1Dans le sud-ouest atlasique de la Tunisie, l’essor des recherches préhistoriques accompagna les prospections minières puis l’exploitation phosphatière de la région de Gafsa* après la découverte décisive du secteur de Métlaoui, le 18 avril 1885, par le géologue vétérinaire militaire et passionné de géologie, Ph. Thomas (1843-1910). Aujourd’hui, on peut observer in situ les formations géologiques de référence internationale qui constituent le « stratotype de la formation de Métlaoui ». Cet emplacement à l’ouest de Métlaoui est repérable à partir de l’entaille du flanc nord de l’anticlinal du Dj. Alima, créée par les gorges de l’Oued Seldja (Thomas 1885).
2Autour du quadrilatère minier formé par Redeyef-Moularès-Mdhila-Métlaoui et à l’occasion de l’extension de son développement économique (Brunet 1958), les prospections paléontologique et archéologiquese sont intensifiées dès cette période pionnière sur les chaînons des jebels Chouabine, Khanfous, Redeyef, Doukane Hamda qui prolongent ceux des Nemencha* en Algérie orientale frontalière. Plusieurs découvertes archéologiques ont conduit à ouvrir les premiers chantiers de fouilles. De nombreuses publications en témoignent (ouvrages, notes, cartes).
3Dans les dépôts archéologiques conservés sous abri ou en plein air, on a recueilli une panoplie documentaire de grande valeur accompagnant parfois les restes d’individus inhumés sur les lieux de leur séjour. Ce patrimoine culturel se rattache à l’Holocène et prolonge celui de périodes paléolithiques qui attestent d’une très ancienne anthropisation du territoire méridional tunisien (Balout 1955, Vaufrey 1955). Ainsi, dans la région de Redeyef diverses structures sociales de chasseurs puis de pasteurs semi-sédentaires et nomades ont été reconnues et continuent de servir de témoins-clé de genres de vie, répandus ailleurs au Maghreb oriental. L’originalité culturelle la plus remarquable de la région a reçu le nom de Capsien*. Elle s’est installée au début de l’Holocène comme majeure et typique en Tunisie centrale et en Algérie continentale orientale. Les sites parfois éponymes, comme ceux de Gafsa, des abris de Redeyef, de Moularès (abri Clariond et abri 402) et le site de Métlaoui (Jaatcha) etc., souffrent de nos jours des bouleversements topographiques consécutifs aux travaux de la Compagnie des Phosphates de Gafsa (CPG). Sur ce territoire consacré à l’exploitation économiquement décisive de cette ressource, le patrimoine culturel resté enfoui ou en surface n’est actuellement pas accessible aux archéologues, ni exploitable lorsqu’il subsiste (Saïdi, en préparation).
4La région de Redeyef est située à 70 km à l’ouest de la ville de Gafsa à la limite sud-ouest de la Tunisie centrale. C’est une zone transitoire entre la Tunisie centrale et le Sahara. Elle est bordée au sud par des reliefs peu élevés, orientés O-E. (Jebel Chouabine, Jebel Alim) qui culminent à 750 m et la séparent de la plate-forme saharienne. Elle est actuellement située dans une zone aride sous influence continentale et sillonnée par des oueds à drainage saisonnier. Cette région préhistorique du gouvernorat de Gafsa s’est individualisée alors que se développa l’exploitation de son bassin phosphatier. La première mine ouverte dans le secteur de Métlaoui, à 50 km environ de Redeyef, s’est accompagnée du repérage de plusieurs sites préhistoriques. On observa très tôt l’emplacement de certains en relation avec l’alternance de bancs calcaires durs et de marnes friables phosphatières. Ces marnes s’étant anciennement effondrées et creusées facilitèrent la formation de grands abris sous roche qui furent occupés durant l’Holocène. Les dépôts sédimentaires et anthropiques comblant ces anfractuosités témoignent en effet de l’installation des hommes préhistoriques dans ces abris. La singularité de la documentation archéologique s’imposant à l’analyse que firent trois savants venus examiner sur place les indices recueillis, aboutit à la caractérisation des principales cultures préhistoriques holocènes du sud-ouest tunisien. On doit à J. de Morgan, E.-G. Gobert et R. Vaufrey la mise en évidence d’une séquence chrono-culturelle typique d’une culture dite Capsienne se prolongeant jusqu’au Néolithique (de Morgan 1909, Gobert 1910a, 1910b, 1912, 1914, 1951-1952, 1957, Vaufrey 1932a, 1932b, 1933a, 1933b, 1955). Les sites retenus ici sont : Bortal Fakher (Capsien typique), Bir Khanfous (Capsien typique), Redeyef Table (Capsien typique et supérieur / Néolithique de tradition capsienne), Redeyef Table Sud (Capsien typique/Néolithique), Table Hamda (Capsien supérieur) (fig. 1).
