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Sous (Maroc)

S82
Abdallah Boumalk
p. 7554-7579

Texte intégral

1De nos jours, le terme Sous, orthographié également selon les auteurs et les époques, Souss, Sûs ou Sūs, désigne la région couvrant l’ensemble des territoires de montagne du Haut-Atlas occidental, de l’Anti-Atlas et du Sirwa ainsi que la plaine enclavée entre le Dra et l’océan atlantique (Montagne 1930, p. 9).

2Cependant, la dénomination Sous ne s’appliquait pas exclusivement au seul domaine géographique tel que connu aujourd’hui. D’après les sources historiographiques arabes, le terme Sous (muni de l’article défini al-sûs et réalisé [as-sūs]) s’appliquait à un espace géographique bien plus étendu dont les contours variaient au gré des époques.

3Les chroniqueurs arabes distinguaient Sous al-Adna ou Sous inférieur (Montagne 1930, p. 27) ou Sous Proche (Kably 2011, p. 141) ou encore Sous citérieur (Lévi-Provençal 1934) et Sous al-Aqsa ou Sous extrême. Pour le géographe al-Warrȃq, auteur de la première relation géographique en arabe parvenue jusqu’à nos jours (Kably 2011, p. 141), la contrée de Sous (Kūra de Souss) qui forme avec celle de Tanger le « Pays de Tanger », se subdivise en deux grandes provinces : le Sous al-Adna et le Sous al-Aqsa. La première province correspond à la région s’étendant du nord de l’Adrar n Deren (Haut-Atlas) aux bords de la Méditerranée. Cette zone englobe le pays de Tamesna et l’ensemble des plaines atlantiques. Celle du Sous al-Aqsa s’étend, dans le sens nord-sud, de l’Atlas jusqu’aux confins du Sahara et se confond avec Massa (Masst* en tachelhit). Le Sous équivaudrait alors d’après cette description au Maroc actuel.

4Au Moyen-Âge, les deux appellations al-Maghrib et Sous ont toutes les deux connus, de façon parallèle, la même évolution. Elles s’appliquaient d’abord à des territoires étendus avant de voir leurs domaines géographiques respectifs se rétrécir. Al-Maghrib désignait l’ensemble du pays se situant à l’ouest du Nil (Kably 2011, p. 141). Le Sous proche (Sous al-Adna) désignait tout le Maroc au nord de l’Atlas et a pour capitale Tanger, mais il semblerait, d’après Lévi-Provençal (1934, p. 596), que cette dénomination (Sous al-Adna) ait été supplantée très tôt par le terme arabe Rharb [ɣarb].

5Au début du XVIe siècle, la dénomination Sous s’appliquait à un espace qui s’étend, du Nord au Sud, du Midi du Haut-Atlas Occidental à l’Oued Noun. Ce vaste espace comprend la vallée du Sous et ses villes (Agadir, Tidsi, Taroudant, Tioute), l’Anti-Atlas occidental et central, la côte atlantique au Sud de l’Oued Sous et l’Oued Massa (Léon l’Africain 1956, I, p. 87).

6Présentement, le terme Sous s’applique à un domaine bien rétréci (Laoust 1942, p. 2) mais dont les contours demeurent étendus. La délimitation la plus précise de la province du Sous est fournie par Laforcade (1948, p. 2, cité par Jacques-Meunier 1982, p. 112). L’auteur situe cette province :

« à l’intérieur d’une ligne qui effleure Mogador, passe au nord d’Imi n Tanoute, suit jusqu’au Tizi n Teste la crête du Haut-Atlas, passe à la lisière du pays Glaoui (Tizi n Tichka), englobe tout l’Anti-Atlas et, frôlant le Bani, arrive à la mer vers Goulimine et l’oued Noun. Telle peut être définie la région dont tous les habitants se considèrent comme gens du Sous ».

Éléments d’histoire du Sous

Antiquité

7A l’instar des autres provinces du Maroc actuel, le Sous a été marqué, quoique à des degrés variés, par les grands événements qui ont jalonné l’histoire de cette partie de l’Afrique du Nord. Les différentes conquêtes, invasions et incursions des puissances étrangères de l’époque antique jusqu’au début du XXe siècle n’ont pas eu le même impact sur toutes les provinces du Maroc. Pour le Sous, certaines époques l’ont profondément marqué (dynasties médiévales, présence portugaise), d’autres beaucoup moins (phénicienne, romaine).

8De l’époque antique, peu de témoignages nous sont parvenus sur le sud marocain, malgré l’importance de l’influence punique sur le Maroc antique qui s’est étendue sur plus de neuf siècles et demi. Souriga, ancien nom de Mogador, pourrait être le point extrême de la côte marocaine atteint par les anciens (Desanges 1979, p. 97 ; Kably 2011, p. 111).

9A l’époque des rois Berbères, ce fut le récit du voyage effectué aux abords de l’Afrique, à la demande de Scipion Émilien gouverneur de l’Afrique, par l’historien grec Polybe (210-122 av. J.-C.) qui servit de source à la description de Pline l’Ancien (mort en 79 av. J.-C.). Ce dernier signala l’existence du cap du Soleil, le port Rhysaddir, les Gétules Autololes* (ancêtres des Guezoula et des Ilalen qui occupent aujourd’hui l’Anti-Atlas occidental et ses environs) et le fleuve Quosenus. Pline mentionne ensuite les peuples des Selatites* et des Masates*, et le fleuve Masatat (l’actuel Oued Massa) (Pline l’Ancien, in Roget, 1924, p. 31- 32).

