L’Écopoèthe : émergence d’une nouvelle figure d’auteur en poésie contemporaine
Résumés
Cet article s’attache à un ensemble d’essais de poètes contemporains (Jean-Claude Pinson, Michel Deguy, Jean-Christophe Bailly, Stéphane Bouquet) qui, face à l’urgence écologique, entendent relancer l’impératif hölderlinien d’une « habitation poétique du monde ». En revenant sur les spécificités du langage poétique et sur son lien consubstantiel avec la physis, tous affirment la possibilité, pour la poésie, de se faire la porte-parole d’une écologie radicale. En cela, ces essais définissent bien une figure renouvelée de poète engagé – que nous qualifierons d’écopoèthe – en charge d’un nouveau devoir face au monde sensible. À travers un parcours par quelques essais, cet article met d’abord en évidence les positions de ces poètes à l’égard de la tradition poétique, et en particulier lyrique, puis leurs propositions ; il s’attache ensuite à un motif qui, traversant les recueils poétiques, constitue la mise en œuvre de ce programme.
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- 1 Georges Didi-Huberman, Désirer désobéir. Ce qui nous soulève I, Paris, Éditions de Minuit, 2019, p. (...)
- 2 Catastrophes. Écritures sérielles & boum. https://revuecatastrophes.wordpress.com/
- 3 L’essai a été ensuite publié dans Pastoral. De la poésie comme écologie, Ceyzérieu, Champ Vallon, 2 (...)
- 4 Jean-Claude Pinson, Pastoral. De la poésie comme écologie, op. cit., p. 9.
1Comme le rappelle Georges Didi-Huberman dans Désirer désobéir. Ce qui nous soulève I, le terme « catastrophe » renvoie étymologiquement à un « mouvement soulevant1 » plutôt qu’à un « pur et simple champ de ruines ». Sans doute est-ce à cette origine que se réfère, en son titre, l’une des revues poétiques en ligne les plus inventives aujourd’hui : créée en octobre 2017 par Laurent Albarracin, Guillaume Condello et Pierre Vinclair, Catastrophes2, en jouant à la fois sur cette étymologie et sur la résonance de son radical « strophe », enjoint à la poésie d’inventer, face aux désastres actuels, un ensemble de gestes de soulèvement. Or c’est dans cette revue que Jean-Claude Pinson, poète, philosophe, essayiste, a publié entre octobre 2018 et janvier 2019 « Pastoral. De la poésie comme écologie première3 » : face à la « catastrophe écologique » constituant notre « horizon indépassable4 », l’essai questionne le lien constitutif entre poésie et nature, et relance le débat sur la fonction du poète aujourd’hui.
- 5 Félix Guattari, Les Trois Écologies, Paris, Galilée, 1989, p. 45-46.
- 6 Jean-Claude Pinson, Autrement le monde, Nantes, Joca Seria, 2015 ; Pastoral. De la poésie comme éco (...)
- 7 Michel Deguy, Écologiques, Paris, Hermann, 2012 ; L’Envergure des comparses. Écologie et poétique, (...)
- 8 Jean-Claude Bailly, L’Élargissement du poème, Paris, Christian Bourgois, 2015. On peut leur ajouter (...)
- 9 Michel Deguy, La Fin dans le monde, Paris, Hermann, coll. « Le Bel aujourd’hui », 2006, p. 46.
- 10 Il est bien entendu que la poésie a depuis longtemps dépassé cette imagerie : de Rimbaud à Michaux, (...)
- 11 Georges Perros, Papiers collés II, Paris, Gallimard, coll. « L’Imaginaire », 1989, p. 133.
2En 1989 déjà, dans Les Trois Écologies, Félix Guattari en appelait à « de nouvelles pratiques micro-politiques et micro-sociales, de nouvelles solidarités, une nouvelle douceur conjointement à de nouvelles pratiques esthétiques5 ». Trente années plus tard, l’appel pourrait bien avoir été repris par quelques poètes qui, à travers une série d’essais convergents, relancent l’impératif hölderlinien d’une « habitation poétique du monde » dans un contexte d’urgence écologique. Jean-Claude Pinson (Autrement le monde ; Pastoral. De la poésie comme écologie6), Michel Deguy (Écologiques ; L’Envergure des comparses. Écologie et poétique7), Jean-Christophe Bailly (L’Élargissement du poème8) choisissent tous trois de repositionner le poète au cœur non seulement de la cité, mais du monde sensible. Ce faisant, ils lui octroient la charge de se faire « voyant, c’est-à-dire lumière qui s’allume pour nous alerter9 ». L’ethos du poète se voit ici directement mobilisé : le sujet lyrique n’est plus le support transparent d’une parole inspirée10 mais le porteur d’une proposition de monde, ouvrant l’axe temporel sur l’avenir et traçant un nouveau territoire à partager. Une tendance nette semble ainsi se dégager qui, si elle présente certes des variantes liées à des sensibilités propres et à des positions singulières, n’en marque pas moins, en poésie contemporaine, une réévaluation significative de la fonction éthique et politique de l’auteur. À la poétique occupée de théorie textuelle, nous opposerons avec Jean-Claude Pinson, qui reprend le mot-valise inventé par Georges Perros11, la poéthique soucieuse de la destination du texte. Ainsi prend forme une nouvelle figure d’auteur, « l’écopoèthe », qui s’inscrit dans le champ de l’écopoétique tout en marquant sa différence.
- 12 Pierre Schoentjes, Ce qui a lieu. Essai d’écopoétique, Paris, Wildproject, 2015.
- 13 Dès 2007-2008, un ensemble d’essais opèrent des distinctions déterminantes entre écocritique, écoso (...)
- 14 Dans « Essor d’une conscience littéraire de l’environnement » (Revue critique de Fixxion contempora (...)
- 15 Jean-Claude Pinson, Autrement le monde, Nantes, Joca Seria, 2015, p. 21. Constat repris en cela par (...)
