Le Musée ethnographique hongrois vu par un Estonien
Résumés
En 2024, le Musée ethnographique de Hongrie, sis à Budapest, a ouvert une nouvelle exposition permanente dans son nouveau bâtiment. L’exposition permanente présente l’histoire du Musée ethnographique, depuis Reguly jusqu’à nos jours, les différents domaines couverts par l’ethnologie en tant que discipline scientifique ainsi que les problèmes y afférant, les multiples facettes du musée ainsi que les recherches les plus remarquables de ses collaborateurs. Je présente ici mes impressions et les aspects les plus marquants de cette exposition, y ayant passé six mois en tant que stagiaire.
Entrées d’index
Géographie :
Amour (fleuve), Angleterre, Budapest, Danube (fleuve), Hongrie, Hortobágy, Körös Noir (fleuve), Maghreb, Mohács, Ob’ (fleuve), Océanie, Paris, Sárközi, Touva, Venezuela, ViennePériodes :
XXIe sièclePersonnes citées :
Baráthosi Balogh, Bartók Béla, Dálnoki Béla Miklós, Diószeg Vilmos, Eötvös József, Hanák Péter, Jánko János, Kerezsi Ágnes, Pápay József, Pulszky Ferenc, Reguly Antal, Schorske Carl E., Szekfű Gyula, Tüdős Zsindelyné Klára, Xántus JánosTexte intégral
- 1 Bécsi századvég, 1979.
1Péter Hanák, qui a réfléchi sur les questions de la crise de valeurs née avec l’arrivée de l’embourgeoisement et du modernisme soulevée par l’ouvrage, devenu classique, de Carl E. Schorske Vienne, fin de siècle1, relève dans ses essais, en comparant Vienne et Budapest au début du xxe siècle, les notions de jardin et d’atelier. Les intellectuels viennois étaient tournés vers l’intérieur, ils s’étaient enfermés dans leurs merveilleux jardins baroques, où ils pouvaient, dans le silence de leur tour d’ivoire, soupeser des questions concernant toute l’humanité. En même temps, dans leur ville de parvenus devenue métropole avec la révolution industrielle, les intellectuels budapestois préféraient « l’atelier » au jardin viennois. À la différence des préférences solitaires des Viennois, les intellectuels hongrois, d’après Hanák, choisissaient de s’adonner à résoudre les problèmes sociaux et nationaux en compagnie de leurs homologues, au sein de leur propre pays.
2Je trouve l’attention portée par Hanák à la notion d’atelier justifiée. Malgré mes connaissances encore modestes sur l’histoire et la culture de la Hongrie, je rencontre le nom « atelier » – műhely en hongrois – aussi bien dans les noms des groupements d’artistes hongrois représentant le Bauhaus que dans les revues des intellectuels réfugiés à Paris pour fuir la dictature communiste, sans parler de la vie quotidienne aujourd’hui à Budapest. C’est peut-être pour cette même raison que, quand je réfléchis à l’exposition permanente qui vient juste d’être inaugurée au Musée ethnographique de Budapest, la première chose que je vois est une cheminée fumante et un atelier plein d’objets en fer forgé. Comme si, sur la nouvelle exposition riche en thèmes et en savoir flottait la fierté professionnelle d’un travail bien accompli.
3À la différence du Musée national estonien (Eesti Rahva Muuseum) ou du Musée national hongrois (Magyar Nemzeti Múzeum), dont l’objectif est avant tout de parler de l’histoire de leur peuple, présentant et recréant la narration dont ils ont convenu en commun, le Musée ethnographique a la liberté de se raconter, c’est-à-dire de raconter l’histoire de son institution, de ses travailleurs dont il crée la communauté. Éviter une « grande narration », qui unirait cette histoire et en ferait un ensemble socialement influent, a été un choix conscient de la part de l’équipe du musée. Ses membres ont toujours souligné, dans les conversations que j’ai pu avoir avec eux, que leur approche a été centrée sur l’objet et que chaque visiteur doit lui-même, en circulant parmi les objets d’exposition, les relier entre eux. Les objets ne sont pas des illustrations qui doivent éclairer une histoire. Les organisateurs ont préféré montrer ce que signifie le terme « ethnographie » et ce qu’est un musée d’ethnographie. Le travail de l’ethnographe, les défis du terrain, de la création d’un musée, de l’élaboration des collections et de sa présentation à la société sont présentés aux visiteurs en huit parties thématiques.