10D’après Pline (Roget 1924, p. 34), le roi Juba II* (25 av. J.-C. à 23 ap. J.-C.) explora certaines parties du Sud, notamment l’Atlas, en compagnie de son médecin Euphorbe. « Peut-être atteignent-ils l’extrême Sud-Ouest, les pays du Noun et du Dra, et y découvrent-ils une plante singulière à laquelle ils donnent le nom même du médecin royal : euphorbe – nom qu’elle a conservé depuis lors, depuis deux mille ans » (Pline V. 16 ; Roget 1924, p. 34). L’euphorbe cactoïde (tikiwt, en tachelhit) pousse encore aujourd’hui dans la zone littorale atlantique du Sud-ouest. À l’extrême nord de la p rovince du Sous, la découverte de la pourpre* gétule (Gattefossé 1957) favorisa l’installation de teintureries dans la région de Mogador. L’assassinat de Ptolémée*, fils de Juba II et dernier roi berbère de Maurétanie (Carcopino 1943, p. 36) et l’annexion de la Maurétanie à l’empire romain semblent ne pas avoir affecté le Sous.

Le Haut Moyen-Âge (VIIe et VIIIe siècles)

11Contrairement à l’époque antique pour laquelle il est difficile de se faire une idée précise et complète de la situation politique, économique et sociale du Sous, le Moyen-Âge apporte, grâce aux descriptions des géographes, chroniqueurs et historiens arabes ou de langue arabe des indications intéressantes sur cette région du Maroc. Ainsi, le voyageur Ibn Hawqal (1939, p. 91) décrit dans Kitāb ūratu al-᾿arḍ [Configuration de la Terre], le Sous extrême comme une région de petits villages entourés de vergers et d’arbres fruitiers (orangers, noyers) et où la canne à sucre fut abondante ; il le qualifia de « partie la plus riche du Maghrib ».

12L’événement politique majeur qui aura profondément marqué le Sous, comme l’ensemble des régions du Maghreb, avec de notables répercussions à tous les niveaux fut la conquête arabe. La première incursion des Arabes, menée par Oqba Ibn Nafi῾*, eut lieu en 683 et amena les nouveaux conquérants au nord de l’Atlas après qu’ils eurent traversé le Maghreb de part en part (El Bekri 1965, p. 151 ; Marçais 1946, p. 32). Mais, c’est vers 707 que Moussa Ibn Noceir atteignit le Sous, l’embouchure de Oued Massa et le Drâa (El Bekri 1965, p. 307 ; Marçais 1946, p. 27) ; le Sous ne fut alors soumis que par l’un des fils de Moussa Ibn Noceir. Cette conquête a conduit à la conversion de la population à l’Islam. En 741, les Berbères du Sous se révoltèrent contre l’oppression du gouverneur Ismaïl Ibn Obéida Allah (Naciri 1906, p. 215).

13Au début du IXe siècle, d’après El-Bekri (1965, p. 242) et Ibn Khaldoun, le Sous al-Aqsa ainsi que Aghmate, Neffis (au nord du Haut-Atlas occidental) et le pays de Lamta furent gouvernés par Abdallah fils d’Idris II décédé en 828. Sous le règne des Idrissides, les villes importantes du Sous étaient :

  • Igli la capitale, appelée aussi capitale du Sous. Cette ville mentionnée par les auteurs (Ibn Hawqal 1939 ; El Bekri 1965, p. 305) est située à une vingtaine de km de Taroudant, sur la rive droite de l’Oued Sous.

  • Massa, connue à l’époque de Pline l’Ancien sous le nom de Masatat est située à l’embouchure du fleuve du même nom (fleuve des Masates) à 65 km au sud-ouest de la ville d’Agadir sur le littoral atlantique. Massa était célèbre jadis par son port où accostaient les bateaux naviguant entre Obolla (Ouboullah ville-port de Bassorah) et la Chine (Al-Yaʽqubi, 226 et n. 7). Cette ville était également connue par son ribat, sorte de centre fortifié ou « monastère religieux » (R. Basset 1882), à la fois religieux et militaire, d’où partaient les musulmans pour l’islamisation des populations situées plus au sud.

  • Tamedoult, située à 13 km au sud-ouest d’Aqqa au pied du Bani, versant saharien de l’Anti-Atlas, est à six journées de marche au sud d’Igli (El Bekri 1965, p. 308). El Bekri (1965, p. 316) décrit Tamedoult comme « un château auprès duquel on trouve beaucoup de ruisseaux et de dattiers ».

14Cette cité, aujourd’hui en ruines, faisait partie des « villes-marchés » (Ibn Hawqal, Al Yaʽqubi) de la partie ouest du Maghreb jusqu’au XIVe siècle. Tamedoult n’a retrouvé la prospérité d’avant qu’avec le commerce saharien qui y transitait après la campagne d’Ahmed Al Mansour Saadi au pays du Soudan (Nouhi 1995, p. 2173 et sq.).

Le Sous à partir de la dynastie almoravide

15Au milieu du XIe, les Lamtouna*, des tribus de Berbères sahariens et grands nomades Sanhaja* soumirent le Sud Marocain (Taroudant, Massa) (Laroui 2007, p. 275), s’emparèrent de Noul Lamta la capitale des Lamta, atteignirent le Deren, Neffis, progressèrent vers le nord et gagnèrent l’ Espagne. Le règne des Almoravides a marqué la décadence des Masmouda sédentaires (Montagne 1930, p. 29). La révolte des populations de l’AntiAtlas à l’instigation d’un nouveau réformateur originaire d’Iguiliz [igiliz] de la tribu des Arghen [arɣn] sur le versant nord de l’Anti-Atlas au sud-est de Taroudant, annonça le déclin du règne almoravide sur cette province.

