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Lieux singuliers

L’expérience (post)coloniale dans la littérature française contemporaine : détail, sujet, bibliothèque commune (à partir des Années d’Annie Ernaux)

(Post)Colonial Experience in Contemporary French Literature : Detail, Subject and the Common Library (based upon The Years by Annie Ernaux)
Étienne Achille et Oana Panaïté

Résumés

L’analyse proposée dans cet article invite à repenser la place du (post)colonial dans le récit contemporain à travers la mise en évidence du travail sous-jacent mais continu du détail colonial dans Les Années (2008) d’Annie Ernaux. S’appuyant sur cet exemple représentatif d’un phénomène aussi diffus que conséquent, l’article vise à transcender les frontières disciplinaires et à réorienter l’approche critique de la production romanesque contemporaine vers l’horizon d’une « bibliothèque commune » à partir de trois postulats : 1) le sujet postcolonial – en tant que matière à réflexion littéraire et sujet ontologique né d’une histoire commune – est non seulement légitime mais indispensable à tout projet de compréhension, d’interprétation et d’évaluation d’une littérature contemporaine travaillée par les résonances (infra)discursives d’un débat public dans lequel la question de la mémoire de l’empire resurgit avec force depuis le tournant du millénaire ; 2) il existe un besoin urgent de mise en relation du travail des écrivain.e.s catégorisé.e.s comme « postcoloniaux » ou « intrangers/intrangères », d’une part, avec la production hexagonale, c’est-à-dire « blanche », de l’autre ; 3) ainsi, l’expérience postcoloniale de notre époque nous somme, critiques littéraires, d’intégrer l’étude des deux bibliothèques – l’une, « française », l’autre, « francophone » – qui ont jusqu’à présent coexisté sans se rejoindre, engendrant deux histoires parallèles de la littérature et des modèles interprétatifs distincts, malgré leur synchronie et un socle conceptuel partagé.

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Texte intégral

  • 1 Hélène Merlin-Kajman, La Littérature à l’heure de #MeToo, Paris, Ithaque, 2020, p. 17.

1Dans la foulée de l’incessante recherche de nouvelles sources d’inspiration formelle et thématique dont font preuve nombre d’auteurs contemporains, la production romanesque se voit revivifiée par la représentation d’expériences « autres » à travers des approches intersectionnelles qui font notamment la part belle à la (re)découverte de la France rurale et périphérique, mais dont la pertinence politique repose de plus en plus sur la question de la race et des héritages coloniaux. La convergence entre la pérennité ignorée du sujet et sa visibilité croissante, ou pressante, rend par conséquent la démarche critique proposée ici non seulement incontournable mais nécessaire. Qu’il s’agisse du postcolonial ou d’autres sujets sociétaux, il est en effet « grand temps d’accorder à nouveau le plus grand sérieux critique » au débat « qui concerne la responsabilité et l’implication de la littérature dans ce qu’il est convenu d’appeler la réalité »1. Alors que le curseur oscillant entre liberté créatrice et enjeux éthiques et politiques ne cesse de se déplacer selon l’évolution du discours social, quelles sont aujourd’hui les modalités — acceptables et acceptées — d’intervention littéraire, aussi indirecte soit-elle, dans le débat postcolonial ?

  • 2 Alexandre Gefen, L’Idée de littérature. De l’art pour l’art aux écritures d’intervention, Paris, Co (...)
  • 3 Christy Whampole, Degenerative Realism : Novel and Nation in Twenty-First-Century France, New York, (...)

2Le début du xxie siècle marque en effet un regain d’intérêt pour l’époque coloniale, ses archives, ses traces matérielles et ses réverbérations contemporaines, et ce non seulement parmi les écrivain.e.s dits « francophones » dont les conditions d’existence au sein du champ sont inextricablement liées à l’articulation d’une poétique reposant sur ces sujets, mais aussi parmi celles et ceux que l’on considère comme dépositaires d’une littérature dite « française ». La mémoire de l’empire, les effets traumatiques des guerres coloniales, la prégnance quotidienne de la race, la vulnérabilité comparable ou partagée de différents groupes sociaux en contexte postcolonial et néolibéral irriguent ainsi l’expérience de certains des personnages romanesques de Thierry Beinstingel, Patrick Deville, Mathias Énard, Nicolas Fargues, Yannick Haenel, Alexis Jenni, Pierre Lemaitre, Édouard Louis, Nicolas Mathieu, Karine Tuil ou Marie Darrieussecq, pour ne citer que quelques-un.e.s des auteur.e.s les plus visibles dont les œuvres récentes illustrent cette tendance. Consacrée par les institutions et bénéficiant d’un succès éditorial conséquent, cette littérature d’intervention s’est établie comme fer de lance de la République des Lettres face aux assauts néo-réactionnaires d’un Michel Houellebecq ou d’un Richard Millet dont les livres2, coulant les angoisses du malaise identitaire national dans les formes fictionnelles d’un déclin collectif, alimentent l’émergence contemporaine d’un « réalisme dégénérescent »3. Ces textes, nonobstant leurs fortes dissemblances formelles et idéologiques, sont reliés par leur traitement explicite et extensif du (post)colonial devenu partie intégrante d’un paysage littéraire français contemporain dont la recherche d’influence sur le discours social passe dorénavant aussi par cette problématique.

