la boule au pommier) qui se rompt sous l’effet de la force agoniste (traction exercée par la pie). À la différence des exemples (2a) et (2b), les forces en exercice n’y sont pas purement physiques car la pie, participant animé de la situation, investit dans la lutte aussi sa volonté, une force subjective. Elle a l’intention d’avoir la boule de graisse en sa possession.

  • 15 Voir Talmy, 1988, p. 69, 71.

12Les configurations illustrant une interaction entre les forces physiques servent de base pour décrire des dynamiques relatives à l’état psychique des participants animés d’un événement. Les forces sont alors associées à un autre niveau conceptuel, cognitif ou émotionnel. Les expressions d’intention et de volonté se fondent sur la capacité d’un agent à s’orienter vers un événement à venir et à exercer sur soi-même (ou sur autrui) une pression psychologique qui le pousse vers la réalisation de l’événement15. Ce qui est particulièrement important pour la présente étude est le fait que Talmy évoque également l’extension du concept des forces vers un plan discursif où la dynamique s’opère au niveau de l’argumentation et des attentes discursives.

  • 16 Narrog, 2012, p. 49-55 ; voir aussi Narrog & Heine, 2021.
  • 17 Narrog, 2012, p. 51.
  • 18 Ibid., p. 49-51 ; Narrog & Heine, 2021, Ch. 4.2.

13Pour identifier les fonctions modales et discursives de la construction V1 kuin V1=kin, nous nous inspirerons du modèle de Narrog16 qui pose un continuum entre deux pôles, la modalité orientée vers l’événement et la modalité orientée vers le discours. L’orientation vers l’événement est la propriété des éléments modaux qui permettent d’exprimer qu’un événement peut (le potentiel) ou doit (la nécessité) avoir lieu17. Les éléments modaux orientés vers le discours, quant à eux, mettent en avant la perspective du locuteur (par ex. les éléments permettant de réduire la prise en charge énonciative), la situation d’énonciation, notamment la perspective de l’interlocuteur (par ex. les tournures concessives), ou encore la gestion plus globale de l’interaction, du texte ou du discours (par ex. les marqueurs discursifs)18.

  • 19 Voir la discussion et les sources citées dans Fagard et al., 2020.

14Dans cette approche, l’évolution des éléments modaux peut être envisagée non pas comme une perte de propriétés sémantiques, c’est-à-dire un processus de désémantisation désigné métaphoriquement par les termes décolorisation ou javellisation dans le cadre des théories sur la grammaticalisation19, mais comme un changement dans l’orientation du sens modal. Notre analyse sur la sémantique modale et les fonctions de la construction V1 kuin V1=kin viendra appuyer l’idée qu’une structure schématique abstraite peut traverser différents plans de l’activité de langage, allant de l’expressivité jusqu’à la coordination du discours.

1.2. Études antérieures

  • 20 Länkelä, 1867, p. 67.
  • 21 Voir, en particulier : Nykysuomen sanakirja (NS), 1951-1961, s.v. kuin iii. et s.v. -kin A. I. 3.
  • 22 ISK, 2004.

15À notre connaissance, il n’existe pas d’étude antérieure spécifiquement consacrée à la construction V1 kuin V1=kin. On en trouve une mention dans le manuel de grammaire de Länkelä, publié en 1867, qui la présente comme un exemple de propositions de comparaison20. Les dictionnaires donnent également des exemples de cette tournure21, mais elle n’est pas répertoriée par la grammaire de référence la plus récente, Iso suomen kielioppi (Grande grammaire du finnois)22.

  • 23 Räsänen, 2010, p. 187-188.

16La seule description considérant le patron V1 kuin V1=kin comme une construction à part entière est faite par Räsänen23 qui fournit une étude systématique des constructions réduplicatives du finnois. Dans son analyse, l’auteur met en avant les différentes manières dont la forme V1 kuin V1=kin positionne le contenu propositionnel par rapport aux attentes discursives, ce qui donne lieu à des effets de sens qu’il qualifie d’expressifs. La construction est employée dans la narration pour exprimer une action qui se fait de justesse, avec difficulté (comme c’est le cas dans l’ex. 1). Le verbe rédupliqué est alors au passé et l’événement est présenté comme aspectuellement borné. Au présent, en revanche, avec le verbe olla « être » (X on kuin onkin Y [X être.3sg kuin être.3sg=kin Y]), la construction réduplicative permet d’indiquer, selon Räsänen, que l’énoncé a comme arrière-plan une situation de réflexion ou de raisonnement (« X est-il bien Y ? ») qui se termine par un résultat positif (« X est effectivement Y »). Bien qu’elle se fonde sur un échantillon relativement réduit d’exemples relevés de textes écrits contemporains, l’analyse de Räsänen montre qu’il s’agit d’une construction productive qui n’est pas limitée à un type de verbe particulier.

1.3. Le corpus

17Notre étude est fondée sur des données écrites relevées dans différents sous-corpus disponibles dans la base de données Kielipankki (Banque de données linguistiques de Finlande)24 et sur le site de Kotus (Institut des langues de Finlande)25. La constitution du corpus a été guidée par l’objectif de rendre compte, d’un côté, des emplois du patron V1 kuin V1=kin dans les données les plus anciennes et d’examiner, de l’autre côté, ses emplois en finnois contemporain.

18D’après nos enquêtes, des structures apparentées à la forme V1 kuin V1=kin s’observent dans des textes écrits à partir de la fin des années 1820, date à laquelle a commencé l’élaboration d’un finnois écrit moderne. Les écrits antérieurs au xixe siècle, notamment les traductions finnoises de la Bible depuis le milieu du xvie siècle, ne fournissent pas d’exemples de construction réduplicative, mais ils nous ont été utiles pour l’étude du réseau de constructions dans lequel elle s’inscrit.

19Notre corpus, rassemblant en tout 1 319 occurrences du patron V1 kuin V1=kin, se compose de deux parties temporellement distinctes. La première est formée de 406 occurrences recueillies dans des textes publiés entre 1829 et 1917, relevant de genres variés, tels que publications de poésie kalévaléenne, contes populaires, textes de presse et œuvres d’auteurs finnois classiques. La seconde partie comporte 913 occurrences issues essentiellement de deux sources : des textes journalistiques publiés sur le site internet de la radiotélévision finlandaise YLE entre 2011 et 2021 et des publications sur le forum de discussion en ligne Suomi24 entre 2001 et 2014 (voir le tableau 1 ci-dessous).

Tableau 1 – Composition du corpus.

Sources exploitées Occurrences (N)
Partie I : Textes publiés entre 1829 et 1917 406
Recueils de poésie kalévaléenne (E. Lönnrot, 1829-1849) 12
Contes populaires (E. Salmelainen, 1852-1866) 38
Textes de presse (1847-1879) 338
Œuvres d’auteurs classiques (M. Canth, J. Aho) 14
Autres sources 4
Partie II : Finnois contemporain 913
Textes journalistiques (YLE, 2011-2021) 531
Forum de discussion (Suomi24 (2001-2014) 377
Autres sources 5
Total des deux parties 1 319
  • 26 Voir Harju, 2018.

20Les contes populaires et les textes de presse (dans les deux parties du corpus) représentent des types de texte traditionnels, narratifs, informatifs et argumentatifs, alors que les publications sur le forum de discussion constituent une forme de communication écrite bien spécifique grâce à leur caractère informel, à l’anonymat des auteurs de profils variés et à l’enchaînement des messages26. Nous verrons dans la partie 3.2.2 que la construction V1 kuin V1=kin trouve là un terrain propice pour le développement de nouveaux emplois discursifs et argumentatifs.

1.4. Organisation de l’article

21Après cette introduction, nous passerons dans la partie 2 à l’examen des propriétés formelles et sémantiques de la construction V1 kuin V1=kin. La partie 3 sera consacrée à l’analyse des fonctions discursives de cette forme, avec une attention particulière accordée aux différentes valeurs modales qu’elle permet d’exprimer. La conclusion discutera des apports de cette étude pour la compréhension des mécanismes d’évolution des expressions modales.

2. Les propriétés formelles et sémantiques de la construction V1 kuin V1=kin

  • 27 Räsänen, 2010, p. 187.

22Le patron syntaxique V1 kuin V1=kin est composé de deux formes verbales identiques, généralement finies, du marqueur de comparaison ku(i)n et de l’enclitique de focalisation =kin. Cette construction est toujours affirmative27. Nous commencerons l’examen de ses propriétés par un bref aperçu sur le phénomène de réduplication (2.1.). Ensuite seront présentés les éléments « joncteurs » de construction (2.2.) et l’environnement qu’ils créent pour la répétition verbale (2.3.). Enfin, nous terminerons par l’analyse des valeurs sémantiques de la forme réduplicative (2.4.).

2.1. La réduplication en typologie linguistique

  • 28 Rubino, 2013 ; Mattiola & Masini, 2022.
  • 29 On entend donc par réduplication morphologique un processus de formation des mots alors que la rédu (...)

23La réduplication est définie, dans la littérature typologique, comme un phénomène consistant à répéter une unité linguistique ou une partie de celle-ci pour former une nouvelle unité dont le sens diffère de celui de l’unité non rédupliquée28. On parle de réduplication morphologique lorsque la construction résultant de la répétition est perçue comme un seul mot (3-5) et de réduplication syntaxique lorsque la répétition concerne un mot et crée une suite de deux (ou plusieurs) mots identiques appartenant à la même unité prosodique (6-7)29 :

  • 30 Fischer, 2011.

24L’ajout de matière dans la forme linguistique a été considéré comme ayant un effet iconique au niveau du sens. La réduplication exprime typiquement une augmentation de quantité, telle que la pluralité des référents (3), la continuité ou la répétition d’une action (4), l’intensité d’un procès (5) ou d’une qualité (6-7). Fischer30 propose de concevoir les valeurs iconiques produites par la réduplication soit comme une répétition selon un axe horizontal (réitération, continuité), graphiquement symbolisée par – – –, soit comme une répétition selon l’axe vertical (intensification, augmentation), symbolisée par ≡.