16Malgré la résistance des tribus nomades de l’Anti-Atlas (Iguizoulen) (Montagne 1930, p. 68) et de Mohamed Ben Houd en 1147 (Elamrani 2005, p. 9 ; Laroui 2007, p. 314) aux Almohades dans le Sous, le successeur d’Ibn Toumert décédé en 1130, Abd el-Moumen y mène dès 11301131 de petites incursions, détruit les récoltes de Sorgho et s’empare d’Igli, l’ancienne capitale du Sous (El-Baïdaq / Lévi-Provençal 1928). En 1134, les Almohades s’emparèrent de Taroudant, détruisirent les plantations de canne à sucre et exercèrent leur pouvoir sur la vallée du Sous.

17Suite à la décadence dont les premiers signes commençaient à apparaître sous le règne de Youssef el Mostanser (Montagne 1930, p. 68) et à la désagrégation de l’empire almohade, les Beni Yedder fondèrent, avec l’appui des Arabes (Beni-Hassan, arabes nomades de la tribu de Maʽqil) (Ibn Khaldoun, t. 2, p. 276 ; Massignon 1906, p. 132), un royaume indépendant dans la vallée du Sous sous l’autorité de Ali ben Yedder. Pendant le déclin du pouvoir almohade, toute la vallée du Sous entrera en dissidence (révolte des Guezoula en 1215), soulèvements d’Ibn Yaouja à Tiouiouine (1238-1239) et d’Ali Ibn Yedder (1252-1267) (Montagne 1930, p. 73) et échappera à l’autorité du Makhzen jusqu’au règne du sultan mérinide Abou al-Hassan (1331-1351) qui a mis fin à la domination des Beni-Yedder (Ibn Khaldoun, II, p. 278). Un faisceau d’indices incite à penser que le Sud du Maroc connaissait une certaine indépendance à l’époque de la dynastie almohade.

18Sous le règne d’Ali Ibn Yedder, la vallée du Sous a connu l’installation de tribus arabes vers 1269/1270 (Dijon 1969, p. 40 ; Al Manouni 1987, p. 30). Celles-ci fournissaient des contingents guerriers, en contrepartie de terres. L’établissement de ces tribus a permis la constitution d’îlots arabophones dans la vallée du Sous.

19Sous le règne mérinide, la première incursion conduite par Abou Malek, dans le Sous, eut lieu en avril-mai 1270 (Ibn Khaldoun, IV, 1956, p. 56). Taroudant, gouvernée alors par les Beni Yedder (Abd er-Rahmane Ibn el-Hassan ibn Yedder), semble échapper, contrairement à la basse vallée du Sous, aux campagnes du Makhzen mérinide. Une deuxième campagne dirigée par Abou Ziyan eut lieu en 1279 (Ibn Khaldoun, IV, 1956, p. 100).

20Du XIIIe au XIVe siècles, la plaine du Sous, sous la souveraineté des Beni Yedder, était indépendante et a connu bien des périodes de trouble d’où elle ne sortira pas avant le XVIe siècle (Al Manouni 1987). Sur l’activité économique de la région, l’on ignore tout. Comme villes, seules Tidsi et Tioute sont mentionnées, en plus du port de Massa fréquenté par les Italiens pour l’or du Soudan (1455) et les Portugais qui venaient y acheter l’ambre gris (1497). Quant à Taroudant, elle a été détruite à plusieurs reprises, une première fois par le gouverneur de Marrakech Yaïch Ibn Yâqoub (Montagne 1930, p. 74). Par la suite, Abd er-Rahmane Ibn el-Hassan Ibn Yedder releva

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22Taroudant de ses ruines et y rétablit son autorité. Aussi, le pouvoir mérinide se maintient-il de façon éphémère à Taroudant seulement. Pour les autres territoires du Sous, la domination mérinide semble s’exercer, comme le souligne Montagne (1930, p. 71), par une imposition lourde des populations avec l’appui des chefs des tribus (Heskoura, Hintata, Haha, Guedmiwa), et par l’intervention dans la région chaque fois qu’elle est le théâtre de troubles et de soulèvements.

23À la fin du XIVe siècle/début du XVe, d’après Ibn Khaldoun (I, 1925, p. 133) la province du Sous semble échapper à l’action du gouvernement mérinide. Jusqu’à la fin de la dynastie mérinide (1465) et pendant toute la durée de la dynastie des Ouattassides (1472-1554), le Sous était en pleine anarchie.

24Au début du XVIe siècle, les tribus arabes occupaient les plaines du Sous et les Portugais s’installaient sur la côte atlantique, à Agadir et à Massa (Ricard 1946, p. 94 et sq.). Du point de vue économique, la vallée du Sous était prospère tant au niveau agricole que commercial. Les échanges s’effectuaient entre Berbères, Arabes, Européens, notamment les Portugais, et les populations du Soudan. Les villes du Sous (Tidsi avec une population estimée à quatre mille feux, soit vingt mille habitants, environ, Tioute située au débouché de l’Asif n Tioute au pied de l’Anti-Atlas à 22 km au sud-est de Taroudant (Léon l’Africain 1981, p. 93, note 112) et au sud d’Igli avec une population de quatre à cinq mille feux et Taroudant plusieurs fois capitale administrative du Sous) étaient également prospères et indépendantes du pouvoir central jusqu’à 1514, date à laquelle Tidsi et Taroudant se seront soumises au Prince Chérif (Léon l’Africain 1981, p. 92-93), fondateur de la dynastie Saâdienne. Le Sous devint alors le berceau de la dynastie saâdienne (Harakat 1973, p. 44).

