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2026

Repenser le foncier rural au Maghreb. Appropriation, individualisation et accaparement de la terre au Maroc et en Tunisie
de Mohammed Benidir et Irène Carpentier (dir.)

Olivier Legros
Référence(s) :

Rabat, Centre Jacques-Berque, 2025, 248 pages

Texte intégral

1Si la ville et l’urbanisation sont bien présentes en -plan de Repenser le foncier rural au Maghreb. Appropriation, individualisation et arrière accaparement de la terre au Maroc et en Tunisie, c’est, comme son titre l’indique, sur le foncier rural que porte cet ouvrage collectif publié par le Centre Jacques Berque (Rabat) à l’automne 2025. Mohammed Benidir et Irène Carpentier, les deux directeurs de ce travail, sont respectivement maître de conférences habilité en sociologie et en anthropologie à l’Institut national d’aménagement et d’urbanisme (INAU-Rabat) et chercheure en géographie au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD-Montpellier). Dans cet ouvrage, qui fait suite à un colloque international (Leibniz-Zentrum Moderner Orient, Berlin, septembre 2018), les onze contributeurs, parmi lesquels on compte des géographes, des sociologues et des anthropologues ainsi qu’une historienne et un ethnobotaniste, se concentrent sur la question foncière au Maghreb « post-2011 ». Ils cherchent notamment à éclairer la diversité des « processus […] d’appropriation privée des terres et de l’eau, ancrés dans des histoires agraires, politiques et foncières spécifiques en même temps que des modalités variées de contestation et de résistance » (Lavigne-Delville, préface, p. 18), privilégiant à cet effet deux approches : 1. les trajectoires foncières dans la durée (approche historique) afin de mettre en perspective les évolutions récentes, et 2. l’analyse des formes de résistance, de négociation et/ou d’adaptation des acteurs locaux, principalement les paysans et les travailleurs agricoles face à l’accaparement des terres [land grabbing], un phénomène qui, dans bien des cas, s’accompagne de l’accaparement de l’eau [water grabbing]. Les contributeurs s’intéressent aussi aux effets des processus d’appropriation foncière et des résistances qu’ils suscitent, sur la dynamique foncière (répartition des terres) et sur la société locale.

2Si deux contributions peuvent être considérées comme des articles de synthèse, très bien venus d’ailleurs, sur les trajectoires foncières et leurs effets au Maroc (Mahdi, chap. I) et en Tunisie (Gana, chap. III), les autres sont des études de cas centrées sur les dynamiques foncières locales et les conflits qui y sont liés. Les terrains sont variés, puisque les études vont des périphéries des métropoles de Tunis et de Rabat aux régions présahariennes (Tozeur dans le Sud tunisien, Imider dans le Sud-Est marocain) en passant par la montagne marocaine : le massif d’Oulmès, dans le Maroc central, et la zaouïa de Sidi Hamza, dans le Haut Atlas oriental.

Trajectoires foncières

3Bien sûr, la colonisation a profondément marqué les trajectoires foncières. Les auteurs rappellent que les terres les meilleures, c’est-à-dire les plus fertiles et les plus riches en eau, ont été accaparées par les autorités coloniales, puis vendues ou concédées aux colons. Ils insistent aussi sur deux autres mesures, peut-être moins connues mais aux effets déterminants : la domanialisation des terres tribales ou communautaires et leur classement en « terres collectives ». Cette mise sous tutelle des acteurs étatiques a remis en question les régulations coutumières, dont le fonctionnement est d’ailleurs très bien documenté dans les contributions sur les systèmes fonciers dans le Haut Atlas oriental (Mourou et al., chap. VI). Elle a aussi contribué à la constitution du capital foncier que les États vont, par la suite, pouvoir, soit faire fructifier, soit distribuer ou concéder à des fins de développement économique et/ou de régulation sociale.

