La littérature coréenne et le naufrage du Sewol : surmonter le traumatisme par la fiction
Résumés
Le 16 avril 2014, le ferry Sewol sombre au Sud de la Corée, en direct à la télévision. Il fait 304 victimes, pour la plupart des lycéens en voyage de classe. Le pays entier est sous le choc. Au lieu de remettre en scène l’événement ou de critiquer ses causes (comme nombre d’auteurs après le drame), Choi Eun-young choisit de porter son attention sur les conséquences concrètes et les émotions vécues au quotidien par les Coréens. Une manière de saisir l’ampleur des dégâts et de dépasser le traumatisme.
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Le naufrage du Sewol
- 1 De nombreux articles de presse ont repris, inlassablement, et pendant plusieurs années, la chronolo (...)
- 2 Sur les 476 passagers, 172 personnes, dont la majorité de l’équipage, furent sauvées, alors que 304 (...)
- 3 La majorité des universitaires s’étant penchés sur la question condamne le système coréen dans son (...)
- 4 Les manifestations populaires connues sous le nom de « révolutions des Bougies » ayant eu lieu entr (...)
- 5 « Special Act on Investigating the Truth of the April 16 Sewol Ferry Disaster and Building a Safe S (...)
- 6 Louis Crocq, Seize leçons sur le trauma, Paris, O. Jacob, 2012, p. 14.
- 7 Ibid., p. 31.
- 8 Malgré l’écran, l’effet sur les spectateurs équivaut à l’effet d’un témoin direct. Voir Allen Meek, (...)
1Le 16 avril 2014, le ferry Sewol sombre lentement au large des côtes coréennes. Les passagers, en grande partie des lycéens en voyage de classe, sont appelés à ne pas bouger. Pour meubler l’attente, ils appellent leurs parents et filment ce qui sera leurs derniers instants, sans savoir que le capitaine a quitté le navire, et que les secours n’arriveront jamais à temps1. Pendant ce temps, les images du mastodonte peu à peu englouti par l’océan sont retransmises en direct sur toutes les télévisions du pays. Les Coréens assistent, effarés, à ce qui reste la pire catastrophe humaine de ces dernières années en Corée2. Les scandales se multiplient alors : manque de réaction des secours, fuite d’un équipage inexpérimenté, fausse annonce officielle que tous les enfants ont été sauvés, bateau surchargé, présidente absente3… Et les têtes tombent les unes après les autres : arrestation et condamnation à perpétuité du capitaine, chasse à l’homme et suicide du propriétaire du ferry, destitution de la présidente Park Geun-hye4. Pourtant, malgré l’instauration d’une loi obligeant la justice à retracer ce drame et en punir les auteurs5, malgré les années de manifestations des familles des victimes demandant de faire la lumière sur cette affaire, le traumatisme (considéré comme « phénomène de bouleversement qui se passe à l’intérieur du psychisme lorsqu’un excès d’excitations extérieures attenantes à un événement subit, violent et agressant, vient faire effraction au travers des défenses de ce psychisme »6, soit « une expérience de non-sens »7) est encore là. À des degrés divers, familles, connaissances, et tous les Coréens devenus témoins directs de l’événement par sa diffusion constante à la télévision8, ne parviennent pas à digérer la catastrophe.
La littérature du Sewol
- 9 Le langage littéraire permet de circonscrire l’expérience traumatisante, de manière directe ou non. (...)
- 10 L’écriture du souvenir en lien avec un événement, notamment traumatisant, prend aussi en compte l’o (...)
- 11 À titre d’exemple, et parmi les plus marquants, le recueil de poèmes Nous sommes tous le ferry “Sew (...)
- 12 Ko Un et al., Nous sommes tous le ferry “Sewol”. Présentation de l’ouvrage par l’éditeur. Librairie (...)
- 13 Shin Hyung-chul, introduction du numéro spécial consacré au Sewol de la revue Munhakdongne, reprise (...)
- 14 « 4.16 munhak », littéralement littérature du 16 avril, pour faire référence au jour du naufrage du (...)
- 15 Pour ce qui est de la littérature coréenne en lien avec le Sewol en particulier, voir notamment Kim (...)
- 16 Par exemple le roman au titre évocateur Les Mensonges du “Sewol”, en coréen keojitmalida, littérale (...)
- 17 Que ce soit de manière directe, ou indirecte en employant, par exemple, des animaux ou des symboles (...)
2Les réactions des artistes, et notamment des auteurs, ne se sont pas fait attendre. La littérature apparaît comme le moyen idéal pour évoquer le trauma9, l’écrire par des mots ou du silence10. Recueils de poèmes et recueils de nouvelles, collectifs, numéros spéciaux de revues littéraires, ouvrages individuels d’auteurs, d’associations ou de familles de victimes, les publications s’enchaînent dès l’été 2014, à un rythme plus ou moins intensif, mais sans s’arrêter11. « En publiant un recueil de poèmes en mémoire du Sewol, […] nous souhaitons que l’éthique de la littérature mène notre combat contre la gouvernance et que sa liberté nous aide à dépasser notre désespoir »12, lit-on en présentation du premier recueil dédié au naufrage. « Il faut répondre à la vérité et montrer du respect envers la souffrance d’autrui. C’est ce que la bonne littérature a toujours fait »13. Dans le monde littéraire coréen, on se met à parler de la littérature du 16 avril14, considérant cette masse d’écrits comme un micro-courant littéraire à part entière, souvent lié aux littératures de témoignage ou littératures du trauma15. Si les manières d’évoquer l’événement sont extrêmement variées, il est possible de les ranger dans deux grandes catégories englobantes : d’une part, les œuvres qui redonnent vie au drame et cherchent à en expliquer les causes16 ; d’autre part, les œuvres qui se concentrent sur les conséquences palpables et la souffrance résultant du traumatisme vécu collectivement par la nation entière17.
« Michaela » et « Secret » de Choi Eun-young
- 18 Choi Eun-young est née en 1984. Elle débute sa carrière littéraire en 2013, et publie son premier r (...)
- 19 Voir Kim Kyeong-un, « Le pathos littéraire pour accueillir autrui : sur les œuvres de Choi Jin-yeon (...)
- 20 Voir Jeong Ju-a, « Les formes concrètes et la réalité : sur les œuvres de Kim Eom-ji et Choi Eun-yo (...)
3C’est sur cette seconde catégorie que nous souhaitons nous concentrer ici, avec l’exemple de deux nouvelles de Choi Eun-young18 : « Michaela » (2014) et « Secret » (2015), écrites juste après le naufrage, et toutes deux rassemblées à l’intérieur du recueil Le Sourire de Shoko (2016). On y trouve une voix pleine d’empathie et d’espoir, ce qui change des autres auteurs de la jeune génération19 et permet de mettre au jour un tournant un peu plus lumineux de la littérature du 16 avril20. À travers la rencontre ratée d’une mère et de sa fille à Séoul, puis d’une grand-mère séparée de sa petite-fille qui se remémore les moments passés ensemble, ces deux histoires mentionnent ou indiquent la tragédie du Sewol, de manière légère, détournée et habile. Nous allons voir comment cette évocation en filigrane, associée à la mise en valeur subtile de l’incompréhension et de l’incertitude, permet d’illustrer la réalité de la souffrance à l’œuvre chez les Coréens. Enfin, par un travail littéraire qui met l’accent sur les émotions et le partage, il devient possible d’avancer vers la guérison du trauma.
L’ombre du Sewol
- 21 Choi Eun-young, Shoko’s Smile. Par souci pratique, les citations sont issues de la traduction angla (...)