25Le Sous compte également deux sites sur la côte atlantique : Massa occupée par les Portugais jusqu’en 1516 et Santa Cruz de Aguer (Sainte-Croix du Cap Rhir) qui connut également la domination des Portugais à partir de 1505. Ces derniers s’installèrent à Founti situé à 2 ou 3 km au nord du site actuel d’Agadir et exercèrent leur domination sur la ville jusqu’à sa chute le 12 mars 1541 (Ricard 1946, p. 93). Santa Cruz a connu durant cette période plusieurs troubles, assiégée plusieurs fois par les Saâdiens. Depuis, la prise de Santa Cruz par Mohamed Echerif, et jusqu’au XXe siècle, « le Sous ne devait plus connaître l’occupation militaire ou l’influence étrangère, alors que l’autorité du gouvernement central y était elle-même parfois contestée » (Dijon 1969, p. 40).

26Après des périodes de trouble, le Sous s’imposa de nouveau au XVIe siècle grâce à l’activité commerciale intense par les échanges de marchandises (sucre, blé, chevaux, etc.) à l’échelle régionale (Marrakech, Fès) mais aussi avec l’Europe (importation de tissus, armes) et le Soudan (Delafosse 1924).

27Le négoce a été favorisé par l’infrastructure portuaire (Agadir, Massa) ainsi que les voies de passage (Ifran, Tazeroualt, couloir de l’Akhsas) (Ricard 1955, p. 100-101 et 133).

28Au début du XVIIe siècle, l’autorité des Saâdiens sur le Sous allait s’affaiblissant. La vie politique fut dominée alors par l’activité des personnages religieux (Montagne 1930, p. 82-95 ; Laroui 1970, p. 229-230). Parmi les plus illustres, Sidi Hmad Ou Moussa* à Tazeroualt (Anti-Atlas occidental : 1460-1563), Sidi Mohammed Ou Brahim ech-Cheikh à Tamanart (Bani occidental), Sidi Abdallah Ou Mbark à Aqqa (Bani central), Sidi Mohammed ou Yaâqoub (Imi n Tatlt, Anti-Atlas oriental), Sidi Mohammed ou Oussaâdoune (Isektan du Sud, Anti-Atlas oriental), Sidi Saïd ou Abdennaim décédé en 1546 (Zaouïa Ida Ouzeddagh, versant sud du Haut-Atlas occidental, Haha) (Jacques-Meunié 1982, p. 465-467). Tous ces saints s’activaient dans des zaouïas au cœur de l’Anti-Atlas, dans le Bani, ou le HautAtlas occidental. Certains fondèrent de « véritables petits états » (Montagne 1930, p. 86) locaux indépendants comme le royaume d’Abou Hassoun le Semlali surnommé Boudmeia (1620-1660), descendant de Sidi Hmad ou Moussa, saint de Tazeroualt, qui parvint à faire prisonnier Moulay Cherif ben Ali, l’ancêtre des sultans alaouites, et à l’enfermer dans sa forteresse d’Iligh (Justinard 1925, p. 267). Un autre état fondé à Taroudant pendant le premier quart du XVIIe siècle fut celui de Sidi Yahya ou Abdallah ou Saïd, petit-fils du saint de la zaouïa des Ida Ouzeddagh (Sadiq 2010, p. 49 et sq.). Pour Montagne (1930, p. 84), « le grand mouvement religieux qui, du XIVe au XVIe siècle, domine toute l’histoire [du Sous], est spécifiquement berbère ».

29En plus du pouvoir politique, les Saâdiens ont perdu également tout contrôle sur le commerce : or provenant du Soudan, métaux des mines de Tiout (cuivre), de Tarkoukou au Nord d’Agadir (argent) (Ricard 1955, p. 133 ; Jacques-Meunié 1982, p. 415).

30Sous le commandement de Moulay Rachid, les Filaliens originaires de Tafilalt font une expédition dans le Sous en 1668 (Justinard 1925, p. 267) à l’issue de laquelle ils soumirent les tribus de la vallée du Sous (Chtouka qui ont perdu 1500 hommes et Ahel Sahel dont les pertes s’élèvent à 4000 hommes) et prirent la forteresse d’Illigh en 1670 (200 personnes tuées) (Justinard 1925, p. 269 ; Montagne 1930, p. 99 ; Kably 2011, p. 423). Les nouveaux venus livrèrent une lutte acharnée contre les chefs religieux locaux. Ce qui fait écrire à Justinard (1925, p. 269) que « cette expédition porta un coup sérieux à la puissance des marabouts » (1925, p. 269). Mais, très vite, le nouveau pouvoir fut confronté aux révoltes venues du Sous et menées par Ahmed ben Mahrez (roi de Taroudant tué en 1689) qui divisa le Sous en deux provinces administrées par Taroudant et Illigh (Justinard 1925, p. 268 ; Montagne 1930, p. 101 ; Dijon 1969, p. 41).