3Cependant, un autre corpus mérite examen, celui des œuvres qui abordent cette même problématique de manière moins frontale, ne lui réservant qu’une place mineure dans les marges de la diégèse ou dans les interstices du discours narratif. Ainsi la question (post)coloniale investit un discours littéraire présentant, de plus en plus fréquemment, des approches tangentielles et ambivalentes qui se manifestent par l’interstitiel, l’imbrication, la dilution, l’oblique ou le détail comme chez Lola Lafon (Chavirer), François Bégaudeau (En guerre), Thomas Clerc (Paris, musée du xxie siècle. Le dixième arrondissement), Virginie Despentes (Vernon Subutex), Marie-Hélène Lafon (Les Pays), Pierre Lemaitre (Au revoir là-haut) ou Édouard Louis (En finir avec Eddy Bellegueule). L’importance de cette dynamique tient, selon nous, au processus de normalisation, voire de naturalisation du (post)colonial qu’elle indique et qu’il convient, alors que la fiction prétend assumer un rôle dans un débat public aussi intense que polarisé, d’interroger.

Détail pittoresque, storia latente

  • 4 Daniel Arasse, Le Détail : pour une histoire rapprochée de la littérature, Paris, Flammarion, 1992, (...)

4Le roman Au revoir là-haut de Pierre Lemaitre, premier opus d’une fresque littéraire couvrant le xxe siècle et prix Goncourt 2013, est un exemple aussi problématique que révélateur de l’étendue du phénomène que nous identifions. Dans ce récit inspiré par les scandales de la démobilisation suite à la Grande Guerre, les deux personnages principaux, coincés entre la décadence des élites et l’hypocrisie de la République, pataugent dans une pauvreté indigne de leur sacrifice. On remarquera que l’impératif réaliste auquel se soumet l’auteur se traduit par un travail de restitution du fond de l’époque qui fait une place modeste mais saillante à l’exploitation narrative et discursive du colonial. Le roman est ainsi balisé par les références à un empire présenté dans le premier chapitre comme une échappatoire fantasmée, puis dans l’épilogue comme une porte de sortie salvatrice pour l’anti-héros Albert Maillard fuyant la justice dans l’immensité de la plus grande France, et qui se voit entre-temps mobilisé en relation avec les activités criminelles des élites militaires et sociales. Pour autant, bien que ces récurrences liées à la topique coloniale émaillent le texte et renvoient à des enjeux esthétiques et historiques majeurs, le détail colonial demeure source d’attention diffuse et d’intention confuse : il constitue le point aveugle du monde fictionnel dans lequel Lemaitre plonge ses lecteurs. La subordination du colonial au discours romanesque, en tant que détail utile sur le plan fonctionnel mais finalement pittoresque – particolare subordonné à l’économie narrative –4, qui ne confère au récit qu’une certaine couleur locale et se retrouve mis au service de l’objectif historique éminemment hexagonal du roman, s’avère ainsi analogue à la fonction subalterne des personnages coloniaux, limités à un rôle d’expédients diégétiques.

  • 5 Voir Étienne Achille et Oana Panaïté, « Le sens du détail : Tropisme colonial et dysfonctionnement (...)
  • 6 Michel Charles, Introduction à l’étude des textes, Paris, Seuil, 1995, p. 136.
  • 7 Arasse, Le Détail,  op. cit., p. 223.

5Roman social que l’auteur présente lui-même comme un texte cherchant à engager, à travers la réactivation de nombre de réverbérations contemporaines, la responsabilité du lecteur, Au revoir là-haut pose ainsi, par effet de miroir, la question de la responsabilité de l’écrivain en contexte néo-réactionnaire. Car cette forme d’instrumentalisation5 du colonial, réduit à la dimension de « fantôme textuel6 », indice de chronotope ou procédé de caractérisation, peut être considérée comme symptomatique d’un phénomène aussi discret qu’il est omniprésent dans le paysage littéraire français, et dont la portée, par sa capacité à façonner des expériences de lecture et modéliser des attitudes ou imaginaires, pourrait faire l’objet d’une étude approfondie. Elle ne constitue cependant pas l’unique manière dont le détail colonial travaille la production littéraire hexagonale qui ne s’engage pas directement ou ouvertement dans le débat (post)colonial. Imbriquée dans la matière narrative, la trace historique peut dépasser le stade du lieu commun, trope ou tropisme, et, agissant comme un dettaglio qui « dé-taille » l’ensemble textuel7, met à jour le potentiel créatif d’une mémoire en pointillé. Tout en restant dans l’arrière-fond narratif ou descriptif, celle-ci va parfois jusqu’à imprégner le livre de sa présence diffuse, devenant le support d’une storia latente dont il faut considérer la teneur signifiante.