- 22 Au fil des années la place de Gwanghwamun est devenue le symbole de toutes les batailles sociales e (...)
- 23 Les petits rubans jaunes, à la manière des rubans rouges pour le sida, sont devenus un symbole du n (...)
- 24 Il existe bien sûr d’autres lieux de commémoration et de mémoire, notamment à Ansan, au lycée Danwo (...)
- 25 Ainsi, même s’il n’est pas situé sur le lieu du drame, l’idée majeure est d’offrir un espace symbol (...)
- 26 Événement réel qui permet de saisir le contexte historique de la nouvelle (période similaire à l’éc (...)
4Les nouvelles « Michaela » et « Secret » de Choi Eun-young évoquent toutes deux le naufrage du Sewol. Publiées à un an d’intervalle, elles montrent que l’événement a eu un impact majeur sur l’écrivain qui le traite par deux fois, de deux manières différentes. Jamais le naufrage n’est remis en question, jamais le drame n’est revécu minute par minute, jamais les coupables ne sont mentionnés ou critiqués. Ces deux nouvelles se concentrent sur le présent, sur la souffrance des familles et de tous les Coréens. La raison de la souffrance, elle, plane comme une ombre. Alors que « Michaela » débute sur une réflexion plus ou moins classique sur la relation entre mère et fille, et sur leurs différentes perceptions de la religion, la troisième partie donne à l’histoire un tout autre tournant. Michaela, déçue de ne toujours pas avoir rencontré sa mère en visite dans la capitale, voit au journal télévisé des familles de victimes demandant la vérité sur l’affaire du Sewol. « While she was on the phone with Elizabeth Ajumma, the television news showed a panorama of Gwanghwamun Square. The camera was filming a booth petitioning for the “Special Act on Investigating the Truth of the April 16 Sewol Ferry Disaster and Building a Safe Society” » (186)21. La scène se passe à Gwanghwamun : la place de la capitale la plus célèbre pour être le théâtre de toutes les manifestations populaires22, et pour abriter les chapiteaux des militants, arborant les rubans jaunes de circonstance23, et demandant la vérité sur l’affaire du Sewol24. Ces tentes font office de mémorial25. La découverte de la scène est involontaire de la part de la jeune fille, son seul intérêt étant sa mère. Il en est de même pour la mère de Michaela, qui est devant son poste télévisé : elle voit la messe du pape26, à laquelle elle n’a malheureusement pas pu assister. Puis elle le voit en train de bénir un homme. « That’s Yoomin’s father, one of the Sewol disaster parents, fellow sister Susanna had said » (189). Le lecteur comprend en même temps qu’elle qu’il s’agit d’un père ayant perdu son enfant dans le naufrage.
- 27 Voir Luc Faucher, « Empathie, imagination et cinéma », in Prolifération des écrans, Louise Poissant (...)
5Voici les deux premières mentions de l’événement. Il n’est pas vécu en direct, il est appris par hasard à travers un écran de télévision. Un peu comme lorsque les Coréens ont vu le navire sombrer un jour de printemps à la télévision. Chacun est spectateur, mais personne ne peut y prendre part réellement. Il y a comme une frontière entre la réalité et le virtuel. Pourtant, cela n’empêche pas les spectateurs de ressentir des émotions de choc27. Ce n’est que plus loin dans le récit qu’une autre étape est franchie et que les personnages se retrouvent directement mêlés au drame. Michaela est attirée par une figure à l’écran. « She knew at once that the middle-aged woman was her mom. […] But why on earth was her mom sitting there ? She ran outside without even washing her face » (186). L’événement devenant soudain personnel, Michaela sort en courant pour se rendre à Gwanghwamun, où elle pourra vivre une expérience directe et physique.
- 28 Sur une terre mondialisée, les traumatismes ne peuvent plus être considérés comme limités à des fro (...)
6Pendant ce temps, la vieille dame rencontrée au sauna confie à la mère de Michaela la perte de l’enfant d’une de ses amies. « She’d lost a perfectly healthy grandkid, just like that […]. Had to find out why her daughter died, didn’t she ? My friend joined her daughter and went to Gwanghwamun » (193). Les deux femmes n’ont pas vécu cette perte directement, mais à travers une connaissance, et pourtant, elles se sentent extrêmement peinées et pleurent ensemble. Elles partagent symboliquement la souffrance de toute une nation, et à travers les lecteurs, de toute une planète28. Elles aussi décident de se rendre à Gwanghwamun.
- 29 Voir Yang Kyeong-eon et al., « Discussion “Moi aussi j’étais là cette fois !”, fiction coréenne, hi (...)
- 30 Ce n’est pas sans rappeler l’idée d’être « seuls ensemble » mise en lumière par la sociologue Sherr (...)
7Lorsque les trois femmes se rendent sur la place, chacune pour une raison bien précise, leurs objectifs sont à chaque fois réduits à néant. Michaela arrive la première. Elle rencontre la réalité : « a group of people standing in the scorching sun, a sign hung around each of their neck reading, “I am joining the one-day hunger strike” » (194), qu’elle évite habilement. Puis, « many people signing the petition at the square » (194), donnant l’occasion à l’autrice d’éclaircir la situation politique : « the facts of what happened that day hadn’t been established yet, and the victims’ families were demanding that the government legislate the Sewol Ferry Act, which would endow investigation and indictment power to an independent commission » (194). Cela ne suscite aucune émotion ou réaction forte de la part de Michaela. Elle est comme déconnectée de l’événement, même à l’intérieur de la foule directement concernée, elle est incapable d’agir vraiment. « She didn’t want to step into a boxing ring that guaranteed defeat. To her, the world was a place she had to bow down to even if she didn’t like it » (195). Cette fuite de ses responsabilités et cette volonté de faire semblant de ne rien voir semblent représentatives d’une grande partie de la jeune génération29. Au lieu de passer en vitesse pour ignorer les familles sur la place, elle part à la recherche de sa mère. Mais une fois sur place, c’est le choc. « The woman who looked around was not her mom. “Who are you ?” she asked the woman » (196). Sa démarche est un échec. Puis les deux dames arrivent sur la place, et c’est le même échec. Elles ne trouveront pas l’amie de la vieille dame qui a perdu sa fille dans l’accident. Elles se trouvent là au milieu de la foule, donnant l’impression que tout le monde est ici lié par une même douleur, mais chacun à sa manière30.
- 31 « On April 16, 2014, the MV Sewol sank off the coast of South Korea, claiming the lives of 304 pass (...)
8Dans « Secret », publiée en 2015, Choi Eun-young semble prendre encore plus de recul avec les tourments politiques post-Sewol. L’événement, comme ses conséquences place de Gwanghwamun, n’est jamais mentionné. Le lecteur du texte en traduction apprend le tragique naufrage en note de traducteur en fin d’ouvrage31, juste après la nouvelle « Secret » qui clôt le recueil. À la publication du texte en Corée, l’affaire est sur toutes les lèvres, dans tous les esprits. Ainsi, le deuil difficile de la nouvelle est immédiatement relié à la catastrophe maritime. Le travail sur le Sewol se fait par un usage total de l’implicite.