31À la mort de Moulay Ismaïl en 1727, le pays sombra dans une crise politique et dans une période de troubles jusqu’au règne de Moulay Abdallah (Laroui 2007, p. 502). Son fils et successeur Sidi Mohamed ben Abdellah fonda en 1765 Mogador (Essaouira), ville moderne où il bâtît un port. L’une des conséquences de cette fondation fut le recul des activités commerciales autour des ports du Sous, en particulier celui d’Agadir (Justinard 1925, p. 274), coupé de l’extérieur. Aussi les produits manufacturés d’Europe et les marchandises de l’Afrique occidentale ne transitent-ils plus par Agadir et Massa (Dijon 1969, p. 41 ; Justinard 1925, p. 274). Sur le plan politique, malgré l’opposition de Sidi Mohamed Ben Abdellah à l’activité politique des marabouts, le royaume de Tazeroualt créé au début du XVIIe siècle s’est reconstitué à partir de 1810 (Justinard 1925, p. 267).

32Au XIXe siècle, Hassan Ier dont l’objectif est d’imposer son autorité sur le Sud, réunit une armée importante à Tiznit et parvint à soumettre Tazeroualt en 1886 (Dijon 1969, p. 41). Le début du XXe fut marqué par le débarquement des troupes françaises (1907 à Casablanca) et la signature du traité du Protectorat (1912) et l’abdication du signataire de ce traité, Moulay Hafid. Le Sud fut convoité par plusieurs puissances étrangères. Les Allemands envoyèrent le croiseur Panther le 1er juillet 1911 et achetèrent de nombreux terrains autour de Taroudant ; les Espagnols débarquèrent à Ifni le 1er mai 1911.

33Ces incursions suscitèrent la résistance des populations du Sous sous l’égide du chef religieux Ma’al Aynayn établi à Tiznit en 1907 où il décédera trois ans après en octobre 1910 (Kably 2011, p. 569 ; Dijon 1969, p. 41). Son successeur, Ahmed El Hiba s’était fait proclamer Sultan de la guerre sainte à Tiznit. Il franchit le Haut-Atlas à l’été 1912 et s’empara de Marrakech. Mais, après sa défaite à Sidi Bouathmane face au colonel Mangin, le 6 septembre 1912, El Hiba s’est réfugié à Taroudant d’abord, puis à Kerdous (Anti-Atlas) jusqu’à sa disparition en 1919 (Kably 2011, p. 569). La résistance tribale devait se maintenir au Sud jusqu’en 1934 (tutelle espagnole sur Ifni).

34Au début des années 1930, le Sous fut ouvert à l’activité commerciale terrestre et maritime. L’autorisation de l’achat des terres par les étrangers a permis de développer une agriculture moderne s’appuyant sur l’irrigation par pompage, autour d’Aït Melloul, Oulad-Teïma et Taroudant. À partir de 1945, la ville d’Agadir et certaines régions du Sous, notamment les « km 60-65 », connaissent une activité prospère dans les domaines de la pêche et de l’agriculture.

35Après l’indépendance et plus précisément la nuit du 29 février 1960 un séisme d’une magnitude de 5.7 sur l’échelle de Richter a frappé la ville d’Agadir et ses environs. Cet événement a profondément marqué la capitale du Sous et la mémoire collective de sa population. Après sa reconstruction, la ville d’Agadir a connu un nouvel élan sur le plan de l’urbanisme, des infrastructures, de l’économie, du tourisme, etc.

Le sous contemporain

Division administrative : Région Souss-Massa-Drâa

36Depuis la répartition du territoire marocain en régions en 1997, le Sous fait partie de la région Souss-Massa-Drâa. C’est une région immense qui s’étend de l’océan atlantique jusqu’aux frontières sud-est du Maroc. SousMassa-Drâa est délimitée par les régions Marrakech-Tansift-El Haouz et Tadla-Azilal au nord, Guélmim-Semara au sud, Meknès-Tafilalt à l’est et l’océan atlantique à l’ouest.

37Elle s’étend sur un espace de 72.506 km2, soit 10,3 % du territoire national. La région Sous-Massa-Drâa englobe deux préfectures (Agadir-Ida Outanan, et Inezgane-Aït Melloul) et sept provinces (Chtouka-Aït Baha, Tiznit, Taroudant, Ouarzazate, Zagora, Tinghir et Sidi Ifni) (Source : Monographie de la Région Souss-Massa-Drâa).

38D’après le recensement général de la population et de l’habitat effectué par le Haut Commissariat au Plan en 2004, la région Souss-Massa-Drâa compte 3 113 653 habitants, soit 10 % de la population marocaine.

Climat

39Trois facteurs naturels interfèrent dans le climat du Sous et sa région : un cadre montagneux élevé et fermé, l’ouverture sur l’océan atlantique et la proximité du Sahara (Dijon 1969, p. 99).

40Par son altitude élevée, le Haut-Atlas ne permet pas aux vents froids du Maroc Atlantique de se déplacer vers le Sud, d’où l’important enneigement du versant nord en hiver comparativement à son pendant sud.

41L’influence océanique se manifeste par la formation de brises de mer dans la zone côtière, ce qui permet de tempérer le climat sur une profondeur de 20 à 30 km à l’intérieur de la vallée. Ce climat a grandement favorisé la culture des primeurs dans la plaine du Sous (Dijon 1969, p. 99).

