Autobiographie de Korolenko ou affaire Dreyfus : comment Rosa Luxemburg écrit l'histoire
Résumés
Bien que Rosa Luxemburg fasse l’objet d’une recherche abondante, son rapport à l’histoire demeure relativement peu exploré. L’article propose l’analyse de deux ensembles de textes, l’introduction à l’autobiographie de Wladimir Korolenko et les articles consacrés à l’affaire Dreyfus, afin d’interroger sa manière d’écrire l’Histoire. À première vue, ces écrits n’ont en commun que leur autrice : ils se distinguent par leur contexte de production (1898 et 1918), leur ancrage géopolitique (France et Russie), ainsi que par leur genre et leur objet - écrits d’intervention liés à une crise politique aiguë d’un côté, essai relevant de l’histoire littéraire de l’autre. En confrontant ces corpus hétérogènes, l’article met au jour les principes qui sous-tendent le positionnement de Rosa Luxemburg et fait apparaître une conception cohérente et singulière de l’écriture de l’Histoire.
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histoire littéraire, histoire immédiate, militarisme, antisémitisme, social-démocratiePlan
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- 1 Voir Annelies Laschitza, Im Lebensrausch, trotz alledem. Rosa Luxemburg – Eine Biographie. Berlin, (...)
1Les biographes de Rosa Luxemburg ont tous·tes mis en avant, avec force superlatifs, la multiplicité de ses talents, l'étendue de sa culture et de ses centres d'intérêt, la richesse de sa personnalité. Pasionaria de la révolution, importante théoricienne marxiste, oratrice de talent, écrivaine pleine d'images saisissantes, épistolière inoubliable, économiste affûtée et amoureuse de littérature tout à la fois, sa personnalité et son activité apparaissent si foisonnantes, elle investit tant de domaines jusqu'alors réservés aux hommes, qu'on a peine à appréhender l'ensemble. Pour tenter de rendre justice à « Rosa tout entière1 », beaucoup ont essayé de définir des invariants faisant l'unité de cette personnalité contradictoire, comme ici Ossip K. Flechtheim, historien et éditeur de ses Œuvres :
- 2 Ossip K. Flechtheim, Rosa Luxemburg zur Einführung, Hamburg, Junius-Verlag, 1985, p. 68. Traduction (...)
- 3 O. Flechtheim, Von Marx bis Kolakowski. Sozialismus oder Untergang in der Barbarei? Köln/ Frankfurt (...)
Cette personnalité aux si multiples facettes alliait en permanence une sensibilité artistique à un engagement éthique et politique tourné vers l'extérieur. La voix de cette oratrice captivante s'est tue, mais la grandeur de sa pensée continue de fasciner les lecteurs2. [Et aussi :] L'image de Rosa Luxemburg ne doit pas se limiter à son travail politique. Sa personnalité exceptionnellement riche et diverse alliait de manière unique l'esthétique à l'éthique, la musique et l'amour de la nature aux qualités d'une agitatrice politique3.
- 4 Soutenue à Zurich en 1897, publiée en 1898, et dont Robert Seidel écrivit dans le Volksrecht (Zuric (...)
2Parmi tous ses talents, celui d'historienne ne s'impose pas en premier lieu. Pourtant Rosa Luxemburg fut l'auteure d'une thèse remarquée sur l'histoire du développement économique de la Pologne4, elle étudia en détail l'histoire des révolutions, notamment la Révolution française, et joua un rôle central au sein de l'université du parti social-démocrate, où elle enseigna la science et l'histoire économiques entre 1907 et 1914.
- 5 Paul Frölich, "Rosa Luxemburg und die Gegenwart", in: Frankfurter Hefte, 8, n° 3,1953, p. 217-223, (...)
3Paul Frölich, auteur de la première grande biographie, écrivait, peu avant sa mort en 1953, dans l'ultime article qu'il lui consacra, que son sens de l'histoire était précisément ce qui lui conférait sa « supériorité sur tous les théoriciens socialistes contemporains » : « Franz Mehring [historien réputé] avait l'habitude de classer les individus en deux catégories : ceux qui comprennent l'histoire et ceux qui ne disposent pas de ce don. Rosa Luxemburg le possédait à un degré rare5. »
4Ce « don » de notre penseuse (Mehring/Frölich), ou plus prosaïquement son rapport à l'histoire, n'ont guère fait l'objet de recherches spécifiques. Pour envisager la manière dont Rosa Luxemburg écrit l'histoire, j'aborderai ici deux séries d'écrits : son introduction à l'autobiographie de Vladimir Korolenko (1918) et ses articles sur l'affaire Dreyfus (1898-1901). Leur époque de rédaction les situe aux deux extrémités de sa vie politique publique. Portant sur la Russie et la France, ils ne concernent pas son action immédiate, puisqu'elle partageait son activité entre les partis polonais et allemand. Ils diffèrent encore par le genre textuel et le sujet : essai d'histoire littéraire versus écrits d'intervention liés à une crise politique aiguë. Le parti-pris non chronologique (de Korolenko à Dreyfus) répond à une logique régressive : partir du moment où la pensée historique de Rosa Luxemburg se donne avec le plus de netteté permet d’interroger, en retour, la cohérence et les tensions internes de son écriture de l’histoire. Le présent article vise en effet à examiner si ces deux positionnements, au-delà de tout ce qui les sépare, dessinent une manière particulière d'écrire l'histoire.
L'introduction à la biographie de Korolenko : quelle histoire littéraire ?
- 6 Elle purgea une peine d'un an entre février 1915 et début 1916, mais à partir de juillet 1916, elle (...)
- 7 Voir notamment La Crise de la social-démocratie allemande, rédigé en prison en 1915 et paru à Zuric (...)
- 8 Wladimir Korolenko, Die Geschichte meines Zeitgenossen, Berlin, Paul Cassirer, 1919. L'édition util (...)
