Le colloque Livonica 3 et l’université d’été du Līvõd Institūt
Résumés
En quelques années d’existence, l’Institut live de Riga s’est imposé comme un acteur central de la recherche sur la langue et la culture live. Cette chronique rend compte d’un colloque et d’une université d’été organisés à l’été 2024 par cet institut.
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Domaines :
LivesGéographie :
Courlande, Daugava (fleuve), Gauja (fleuve), Lettonie, Riga, Tartu, Uppsala, Vidzeme, VilniusPériodes :
XXIe sièclePersonnes citées :
Uldis Balodis, Rogier Blockland, Baiba Damberga, Valts Ernštreits, Gunta Kļava, Bridget Moran-Nae, Miina Norvik, Lolita Ozoliņa, Jurgis Pakerys, Anna Sedláčková, Kristiina Tambets, Marili Tomingas, Tuuli TuiskTexte intégral
1La création en 2018 de l’Institut live (Līvõd Institūt), au sein de l’université de Riga, a permis d’installer dans la durée la recherche et l’enseignement du live en Lettonie. L’équipe dirigée par Valts Ernštreits est active dans la recherche en linguistique et en ethnologie, dans la transmission de la langue live auprès des enfants et des adultes, et dans le soutien plus général à la culture live. Cette chronique rend compte de deux événements organisés à l’été 2024 par l’Institut Live.
2L’activité de recherche de l’institut s’illustre par la conférence Livonica, dont la deuxième édition a été accueillie dès 2019 à Riga. En juin 2024, l’équipe a vu plus grand, puisque la troisième édition a été couplée à la conférence Minor Finnic 2, dédiée à l’ensemble des langues fenniques minoritaires, sous le titre Livonica 3 + Minor Finnic 2 = 5. La conférence a duré trois jours et a réuni une trentaine de participants. Pour cette édition conjointe, l’accent a été mis sur le live et les langues fenniques du sud.
3Les conférenciers invités représentaient la diversité des sujets abordés par les participants. Kristiina Tambets (université de Tartu) a parlé des derniers travaux en génétique des populations et de l’éclairage qu’ils apportent à l’archéologie du peuplement. D’autres présentations ont abordé, avec les mêmes méthodes, le peuplement de la Courlande ou des rives de la Daugava et de la Gauja. Ces présentations ont fait ressortir un conflit terminologique sur les ethnonymes anglais Livonians et Livs. Alors que les archéologues nomment Livs les représentants de la société présente aux alentours du xiiie et xive et siècle dans la région de Riga, certains linguistes préfèrent l’emploi de Livonian, ce qui peut créer une certaine confusion entre le glossonyme et l’ethnonyme. Le premier terme est une formation germanique (Liven – Livland), quand le second est formé sur une racine latine (Livones – Livonia).
4Rogier Blockland (université d’Uppsala) et Jurgis Pakerys (université de Vilnius) ont tous deux traité des contacts entre langues fenniques et langues baltiques. La question est particulièrement importante dans le cas du live et ne touche pas que la morphologie. Tuuli Tuisk a ainsi étudié les propriétés prosodiques des dialectes lettons en contact avec le live. Dans le même esprit, Miina Norvik a présenté une étude quantitative fine des traits typologiques des langues de l’aire baltique, en s’appuyant sur une base de données dérivée de Grammbank et Uratyp.
5Le dernier jour, les membres de l’Institut live ont présenté leurs propres travaux de recherche au cours d’interventions plus courtes. Deux directions se sont dégagées. L’élaboration et l’enrichissement des ressources linguistiques s’illustrent par la traduction du dictionnaire du live en anglais (Uldis Balodis) et par l’amélioration continue du dictionnaire morphologique et du corpus associé (Valts Ernštreits) via une interface modernisée1. L’institut s’intéresse d’autre part à la transmission de la langue et de la culture live (Gunta Kļava) ainsi qu’aux conditions de la revitalisation culturelle (Bridget Moran-Nae, Lolita Ozoliņa) et linguistique (Anna Sedláčková). Enfin, les chercheurs de l’université de Tartu ont présenté le nouveau projet interdisciplinaire Eesti Juured (« racines estoniennes »), qui a pour but une meilleure compréhension de l’histoire des langues et des cultures d’Estonie. La prochaine édition de la conférence Minor Finnic sera probablement organisée à Tartu dans ce cadre.
6La dernière session a été suivie d’une expédition sur les traces des Lives de la Gauja, en compagnie d’archéologues et de Valts Ernštreits. Les participants ont pu visiter plusieurs sites archéologiques avant de retrouver des membres de la communauté locale et de dîner avec eux en musique. Il est intéressant d’observer les différences avec les Lives de Courlande : la langue ayant disparu plus tôt au nord de Riga, la culture et les traditions sont ici le principal élément de la revitalisation. À ce titre, les restes archéologiques sont l’un des repères de l’espace culturel des Lives de Vidzeme.
7L’été live s’est poursuivi sur la côte de Courlande, où l’institut organise tous les deux ou trois ans une université d’été destinée à renforcer la connaissance de la langue et la culture live chez les étudiants et les chercheurs. Cet événement d’une dizaine de jours est constitué de cours de langue et de culture ainsi que de conférences alternant avec de nombreuses visites le long de la côte. Les cours de langue étaient donnés par Miina Norvik, Tuuli Tuisk et Marili Tomingas, de l’université de Tartu, et permettaient de se familiariser avec la lecture de textes (groupe avancé) ou de s’initier aux rudiments du live (groupe débutant). Les conférences ont principalement été assurées par des chercheurs de Tartu et de Riga, couvrant l’histoire des études lives, des premiers textes collectés aux travaux contemporains.
8Cette approche théorique est utilement complétée par les visites dans les différents villages de la côte. Valts Ernštreits apporte beaucoup par sa connaissance très fine de la géographie locale et le nombre d’histoires individuelles et collectives qu’il a collectées au cours de sa vie. En visitant les cimetières, on retrace ainsi les générations des familles lives, qu’évoquaient déjà les textes ou les images d’archives vus le matin. L’université d’été permet également de prendre conscience de la nature des efforts de revitalisation culturelle. Les rencontres avec la poétesse Baiba Damberga, les enfants du camp d’été Mierlinkizt et les descendants de familles lives sont précieuses. La semaine s’est conclue avec le festival live (Līvõd Pivād), qui comprend un culte, plusieurs concerts, le rituel du don d’une couronne de fleurs à la mer, et le grand feu de joie sur la plage.
Pour citer cet article
Référence électronique
Jules Bouton, « Le colloque Livonica 3 et l’université d’été du Līvõd Institūt », Études finno-ougriennes [En ligne], 57 | 2025, mis en ligne le 02 octobre 2025, consulté le 12 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/efo/30157 ; DOI : https://doi.org/10.4000/15lyr
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