42L’influence saharienne se traduit par l’apparition du chergui, vent chaud de l’est ou du sud-est arrivant du Sahara. Le chergui se produit « lorsqu’une dépression cyclonique atlantique ou méditerranéenne vient instaurer un régime de basses pressions au nord de l’Atlas » (Dijon 1969, p. 99).

43Avec une pluviosité déjà faible et irrégulière, le Sous est confronté au problème de la pénurie d’eau. Ce qui constitue un grand défi pour cette zone, première exportatrice du Maroc de produits maraîchers et d’agrumes et dont l’agriculture représente 13% du PIB de la région.

Activité économique

44L’étendue géographique, la diversité et la richesse du relief offrent à la région Sous-Massa-Drâa des potentialités économiques importantes et diversifiées. Plusieurs secteurs productifs sont au cœur de l’activité économique dans la région : agriculture et élevage, pêche maritime, tourisme, industrie agroalimentaire, industrie minière, etc.

Agriculture et élevage

45Au niveau agricole, la vallée du Sous produit les agrumes (orange, clémentine), les produits maraîchers (légumes : tomate, haricot, poivron, carotte ; fruits : banane, pêche, melon, pastèque, …). Une grande partie de la production agricole, en particulier les primeurs, provient de la serriculture qui, contrairement à l’agriculture traditionnelle, recourt à la micro-irrigation (goutte-à-goutte) et à bien d’autres techniques culturales nouvelles.

46La production céréalière, à cause des aléas climatiques, est beaucoup moins importante. En dehors de la vallée du Souss-Massa, la région pratique la culture du palmier dattier, de l’olivier et de l’amandier ainsi que de cultures plus locales et spécifiques à la région : safran, arganier, rose à parfum.

47L’élevage est la deuxième activité liée au secteur agricole. Cette activité est intense dans les régions de Taroudant et Draâ connues pour l’élevage des bovins, ovins, caprins et camelins. Les éleveurs s’organisent en coopératives et se spécialisent dans l’élevage des vaches laitières et/ou de bovins de boucherie.

48Toutefois, la production intensive menace sérieusement les sources hydriques de la région qui sont en diminution d’année en année. La surexploitation des eaux souterraines conjuguée aux faibles précipitations et à la sécheresse sont autant de facteurs qui mettent en danger ces sources.

Pêche maritime

49L’halieutique est au cœur du tissu économique dans la région et parmi les secteurs aux potentialités économiques importantes (6 % du PIB régional). C’est une activité très ancienne dans la région grâce à l’étendue de l’espace maritime (320 km de côtes sur l’Océan Atlantique) et à son infrastructure portuaire (ports d’Agadir, Ifni, Massa). Bien qu’artisanal et ayant de moyens limités à l’origine, le secteur de la pêche a connu, après l’indépendance, un développement sans précédent (370 unités côtières, 240 chalutiers hauturiers et 1 206 unités de pêche artisanale). La production atteint 120 000 tonnes de poissons et de crustacés par an au port d’Agadir et 13 000 tonnes à Ifni (Source : Conseil régional du SoussMassa-Drâa).

Tourisme

50De par sa position géographique, son histoire, son patrimoine culturel matériel et immatériel riche et varié, la région du Souss-massa-Drâa se positionne comme un pôle touristique de premier plan au Maroc. Le secteur a connu un développement significatif, avec l’émergence des concepts de l’écotourisme et du tourisme culturel, beaucoup plus soucieux de la préservation de l’environnement et du patrimoine culturel des régions enclavées (Jlok 2012).

Industrie agroalimentaire

51Le développement de l’industrie agroalimentaire est intimement lié à l’activité agricole et halieutique. À elle seule, elle représente 70 % de l’industrie régionale. Cette activité se concentre principalement dans l’agglomération du Grand Agadir alors que, dans les autres provinces, elle concerne le traitement du lait, des produits du terroir : production de l’huile d’argan et d’olive, du miel, Amlou, distillation des roses.

Industrie minière

52Le sous-sol du Souss-Massa-Drâa regorge de minéraux (barytine, oligiste et talc) et de métaux (or, argent, cuivre, plomb, zinc). Toutefois, l’impact de cette industrie sur l’environnement (pollution de l’air et de l’eau) et sur l’infrastructure locale (destruction des routes aménagées par les villageois) est extrêmement négatif.

Émigration

53L’émigration est une pratique ancienne dans le Sous. Elle remonterait à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, pour devenir massive après la deuxième guerre mondiale. À ses débuts, cette émigration était masculine et temporaire (Adam 1972). Les Chleuhs quittaient temporairement leurs régions natales (tamazirt) vers les centres miniers ou les grands chantiers avant d’y retourner rejoindre leurs familles. À côté de cette émigration « ouvrière », les Soussis pratiquent également l’émigration « commerçante » (Adam 1972, p. 27) connue aussi chez les populations berbérophones de Djerba (Tunisie), du Mzab et de Kabylie (Algérie). Les tribus du Sous pourvoyeuses pour ce genre d’émigration se situent principalement dans l’Anti-Atlas (Ait Ɛblla, Ammeln, Amanouz, Tasserirt, Igounan, Ida Ouktir, Aït Mzal, Ida Ougndidif, Aït Souab).

54Parallèlement à l’émigration vers les villes marocaines, le Sous a servi pendant de longues années de réservoir de main-d’œuvre pour l’industrie française. Selon Ray (1937, p. 125), la population marocaine immigrée en France fin 1936 provient majoritairement du Sud marocain (à 8 ou 9 000 personnes), les non-soussis ne représentaient à l’époque qu’ « une minorité négligeable, de 5 à 8 % ».