5Rosa Luxemburg passa la plus grande partie de la guerre de 1914-1918 derrière les barreaux, coupée des grands événements du monde auxquels elle aspirait tant à prendre part6 ; elle y produisit quelques-uns de ses textes politiques les plus importants et les plus connus, traversés du souffle de son opposition irréductible à la guerre7. C'est aussi en prison qu'elle traduisit du russe vers l'allemand, entre 1916 et 1918, l'autobiographie de l'écrivain Vladimir Korolenko (1853-1922), Die Geschichte meines Zeitgenossen – alors même que l'Allemagne était en guerre contre la Russie. Elle y ajouta une substantielle introduction (quarante pages) et envoya l'ensemble à l'éditeur en juillet 1918, quelques mois avant sa libération. Cassirer accepta l'ouvrage qui parut en 19198, après la mort de Luxemburg. Elle lui avait présenté le texte ainsi :
- 9 « Nachwort », dans Wladimir Korolenko, Die Geschichte meines Zeitgenossen, Zurich, Manesse, 1985, p (...)
Il s'agit d'une autobiographie qui n'est pas seulement une œuvre d'art de premier ordre, mais aussi un document culturel et historique exceptionnel sur l'époque des « grandes réformes » d'Alexandre II. Elle dépeint de manière vivante la période de transition entre l'ancienne Russie des serfs et la Russie bourgeoise moderne9.
6Alors que les échos des bouleversements du monde – guerre généralisée, émeutes de la faim et grèves, révolutions russes – lui parviennent jusque dans son immobilité contrainte, Rosa Luxemburg détourne une part de son énergie vers l'écriture, se consacrant à une littérature certes récente mais qui, dans cette atmosphère de fin d'un monde, ne pouvait que lui paraître déjà lointaine. L'idée générale qu'elle énonce ici, celle d'un récit de Korolenko autant « monument » que « document » vaut également pour sa propre introduction, d'une grande littérarité. Du reste, dans cette brève « histoire amoureuse de la littérature classique russe », Rosa Luxemburg souligne chez Korolenko nombre de traits qui semblent inspirer sa propre éthique d’écriture.
- 10 R. Luxemburg, « Introduction », dans W. Korolenko, op. cit., p. 611.
- 11 R. Luxemburg, Gesammelte Briefe, Bd. 1, Berlin, Dietz, 2019, p. 307f (lettre à Leo Jogiches du 19/4 (...)
7Elle écrit par exemple : « En raison de son caractère polémique, la littérature russe ne trace pas de ligne de démarcation aussi nette entre la littérature et la production journalistique que ce n'est le cas aujourd'hui en Europe occidentale10. » Comment ne pas penser à l'écrivaine et publiciste Luxemburg, aux articles truffés de références et allusions littéraires et culturelles, remplis d'images et de métaphores, qui se plaignait du caractère conventionnel, parfois insipide, de la presse sociale-démocrate et se promettait de « trouver pour chaque article de nouvelles manières de décrire les vieilles choses11 » ? Son introduction, elle, braconne aux frontières des genres : littératrice à part entière, elle mêle références et écriture littéraires, fragments biographiques et reconstitution du parcours politique de Korolenko, tout en proposant une mise en perspective historique et critique de la Russie des derniers tsars.
- 12 R. Luxemburg, « Introduction », op. cit., p. 594 (ergreifen und erschüttern).
- 13 R. Luxemburg, Ibid., p. 611.
8Rosa Luxemburg, convaincue que le discours sérieux ne peut être dissocié de l'émotion, écrit encore : « Seul celui qui est ému et bouleversé peut émouvoir et bouleverser les autres12. » Toucher son lectorat implique d'écrire de la manière la plus sensible, la plus littéraire possible, ce qui vaut à plus forte raison lorsqu'elle s'intéresse à un écrivain aussi humain et attentif au style que Korolenko. Elle prolonge ainsi la citation précédente : « En Russie, les deux formes d’expression se combinent souvent, comme en Allemagne à l'époque où Lessing montrait la voie à la bourgeoisie et où la critique théâtrale, le drame, les pamphlets philosophiques et théologiques et les traités sur l'esthétique lui servaient tour à tour à ouvrir la voie à une nouvelle vision du monde13 ».
- 14 R. Luxemburg, Ibid, p. 592.
9Ici, il suffit de remplacer les genres évoqués par la matière de Luxemburg : ses ouvrages théoriques, articles de fond ou sur le fil, discours, pamphlets ou lettres, qui se combinent comme dans ce qu'elle écrit de Lessing pour faire avancer ce qui fut la grande affaire de sa vie à elle : incarner le marxisme pour ouvrir le prolétariat « à une nouvelle vision du monde ». L'exemple du dramaturge et écrivain du xviiie siècle lui permet d'introduire une idée centrale, en substance le caractère progressiste, voire émancipateur des écrivains russes. D'après elle, il se trouve dans « la source de leur art », non dans les « recettes sociales qu'ils préconisent14 » : Rosa Luxemburg n'a pas l'étroitesse de les juger selon leurs opinions politiques.
- 15 R. Luxemburg, Ibid., p. 612.
10Elle voue une affection particulière à Korolenko parce qu'il se sentait lié au monde : « [il] troquait régulièrement le pinceau et la palette de l'artiste contre la plume du journaliste afin de prendre position sur les questions d'actualité sociale et d'intervenir directement dans les combats du moment15 ». Le rappel de son propre goût pour la peinture donne toute sa portée à l'image. L'écart entre le travail de journaliste et d'écrivain tient ici à l'outil – plume ou pinceau – et au résultat, au bénéfice du premier, immédiatement utile à ses contemporains.
- 16 R. Luxemburg, Ibid., p. 616.
- 17 R. Luxemburg, Ibid., p. 617.