3Dans l’état des lieux qu’il a dressé en 2015 (Ce qui a lieu. Essai d’écopoétique12), Pierre Schoentjes rappelle les origines anglo-saxonnes de l’écopoétique, longtemps restée discrète en France en raison de son inscription, outre-atlantique, dans le cadre des études culturelles. Le terme d’écopoétique, qui s’est aujourd’hui imposé dans les études françaises, préféré à « écocritique » (directement traduit du ecocriticism anglais13), introduit toutefois un infléchissement significatif, l’accent portant moins, en France, sur l’engagement que sur la composante spécifiquement littéraire, logée dans l’étymologie poïein14. L’essai de synthèse de Schoentjes, présentant une recension précise du corpus écopoétique des années 50 à aujourd’hui, balise les genres du roman, de la nouvelle et de l’essai, en se gardant toutefois de leur associer le genre poétique. Ce positionnement paradoxalement marginal de la poésie dans le champ actuel de la réflexion sur l’écopoétique est pointé par Jean-Claude Pinson dans son petit manifeste, Autrement le monde, qui déplore que le « phénomène critique (écocritique, green studies) » tende à « oublier la poésie et le poème15 ». Un espace reste ainsi vacant, qu’un ensemble de poètes et essayistes a choisi précisément d’investir depuis une dizaine d’années.
4C’est aux spécificités de cette figure nouvelle de l’écopoèthe, aux fonctions et missions qu’elle s’est assignées, que nous nous attacherons ici en proposant de retracer quelques lignes de force de ces essais, puis en nous concentrant sur un même motif qui, courant dans les essais et œuvres poétiques de nos auteurs, pourrait bien avoir pour vocation d’offrir, non pas une autofiguration de l’écopoèthe, mais une variation poétique autour de sa mission écologique.
Positions
- 16 Michel Collot, Le Chant du monde dans la poésie française contemporaine, op. cit., p. 16.
- 17 Ibid., p. 31.
5La figure émergente de l’écopoèthe s’inscrit d’abord, par les questions dont elle est porteuse, dans un héritage littéraire dont elle doit préciser les contours, tracer les délimitations et définir (ou redéfinir) les concepts-clés. La « terre », la « nature », le « sensible », l’« environnement » sont des notions bruissantes, encombrées d’un passé dont il s’agit pour certains de se démarquer, pour d’autres d’offrir une interprétation renouvelée. La génération des poètes-essayistes ici concernés cherche assurément, en premier lieu, à mettre à distance les poétiques dominantes des années soixante-dix, pour lesquelles l’exploration libératrice des ressources linguistiques excluait potentiellement la relation à un hors-texte. S’y ajoutait corrélativement un soupçon fréquent jeté sur la notion de « nature », suspectée de « reconduire un idéalisme » et de là un « lyrisme sentimental16 ». Certes, le formalisme constitue assurément, aujourd’hui, une survivance marginale, tandis que s’impose au contraire un retour au « monde » dont témoigne, comme le signale Michel Collot, la présence massive et significative du terme dans les titres de recueils poétiques contemporains17. Mais la notion de « nature » et la relation au lyrisme conduisent malgré tout nos écopoèthes à un ensemble de mises au point nécessaires.
- 18 Jean-Claude Pinson, Autrement le monde, op. cit., p. 36. Pinson y rappelle le « reproche fait à la (...)
- 19 Jean-Christophe Bailly, La Fin de l’hymne, Paris, Christian Bourgois, 1991, p. 16.
- 20 Ibid., p. 13.
6C’est en remontant aux sources du xixe siècle poétique que Jean-Claude Pinson et Jean-Christophe Bailly choisissent de tracer leur propre itinéraire et de définir leur conception du poète face à la nature. Le premier puise chez Leopardi les germes d’une redéfinition du lyrisme, qui puisse échapper aux dérives effusives issues du post-romantisme18. Il y retient la conjonction d’une métaphysique du désenchantement (le sensible est vidé de tout sacré) et d’un lyrisme repensé à partir de la ferveur et de l’énergie du sujet : il s’agit en cela de laver la nature du soupçon de l’illusion lyrique. C’est à une tâche analogue que s’attelle Jean-Christophe Bailly dans La Fin de l’hymne en reprenant, à la lumière de Leopardi aussi, l’image antique du chêne de Dodone : Leopardi dans L’Infini s’attache, dit-il, à la voix nue du vent dans les feuillages, à cette « voix désormais non adressée de la nature19 », libérée de tout oracle. L’ère moderne s’ouvre ainsi, selon Bailly, en ce point précis où le poète fait face à un monde vidé de symboles, en ce point où les sons qui émanent de la nature ne font plus directement sens : « c’est la prose même du monde sans bords entrevu dans la dévastation de l’hymne20 ».
- 21 Michel Deguy, L’Envergure des comparses. Ecologie et poétique, op. cit., p. 17.
- 22 Idem.
- 23 Jean-Claude Pinson, Poéthique. Une autothéorie, Ceyzérieu, Champ Vallon, 2013, p. 5.
- 24 Stéphane Bouquet, La Cité de paroles, Paris, José Corti, p. 65.
- 25 Michel Foucault, L’Herméneutique du sujet : cours au collège de France (1981-1982), Paris, Seuil, 2 (...)
7À l’héritage de Leopardi se joint celui de Hölderlin, figure incontournable qui, inaugurant cette ère de l’hymne impossible, impose au poète de redéfinir sa mission. Dans le paysage dévasté du retrait des dieux, la tâche du poète, bien connue et devenue un topos de la modernité poétique, consiste à bâtir une « habitation poétique du monde ». Les écopoèthes reprennent unanimement l’injonction de Hölderlin, en ouvrant toutefois à dessein le champ des interprétations et en opérant pour certains un déplacement du sens. Quelques-uns certes, comme Michel Deguy, restent proches de la lecture heideggerienne du poète. La notion de « monde » y est distinguée de l’« environnement », la première ne prenant sens que dans son « habitabilité » : « L’homme a un monde qui n’est pas la somme de tous les environnements. Il est au monde, a une dimension, une ouverture, une « apérité » qui traverse tout milieu21 ». L’étymologie du terme « écologie » est relue dans cette même perspective : « l’écologie est une logie de l’oïkos, une parole de la demeure22 ». D’autres, comme Jean-Claude Pinson, vont redéfinir l’habitation poétique du monde en la faisant évoluer en direction de ce que le poète et essayiste nomme la « poéthique ». Il s’agit ici de redonner sa pleine valeur de sens à l’ethos et de faire de la poésie l’espace d’une refonte de l’existence : « non pas exactement la question de la poésie vécue, mais celle de la poésie pour vivre. Pour faire, s’il se peut, que l’existence et le monde soient davantage habitables23 ». Stéphane Bouquet va dans le même sens en défendant dans le poème la « production non d’un texte mais de la vie24 ». En cela, les écopoèthes inscrivent plutôt leur projet dans la continuité de l’éthopoïétique définie par le dernier Foucault25 et entendent lui donner une tournure résolument prospective.