Les Années d’Annie Ernaux : « ils ont vu » la guerre d’Algérie

  • 8 Annie Ernaux, Les Années, Paris, Gallimard (Folio), 2008. Dorénavant, les références à cet ouvrage (...)
  • 9 Annie Ernaux, « Vers un je transpersonnel », in Serge Doubrovsky, Jacques Lecarme et Philippe Lejeu (...)
  • 10 Maïté Snauwaert, « Les Années d’Annie Ernaux : la forme d’une vie de femme », in Barbara Havercroft (...)

6Les Années (2008) occupe une place importante dans l’œuvre récemment nobélisée d’Annie Ernaux8, en tant que livre qui a profondément influencé les pratiques de l’écriture de soi et contribué à redéfinir le pacte autobiographique9. On soulignera ainsi la façon dont le récit, diaristique et fractionné, produit de l’accumulation de notes prises à travers plusieurs décennies, met en scène un dialogue entre le sujet remémorant identifié par le pronom « elle » et diverses entités collectives afin de « créer une forme propre à dire son temps »10. Par conséquent, bien que le point de vue d’une individualité féminine émerge, il fusionne avec le social et le collectif dans une tentative de « définir ce qu’est la vie humaine » (LA 111). Nonobstant son refus de la chronologie stricto sensu et de l’archive, le récit présente une temporalité linéaire, rythmée par l’unité de « l’année ». Il se fait le vecteur d’une mémoire « flottante », voire « illégitime » (LA 57) qui recueille non seulement des souvenirs intimes mais des actes secrets, honteux, inavouables, « des choses qu’il est impensable, honteux ou fou de formuler » (LA 59). Reliant le sensoriel à l’intelligible, la présence physique au monde est appréhendée dans sa dimension viscérale, le corps devenant un objet sur lequel s’inscrit, sans traumatisme ni pathos, au gré des coïncidences, l’empreinte d’une date dont on ne saisira que plus tard la signification et que seule la réflexion mémorielle pourra transformer en événement. Le regard du sujet s’attarde ainsi sur la façon dont l’histoire se construit aussi bien à travers les épisodes marquants que les expériences en apparence anodines qui jalonnent le quotidien. Les Années est un récit de « dépossession » (LA 166) dans lequel la singularité d’une vie est immergée dans le temps historique, « dans le mouvement d’une génération » dont la dynamique est entretenue par l’atavisme du sujet tout autant que par les facteurs externes se trouvant « hors de nous, dans un souffle pluvieux du temps » (LA 17).

7La trajectoire du sujet, rythmée par les grandes étapes de la vie d’une femme à la fin du xxe et au début du xxie siècle, se passe de tout dénouement narratif ou point d’orgue existentiel que l’on pourrait associer à l’autobiographie classique telle que la libération de soi, la révélation d’une vocation ou la prise de conscience, fût-elle d’un échec ou d’une rencontre manquée. Sa conclusion repose néanmoins sur la revendication d’un repère historique fort chargé de représenter le point d’articulation entre un parcours singulier et un phénomène global. Il s’agit de la guerre d’Algérie :

À mesure que le temps diminue objectivement devant elle, il s’étend de plus en plus, bien en deçà de sa naissance et au-delà de sa mort, quand elle imagine que, dans trente ou quarante ans, on dira qu’elle a connu la guerre d’Algérie comme on disait de ses arrière-grands-parents « ils ont vu la guerre de 70. » (LA 248)

  • 11 Les Années semble ainsi déverrouiller une mémoire littéraire, les textes suivants d’Ernaux prolonge (...)

8Le colonial est omniprésent dans Les Années11, même si sa visibilité varie à travers le récit. Les références prennent d’abord la forme d’un phénomène diffus lors des repas de famille, à l’école et dans la vie quotidienne du sujet en tant qu’enfant, adolescente puis jeune adulte traversant ces périodes plus ou moins (in)consciemment. Ernaux attribue ici à la matière coloniale, a posteriori alors que le texte oscille entre stupéfaction et regret de ne pouvoir entièrement saisir la signification d’événements qui flottaient autour d’elle à l’époque, une place conséquente dans l’expérience culturelle et sensorielle. La sphère de la subjectivité la plus perméable aux échos du monde est en effet la sphère sensorielle, malgré le fait que la connexion entre le vécu quotidien et l’expérience coloniale dans un espace-temps confus ne soit pas directe, du moins lors de l’enfance de l’auteure-narratrice. Cette connexion repose donc sur l’association entre la corporalité du sujet et sa perception médiée des colonies, le texte soulignant le rôle de l’ekphrasis dans la couverture médiatique des « évènements » d’Algérie, tout comme celui joué par la « lumière » propre aux cartes postales « exotiques » (LA 14) qui, tel un punctum barthésien, perce à travers le texte et la conscience du sujet, forçant l’expression d’une sensation « impensable » (LA 59).