  • 31 Par ex. Moravcsik, 1978 ; Fischer, 2011 ; Kouwenberg & LaCharité, 2015.
  • 32 Voir Wierzbicka, 1986 ; Montaut, 2009.
  • 33 Voir aussi Finkbeiner, 2018 ; Prak-Derrington, 2021.

25D’un autre côté, la réduplication peut produire des effets de sens opposés, comme la diminution et l’atténuation, et connaît également des emplois dérivationnels non iconiques31. À des valeurs purement sémantiques et grammaticales s’ajoutent des valeurs expressives, par exemple une valeur d’insistance qui ne correspond pas au « haut degré », mais à un « degré optimal ou idéal32 », ce qui implique une prise de position subjective (6). Dans l’exemple (7), la réduplication crée une focalisation contrastive sur la qualité prototypique représentée par le nom rédupliqué (salad). Ces valeurs discursives de la réduplication sont étroitement liées à la dimension intersubjective de l’activité de langage et ne peuvent être déterminées qu’en analysant des exemples en contexte33.

  • 34 Stolz, 2009.
  • 35 Mattiola & Masini, 2022.

26La construction réduplicative peut être asyndétique, comme dans les exemples ci-dessus, mais aussi syndétique34, c’est-à-dire discontinue35. Dans ce cas, la répétition se fait au sein d’un patron syntaxique dans lequel l’adjacence entre la base et le rédupliquant est rompue par un élément grammatical interposé, tel qu’une adposition ou une conjonction :

  • 36 Ibid., 2022.

27La réduplication discontinue est moins étudiée en typologie linguistique que la réduplication asyndétique. Le travail récent de Mattiola et Masini36, fondé sur l’analyse de 214 cas de réduplication discontinue collectés dans un corpus de 99 langues, n’a pas permis de dégager de corrélations significatives entre la nature des éléments interposés et les valeurs sémantiques de la réduplication. Plus globalement, on retrouve dans les constructions réduplicatives discontinues des valeurs similaires à celles qui sont créées par les constructions réduplicatives continues, notamment intensification, distributivité, continuité.

28Cependant, en analysant une construction réduplicative spécifique, on peut supposer que la mise en relation des unités identiques, base et rédupliquant, est façonnée par des éléments interposés et que ces derniers contribuent à l’interprétation de l’effet iconique de la répétition.

2.2. Marqueur de comparaison kuin et enclitique de focalisation =kin

29La construction qui nous intéresse ici se caractérise par la présence d’un marqueur de comparaison kuin (« comme ») entre deux formes verbales et d’un enclitique de focalisation inclusive =kin adjoint au rédupliquant : [V + marqueur de comparaison + V=foc.inc].

  • 37 Étymologiquement, kuin est la forme d’instructif pluriel de la base pronominale interrogative-indéf (...)
  • 38 On trouve aussi cet élément dans la construction de comparaison de supériorité, non illustrée ici.

30L’élément kuin37 est utilisé en finnois dans les constructions de comparaison de similitude et d’égalité pour introduire le standard de comparaison38 :

  • 39 Stassen, 2006 ; Heinonen, 2010 ; Chamoreau & Treis, 2019.

31Ces constructions établissent une relation entre deux entités qui sont évaluées l’une par rapport l’autre sur la base d’un paramètre. La comparaison d’égalité, marquée par yhtä « également » (de yksi « un ») (12b), présente une évaluation graduée et quantitative pour situer les entités sur une échelle prédicative, alors que la comparaison de similitude (12a) se fonde sur un rapprochement qualitatif sans opération de graduation39.

  • 40 Haspelmath & Buchholz, 1998.

32L’exemple (12c) illustre une variante de la comparaison d’égalité, à savoir la construction corrélative40 dans laquelle le marqueur de degré est un adverbe démonstratif niin « ainsi, à ce point » (instructif pluriel figé du démonstratif se « cela »), formellement parallèle à kuin (voir la note 37), et le standard de comparaison est une forme elliptique d’un prédicat verbal.

  • 41 Pierrard, 2012.

33Il existe une affinité sémantique entre comparaison d’égalité et adjonction, qui est manifeste au niveau des formes mobilisées pour exprimer ces relations41. Les mêmes marqueurs niin et kuin s’emploient pour construire une coordination additive :

  • 42 Vilkuna, 1984 ; König, 1991 ; Duvallon, 2021, 2024.

34Dans la construction niin N1 kuin N2=kin « aussi bien N1 que N2 », le deuxième nom (N2) est porteur de l’enclitique =kin, comme c’est le cas dans la comparaison d’égalité illustrée par (12b). Cette particule de focalisation inclusive peut avoir un hôte nominal ou verbal. Lorsqu’elle est adjointe à un groupe nominal, sa fonction est d’indiquer que l’élément focalisé est à situer par rapport à un ensemble d’alternatives qui sont inclues dans l’interprétation de l’énoncé en tant que valeurs possibles à la place de l’élément focalisé42. En fonction des éléments contextuels, =kin crée soit un sens inclusif-additif (« aussi »), soit un sens scalaire (« même ») :

  • 43 Voir Duvallon, 2021, 2024.

35Dans la forme de coordination corrélative (13), cet élément, grammaticalement optionnel, produit l’effet de mettre à pied d’égalité deux entités qui, selon les attentes (implicites ou explicites), ne sont pas égales en tant que participants du procès exprimé. De même que dans la comparaison d’égalité (12b), l’enclitique =kin signale donc la déconstruction de l’idée qu’il y aurait une inégalité entre les entités mises en corrélation43.

36Dans les constructions corrélatives, l’enclitique =kin peut aussi être rattaché à un verbe. L’exemple (15), qui est un dicton populaire, illustre une corrélation de type causal entre deux verbes différents, kun (~ ko) V1 ni(in) V2=kin « comme V1, alors V2 » :

37Il s’agit ici de mettre sur un pied d’égalité deux procès, « venir sans être invité » et « partir sans être prié ». L’enclitique =kin implique que cet énoncé a comme arrière-plan une situation dans laquelle les attentes relatives au départ des convives ne sont pas unanimes.

38Deuxièmement, la mise en corrélation peut concerner un seul et même événement qui est pris en considération de deux points de vue différents, avec des coordonnées temporelles et modales distinctes. En (16), un procès qui est présenté comme actualisé dans le temps (« il est ressuscité ») est comparé à ce qui avait été annoncé auparavant :

39La seconde partie de la séquence corrélative est introduite par une expression formée de niin (« ainsi ») et de kuin (« comme »), niinkuin (« comme, ainsi que »). Elle comporte un verbe de parole au prétérit, sanoi « [il] a dit », qui désigne une situation antérieure. L’enclitique =kin, adjoint à ce verbe, participe à la création du lien entre les deux situations afin de signaler que l’événement actualisé est en conformité avec ce qui était prévu. Sur le plan intersubjectif, il s’agit de rendre pertinentes les connaissances supposées partagées et, par là même, on peut considérer que la seconde partie de la construction vise à atténuer le désarroi des femmes qui ne s’attendent pas à trouver le tombeau de Jésus vide. Cet exemple, tiré d’un texte publié en 1549, reprenant des passages des évangiles de Marc et de Mathieu, témoigne d’un emploi ancien de l’enclitique =kin dans les constructions corrélatives.

  • 44 Laitinen 1992, p. 213-222 ; voir aussi Peltola 2021, p. 158-159.
  • 45 Voir Elsayed, 2017, p. 34.

40Une autre façon d’indiquer la conformité d’un événement avec les attentes préalables consiste à utiliser le verbe modal déontique pitää « devoir », qui permet d’ouvrir une perspective sur le futur du passé44. L’exemple (17) est relevé dans un texte contemporain, mais la construction est attestée depuis le xvie siècle45 :

41Dans ce cas, l’enclitique =kin est ajouté au verbe modal au prétérit (piti=kin) qui met en place une source non spécifiée qui, à un moment appartenant au passé, prévoit les événements météorologiques à venir, préconisant aussi un plan d’actions à adopter. La construction corrélative qui évalue le déroulement de l’événement par rapport à la gestion prévue se trouve dans un contexte où les prévisions sur l’intensité de la tempête sont remises en cause.

42La mise en relation des deux points de vue sur le même événement peut se faire également dans le sens inverse, le premier verbe exprimant un événement à venir et le deuxième confirmant la réalisation de celui-ci :

  • 46 Voir Bach, 1981 ; de Vogüé, 2006.
  • 47 Vilkuna, 1984 ; Carlson, 1993.

43Dans le domaine verbal, l’emploi de l’enclitique =kin se caractérise par le fait qu’il met en relation deux points de vue différents sur un « événement ». Ce terme est à comprendre ici dans le sens d’une éventualité, c’est-à-dire qu’un événement peut ou non se réaliser, et lorsqu’il est évoqué sous forme d’idée, il est en concurrence avec d’autres scénarios possibles46. Dans les cas comme (18), la construction V=kin confirme une attente47, mais elle peut aussi rappeler un point de vue antérieur sur l’événement pris en considération avant son actualisation (ex. 16 et 17).

2.3 Réduplication verbale au sein du patron V1 kuin V1=kin

44Les constructions corrélatives présentées ci-dessus établissent une relation entre deux formes verbales différentes. La structure V1 kuin V1=kin, en revanche, répète la même forme. Nous faisons l’hypothèse que les raisons de cette répétition sont d’origine expressive. Les textes datant du xixe siècle fournissent des exemples qui permettent d’observer une répétition verbale de type V1 X kuin V1=kin avant le figement de la construction.