11Rosa Luxemburg rapporte comment lorsqu'une famine fait rage (1892), Korolenko, à l'opposé de l'écrivain dans sa tour d'ivoire, parcourt les campagnes pour apporter de la nourriture aux paysans. Quand ensuite sévit une épidémie de choléra (1893), il dénonce par écrit l'incurie et les méfaits de l'administration absolutiste, qui se surpasse dans l’indifférence criminelle, d'individualisme et de cynisme16. Face au trop-plein de souffrances et de morts, une révolte populaire éclate, accompagnée de rumeurs obscurantistes selon lesquelles l’État propage volontairement la maladie pour décimer la population. Les premières cibles sont des innocents, les soignants venus porter secours... Korolenko, étranger à toute démagogie, répond et apporte des explications scientifiques. Selon Rosa Luxemburg : « Il cloua au pilori les véritables responsables de la révolte, l'administration absolutiste, et légua à nouveau au public un monument bouleversant, d'une valeur autant historique qu'artistique…17. »
- 18 Elle-même produisit nombre d'articles dans cette veine, partant souvent de catastrophes sociales ou (...)
- 19 Sa correspondance abondante en témoigne d'abord (Gesammelte Briefe, Berlin, Dietz, 6 volumes), et e (...)
12Comment ne pas mesurer combien Rosa Luxemburg se sent ici proche de Korolenko18 ? L'attitude de l'écrivain découle de deux traits majeurs : elle relève son cœur généreux, son goût des êtres humains, et un parti-pris non dissimulé pour tous les opprimés, les prostituées, les serfs... Elle répète à satiété le terme d'empathie (Mitgefühl) pour caractériser sa littérature, et on ne peut qu'en être frappé, tant l'empathie, envers tout le vivant, revient comme un leitmotiv à propos de Rosa Luxemburg19.
- 20 Citons quelques sous-titres : P. Frölich, Gedanke und Tat [littéralement, Sa pensée et son action, (...)
- 21 J. Schütrumpf, Rosa Luxemburg oder: Der Preis der Freiheit, Berlin, Dietz, 2006, p. 9.
- 22 O. Flechtheim, Rosa Luxemburg zur Einführung, op. cit., p. 68.
13Elle salue ensuite l’indissociabilité de la parole et de l'action chez l’écrivain russe, autre trait que les spécialistes mettent en avant chez elle-même. Les titres de nombre de biographies et recueils de textes en témoignent20 ; Jörn Schütrumpf parle de sa « rare unité entre les paroles et les actes21 ». Flechtheim poussa au bout cette idée : « elle fait partie des rares personnes dont la bravoure physique égale le courage intellectuel22 ».
- 23 R. Luxemburg, « Introduction », op. cit., p. 615.
- 24 R. Luxemburg, Ibid., p. 594.
14Rosa Luxemburg, qui se plaça à la tête du mouvement révolutionnaire, y engageant tout son être et sa vie même, poursuit ainsi : « Korolenko, tout comme Tolstoï, se plaça à la tête de l'intelligentsia progressiste et se consacra à la cause non seulement avec sa plume, mais aussi avec toute sa personnalité23. » Et ailleurs : « Pour obtenir un effet durable, pour véritablement éduquer la société, il faut plus que du talent : une personnalité poétique, du caractère, de l'individualité, ancrés dans les fondements solides d'une vision du monde (Weltanschauung) vaste et cohérente24. »
15Ici encore, comment ne pas penser que notre autrice décrit son propre projet ? Indirectement, et cela ne paraît ni intentionnel ni même conscient, son essai de critique littéraire tient aussi de l'écriture de soi. Il est frappant de voir combien de qualités qu'elle attribue à Korolenko la caractérisent elle-même.
- 25 R. Luxemburg, Ibid., p. 604.
16Rosa Luxemburg souligne enfin les ascendances multiples de Korolenko (polonais, ukrainien et russe), de sorte qu'il « résista à la poussée de trois nationalismes à la fois25 ». Issue de plusieurs minorités opprimées, elle-même se pensait en citoyenne du monde et vécut réellement comme telle. Son introduction comprend des passages d'une ironie mordante sur le traitement inique réservé aux minorités (elle cite les Afro-américains aux États-Unis) qui périodiquement servent de boucs émissaires. Elle évoque alors, non les pogroms par le régime tsariste, mais un épisode lors duquel des membres d'une minorité opprimée (les Votyaks), accusés de crimes rituels, se trouvèrent condamnés à mort. Des injustices de ce genre se produisaient régulièrement, utilisés comme dérivatifs, mais :
- 26 R. Luxemburg, op. cit., p. 622.
Korolenko se lança dans cette affaire avec toute sa ferveur et démêla le réseau des malentendus et des fausses accusations avec un pragmatisme, une patience et une loyauté, ainsi qu'un instinct infaillible pour la vérité, qui rappellent Jaurès dans l'affaire Dreyfus. Korolenko mobilisa la presse, l'opinion publique, arracha la révision du procès, prit personnellement place sur le banc des accusés au tribunal et obtint l'acquittement26.
17Vingt ans plus tard, Rosa Luxemburg rend donc toujours hommage à l'action de Jaurès.
L'affaire Dreyfus : l'histoire immédiate chez Rosa Luxemburg
18En 1898, l'affaire Dreyfus connaît avec l'intervention d’Émile Zola un rebondissement spectaculaire. Or pour Rosa, cette année-là est à marquer d'une pierre blanche : après avoir achevé sa thèse à Zurich, elle arrive à Berlin en mai 1898 pour rejoindre le cœur du socialisme international.
- 27 À partir de 1900, SDKPiL (Socjaldemokracja Królestwa Polskiego i Litwy, donc de Pologne et Lituani (...)
19Certes, elle milite depuis le lycée, a cofondé en 1893 le SDKP (Social-démocratie du Royaume de Pologne27), pris la parole aux congrès de l'Internationale en 1893 et 1896 et publié quelques articles, mais dans le SPD, elle reste une jeune militante qui vient d'adhérer. Rosa Luxemburg accepte de partir dès le mois de juin en tournée électorale dans la région la plus reculée du pays, la Haute-Silésie, revient ensuite à Berlin, participe au congrès du SPD début octobre puisqu'elle a la surprise de compter parmi les quelque 215 délégués de ce parti de masse. Elle s'installe ensuite à Dresde, le SPD lui ayant proposé la rédaction du quotidien Sächsische Arbeiter-Zeitung.