« La colonie intérieure », point de fuite des Années

9Dans la seconde partie des Années, caractérisée par une tension résultant de la multiplication des points de vue, voix, rumeurs et bruits, le sujet écrivant tourne son attention vers les réflexes de pensée et les comportements sociaux éveillés à partir des années 1980 par l’immigration postcoloniale : xénophobie, racisme, et politiques identitaires. Cet aiguisement critique est doublé d’un regard rétrospectif sur le colonial, mais celui-ci n’est mobilisé qu’occasionnellement en tant que point de comparaison. Ainsi dans la longue temporalité du récit et sa mémoire intratextuelle, le colonial s’efface lors du glissement vers le thème de l’anxiété collective, sur fond de montée de l’extrême droite et d’hystérisation du discours médiatique, provoquée par l’expansion de la soi-disant « colonie intérieure » (LA 223), avec ses « Arabes [qui ne seraient] pas des immigrés comme les autres ». (LA 175) « [L]es évènements d’Algérie » étant maintenant « [une] affaire classée » (LA 121), le colonial devient le locus textuel d’un désintérêt collectif mais il maintient tout de même, à travers notamment le travail de réflexion sur la langue que l’emploi de l’expression « colonie intérieure » illustre, l’indice d’une mémoire scripturale intermittente rappelant les origines des phénomène décrits. Ainsi tandis que le langage social, déréalisé, trace des lignes de partition entre « nous » et « eux », le langage littéraire crée des points d’intersection qui brouillent ces frontières artificielles, permettent le recadrage des représentations collectives et fournissent un point de vue à partir duquel il devient possible de contempler la complexité du sujet. L’acte littéraire, « [m]ettre en mots le monde » (LA 19), signifie ici résister aux effets corrosifs du temps, à l’impermanence de la mémoire ou aux distorsions des perceptions politiquement biaisées en ré-ordonnant le monde dans un geste empathique appliqué à la compréhension des mécanismes discursifs ayant créé ces « Autres ». Comme nous le verrons dans un instant, ce n’est que dans l’excipit du livre que le colonial resurgit, présenté une dernière fois comme un jalon historique déterminant.

  • 12 Élise Hugueny-Léger, « En dehors de la fête : entre présence et absence, pour une approche dialogiq (...)
  • 13 Paula Rabinowitz, « It’s Still There : The Vanishing Point of Daniel Blaufuks’s Als Ob/As If », bou (...)

10En tant que récit articulé par un sujet dont la position est « en dehors de la fête12 », Les Années offre donc une historiographie littéraire « tangentielle » qui entoure ses principaux évènements des « most fleeting and unaware connections » (« des liens les plus fugaces et inconscients ») (Rabinowitz 117)13 permettant de mettre en évidence la relation indirecte de toute vie individuelle à l’Histoire, ainsi que le travail latent de cette dernière dans la vie d’une société. Plus précisément, nous suggérons que le (post)colonial constitue dans le texte un « vanishing point » (Rabinowitz 117), un « point de fuite », qui permet de construire la perspective et profondeur du récit tout en s’évaporant progressivement, sans pour autant jamais totalement disparaître. Le détail colonial – dettaglio qui déchire l’unité du tableau – signale notamment la distance entre les générations, les différences entre leurs manières de voir le passé et de se situer par rapport à lui. Le contraste entre les rituels collectifs déployés juste après la Seconde Guerre mondiale, où le récit de l’Occupation se fait autour de la table familiale et laisse une trace indélébile sur les enfants qui « retenaient tout » (LA 25), et les réactions étouffées aux morts des soldats français en Algérie pendant l’adolescence de l’auteure-narratrice, « tragédies individuelles » (LA 63) appartenant à un domaine privé qui les dépouille de reconnaissance politique, illustre le grand écart mémoriel entre générations vivant différemment « leurs » guerres. Deux décennies plus tard, le désintérêt envers le savoir et l’expérience du passé de ceux devenus parents est mis en avant à travers la mise en sourdine, entre autres, du conflit algérien qui se déréalise au fur et à mesure que les années passent : « Il était hors d’intérêt d’exhumer pour les jeunes convives les grands récits de notre entrée dans le monde [...] Nous n’évoquions pas davantage l’Algérie, le Chili ou le Vietnam, ni Mai 68 ni la lutte pour l’avortement libre. Nous n’étions contemporains que de nos enfants. » (LA 158)

  • 14 Cette scène est également celle choisie par Véronique Montémont, pour qui Les Années propose « une (...)