Fig. 1.
Cartes de localisation des principaux sites holocènes autour de Redeyef.
A : photo de Google Earth, 2014 ; B : extrait de la carte de Metlaoui, Feuille No LXV, échelle 1/100 000 (Institut Géographique National Français, 1957).
1 : Bortal Fakher, 2 : Bir Khanfous, 3 : Redeyef Table, 4 : Redeyef Table Sud,
5 : Table Hamda.
5L’abri de Bortal Fakher creusé dans une falaise calcaire est localisé à l’extrémité est de Jebel Chouabine, à 5 km au sud-est de Redeyef ville (fig. 1 et 2a). Entre 1931-1932, R. Vaufrey (1955) pratiqua un sondage d’une journée dans une escargotière située à 250 m de l’abri et en attribua plus tard les quelques pièces recueillies au Capsien typique. Ce sont les travaux conduits en tranchée en 1952, par E.-G. Gobert (1957) qui fournirent l’assemblage caractéristique composé de pièces d’industries lithique et osseuse, d’éléments de parure dont une dent humaine portant une rainure autour de la racine, de fragments de coquille d’œuf d’autruche* et de quelques coquillages marins, ainsi que des fragments d’ocre. À cela s’ajoutèrent des boules perforées (Camps-Fabrer 1960, 1966), ainsi qu’un « godet de meulière » (Gobert 1957). L’analyse des charbons de bois révéla la présence d’espèces végétales méditerranéennes dominantes comme le chêne kermès et le pin d’Alep (Santa, in Gobert 1957). La faune réactualisée comprend l’aurochs, le gundi, la mérione, le hérisson (Dridi 2015).
6Lorsque J. Tixier (1968) reprit l’étude de la série lithique de Bortal Fakher en la comparant aux séries capsiennes d’Aïn Sendès, Relilaï*, Aïn Zannouch, il livra une définition de ce Capsien typique, désigné comme de « type Bortal Fakher », caractérisé par l’abondance de burins d’angle sur troncature, de lames et de lamelles à bord abattu (Rahmani 2003). Anciennement daté par la méthode classique du C14 (6930±200 et 7600 BP), ces repères furent contestés (Gobert 1957, Tixier 1968, Camps 1974b). Cependant, bien que privée d’autres tests, la calibration retenue par N. Rahmani, exprimée avec 95,4 % de confiance, donne un âge provisoirement accepté de 7400-8200 et 7950-9050 cal BP (Rahmani 2003).
7Il s’agit d’une rammadiya (« cendrière ») de plein air, sur le flanc septentrional de Jebel Khanfous (fig. 1 et 2b). Elle domine vers le Nord-Est la sortie de l’oued Khanfous du relief montagneux. Cet oued est traversé en aval par la route reliant Redeyef à Tamaghza. E.-G. Gobert l’explora et décrivit sa première collection (1910a, 1910b, 1914) comme attribuable à une phase moyenne du Capsien, en raison de l’association de pièces d’un gros outillage et d’autres d’aspect microlithique. Il signala également une boule perforée entière en calcaire, plusieurs grains d’enfilage, parmi des fragments de coquille d’œuf d’autruche gravés (Gobert 1935). Plus tard, R. Vaufrey (1955) crut reconnaître deux niveaux superposés, l’un supérieur (très mince) appartenant au Capsien supérieur et l’autre sous-jacent (plus puissant) appartenant au Capsien typique. La faune de Bir Khanfous est constituée de fragments d’équidés (Equus sp.), d’Ammotragus lervia, et d’Hystrix cristata (Dridi 2015).
Fig. 2.
Un aspect des sites Capsiens et Néolithiques du secteur de Redeyef. On notera le caractère effondré des abris creusés dans les formations calcaires surmontant les argiles phosphatières (Cl. M. Saidi, juin 2014).
a : Bortal Fakher ; b : Bir Khanfous ; c : Redeyef Table ; d : Redeyef Table Sud ; e : Table Hamda
8L’abri de Redeyef ou Table de Redeyef est situé à 2 km du noyau constituant l’ancienne ville minière, au bord d’un grand ravin descendant du Jebel du même nom (fig. 2). La piste conduisant des carrières de phosphates à l’usine contourne un ravin dont les pentes et les abris portaient plusieurs rammadiyet, signalées par J. de Morgan, le Dr L. Capitan et R Boudy (1910).