4Quand il entre dans le splendide bâtiment du musée, qui en souligne la modernité, et qui rappelle un rectangle de verre et d’acier, le visiteur est amené à s’enfoncer dans la partie centrale, où se trouvent aussi bien les collections permanentes que les expositions temporaires. Comme c’est le cas pour le bâtiment lui-même, l’exposition en forme de fer à cheval peut être découverte en pénétrant par les deux côtés, mais, si l’on veut suivre l’ordre voulu par les organisateurs, la première section thématique est « La vie des objets », caractérisée par un milieu couleur orange vif. Originaire d’un pays baltique sans métro, j’ai toujours trouvé curieuse la manière qu’ont les budapestois ordinaires de nommer leurs lignes de métro d’après leur couleur et pas d’après un chiffre, par exemple la ligne « rouge » ou la ligne « verte », mais l’exposition permanente a aussi choisi le code couleur pour distinguer ses sections. Dans « la vie des objets », le visiteur peut découvrir des coffres à vêtements joliment peints, des ensembles de costumes, des stèles domestiques en pierre, et, au-dessus de tous les autres, plane un vrai chariot hongrois. À l’entrée, la première chose qui accueille le visiteur est une représentation anthropomorphe en bois qui a servi de domicile à l’âme d’un membre décédé de la famille d’un chanteur khanty, collecté par József Pápay. La découverte des explications complexes, mais passionnantes concernant cet objet, permet de se familiariser longuement avec les questions éthiques qui se posent à la collecte d’objets sacrés. L’objectif de cette section est de donner un sens au contexte social des objets rassemblés dans le musée et aux relations qui fonctionnaient autour d’eux dans leur milieu d’origine.
5La section suivante s’appelle « Le terrain » et chaque visiteur qui a touché à la recherche se sent ici chez lui : on y trouve des dessins de portails réalisés au cours de dizaines d’expéditions, des anciens formulaires d’enquête, des équipements ancestraux, des appareils photos et pour phonogrammes, jusqu’à des aperçus des bergers hongrois isolés au milieu des montagnes entourant la vallée du Körös Noir, et des coutumes nuptiales du Maghreb. Partout, on aperçoit au plafond des agrandissements de photos prises par les chercheurs en terrain et chaque explorateur hongrois connu a quelque chose d’exposé en rapport avec lui. Une grande attention est portée au tournant scientifique qui a apporté une réputation mondiale à l’ethnographie hongroise, à l’histoire du développement de l’enregistrement musical. Après avoir traversé les expositions passionnantes illustrant l’artisanat en paille et le milieu de vie des paysans hongrois, le visiteur aura accès à un compte-rendu détaillé de l’expédition réalisée en 1963 chez les Indiens piaroas du Venezuela. On pourra y découvrir les costumes rituels piaroas en paille et un film documentaire réalisé dans le langage cinématographique propre au socialisme, ce que l’auteur de ce texte n’a pas eu de mal à reconnaître. Cette expédition est indubitablement, pour le Musée ethnographique, d’une importance pratiquement légendaire, et on y trouve des objets de références avant même d’avoir pénétré les aires d’exposition.
6Après deux sections dédiées à la méthodologie de l’ethnographie suit une section bleu océan, « Galaxie muséale », qui explique au visiteur sur quels principes les objets des collections sont décrits et catégorisés. Cette section aspire à donner sens à la notion de musée, de ce qu’il y a dans un musée, en utilisant des installations lumineuses et des gravures à la taille réelle sur la nature du musée et sur son histoire. C’est dans cette partie que l’on s’intéresse en détail aussi bien à la diversité des objets qu’aux efforts d’imagination que doit déployer le chercheur pour comprendre le contexte de son objet.