11Au-delà de la question de sa présence ou de son invisibilité textuelle, il est donc important d’envisager le vanishing point colonial comme une notion clef permettant à Ernaux de saisir la façon dont seul le travail du temps permet à certaines expériences de finalement signifier, comme le passage suivant l’illustre14 :

Sans doute pas dans sa pensée les derniers morts d’une embuscade en Algérie, nouvel épisode des troubles dont elle saura seulement plus tard qu’ils se sont déclenchés à la Toussaint 54 et elle se reverra ce jour-là, dans sa chambre, assise près de la fenêtre, les pieds sur son lit, regardant les invités d’une maison en face sortir les uns après les autres dans le jardin, pour uriner derrière le mur aveugle, si bien qu’elle n’oubliera jamais la date de l’insurrection algérienne ni cet après-midi de Toussaint pour lequel elle disposera d’une image nette, une sorte de fait pur, une jeune femme s’accouvant dans l’herbe et se relevant en rabattant sa jupe. (LA 59)

  • 15 Sur l’usage de la photo dans Les Années, voir Michèle Bacholle-Bošković, « ph-auto·bio·graphie : Éc (...)
  • 16 Passage qui rejoint l’« anarchive » de cet évènement historique longtemps passé sous silence. Voir (...)

12La dualité du vanishing point transparaît dans cette scène mêlant l’expérience corporelle intime et les nouvelles de la guerre d’Algérie, sous-tendue par l’usage de la prétérition qui expose la dissimulation de l’Histoire derrière les détails d’une histoire individuelle. L’Histoire devient donc histoire une fois liée au personnel, intégrée au tissu narratif par l’intermédiaire d’une image (matérielle ou imaginée) que le sujet remémorant « voit15 » et à laquelle elle insuffle une signifiance historique rendue possible par la distance temporelle et le savoir qu’elle apporte. On remarquera également cet autre long passage contenant les réflexions de l’auteure-narratrice sur les atrocités commises par la police lors de la manifestation du 17 octobre 196116, produit d’une stratégie narrative similaire à laquelle s’ajoute cette fois la répétition du participe passé en italique « su » dont le sens privatif assume la fonction sémantique de prise de conscience post factum, et l’usage de crochets qui détachent typographiquement ces lignes du reste du texte :

[Plus tard, quand on apprendrait ce qui s’était passé le 17 octobre 61, on serait dans l’incapacité de dire ce qu’on avait su à l’époque des faits, ne retrouvant rien, sinon le souvenir d’une douceur du temps, de la proche rentrée universitaire. Éprouvant le malaise de ne pas avoir su – même si l’État et les journaux avaient tout fait pour cela – comme si l’ignorance et le silence ne se rattrapaient jamais. Et on aurait beau faire, il n’y aurait pas de lien de similitude entre la charge haineuse de la police gaullienne contre les Algériens en octobre et celle de février suivant contre les militants anti-OAS. Les neuf morts du métro Charonne plaqués contre les grilles et les morts incomptés de la Seine ne se rejoindraient pas.] (LA 82-83)

En fin de compte, approcher le colonial comme vanishing point dans Les Années permet, nous semble-t-il, de réunir les lignes narratives en apparence disparates qui irriguent le texte, c’est-à-dire de saisir ce « roman total » à partir d’une double perspective qui prend en compte à la fois la dimension immersive et la tentative d’éclaircissement social, ou élucidation générationnelle, qui caractérise le projet d’écriture d’Ernaux.

  • 17 Pour Roussel-Gillet, qui base cette affirmation sur son analyse de Regarde les lumières mon amour, (...)
  • 18 Une femme noire en longue robe à fleurs s’arrête devant, hésite, s’en va.

13 Pour autant, si le « regard à visée » d’Ernaux permet au lecteur d’élaborer une image dans laquelle le (post)colonial se diffracte en vanishing points17, celui-ci ne s’agrège pas dans une structure narrative revendiquée par l’auteure qui maintient une forme de détachement et ne formule pas de proposition claire et définitive sur le sujet. En suivant la logique interne du texte, force est de constater que cette difficulté à articuler un contenu propositionnel pose le postcolonial comme point d’achoppement de l’écriture ernaldienne. L’écrivaine montre ici les signes d’une interrogation naissante, ou murissante, en phase avec les évolutions sociétales qui la sollicitent et la responsabilisent, dont elle rendra compte de manière explicite dans Regarde les lumières mon amour mais dont la préhension reste encore balbutiante dans Les Années18. Ernaux semble y nouer les lignes de force du texte en affirmant une volonté d’identification entre l’auteure-narratrice et l’objet de son attention, mis en relief grâce au procédé récurrent du cadrage photographique, d’une part, mais sans lui accorder, de l’autre, l’attention narrative nécessaire qui permettrait d’éviter méprise et confusion. Les dernières pages du texte contiennent en effet une erreur entre le nom de l’artiste – Hocine Zaourar, auteur du cliché connu mondialement sous le nom de « La Madone de Bentalha » – et celui de la ville – Bentalha – dans laquelle un massacre a eu lieu en 1997 pendant la guerre civile algérienne :

Sauver
[...]
la femme de la photo du massacre de Hocine, Algérie, qui ressemblait à une pietà
[…]
Sauver quelque chose du temps où l’on ne sera plus jamais. (LA 253-254)

  • 19 Roussel-Gillet affirme : « à propos d’une femme ‘musulmane voilée’, l’auteur explique qu’il apparti (...)
  • 20 Snauwaert, « Les Années d’Annie Ernaux : la forme d’une vie de femme », art. cit., p. 102.