9Dans le domaine préhistorique le renom de la région repose sur les fouilles pionnières de l’Abri de Redeyef, conduites par le Dr. E.-G Gobert et publiées en 1912 dans l’Anthropologie. C’est dans ce site que fut observée, conçue et établie par lui, la séquence chrono-culturelle de référence identifiant l’Intergétulonéolithique (expression qu’il créa). Le contenu matériel de cette séquence culturelle fut placé entre le Gétulien (terme utilisé par P. Pallary 1909 pour désigner ce qui est connu depuis J. de Morgan 1909 sous le nom de Capsien) et le Néolithique.
- 1 R. Vaufrey a émis l’hypothèse que les dépôts G et F pouvaient être rattachés au Capsien typique (Va (...)
10Dans la pente donnant accès au fond de l’abri (fig. 3) le Dr. Gobert repéra deux dépôts. Au pied de la pente, le dépôt G plaqué contre le niveau de marnes phosphatières était surmonté d’une lumachelle à Ostrea multicostata ; au-dessus, dans un chaos de blocs calcaires, plaqué contre un autre épisode marneux, il repéra au milieu de la pente le dépôt F ; enfin plus haut, et sous abri, dans des cendres ténues coincées entre d’autres éboulis calcaires apparut un nouvel assemblage, qu’il individualisa comme étant celui du niveau E (fig. 3). Le mobilier des dépôts F-G contenait dit Gobert (p. 151) « un outillage paléolithique1 », en F « l’industrie [était] identique à celle du remblai G » (p. 153), l’ensemble fut attribué au Capsien.
Fig. 3.
Coupe de l’Abri du niveau III à Redeyef. E, F, G : dépôts archéologiques ; PH : phosphates ; D : lumachelle à Ostrea multicostata ; A : calcaire compact (D’après Gobert 1912, p. 152, fig. 1).
11Cette base fut alors attribuée à l’intergétulonéolithique : « je vois dans cette industrie de base de l’abri un terme de passage entre le Gétulien et le Néolithique proprement dit » (p. 155). Quant au mobilier du niveau E, correspondant à l’« étage supérieur, [il] est néolithique » (p. 151, note 1) « très analogue au Néolithique saharien » (p. 153).
12Ne remarquant pas de poterie dans le niveau F, il établit ce continuum devenu célèbre en s’appuyant sur la présence de nombreux tessons dans le niveau E, certains décorés, d’autres à fond conique. Le relevé stratigraphique d’alors est resté dans tous les ouvrages et publications ultérieures comme la référence fondamentale de cette transition (Balout 1955, Vaufrey 1955, Camps 1974, Roubet 1979). La couche E de l’abri fut donc celle d’une occupation néolithique, avec une « abstraction faite de la base de la couche archéologique » (Gobert 1912, p. 168). En 1914, E.-G Gobert définit le Néolithique en associant les éléments capsiens résiduels (disparition des lames et des burins) aux composantes considérées à cette époque comme typiquement néolithiques (hache polie, poterie, pointes de flèche). Or les connaissances s’étant affinées depuis, on fait désormais remonter à des époques antérieures ces éléments-là. Les bio-marqueurs fauniques et comportementaux, en particulier, servent d’arguments pour caractériser la néolithisation. Étroitement associés aux éléments culturels, ils ont été adoptés par consensus (Roubet 2012).
13Lorsqu’en 1933 R. Vaufrey livra dans ses « Notes sur le Capsien », la définition du Néolithique dit de tradition capsienne* (N.T.C.), il s’appuyait aussi sur les résultats de ses nouveaux travaux de fouilles dans le site démantelé de Jaatcha (près de Metlaoui, au sud-ouest de la ville de Gafsa) et sur sa collection d’objets (Vaufrey 1955). Ces données nouvelles, trop réduites quantitativement et qualitativement, ne parvinrent pas à rivaliser avec celles de l’abri de Redeyef. La documentation de Jaatcha, privée en outre de repère stratigraphique, put s’appuyer plus tard sur un repère chronologique mi-holocène (Camps 1974, Roubet 1979).