8Les écopoéthes se vouent ainsi d’abord à une tâche d’éclaircissement : il leur a fallu dépouiller la notion de « nature », et corrélativement la représentation du poète lyrique, de la doxa dont elles sont encombrées. Le romantisme, auquel la notion est spontanément attachée, n’est pas, dans ses fondements mêmes, porteur d’un enchantement irénique alimentant l’illusion lyrique. Il ouvre au contraire l’ère d’une modernité désenchantée, qui laisse la terre à elle-même et enjoint au poète de redéfinir ses rapports avec elle.
- 26 Paul de Man, « Impasse de la critique formaliste », Critique n° 109, 1956.
- 27 Jean-Claude Pinson, « Ci-devant la poésie ? », Secousse, n° 23, En ligne, URL : http://www.revue-se (...)
- 28 Jean-Claude Pinson, « Pastoral. De la poésie comme écologie première », Catastrophes.fr, n° 11-14. (...)
- 29 Jean-Claude Pinson, Là, Nantes, Joca Seria, 2018, p. 81.
9Il reste un domaine autour duquel il semble impérieux de se positionner. Dans le contexte des relations entre modernité et postmodernité, la défense de la nature pourrait bien prendre une coloration régressive, dont tous souhaitent se départir. Jean-Claude Pinson s’y attelle en redéfinissant la notion de « pastorale ». Il lui faut pour ce faire mettre à distance l’interprétation que Paul de Man en avait proposée dans un article fondateur en 195626 : à la « convention pastorale » qui, selon ce dernier, isolait le poète romantique du « mensonge social » et le conduisait à soliloquer avec « la nature, l’élémentaire, le simple » assimilés bientôt à « l’Être27 », Pinson oppose désormais un nouveau « pacte pastoral » qui soit la promesse d’une habitation poétique de la Terre à laquelle tous peuvent s’associer. Contre le risque d’une réclusion solitaire du poète, il entend repenser la possibilité d’un monde commun et partagé. Ainsi compare-t-il la « promesse poétique d’une habitation pastorale de la Terre28 » à la « promesse émancipatrice du marxisme », et invente-t-il le concept de « poétariat » pour désigner cette réserve de créativité logée aujourd’hui dans la « multitude », opposée à la standardisation croissante. On voit là comment Pinson renverse non seulement le rapport entre solitude et multitude, mais aussi l’axe temporel : il s’agit de proposer une « utopie concrète » où « la terre pourrait être habitée en poète », une « autre vie possible en avant29 », loin de toute tentation régressive.
10Les contours littéraires et théoriques se précisent : l’héritage a été délimité et clarifié. Le présent et ses propositions peuvent se faire jour.
Propositions
- 30 Michel Deguy, Écologiques, op.cit., p. 103.
- 31 Jean-Claude Pinson, « Pastoral. De la poésie comme écologie première », Art. cit., p. 11.
11Les écopoèthes s’emploient à démontrer que le genre poétique, en soi, accueille une disposition écologique : il serait gardien de la nature davantage que ne le seraient les autres genres littéraires. L’entreprise paraît périlleuse, un peu présomptueuse, et risque d’attirer en retour son lot d’objections. Pour déjouer celles-ci, le propos de Pinson, Bailly, Deguy se situe à dessein à la racine même de l’interrogation : Deguy définit du reste la poésie comme une écologie « radicale30 », Pinson évoque quant à lui une « écologie première31 ». Qu’est-ce à dire ? Le genre poétique n’est pas, ici, appréhendé dans ses réalités effectives et ses productions concrètes, et la dimension thématique est volontairement écartée du propos. La poésie, autrement dit, n’est pas écologique en ce qu’elle resterait proche, par ses images et thématiques privilégiées, des éléments naturels. Là n’est pas le propos des écopoèthes. C’est à la source de la langue poétique que la démonstration est menée : la définition d’un « contre-langage » chez Pinson, l’analyse de l’énonciation chez Bailly et Bouquet passent au premier plan. Ce faisant, le poème est tout à la fois approché dans ce qu’il est, et dans ce qu’il pourrait être : le programme d’une poésie à venir est ainsi implicitement logé dans les mailles de la démonstration.
- 32 Inspiré en cela par Philippe Descola, Par-delà nature et culture, Paris, Gallimard, 2005.
- 33 Jean-Claude Pinson, Autrement le monde, op.cit., p. 26.
- 34 Ibid., p. 32.
- 35 Ibid., p. 38.
- 36 Ibid., p. 32-33.
- 37 Gérard Genette, Mimologiques. Voyage en Cratylie, Paris, Seuil, 1976.
- 38 Jean-Claude Pinson, Autrement le monde, op. cit, p. 36.
- 39 Les études sur la rythmique poétique ont du reste souvent été dans cette direction, ce que rappelle (...)