45Dans certains cas, la séquence kuin V=kin se trouve séparée du premier verbe par un complément et apparaît donc nettement comme un ajout venant appuyer après coup la première occurrence. Dans l’exemple (19), la répétition qui concerne la copule olla « être » se situe au sein d’une proposition hypothétique en jos « si », qui fonctionne comme commentaire d’un proverbe :

  • 48 Voir Linell & Lindström, 2016.
  • 49 Dans le contexte dialogique, la construction V=kin, introduite par la particule niin « ainsi », per (...)

46La mise en corrélation de deux occurrences du même verbe est ici motivée par le fait qu’il y a une asymétrie de sens entre elles48. La séquence jos se on tosi « si c’est vrai » présente son contenu comme conditionnel et non pris en charge par le locuteur, ce à quoi la suite kuin onkin « comme c’est effectivement le cas » apporte une confirmation qui correspond au point de vue du locuteur49. Cela donne un meilleur appui pour l’interprétation que le locuteur présente par la suite.

47Un autre cas de figure présent dans les textes du xixe siècle, notamment dans les contes populaires, consiste en l’emploi d’un verbe dynamique agentif, tel que lähteä « partir », au présent, avec un sujet à la 1re personne du singulier :

48Dans cet extrait, après l’énoncé prohibitif de sa fiancée, Tuhkamo affirme sa détermination à partir conformément à ce qu’il a déjà annoncé, ce qui implique une décision consciente de sa part.

49Les contextes de ce type de répétition se caractérisent par la présence d’éléments susceptibles de freiner la décision, comme la prière de la fiancée ci-dessus. La répétition corrélative ne se motive pas par la juxtaposition de deux points de vue sur l’événement, mais elle fait écho à l’existence d’une résistance à vaincre dans la situation.

  • 50 Traduction adaptée de J.-L. Perret et de G. Rebourcet.

50Des exemples similaires se trouvent dans les recueils de poésie kalevaléenne qui se basent sur la poésie orale populaire, ce qui permet de penser que la réduplication verbale corrélative V1 X kuin V1=kin est probablement un procédé discursif ancien, ayant existé dans les dialectes finnois avant l’élaboration de la langue écrite. Les vers en (21) annoncent le départ de la future mariée du foyer de ses parents50 :

51La répétition corrélative du verbe lähteä « partir » est précédée de vers qui décrivent les émotions de la jeune femme. Par la séquence Lähen tästä kuin lähenki, elle affirme son engagement dans le départ, malgré son chagrin.

52En plus des verbes désignant des actions physiques comme le départ, on trouve la répétition corrélative, à la 1re personne au présent, avec des verbes de parole, tels que sanoa « dire ». Dans ce cas, le locuteur affirme son acte de parole à venir qui, dans le contexte, pourrait paraître peu pertinent.

53L’affirmation assurée par la répétition corrélative du verbe sanoa « dire » se positionne sur un fond discursif où il est attendu que le temps ne soit pas évoqué dans la lettre. Le locuteur met en évidence le fait qu’il tient compte de cette attente, créée par lui-même, mais dans le même temps, il se permet de la violer.

  • 51 Dans les poèmes kalévaléens, une motivation possible pour l’emploi de la construction réduplicative (...)
  • 52 Wierzbicka, 1986, p. 294 ; Prak-Derrington, 2021, Ch. 7.

54Les exemples (20)-(22) illustrent une réduplication qui est de nature expressive, sans valeur grammaticale proprement dite51. En comparaison d’une forme verbale simple, elle marque un engagement accru du locuteur vis-à-vis de son énoncé52 et crée un effet d’intensification qui porte sur le dire afin de le renforcer, d’une manière ou d’une autre. Lorsque le verbe est à la première personne et au présent, le locuteur exprime une décision qui met fin à des hésitations qui pourraient le conduire à renoncer à l’acte qu’il s’apprête à accomplir. Les hésitations vaincues relèvent de l’état intérieur du locuteur (comme les émotions en 21) ou sont causées par les attentes d’autrui ou les normes sociales. Le point crucial est que le locuteur, en tant qu’agent à la fois de l’énonciation et de l’action, affirme son intention.

55On observe une configuration différente dans l’exemple (23) où le verbe est à la 3e personne et au prétérit :

56Par son contenu sémantique, le verbe suostua « accepter » implique une confrontation entre les volontés de deux êtres. Ci-dessus, la poule veut avoir les œufs de la colombe alors que cette dernière n’a préalablement aucun intérêt pour les œufs de la poule et se trouve dans une position de force où elle pourrait rejeter la proposition d’échange. Dans le contexte précédent, le verbe inchoatif alkaa « commencer » et le verbe agentif duratif vietellä « séduire [afin d’obtenir quelque chose] » décrivent l’événement comme ayant une durée. La poule fait des efforts pour vaincre une résistance. Le fait d’accepter signifie ne pas s’opposer alors qu’on est en mesure de le faire, c’est-à-dire permettre à la volonté d’autrui de se réaliser en s’y conformant. En termes de dynamique des forces, après une résistance, la force antagoniste laisse passer la force agoniste (voir la figure 1b en 1.1.).

57La particularité de la forme rédupliquée apparaît lorsqu’on la compare à une forme verbale simple (24a) et à une forme verbale simple porteuse de l’enclitique =kin (24b) :

58La première (24a) présenterait l’événement d’accepter comme faisant suite, de manière neutre, à la proposition de la poule, alors que la deuxième (24b) s’interpréterait comme une confirmation de l’attente créée par la proposition d’échange (voir ex. 18). Dans la forme V1 kuin V1=kin, le rédupliquant (kuin V=kin) vient appuyer la première occurrence du verbe. Ici, la répétition verbale n’est pas seulement expressive, mais sa fonction est d’encoder dans la forme linguistique une complexité modale qui conditionne l’actualisation de l’événement.

59L’apparition de ce sens modal s’accompagne du figement du patron syntaxique de la construction réduplicative pour former un seul prédicat complexe au lieu de deux prédicats distincts. Dans notre sous-corpus de contes populaires, les deux verbes peuvent encore être séparés par une virgule qui indique une frontière syntagmatique (ex. 20), mais cette pratique orthographique devient rare dans les autres textes de la seconde moitié du xixe siècle. Avec le figement, les verbes reliés par kuin commencent à former un bloc soudé, indissociable par un argument ou un complément, qui doit lui être postposé ou antéposé. La séquence V1 kuin V1=kin se présente comme une unité sémantiquement non compositionnelle, c’est-à-dire comme une construction.

2.4. La stratification modale et la durée narrative

60La valeur modale de la construction V1 kuin V1=kin repose sur la configuration dynamique d’une situation de tension entre deux forces opposées et inégales, l’une, antagoniste, étant potentiellement plus forte que l’autre, agoniste. Cette dernière tend vers un mouvement ou un autre type de changement et l’emporte sur la résistance de la force opposée qui, elle, tend vers un état statique. Comme les expressions modales d’une manière générale, la construction V1 kuin V1=kin permet d’évoquer la présence de plus d’un déroulement possible pour un événement.

61Pour revenir sur l’exemple (1), repris ci-dessous en (25), le résultat de la lutte menée par la pie avec une boule de graisse accrochée au pommier est conceptualisé comme se profilant sur un fond où la confrontation aurait pu se terminer par un échec.

  • 53 Fischer, 2011.
  • 54 Voir aussi Kentner, 2023, p. 105.

62Dans la construction V1 kuin V1=kin, l’augmentation du sens générée par la réduplication se situe sur l’axe vertical (≡), pour emprunter l’idée de Fischer53, mais elle ne s’assimile pas à une valeur d’intensification ou de prototypicalité qui sont typiquement associées à cet axe (voir les ex. 5-7 dans la partie 2.1.)54. L’augmentation « verticale » a ici ceci de particulier qu’elle correspond à la non-unicité des issues possibles qui sous-tend l’événement. Il s’agit de produire une description du procès (p) qui porte à la fois sur son état d’actualisé et l’alternative non actualisée : p est le cas malgré la possibilité de non-p. Nous désignons cette complexité sémantique par le terme stratification modale.

  • 55 Ibid.

63À la stratification modale s’ajoute une autre caractéristique. Comme vu en 2.1., la répétition du verbe peut être utilisée pour exprimer iconiquement une augmentation de quantité selon un axe horizontal (– – –)55. Une séquence telle que il court, il court, il court décrit la durée de l’action de courir et parallèlement la longueur du trajet parcouru. Dans la construction V1 kuin V1=kin, en revanche, la réduplication du verbe ne se rapporte pas à la notion de durée en ce qui concerne l’actualisation de l’événement, qui peut être ponctuel. Mais dans le même temps que la réduplication donne une forme linguistique à la stratification modale qui conditionne l’actualisation de l’événement, elle augmente aussi, par le biais de la dimension matérielle de la langue, la durée narrative, c’est-à-dire le temps effectif que le locuteur consacre à l’événement dans son discours.

2.5. Pour récapituler

64Nous avons montré, dans cette partie, que la répétition corrélative du verbe qui a conduit à la construction V1 kuin V1=kin est de nature expressive à l’origine. On peut supposer que le rédupliquant kuin V1=kin a permis, d’abord, de juxtaposer, au point de vue exprimé par le premier verbe, un autre point de vue sur le même procès (voir ex. 19). Les répétitions du verbe à la 1re personne, au présent, représentent une phase d’évolution plus avancée dans laquelle les deux formes verbales ne peuvent plus être désolidarisées. La répétition verbale permet au locuteur d’affirmer son action à venir, mouvement ou acte de parole, au sein d’une situation qui fait naître des hésitations quant au passage à l’action. La forme réduplicative fait écho à l’existence d’une résistance à vaincre dans la situation.

65On trouve dans ces emplois la stratification sémantique qui caractérise la construction V1 kuin V1=kin. Il s’agit d’exprimer un événement tout en tenant compte du fait qu’il s’actualise malgré les facteurs qui pourraient le freiner (voir la figure 1a en 1.1.). Comme on l’a vu, la nature agentive des verbes met en saillance la position du sujet-agent dans la dynamique des forces.