55Le phénomène s’est accru durant la période (1956-1963) et s’est consolidé avec la signature, le 1er juin 1963, d’une convention de main-d’œuvre entre la France et le Maroc (Atouf 2011, p. 39). Les campagnes de recrutement organisées sous la houlette de Félix Mora, ancien officier des Affaires indigènes, ont ciblé particulièrement le Sud Marocain. F. Mora organisait des départs migratoires pour le bassin minier du Pas-de-Calais dans le Nord de la France. Les chants de femmes (Tizrarin) sont de véritables réquisitoires contre Félix Mora tenu pour responsable du malheur des femmes et de l’exil de leurs maris en France (El Mountassir 2011, p. 277-278).

La langue

La dénomination Sous [sus]

56D’emblée, l’on peut affirmer que l’attestation du terme Sous (ou ses variantes) n’est pas sans équivoque dans les textes des Anciens.

57À n’examiner que les hypothèses relatives à la localisation du fleuve du même nom dans les sources antiques, force est de constater que son identification est loin de faire l’unanimité des auteurs. Si Roget (1924, p. 50) et Thouvenot (1949, p. 8) font correspondre flumen Quosenum d’Agrippa mentionné par Pline l’Ancien au fleuve du Sous, Desanges (1990, p. 1175) semble moins catégorique. Pour lui, Quosenum « rivière de Couz » désignerait le Sous ou le Tansift, *-eum étant un élément suffixal. Mais le fait qu’El Bekri (1965, p. 175 et 292) fasse de Couz le port d’Aghmat autorise à l’identifier plutôt au Tansift. Quant aux éditeurs de Ptolémée, Stückelberger & Grasshoff (2006, p. 382), ils identifient le fleuve Кουσα ποταμός (Kousa potamόs) au fleuve Sous.

  • 1 Communication personnelle (septembre 2014).

58À côté de cette dénomination, on relève pour le Sous le terme de « Salsus » donné par Polybe (Mauny 1950, p. 275) dans l’indication géographique de localisation des Pharusioi* qu’il situe dans le sud Marocain « au-delà du fleuve Salsus (Sous) ». Toutefois, « le nom moderne de ce fleuve est incertain » pour les éditeurs de l’Histoire naturelle de Pline (Livre V, t. II, note 61, p. 433). Selon ces mêmes éditeurs (Liv. V, note 24, p. 428), Augustin Curion fait correspondre Subur à Sous (Pline, Liv. V, p. 428). Certains manuscrits mentionnent la variante Sousos « qui pourrait faire penser à l’oued Sous » (Desanges 1979, p. 97). Mais, eu égard à la localisation de Ptolémée situant le fleuve Soubos entre Lix (Larache) et Banasa, on n’hésitera pas à l’identifier au fleuve Sebou et non pas à l’oued Sous. Plus prudents, les éditeurs de Ptolémée, Stückelberger & Grasshoff (2006, p. 444), ne se sont pas prononcés sur l’identification de Σουβος ποταμός (Soubos potamόs) bien qu’ils aient procédé à la localisation de plusieurs autres hydronymes (Múrcia Sánchez1).

59On l’aura compris, avec des données assez vagues, imprécises et parfois contradictoires, il est difficile d’identifier le nom que les Anciens auraient attribué au Sous à travers la dénomination du fleuve qui coule dans la plaine du même nom.

60C’est aux chroniqueurs arabes que nous devons la mention du toponyme Sous (as-sûs, en arabe). Néanmoins, sur l’origine du mot, ces sources ne fournissent aucune indication. Du coup, l’origine du toponyme Sous reste inconnue. Si l’on excepte Massignon (1906, p. 193) et Afa (1988, p. 65), les études consacrées au Sous n’ont pas traité la question de l’origine du toponyme. Afa (1988, p. 65) a souligné l’absence de données écrites ou orales susceptibles d’éclaircir la signification du terme Sous. Mais, une note de son ouvrage (1988, p. 65), laisse entendre que le terme Sous se rapporte au verbe susi « sarcler » (susuy (Aoriste intensif)). Il précise, cependant, dans la même note qu’« il existe également d’autres interprétations, d’origine arabe, du mot Sous » sans toutefois les expliciter. Massignon (1906, p. 93) se demande si le toponyme ne viendrait pas à l’origine du cheval en berbère (ayyis), « le pays étant prospère à ces animaux ». Il demeure, cependant, qu’en l’absence d’indices linguistiques, notamment phonétiques et sémantiques, plus probants, il est malaisé d’établir la signification et l’origine du toponyme « Sous ».

Le tachelhit du Sous (tašelḥit / tasusit)

61D’un point de vue linguistique, la région du Sous est le domaine du tachelhit (chleuh selon la tradition française), variété dialectale du berbère (amazighe). L’épithète tasusit, dérivé de Sus, renvoie également à la variété linguistique que pratiquent les habitants de la région du Sous. Mais, généralement, ce sont les autres (locuteurs d’autres variétés amazighes – tarifit, tamazight du Maroc central – et locuteurs arabophones) qui usent de ces dénominations géographiques tasusit et asusi (pl. isusiyn) pour désigner, respectivement, la variété linguistique et la personne originaire du Sous. Les intéressés eux-mêmes font plutôt usage des termes tašlḥit pour désigner le parler et ašlḥi pour s’identifier.