12La première proposition conduit à penser le « mode de présence » de l’écopoèthe « dans la cité » comme une forme de sensibilisation à de nouvelles approches du langage poétique. Pinson remonte pour ce faire au « grand partage » entre nature et culture dont la modernité aurait été le moment32, et soutient que la poésie serait « restée attentive à la donation de la physis33 ». Il développe son propos en réactivant la thèse rousseauiste d’un langage originellement donné dans le cri et en analysant l’usage du langage propre au poème : si la langue poétique est bien une langue « accentuée, rythmée et musicale34 », si elle est « sonore et sensée, une langue sensible, attentive aux nuances des affects et percepts35 », si la parcourt la « pulsion des affects », alors elle n’est pas seulement la langue qui se tourne vers la nature, mais « de la nature, de la physis parle en elle36 ». On voit là comment Pinson reprend, en le repensant, le débat entre langue motivée et langue arbitraire : une pulsion cratyléenne travaillerait selon lui la langue poétique. Loin, toutefois, de redoubler en miroir les sons naturels et d’introduire de naïfs « mimologismes37 », la poésie attirerait plutôt le regard et la sensibilité vers « le fond de chant sauvage dans la langue que recèle le poème », ce fond qu’il s’agirait de « raviver38 ». Les termes se déplacent donc sensiblement : l’interrogation porte non sur le signe mais sur le mode de saisie originelle de la réalité par la langue poétique, une saisie qui relèverait de l’écoute et de l’attention. Pour Pinson, il nous faut donc quitter l’espace exclusivement linguistique et prendre en compte les dimensions pragmatique et énonciative. Approfondir l’échange étroit entre poème et sensible, leur entrelacs originel, constitue le cœur de la démarche écopoéthique39.
- 40 Jean-Christophe Bailly, L’Élargissement du poème, op.cit., p. 14-17.
- 41 Ibid., p. 17.
- 42 Ibid.
13C’est une option symétrique que choisit de son côté Jean-Christophe Bailly, mais là encore pour mieux approcher le noyau commun que se partagent monde sensible et poème. Bailly opère un décentrement de la perspective en partant non du poème mais du monde. L’intéresse la « signifiance » des choses, qu’il définit par opposition à la signification. La signifiance constitue un état émergent et minimal de la signification : c’est le mode du « pas encore », celui de la « présence » par opposition au « sens40 ». Pour appréhender cet état émergent, il convient que le poète « débaptise les choses » et les rende à elles-mêmes : « Que chaque chose puisse être considérée comme indice, comme écho » (…) « annonçant silencieusement au monde qu’il y a monde41 ». Cette conception est explicitement orientée contre la tradition du paysage-état d’âme, taxée de « rêverie de propriétaire foncier » et de « rapt par lequel l’homme substitue à la violence de la signifiance celle de la signification », les « choses » étant « sommées de répondre42 ». Il s’agit donc bien, comme pour Pinson, de briser un effet de miroir – de l’homme et du monde – et d’envisager un retour à un état sauvage et disponible des choses, qui soit une source émergente du sens. C’est vers cet état premier que le poème selon Bailly se porte, ou doit se porter. L’argumentation esquive à dessein une analyse des composantes ou des caractéristiques du genre poétique en tant que tel, mais garde la poésie comme horizon de sa démonstration. Le titre de l’essai l’explicite autour d’un terme qui sert de ligne fédératrice au propos : « l’élargissement du poème ». Élargir le poème, l’inviter à franchir ses frontières : tel est alors, pour nous, le point suivant dans cet ensemble de propositions écopoéthiques.
- 43 Ibid., p. 180.
- 44 Ibid., p. 50.
- 45 Marielle Macé, Nos cabanes, Paris, Verdier, 2019.
- 46 Marielle Macé, « Pour une poésie élargie », conférence prononcée à l’IMEC (abbaye d’Ardenne) le 20 (...)
- 47 Marielle Macé, Nos cabanes, op.cit., p. 77.
- 48 Ibid., p. 98.
- 49 Marielle Macé, « Pour une poésie élargie », Art. cit.
- 50 Voir la thèse de Käte Hamburger dans Logique des genres littéraires, Paris, Seuil, 1986.
- 51 Marielle Macé, « Pour une poésie élargie », Art. cit.
14« Élargir » : le terme parcourt l’essai de Jean-Christophe Bailly, il est aujourd’hui repris en de très stimulantes propositions par Marielle Macé. Qu’est-ce à dire ? La question est d’abord celle de l’énonciation poétique dans ses rapports à la communauté. Bailly entend repenser le « nous » poétique en élargissant ses frontières au-delà de la sphère humaine. Ce « nous » sera inclusif, en devenir (« un nous extensible et ouvert qui se forme dans le temps43 »), et accueillera le non-humain au même titre que l’humain. Novalis est ici cité : « Moi = non moi – principe suprême de toute scène et de tout art44 ». Marielle Macé se saisit de la proposition en lui offrant une coloration écologico-politique : Nos cabanes45, puis « Pour une poésie élargie46 », appliquent cet élargissement aux formes de vie diverses et à la totalité des éléments naturels : « L’élargissement radical des formes de vie à considérer et des ententes à construire, voilà le point vif47. » Elle invite ainsi à « honorer d’autres styles d’être, d’autres pensées, d’autres comportements dans le sensible, de suivre d’autres lignes qui constituent autant de propositions sur le monde et les façons de s’y tenir48 ». La tâche poétique se situe, alors, dans la mise en place d’une scène de paroles où donner à entendre ce « parlement élargi49 » des formes du vivant. La scène énonciative du poème devient scène du monde sensible, accueilli, recueilli, écouté et soigné. Le propos refuse toutefois toute utopie naïve : nulle ventriloquie du poète, nulle tentation de donner la parole à ce qui ne possède pas de langage articulé : « Le poète sait parler à ce qui ne parle pas. Mais il se refuse à les faire parler ». Rappelant que les poètes prononcent des « énoncés de réalité50 », Marielle Macé avance, en une torsion de langage volontaire, que face au monde sensible, ils écoutent « parler sa non-parole51 ».
- 52 Jean-Claude Pinson, Autrement le monde, op.cit., p. 31.
- 53 Jean-Christophe Bailly, L’Élargissement du poème, op. cit., p. 198.
- 54 Jean-Christophe Bailly, Le Dépaysement. Voyages en France, op. cit., p. 143.
- 55 Frédéric Boyer, « Faire Virgile », Le Souci de la terre, Paris, Gallimard, 2018, p. 43.