66Le sens d’achèvement positif dont la construction V1 kuin V1=kin est porteuse en finnois contemporain (ex. 1 et 25, figure 1b) se fonde sur un autre type de synergie entre la dynamique des forces et le sémantisme du verbe. Cette valeur apparaît le plus nettement avec les verbes qui, par leur contenu lexical, impliquent un sujet qui ne contrôle pas seul l’événement dans lequel il est engagé. Les différents emplois modaux et discursifs de la construction réduplicative seront examinés plus en détail dans la partie suivante.

3. Les fonctions de la construction V1 kuin V1=kin

67Dans cette partie, nous nous pencherons d’abord sur les emplois modaux qui sont orientés vers l’événement (3.1). Ils se caractérisent par la présence d’un sujet-agent s’associant à l’une des forces qui interagissent dans la situation décrite. Ensuite, nous verrons que la construction V1 kuin V1=kin connaît des fonctions épistémiques qui n’impliquent pas l’engagement d’un sujet-agent dans les événements exprimés (3.2). La concurrence des forces se situe sur un plan énonciatif, impliquant le locuteur et une prise de position pour valider un état de choses au détriment d’un autre.

3.1. Emplois modaux orientés vers l’événement : achèvement positif

68Dans notre sous-corpus de finnois contemporain, les deux verbes qui sont de loin les plus fréquemment utilisés dans la construction V1 kuin V1=kin sont olla « être » (220 occurrences sur 908 en tout, soit 24,23 %) et saada « recevoir, obtenir, pouvoir, arriver à » (199 occurrences, soit 21,92 %). Les emplois de olla seront analysés en 3.2. Le verbe saada, quant à lui, s’intègre dans plusieurs constructions syntaxiques que nous décrivons ci-dessous.

69Il peut s’employer seul comme un verbe transitif plein (26a) ou former un prédicat complexe avec une expression indiquant un état résultant (adjectif en 26b, adverbe comme irti « détaché » en 25, participe passé passif en 26c). D’un autre côté, le verbe saada peut se construire avec un autre verbe à l’infinitif, auquel cas il exprime la permission ou l’obligation (26d) ou encore la valeur factitive (26e). Tous ces emplois ont en commun le fait que le sujet de saada ne contrôle pas seul le cours de l’événement exprimé.

70Lorsque ce verbe est utilisé dans le patron réduplicatif V1 kuin V1=kin, son sémantisme s’aligne sur la configuration des forces qui est propre à cette construction. La valeur modale qui en découle est radicale. Il s’agit d’exprimer un événement qui aurait pu ne pas avoir lieu, mais qui est rendu possible par les circonstances, par la rupture de la force antagoniste.

71Dans cette configuration, la force antagoniste donne typiquement lieu à la description d’une difficulté à laquelle le sujet est confronté. L’exemple (1) (repris en 25) qui présente les efforts de la pie pour arracher la boule de graisse accrochée à un pommier illustre une difficulté qui est due à la concurrence des forces sur le plan physique. Le patron réduplicatif V1 kuin V1=kin encode les deux issues possibles de l’action, l’achèvement positif (arriver à détacher la boule) ayant comme arrière-plan l’issue négative qui reste virtuelle (ne pas y arriver). L’effet de sens est celui d’une réussite contingente.

72Dans (27), la confrontation est d’ordre interpersonnel et social :

73La force antagoniste est constituée par le projet de dragage du cours d’eau, conduit par les hommes du village, et la force agoniste correspond à la volonté du lycéen (Rauhala) de stopper ce projet. La difficulté pour lui de mener à bien son action provient, entre autres, d’un rapport de force déséquilibré dans la situation de départ, au niveau du pouvoir social. Un verbe à valeur inchoative indiquant le mouvement vers le haut (nousta vastustamaan « se dresser pour s’opposer ») rend visible cet écart de niveau entre les participants. Le verbe saada rédupliqué, coordonné à ce dernier, est complété par un participe passé passif (estettyä « empêché »), tournure qui décrit un achèvement, une réussite (voir 26c).

74Le rapport des forces interpersonnelles peut déclencher un déroulement des événements dont l’issue se détermine dans un sens inverse :

75Ci-dessus, la surdité est considérée comme un frein à l’embauche et constitue donc une difficulté à vaincre pour le sujet. L’issue positive de la situation ne dépend pas seulement de son investissement, mais aussi de la décision prise par les employeurs. Il y a une part de chance dans la réussite. La différence par rapport aux exemples (25) et (27) est manifeste dans la construction syntaxique qui comporte ici le verbe saada en tant que prédicat à part entière (« avoir, obtenir, recevoir ») et son complément d’objet (voir 26a). Dans ce cas, le référent du sujet n’est pas un agent mais un bénéficiaire.

76Dans (29), le verbe saada est utilisé comme auxiliaire modal (voir 26d). La construction V1 kuin V1=kin dans laquelle il s’intègre exprime un événement pour lequel les conditions nécessaires n’étaient pas initialement réunies. Son achèvement positif est présenté comme étant dû à un heureux hasard. L’anecdote relatée concerne l’admiration de Mannerheim pour une chanteuse prénommée Aulikki :

77Dans tous ces exemples, la construction réduplicative qui rallonge la durée narrative produit un effet comparable à une focalisation qui porte sur un moment décisif dans le récit et les tensions qui y sont à l’œuvre.

78On retrouve les mêmes caractéristiques de la description d’une situation difficile et de la réussite qui aurait pu ne pas se produire avec d’autres verbes dont le sémantisme implique un sujet qui ne contrôle pas seul l’événement exprimé. Le troisième verbe le plus fréquent dans notre corpus contemporain (70 occurrences, soit 7,52 %) est le verbe intransitif päästä « (pouvoir) aller » qui a à la fois un sens modal de possibilité et un sens de mouvement. Dans l’exemple (30), il est complété par l’adverbe läpi « à travers » pour désigner l’idée de « réussir un examen » (litt. « passer à travers [l’examen] ») :

79Avant l’extrait cité sont décrites les circonstances défavorables à la réussite à l’examen de conduite. L’événement « réussir l’examen » est évoqué d’abord comme contrefactuel, avec le verbe au conditionnel, placé sous la portée d’une proposition négative avec le verbe mental uskoa « croire ». La reprise du verbe päästä dans le patron réduplicatif V1 kuin V1=kin indique un basculement du côté de l’achèvement positif de l’événement, tout en rappelant, à l’arrière-plan, la possibilité de l’issue négative. De même que dans l’exemple (28) avec saada, la tension initiale entre les forces est interne au sujet (sa volonté de passer son permis – force agoniste, et le manque de confiance qu’il a en lui-même, amplifié par des facteurs contextuels – force antagoniste), alors que la résolution finale de la situation dépend d’une instance externe de cette tension (inspecteur). Les deux exemples ont aussi un point commun syntaxique : la construction réduplicative est suivie d’une séquence en vaikka « même si, alors que » qui fait allusion aux obstacles vaincus.

80Il reste à voir la construction factitive du verbe saada (par ex. saada joku lähtemään « [réussir à] faire partir quelqu’un », voir 26e) qui établit une situation d’interaction entre deux forces correspondant respectivement au sujet de saada et au sujet sémantique du verbe à l’infinitif. Le patron réduplicatif (31) place ces forces dans un rapport explicitement opposé afin de mettre en évidence la résistance initiale exercée par la force antagoniste :

81Dans cet exemple, la force antagoniste intentionnelle (volonté de Tokola et de son épouse) finit par se plier à la tendance indiquée par la force agoniste (spirale de blessure poussant à prendre contact avec un entraîneur de haut niveau). La configuration des forces est similaire à celle qu’établit le verbe suostua « accepter » en (23) (voir 2.3.) : la force antagoniste laisse passer la force agoniste en s’y conformant. Notons que les raisons de la résistance initiale ne sont pas explicitées.

82Pour terminer cette partie, considérons encore l’exemple (32) qui permet de voir que cette interprétation avec l’idée de se conformer à la volonté d’autrui peut s’appliquer aussi à un verbe de nature agentive, comme le verbe de mouvement mennä « aller » :

83Dans cet extrait, tiré d’une discussion en ligne, le locuteur propose un plan d’action (s’inscrire à un cours de danse) à son interlocuteur qui cherche à rencontrer des gens. Par la suite, il renforce la validité de son conseil en se référant à un cas comparable où il avait donné la même recommandation. La construction meni kuin menikin tanssikurssille implique la présence d’une force antagoniste qui aurait potentiellement pu empêcher cette autre personne de suivre le conseil. On peut penser qu’il s’agit d’une propriété associée à un « geek maigrichon », qui fait que la personne ainsi catégorisée n’est pas susceptible de s’inscrire à un cours de danse. La force opposante n’est cependant pas directement identifiable dans le texte (voir aussi 31). Le patron réduplicatif met seulement en évidence le fait que le sujet s’est finalement conformé au conseil du locuteur.

84La force antagoniste restant vague, la construction V1 kuin V1=kin sert avant tout à construire une argumentation pour convaincre l’interlocuteur. Dans la partie 3.2., nous continuerons à explorer les fonctions de cette forme en identifiant d’autres types de forces conceptuelles qui participent à la configuration dynamique au sein du discours.

3.2. Emplois orientés vers le discours

85La concurrence des forces peut être localisée à un niveau épistémique. Elle s’opère alors sur le plan énonciatif, au sein d’un espace intersubjectif où il s’agit pour le locuteur d’affirmer un état de choses dont l’exactitude a été remise en doute. L’état de choses validé l’emporte sur d’autres états de choses concurrents. Dans cette utilisation épistémique de la construction V1 kuin V1=kin, le verbe rédupliqué est typiquement le verbe olla « être » (on trouve olla également en tant qu’auxiliaire dans les formes composées de parfait et de plus-que-parfait des autres verbes).

