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Comptes rendus

Les Trois Médinas. Tunis, Alger, Fès, de Alexandre Orloff et Salah Stétié

Charlotte Jelidi
Bibliographical reference

Paris, Imprimerie Nationale Éditions, 2011, 299 pages.

Full text

  • 1 Salah Stétié est un poète qui, parallèlement à ses activités d’artiste, mena une carrière de diplom (...)

1Tout au long des 299 pages de ce beau livre, Salah Stétié conduit le lecteur dans un voyage au cœur de trois médinas nord-africaines : Tunis, Alger et Fès. Il s’agit d’un voyage poétique1 illustré par une riche iconographie composée d’une centaine de photographies prises dans les années 1980 à Alger, Fès et Tunis par Alexandre Orloff, en mission pour l’UNESCO. Par l’anachronisme de certains commentaires, allié à l’ancienneté des clichés, cet ouvrage offre une description désuète des médinas.

2Salah Stétié ouvre son propos par des généralités, définissant ce qu’il considère être « l’essence » de la « médina » maghrébine, lui attribuant des spécificités formelles, décrivant l’ambiance caractéristique qui, selon lui, y règne, relevant les particularités de ses activités, et soulignant son rôle historique aux moments des décolonisations, etc. Il aborde également l’environnement bâti des villes anciennes, pour dénoncer leur modernité « absurde », précisant toutefois que « les immeubles en béton comme amoncellement de boîtes chez un chausseur […] » permettent aux médinas d’être mises en valeur, grâce à un contraste esthétique entre les deux ordres urbains : celui des médinas et celui des quartiers environnants. Dans un second chapitre, l’auteur s’attache à montrer les caractéristiques communes des palais et belles demeures nord-africaines. Puis, Salah Stétié consacre un chapitre à chacune des médinas qu’il a retenues, « les décrivant l’une après l’autre comme on parle en dormant sans trop savoir ce que l’on dit, alors que la parole visite l’incohérence et que celle-ci, à chacun des pas du promeneur, s’organise en de la cohérence, collier rompu qui renfile ses propres perles » (p. 19). Il évoque alors les principaux monuments que renferment chacune de ces médinas : mosquées, médersas, palais, mausolées, zaouïas, bibliothèques, mais aussi souks et savoir-faire artisanaux, voire parfois quelques grands personnages qui y vécurent (Ibn Khaldoun à Tunis). On peut regretter que Salah Stétié mentionne peu, voire pas, les grands travaux urbanistiques qui y ont été réalisés, ni les monuments remarquables construits dans les médinas maghrébines au XXe siècle – on pense notamment à la bibliothèque de la Karaouiyine érigée par Jacques Marmey à Fès dans les années 1930, ou à la reconstruction du quartier de la Hafsia, à Tunis. Mais le propos de l’ouvrage n’est pas de montrer les médinas telles qu’elles sont aujourd’hui ; le voyage que nous propose Salah Stétié est partiel, partial et onirique. L’auteur emprunte parfois au folklore, multipliant les références aux Mille et Une Nuits ou à Ali Baba et les quarante voleurs. Si les monuments et les artisanats qui font en partie la richesse patrimoniale des lieux sont décrits avec subtilité, le lecteur peut tout de même regretter une vision très aseptisée des médinas. Le délabrement de ces espaces de vie n’est qu’entrevu, voire éludé, de même que la réalité sociale des lieux, comme, par exemple, le travail des enfants dans les souks de Fès. Sur un autre plan, le lecteur peut s’étonner des références multiples à la religion, dont on ne voit pas bien ce qu’elles apportent au propos, notamment lorsque Salah Statié écrit : « Il n’est d’autre dieu qu’Allah et Mohamed est son Prophète » : la cause est entendue, et « mes médinas qui sont des concentrées de villes, c’est-à-dire des mondes, attestent que Dieu, ainsi que le souligne le verset du Coran dès la Fatiha, autrement dit l’ouverture – prière de tous les instants et de toutes les circonstances –, est avant tout le Maître des mondes » (p. 15). Reste qu’il faut prendre cet ouvrage pour ce qu’il est : « un grand livre d’images ».

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Notes

1 Salah Stétié est un poète qui, parallèlement à ses activités d’artiste, mena une carrière de diplomate : il fut ambassadeur du Liban au Maroc et délégué permanent du Liban à l’UNESCO, organisme au sein duquel il participa au sauvetage des monuments de Nubie.

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References

Electronic reference

Charlotte Jelidi, “Les Trois Médinas. Tunis, Alger, Fès, de Alexandre Orloff et Salah Stétié”, Les Cahiers d’EMAM [Online], 27 | 2015, Online since 15 December 2015, connection on 07 October 2026. URL: http://journals.openedition.org/emam/1161; DOI: https://doi.org/10.4000/emam.1161

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About the author

Charlotte Jelidi

Historienne de l’art, Post-doctorante, UMR 7324 CITERES, Équipe EMAM, Université de Tours & CNRS

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