7Continuons, et nous passons de la « Galaxie muséale » à l’« Époque des expositions », qui accueille le visiteur avec des œuvres d’art japonaises et austronésiennes magistralement exécutées, que le musée a obtenu grâce à une expédition royale et impériale sous la direction de János Xántus. On peut suivre l’expédition de Xántus – un taxidermiste de réputation mondiale – en extrême Orient par une belle carte en couleur grandeur nature. Cette partie a pour objectif de montrer au visiteur l’ethnographie hongroise et ainsi également l’histoire du Musée d’ethnographie. On trouve ici, dans ce but, les expéditions de Xántus, grâce auxquelles à l’époque le Musée national hongrois a acquis beaucoup d’objets asiatiques, mais aussi l’exposition du Millénaire en 1896 et la participation à l’Exposition universelle de Vienne à laquelle la Hongrie a participé en 1873. Des fragments vidéo judicieusement choisis montrent l’importance de ces expositions pour l’histoire de l’ethnographie hongroise et le visiteur en découvre différentes dimensions. Il est naturel que les Hongrois prêtent une attention renouvelée à l’exposition qui marque les mille ans de leur occupation du territoire. Pour eux, cette exposition est devenue un point de repère, et à l’époque il était la marque de leur ancienne splendeur. Je suis convaincu que le visiteur hongrois ordinaire éprouve une chaleureuse émotion à voir les costumes ethniques et les habitats des groupes ethniques et ethnographiques du royaume de Hongrie, que János Jánko à son époque avait choisis pour l’exposition du Millénaire.
8On passe sans effort de l’exposition du Millénaire, proche au cœur des Hongrois, à une nouvelle section qui présente des productions d’ailleurs. « Art et ethnographie » réfléchit sur nos idées sur le caractère artistique des objets ethnographiques et se pose des questions sur le caractère justifié de cette approche esthétique dans la collecte d’objets. Ces objets originaires majoritairement d’Océanie et d’Asie du Sud-Est ont été acquis par des collectionneurs d’art de l’époque coloniale, dont le principal critère dans le choix des objets était la beauté. De belles épées, de belles céramiques, de beaux récipients, flèches, ainsi que masques et statuettes en bois attirent l’œil par leur originalité. En même temps, le visiteur est amené à réfléchir sur la notion d’orientalisme, sur la réification des femmes autochtones et sur la représentation des peuples premiers dans l’art par les Blancs européens. Ce sont des thèmes que les vieux musées des pays colonisateurs ont abondamment traités, mais qui, pour un Hongrois ordinaire, sont pratiquement inconnus.
9C’est là, à mon sens, que ressort plus qu’ailleurs l’originalité du Musée ethnographique hongrois. En fait, en raison de l’histoire du musée, il est question d’un stade intermédiaire, d’une forme hybride, entre un musée présentant de manière encyclopédique des autochtones, sujets des occupations coloniales et un musée concentré sur l’origine et la créativité de son peuple. Ici, l’histoire de la fondation du musée joue un rôle qu’il est impossible de sous-estimer. Les chercheurs et les penseurs exilés pendant des années après la révolution de 1848 voulaient s’inscrire dans les tendances alors dominantes en Occident. C’est ainsi qu’inspiré par l’Angleterre, le directeur du Musée national, le « pape de la culture » Ferenc Pulszky note à quel point les musées ethnographiques qui ne présentaient que la culture de leur peuple laissaient une impression de nihilisme national. L’idée d’après laquelle il faut trouver partout dans le monde des objets ethnographiques et les exposer pour éduquer le peuple et pour promouvoir une élévation du niveau d’éducation et du goût artistique avait été approuvée, à l’époque du dualisme, par le légendaire ministre de l’Éducation József Eötvös. Sans parler de la nature pluriethnique du royaume de Hongrie, que l’on pouvait deviner dans la partie qui présente l’exposition du Millénaire. Et même après que la main de l’Entente avait réduit la Hongrie à un pays monoethnique, les Hongrois, avec Gyula Szekfű à leur tête, ont rejeté les idées d’identité ethnique et ont poursuivi la ligne suivie jusqu’alors : la ligne régionale, la narration provenant du culte de la Sainte Couronne, qui impliquait d’insister sur le caractère organique d’une identité pluriethnique, clairement distincte de la Hongrie et des Hongrois. Pour un Estonien, dont le Musée national est centré sans la moindre hésitation sur les Estoniens et sur les autres Finno-Ougriens (lesquels bien sûr, « font partie de nous », n’est-ce pas ?) ce fétichisme suspect de concordia in varietate est typiquement inhabituel et intrigue par son caractère exotique. D’après les organisateurs de l’exposition permanente, la présentation dans une même exposition d’objets hongrois et internationaux permet de stimuler la réflexion. L’exposition permanente du Musée ethnographique hongrois parvient à surprendre par sa présentation de nouvelles manières de voir le monde, notamment en comparaison avec ce qui est présenté dans les musées estoniens ou finlandais, et pour moi, c’est un très beau résultat.