86Dans ce qui suit, nous illustrerons les emplois épistémiques, orientés vers le discours, d’abord par des cas où la construction V1 kuin V1=kin s’utilise dans un contexte monologué, évoquant et mettant en balance plusieurs points de vue possibles sur une entité (3.2.1.). Ensuite, nous analyserons des exemples dans lesquels la construction V1 kuin V1=kin participe à la gestion de l’interaction entre plusieurs participants dans des discussions écrites en ligne (3.2.2.)

3.2.1. Confirmation d’états de choses incertains

87L’incertitude concernant la validité d’un état de choses peut provenir de la difficulté de percevoir un objet, en raison de la distance ou d’un obstacle qui empêche de le voir bien. Il peut aussi s’agir d’une concurrence entre deux perceptions possibles, autrement dit entre deux apparences différentes. C’est le cas dans l’exemple suivant :

88Dans cet extrait, la robe est observée selon deux perspectives : son allure en tant que « pièce d’exception » s’oppose à son apparence « simple », « modeste » et « innocente ». Les deux aspects sont décrits en parallèle jusqu’à ce que la construction réduplicative en valide le premier au détriment du second. Grâce à la forme V1 kuin V1=kin, l’état de choses concurrent n’est pas complètement anéanti, son existence fournit un arrière-plan à l’état de choses validé. La coexistence des deux perspectives est explicitement lexicalisée par la séquence en tête d’énoncé (« malgré son apparence innocente »).

89On peut situer la valeur épistémique de la forme V1 kuin V1=kin dans le prolongement des constructions corrélatives qui juxtaposent deux points de vue sur le même état de choses (voir ex. 19 en 2.3.). Comme les verbes agentifs, le verbe olla « être » a aussi connu (et connaît toujours) des emplois de nature expressive, dans lesquels il s’agit de renforcer le dire pour effacer une incrédulité :

90Le passage de ce type de répétition corrélative expressive vers une valeur épistémique implique une prise de position de la part du locuteur qui considère et pèse les facteurs susceptibles de conduire à la confirmation ou non d’un état de choses.

91Cette fonction épistémique est présente dans l’exemple suivant, même si la validation est cette fois-ci hypothétique. De plus, la construction V1 kuin V1=kin y est insérée dans une figure concessive (pour les tournures concessives, voir aussi la partie 3.2.2.).

92Au début de cet extrait, le locuteur exprime ce qu’il considère être un état de choses valide (un legging est un sous-vêtement). Ensuite, il revient sur la possibilité d’une vision alternative qu’il présente sur un plan hypothétique, au sein d’une proposition concessive en vaikka « même si ». Dans cette configuration, la position défendue par le locuteur figure comme la force antagoniste qui s’oppose à la position alternative, force agoniste.

93La prise en considération de la position concurrente, avec la mise à l’arrière-plan de la position du locuteur, s’inscrit dans un espace mental représenté comme irréel (grâce au mode conditionnel) et elle n’est qu’éphémère. Le locuteur évoque la vision alternative à des fins d’argumentation, pour soutenir, dans le tour concessif, que la validité même de l’état de choses hypothétique (« le legging serait conçu pour être un vêtement principal ») n’annulerait pas sa propre position (« il donne toujours cette impression que… »).

3.2.2. De l’épistémique à l’intersubjectif

94Les conversations écrites en ligne constituent un contexte textuel et intersubjectif particulier qui fait apparaître de nouvelles utilisations épistémiques pour la construction V1 kuin V1=kin. Ces discussions produisent de longs enchaînements de messages entre lesquels les participants sont amenés à tisser des liens. La forme réduplicative montre son efficience dans la création de ces renvois intertextuels.

95Dans ce cas, les différentes positions énonciatives concrétisées par la construction V1 kuin V1=kin se rapportent aux positions prises par les interlocuteurs. La forme réduplicative permet, notamment, de réitérer une information déjà donnée plus haut dans la chaîne de messages, comme le montre l’exemple (36).

  • 56 ISK, 2004, § 807.

96Le titre de l’album qui fait l’objet d’une discussion dans ces messages est Hyvästi, Dolores Haze « Adieu, Dolores Haze ». Les deux participants utilisent le surnom du personnage romanesque, Lolita, au lieu du nom apparaissant dans la version originale du titre. L’auteur du premier message met en parallèle les deux appellations, alors que celui du second donne une justification à l’emploi du surnom (« en langage clair »). La particule siis « donc » relie le contenu de la proposition relative à un contenu précédemment exprimé, en indiquant qu’il s’agit d’une précision explicative56.

  • 57 La forme réduplicative partage cette capacité à renvoyer à une mention antérieure d’un état de chos (...)

97La construction V1 kuin V1=kin rend manifeste la prise en considération simultanée de deux positions dans le discours qui correspondent ici à deux occurrences temporellement distancées du contenu en question. Avec l’énoncé à verbe rédupliqué, le locuteur s’aligne sur la position de son interlocuteur pour confirmer l’information que celui-ci a émise avec un doute57.

98Ci-dessus, l’auteur qui reprend le contenu d’un message antérieur se donne la légitimité de valider l’exactitude des propos de son interlocuteur sur la base d’une autorité épistémique. D’un autre côté, la construction V1 kuin V1=kin s’utilise également dans le dialogue pour affirmer les propos de l’interlocuteur dans une situation où celui-ci apparaît comme mieux renseigné sur la situation. Tel est le cas en (37) :

99Ici, le locuteur reconnaît non seulement la validité de la position de son interlocuteur, mais il laisse aussi entendre que sa propre position, basée sur son ignorance des prévisions de chute de neige, est à écarter. Vers la fin de l’extrait, l’évocation de la situation hypothétique où l’information ne lui serait pas parvenue (« quelle mauvaise surprise ça aurait été… ») explicite les conséquences indésirables que cette ignorance aurait pu avoir.

  • 58 Voir Couper-Kuhlen & Thompson, 2000.

100Grâce à sa capacité à mettre en interaction deux positions discursives, la construction V1 kuin V1=kin se prête bien à des tournures concessives. Le locuteur y admet d’abord la validité d’un propos formulé par son interlocuteur mais introduit ensuite une idée qui se présente comme opposée à la position de celui-ci58. L’extrait (38) en donne un exemple.

101La construction V1 kuin V1=kin valide ici une évaluation faite par un autre internaute (« corey a une voix géniale »). L’alignement sur cet avis est suivi de l’ajout d’une réserve (« à l’exception d’un seul, les morceaux du groupe sont sans intérêt ») qui pose les limites de l’adhésion du locuteur à la position de son interlocuteur.

102La figure concessive se compose d’un va-et-vient entre deux positions discursives : le locuteur met à l’écart sa propre position pour admettre une idée d’autrui, après quoi il revient sur sa position. L’affinité de la forme V1 kuin V1=kin avec les tournures concessives peut s’expliquer par la stratification modale qui la caractérise : p est le cas malgré la possibilité de non-p. Ainsi, dans les emplois épistémiques, les positions discursives concurrentes à celle qui valide l’état de choses p restent en « état de veille » et sont aisément activables.

103L’opposition entre deux positions discursives peut aussi être plus radicale, sans concession. Considérons l’exemple (39) :

104Ci-dessus, le premier internaute propose un avis provocateur sur les fumeurs. L’internaute qui lui répond présente une analyse contraire de la situation et récapitule son avis en utilisant le patron V1 kuin V1=kin. Cet énoncé crée un parallèle syntaxique avec le début du message de son interlocuteur (« les fumeurs sont des citoyens modèles »). Or, la construction réduplicative ne reprend pas le contenu de l’énoncé précédent. Elle se rapporte à une position virtuelle opposée, non matérialisée jusque-là dans cette discussion, mais servant de fondement implicite à l’effet provocateur du premier message. À la différence des tournures concessives, un va-et-vient s’organise ici entre deux perspectives irréconciliables, créant un débat polémique.

105Le recours à la construction V1 kuin V1=kin pour renvoyer au contenu d’un message antérieur donne lieu à des configurations interactionnelles plus complexes encore. En (40), la confirmation apparente d’une idée à l’aide du patron réduplicatif constitue une réaction ironique pour indiquer le désaccord entre les interlocuteurs. L’énoncé d’un message précédent suscitant le commentaire est copié-collé dans le message de réponse. L’auteur initial l’avait présenté dans une liste d’explications possibles pour le fait que certains automobilistes garent leur voiture dans une place réservée aux personnes à mobilité réduite.

  • 59 Vilkuna, 2021.
  • 60 ISK, 2004, § 830 ; Duvallon, 2014.

106La lecture ironique est activée a posteriori par des choix lexicaux et typographiques (« de la taille d’UN CHEVAL ») et l’utilisation d’une construction exclusive (ei… ku(i)n « ne… que59 ») pour énumérer plusieurs éléments de signalisation. En outre, le marqueur discursif =hAn laisse entendre qu’il s’agit d’une évidence60. Afin que l’ironie puisse fonctionner, l’utilisation de la construction V1 kuin V1=kin pour confirmer un contenu incertain doit être identifiable pour les interlocuteurs.

107Pour récapituler, nous avons étudié ci-dessus des emplois du patron V1 kuin V1=kin qui portent une valeur épistémique et impliquent une concurrence entre deux positions discursives. Ils couvrent un large éventail de situations qui vont d’incertitudes du locuteur quant à la validité d’un état de choses à des désaccords radicaux entre les interlocuteurs, en passant par la conciliation d’avis divergents. Le patron réduplicatif permet au locuteur de mettre en interaction des positions discursives opposées, en créant parfois des liens intertextuels de longue distance, et de se positionner par rapport à une idée qu’il confirme pour mettre à l’écart la position opposée. Grâce à sa structure sémantique complexe, la construction V1 kuin V1=kin maintient la position opposée à l’arrière-plan de la confirmation, ce qui la rend tout particulièrement apte à l’expression de la concession – et de prises de positions ironiques.

4. Conclusion

  • 61 Talmy, 1988 ; 2000.