- 28 Parus ensuite en brochure sous le titre de Sozialreform oder Revolution ?
20Le parti est alors secoué par le débat sur le révisionnisme. Eduard Bernstein, un vétéran du parti, fait paraître une série d'articles (1896-1899) dans la revue théorique Die Neue Zeit ; il conclut que le capitalisme connaissant moins de crises, certaines conceptions de base du marxisme sont rendues obsolètes. Rosa Luxemburg s'engage passionnément dans la polémique, rédigeant des articles contre le révisionnisme dans la Sächsische Arbeiter-Zeitung (SAZ) et la Leipziger Volkszeitung (LVZ), quotidien du SPD à l'audience nationale. Du jour au lendemain, ses articles (1898-189928) lui donnent la notoriété d'une penseuse d'envergure.
- 29 Pour une présentation d'ensemble, voir Julien Chuzeville, « Rosa Luxemburg, dreyfusarde internation (...)
21C'est donc une Rosa Luxemburg pénétrée du combat prioritaire contre Bernstein et l'opportunisme, qui écrit dès 1898 sur l'affaire Dreyfus, s'adressant surtout à ses camarades en Allemagne. Dans les pages qui suivent, il s'agira d'analyser les arguments qu'elle avance et leur originalité, et de comprendre ses visées quand elle s'occupe d'histoire immédiate29.
22De juillet à septembre 1898, elle publie au sujet de l'Affaire dans la SAZ, son quotidien saxon, de petites notes quotidiennes non signées destinées aux militants qui suivent de près la situation. Elle stigmatise la « décadence » et la « décomposition » du capitalisme, ce dont l'affaire Dreyfus est selon elle une manifestation : elle répond aussi, en creux, à Bernstein qui postule une stabilisation du système. Le débat se dégrade avec un député tenant du révisionnisme, Georg Gradnauer, qui intrigue tant et si bien que Rosa Luxemburg renonce à la Sächsische Arbeiter-Zeitung et repart pour Berlin.
- 30 Anne Deffarges, « Rosa Luxemburg als Autorin. Jenseits von Zuschreibungen und Grenzen », Recherches (...)
23Elle est russo-polonaise, une femme, jeune et radicale – autant de caractéristiques qui, dans le contexte de l’époque, ne jouent guère en sa faveur. Très peu de femmes prennent position sur des questions théoriques ou d'ordre général : elle le fait immédiatement, y compris sur la crise en France. Est-elle légitime pour intervenir ? Rosa Luxemburg ne connaît pas ce type de questionnements, elle intervient sur toutes les questions brûlantes, et a l'intuition que cette affaire-là est grave30.
- 31 A. Deffarges, « Introduction », dans August Bebel, Femmes et socialisme, Toulouse, Smolny, 2025, p. (...)
24Comme elle est aussi issue d'une famille juive, certains font découler son engagement dreyfusard de cette origine. Or elle-même n'établit jamais ce lien dans ses écrits : au contraire, elle exprime le refus de se laisser « enfermer dans le ghetto31 ». Autrement dit, elle rejette toute assignation identitaire.
- 32 R. Luxemburg, op. cit., p. 622.
25Combattre l'antisémitisme est pour elle une évidence, c'est même l'un des rares éléments argumentatifs communs aux deux corpus analysés. Dans l'introduction à Korolenko, elle écrit par exemple, sarcastique et presque prophétique : « La population juive a bien sûr toujours été la cible privilégiée à l'Est pour tenir le rôle de paratonnerre, et on peut se demander si elle a fini de jouer ce rôle bien utile32. »
- 33 D'après le journal Vorwärts, n°21, 13 novembre 1905.
- 34 Il existe différents exemples de citations de ce genre. Ici, R. Luxemburg, Nach dem Pogrom. Texte ü (...)
- 35 A. Bebel, J. Jaurès, K. Kautsky, F. Mehring, O. Bauer... répondent présents.
- 36 R. Luxemburg, Nach dem Pogrom, op. cit., p. 25-30, p. 75-77, p. 81-83 et « Ein literarischer Bravo (...)
26Mais cela n'a rien de personnel, elle combat autant les autres formes de racisme. Aspirant à l'universel et à ce qui réunit les opprimés, elle répond par un silence obstiné aux attaques antisémites voilées ou directes qui la ciblent. C'est seulement de rares fois, quand elles prennent une ampleur qui dépasse sa personne, que Rosa Luxemburg contre-attaque. Ainsi, après l'écrasement de la révolution de 1905/1906, les pogroms s'accompagnent en Pologne d'une campagne antisémite contre le SDKPiL (son parti) ; un journal allemand la surnomme « la Juive galicienne33 ». Cela recommence en 1910, des articles de la presse polonaise l'évoquent ainsi : « Les ancêtres de cette dame vendaient de la vodka ; ce qu'elle-même donne à boire au peuple sous forme d'articles possède toutes les caractéristiques d'une gnôle littéraire34. » Comparant ces attaques indignes à une mini-affaire Dreyfus, elle demande l'intervention de dirigeants de l'Internationale35 ; elle-même répond pied à pied36, parfois anonymement.
- 37 Voir F. Jacob et. al. (dir.), Rosa Luxemburg. Bd. 2, op. cit., p. 286.
27Par opportunisme, des journaux du PPS (le Parti socialiste de Pologne) tolèrent cette campagne, ce qui d'après Rosa Luxemburg découle du nationalisme du PPS : la « vague pestilentielle de l'antisémitisme » accompagne « partout dans le monde le nationalisme37 », écrit-elle. L'hostilité à toute nationalité opprimée, donc aux Juifs, étant une conséquence inéluctable du nationalisme, c'est celui-ci qu'il convient de combattre d'abord.
