1Les géographes ont donné le nom de Dorsale tunisienne à la ligne de reliefs orientée sud-ouest nord-est qui sépare assez nettement le Haut Tell de la Steppe. Cette dorsale prolonge vers le nord-est les chaînes algériennes du système de l’Atlas Saharien dont elle conserve l’orientation générale et semble se continuer jusque dans les collines du Cap Bon qui appartiennent cependant à un autre système. Depuis le nord-est l’axe de la Dorsale est jalonné par les anticlinaux de calcaire extrusif liasique comme les Jbels Zaghouan* (1295 m) et Fikrine, puis par des reliefs taillés de calcaire récifal du Bargou, du Serdj, ou le synclinal perché éocène du Berbou, puis par les anticlinaux dissymétriques de calcaire crétacé des Jbels Tioucha, Semama (1314 m) et Chambi (1544 m) qui est le sommet culminant de la Tunisie.
2Ce bloc de hautes terres vigoureusement plissées, d’une altitude moyenne dépassant souvent 1000 m, s’abaisse progressivement vers le nord-est où, cependant se dressent encore, au nord du Zaghouan, des sierras hardies de calcaire liasique, tels les Jbel Ressas (qui doit son nom aux mines de plomb) et le djebel Bou Kornin dont le relief caractéristique est inséparable du paysage carthaginois ou tunisois.
3La région septentrionale, celle dominée par le Jbel Zaghouan (chaîne appelée « zeugitane » par certains auteurs), servit de château d’eau aux agglomérations de Carthage puis de Tunis. Le grand nymphée du Zaghouan (le « Temple des eaux ») alimentait Carthage par le long aqueduc construit au iie siècle, à une époque plus récente les Jbels Jouggar et Bargou participèrent à l’alimentation en eau de Tunis.
4La région centrale de la Dorsale, qui fut occupée dès le Néolithique ancien (gisement de Kef el Guéria), est remarquable par les nombreux restes archéologiques se rapportant à la culture paléoberbère et numide. C’est dans la région de Maktar que se situent les plus importants monuments mégalithiques de l’Afrique du Nord. Aux nombreux dolmens* s’associent des monuments plus complexes, caractéristiques de cette région : dolmens à portique, monuments type Ellez, monuments type Maktar etc.
5Coupée de nombreuses dépressions souvent faillées (Zaghouan, Sbiba, Fous-sana...), la Dorsale tunisienne, bien que constituant une véritable échine topographique du pays, ne coupe pas la Tunisie du Tell (la Friguia, qui conserve le nom de l’antique Africa) de la Tunisie des steppes ; de temps immémoriaux les Nomades la traversèrent facilement et pacifiquement lorsque la société sédentaire restait vigilante, mais après les désordres qui suivirent l’irruption des Bédouins Hilaliens, les pays du Tell furent dans leur plus grande partie convertis, pour plusieurs siècles, au semi-nomadisme, tandis que quelques dècheras accrochées aux reliefs de la Dorsale conservaient difficilement un genre de vie sédentaire avant de s’agglomérer en village mieux organisés (La Kesra) et de fournir d’importants contingents à l’émigration vers Tunis ou l’étranger.
La Dorsale tunisienne ente Haut Tell et Haute Steppe.
1 : Régions au dessous de 200 m. 2 : de 200 à 1 000 m. 3 : au-dessus de 1 000 m. 4 : Limite de la Dorsale. D’après J. Despois et A. Raynal
Un aspect de la Dorsale à Kef el Guéria, au sud-est de Maktar. Photo G. Camps