108Nous nous sommes intéressées dans cet article à la construction réduplicative finnoise V1 kuin V1=kin en la considérant comme une expression essentiellement modale et en l’examinant aussi bien du point de vue de sa forme que de celui de ses emplois discursifs. L’objectif a été de montrer que son potentiel sémantique découle directement de ses propriétés formelles sans que l’on puisse cependant y accéder par une approche purement compositionnelle du sens. En effet, les propriétés de forme inscrivent le patron réduplicatif dans un réseau de constructions corrélatives qui possèdent des traits communs. L’examen de la forme V1 kuin V1=kin au sein de ce réseau nous a permis d’établir une analyse sémantique dans le but, d’une part, de comprendre la motivation de cette unité syntagmatique complexe et, d’autre part, de définir son sens en termes de structure schématique. Pour ce deuxième point, nous nous sommes appuyées sur la théorie de la dynamique des forces61 dans laquelle les valeurs modales de possibilité et de nécessité sont considérées comme découlant de la confrontation entre deux forces opposées inégales.

  • 62 Cf. Fagard et al., 2020.
  • 63 Voir Narrog, 2012.

109À la différence des verbes modaux simples, la valeur sémantique de la construction réduplicative n’est pas fondée sur un contenu lexical précis qui aurait pu connaître une décoloration62. La construction V1 kuin V1=kin est productive et n’est pas limitée à un type de verbe particulier. Cependant, notre analyse des données, relevées dans des textes de différents types et de différentes périodes, a permis de mettre en lumière que certains types de lexèmes verbaux ont de toute évidence joué un rôle crucial dans l’évolution des emplois du patron réduplicatif et l’émergence de ses valeurs modales. La construction V1 kuin V1=kin semble avoir connu une évolution dans laquelle une répétition expressive d’un verbe agentif à la 1re personne, soulignant la détermination du sujet-agent à accomplir une action, s’est développée en une expression modale qui présente un événement en évoquant pour lui plus d’un déroulement possible (schématiquement, « p est le cas malgré la possibilité de non-p »). Dans les emplois prémodaux et modaux, la confrontation des forces se situe donc sur des plans différents de l’activité de langage. Nous avons soutenu que l’évolution sémantique de la forme V1 kuin V1=kin consiste en des changements dans l’orientation de son sens modal63.

110Ces changements ont été conduits par des verbes différents, et ils ne s’organisent pas forcément linéairement dans le temps. Ainsi, la valeur épistémique (ou son embryon), dont le porteur typique est le verbe olla « être », est présente dans nos données les plus anciennes, à côté des répétitions expressives de verbes agentifs. La diversité des lexèmes verbaux caractérise aussi les données contemporaines. D’un autre côté, il faut noter que le profil sémantique des verbes dynamiques les plus fréquemment utilisés s’y dessine différemment et de façon plus nette en comparaison des textes des années 1840-1870. Ces verbes impliquent un sujet qui ne contrôle pas seul le procès et, par là même, la sémantique verbale fait écho à la confrontation des forces exprimée par la construction réduplicative.

111Enfin, les emplois de la forme V1 kuin V1=kin ont aussi évolué grâce à la diversification des types de textes écrits. Les discussions écrites en ligne se sont révélées être un terrain d’observation fructueux pour les valeurs discursives de la forme V1 kuin V1=kin. Nous avons montré que la valeur épistémique de la construction réduplicative peut être mobilisée pour la coordination de la discussion. Cette forme permet de créer des renvois vers des prises de position antérieurement exprimées dans l’enchaînement de messages afin de les valider, de les mettre en balance avec des positions concurrentes ou de les rejeter sans concession.

112Notre étude s’est fondée sur des textes et discussions écrits. Savoir si des fonctions intersubjectives similaires s’observent dans des conversations orales est une question pour la recherche future.

Haut de page

Bibliographie

Bases de données citées

Suomi24 = Aller Media Oy, 2014, Suomi 24 2001-2014 (näyte) -korpus [Corpus Finlande 24 2001-2014 (échantillon)], korpuksen Helsinki-Korp-versio [korpus], Kielipankki, URL : http://urn.fi/urn:nbn:fi:lb-2016050901.

KLK = Kansalliskirjasto, 2021, Kansalliskirjaston sanoma- ja aikakauslehtikokoelman suomenkielinen osakorpus versio 2 [Sous-corpus finnois de la Collection de journaux et de périodiques de la Bibliothèque nationale version 2], Korp [korpus], Kielipankki, URL : http://urn.fi/urn:nbn:fi:lb-202009152.

SKST = Kotimaisten kielten tutkimuskeskus, 2007, Salmelaisen korpus: Suomen Kansan Satuja ja Tarinoita 1852-1866 [Corpus Salmelainen: Contes et histoires populaires des Finnois 1852-1866], URL : https://kaino.kotus.fi/korpus/1800/meta/salmelainen/salmelainen_coll_rdf.xml.

SKK = Kotimaisten kielten tutkimuskeskus, 2016, Suomalaisen kirjallisuuden klassikoita [Classiques de la littérature finnoise], Kielipankki-versio [korpus], Kielipankki, URL : http://urn.fi/urn:nbn:fi:lb-20140730186.

SP = Kotimaisten kielten tutkimuskeskus, 2016, Sananparsikokoelma [Collection de dictons populaires], Kielipankki-versio [korpus], Kielipankki, URL : http://urn.fi/urn:nbn:fi:lb-20140730176.

YLE = Yleisradio, Ylen suomenkielinen uutisarkisto 2011-2021 [Archives de textes journalistiques finnois de Yle 2011-2021], sekoitettu, Korp [korpus], Kielipankki, URL : http://urn.fi/urn:nbn:fi:lb-2022032205.

Sources des autres exemples cités

Agricola, 1549, URL : https://kaino.kotus.fi/korpus/vks/meta/agricola/agri3alku_rdf.xml (consulté le 13/09/2024).

Helsingin Sanomat, 2020, URL : https://www.hs.fi/suomi/art-2000006639572.html (consulté le 13/09/2024).

Kalevala, 1849, URL : http://kalevala.finlit.fi/ (consulté le 19/01/2025).

Kantapaikka.net, 2020, URL : https://kantapaikka.net/index.php?topic=74.225 (consulté le 13/09/2024).

Oulun Wiikko=Sanomia, 1852, URL : https://digi.kansalliskirjasto.fi/sanomalehti/binding/411200?page=2 (consulté le 30/07/2024).

Siiven Suojassa, 2010, URL : https://www.siivensuojassa.net/5 (consulté le 13/09/2024).

Ouvrages et articles

Bach Emmon, 1981, “On time, tense, and aspect: An essay in English metaphysics” in Cole Peter (dir.), Radical Pragmatics, Academic Press, New York, p. 62-81.

Bybee Joan, Perkins Revere & Pagliuca, William, 1994, The Evolution of Grammar: Tense, Aspect, and Modality in the Languages of the World, University of Chicago Press, Chicago, 420 p.

Carlson Lauri, 1993, “Dialogue games with Finnish clitics” in Shore Susanna & Vilkuna Maria (dir.), SKY 1993: Yearbook of the Linguistic Association of Finland, Helsinki, p. 73-96.

Chamoreau Claudine & Treis Yvonne (dir.), 2019, « Comparaisons d’égalité et de similitude et expression de la simulation » in Faits de langues no 51, p. 9-24.

Couper-Kuhlen Elizabeth & Thompson Sandra. “Concessive patterns in conversation” in Couper-Kuhlen Elizabeth & Kortmann Bernd (dir.), 2000, Cause, Condition, Concession, Contrast: Cognitive and Discourse Perspectives, Mouton de Gruyter, Berlin/New York, p. 381-410.

De Vogüe Sarah, 2006, « Qu’est-ce qu’un verbe ? » in Lebaud Daniel, Paulin Cathrine & Ploog Katja (dir.), Constructions verbales et production de sens, Presses universitaires de Franche-Comté, Besançon, p. 43-62.

Diessel Holger, 2019, The Grammar Network: How Linguistic Structure is Shaped by Language use, Cambridge University Press, Cambridge, xvii + 289 p.

Duvallon Outi, 2014, « Le marqueur discursif finnois -hAn : double repérage énonciatif » in Faits de Langues no 43, p. 87-114.

Duvallon Outi, 2021, ”-kin-liitteen semantiikasta ja diskursiivisista tehtävistä” in Journal of Estonian and Finno-Ugric Linguistics, vol. 12, no 1, p. 41-78.

Duvallon Outi, 2024, « L’enclitique =kin en finnois : entre indéfinition et focalisation » in Bulletin de la Société de Linguistique de Paris cxix, p. 301-342.

Elsayed Duha, 2017, Agricolan pitää – nesessiiviverbi kielikontaktin ytimessä [Pitää dans les œuvres d’Agricola – un verbe de nécessité au cœur du contact entre langues], thèse de doctorat, Université de Turku, 225 p.

Erelt Mati, 2008, “Intensifying reduplication in Estonian” in Linguistica Uralica no 44, p. 268-277.

Fagard Benjamin, de Mulder Walter & Hoelbeek Thomas, 2020, « Les relateurs – Évolution sémantique des prépositions en français » in Marchello-Nizia Christiane, Combettes Bernard, Prévost Sophie et al. (dir.), Grande Grammaire Historique du Français (GGHF), De Gruyter Mouton, Berlin, p. 1615-1633.

Finkbeiner Rita, 2018, “Sentence-peripheral coordinative reduplication in German: A pragmatic view” in Finkbeiner Rita & Freywald Ulrike (dir.), Exact Repetition in Grammar and Discourse, De Gruyter Mouton, Boston, p. 265-294.

Fischer Olga, 2011, “Cognitive iconic grounding of reduplication in language” in Michelucci Pascal, Fischer Olga & Ljungberg Christina (dir.), Semblance and Signification, John Benjamins, Amsterdam, Philadelphia, p. 55-81.

Gärdenfors Peter, 2024, “Event structure, force dynamics and verb structure” in Language Sciences vol. 102, no 101610.