9Plusieurs détails peuvent nous mettre la puce à l’oreille. Tout au long du récit se trouvent des scènes de personnages qui fondent en larmes de manière étrange. Malja, personnage principal dont nous lisons le point de vue interne, est inquiète pour sa fille. « Youngsook seemed to have turned into a completely different person over the last year and a half. She had visibly lost weight and her speech was often confused over the phone. […] Sometimes, Youngsook phoned at night, drunk, and cried, “Mom ! Mom !” then sobbed the whole time » (202). Quelqu’un qui auparavant prenait rarement le temps d’appeler pour prendre des nouvelles se met subitement à appeler pour se plaindre, ou même sans aucune autre raison apparente que son mal-être. Malja ne parvient pas à comprendre ce changement d’attitude. Il en est de même pour le mari de sa fille, qu’on apprend avoir changé et être mal en point. « Not only had his waist and tight grown so skinny that this pants looked too big, but his body seemed to have shrunk overall. Malja’s heart hurt to see how frail he had become in so short a time » (215). Cela peine la vieille dame. Et alors qu’il représente la figure de l’autorité masculine, à la tête de la famille coréenne confucéenne, il fond ouvertement en larmes à un moment du récit. « “Yoongsook, Youngsook !” He hollered the name, then began to weep quietly. “Honey. If you’re going to cry, cry loudly, you foolish man. Just cry all you want when you’re with me” » (216). Une attitude qui choque profondément Malja. Ahurie, elle retourne en silence dans sa chambre.
- 32 Ce qui n’est pas sans rappeler les attitudes des parents ayant perdu un enfant dans le naufrage qui (...)
- 33 La tristesse se développe avec l’impression de soudain se sentir plus proche de nos deux personnage (...)
- 34 Ce qui fait écho à un ouvrage bien particulier rassemblant des lettres de parents à leurs enfants d (...)
- 35 Voir Yang Jae-hun, « Choi Eun-young’s Secret », p. 301.
10Puis, il y a l’absence qui se déploie sans fin. Malja attend sa petite-fille, partie travailler en Chine depuis un an et demi. L’annonce faite par le père de la jeune femme est loin d’être naturelle. « “Jimin went to China. She’s going to teach in the countryside there.” Son-in-law Park’s flushed face when he said those words flickered before Malja’s eyes as she lay awake » (216). Cette jeune femme reste inaccessible, et les attitudes de Malja font fortement penser à une personne qui ne reviendra jamais. « Malja sometimes tried on Jimin’s favorite clothes in secret after her daughter and son-in-law had gone to bed. She mostly wore them just inside the room, but when she felt like it, she would go out and about in those clothes or take some home to hug while she slept32 » (218). La lettre que se décide à écrire Malja à sa petite-fille aiguille dans la même direction. Elle apparaît comme l’ultime tentative de communiquer avec Jimin, de partager quelques émotions et des souvenirs. Cet instant qui clôt la nouvelle et le recueil est sans équivoque. « Malja folded the letter she would give Jimin in person, at the place no mail carrier could access, the place no letter could reach, and hugged it to her heart » (221). Dans les dernières lignes, la grand-mère mentionne le royaume des morts, pour elle, terrassée par son cancer, mais peut-être aussi pour sa petite-fille. Les émotions des lecteurs culminent33 avec la lecture de la lettre, capable de transmettre bien plus de subjectivité34. Pourtant il ne s’agit pas d’être anéantis par les émotions, mais bien de faire surgir la réflexion sur le drame35.
- 36 Là encore, la traductrice explique en note pour les lecteurs anglophones que deux enseignants rempl (...)
11En outre, parmi les souvenirs de la grand-mère qui constituent le cœur de cette nouvelle vécue au point de vue interne, on trouve le dernier voyage effectué avec sa petite-fille : « Another picture was from their trip to Jeju Island two years ago in fall » (213). Elle se remémore l’image d’un ferry, de vacances heureuses. Puis Malja avait rompu le silence : « Jimin ? […] This is the last time […]. Y’know, the last time you take me around » (213). La jeune fille avait objecté. Elle retournerait en vacances avec sa grand-mère. Son cancer à l’esprit, cette dernière avait pensé : « someday I will have to leave you, but I’m not worried » (214). Le tristement célèbre ferry est immédiatement dans toutes les mémoires, et l’on comprend qu’il ne s’agissait pas du dernier voyage de Malja, mais de celui de Jimin. On apprend qu’elle était alors « still a probationary teacher » (214). En Corée, les journaux comme les manifestants de la place de Gwanghwamun ont beaucoup parlé des différences de traitement entre les victimes titulaires, indemnisées comme les enfants, et les victimes remplaçantes, non considérées comme fonctionnaires morts en service36. Là où, dans la première nouvelle, les choses étaient vues et apprises de manière indirecte, nous sommes ici, un an plus tard, dans un silence que ne remplissent que les allusions implicites.
12Avec le passage d’une description objective d’événements concrets dont des Coréens sans lien direct avec le drame font l’expérience, à la mise en scène d’une famille directement impliquée dans le drame, mais sans jamais l’avouer de manière lisible, Choi Eun-young évolue dans sa manière de traiter l’événement, dans une tentative de mieux le circonscrire. Celui-ci reste marqué par une présence constante d’incompréhension et d’incertitude.
Une mer d’incompréhension et d’incertitudes
- 37 Voir Michael Richardson, Gestures of Testimony : Torture, Trauma, and Affect in Literature, New Yor (...)
- 38 La mémoire et ici le traumatisme qui la suscite fonctionnent de la même manière, avec dynamisme. Po (...)
13Dans une première partie, nous avons vu que le naufrage qui constitue pourtant le moteur du récit n’est jamais explicité, que seules certaines de ses tragiques conséquences sont dévoilées, avec une mise en valeur de l’impact humain, émotionnel et moral. Ce besoin de comprendre, que ce soit ce qu’il s’est passé ou ce qu’il se passe actuellement, cette difficulté à dépasser l’événement et ses répercussions directes, se retrouvent dans une incompréhension et une incertitude massives présentes tout au long des deux nouvelles à l’étude. Cette propension à rester évasif et à donner toute leur place aux hésitations, aux blancs et aux silences, caractéristique des littératures du trauma37, se perçoit aisément comme une métaphore de la réaction difficile de la population coréenne dans son ensemble face à l’affaire Sewol. Parfois tout reste flou, il n’est pas possible (ni souhaitable) de faire autrement et d’éclaircir les zones d’ombres. Ces œuvres présentent la confusion à laquelle il n’est pas possible d’échapper. Cela permet de saisir la réalité de la situation et de construire un souvenir individuel et collectif38 afin de pouvoir avancer.
- 39 Et à passer de l’écriture d’une mémoire individuelle à l’écriture d’une mémoire collective, conçue (...)
14Dans la nouvelle éponyme, on apprend en fin de récit que Michaela fait référence à deux personnages. « “I just called her Michaela.” […] Quietly, the woman watched the old woman’s lips enunciate “Michaela”. Michaela was a common baptismal name for girls » (199). D’une part nous avons Michaela, la jeune femme à travers le prisme de laquelle nous est transmise la moitié du récit, et d’autre part, Michaela, l’enfant disparue dans le naufrage, fille d’une amie de la vieille dame du sauna. Les deux dames chérissent toutes deux, directement ou indirectement, une enfant portant le même nom, et elles ne découvrent qu’en toute fin de récit que ce seul nom correspond à deux identités. Le lecteur fait la même découverte. Cela tend à renforcer l’impression d’universalité du désastre dont il était question un peu plus haut : toutes les mamans partagent la même souffrance sans fin si elles perdent leur progéniture, que cette perte soit imaginée, comme la première Michaela, ou réelle, comme la seconde. Cela contribue à passer d’une expérience individuelle à une expérience collective39, et le prénom Michaela peut être perçu comme le symbole de l’amour porté à son enfant.
- 40 Que ce soit face au naufrage du Sewol (où des lycéens sont morts) ou face à la bousculade mortelle (...)