- 56 Marielle Macé, Nos cabanes, op. cit., p. 47.
- 57 Ibid., p. 54.
15Ce « nous » élargi du poème implique enfin un mode de relation spécifique au monde sensible. Cette fois il n’est plus question de la langue poétique ni de l’énonciation, mais de la disposition éthique du poète englobant ces dernières. Tous insistent de fait sur la tâche du poète, sur la mission du poème, sur la dimension incitative du poïein invitant à tracer de nouvelles formes de vie. Pinson se demande ainsi comment l’usage du langage par le poème « peut modifier notre rapport au monde52 ». Cette modification passe, pour tous, par une nouvelle considération, un égard, un souci ou un soin portés à notre jardin planétaire. En reprenant, pour l’appliquer à la nature, le concept du « care » que Joan Tronto a contribué à diffuser dans la sphère sociale et politique, les écopoèthes invitent à ce que la poésie modèle un regard qui soit aussi un agir. Bailly, ainsi, évoque la « nécessité d’un mouvement envers les choses qui ne soit plus celui de la jouissance, ou du profit et du rejet, mais celui de l’égard, de la considération et de l’étonnement53 ». Cette attention nécessite un changement de focale : tous insistent sur la prise en compte de l’infime, voire de l’inaperçu. C’est le sens de la démarche qui préside, pour Bailly, à l’écriture de la somme qu’il a consacrée aux paysages de France, Le Dépaysement. Voyages en France. En dépaysant le pays lui-même et en l’arrachant à l’appartenance, l’écrivain invite à le faire réapparaître, et cela dans « le battement de la plus exacte proximité, à même les herbes, la terre, avec l’eau claire, la boue, la mousse de rayons54 ». C’est le sens, également, de la réflexion menée tout récemment par Frédéric Boyer dans son entreprise de retraduction des Géorgiques de Virgile. Significativement et magnifiquement titrée Le Souci de la terre, cette traduction redonne toute leur place aux détails sensibles qui, pour Boyer, contribuent à « la construction d’une immanence ». Ainsi avance-t-il : « Décrivant les soins et le souci à porter à la terre et à la vie, [Virgile] privilégie le petit, l’obscur, voire le minuscule55 ». Or s’attacher ainsi à la petitesse, c’est aussi considérer une réserve potentielle de vie, ainsi que le soutient Marielle Macé : « Prendre soin de ce qui se murmure, de ce qui se tente, de ce qui pourrait venir et qui vient déjà56 », elle qui ajoute : « Le “monde” est la terre rendue en même temps à sa vulnérabilité et à ses potentialités57 ».
- 58 Sur ce point on notera l’importance de la démarche de Stéphane Bouquet dans La Cité de paroles, op. (...)
16Dans un contexte de précarité écologique croissante, toutes ces démarches convergent bel et bien vers le rejet de la finalité exclusivement esthétique du poème, au profit d’une participation de l’ethos à la construction d’un séjour vivable et d’un monde commun58. Cet ensemble de propositions ne constitue pas seulement un programme. Les essais ici rassemblés sont aussi traversés de motifs qui les mettent en œuvre et en offrent une image vivante.
« Parce que l’oiseau59 »
- 59 Fabienne Raphoz citée par Marielle Macé, Nos cabanes, op. cit., p. 107.
- 60 Jean-Claude Pinson, J’habite ici, Ceyzérieu, Champ Vallon, 1991 ; Free Jazz, Nantes, Joca Seria, 20 (...)
- 61 Jean-Christophe Bailly, L’Oiseau Nyiro, Chêne-Bourg, La Dogana, 1991 ; Le Puits des oiseaux, Nature (...)
- 62 Dominique Meens, Mes Langues ocelles, Paris, POL, 2016.
- 63 Jacques Demarcq, Les Zozios, Caen, Nous, 2008.
- 64 Dominique Quélen, Oiseaux, extraits, Toulouse, Contrat Maint, 2014.
17Il serait tentant de suivre le vol de ces oiseaux qui traversent les ciels et les paysages des écopoèthes cités dans cette contribution. Une fièvre ou plutôt une ivresse de ciel nous semble faire converger autour d’un même réseau de motifs animaliers les essais et proses poétiques de Jean-Claude Pinson, dont le nom joue ici en clin d’œil (J’habite ici, Free Jazz, Là60), Jean-Christophe Bailly (L’Oiseau Nyiro, Le Puits des oiseaux, Le Versant animal61) et Marielle Macé dont les essais récents se font les porte-paroles des recueils de Dominique Meens (Mes langues ocelles62), Jacques Demarcq (Les Zozios63) et Dominique Quélen (Oiseaux, extraits64).
- 65 Francis Ponge, « Tentative orale », Le Grand recueil, Paris, Gallimard, 1961, p. 254.
- 66 L’expression est au cœur des travaux actuels de Marielle Macé.
18Ces textes constituent un apport décisif à la réflexion écopoéthique aujourd’hui, non seulement parce qu’ils englobent la question animale dans le champ de l’écopoéthique, mais parce qu’ils choisissent unanimement de déplacer un horizon d’attente. L’oiseau, le poète : le flot des références poétiques surgit aussitôt ; l’oiseau s’impose en effet comme le motif privilégié de la tradition lyrique et la figuration la plus fréquente du poète inspiré. Or toutes les reprises actuelles du motif prennent volontairement de court toute identification du poète à l’oiseau. Loin de tout soupçon anthropomorphique ou « poétomorphique », l’oiseau permettra au contraire de « sortir de la rainure humaine65 » ainsi que l’énonçait déjà Ponge, qui signalait que le terme « oiseau » contient significativement toutes les voyelles de l’alphabet, se faisant ainsi l’image d’une totalité du vivant. L’oiseau va précisément, sous la plume des écopoèthes, ouvrir l’empan poétique, décentrer le regard, et contribuer à la mise en place d’une « anthropologie élargie66 ».
- 67 Dans Fado (avec flocons et fantômes), Ceyzérieu, Champ Vallon, 2001 ; Free Jazz, Nantes, Joca Seria (...)