4Si la colonisation constitue une rupture dans les trajectoires coloniales, l’assertion doit toutefois être relativisée car l’accaparement des terres tribales est une pratique bien plus ancienne, comme le souligne Mohamed Mahdi en indiquant à la suite d’un autre chercheur, Grigori Lazarev, qu’au Maroc les terres tribales sont un « réservoir de terres » que le souverain concède « aux personnages et aux groupes influents de son règne » (Mahdi, chap. I, p. 47). En Tunisie, les pratiques sont les mêmes qu’au Maroc, selon Beya Abidi (chap. II). Celle-ci montre bien en effet que dans les campagnes autour de Tunis, les terres non exploitées ou déclarées comme telles par les autorités en place ont été systématiquement intégrées au domaine du Bey pour être ensuite concédées à des acteurs privés contre le versement régulier de redevances.

5Pratique ancienne, actualisée pendant la colonisation, l’accaparement des terres se poursuit après les indépendances. Il concerne les terres coloniales, dont une bonne partie va passer aux mains des notables ruraux et des bourgeoisies urbaines (voir les chapitres I et V pour des données chiffrées). L’ampleur de ce vaste mouvement de privatisation ne doit pas toutefois masquer l’ampleur des nationalisations qui font d’ailleurs que dans un pays comme la Tunisie, l’État est devenu le plus grand propriétaire foncier, dans les secteurs les plus fertiles qui plus est (Gana, chap. III). Les réformes néolibérales des années 1980 et 1990 vont intensifier le processus d’accaparement en permettant aux acteurs étatiques, en Tunisie notamment, de privatiser la gestion des coopératives mises en place dans les années 1960, et de la confier à des promoteurs privés (ibid.). Au Maroc, M. Mahdi montre bien comment les programmes initiés par le pouvoir royal à la fin des années 2000 ont, dans une dynamique similaire, accéléré les processus d’accaparement des terres collectives en autorisant les investisseurs privés à accéder au foncier au sein des grands projets de développement agricole (chap. I).

6La privatisation des terres ne concerne toutefois pas exclusivement les détenteurs de capitaux privés. D’une part, sur les terres collectives, les ayants droit, c’est-à-dire, selon la loi de 1919, « les membres des collectivités ethniques juridiquement propriétaires de ces terres » (Mahdi, chap. I, p. 60) cherchent volontiers à transformer les anciens droits d’usage en droits de propriété. Quant aux femmes et aux étrangers qui sont privés du droit d’usage par la coutume, elles et ils vont chercher à se voir reconnaître comme ayants droit afin d’accéder aux terres en question. D’autre part, les réformes foncières, en particulier celles engagées à la fin des années 1960, ont été l’occasion de « redistributions sociales » lesquelles ont « jeté les bases d’un processus de paysannisation dans différentes régions de la Tunisie » (Gana, chap. III, p. 114), avant que les réformes néolibérales ne favorisent le désengagement de l’État au profit des investisseurs privés, ce qui a entraîné, dans la foulée, la disparition de nombreux emplois et avantages liés aux coopératives, et la montée des revendications de justice sociale et de droits fonciers parmi les petits paysans et les travailleurs agricoles (ibid., p. 117-118).

Résistances locales : l’empilement des normes et des structures

7De fait, en Tunisie comme au Maroc, les accaparements fonciers constituent aux yeux des sociétés paysannes une forme de dépossession. Les chercheurs rassemblés par Mohammed Benidir et Irène Carpentier montrent bien la pluralité des formes de résistance. Celles-ci vont de l’abandon de l’agriculture – qui peut être assimilé à une sorte de résistance passive ou, en tout cas, de refus de la collectivisation dans la Tunisie des années 1960 (Gana, chap. III) –, aux occupations de grands domaines post-2011 (ibid.) et aux sit-in, par exemple pour contester l’exploitation des eaux souterraines par la mine d’argent d’Imider, dans le Sud-Est marocain (Benidir, chap. IV). Au Maroc comme en Tunisie, on observe des actes violents, en particulier dans ce dernier pays, avec, au lendemain de la chute du régime de Ben Ali en janvier 2011, des pillages et des destructions « dans plus d’une centaine de fermes », selon A. Gana (chap. III, p. 119).

  • 1 Blundo G., 1998, Élus locaux, associations paysannes et courtiers du développement au Sénégal : une (...)
  • 2 Voir, entre autres, Legros O., 2003, Le gouvernement des quartiers populaires. Production de l’espa (...)