- 2 En estonien : Uus Eesti.
10Nous avons traversé la section « Art et ethnographie », qui abordait des questions complexes et je voudrais encore relever parmi les objets exposés un sangvõltap ougrien de l’Ob rapporté dans les années 1990 par Ágnes Kerezsi, sur lequel est représentée une chasse à l’ours, ainsi que des statuettes en bois ramenées par Balogh Baráthosi de la région de l’Amour. La section suivante, joyeusement toute en rouge, traite de « L’art populaire de temps à autre » et, à mon sens, c’est l’une des plus riches de cette exposition. C’est dans cette salle que des œuvres remontant à des temps immémoriaux rencontrent la quête d’identité industrielle d’une société en voie de modernisation. On suit ainsi, entre autres près de cent cinquante années d’architecture, de musique, de costumes populaires, de sculpture sur bois, qui forment un bouquet unique par l’intérêt porté à quatre générations au sein d’une famille, en suivant l’histoire de ses membres et ce que pouvaient voir leurs contemporains. Chronologiquement, le point de départ est Liszt, qui prend la joyeuse musique tsigane comme représentative de la hungaritude, et se termine par le représentant de la quatrième génération, le général Béla Miklós Dálnoki. Sont mis en évidence les costumes populaires de Sárközi, et la musique populaire enregistrée lors de la première guerre mondiale dans toute la Hongrie ainsi que des dizaines de travaux d’artistes populaires extrêmement doués, dont les biographies sont proposées aux visiteurs. Pour moi c’est sans conteste la salle la plus passionnante. C’est ici que nous pouvons découvrir le summum de la créativité, la composition de l’art populaire ancestral, symbole des émotions nationales, de l’instinct grégaire. La manière dont les coutumes traditionnelles et leurs éléments sont repensés en formes esthétiques à l’époque du haut modernisme mérite largement notre attention. C’est ici que nous pouvons voir les catwalk de haute couture, inspirés des costumes populaires de Klára Tüdős Zsindelyné dans les années 1930, qu’à l’époque le journal Estonie nouvelle2 avait pris en exemple. Les superbes dessins naïfs de paysannes représentant des scènes de la vie de village et leur reconnaissance même à leur époque témoignent d’un idéal d’intégrité ethnique, l’esprit d’authenticité individuelle permet d’estomper les différences de classe même dans la Hongrie cryptobaroque. Bien sûr, un visiteur attentif distinguera aussi dans la mise en exergue de l’art populaire aux xixe et xxe siècles des motifs plus terre à terre. L’adorable petit garçon en costume paysan avant la lettre fait, sur une affiche datée de 1930, de la pub en allemand pour les possibilités de visite de la Hongrie pour les touristes, et bien sûr nous n’ignorons pas que pour un pays économiquement détruit, le tourisme est l’une des uniques sources de revenus. Mais je pense qu’il faut surtout faire attention au fait que dans cette salle, nous voyons comment en Hongrie et pour les Hongrois (même dans le cadre des frontières de Trianon) l’utilisation de l’art populaire a évolué pour former une identité au moment de la modernisation et de l’urbanisation. Tous les pays bénéficiant d’un État ont dû se demander ce qui, dans la production des ancêtres, était digne d’être transmis, alors que ce sont d’autres qui ont traité cette question pour les peuples sans structure étatique. Et nos générations, qui ont assumé depuis longtemps les fruits de la création de soi produites par la bourgeoisie, ne se posent plus la question de la raison pas plus que de la manière dont tout ceci s’est passé. Le musée ethnographique de Budapest cartographie ces processus et pour cette raison, je lui lève mon chapeau !