Ghomeshi Jila, Jackendoff Ray, Rosen Nicole & Russell Kevin, 2004, Contrastive focus reduplication in English (The Salad-Salad paper) in Natural Language & Linguistic Theory no 22, p. 307-357.

Häkkinen Kaisa, 2004, Nykysuomen etymologinen sanakirja [Dictionnaire étymologique du finnois contemporain], WSOY, Helsinki, 1633 p.

Harju Auli, 2018, ”Suomi24-keskustelut kohtaamisten ja törmäysten tilana” [Les discussions sur le forum Suomi24 comme espace de rencontres et de collisions] in Media & viestintä no 41, p. 51-74.

Haspelmath Martin & Buchholz Oda, 1998, “Equative and similative constructions in the languages of Europe” in van der Auwera Johan (dir.), Adverbial Constructions in the Languages of Europe, Mouton de Gruyter, Berlin, p. 277-334.

Heinonen Tarja Riitta, 2010, ”Kuin-vertaukset” [Comparaisons en kuin « comme »] in Virittäjä no 114, p. 348-373,

Herlin Ilona, 1998, Suomen kun [La conjonction finnoise kun], Société de littérature finnoise, Helsinki, 273 p.

Hilpert Martin, 2016, “Change in modal meanings: Another look at the shifting collocates of May” in Constructions and Frames no 8, p. 66-85.

ISK : Hakulinen Auli, Vilkuna Maria, Korhonen Riitta et al, 2004, Iso suomen kielioppi [Grande grammaire du finnois], Société de littérature finnoise, Helsinki, 1698 p.

Kehayov Petar & Torn-Leesik Reeli, 2009, “Modal verbs in Balto-Finnic” in Hansen Björn & de Haan Ferdinand (dir.), Modals in the Languages of Europe, Mouton de Gruyter, Berlin, p. 363-401.

Kentner, Gerrit, 2023, “Reduplication as expressive morphology in German” in Williams Jeffrey P. (dir.), Expressivity in European Languages, Cambridge University Press, Cambridge, p. 103-120, DOI : https://doi.org/10.1017/9781108989084.007.

König Ekkehard, 1991, The Meaning of Focus Particles: A Comparative Perspective, Routledge, London, New York, 232 p.

Kouwenberg Silvia & LaCharité Darlene, 2015, “Arbitrariness and iconicity in total reduplication: Evidence from Caribbean Creoles” in Studies in Language no 39, p. 971-991.

Laitinen Lea, 1992, Välttämättömyys ja persoona: Suomen murteiden nesessiivisten rakenteiden semantiikkaa ja kielioppia [La nécessité et la personne : sur la sémantique et la grammaire des constructions nécessives dans les dialectes finnois], Société de littérature finnoise, Helsinki, 293 p.

Linell Per & Lindström Jan, 2016, “Partial intersubjectivity and sufficient understandings for current practical purposes: On a specialized practice in Swedish conversation” in Nordic Journal of Linguistics no 39, p. 113-133.

Länkelä Jaakko, 1867, Suomen kielen kielioppi: Alkeisopetuksen tarpeeksi [Grammaire de la langue finnoise : pour les besoins de l’enseignement élémentaire], G. E. Euren, Hämeenlinna, 100 p.

Mattiola Simone & Masini Francesca, 2022, “Discontinuous reduplication: A typological sketch” in STUF - Language Typology and Universals no 75, p. 271-316.

Montaut Annie, 2009, « Réduplication et constructions en écho en hindi/ourdou » in Faits de Langues no 34, p. 9-44.

Moravcsik Edith A., 1978, “Reduplicative constructions” in Greenberg Joseph Harold (dir.), Universals of Human Language, Stanford University Press, Stanford, p. 297-334.

Narrog Heiko, 2012, Modality, Subjectivity, and Semantic Change, Oxford University Press, Oxford.

Narrog Heiko & Heine Bernd, 2021, Grammaticalization, Oxford University Press, Oxford, 432 p.

NS : Nykysuomen sanakirja [Dictionnaire du finnois contemporain], 1951–1961, WSOY, Porvoo.

Peltola, Rea, 2021, “Unfolding constructions: Postmodal auxiliaries in mirative complement patterns” in Hilpert Martin, Cappelle Bert & Depraetere Ilse (dir.), Modality and Diachronic Construction Grammar, John Benjamins, Amsterdam, p. 149-184.

Pierrard Michel, 2012, « Aussi bien que et le marquage de l’adjonction » in Travaux de linguistique no 65, p. 85-103.

Prak-Derrington Emmanuelle, 2021, Magies de la répétition, ENS Éditions, Lyon, 376 p.

Rubino Carl, 2013, “Reduplication” in Dryer Matthew S. & Haspelmath Martin (dir.), WALS Online (v2020.4) [Data set], Zenodo, DOI : 10.5281/zenodo.13950591.

Räsänen Matti, 2010, Päivä päivältä enemmän ja enemmän: Suomen toistokonstruktioita [De jour en jour de plus en plus : Constructions réduplicatives en finnois], thèse de doctorat, Université de Helsinki, 237 p.

Stassen Leon, 2006, “Comparative constructions” in Brown Keith (dir.), Encyclopedia of Language & Linguistics, Elsevier, p. 686-690.

Stolz Thomas, 2009, “Total reduplication: Syndetic vs. asyndetic patterns in Europe” in Grazer Linguistische Studien no 17, p. 99-113.

Talmy Leonard, 1988, “Force dynamics in language and cognition” in Cognitive Science no 12, p. 49-100.

Talmy Leonard, 2000, Toward a Cognitive Semantics, vol 1, The MIT Press, Cambridge, MA, 573 p.

van der Auwera Johan, Kehayov Petar & Vittrant Alice, 2009, “Acquisitive modals” in Hogeweg Lotte, De Hoop Helen & Malchukov Andrej (dir.), Cross-linguistics Semantics of Tense, Aspect, and Modality, John Benjamins, Amsterdam, p. 271-302.

van der Auwera Johan & Plungian Vladimir A., 1998, “Modality’s semantic map” in Linguistic Typology no 2, p. 79-124.

van Gelderen Elly, 2009, “Cyclical change, an introduction” in Van Gelderen Elly (dir.), Cyclical Change, John Benjamins, Amsterdam, p. 1-14.

Vilkuna Maria, 1984, ”Voiko kin-partikkelia ymmärtää? [Understanding conventional implicature: the clitic -kin/-kAAn in Finnish] in Virittäjä no 88, p. 393-408.

Vilkuna Maria, 2021, “The Finnish exclusive-negative construction ei…ku(i)n in the network of exclusion expressions” in Eesti ja soome-ugri keeleteaduse ajakiri / Journal of Estonian and Finno-Ugric Linguistics no 12, p. 457-490.

Wierzbicka Anna, 1986, “Italian reduplication: Cross-cultural pragmatics and illocutionary semantics” in Linguistics no 24, p. 287-316.

Haut de page

Notes

1 Cet article est issu d’un projet de recherche sur les emplois de l’enclitique =kin dans le domaine verbal, que nous avons entrepris en collaboration avec Maria Vilkuna (université de Helsinki) en 2021 et qui a donné lieu à l’organisation d’un workshop intitulé Fokuksessa verbi, partikkelit ja polaariset ainekset: prosessi eri valoissa (« Regard sur le verbe, les particules discursives et les éléments à polarité : le procès sous différents angles ») lors des xlviii Kielitieteen päivät (Finnish Conference of Linguistics) en mai 2022 à l’université de Turku. Le présent texte est une version augmentée d’une communication présentée au colloque La postmodalité et les cycles de vie des expressions modales en juin 2022 à l’université de Caen Normandie. Nous tenons à remercier les relecteurs des EFO pour leurs précieux commentaires et conseils.

2 Bybee, Perkins & Pagliuca, 1994 ; van der Auwera & Plungian, 1998 ; van Gelderen, 2009.

3 Par ex. van der Auwera, Kehayov & Vittrant, 2009 ; Kehayov & Torn-Leesik, 2009 ; Hilpert, 2016.

4 Notre analyse se situant au niveau syntaxique et discursif, les gloses ne comportent pas d’indications sur les frontières morphémiques, à l’exception de celle entre l’enclitique =kin et son hôte. Les abréviations utilisées sont les suivantes : 1 première personne, 2 deuxième personne, 3 troisième personne, abe abessif, ade adessif, dém démonstratif, éla élatif, cl enclitique, cng connégatif, comp complémenteur, compar comparatif, cond conditionnel, gén génitif, ill illatif, ine inessif, inf infinitif, nég verbe négatif, nonspé forme verbale impliquant un agent non spécifié, npr nom propre, part partitif, pass passif, ppa participe passé, ppr participe présent, prét prétérit, pl pluriel, poss suffixe possessif, rel pronom relatif, sg singulier, sup superlatif, trans translatif, v verbe.

5 Dans les variétés non standard du finnois, le marqueur de comparaison peut se réaliser aussi sous la forme de kun ~ ku ~ ko. De même, l’enclitique de focalisation peut prendre plusieurs formes, kin ~ ki ~ kii (pour ne citer que celles qui sont utilisées dans nos exemples).

6 Voir Diessel, 2019, p. 199-222, 247-248 ; Vilkuna, 2021.

7 Talmy, 1988, 2000.

8 Narrog, 2012.

9 Narrog & Heine, 2021.

10 Talmy, 1988 ; 2000.

11 Talmy, 2000, p. 406.

12 Gärdenfors, 2024.

13 Ibid., p. 415.

14 Ibid., p. 418.

15 Voir Talmy, 1988, p. 69, 71.

16 Narrog, 2012, p. 49-55 ; voir aussi Narrog & Heine, 2021.

17 Narrog, 2012, p. 51.

18 Ibid., p. 49-51 ; Narrog & Heine, 2021, Ch. 4.2.

19 Voir la discussion et les sources citées dans Fagard et al., 2020.

20 Länkelä, 1867, p. 67.

21 Voir, en particulier : Nykysuomen sanakirja (NS), 1951-1961, s.v. kuin iii. et s.v. -kin A. I. 3.

22 ISK, 2004.

23 Räsänen, 2010, p. 187-188.

24 https://www.kielipankki.fi/.