- 68 Jean-Claude Pinson, Là, op. cit., p. 276.
- 69 Ibid., p. 271.
- 70 Jean-Christophe Bailly, Le Versant animal, op. cit., p. 119 ; « davantage qu’un ciel, l’ouvert est (...)
19Jean-Claude Pinson se saisit précisément de son patronyme, qui semble l’avoir prédestiné à l’écriture poétique, pour étayer sa thèse d’un lyrisme critique, dégrisé, ayant rompu avec ses assises sacrées comme avec l’exploration des méandres du moi. Pinson se choisit donc humoristiquement une série de doubles aux patronymes fantaisistes, le plus fréquent étant Caelebs (pinson en latin), Caelebs qui se révèle être le porte-parole d’un lyrisme distancié67. Il s’agit donc, on le voit, de jouer ironiquement avec l’autofiguration spontanée du poète en oiseau. C’est pourquoi les reprises de grands textes de la tradition lyrique sur l’oiseau s’accompagnent, chez Pinson mais aussi chez Bailly, d’une soigneuse mise au point. Ainsi de L’Éloge des oiseaux de Leopardi. Pinson salue chez son aîné la tonalité vigoureuse, l’éloge du vol qui soit « pur mouvement, action joyeuse désencombrée des affres de la pensée soucieuse68 », mais il jette aussi le soupçon sur la « projection anthropomorphique » constituant l’orientation principale du texte : « Pouvons-nous vraiment partager […] ce que les oiseaux ont en propre, à savoir la combinaison du vol et du chant69 ? ». Bailly évoque quant à lui, dans Le Versant animal, l’« ouvert » emprunté à Rilke, mais pour redéfinir avec précision les termes de cette ouverture, prendre de court la coloration angélique et élargir au contraire l’empan des formes présentes de vies et de pensées70.
- 71 Marielle Macé, « Élargissement du poème », Art. cit.
20Si l’oiseau n’est plus ce miroir où projeter une image idéalisée du poète lyrique, il apparaît en revanche, dans ses multiples variations, comme le vecteur indirect des propositions écopoéthiques ci-dessus mentionnées. Que la langue poétique soit gardienne de la nature et lui soit consubstantiellement liée, la démarche poétique de Dominique Meens dans Mes langues ocelles, commentée par Marielle Macé, semble le démontrer en acte. Se concentrant sur le « signifiant » du chant de l’oiseau, sur cette « situation sonore » que fabrique l’oiseau, Meens s’attache à « l’ouverture d’un sens ou de réseaux de sens71 » : ainsi surgit une source cachée, latente, potentielle de l’écriture poétique, qui ne soit pas pour autant un « langage » de l’oiseau. C’est, on l’a vu, ce que Pinson proposait pour le poème, invité à remonter à un « fond de nature sauvage ». C’est aussi, sans doute, le sens que Bailly donne au terme de « signifiance », entendu comme une réserve de sens, potentielle, imminente, sise dans les choses sensibles, et vers laquelle le poème doit se porter.
- 72 Jean-Christophe Bailly, Le Versant animal, op. cit., p. 53.
- 73 Ibid., p. 104.
21L’oiseau se trouve également au cœur de la réflexion de Bailly sur l’élargissement du poème. Les pages du Versant animal qui lui sont consacrées invitent d’abord, à partir de la considération du regard des bêtes sur les hommes, à franchir ce qui nous sépare d’elles : « un peu comme si en deçà des particularités développées par les espèces et les individus existait une sorte de nappe phréatique du sensible, une sorte de réserve lointaine et indivise, incertaine, où chacun puiserait72 ». Cela prépare à penser, ensuite, « l’entière et mirifique conjugaison du verbe être » – donc à élargir les contours du pensable. Soucieux d’affranchir le verbe être de toute substantivation pour mieux libérer « une déclinaison infinie des états, des postures et des modes d’être73 », Bailly entend ouvrir ainsi l’éventail des formes de vie et de pensées à partir de la contemplation des oiseaux. Le vol des multiples espèces, la déclinaison des noms « comme si la prodigieuse diversité du vivant se donnait à entendre » en des listes que relaient les poèmes en prose de L’Oiseau Nyiro, tout est orienté en direction de l’ouverture des frontières du poème, de l’humain, et de l’être.
- 74 Jean-Claude Pinson, Free Jazz, op.cit., p. 95.
22Ces déclinaisons ornithologiques portent enfin en elles l’impératif poétique et éthique du « souci » de la terre. Ainsi chez Pinson qui, sur le ton de l’humour, organise une défense de l’espèce menacée des « pinsons », dans une scène où ceux-ci sont confrontés à une bande de merles présentés en pillards agressifs74 – et ce faisant allégorise la menace écologique actuelle. Ainsi chez Marielle Macé, qui reprend les formules de Fabienne Raphoz en clôture de son petit essai-manifeste Nos cabanes, et lance avec elle un appel qui sonne impérieusement :
- 75 Marielle Macé, Nos cabanes, op. cit., p. 107.
Pourquoi vivre autrement ? Parce que l’oiseau (c’est l’admirable formule de Fabienne Raphoz). Pourquoi lutter ? Parce que l’oiseau. Parce que les oiseaux chantent et qu’ils tombent et non-chantent. Pourquoi habiter nos ruines, nous y glisser, glisser nos nous, nos imaginations, nos pratiques, nos étonnements devant ce dont nous étions donc capables. Parce que l’oiseau75.
- 76 Jean-Claude Pinson, « Pastoral. De la poésie comme écologie première », Art. cit., p. 139.