8Les dynamiques observées par les auteurs de Repenser le foncier rural au Maghreb rappellent l’« empilement des normes et des structures » que Giorgio Blundo a mis au jour dans sa recherche sur les campagnes sénégalaises1, mais que l’on remarque aussi en milieu urbain2. Cela se traduit d’abord par l’élargissement des oppositions locales avec, à côté des notables, l’affirmation des jeunes, éventuellement diplômés (Benidir) et des femmes (Mahdi). Ensuite, les militants réactivent des structures anciennes comme la Jemaa – instance délibérative dans les sociétés rurales précoloniales – pour réclamer leurs droits et négocier avec les autorités. Mais, à ces structures s’en ajoutent d’autres, plus récentes, comme les associations, qui, parce qu’elles appartiennent au « registre formel » (Benidir) s’imposent pour dialoguer avec les pouvoirs en place. Une autre dynamique repérée est la diversification des enjeux puisqu’aux revendications matérielles principalement portées par les notables, les « jeunes » vont en ajouter d’autres liées à la citoyenneté, au cadre de vie et aux biens communs, ce qui inscrit les mobilisations locales dans un processus de « montée en généralité » (Neveu, cité par Benidir, chap. IV). On notera enfin la complexification des formes de cadrage de l’action collective, les opposants mobilisant aussi bien le registre du droit que celui de de la science et de l’expertise dans leurs rapports avec les pouvoirs publics.

  • 3 Cefaï D., 2001, « Expérience, culture et politique », p. 93-116, in Cefaï D. (dir.), Cultures polit (...)

9Au bout du compte, l’accaparement foncier est tout sauf une affaire simple, compte tenu des oppositions locales. Et c’est sans doute l’un des principaux apports de cet ouvrage que de documenter les pratiques de résistance en mettant au jour non seulement leur diversité mais aussi leur modernité. En effet, les groupes locaux, en tout cas certains d’entre eux, n’hésitent pas à instrumentaliser des éléments de langage et de cadrage issus du droit ou de la science et de l’expertise et à s’allier à des acteurs extérieurs, forces politiques, société civile ou intellectuels. Ils s’inscrivent également dans la « culture politique », au sens du sociologue Daniel Cefaï, c’est-à-dire la « grammaire du pouvoir et de la loi »3. Sans doute, en agissant ainsi, les sociétés paysannes réussissent-elles à mettre des bâtons dans les roues des investisseurs privés et des autres acteurs dominants mais jusqu’à quel point ?

Effets des luttes, effets de l’accaparement

  • 4 Kerrou M., 2021, Jemna, l’oasis de la révolution, Tunis, Ceres Éditions.

10En effet, à en croire les auteurs de Repenser le foncier rural au Maghreb, les résultats des luttes locales sont plutôt mitigés. A. Gana a sans doute raison de souligner qu’il n’existe pas de « sens » de l’histoire (chap. III, p. 125) car celle-ci résulte de rapports de force à l’issue incertaine ; il n’en reste pas moins que la balance penche sans doute en faveur des dominants. Sur les centaines d’exploitations occupées au lendemain de la révolution de 2011, combien sont encore aux mains des « squatteurs », c’est-à-dire des petits paysans, des travailleurs agricoles ou des paysans sans terre ? Certes, il y a bien le cas de la palmeraie de Jemna (Sud tunisien), appartenant au domaine public, concédée à un entrepreneur sous le régime de Ben Ali, puis occupée par les habitants après la chute de celui-ci. Mais l’« oasis de la révolution »4 ne constitue-t-elle pas l’exception plutôt que la règle ? L’expérience de Jemna a peut-être fait des émules avec la loi sur l’économie sociale et solidaire votée en 2018, mais on peut se demander si cette loi exprime une réorientation effective des politiques économiques après le tournant néolibéral des années 1980 et 1990 ou si elle ne constitue pas seulement une réponse aux occupants des terres domaniales et à leurs alliés au sein de l’espace politico-médiatique. Quoiqu’il en soit, dans les autres cas analysés dans Repenser le foncier rural au Maghreb, les acteurs dominants se taillent, si je peux dire, la part du lion : ils s’approprient ou se voient déléguer les plus grandes superficies et les terres les plus fertiles ; ils bénéficient aussi bien souvent des aides publiques à la production (prêts, équipements, formations). Tout au plus observe-t-on quelques arrangements ici ou là. Ces derniers portent, soit sur des emplois précaires, sans doute dans une logique de patronage et de régulation sociale (Benidir, chap. IV, à propos de la mine d’argent d’Imider), soit sur des terres. Et encore ne s’agit-il dans ce dernier cas que de la portion congrue, comme le souligne M. Mahdi à propos des projets d’extension des palmeraies dans la région du Drâa-Tafilalet (chap. I).