25 https://kotus.fi/kotus/kieliaineistot/aineistot-verkossa/.

26 Voir Harju, 2018.

27 Räsänen, 2010, p. 187.

28 Rubino, 2013 ; Mattiola & Masini, 2022.

29 On entend donc par réduplication morphologique un processus de formation des mots alors que la réduplication syntaxique se fait avec des mots, unités syntaxiques minimales. Dans le cas de la réduplication totale, la différence est cependant loin d’être nette (ex. 4-7). Pour la présente étude, le point important est que la réduplication s’observe aussi au niveau syntaxique.

30 Fischer, 2011.

31 Par ex. Moravcsik, 1978 ; Fischer, 2011 ; Kouwenberg & LaCharité, 2015.

32 Voir Wierzbicka, 1986 ; Montaut, 2009.

33 Voir aussi Finkbeiner, 2018 ; Prak-Derrington, 2021.

34 Stolz, 2009.

35 Mattiola & Masini, 2022.

36 Ibid., 2022.

37 Étymologiquement, kuin est la forme d’instructif pluriel de la base pronominale interrogative-indéfinie-relative ku- (par ex. kuka « qui », kumpi « lequel des deux », kuinka « comment », kukin « chacun des deux », etc.). La valeur première de kuin est celle d’un complément de manière (« comment, de quelle manière ») (Häkkinen, 2004, s.v. kuin, p. 496-497 ; Herlin, 1998, p. 21-22).

38 On trouve aussi cet élément dans la construction de comparaison de supériorité, non illustrée ici.

39 Stassen, 2006 ; Heinonen, 2010 ; Chamoreau & Treis, 2019.

40 Haspelmath & Buchholz, 1998.

41 Pierrard, 2012.

42 Vilkuna, 1984 ; König, 1991 ; Duvallon, 2021, 2024.

43 Voir Duvallon, 2021, 2024.

44 Laitinen 1992, p. 213-222 ; voir aussi Peltola 2021, p. 158-159.

45 Voir Elsayed, 2017, p. 34.

46 Voir Bach, 1981 ; de Vogüé, 2006.

47 Vilkuna, 1984 ; Carlson, 1993.

48 Voir Linell & Lindström, 2016.

49 Dans le contexte dialogique, la construction V=kin, introduite par la particule niin « ainsi », permet au locuteur d’indiquer qu’il a son propre point de vue sur l’état de choses en question, quoique convergeant avec celui de son interlocuteur : (A) Hän on suloinen. [3sg être.3sg mignon] « Il/Elle est mignon/ne. » (B) Niin onkin. [niin être.3sg=kin] « Oui, c’est vrai. » (Vilkuna, 1984).

50 Traduction adaptée de J.-L. Perret et de G. Rebourcet.

51 Dans les poèmes kalévaléens, une motivation possible pour l’emploi de la construction réduplicative réside dans la métrique à respecter (vers à huit syllabes). S’il s’agissait d’un facteur important, on s’attendrait à y trouver une utilisation fréquente du procédé réduplicatif. Or, l’épopée Kalevala (1849), par exemple, contient seulement trois occurrences de cette construction.

52 Wierzbicka, 1986, p. 294 ; Prak-Derrington, 2021, Ch. 7.

53 Fischer, 2011.

54 Voir aussi Kentner, 2023, p. 105.

55 Ibid.

56 ISK, 2004, § 807.

57 La forme réduplicative partage cette capacité à renvoyer à une mention antérieure d’un état de choses avec les constructions corrélatives illustrées par les exemples (16) et (17) en 2.2.

58 Voir Couper-Kuhlen & Thompson, 2000.

59 Vilkuna, 2021.

60 ISK, 2004, § 830 ; Duvallon, 2014.

61 Talmy, 1988 ; 2000.

62 Cf. Fagard et al., 2020.

63 Voir Narrog, 2012.

Haut de page

Table des illustrations

URL http://journals.openedition.org/efo/docannexe/image/28649/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 380k
URL http://journals.openedition.org/efo/docannexe/image/28649/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 121k
Titre Figure 1a13 et 1b14.
URL http://journals.openedition.org/efo/docannexe/image/28649/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 99k
URL http://journals.openedition.org/efo/docannexe/image/28649/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 65k
URL http://journals.openedition.org/efo/docannexe/image/28649/img-5.jpg
Fichier image/jpeg, 86k
URL http://journals.openedition.org/efo/docannexe/image/28649/img-6.jpg
Fichier image/jpeg, 72k
URL http://journals.openedition.org/efo/docannexe/image/28649/img-7.jpg
Fichier image/jpeg, 61k
URL http://journals.openedition.org/efo/docannexe/image/28649/img-8.jpg
Fichier image/jpeg, 99k
URL http://journals.openedition.org/efo/docannexe/image/28649/img-9.jpg
Fichier image/jpeg, 74k
URL http://journals.openedition.org/efo/docannexe/image/28649/img-10.jpg
Fichier image/jpeg, 89k
URL http://journals.openedition.org/efo/docannexe/image/28649/img-11.jpg
Fichier image/jpeg, 93k
URL http://journals.openedition.org/efo/docannexe/image/28649/img-12.jpg
Fichier image/jpeg, 104k
URL http://journals.openedition.org/efo/docannexe/image/28649/img-13.jpg
Fichier image/jpeg, 246k
URL http://journals.openedition.org/efo/docannexe/image/28649/img-14.jpg
Fichier image/jpeg, 138k
URL http://journals.openedition.org/efo/docannexe/image/28649/img-15.jpg
Fichier image/jpeg, 215k
URL http://journals.openedition.org/efo/docannexe/image/28649/img-16.jpg
Fichier image/jpeg, 61k
URL http://journals.openedition.org/efo/docannexe/image/28649/img-17.jpg
Fichier image/jpeg, 144k
URL http://journals.openedition.org/efo/docannexe/image/28649/img-18.jpg
Fichier image/jpeg, 405k
URL http://journals.openedition.org/efo/docannexe/image/28649/img-19.jpg
Fichier image/jpeg, 321k
URL http://journals.openedition.org/efo/docannexe/image/28649/img-20.jpg
Fichier image/jpeg, 264k
URL http://journals.openedition.org/efo/docannexe/image/28649/img-21.jpg
Fichier image/jpeg, 295k
URL http://journals.openedition.org/efo/docannexe/image/28649/img-22.jpg
Fichier image/jpeg, 364k
URL http://journals.openedition.org/efo/docannexe/image/28649/img-23.jpg
Fichier image/jpeg, 253k
URL http://journals.openedition.org/efo/docannexe/image/28649/img-24.jpg
Fichier image/jpeg, 351k
URL http://journals.openedition.org/efo/docannexe/image/28649/img-25.jpg
Fichier image/jpeg, 617k
URL http://journals.openedition.org/efo/docannexe/image/28649/img-26.jpg
Fichier image/jpeg, 110k
URL http://journals.openedition.org/efo/docannexe/image/28649/img-27.jpg
Fichier image/jpeg, 124k
URL http://journals.openedition.org/efo/docannexe/image/28649/img-28.jpg
Fichier image/jpeg, 251k
URL http://journals.openedition.org/efo/docannexe/image/28649/img-29.jpg
Fichier image/jpeg, 373k
URL http://journals.openedition.org/efo/docannexe/image/28649/img-30.jpg
Fichier image/jpeg, 630k
URL http://journals.openedition.org/efo/docannexe/image/28649/img-31.jpg
Fichier image/jpeg, 449k
URL http://journals.openedition.org/efo/docannexe/image/28649/img-32.jpg
Fichier image/jpeg, 587k
URL http://journals.openedition.org/efo/docannexe/image/28649/img-33.jpg
Fichier image/jpeg, 405k
URL http://journals.openedition.org/efo/docannexe/image/28649/img-34.jpg
Fichier image/jpeg, 503k
URL http://journals.openedition.org/efo/docannexe/image/28649/img-35.jpg
Fichier image/jpeg, 582k
URL http://journals.openedition.org/efo/docannexe/image/28649/img-36.jpg
Fichier image/jpeg, 249k
URL http://journals.openedition.org/efo/docannexe/image/28649/img-37.jpg
Fichier image/jpeg, 580k
URL http://journals.openedition.org/efo/docannexe/image/28649/img-38.jpg
Fichier image/jpeg, 464k
URL http://journals.openedition.org/efo/docannexe/image/28649/img-39.jpg
Fichier image/jpeg, 480k
URL http://journals.openedition.org/efo/docannexe/image/28649/img-40.jpg
Fichier image/jpeg, 541k
URL http://journals.openedition.org/efo/docannexe/image/28649/img-41.jpg
Fichier image/jpeg, 564k
URL http://journals.openedition.org/efo/docannexe/image/28649/img-42.jpg
Fichier image/jpeg, 396k
Haut de page

Pour citer cet article

Référence électronique

Outi Duvallon et Rea Peltola, « La construction réduplicative finnoise V1 kuin V1=kin : une ressource modale et discursive », Études finno-ougriennes [En ligne], 57 | 2025, mis en ligne le 03 février 2026, consulté le 16 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/efo/28649 ; DOI : https://doi.org/10.4000/15lya

Haut de page

Auteurs

Outi Duvallon

Inalco
UMR 8202 Structure et dynamique des langues (SeDyL)

Rea Peltola

Université de Caen Normandie
Centre de recherches inter-langues sur la signification en contexte (CRISCO)

Haut de page

Droits d’auteur

CC-BY-NC-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.

Haut de page
Rechercher dans OpenEdition Search

Vous allez être redirigé vers OpenEdition Search