23À l’heure où se développe le courant de l’esthétique environnementale, qui tend à redéfinir les critères de définition du beau en invitant à dépasser la beauté désintéressée kantienne vers une beauté englobant les conditions de notre présence au monde, un ensemble de poètes et d’essayistes prend activement part à la défense de notre « habitation » terrestre, et ce faisant contribue à repenser l’esthétique sur fond d’éthique. Dans cette perspective, interroger les modes de présence de l’écrivain dans la cité, et de l’écopoèthe dans le monde sensible, nous a conduit non pas à décliner directement des pratiques (voyages, arpentage, recension de territoires oubliés…), mais à considérer le projet, offert par un ensemble d’essais convergents, d’une nouvelle approche des relations entre le poème et le monde naturel : repensant un héritage, ces essais questionnent l’écriture du poème (la poiesis) à sa source même. Par ce biais, ils jouent aussi un rôle incitatif évident. Invitant à ce que chacun s’approprie ces propositions sensibles et partageables, et infléchisse par ce biais ses manières de percevoir et de désirer, les écopoèthes apparaissent aujourd’hui comme des « lanceurs d’alerte » d’un genre nouveau, agissant « à bas bruit et par en bas, procédant au niveau moléculaire, pollinisant pensées et sensibilités76 ».
Notes
1 Georges Didi-Huberman, Désirer désobéir. Ce qui nous soulève I, Paris, Éditions de Minuit, 2019, p. 525. « […] non pas la catastrophe comme mouvement soulevant que disait autrefois le verbe grec katastréphein – « retourner, tourner sens dessus dessous, bouleverser » -, mais la catastrophe comme pur et simple champ de ruines où tout aurait été détruit et d’où plus rien ne serait à espérer […] ».
2 Catastrophes. Écritures sérielles & boum. https://revuecatastrophes.wordpress.com/
3 L’essai a été ensuite publié dans Pastoral. De la poésie comme écologie, Ceyzérieu, Champ Vallon, 2020, sous le titre « Écologie première », p. 11-46.
4 Jean-Claude Pinson, Pastoral. De la poésie comme écologie, op. cit., p. 9.
5 Félix Guattari, Les Trois Écologies, Paris, Galilée, 1989, p. 45-46.
6 Jean-Claude Pinson, Autrement le monde, Nantes, Joca Seria, 2015 ; Pastoral. De la poésie comme écologie, op. cit.
7 Michel Deguy, Écologiques, Paris, Hermann, 2012 ; L’Envergure des comparses. Écologie et poétique, Paris, Hermann, 2017.
8 Jean-Claude Bailly, L’Élargissement du poème, Paris, Christian Bourgois, 2015. On peut leur ajouter, de Jean-Claude Bailly, Le Dépaysement. Voyages en France, Paris, Seuil, 2011 et Le Versant animal, Paris, Bayart, 2007, et de Stéphane Bouquet, La Cité de paroles, Paris, José Corti, 2018.
9 Michel Deguy, La Fin dans le monde, Paris, Hermann, coll. « Le Bel aujourd’hui », 2006, p. 46.
10 Il est bien entendu que la poésie a depuis longtemps dépassé cette imagerie : de Rimbaud à Michaux, du Bouchet ou Dupin, le sujet lyrique se vit comme un champ de forces et de métamorphoses en interaction avec la matière (voir sur ce point : John E. Jackson, La Poésie et son autre. Essai sur la modernité, Paris, José Corti, 1998 et Michel Collot, La Matière-émotion, Paris, PUF, 1998)
11 Georges Perros, Papiers collés II, Paris, Gallimard, coll. « L’Imaginaire », 1989, p. 133.
12 Pierre Schoentjes, Ce qui a lieu. Essai d’écopoétique, Paris, Wildproject, 2015.
13 Dès 2007-2008, un ensemble d’essais opèrent des distinctions déterminantes entre écocritique, écosophie, écopoétique, interrogent leurs présupposés et discutent, en particulier, les thèses de Jonathan Bate et Lawrence Buell. Voir l’étude de Thomas Pughe, « Réinventer la nature : vers une éco-poétique », Etudes anglaises, 2005/1 (Tome 58), En ligne, URL : https://www.cairn.info/revue-etudes-anglaises-2005-1-page-68.htm et l’article de synthèse de Nathalie Blanc, Denis Chartier Thomas Pughe, « Littérature & écologie : vers une écopoétique. », Ecologie & politique 2/2008 (n° 36), p. 15-28). Plus récemment, Claire Jaquier a proposé une vue d’ensemble du territoire critique de l’écopoétique : « Écopoétique, un territoire critique », en ligne, URL : https://www.fabula.org/atelier.php ?Ecopoetique_un_territoire_critique. On se référera aussi au Guide des humanités environnementales dirigé par Aurélie Choné, Isabelle Hajek et Philippe Hamman (Villeneuve-d'Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2016), et en particulier aux contributions de Laurence Dahan-Gaida (« Épistémocritique de la nature », p. 173-182) et d’Emmanuelle Peraldo (« Écocritique », p. 165-172).
14 Dans « Essor d’une conscience littéraire de l’environnement » (Revue critique de Fixxion contemporaine, n° 11, En ligne, URL : http://www.revue-critique-de-fixxion-francaise-contemporaine.org/rcffc/article/view/fx11.0), Alain Romestaing, Pierre Schoentjes et Anne Simon notent qu’en France « se sont plutôt développées des approches prolongeant un intérêt ancien pour le paysage et la géographie, notamment avec la géopoétique de Kenneth White ou la géocritique de Michel Collot et Bertrand Westphal ».
15 Jean-Claude Pinson, Autrement le monde, Nantes, Joca Seria, 2015, p. 21. Constat repris en cela par Michel Collot (Le Chant du monde dans la poésie française contemporaine, Paris, José Corti, 2019).
16 Michel Collot, Le Chant du monde dans la poésie française contemporaine, op. cit., p. 16.
17 Ibid., p. 31.
18 Jean-Claude Pinson, Autrement le monde, op. cit., p. 36. Pinson y rappelle le « reproche fait à la poésie lyrique de se complaire dans une posture illusoirement romantique. »
19 Jean-Christophe Bailly, La Fin de l’hymne, Paris, Christian Bourgois, 1991, p. 16.
20 Ibid., p. 13.
21 Michel Deguy, L’Envergure des comparses. Ecologie et poétique, op. cit., p. 17.
22 Idem.
23 Jean-Claude Pinson, Poéthique. Une autothéorie, Ceyzérieu, Champ Vallon, 2013, p. 5.
24 Stéphane Bouquet, La Cité de paroles, Paris, José Corti, p. 65.
25 Michel Foucault, L’Herméneutique du sujet : cours au collège de France (1981-1982), Paris, Seuil, 2001.
26 Paul de Man, « Impasse de la critique formaliste », Critique n° 109, 1956.
27 Jean-Claude Pinson, « Ci-devant la poésie ? », Secousse, n° 23, En ligne, URL : http://www.revue-secousse.fr/Secousse-23/Carte-blanche/Sks23-Pinson-Enquete.pdf.