11Aussi peut-on, avec l’anthropologue marocain, penser que les transformations foncières actuelles renforcent un système dual avec, dans le cas des projets dans la région du Drâa-Tafilalet, « d’un côté […] une agriculture moderne de firme, pourvue en moyens financier, technique et managérial ; de l’autre […], de petites exploitations de 5 ha, développées par les ayants-droits, dépourvus des moyens suffisants pour mettre en place des projets agricoles viables » (Mahdi, chap. I, p. 71). Un tel constat ne doit-il pas masquer la diversité des situation locales cependant. I. Carpentier, dans son chapitre sur Tozeur (chap. VII), montre bien par exemple la pluralité des trajectoires foncières compte tenu, non seulement de la diversité des acteurs impliqués et des activités (agriculture, tourisme), mais aussi des différences physiques, qui imposent en particulier une forte dispersion de la propriété au sein de la palmeraie.

12Loin, c’est le moins qu’on puisse dire, d’aboutir à une réduction des inégalités sociales, les évolutions récentes n’en ont pas moins des effets de recomposition sociale, lesquels sont très bien documentés dans Repenser le foncier rural au Maghreb. Dans les transformations en cours, je remarque que la ville n’est jamais absente. D’abord, ce sont des citadins qui, la plupart du temps, font main basse sur les terres, qu’il s’agisse des anciennes terres coloniales ou de terres collectives. Ce sont encore les élites urbaines qui se trouvent à la tête des grandes exploitations, à l’image des ingénieurs et des promoteurs privés auxquels l’État tunisien décidera de confier la gestion des domaines publics à la fin du xxe siècle (A. Gana, chap. III). Cette domination urbaine s’accompagne de l’introduction de nouvelles cultures marchandes – lavandin et pommiers dans les montagnes marocaines dès la colonisation (Karroud et al., chap. V), agroforesterie biologique dans la région de Rabat ces dernières années (Loqmane, Aderghal, chap. VIII) – ainsi que de nouveaux usages (les résidences secondaires, les activités de loisirs, la spéculation immobilière à la périphérie des grandes métropoles) et de nouveaux rapports de production avec, presque partout, la diffusion du salariat et/ou de formes renouvelées de fermage et de métayage. Aussi les sociétés locales se transforment-elles, avec l’apparition et la montée en puissance de nouvelles figures locales comme l’agriculteur-citadin que décrivent bien Saida Loqmane et Mohamed Aderghal dans leurs travaux sur l’arrière-pays de Rabat (chap. VIII). Dans le chapitre introductif, M. Benidir et I. Carpentier esquissent une typologie possible des « nouveaux » ruraux parmi lesquels on retrouve des paysans sans alternative, des citadins ayant fait le choix de s’installer à la campagne, des investisseurs dans l’agriculture, sans oublier les émigrés de retour, des retraités, mais aussi de plus jeunes.

Questions en suspens

13Les campagnes tunisiennes et marocaines sont donc le siège d’intenses recompositions que les auteurs de Repenser le foncier rural au Maghreb analysent sous le prisme de transformations foncières et des oppositions locales à l’accaparement, une dynamique généralement impulsée par des investisseurs privés extérieurs à la société locale avec le concours des pouvoirs publics. On ne peut qu’être convaincu par les mises en perspectives historiques, lesquelles permettent de mettre en avant les continuités (dont la pratique de l’accaparement fait assurément partie !) et les bifurcations, ainsi que les conflits en lien avec l’histoire foncière, souvent heurtée compte tenu des oppositions locales et des rapports de force. On ne peut qu’apprécier la finesse des études de cas rassemblées dans Repenser le foncier rural au Maghreb, des études qui, parce qu’elles s’appuient sur une connaissance fine des réalités locales tout en privilégiant l’analyse située, permettent d’analyser dans le détail les rapports de force et les relations de pouvoir tout en précisant les effets de contexte. Au terme de ma lecture, je voudrais mentionner quelques questions qui, de mon point de vue, restent en suspens, afin d’engager la discussion avec les auteurs et, pourquoi pas, de suggérer des pistes de recherche.