28Avant cela, en 1898, c'est déjà son internationalisme qui lui commande de consacrer des articles à la crise en France. Pour elle qui milite autant dans l'illégalité du petit parti polonais que dans la lumière de la puissante social-démocratie allemande, ce qui concerne le mouvement d'un pays concerne tout le mouvement.
- 38 Par exemple son éditorial de La Petite République du 26 juillet (article de Luxemburg du 28/7). En (...)
- 39 R. Luxemburg, "Die Krise in Frankreich", SAZ (Dresden), n° 252, 29 octobre 1898.
29Au début, Rosa Luxemburg reprend le point de vue dreyfusard de Jean Jaurès, traduisant sans réserve des extraits de ses textes38. Sa première analyse en longueur de l'Affaire paraît le 29 octobre 1898 : dans son éditorial de la Sächsische Arbeiter-Zeitung, « La crise en France », elle déroule plusieurs thèmes majeurs. Il lui importe d'abord de souligner que « l'armée, le pouvoir militaire », et non le monarchisme, constitue le principal adversaire. Dénonçant en Prusse la domination du militarisme rétrograde, Rosa Luxemburg attaque aussi « la pourriture morale et politique » du militarisme en France39. L'Affaire doit aider à lever le voile sur cette « pourriture » et la corruption qui l'entoure.
- 40 R. Luxemburg, Leipziger Volkszeitung (LVZ), n° 293 du 19/12/1899, dans Le Socialisme en France, op. (...)
- 41 R. Luxemburg, « Le congrès d’unité », LVZ, n° 274 du 27/11/1899 [congrès socialiste prévu à Paris e (...)
- 42 R. Luxemburg, Le Socialisme en France, op. cit., p. 81.
30D'autres militants ne font pas le choix du dreyfusisme. Ceux qui appartiennent au courant le plus proche d'elle, le POF (Parti ouvrier français) de Jules Guesde et Paul Lafargue, et Édouard Vaillant qu'elle estime, prennent une position « d'abstention politique40 », refusant de s'engager pour le sort d'un officier d'état-major. Rosa Luxemburg estime qu'en se mettant à l'écart de la lutte, ils se privent de l'occasion de porter un coup au militarisme41. Comme porte-parole du plus grand parti de l'Internationale, elle prend garde à ne pas faire la leçon, mais : « Le principe de la lutte de classe […] impose l’intervention active du prolétariat dans tous les conflits politiques et sociaux de quelque importance qui se produisent à l’intérieur de la bourgeoisie42. »
31En 1899, elle récapitule clairement les raisons de s'y engager : dans l’affaire Dreyfus :
- 43 R. Luxemburg, Ibid., p. 82.
[S]e sont manifestés quatre facteurs sociaux qui lui donnent directement le cachet d’une question intéressant la lutte de classe : militarisme, chauvinisme-nationalisme, antisémitisme et cléricalisme. Ces ennemis directs du prolétariat socialiste, nous les combattons toujours dans l’agitation générale par la parole et la plume...43.
- 44 R. Luxemburg, LVZ n° 292 à 294 des 18, 19 et 20 décembre 1899 (trois éditoriaux). Voir aussi LVZ, 2 (...)
32C'est aussi sur la question du militarisme que Rosa Luxemburg s'éloigne de Jaurès. Après la nouvelle condamnation de Dreyfus, une grâce présidentielle le 19 septembre 1899 permet sa libération. En novembre-décembre, Rosa Luxemburg produit une série d'articles et un éditorial dans la Leipziger Volkszeitung. Elle alerte sur un danger de la position des jaurésistes : leur différence avec les dreyfusards « bourgeois » ne s'exprime pas suffisamment ; puis elle dit craindre une forme de suivisme. Tandis que les socialistes combattent le système même du militarisme, la bourgeoisie dreyfusarde cherche à sauver le militarisme en « soignant ses abcès ». Il est donc fondamental que les socialistes proposent leurs propres objectifs à la classe ouvrière44. On trouve là une illustration de ce qu'écrivait P. Frölich :
- 45 P. Frölich, « Rosa Luxemburg und die Gegenwart », art. cit., p. 218.
Le politicien de grande envergure doit, en tant qu'historien du futur, évaluer les développements à venir afin d'identifier les facteurs favorables à ses objectifs [...]. Cela exige la capacité [...] de découvrir rapidement les nouveaux phénomènes, de se libérer des idées reçues, de ne pas se fier aux apparences et de sortir de la routine de sa propre pensée et de ses propres actions. Rosa Luxemburg s'y entendait parfaitement45.
Éclairer plus que convaincre
- 46 R. Luxemburg, Die Neue Zeit, 1900-1901, vol. I, p. 495-499, 516-525, 548-558, 619-631, 676-688.
33En 1899, l’entrée d'un socialiste au gouvernement (Alexandre Millerand) représente pour Rosa Luxemburg une victoire du principe révisionniste en France. En 1900-1901, dans une série de cinq articles de fond46, elle s'élève contre ce ministère et caractérise « la constitution du ministère Waldeck-Rousseau » comme « le résultat immédiat » de l'Affaire, c'est-à-dire l'aboutissement de l'alignement des jaurésistes sur la bourgeoisie dreyfusarde.
- 47 R. Luxemburg, Le Socialisme en France, op. cit., p. 113.
34Quand le gouvernement s'oriente vers une loi d’amnistie, elle rejoint l'idée zolienne d'« amnistie scélérate » ; le courant Jaurès, lui, après avoir applaudi à ce ministère, se rallie encore à l'amnistie. Rosa Luxemburg juge ainsi qu’ « afin de sauver le gouvernement, Jaurès et son groupe abandonnèrent leur campagne pour Dreyfus et se déclarèrent pour le projet d'amnistie […] promettant l’impunité à tous les crimes »47.