14Ainsi l’in-différenciation dans le traitement de l’objet lui-même, qui ne semble ici retenir l’attention du sujet remémorant que pour sa capacité à servir d’embrayeur mémoriel et de prétexte auto-réflexif, engendre un effet d’ambiguïté qui, bien que fidèle à la poétique ernaldienne de simplicité et de retenue, ne suscite pas moins des interrogations quant aux limites éthiques de cette poétique de l’implicite mise en place dans la seconde partie du texte en particulier. Si l’Algérie est un exemplum et relie un élément particulier à un autre afin de représenter un concept ou une conception d’ordre plus général, quelle est cette généralité à laquelle elle pourrait renvoyer ? S’agirait-il d’une éthique de l’indexicalité qui orienterait le regard et éveillerait ainsi l’attention, sans toutefois l’arrêter par un sens défini ou univoque ? Un tel geste ouvre le domaine des possibles mais peut être également perçu comme une forme de consentement à un silence et à une occultation qui touchent déjà l’objet en question. La réticence dont fait preuve le sujet écrivant est-elle née d’une attitude de témoin « hors de la fête », de l’implicitation par respect de l’autre, appelé indirectement à dire son histoire ? Autrement dit, tandis qu’Ernaux a toujours clairement refusé de parler pour les Autres19, cette réticence marque l’hésitation à parler de ceux « qu’on ne conna[ît] pas » (LA 155) en dehors d’un savoir explicite de leur histoire, de leurs parcours individuels et des nombreuses dynamiques collectives dans lesquelles ils sont entraînés – un savoir de « leurs années ». Est-il alors seulement possible pour Ernaux de se saisir de la matière (post)coloniale, de l’inclure à un projet contraint par des choix éthiques et formels l’empêchant de s’aventurer dans ce territoire littéraire ? D’un autre côté, il semble aussi possible de considérer Les Années comme « un format littéraire tierce » qui exemplifie une attitude remarquable concernant le traitement narratif du colonial et ses traces contemporaines20. Ainsi le roman résiste aux pratiques extractives longtemps encouragées par la critique postcoloniale, que cela soit la recherche d’un « message » ou d’un engagement auctorial. Si l’on peut regretter que le (post)colonial constitue, jusqu’au bout, le vanishing point de l’H/histoire d’Ernaux, l’on peut donc également se réjouir de l’opportunité que crée ce choix narratif de nous interroger sur la difficulté récurrente qu’éprouvent la littérature comme la critique à saisir ce qui est proche et présent – en l’occurrence, le caractère intrinsèquement colonial de la réalité hexagonale –, le reléguant à une distance d’autant plus grande qu’elle est imaginaire.

Le (post)colonial, du détail au sujet : argument pour une bibliothèque commune

  • 21 Lydie Moudileno, « Qu’est-ce qu’un auteur postcolonial ? », in Achille Mbembe et Felwine Sarr (dir. (...)

15L’analyse proposée dans cet article invite à repenser la place du (post)colonial dans l’œuvre de la récente lauréate du prix Nobel de littérature et à interroger la façon dont son traitement s’articule aux grands axes interprétatifs qui dominent la réception de ses textes. A fortiori, la mise en évidence du travail sous-jacent mais continu du détail colonial dans Les Années, exemple représentatif d’un phénomène aussi diffus que conséquent, vise à transcender les frontières disciplinaires et à réorienter l’approche de la production romanesque contemporaine vers l’horizon d’une « bibliothèque commune » dont l’existence repose sur trois postulats. Le postulat premier est que le sujet postcolonial – en tant que matière à réflexion littéraire et que sujet ontologique né d’une histoire à la fois commune et partageable – est non seulement légitime mais peut être considéré indispensable à tout projet d’interprétation, d’évaluation et de compréhension d’une littérature contemporaine travaillée par les résonances (infra)discursives d’un débat public dans lequel la question de la mémoire de l’empire resurgit avec force depuis le tournant du millénaire. Le second postulat est qu’il existe un besoin urgent de mise en relation du travail des écrivains catégorisés comme « noirs », « beurs » ou « intrangers », d’une part, avec la production « française », c’est-à-dire hexagonale ou « blanche ». Il s’agira donc de franchir la ligne de séparation entre, d’une part, les attentes qui circonscrivent et responsabilisent le travail des écrivain.e.s « francophones », dépositaires désignés de la chose (post)coloniale, et, de l’autre, la liberté esthétique dont jouissent leurs confrères et consoeurs issu.e.s de l’Hexagone, liberté qui les placerait sinon au-dessus à tout le moins à une distance « neutre » par rapport à de telles thématiques. La prémisse du troisième postulat affleure dans le propos de Lydie Moudileno selon qui « la bibliothèque postcoloniale déborde », nous enjoignant à prendre au sérieux « les débordements esthétiques, épistémologiques, temporels et spatiaux qu’elle implique21 ». Au-delà de cette logique de débordement, nous avançons que l’expérience postcoloniale de notre époque nous confie la tâche d’intégrer l’étude des deux bibliothèques – l’une, « française », l’autre, « francophone » – qui semblent coexister sans se rejoindre, engendrant deux histoires parallèles de la littérature et des modèles interprétatifs distincts, malgré leur synchronie et un socle conceptuel partagé. Il s’agit dès lors d’intervenir de manière positive, c’est-à-dire concrète et rééditable, dans la pensée critique afin de cerner et d’approfondir les relations fertiles entre les littératures en français encore séparées par divers cloisonnements disciplinaires et réflexes institutionnels.