15Il n’y a pas que les victimes qui sont reliées à une sorte d’incertitude et qui permettent de créer du lien. En effet, lorsque Michaela se rend à Gwanghwamun après avoir reconnu sa mère à la télévision, quelle n’est pas sa déception lorsque quelqu’un d’autre porte le même tee-shirt que sa maman, celui-là même qu’elle lui avait offert en une occasion bien particulière. La ressemblance est frappante : « Apart from her face, the woman resembled her mon in every aspect. […] Even that low, gentil voice sounded just like her mom’s » (196). Au point que même Michaela a l’impression d’être la fille de cette femme. « My daughter was also on the ferry that day. That voice had definitely been her mon’s. The voice cut deep into her heart » (196). Et soudain elle se sent extrêmement proche des jeunes gens décédés, pour la première fois. Avant de rejoindre les tentes de Gwanghwamun, Michaela ignorait qu’elle pourrait y trouver des gens comme elle. « To her great surprise, many of the people collecting signatures or giving out pamphlets were young » (195). Mais elle se rend compte qu’elle avait tort. Tout le monde, toutes générations confondues, peut et doit partager ce traumatisme. Pourtant les jeunes ne savent pas toujours comment réagir40, à l’image de Michaela.
- 41 Les histoires inspirées des faits réels des années 1960-1980 en Corée, et qui ont constitué le cime (...)
16Michaela ne semble pas être en mesure de comprendre les personnes qui l’entourent, qu’elles soient connues ou inconnues. Tout au long de la nouvelle, on remarque que la jeune femme est seule à Séoul et que son quotidien se démarque en tous points de celui de ses parents. Elle ne comprend ni l’intérêt de sa mère pour la religion, ni son infinie gratitude pour tout ce qui l’entoure. « Michaela would rather her mom be honest about her situation and complain ; her mom’s gratitude for the wretchedness of reality had, for a while, felt deceitful » (178). La constante envie de comprendre autrui, à l’image de la vieille dame au sauna ou du père de la victime à la télévision, est insaisissable pour la jeune femme. De même, l’image de son père engagé dans les luttes du passé contre la dictature, au point de faire de la prison41, et vivant majoritairement grâce aux revenus de son épouse, n’est pas pour plaire à Michaela. Elle a des pensées critiques envers lui, partagées grâce au point de vue interne. « So what ? Dad, the culprit for plunging this family into poverty is not the world, no capital, but you » (185). Michaela est pour une fois certaine de son opinion, sa rancœur envers son père est une certitude. Elle ne cherche pas à comprendre. Elle est comme isolée à l’intérieur d’une bulle.
17Cette facilité à se méprendre sur l’identité des personnes ou sur les raisons de leurs choix s’accompagne d’une difficulté concrète à communiquer. Lorsqu’on ne parvient pas à reconnaître autrui ou à rencontrer la personne espérée, cela peut empiéter sur notre capacité à lui transmettre des messages. Tout au long de la nouvelle, Michaela et sa mère cherchent à entrer en contact, mais sans jamais y parvenir. Elles n’arriveront ni à se rencontrer (alors que la mère souhaite voir sa fille), ni à se parler au téléphone (Michaela essaie d’appeler des amies de sa mère mais sans succès). Cela étonne Michaela, qui sait que sa mère sait se débrouiller pour communiquer. « It was strange not to hear from someone who would’ve borrowed another person’s phone if necessary to give her a rundown on the Mass and the itinerary for the day » (185). Elles ne cessent de chacune penser à l’autre, se faire du souci, imaginer où est l’autre, mais ne peuvent se rejoindre au moment voulu. La rencontre qui clôt la nouvelle reste ambiguë. On ne sait pas si la voix de Michaela est véridique ou si la mère croit entendre sa fille, dans une répétition de la confusion générale, puisque nous sommes dans une partie donnée selon le point de vue intérieur de la mère. « “Mom !” Michaela called the woman. The woman wiped her flowing tears and called her little girl through her heart. Michaela » (200). Lorsque Michaela se méprend sur l’identité de la dame sous la tente de Gwanghwamun, elle n’arrive ni à demander des explications, ni à s’excuser de son erreur, ni à offrir ses condoléances. Comme si elle n’avait d’autre choix que de rester muette. En outre, la juxtaposition des paragraphes selon le point de vue de Michaela (parties 1-3-5) et selon celui de sa mère (parties 2-4-6), qui jamais ne se mélangent, contribue à renforcer cette impression de scission entre les deux femmes et de distance alors même qu’elles sont dans la même ville et sur la même place de Gwanghwamun.
- 42 Il s’agit d’un travail progressif en plusieurs étapes. Voir Michel Hanus, « Le travail de deuil », (...)
- 43 Elle reste bloquée à la toute première étape du travail de deuil, le déni (ibid., p. 20-21).
18Cela se retrouve également dans « Secret ». Comme l’indique le titre, par définition, s’il y a un secret, c’est qu’un certain nombre de choses sont cachées, non dites. Dans la famille de Malja, on tait un certain nombre d’informations. Malja n’est jamais mise au courant de ce qui cause de la souffrance à ses proches. Changements moraux, physiques et activités mystérieuses, elle remarque que quelque chose cloche. « On Jimin’s birthday last year, Youngsook had said she and her husband were going on a trip somewhere » (216). Sa fille ne donne aucune explication ni sur son départ spontané, ni sur sa destination. Les lecteurs découvrent au début une famille un peu mal en point émotionnellement, et au fur et à mesure de la lecture, ils commencent à imaginer la raison de ce changement soudain. Le naufrage du ferry évoqué en première partie plane comme une ombre. Malja est blessée de ne pas savoir comment réagir aux transformations difficiles de son entourage. « Malja was annoyed at her daughter apologizing over every little thing. Malja was going to say she needed to chew her food slowly, but the words wouldn’t come out. Youngsook, she wanted to say at least, but even calling out her name was difficult » (216-217). La communication est impossible. On a comme l’impression que Malja souhaite garder le silence et rester dans le flou. Lorsqu’on lui annonce que sa petite-fille a décroché un poste en Chine dans une région où on ne peut ni téléphoner ni envoyer des lettres, Malja accepte tout ce qu’on lui dit. Comme si demander des informations supplémentaires allait tuer tout espoir et toute imagination en affirmant des choses qu’elle craint entendre. Comme si elle souhaitait rester bloquée dans ses souvenirs du passé. Tout au long du texte, donné selon le point de vue interne de Malja, les dialogues sont subis plus que provoqués, et leur contenu est futile. « “Mom, Jimin says she’s living in a mountain valley. So she can’t phone or write.” Malja was silent » (217). Même lorsqu’il s’agit de parler de Jimin, on sent bien que les dialogues sont là pour meubler le silence, pour combler le vide, pour faire comme si tout allait bien et tout était normal. Personne ne cherche à rétablir la vérité ni à prendre en compte les émotions de l’autre. Chacun est comme fantomatique, restant dans son coin, à éviter le contact, éviter le dialogue et éviter la vérité. Comme si le travail de deuil devait s’accomplir dans la solitude, ou comme si personne n’était prêt à commencer ce long42 travail. Au moment de l’écriture de la nouvelle, nous sommes en 2015, un an après le drame, et déjà on a l’impression qu’on ne parviendra jamais à établir une vérité quelle qu’elle soit, pourtant nécessaire à la reconstruction des personnes. Malja ne souhaite pas avancer43.