35Rosa Luxemburg privilégie une orientation de long terme, résistant aux succès immédiats et aux effets de langage, et se refuse à tout raisonnement purement tacticien. Bien que moins au fait de la situation en France que les militants de ce pays, elle préfère s'en remettre à sa propre boussole, sans se laisser infléchir par ses amitiés, politiques ou personnelles. Elle élargit constamment le cadre de ses analyses. Par exemple, à une époque où prévaut, des deux côtés du Rhin, une certaine idéalisation de la République, elle en prend résolument le contre-pied :
- 48 R. Luxemburg, Ibid., p. 103 ; Die Neue Zeit, op. cit., p. 516-525.
[C]'est précisément la troisième République qui, par toutes sortes de réformes et de privilèges et par un culte chauvin et délirant, a fait de l'armée cette idole qu'elle ne fut jamais auparavant. […] On peut affirmer sans crainte qu'un arbitraire et une autocratie des chefs militaires, tels qu'ils ont prospéré sous les ailes de la République opportuniste, n'eussent pas été si facilement imaginables en régime monarchique48.
- 49 Dietmar Till, "Klassenbewusstsein und Aufklärung", dans F. Jacob, A. Scharenberg, J. Schütrumpf (di (...)
36C'est sans doute l'une des raisons pour lesquelles, au cours de ces années, elle adopte sur l'Affaire des positions distinctes de celles de tous les groupes socialistes français. Ayant étudié son art oratoire, Dietmar Till conclut que « Luxemburg ne cherchait pas à convaincre le public d'une cause [...], mais à l'éclairer sur des lois du processus historique…49 ». Assertion contre-intuitive s'agissant d'une militante, de surcroît aussi passionnée, mais qui se vérifie dans ses écrits, car elle se situe au-delà des péripéties politiques et entend contribuer à l'éveil des consciences, comme elle l'écrit en 1899 :
- 50 R. Luxemburg, « Réponse à une consultation internationale », dans Le Socialisme en France, op. cit.(...)
L’importance politique proprement dite de l’affaire Dreyfus pour le prolétariat consiste, d’après nous, en ce que cette affaire a donné la possibilité de faire d’un grand mouvement politique remuant tout le pays, l’objet de la lutte de classe et de cette façon de répandre en un court espace de temps plus de conscience socialiste qu’on n’aurait pu en développer pendant de longues années par la propagande abstraite de nos principes50.
37Deux ans plus tard, sa déception découle de la conclusion de l'Affaire (toute la lumière n'a pas été faite), mais plus encore de la mauvaise gestion de la crise par les partis ouvriers.
38Quand Rosa Luxemburg prend la plume en 1898, elle se sent profondément unie à son parti, et fière de lui appartenir. Elle a rejoint le socialisme à Berlin comme on rejoint une nouvelle famille, et intervient dans l'affaire Dreyfus en actrice de la vie politique et sociale, tout en cherchant à en produire une intelligibilité historique. Ses écrits les plus travaillés sont animés d'une flamme : elle veut emporter l'adhésion, mais plus que tout, elle cherche à éclairer ses lecteurs par un travail de mise en perspective. En effet, si on ne relève pas de facilité rhétorique, on est frappé par son aspiration aux généralisations et à la mise à distance du présent, son désir de faire prendre de la hauteur. Elle rédige des pages d'analyses fines, précises, tout en étant pénétrée de l'idée que l'enjeu dépasse tous les Dreyfus ou Millerand : ce qui lui importe vraiment est que la bataille engagée bénéficie à la formation politique de la classe ouvrière, pour rapprocher l'avènement du socialisme.
39Ces articles d'histoire immédiate témoignent de l'espoir d'agir sur le temps présent : elle rêve d'écrire l'Histoire, au sens propre. Elle se réfère à un passé immédiat complexe, supposé connu de ses lecteurs. Ce faisant, certains passages de ses analyses restent parmi les pages d'histoire les plus profondes de ce qui s'écrivit au sujet de la France de 1898-1901.
40Son travail sur Korolenko, sa seule œuvre d'histoire littéraire, se place dans un contexte radicalement différent : en 1916-1918, Rosa Luxemburg souffre de son enfermement qui se prolonge, et elle est orpheline de son parti, le SPD. Écrire sur la littérature russe est aussi un retour aux sources, une échappée loin des déceptions de la politique, le moyen de mener une activité intellectuelle légale et d'accéder à une certaine sérénité dans un monde hostile.
- 51 A. Deffarges, "Rosa Luxemburg als Autorin", art. cit., p. 117-119.
41Son texte est assurément littéraire, personnel, sensible. Parsemé d’ironie et de sarcasme, il tient de l'essai par la liberté de propos et de ton. Cette liberté est de tout temps une marque de fabrique de Rosa Luxemburg, mais peut-être sa maturité et les épreuves l'ont-elles incitée à s'affranchir davantage encore de toute contrainte51.
42Pris ensemble, ces textes, qu'elle cherche à éclairer le passé ou qu'elle intervienne sur l'histoire en train de se faire, en disent beaucoup sur la manière dont Rosa Luxemburg pratique l'histoire. Sa manière d'en rendre compte se caractérise par un ton très « senti », et par une clarté d'expression née de l'absence de compromission. Ces traits sont intimement liés à sa personnalité et à ses options politiques, et comportent sans doute aussi une dimension plus générale.
- 52 H. Roland Holst, Rosa Luxemburg, op. cit., p. 41.
43Si l'on prend par exemple son hostilité au militarisme, Rosa Luxemburg se montre radicale, sans s'y limiter. Elle en révèle les ressorts en tant qu'instrument de la politique impérialiste et facteur d'affaiblissement de la démocratie. Sa démarche discursive ne vise ni à plaire, ni même tant à convaincre qu'à éclairer : son horizon dépasse les péripéties du présent. Henriette Roland Holst écrivait en ce sens : « Cette fibre [révolutionnaire] recelait l'unité de son être, l'unité entre sa compassion sans limites, sa profonde humanité et son esprit pénétrant et acéré qui discernait tout et critiquait tout, l'unité entre le besoin de cet esprit d'expliquer les choses de manière compréhensible (begreifend) et le besoin de sa forte volonté de les saisir (greifen) pour les changer52. »
Notes
1 Voir Annelies Laschitza, Im Lebensrausch, trotz alledem. Rosa Luxemburg – Eine Biographie. Berlin, Aufbau, 1996. C'est son programme annoncé, comme celui de nombreux biographes.