28 Jean-Claude Pinson, « Pastoral. De la poésie comme écologie première », Catastrophes.fr, n° 11-14. Repris dans Pastoral. De la poésie comme écologie, op.cit., p. 11-43.
29 Jean-Claude Pinson, Là, Nantes, Joca Seria, 2018, p. 81.
30 Michel Deguy, Écologiques, op.cit., p. 103.
31 Jean-Claude Pinson, « Pastoral. De la poésie comme écologie première », Art. cit., p. 11.
32 Inspiré en cela par Philippe Descola, Par-delà nature et culture, Paris, Gallimard, 2005.
33 Jean-Claude Pinson, Autrement le monde, op.cit., p. 26.
34 Ibid., p. 32.
35 Ibid., p. 38.
36 Ibid., p. 32-33.
37 Gérard Genette, Mimologiques. Voyage en Cratylie, Paris, Seuil, 1976.
38 Jean-Claude Pinson, Autrement le monde, op. cit, p. 36.
39 Les études sur la rythmique poétique ont du reste souvent été dans cette direction, ce que rappelle Michel Collot citant Jonathan Bate : « La poésie, au sens de la composition des vers, constitue le chemin le plus direct qui s’offre au langage pour revenir à l’oïkos, au lieu de notre séjour, parce que la structure rythmique du vers lui-même – une musique tranquille ou persistante, un cycle récurrent, un battement de cœur – est une réponse aux propres rythmes de la nature, un écho au chant de la terre elle-même. », Le Chant du monde dans la poésie française contemporaine, op.cit., p. 156.
40 Jean-Christophe Bailly, L’Élargissement du poème, op.cit., p. 14-17.
41 Ibid., p. 17.
42 Ibid.
43 Ibid., p. 180.
44 Ibid., p. 50.
45 Marielle Macé, Nos cabanes, Paris, Verdier, 2019.
46 Marielle Macé, « Pour une poésie élargie », conférence prononcée à l’IMEC (abbaye d’Ardenne) le 20 juin 2019. Citons également : « Élargissement du poème », Arts et sociétés. Lettre du séminaire, n° 108, https://www.sciencespo.fr/artsetsocietes/fr/archives/3944
47 Marielle Macé, Nos cabanes, op.cit., p. 77.
48 Ibid., p. 98.
49 Marielle Macé, « Pour une poésie élargie », Art. cit.
50 Voir la thèse de Käte Hamburger dans Logique des genres littéraires, Paris, Seuil, 1986.
51 Marielle Macé, « Pour une poésie élargie », Art. cit.
52 Jean-Claude Pinson, Autrement le monde, op.cit., p. 31.
53 Jean-Christophe Bailly, L’Élargissement du poème, op. cit., p. 198.
54 Jean-Christophe Bailly, Le Dépaysement. Voyages en France, op. cit., p. 143.
55 Frédéric Boyer, « Faire Virgile », Le Souci de la terre, Paris, Gallimard, 2018, p. 43.
56 Marielle Macé, Nos cabanes, op. cit., p. 47.
57 Ibid., p. 54.
58 Sur ce point on notera l’importance de la démarche de Stéphane Bouquet dans La Cité de paroles, op. cit.
59 Fabienne Raphoz citée par Marielle Macé, Nos cabanes, op. cit., p. 107.
60 Jean-Claude Pinson, J’habite ici, Ceyzérieu, Champ Vallon, 1991 ; Free Jazz, Nantes, Joca Seria, 2004 ; Là, Nantes, Joca Seria, 2018.
61 Jean-Christophe Bailly, L’Oiseau Nyiro, Chêne-Bourg, La Dogana, 1991 ; Le Puits des oiseaux, Nature morte, Paris, Seuil, 2016 ; Le Versant animal, op. cit..
62 Dominique Meens, Mes Langues ocelles, Paris, POL, 2016.
63 Jacques Demarcq, Les Zozios, Caen, Nous, 2008.
64 Dominique Quélen, Oiseaux, extraits, Toulouse, Contrat Maint, 2014.
65 Francis Ponge, « Tentative orale », Le Grand recueil, Paris, Gallimard, 1961, p. 254.
66 L’expression est au cœur des travaux actuels de Marielle Macé.
67 Dans Fado (avec flocons et fantômes), Ceyzérieu, Champ Vallon, 2001 ; Free Jazz, Nantes, Joca Seria, 2004 ; Drapeau rouge, Ceyzérieu, Champ Vallon, 2008.
68 Jean-Claude Pinson, Là, op. cit., p. 276.
69 Ibid., p. 271.
70 Jean-Christophe Bailly, Le Versant animal, op. cit., p. 119 ; « davantage qu’un ciel, l’ouvert est l’espace de la possibilité de ces pensées et de ces vies. »
71 Marielle Macé, « Élargissement du poème », Art. cit.
72 Jean-Christophe Bailly, Le Versant animal, op. cit., p. 53.
73 Ibid., p. 104.
74 Jean-Claude Pinson, Free Jazz, op.cit., p. 95.
75 Marielle Macé, Nos cabanes, op. cit., p. 107.
76 Jean-Claude Pinson, « Pastoral. De la poésie comme écologie première », Art. cit., p. 139.
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Référence électronique
Anne Gourio, « L’Écopoèthe : émergence d’une nouvelle figure d’auteur en poésie contemporaine », Elfe XX-XXI [En ligne], 10 | 2021, mis en ligne le 15 octobre 2021, consulté le 11 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/elfe/3798 ; DOI : https://doi.org/10.4000/elfe.3798
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