19Pour lutter contre la difficile réalité qui semble transparaître dans les personnes qui lui font face (via les pleurs, le mal-être, les mensonges), Malja se réfugie dans ses souvenirs. C’est par eux qu’avance le récit. Ces pensées positives de différents moments de son existence, sa jeunesse, ses expériences avec sa petite-fille, sont pour elle un moyen de dépasser l’incompréhension (ou de l’ignorer) pour se réfugier dans un espace qu’elle connaît bien et où elle est en sécurité. Lorsque les souvenirs sont trop forts, Malja croit entendre sa petite-fille qui l’appelle. « Ever since Jimin went away to that place, Malja heard Jimin’s voice in her head many times. It always said “Grandma” and nothing else. That voice and that word were what she longed to hear more than anything else in all the world » (219). Ces hallucinations auditives permettent de se sentir proche de sa petite-fille absente. Pourtant, elles durent peu, puisqu’avec le temps, elles tendent à se raréfier, et cela peine la grand-mère. « But over time she couldn’t hear Jimin’s voice anymore. Now she couldn’t even remember the child’s voice exactly. How could she not remember Jimin’s voice – from what devilry ? It felt like punishment » (219). Le semblant de communication à sens unique (Jimin qui appelle Malja) est de courte durée. Il est rapidement remplacé par du silence.
20Alors la seule possibilité offerte à Malja reste d’écrire une lettre à sa petite-fille, tout en sachant qu’elle ne pourra pas l’envoyer, sauf si elle va la porter elle-même. Alors que Malja se décrivait un peu plus haut comme une fragile vieille dame, « An old woman, skinny as a skewer, was standing hunched over. […] her body was drained of strength and her legs shook » (218-219), on comprend bien qu’elle ne pourra déposer la lettre nulle part. Mais cette lettre lui permet une fois encore de concentrer ses souvenirs d’un passé heureux, qu’elle souhaite partager avec Jimin. « You remember […]. Three four-leaf clovers. You placed them on my palms and said, Grandma, please don’t die or get sick, either. Granny laughed because you were so cute […]. My cutie patootie, my baby » (220-221). Malja se remémore des moments heureux, pleins de promesses et d’optimisme. Tout au long de ses souvenirs, elle est persuadée que la jeune génération représentée par sa petite-fille, capable dès son plus jeune âge d’enseigner ce qu’elle apprend à l’école à sa grand-mère illettrée (et donc de faire preuve d’une empathie extrême qui l’amènera à devenir professeure), pourra changer les choses et changer l’avenir. « You can be anyone an’ you can do anythin’. In yer generation, a person who has their heart in the right place will always be well off, man or woman » (210). Le message de la grand-mère à sa petite-fille est évocateur de l’évolution de la société coréenne, pour le bien des femmes. Jimin pourra avoir plus de bonheur que sa grand-mère, Malja en est persuadée. C’est dans l’ordre des choses. Pourtant, cette possibilité est éradiquée par la disparition de Jimin dans le naufrage.
- 44 Les écrivains n’ont d’autres choix que de réagir à l’événement et de se faire la voix des disparus. (...)
21Enfin, cette impression de non-dit et de silence se cristallise avec le titre même de la nouvelle, « Secret », puisqu’il n’est jamais question de secret au cours du texte, il est en lui-même un appel à comprendre que l’histoire mentionnée est celle d’un événement dont il est difficile de parler directement en le nommant. Un événement qui laisse des traces pour tout un chacun44.
22Si l’impression d’un échec à venir de la capacité à dépasser les injustices, à remettre de l’ordre dans le désordre peut surgir, elle est rapidement dépassée par la capacité de l’autrice Choi Eun-young, faisant elle-même partie des jeunes générations d’écrivains coréens, à créer, à l’intérieur de ses nouvelles et par ses nouvelles, avec le concours de son lectorat, une communauté d’empathie qui vient restructurer les choses et permettre d’avancer.
En guise de conclusion : vers une communauté d’empathie
- 45 Gonggam gondongche, littéralement une communauté qui partage les mêmes émotions, ce qui permet d’av (...)
- 46 Michel Delage, « Psychothérapie des victimes. Approche systémique », in Victimologie : évaluation, (...)
- 47 La question se pose lors du naufrage du Sewol, mais également lors de la bousculade mortelle d’Hall (...)
- 48 Voir entre autres : Bidisha, « Shoko’s Smile by Choi Eunyoung Review – Intimate Connections and Pol (...)
- 49 Pour parvenir à cette résilience, définie comme « la capacité qu’a le psychisme humain […] de se dé (...)
- 50 Les rencontres, volontaires ou non, avec autrui, et la capacité de se réunir dans un même récit son (...)
- 51 Si la verbalisation, entendue comme le fait de « mettre des mots sur la douleur », ne fera pas à el (...)
- 52 Voir Marie Anaut, « Quête de sens et reconstruction résiliente après les traumatismes », in Victimo (...)
23Si chacune des deux nouvelles étudiées est unique dans sa manière de traiter du naufrage du Sewol, l’impression générale à la lecture reste la même : la souffrance partagée à travers le désarroi des personnages faisant face à des situations inévitables. Autrement dit, toutes les personnes, proches et moins proches des victimes, sont marquées par le même trauma, par le même malaise et la même difficulté à faire la part des choses. À travers ces nouvelles, il est question de montrer que malgré l’apparente solitude de chacun, tous peuvent être unis par une même empathie envers autrui. Même si cela demande des efforts. Le premier exemple à suivre parmi nos personnages, celui qui peut servir de guide dans l’ouverture à autrui, c’est la mère de Michaela. Elle est toujours prête à s’ouvrir à autrui pour venir en aide à qui en a besoin. Ainsi, lorsqu’elle voit le père d’une victime sur son écran de télévision, cela suscite son empathie de maman et de chrétienne, ou tout simplement, d’être humain. « If only she could, she had wanted to push through the crowd to the man and at least give him a hug » (189). Elle ne connaît pas cet homme pour qui elle se prend néanmoins d’affection. Un peu plus tard dans le récit, elle prend soin de la vieille dame rencontrée pour la première fois au sauna. « “Ma’am, will you at least sleep on this towel ?” […] She covered the old woman’s small body with the large towel » (191). C’est pour elle un devoir de s’occuper d’autrui, en toute circonstance. Et cela se retrouve partout, même sur la place de Gwanghwamun. Pour elle, là-bas, que ce soit pour suivre la messe du pape ou pour se réunir et commémorer le naufrage du Sewol, tout le monde est rassemblé par des sentiments et des émotions communes. Cela contribue à créer une communauté d’empathie45, pour reprendre le terme de Lee Young-ho, capable de transcender la déstabilisation initiale liée au drame. C’est du moins le ressenti de la mère de Michaela, en pensant à la mère et la grand-mère de la Michaela disparue : « She hoped that the path lying ahead of them would not prove too long and arduous. That the world, so calm after savagely trampling on wounded hearts, would cause them no further hurt » (200). Si les difficultés ne sont pas évitables, elles peuvent être surmontées. En effet, tout est plus simple lorsque les autres sont présents, prêts à aider, puisque la communauté est retrouvée. C’est un élément important dans une situation de trauma collectif, où la communauté et la société dans son ensemble sont considérées comme symboliquement brisées46. Car comment faire confiance à une société menée par le capitalisme et incapable de protéger ses jeunes citoyens47 ? À cette question, Choi Eun-young répond qu’il faut faire preuve d’empathie envers autrui pour reconstruire les liens brisés. C’est ce que la majorité des critiques littéraires ayant travaillé sur la jeune autrice font ressortir48. Avec la communauté d’entraide nouvellement créée à travers ses œuvres, tant dans les interactions des personnages entre eux qu’avec les lecteurs, naît l’idée que la souffrance va enfin pouvoir s’apaiser, que les incertitudes vont enfin pouvoir être remplacées par des certitudes, par exemple celle de l’empathie, et que le trauma va enfin pouvoir être dépassé. C’est le moment de la résilience, qui se passe au niveau individuel49 comme collectif50. Celle-ci prend bien sûr du temps, mais elle est concrètement lancée à travers l’écriture de ces deux nouvelles. Le travail d’auteur est ainsi capital puisqu’il permet de verbaliser l’expérience traumatisante51, la sienne comme celle d’autrui, d’en faire un récit cohérent52. Ainsi, les deux nouvelles étudiées permettent de traiter du traumatisme du Sewol dans sa dimension collective, au-delà des seules victimes, et surtout, de proposer des clés pour aller de l’avant, avec un optimisme certain et engageant.