  • 5 Fautras M., 2021, Paysans dans la révolution. Un défi tunisien, Paris/Tunis, Karthala/IRMC.

14L’analyse située est sans doute d’un grand apport mais elle a aussi ses limites. En effet elle favorise peu la montée en généralité. Or, le lecteur aimerait pouvoir trancher à propos de l’accaparement foncier. Dans leurs contributions, plusieurs chercheurs laissent penser qu’il s’agit, au Maroc et en Tunisie, comme dans d’autres régions du monde d’ailleurs (voir entre autres Choquer, 2012, cité par M. Mahdi, chap. I), d’un phénomène massif, mais qu’en est-il exactement ? Quelles sont les superficies concernées ? Y a-t-il, en dehors des périphéries métropolitaines où la domination urbaine s’exerce fortement, des régions qui seraient plus concernées que d’autres par l’accaparement des terres ? En Tunisie, cela semble être le cas de la région de Sidi Bouzid5, mais le constat vaut-il pour toutes les campagnes tunisiennes et marocaines ?

15Quelles sont, dans ces cas précis, les conditions de possibilité et les processus de l’accaparement ? Alors que les auteurs de Repenser le foncier rural au Maghreb analysent dans le détail les pratiques de résistance à l’accaparement, ils s’étendent moins, me semble-t-il, sur les mécanismes de l’accaparement, sans doute parce que l’accès au foncier est un sujet très sensible, qui nécessite, pour cette raison, de prendre un maximum de précautions pour en parler, au risque peut-être de s’autocensurer. Quoiqu’il en soit, la question demeure : comment les élites urbaines et nationales parviennent-elles concrètement à faire main basse sur les terres collectives ?

16Enfin, quelles sont les trajectoires des acteurs impliqués dans les transformations foncières locales ? Celles des investisseurs, bien sûr, l’enjeu de la recherche étant alors d’expliciter les logiques d’investissement tout en suivant de près la circulation du capital des villes vers les campagnes productives et vice versa. Mais la focale peut aussi être mise sur les trajectoires de ceux qui se trouvent marginalisés par les processus en cours, c’est-à-dire les petits paysans, les travailleurs agricoles et les paysans sans terre. Loin d’être passifs, ces derniers peuvent, grâce à l’action collective – les occupations de grands domaines en Tunisie par exemple – occuper pendant un temps le devant de la scène médiatique, mais que deviennent-ils par la suite, alors que les opportunités économiques sont de plus en plus rares et que les moyens, je pense en particulier au capital foncier et aux ressources hydriques, s’amenuisent progressivement et que les dettes s’accumulent ?

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Notes

1 Blundo G., 1998, Élus locaux, associations paysannes et courtiers du développement au Sénégal : une anthropologie politique de la décentralisation dans le sud-est du bassin arachidier (1974-1995), Thèse de doctorat, Université de Lausanne, Faculté des sciences sociales et politiques.

2 Voir, entre autres, Legros O., 2003, Le gouvernement des quartiers populaires. Production de l’espace et régulation politique dans les quartiers non réglementaires de Dakar (Sénégal) et de Tunis (Tunisie), Thèse de doctorat, Université de Tours.

3 Cefaï D., 2001, « Expérience, culture et politique », p. 93-116, in Cefaï D. (dir.), Cultures politiques, Paris, PUF.

4 Kerrou M., 2021, Jemna, l’oasis de la révolution, Tunis, Ceres Éditions.

5 Fautras M., 2021, Paysans dans la révolution. Un défi tunisien, Paris/Tunis, Karthala/IRMC.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Olivier Legros, « Repenser le foncier rural au Maghreb. Appropriation, individualisation et accaparement de la terre au Maroc et en Tunisie
de Mohammed Benidir et Irène Carpentier (dir.) »
, Les Cahiers d’EMAM [En ligne], Comptes-rendus d’ouvrages publiés, mis en ligne le 27 mai 2026, consulté le 05 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/emam/7306 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16a9n

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