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Notes

1 Hélène Merlin-Kajman, La Littérature à l’heure de #MeToo, Paris, Ithaque, 2020, p. 17.

2 Alexandre Gefen, L’Idée de littérature. De l’art pour l’art aux écritures d’intervention, Paris, Corti, 2021.

3 Christy Whampole, Degenerative Realism : Novel and Nation in Twenty-First-Century France, New York, Columbia University Press, 2020.

4 Daniel Arasse, Le Détail : pour une histoire rapprochée de la littérature, Paris, Flammarion, 1992, p. 11-12.

5 Voir Étienne Achille et Oana Panaïté, « Le sens du détail : Tropisme colonial et dysfonctionnement textuel dans Au revoir là-haut de Pierre Lemaitre », MLN, « French Issue », vol. 136, n° 4, septembre 2021, p. 939-956.

6 Michel Charles, Introduction à l’étude des textes, Paris, Seuil, 1995, p. 136.

7 Arasse, Le Détail,  op. cit., p. 223.

8 Annie Ernaux, Les Années, Paris, Gallimard (Folio), 2008. Dorénavant, les références à cet ouvrage seront indiquées entre parenthèses dans le corps du texte par le sigle LA, suivi du numéro de la page.

9 Annie Ernaux, « Vers un je transpersonnel », in Serge Doubrovsky, Jacques Lecarme et Philippe Lejeune (dir.), Cahiers RITM, n° 6, « Autofictions & Cie », 1993, p. 115-122.

10 Maïté Snauwaert, « Les Années d’Annie Ernaux : la forme d’une vie de femme », in Barbara Havercroft et Michael Sheringham (dir.), Revue critique de fixxion française contemporaine, n° 4, « Fictions de soi », 2012, p. 111.

11 Les Années semble ainsi déverrouiller une mémoire littéraire, les textes suivants d’Ernaux prolongeant de manière plus ou moins poussée et visible l’exploration des héritages coloniaux. Un travail d’envergure attend ainsi les critiques s’intéressant aussi bien aux études postcoloniales qu’à l’œuvre d’Annie Ernaux, travail entamé notamment par Gabriela Lindsay qui argue que, dans Mémoire de fille, les « associations in the book between Ernaux’s sexual violation and the violence of the Algerian War gesture toward and fall short of advancing an analogy between forms of individual and collective complicity » (p. 788) (« les associations dans le livre entre l’agression sexuelle subie par Ernaux et la violence de la guerre d’Algérie suggèrent, sans pour autant la formuler, une analogie entre formes de complicité individuelle et collective » [notre traduction]). Gabriela Lindsay, « Hazy Analogies : Sexual and Colonial Complicities in Annie Ernaux’ Mémoire de fille », Comparative Literature Studies, vol. 56, n° 4, 2019, p. 788.

12 Élise Hugueny-Léger, « En dehors de la fête : entre présence et absence, pour une approche dialogique de l’identité dans Les Années d’Annie Ernaux », French Studies, vol. 66, n° 3, 2012, p. 362-375.

13 Paula Rabinowitz, « It’s Still There : The Vanishing Point of Daniel Blaufuks’s Als Ob/As If », boundary 2. An International Journal of Literature and Culture, vol. 47, n° 1, 2020, p. 115-143.

14 Cette scène est également celle choisie par Véronique Montémont, pour qui Les Années propose « une sorte de phénoménologie de la perception du fait historique, en montrant comment celui-ci vient se loger dans les interstices de la mémoire privée. Son intégration résulte d’une chimie intime qui ne peut être comprise dans l’immédiateté. » Véronique Montémont, « Les Années : vers une autobiographie sociale », in Danielle Bajomée et Juliette Dor (dir.), Annie Ernaux. Se perdre dans l’écriture de soi, Paris, Klincksieck, 2011, p. 130.

15 Sur l’usage de la photo dans Les Années, voir Michèle Bacholle-Bošković, « ph-auto·bio·graphie : Écrire la vie par des photos (Annie Ernaux) », Women in French Studies, vol. 21, 2013, p. 79-93, et Michèle Bacholle-Bošković, « Annie Ernaux ph-auto-bio-graphe », Women in French Studies, vol. 22, 2014, p. 72-86.