Notes
1 De nombreux articles de presse ont repris, inlassablement, et pendant plusieurs années, la chronologie des événements, heure par heure, et tout l’internet a partagé les dernières vidéos en provenance du navire. Voir Yonhap, « How the Ferry Sewol Sank and What It Means », The Korea Herald, 24 mars 2017, en ligne à l’adresse suivante : https://www.koreaherald.com/article/1278499 ; Sean Lavery, « The Sinking of the M.V. Sewol and the Confusion of Disasters », The New Yorker, 9 avril 2019, en ligne à l’adresse suivante : https://www.newyorker.com/news/news-desk/the-sinking-of-the-mv-sewol-and-the-confusion-of-disasters.
2 Sur les 476 passagers, 172 personnes, dont la majorité de l’équipage, furent sauvées, alors que 304 perdirent la vie, dont 250 lycéens. 5 corps n’ont toujours pas été repêchés.
3 La majorité des universitaires s’étant penchés sur la question condamne le système coréen dans son ensemble. Jong-sung You et Youn Min Park accusent ouvertement la corruption (voir Jong-sung You et Youn Min Park, « The Legacies of State Corporatism in Korea : Regulatory Capture in the Sewol Ferry Tragedy », Journal of East Asian Studies, vol. 17, no 1, mars 2017, p. 95-118) et Cho Haejoang le néolibéralisme (voir Cho Haejoang, « National Subjects, Citizens and Refugees : Thoughts on the Politics of Survival, Violence and Mourning following the Sewol Ferry Disaster in South Korea », in New Worlds from Below : Informal Life Politics and Grassroots Action in Twenty-First-Century Northeast Asia, Tessa Morris-Suzuki, Eun Jeong Soh [dir.], Canberra, ANU Press, 2017, p. 181). Autrement dit, il s’agirait d’une implication directe de l’état, « a state-made disaster ». Voir Juhn Young Ahn, Transgression in Korea : Beyond Resistance and Control, Ann Arbor, University of Michigan Press, 2018, p. 2.
4 Les manifestations populaires connues sous le nom de « révolutions des Bougies » ayant eu lieu entre novembre 2016 et mars 2017 sont en partie lancées par la rancœur nationale liée au naufrage du Sewol, qui ne sera jamais élucidé, et nourries par le scandale de corruption de la présidence. Elles se termineront par une demande de destitution de Mme Park, première dirigeante femme du pays, validée par la Cour constitutionnelle en mars 2017.
5 « Special Act on Investigating the Truth of the April 16 Sewol Ferry Disaster and Building a Safe Society », loi no 12843, 19 novembre 2014. Voir en ligne en anglais sur le site du Korea Law Translation Center : https://elaw.klri.re.kr/eng_mobile/viewer.do?hseq=38595&type=part&key=42.
6 Louis Crocq, Seize leçons sur le trauma, Paris, O. Jacob, 2012, p. 14.
7 Ibid., p. 31.
8 Malgré l’écran, l’effet sur les spectateurs équivaut à l’effet d’un témoin direct. Voir Allen Meek, « Trauma in the Digital Age », in Trauma and Literature, John Roger Kurtz (dir.), Cambridge, Cambridge University Press, 2018, p. 171.
9 Le langage littéraire permet de circonscrire l’expérience traumatisante, de manière directe ou non. Voir Joshua Pederson, « Trauma and Narrative », in Trauma and Literature, p. 99.
10 L’écriture du souvenir en lien avec un événement, notamment traumatisant, prend aussi en compte l’oubli et les blancs qui peuvent être volontaires. Voir María Jesús Martínez-Alfaro et Silvia Pellicer-Ortín, « Introduction : Memory Frictions – Conflict, Negotiation, Politics in Contemporary Literature in English », in Memory Frictions in Contemporary Literature, María Jesús Martínez-Alfaro, Silvia Pellicer-Ortín (dir.), Cham, Palgrave Macmillan, 2017, p. 3.
11 À titre d’exemple, et parmi les plus marquants, le recueil de poèmes Nous sommes tous le ferry “Sewol”, mené par le célèbre poète Ko Un (Ko Un et al., Nous sommes tous le ferry “Sewol”, Séoul, Silcheonmunhaksa, 2014 [en coréen]), l’ouvrage documentaire Impacts du ferry “Sewol” sur la société par le Comité d’avocats pour la démocratie (Comité d’avocats pour la démocratie, Impacts du ferry “Sewol” sur la société, Séoul, Saengakui kil, 2014 [en coréen]), le recueil d’essais d’écrivains Nation d’aveugles (Kim Ae-ran et al., Nation d’aveugles, Séoul, Munhakdongne, 2014 [en coréen]), et plus récemment, les récits des familles de victimes, De retour à vendredi (Association d’auteurs pour l’Association des archives du naufrage du ferry Sewol le 16 avril, De retour à vendredi, Séoul, Changbi, 2015 [en coréen]), ou le récit en bande dessinée de l’histoire d’un survivant, Seul (Kim Hong-mo, Seul, Séoul, Changbi, 2021 [en coréen]). Dans la totalité de l’article, nous traduisons en français les titres des ouvrages et articles en coréen que nous mentionnons.
12 Ko Un et al., Nous sommes tous le ferry “Sewol”. Présentation de l’ouvrage par l’éditeur. Librairie Kyobo en ligne : https://product.kyobobook.co.kr/detail/S000000635806. Dans la totalité de l’article, nous traduisons en français les citations en coréen.
13 Shin Hyung-chul, introduction du numéro spécial consacré au Sewol de la revue Munhakdongne, reprise comme présentation d’éditeur pour l’ouvrage Nation d’aveugles, voir note 11. Librairie Kyobo en ligne : https://product.kyobobook.co.kr/detail/S000000779109. La littérature reprend donc son rôle politique et engagé.
14 « 4.16 munhak », littéralement littérature du 16 avril, pour faire référence au jour du naufrage du Sewol. Cette nomenclature est modelée d’après la littérature du 18 mai (« 5.18 munhak »), pour faire référence au massacre de manifestants coréens civils par les militaires, alors qu’ils demandaient la fin de la dictature, à Gwangju, le 18 mai 1980, autre événement sordide de l’histoire de la Corée du Sud, qui a suscité un grand nombre d’œuvres littéraires. Voir Lucie Angheben, « De l’indicible du témoignage au non-dit de la fiction : vers une nouvelle représentation de Gwangju dans la littérature coréenne ? », Comparative Korean Studies, vol. 26, no 1, 2018, p. 173-211 [en coréen].
15 Pour ce qui est de la littérature coréenne en lien avec le Sewol en particulier, voir notamment Kim Hyoung-joong, « Littérature et témoignage : la littérature coréenne après le naufrage du ferry Sewol », Emotion Studies, no 12, 2016, p. 31-59 [en coréen].