14Quelques chercheurs ont examiné le matériel des fouilles du Dr. Gobert. Ainsi des rondelles perforées (ou grains d’enfilage en coquille d’œuf d’autruche) de l’Abri de Redeyef ont été mentionnées par M. Reygasse (1920) ; deux boules perforées ont été mises en relation avec des poids ayant une fonction utilitaire et symbolique (Gobert 1935, Camps-Fabrer 1960, 1966) ; une molette portant deux rainures sur une face et une seule sur l’autre face fut très tôt considérée (Gobert 1912) comme utile au calibrage des grains d’enfilage (Camps-Fabrer 1960, 1966). E.-G Gobert (1912) découvrit encore dans le dépôt Néolithique plusieurs molettes de champ et des fragments de meules*, une herminette entière au corps piqueté et au tranchant poli, et une hache plate polie, au biseau endommagé, dont le corps porte des traces de chauffage. La céramique a été étudiée par G. Aumassip (1969-1970). On savait déjà que les vases étaient à fond conique, on précisa leur montage au colombin, resté fragile et friable (dégraissant calcaire volumineux à angles vifs) et une particularité de la cuisson qui n’avait été qu’occasionnellement réductrice. En dehors de décors classiques occupant le plus souvent le haut du vase certains décors originaux exécutés avec un peigne témoigneraient d’éventuels contacts avec le Sahara (Bachir Bacha 2000).
15En 1912, les fouilles livrèrent au Dr. Gobert les premiers squelettes humains appartenant à huit individus (Bertholon, in Gobert 1912 ; Heim, in Roubet 1979, Roudesli-Chebbi et Zoughlami 2004). On n’a jamais pu préciser s’ils provenaient de sépultures organisées, tous les squelettes se trouvaient réunis dans un espace étroit, limité par la paroi du fond de l’abri, protégés par un gros rocher. Ces individus à affinités négroïdes nettes sont ceux de deux adultes (l’un féminin, l’autre d’un jeune adolescent), d’un crâne d’enfant et de fragments appartenant à deux autres individus. C’est la première fois, après révision, que des individus négroïdes sont présents dans l’Holocène des régions septentrionales.
16Les restes fauniques (Dridi 2015) sont rattachés pour certains à la faune sauvage, il s’agit de bovidés (Bos primigenius, Ammotragus lervia, et de Reduncini), de rhinocéros (Ceratotherium sp.), hystricidés (Hystrix cristata), de Félidés et d’Hyénidés. D’autres, sont ceux d’une faune domestique appartenant aux Caprinés. Rappelons que R. Vaufrey (1955) mentionnait une liste faunique plus diversifiée : Bos primigenius, Bos sp., Alcelaphus buselaphus, Ammotragus lervia, Ovis sp., Vulpes sp., Felis caracal, Herpestes ichneumon, Hystrix cristata, Ctenodactylus gundi, Meriones shawi, Jaculus jaculus, et des hélicidés terrestres (Leuchocroa candidissima, Helix melanostoma, Eobania vermiculata).
17Afin qu’aucune confusion ne se glisse entre les données de ce site et celles du site précédent, précisons qu’il s’agit d’un autre abri, situé dans un autre grand ravin au sud, sud-ouest du premier renfermant le gisement précédent. Les eaux de ruissellement descendant du ravin abritant le site de la Table Sud, contournent vers l’aval un cimetière dit cimetière Sidi Abdelkader. Ce site est stratigraphiquement constitué comme le précédent et fut également occupé durant l’Holocène. Il s’agit d’une vaste rammadiya du Capsien typique, située sous un autre abri de la Table Sud (les cartes et les plans des ingénieurs désignent sous le nom de Table Sud le pendage Sud des couches de l’Eocène) du Jebel Redeyef « à 1850 mètres à l’Ouest Nord-Ouest de la place du village européen, en rive gauche du ravin situé immédiatement au-delà de la dynamitière » (Vaufrey 1955). L’abri faisait « 60 mètres de longueur environ, débutant 25 mètres en amont de la galerie de mine du niveau 3 ». Aujourd’hui cet abri est en partie effondré (fig. 2d). Cependant, quelques traces subsistent entre les gros blocs éboulés. R. Vaufrey pratiqua deux sondages en 1931 et une fouille en 1932 (Vaufrey 1933a). Les dépôts représentaient alors 3,65 m d’épaisseur. L’industrie lithique recueillie s’apparentait au type d’El Mekta avec une prédominance de burins et de grattoirs (Vaufrey 1955). N. Rahmani (2003) a rapproché cet outillage de celui de Bortal Fakher. Une occupation néolithique aurait occupé le fond de l’abri, restant en contact avec la paroi rocheuse et en discordance par rapport au niveau de Capsien typique (fig. 4).Elle n’a pas fait l’objet de fouilles par Vaufrey. Les dépôts aujourd’hui déblayés, s’élevaient sur 1 m d’épaisseur, le matériel archéologique y était peu abondant.