2 Ossip K. Flechtheim, Rosa Luxemburg zur Einführung, Hamburg, Junius-Verlag, 1985, p. 68. Traductions des citations par l'auteure, Anne Deffarges.
3 O. Flechtheim, Von Marx bis Kolakowski. Sozialismus oder Untergang in der Barbarei? Köln/ Frankfurt a. M., Europäische Verlagsanstalt, 1978, p. 84-132, ici p. 112. Voir aussi Michael Brie, Rosa Luxemburg neu entdecken. Ein hellblaues Bändchen zu « Freiheit für den Feind! Demokratie und Sozialismus », Hamburg, VSA, 2019, p. 14.
4 Soutenue à Zurich en 1897, publiée en 1898, et dont Robert Seidel écrivit dans le Volksrecht (Zurich) du 11/8/1898 : « Il a donc fallu une femme pour réaliser le premier travail d'envergure sur ce sujet ».
5 Paul Frölich, "Rosa Luxemburg und die Gegenwart", in: Frankfurter Hefte, 8, n° 3,1953, p. 217-223, ici p. 218. Lui-même et Rosi Wolfstein sont co-auteurs de la biographie P. Frölich, Rosa Luxemburg. Gedanke und Tat, Frankfurt am Main, Europäische Verlagsanstalt, 1967 [1939]. Sur le rôle de Rosi Wolfstein, voir Riccardo Altieri, "Rosa Luxemburg in Leben und Werk Paul Frölichs und Rosi Wolfsteins", dans Frank Jacob, Albert Scharenberg, Jörn Schütrumpf (dir.): Rosa Luxemburg. Bd. 2: Nachwirken, Marburg, Büchner, 2021, p. 53-82.
6 Elle purgea une peine d'un an entre février 1915 et début 1916, mais à partir de juillet 1916, elle fut placée en détention arbitraire, sans procès ni condamnation, pour ses prises de position anti-guerre, libérée seulement par la révolution, le 9 novembre 1918.
7 Voir notamment La Crise de la social-démocratie allemande, rédigé en prison en 1915 et paru à Zurich en 1916 sous le pseudonyme de Junius. Selon O. Flechtheim, Rosa Luxemburg zur Einführung, op. cit., p. 38 : « Avec sa brochure de Junius, Rosa Luxemburg nous a laissé l'un des documents les plus marquants de notre siècle, voire de la littérature mondiale ».
8 Wladimir Korolenko, Die Geschichte meines Zeitgenossen, Berlin, Paul Cassirer, 1919. L'édition utilisée ici est celle de Zurich, chez Manesse, 1985, dans laquelle l'introduction est placée en postface, pages 583 à 630. En français, le titre peut se traduire par : L'histoire de mon contemporain. Le texte figure dans R. Luxemburg, Gesammelte Werke, Berlin, Dietz, Bd. 4, 2000, p. 302-331. À noter que la traduction par R. Luxemburg est toujours celle en usage aujourd'hui : les traductions incluant les tomes suivants, parus en russe après sa mort, conservent pour le premier tome sa version.
9 « Nachwort », dans Wladimir Korolenko, Die Geschichte meines Zeitgenossen, Zurich, Manesse, 1985, p. 639 [postface de l'éditeur].
10 R. Luxemburg, « Introduction », dans W. Korolenko, op. cit., p. 611.
11 R. Luxemburg, Gesammelte Briefe, Bd. 1, Berlin, Dietz, 2019, p. 307f (lettre à Leo Jogiches du 19/4/1899). Voir aussi A. Laschitza, op. cit., p. 88.
12 R. Luxemburg, « Introduction », op. cit., p. 594 (ergreifen und erschüttern).
13 R. Luxemburg, Ibid., p. 611.
14 R. Luxemburg, Ibid, p. 592.
15 R. Luxemburg, Ibid., p. 612.
16 R. Luxemburg, Ibid., p. 616.
17 R. Luxemburg, Ibid., p. 617.
18 Elle-même produisit nombre d'articles dans cette veine, partant souvent de catastrophes sociales ou de faits divers, par exemple "Nur ein Menschenleben" (1899), "Martinique" (1902), "Im Nachtasyl" (1911).
19 Sa correspondance abondante en témoigne d'abord (Gesammelte Briefe, Berlin, Dietz, 6 volumes), et elle l'exprime publiquement, comme dans cette adresse aux jeunes gens de décembre 1918 : pour se réaliser, le socialisme nécessite, écrit-elle, "des personnes... pleines d'empathie pour leurs prochains", dans Die junge Garde (Berlin), N°2 du 4 décembre 1918, reproduit dans Rosa Luxemburg, Gesammelte Werke, Bd. 4, Berlin, Dietz, 2000, p. 434. Ses camarades et ami.e.s ayant rédigé sa biographie soulignent tous son empathie ; voir Luise Kautsky, Rosa Luxemburg. Ein Gedenkbuch, Berlin, Heptagon, 2019 [1929], p. 72 ; Henriette Roland Holst, Rosa Luxemburg. Ihr Leben und Wirken, Zürich, Jean Christophe-Verlag, 1937, p. 7 ; P. Frölich parle de Mitleiden dans son Rosa Luxemburg, op. cit., p. 23. Elles et ils ont été suivis là-dessus par la majorité des biographes, dont Dana N. Mills, ici dans l'article "Rosa Luxemburg and Her Comrade Sisters. The Woman Question in Rosa Luxemburg’s Life and Work", in: F. Jacob, A. Scharenberg, J. Schütrumpf (dir.), Rosa Luxemburg. Bd. 1: Leben und Wirken, Marburg, Büchner, 2021, p. 17-44, ici p. 23.