16 Par exemple le roman au titre évocateur Les Mensonges du “Sewol”, en coréen keojitmalida, littéralement « c’est un mensonge », publié en 2016 et traduit en français en 2020 (Kim Tak-hwan, Les Mensonges du “Sewol”, François Blocquaux, Lee Ki Jung (trad.), Paris, L’Asiathèque, 2020), qui retrace le destin tragique d’un plongeur envoyé fouiller l’épave du Sewol, à la recherche de la vérité.
17 Que ce soit de manière directe, ou indirecte en employant, par exemple, des animaux ou des symboles. Voir Son Jeong-soo, « Figures des événements historiques actuels dans les fictions coréennes contemporaines : sur le thème du naufrage du ferry Sewol », The Journal of Korean Fiction Research, vol. 66, 2017, p. 173-199 [en coréen] et Kim Young-sam, « Apparitions de figures non humaines et désubjectivisation dans les fictions sur le ferry Sewol – être-animaux, zombies et la politique de la tristesse », Theses on Korean Literature, vol. 88, 2021, p. 405-440 [en coréen].
18 Choi Eun-young est née en 1984. Elle débute sa carrière littéraire en 2013, et publie son premier recueil de nouvelles, Le Sourire de Shoko en 2016 chez Munhakdongne [en coréen]. Chez le même éditeur, elle publie un second recueil en 2018 (Quelqu’un qui ne me veut aucun mal, Séoul, Munhakdongne, 2018 [en coréen]) puis un troisième en 2023 (Même cette lumière si pâle, Séoul, Munhakdongne, 2023 [en coréen]). Le recueil Le Sourire de Shoko a été traduit en anglais (Choi Eun-young, Shoko’s Smile, Sung Ryu [trad.], Londres, Penguin Books, 2021). Les critiques saluent la fraîcheur de son écriture et son intérêt pour les personnages féminins.
19 Voir Kim Kyeong-un, « Le pathos littéraire pour accueillir autrui : sur les œuvres de Choi Jin-yeong », lauréat du 14e prix des nouveaux critiques littéraires Cultura, Cultura, 1er avril 2020 [en coréen].
20 Voir Jeong Ju-a, « Les formes concrètes et la réalité : sur les œuvres de Kim Eom-ji et Choi Eun-young », The Quarterly Changbi, no 174, hiver 2016, p. 43-58 [en coréen].
21 Choi Eun-young, Shoko’s Smile. Par souci pratique, les citations sont issues de la traduction anglaise officielle (voir note 18). Les pages sont indiquées entre parenthèses.
22 Au fil des années la place de Gwanghwamun est devenue le symbole de toutes les batailles sociales et des rassemblements populaires. Elle a abrité les manifestations pour la démocratie, les sit-in pour la destitution de la présidente Park, la messe du pape François évoquée plus bas, les foules de supporters coréens venus soutenir l’équipe de football nationale… Pour ses implications en tant que « place publique » dans la littérature coréenne, voir Jin Ye-won, « L’imagination des visages sur la place », Seongdae Shinmun, 30 novembre 2020 [en coréen].
23 Les petits rubans jaunes, à la manière des rubans rouges pour le sida, sont devenus un symbole du naufrage du Sewol. Ils symbolisent d’abord l’espoir de retrouver des survivants, puis le souvenir des disparus. De nombreux lycéens et Coréens en portent sur leur sac aujourd’hui encore.
24 Il existe bien sûr d’autres lieux de commémoration et de mémoire, notamment à Ansan, au lycée Danwon, où les salles de classe des lycéens victimes de l’accident ont été transformées en musée souvenir (voir Choe Sang-Hun, « The Country Has Moved On but Their Grief Has No End », The New York Times, 8 juin 2022, et le site officiel du 4.16 Institute of Democratic Citizenship Education, avec visite virtuelle : https://www.goe416.go.kr/eng/menu3.php). C’est à Séoul que se rassemble le plus de monde.
25 Ainsi, même s’il n’est pas situé sur le lieu du drame, l’idée majeure est d’offrir un espace symbolique pour rassembler les personnes. Voir Paula Martín-Salván, « Public Art and Communal Space : The Politics of Commemoration in Amy Waldman’s The Submission », in Memory Frictions in Contemporary Literature, p. 88.
26 Événement réel qui permet de saisir le contexte historique de la nouvelle (période similaire à l’écriture). Le pape François s’est rendu en Corée du Sud en 2014 et a donné une grande messe publique sur la place de Gwanghwamun le 16 août, afin de béatifier Paul Yun Ji-chung et 123 martyrs.
27 Voir Luc Faucher, « Empathie, imagination et cinéma », in Prolifération des écrans, Louise Poissant, Pierre Tremblay (dir.), Québec, Presses de l’Université de Québec, 2008, p. 193.
28 Sur une terre mondialisée, les traumatismes ne peuvent plus être considérés comme limités à des frontières nationales. Ce qui est retransmis sur un écran en Corée l’est également sur les écrans des autres continents. Les crises et les traumas se mondialisent. Voir Cathy Caruth, « Globalization and the Theory of Trauma : A Conversation with Cathy Caruth », in Trauma and Literature in an Age of Globalization, Jennifer Ballengee, David Kelman (dir.), Londres – New York, Routledge, 2021, p. 31.
29 Voir Yang Kyeong-eon et al., « Discussion “Moi aussi j’étais là cette fois !”, fiction coréenne, hiver 2014 », Quarterly Munhakdongne, printemps 2015 [en coréen].
30 Ce n’est pas sans rappeler l’idée d’être « seuls ensemble » mise en lumière par la sociologue Sherry Turkle dans son ouvrage original et faisant référence à cette capacité pour les personnes d’être rassemblées en un même endroit, mais sans communiquer avec autrui, à cause de la prédominance des téléphones portables qui isolent les individus. Voir Sherry Turkle, Seuls ensemble : de plus en plus de technologies de moins en moins de relations humaines, Claire Richard (trad.), Paris, L’échappée, 2015.
31 « On April 16, 2014, the MV Sewol sank off the coast of South Korea, claiming the lives of 304 passengers, most of them high school students on a school trip to Jeju Island. […] To this day, the facts surrounding the sinking have not been fully investigated, and the bereaved families still demand answers » (Choi Eun-young, Shoko’s Smile, « Translator’s Note », p. 222). Puisque les autres nouvelles du recueil portent sur des thématiques variées, le lecteur ne s’attend pas à ce que deux nouvelles l’une à la suite de l’autre puissent faire référence à un même événement.
32 Ce qui n’est pas sans rappeler les attitudes des parents ayant perdu un enfant dans le naufrage qui sont racontées dans la presse, comme cette maman qui continue de payer le téléphone de son enfant et raconte se coucher sur son lit, en enlaçant son oreiller. Voir par exemple, Choe Sang-Hun, « The Country Has Moved On but Their Grief Has No End ».
33 La tristesse se développe avec l’impression de soudain se sentir plus proche de nos deux personnages. Voir Yang Jae-hun, « Choi Eun-young’s Secret », Jaeumgwamoeum, no 31, printemps 2016, p. 297-301 [en coréen].
34 Ce qui fait écho à un ouvrage bien particulier rassemblant des lettres de parents à leurs enfants disparus dans le naufrage du ferry, qui verra le jour quelques années plus tard, mettant l’accent sur l’affect. Voir Lee You-jin, « Collection of Handwritten Letters from Sewol Victims’ Families Published as a Book », Hankyoreh, 15 avril 2018 [en coréen].
35 Voir Yang Jae-hun, « Choi Eun-young’s Secret », p. 301.
36 Là encore, la traductrice explique en note pour les lecteurs anglophones que deux enseignants remplaçants sont morts en tentant de sauver les enfants mais qu’ils n’ont pas été indemnisés comme leurs collègues fonctionnaires. Voir Choi Eun-young, Shoko’s Smile, « Translator’s Note », p. 222.