16 Passage qui rejoint l’« anarchive » de cet évènement historique longtemps passé sous silence. Voir Lia Brozgal, Absent the Archive : Cultural Traces of a Massacre in Paris, 17 October 1961, Liverpool, Liverpool University Press, 2020, et plus spécifiquement p. 10 de l’introduction qui résume de manière poignante la dissimulation de cette tragédie.

17 Pour Roussel-Gillet, qui base cette affirmation sur son analyse de Regarde les lumières mon amour, chez Ernaux, « [f]aute d’action directe [...], un certain regard à visée engage à voir ». Isabelle Roussel-Gillet, « Annie Ernaux, à corps ou l’impossible désengagement », in Pierre-Louis Fort et Violaine Houdart-Mérot (dir.), Annie Ernaux. Un engagement d’écriture, Paris, Presses Sorbonne Nouvelle, 2015, p. 136.

18 Une femme noire en longue robe à fleurs s’arrête devant, hésite, s’en va.

[Dilemme. Vais-je ou non écrire « une femme noire », « une Africaine » —pas sûr qu’elle le soit—ou seulement « une femme » ? Je suis devant un choix qui singulièrement aujourd’hui engage la lecture qui sera faite de ce journal. Écrire « une femme », c’est gommer une caractéristique physique que je ne peux pas ne pas avoir vue immédiatement. C’est en somme « blanchir » implicitement cette femme puisque le lecteur blanc imaginera, par habitude une femme blanche. C’est refuser quelque chose de son être et non des moindres, sa peau. Lui refuser textuellement la visibilité. Exactement l’inverse de ce que je veux faire, de ce qui est mon engagement d’écriture : donner ici aux gens, dans ce journal, la même présence et la même place qu’ils occupent dans la vie de l’hypermarché. Non pas faire un manifeste en faveur de la diversité ethnique, seulement donner à ceux qui hantent le même espace que moi l’existence et la visibilité auxquelles ils ont droit. Donc j’écrirai « une femme noire », « un homme asiatique », « des ados arabes » quand bon me semblera.] Annie Ernaux, Regarde les lumières mon amour, Paris, Seuil, 2014, p. 21-22.

19 Roussel-Gillet affirme : « à propos d’une femme ‘musulmane voilée’, l’auteur explique qu’il appartient à ces femmes de prendre la parole. Annie Ernaux évite de parler ‘en leur nom’. Guillaume Le Blanc le dit autrement en évoquant l’impossibilité de parler à la place de. Ce sont les limites posées à l’activité de témoin. Que l’autre se constitue en sujet, qu’il prenne la parole. » (« Annie Ernaux, à corps ou l’impossible désengagement », art. cit., p. 139).

20 Snauwaert, « Les Années d’Annie Ernaux : la forme d’une vie de femme », art. cit., p. 102.

21 Lydie Moudileno, « Qu’est-ce qu’un auteur postcolonial ? », in Achille Mbembe et Felwine Sarr (dir.), Écrire l’Afrique-Monde « Les Ateliers de la pensée », Paris/Dakar, Éditions Philippe Rey/Jimsaan, 2017, p. 171.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Étienne Achille et Oana Panaïté, « L’expérience (post)coloniale dans la littérature française contemporaine : détail, sujet, bibliothèque commune (à partir des Années d’Annie Ernaux) », Elfe XX-XXI [En ligne], 13 | 2024, mis en ligne le 02 juillet 2024, consulté le 14 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/elfe/6508 ; DOI : https://doi.org/10.4000/11zmi

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Auteurs

Étienne Achille

Étienne Achille est Associate Professor of French and Francophone Studies à Villanova Unisversity (États-Unis). Son travail de recherche se concentre sur l’étude de la France contemporaine dans sa dimension postcoloniale. Il a co-écrit et co-dirigé plusieurs ouvrages de critique littéraire et d’histoire culturelle dont Mythologies postcoloniales : Pour une décolonisation du quotidien (Honoré Champion), Postcolonial Realms of Memory : Sites and Symbols in Modern France (Liverpool University Press) et Fictions of Race in Contemporary French Literature : French Writers, White Writing (Oxford University Press).

Oana Panaïté

Oana Panaïté est Ruth N. Halls Professor of French and Francophone Studies dans le Département de Français et d’Italien à Indiana University-Bloomington (États-Unis). Spécialiste de l’histoire et de l’esthétique des littératures en français (xxe et xxie siècle), elle a consacré plusieurs ouvrages à la littérature-monde, à la fortune coloniale et aux tombeaux littéraires dans le récit contemporain. Son dernier livre, intitulé Fictions of Race in Contemporary French Literature : French Writers, White Writing, écrit en collaboration avec Étienne Achille, vient de paraître aux Presses universitaires d’Oxford.

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