11Dans la salle que nous venons de passer, dédiée aux arts populaires, on entend aussi des chants populaires hongrois, dont les voix joyeuses remplissent la salle, alors qu’en allant plus loin, le visiteur qui est intéressé par les peuples finno-ougriens découvrira la section tant attendue, dédiée à « L’histoire ancienne ». Mais ici il aura aussi des raisons d’être surpris, car ici il ne trouvera pas la grande carte tant attendue avec un grand X rouge à l’endroit où est marquée l’ancienne terre d’origine des Hongrois, en dépit de toutes les théories ascientifiques. Cette section part d’une autre approche, et le visiteur se voit confronté à la somme des tentatives des chercheurs en quête des racines les plus reculées des Hongrois. Le visiteur trouvera en même temps les objets les plus anciens : la flèche de chasse khantye rapportée par Antal Reguly, avec cithares et vêtements, le triangle Finlande-Hongrie – région de l’Ob si important pour János Jánko ; des liens sont aussi illustrés par les objets en écorce de bouleau, par le portait du compte Zichy et les trouvailles aïnou de Balogh Baráthosi. On admirera ici aussi bien l’équipement du cavalier bachkire, les habits de chamane ramenés par Vilmos Diószeg de Touva ainsi que tous les résultats de l’expédition de Zichy. Une installation vidéo projetée sur le mur et joliment animée permet de suivre tous les itinéraires des plus célèbres expéditions, et une attention particulière a été portée à l’idée de Béla Bartók de chercher la terre ancestrale des Hongrois à l’aide de des mélodies que le visiteur peut découvrir lui-même dans cette salle.
12La dernière section de l’exposition est intitulée « Héritage ». Ce qui donne plus que le reste le ton à cette section est le costume de la minorité slave catholique de la ville de Mohács, les Šokci, celui qu’ils revêtent pour leur Busójárás (journée de fête ; avec traversée du Danube), qui est traité tout à fait en détail. Cela se comprend : il s’agit, visuellement, d’une coutume spectaculaire, qui est devenue un symbole de l’héritage culturel hongrois. En même temps, dans cette section, on met aussi beaucoup l’accent sur « l’héritage noir », c’est-à-dire sur les aspects peu éthiques du travail des musées et des ethnographes. Les panneaux et les vitrines qui présentent cette dimension sont dans un coin sombre, où le visiteur pourra voir les bijoux en argent pris aux femmes bosniaques, d’anciens films documentaires sur des rituels mis en scène et des crânes d’ours provenant de la région de l’Ob ». De même, dans la section « Héritage » on pourra admirer des allusions aux costumes et aux outils de travail des gardiens de troupeau du Hortobágy. L’objectif de cette section, d’après les organisateurs, est de montrer la continuité, la préservation et les aspects négatifs de la collecte d’objets, et le but est atteint. Pourtant j’en garde une impression d’inachevé. Cela tient peut-être à ce qu’il est aussi possible de commencer la visite par ici, et que l’on ne souhaite pas accabler le visiteur d’emblée. Il me semble pourtant que cette partie pourrait être plus dense en objets exposés.
13En essayant de faire la synthèse de cette exposition extrêmement diversifiée, présentant des objets des quatre coins du monde et de diverses époques, sans compter les textes, les images et les sons dont elle est remplie, ma pensée tourne encore et toujours autour des artisans médiévaux fiers de leur travail et de leur domaine d’activité. Dans tout ce qui est ici exposé, on est frappé par l’amour des organisateurs pour leur métier : en effet, ils font de leur musée une institution au sens plein du terme, dont l’équipe, avec son travail jour après jour, transforme graduellement le monde de l’ethnographie. Quand on discute avec l’équipe, elle ne se prive pas de mentionner la crise qui a frappé les musées anthropologiques en Occident depuis les années 1990, une crise d’identité, et la réflexion sur ce qu’ils désirent éviter (prenant comme exemple les discussions au musée de Vienne « für Völkerkunde », qui a été transformé en « Weltmuseum »). L’objectif d’une exposition permanente est de durer, quelques décennies, si ce n’est des siècles. C’est pour cette raison qu’ils ont dû choisir une approche qui est peu susceptible de vieillir. Le travail qu’ils font, les objets qu’ils collectent, sont de ce point de vue le résultat des choix les plus durables. Je crois que nous verrons dans l’avenir comment les œuvres maîtresses des organisateurs d’aujourd’hui trouveront leur place dans l’exposition, à côté de celles des grands hommes du passé qui y figurent, et se frayeront un chemin dans la longue histoire de cette grande institution.
Pour citer cet article
Référence électronique
Silver Sild, « Le Musée ethnographique hongrois vu par un Estonien », Études finno-ougriennes [En ligne], 57 | 2025, mis en ligne le 26 septembre 2025, consulté le 09 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/efo/29857 ; DOI : https://doi.org/10.4000/15lye
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