20 Citons quelques sous-titres : P. Frölich, Gedanke und Tat [littéralement, Sa pensée et son action, Trad. française : Sa vie et son œuvre, Paris, Maspero, 1965] ; A. Laschitza, Im Lebensrausch, trotz allem [pas de traduction en français, on peut traduire par : Dans l'ivresse de la vie, malgré tout] ; Henriette Roland Holst, Ihr Leben und Wirken [pas de traduction, signifie Sa vie et son œuvre ou Sa vie et son action], de même que F. Jacob, A. Scharenberg, J. Schütrumpf, Bd. 1, Leben und Wirken [Vie et œuvre].
21 J. Schütrumpf, Rosa Luxemburg oder: Der Preis der Freiheit, Berlin, Dietz, 2006, p. 9.
22 O. Flechtheim, Rosa Luxemburg zur Einführung, op. cit., p. 68.
23 R. Luxemburg, « Introduction », op. cit., p. 615.
24 R. Luxemburg, Ibid., p. 594.
25 R. Luxemburg, Ibid., p. 604.
26 R. Luxemburg, op. cit., p. 622.
27 À partir de 1900, SDKPiL (Socjaldemokracja Królestwa Polskiego i Litwy, donc de Pologne et Lituanie). Parti créé en opposition au PPS, le Parti socialiste polonais, lequel revendique la restauration de la Pologne, tandis que le SDKP, par internationalisme conséquent, vise la chute du tsarisme par le combat commun avec les ouvriers russes.
28 Parus ensuite en brochure sous le titre de Sozialreform oder Revolution ?
29 Pour une présentation d'ensemble, voir Julien Chuzeville, « Rosa Luxemburg, dreyfusarde internationaliste », dans Actuel Marx, n°78, 2025, p. 171-185.
30 Anne Deffarges, « Rosa Luxemburg als Autorin. Jenseits von Zuschreibungen und Grenzen », Recherches germaniques, n° 55, 2025, p. 107-119, ici p. 114-117.
31 A. Deffarges, « Introduction », dans August Bebel, Femmes et socialisme, Toulouse, Smolny, 2025, p. 7-70, ici p. 67-68.
32 R. Luxemburg, op. cit., p. 622.
33 D'après le journal Vorwärts, n°21, 13 novembre 1905.
34 Il existe différents exemples de citations de ce genre. Ici, R. Luxemburg, Nach dem Pogrom. Texte über Antisemitismus 1910/1911, Potsdam, Potsdamer Textbücher, 2014, p. 77 [traduits du polonais et édités par Holger Politt].
35 A. Bebel, J. Jaurès, K. Kautsky, F. Mehring, O. Bauer... répondent présents.
36 R. Luxemburg, Nach dem Pogrom, op. cit., p. 25-30, p. 75-77, p. 81-83 et « Ein literarischer Bravo », Vorwärts (Berlin), n° 274, 23 novembre 1910.
37 Voir F. Jacob et. al. (dir.), Rosa Luxemburg. Bd. 2, op. cit., p. 286.
38 Par exemple son éditorial de La Petite République du 26 juillet (article de Luxemburg du 28/7). En français, les articles sont disponibles dans R. Luxemburg, Le Socialisme en France (1898-1912) Paris, Belfond, 1971 ainsi que dans Œuvres complètes, tome III, Toulouse-Marseille, Smolny et Agone, 2013.
39 R. Luxemburg, "Die Krise in Frankreich", SAZ (Dresden), n° 252, 29 octobre 1898.
40 R. Luxemburg, Leipziger Volkszeitung (LVZ), n° 293 du 19/12/1899, dans Le Socialisme en France, op. cit. (1971), p. 75. Elle y explique que les militants du POF avaient déjà prôné au prolétariat l'abstention face au réactionnaire général Boulanger.
41 R. Luxemburg, « Le congrès d’unité », LVZ, n° 274 du 27/11/1899 [congrès socialiste prévu à Paris en décembre].
42 R. Luxemburg, Le Socialisme en France, op. cit., p. 81.
43 R. Luxemburg, Ibid., p. 82.
44 R. Luxemburg, LVZ n° 292 à 294 des 18, 19 et 20 décembre 1899 (trois éditoriaux). Voir aussi LVZ, 27/11/1899, art. cit.
45 P. Frölich, « Rosa Luxemburg und die Gegenwart », art. cit., p. 218.
46 R. Luxemburg, Die Neue Zeit, 1900-1901, vol. I, p. 495-499, 516-525, 548-558, 619-631, 676-688.
47 R. Luxemburg, Le Socialisme en France, op. cit., p. 113.
48 R. Luxemburg, Ibid., p. 103 ; Die Neue Zeit, op. cit., p. 516-525.
49 Dietmar Till, "Klassenbewusstsein und Aufklärung", dans F. Jacob, A. Scharenberg, J. Schütrumpf (dir.): Rosa Luxemburg. Bd. 1, Leben und Wirken, Marburg, Büchner, 2021, p. 249-272, p. 259.
50 R. Luxemburg, « Réponse à une consultation internationale », dans Le Socialisme en France, op. cit., p. 82. J. Jaurès et La Petite République lancent en août 1899 une « consultation internationale des militants socialistes sur l’affaire Dreyfus et la participation des socialistes au pouvoir ». Luxemburg est sollicitée parmi 49 « militants les plus connus du socialisme international », mais le quotidien socialiste ne publie pas sa contribution, qui sera finalement publiée par Charles Péguy dans les Cahiers de la Quinzaine, n° 11, 1899, p. 77-82, ici p. 79.
51 A. Deffarges, "Rosa Luxemburg als Autorin", art. cit., p. 117-119.
52 H. Roland Holst, Rosa Luxemburg, op. cit., p. 41.
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Référence électronique
Anne Deffarges, « Autobiographie de Korolenko ou affaire Dreyfus : comment Rosa Luxemburg écrit l'histoire », Écrire l'histoire [En ligne], 26 | 2026, mis en ligne le 01 septembre 2026, consulté le 06 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/elh/6150 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16see
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