37 Voir Michael Richardson, Gestures of Testimony : Torture, Trauma, and Affect in Literature, New York, Bloomsbury Publishing, 2016, p. 104.
38 La mémoire et ici le traumatisme qui la suscite fonctionnent de la même manière, avec dynamisme. Pour définir le traumatisme, Cathy Caruth parle d’une expérience qui se construit dans le vécu du traumatisme. Voir Cathy Caruth, « Globalization and the Theory of Trauma… », p. 11. Il en est de même pour la mémoire, le souvenir dudit trauma, qui se construit dans le temps et par les actions. Voir Silke Arnold-de Simine, « Trauma and Memory », in Trauma and Literature, p. 140. Michael Rothberg parle d’ailleurs de « multidirectional memory » permettant une constante remise en question et (re)création de la mémoire. Voir Michael Rothberg, Multidirectional Memory : Remembering the Holocaust in the Age of Decolonization, Stanford, Stanford University Press, 2009, p. 3. Ainsi, écrire sur la manière dont l’événement se reçoit et est gardé en mémoire par les Coréens participe de la création de la mémoire du Sewol.
39 Et à passer de l’écriture d’une mémoire individuelle à l’écriture d’une mémoire collective, conçue selon Paul Ricoeur comme « recueil de traces laissées par les événements qui ont affecté le cours de l’histoire des groupes concernés », notamment en mettant « en scène ces souvenirs communs à l’occasion de fêtes, de rites, de célébrations publiques » (Paul Ricœur, La Mémoire, l’histoire, l’oubli, Paris, Seuil, 2000, p. 145).
40 Que ce soit face au naufrage du Sewol (où des lycéens sont morts) ou face à la bousculade mortelle d’Halloween qui a endeuillé Séoul en octobre 2022 (où des lycéens et jeunes adultes sont morts). Voir par exemple Soo Youn, « In Halloween Crush, South Koreans See Young People Being Failed Again », NBC News, 7 novembre 2022, en ligne à l’adresse suivante : https://www.nbcnews.com/news/world/south-korea-halloween-crush-mourning-rcna55854.
41 Les histoires inspirées des faits réels des années 1960-1980 en Corée, et qui ont constitué le ciment d’un pan entier de la littérature engagée de l’époque, dont la littérature du 18 mai mentionnée plus haut est un exemple.
42 Il s’agit d’un travail progressif en plusieurs étapes. Voir Michel Hanus, « Le travail de deuil », in Le Deuil, Nadine Amar, Catherine Couvreur, Michel Hanus (dir), Paris, PUF, 2005, p. 17.
43 Elle reste bloquée à la toute première étape du travail de deuil, le déni (ibid., p. 20-21).
44 Les écrivains n’ont d’autres choix que de réagir à l’événement et de se faire la voix des disparus. Voir Chung Eun-gwi, « “Tough as Ox Tendons” : Korean Literature and Returning Catastrophe », World Literature Today, mars 2017, en ligne à l’adresse suivante : https://worldliteraturetoday.org/2017/march/tough-ox-tendons-korean-literature-and-returning-catastrophe-eun-gwi-chung.
45 Gonggam gondongche, littéralement une communauté qui partage les mêmes émotions, ce qui permet d’avancer vers la guérison et de faciliter le travail de deuil. Voir Lee Young-ho, « La littérature pour la guérison d’une société du risque et le trauma collectif : sur la littérature coréenne après le naufrage du ferry Sewol », Revue d’éthique sociale chrétienne, no 48, 2020, p. 217-255 [en coréen].
46 Michel Delage, « Psychothérapie des victimes. Approche systémique », in Victimologie : évaluation, traitement, résilience, Roland Coutanceau, Carole Damiani (dir), Malakoff, Dunod, 2018, p. 191.
47 La question se pose lors du naufrage du Sewol, mais également lors de la bousculade mortelle d’Halloween 2022 à Itaewon, Séoul. Voir note 40.
48 Voir entre autres : Bidisha, « Shoko’s Smile by Choi Eunyoung Review – Intimate Connections and Political Backdrops », The Guardian, 10 août 2021, en ligne à l’adresse suivante : https://www.theguardian.com/books/2021/aug/10/shokos-smile-by-choi-eunyoung-review-intimate-connections-and-political-backdrops ; Walter Sim, « Book Review : Shoko’s Smile Tells Poignant Stories of South Korean Women », The Straits Times, 15 janvier 2022, en ligne à l’adresse suivante : https://www.straitstimes.com/life/arts/book-review-shokos-smile-tells-poignant-stories-of-south-korean-women ; Park Boram, « Writer Choi Eun-young Exposes Undercurrents of Korean Society with Soft Touch », Yonhap News, 19 juin 2019, en ligne à l’adresse suivante : https://en.yna.co.kr/view/AEN20190619006700315 ; Park Sang-jun, « Critique de “Michaela” de Choi Eun-young : cette petite route menant au ferry Sewol », in Romans à commenter 2016, Association des chercheurs en fiction contemporaine coréenne (dir.), Séoul, Pureunsasang, 2016, p. 349-374 [en coréen] ; Jin Ki-hwan, « Une communauté d’émotions partagées et de retour sur soi-même – critique de Choi Eun-young », Donga Shinchunmunye, 2021 [en coréen] ; Seo Yeong-chae, « Un récit tout en douceur et en lumière, Le Sourire de Shoko de Choi Eun-young », in Un jardin d’amitié, Séoul, Munhakdongne, 2022, p. 283-302 [en coréen].
49 Pour parvenir à cette résilience, définie comme « la capacité qu’a le psychisme humain […] de se dégager des effets d’un trauma pour récupérer un équilibre satisfaisant », les psychiatres mettent l’accent sur l’accompagnement direct des personnes traumatisées (dans le sens psychanalytique du terme), qui peuvent « bénéficier du soutien de [leur] entourage, familial, professionnel et social ». Voir Louis Crocq, Seize leçons sur le trauma, p. 178 et p. 183.
50 Les rencontres, volontaires ou non, avec autrui, et la capacité de se réunir dans un même récit sont des points majeurs. Voir Michel Delage, « Psychothérapie des victimes… », p. 193-194. À l’intérieur de la nouvelle, on retrouve ces rencontres entre personnages et on rassemble des points de vue d’autres Coréens sur l’événement.
51 Si la verbalisation, entendue comme le fait de « mettre des mots sur la douleur », ne fera pas à elle seule passer la difficulté du deuil ou de l’expérience traumatisante, « le récit permet une nouvelle mobilité psychique ». Voir Laurie Laufer, L’Énigme du deuil, Marie-José Mondzain (préf.), Paris, PUF, 2006, p. 21 et p. 31. C’est donc une étape nécessaire pour cheminer vers la résilience.
52 Voir Marie Anaut, « Quête de sens et reconstruction résiliente après les traumatismes », in Victimologie : évaluation, traitement, résilience, p. 245.
Haut de pagePour citer cet article
Référence papier
Lucie Angheben, « La littérature coréenne et le naufrage du Sewol : surmonter le traumatisme par la fiction », Elseneur, 40 | 2025, 175-192.
Référence électronique
Lucie Angheben, « La littérature coréenne et le naufrage du Sewol : surmonter le traumatisme par la fiction », Elseneur [En ligne], 40 | 2025, mis en ligne le 25 juillet 2025, consulté le 11 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/elseneur/2892 ; DOI : https://doi.org/10.4000/14fn7
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