Fig. 4.
Coupe de l’Abri de Redeyef-Table Sud. 1 : couche néolithique ; 2 : couche appartenant au Capsien typique ; 3 : sol originel de l’abri avant l’occupation capsienne (substratum) ; 4 : roche encaissante et blocs éboulés ; 5 : corniche effondrée sciée pour permettre de fouiller en tranchée au-dessous (D’après Vaufrey 1955, p. 144).
18Cet abri sous roche situé à 4 km au sud-ouest de Redeyef (Vaufrey 1933a) est à 6 km à l’ouest de l’abri de Bortal Fakher. L’extraction des phosphates (marnes) a fait s’ébouler la Table calcaire de Hamda. Mais cela n’a pas empêché l’identification d’une rammadiya dans ce paysage chaotique (fig. 2e). Elle se situait à la partie sommitale « d’une sorte de promontoire rocheux s’avançant en direction du Sud Rass Mdella » et occupait un grand espace aujourd’hui couvert de grandes dalles calcaires. En 1932, Vaufrey effectua un sondage (3 m3) recueillant plusieurs séries de documents diagnostics, lithiques, osseux, objets de parure (nasses usées, plaques dermiques de tortue terrestre, boule en os, percée, fragments de meules et molettes, microlithes et microburins ; Vaufrey 1933a, 1955, Gobert 1935). Ce faciès culturel est celui d’un Capsien supérieur de type Aïn Aachena (Rahmani 2003) caractérisé essentiellement par le débitage lithique par pression. Les restes fauniques peu nombreux appartiennent à des Caprinés non déterminés et au mouflon à manchettes (Dridi 2015).
19Les sites holocènes de la région de Redeyef étaient jadis nombreux et disséminés autour de plusieurs oueds, en relation avec les pentes et abris naturels des chaînons atlasiques soumis aux influences sahariennes. Les témoins de ces occupations ont été variés et typiques. Le diagnostic culturel établi par plusieurs spécialistes (documents lithiques, osseux, fauniques) montre que cette région fut durant la période Holocène parcourue par des communautés prédatrices de chasseurs, avant de devenir un territoire pastoral néolithique. Les équipements matériels ont servi à caractériser des faciès originaux, épipaléolithiques, montrant l’installation et l’évolution sur place de la culture capsienne puis du Néolithique local. Ainsi, le Capsien sensu lato, examiné à travers son industrie lithique, fréquemment bien conservée, comprend un Capsien typique subdivisé en deux faciès : celui de Type Bortal Fakher bien fourni en burins et celui de type Redeyef-El Mekta, pauvre en burins, mais fourni en lames à bord abattu (Rahmani 2003). Le Capsien supérieur, dont on ne sait encore s’il lui succède ou s’il est contemporain, faute de nouveaux tests chrono-stratigraphiques et culturels, est caractérisé par la maîtrise du débitage par pression et l’objectif d’une production de projectiles microlithes, de types géométriques à côté concave (Rahmani 2003). La composante matérielle du Néolithique de tradition capsienne a été, en partie, bien caractérisée grâce aux documents archéologiques du site de Redeyef Table.
20Cependant on ne se contentera pas d’une caractérisation fondée sur la seule composante matérielle représentée par l’équipement. Les contextes environnementaux (fauniques, floristiques) et comportementaux épipaléolithiques et néolithiques n’ayant pas fait jadis l’objet d’investigations approfondies et ciblées, l’information portant sur les genres de vie s’en trouve affectée. Compte tenu des conditions actuelles d’exploitation économiques, celles-ci le permettraient-elles ? Sachant que pour évoquer la néolithisation*, notre objectif est d’accompagner la mise en évidence d’une faune domestique (pâturage, eau, etc.), d’un cadre environnemental précis et de ressources renouvelables. Cet objectif pastoral en particulier reste à préciser (Roubet 1979, 2012). L’essor économique de cette région fossilifère si généreuse est temporairement peu compatible avec de nouvelles investigations scientifiques. Dans l’immédiat les institutions en charge de cet inestimable patrimoine culturel tentent de conserver, protéger et transmettre le caractère de cette région préhistorique et historique de renom international.