62Comme toute variété régionale, le tachelhit se présente sous forme de parlers locaux qui coïncident plus ou moins avec la distribution géographique des tribus. Parmi les principales communautés tachelhitophones du Sous : Achtouken, Aksimen, Imsgginn, Ihahan, Ida Outanan, Ayt Baâmran, Ilalen, Ida Oultite, Isektan, Indouzal… Outre ces communautés, le tachelhit est usité dans des zones berbérophones en dehors du Sous (Imtougga, Idemsiren, Igdmiwen, Igliwa, Id Ouzdaghe, Ayt Ouawzgit, etc.), l’aire linguistique du tachelhit étant plus étendue. Celle-ci est délimitée au Nord par la ligne Demnat/Essaouira, au Sud par Tagounit (sud Tamgrout) et l’oued Noun (chez les Isbuya des Ait Baâmran) en passant par la chaîne du Bani (Aqa, Tata, Foum Elhsen), à l’Est par le demi-cercle Skoura / Tidziguine / Tanant (Nord-Est Demnat) (Akouaou 2012, p. 22). Mais d’après Émile Laoust : « le langage des gens du Sous – soussiya, en arabe, tasousit, en berbère – est le plus répandu des dialectes chleuhs » (1936, p. V-VI).

63Toutefois, d’un point de vue linguistique, le Sous est relativement homogène. L’intercompréhension est totale d’un bout à l’autre du domaine et le sentiment d’appartenance à la même communauté linguistique est bien vivant chez les locuteurs qui ont conscience d’être d’expression tachelhit (Galand-Pernet 1972, p. 10).

64Le tachelhit est parlé également dans les principales agglomérations du Sous (Agadir, Tiznit, Inezgane, Taroudant, Ait Melloul, Biougra, Tafraoute, Tata), etc. Il existe aussi une importante communauté chleuh dans les villes marocaines (Casablanca, Rabat, Marrakech, Fès, Meknès, Kenitra, Tanger, Laâyoune, etc.) et en Europe, surtout en France (région parisienne, Nord Pas-de-Calais, etc.), en Belgique et aux Pays-Bas.

65Outre la communauté tachelhitophone, le Sous compte également des îlots arabophones (Houara : Province de Taroudant), Ait Jerra (Province de Tiznit), une partie des Aït Amira sur la côte Atlantique au large du littoral atlantique de Tifnit, Lkhmaïs (Province d’Inezgane Aït-Melloul). La présence de ces tribus dans le Sous remonterait à l’époque almohade et au temps des infiltrations des Arabes Maâqil jusqu’en plein XVIe siècle (Marthelot 1973, p. 469).

66Le tachelhit du Sous présente un certain nombre de propriétés linguistiques par lesquelles il se distingue des autres variétés berbères. De l’époque coloniale à nos jours, les travaux qui ont porté sur le tachelhit mettent souvent en avant des caractéristiques inhérentes à cette variété linguistique.

Phonologie

67Sur le plan de la phonie, le tachelhit est décrit dans la littérature berbérisante comme étant fondamentalement un dialecte à consonantisme occlusif, contrairement aux variétés à tendance spirante (centre et nord du Maroc, Algérie (non saharienne) (Basset 1952, p. 5 ; Chaker, 1994). À côté de ce système occlusif, il existe, sporadiquement, deux sous- systèmes périphériques (Boukous 1995a, p. 45). L’un est à consonantisme spirant (ḇ, g, ḵ) et caractérise les parlers méridionaux du Haut-Atlas occidental (Ihahan, Ida Outanan…). L’autre, d’une extension géographique plus restreinte, est à tendance sifflante, les dentales s’y transformant de façon systématique en sifflantes (d > z (udm > uzm « visage » ; t > s (tarwa > sarwa « enfants, progéniture », dd > dz ; tt > ts). Ces faits phonétiques sont localisés dans quelques parlers de l’Anti-Atlas (Anzi, Ida Ousmlal) (Boukous 1981).

68La labiovélarisation marque nettement les parlers du Sud, notamment ceux de l’Anti-Atlas où les consonnes palato-vélaires (k, g, x, ɣ et q) sont souvent affectées par ce trait. Aussi des formes comme nkr « se lever », gn « se coucher » se réalisent-elles nkwr et gwn, respectivement.

69D’une façon générale, le système consonantique des parlers du Sous « apparaît comme un bon représentant du système phonologique minimum (et primitif) du berbère » (Chaker 1994, p. 1926).

70Le système vocalique ternaire (i u a) des parlers du Sous n’est guère différent de celui du berbère nord. Ces parlers se distinguent, par contre, par le statut du schwa. Évoquant les parlers du Maroc méridional, Galand (2010, p. 77) souligne que « le schwa y joue un rôle beaucoup moins important : non seulement il n’est qu’un phénomène phonétique et non un phonème, mais sa production même, variable selon le débit, est de toute façon moins fréquente que les notations des berbérisants l’ont laissé croire pendant longtemps ».

Syntaxe

71Sur un certain nombre de points-clefs, la syntaxe des parlers du Sous rejoint celle du berbère nord. À la suite de Basset (1952), d’aucuns ont souligné que l’unité de la langue berbère se manifeste d’abord au niveau syntaxique. Mais, comme le note Chaker (2013, p. 93), « la syntaxe fournit pour la classification synchronique des dialectes berbères des critères nets, certainement beaucoup plus discriminants que ceux que l’on peut trouver en phonologie et dans le lexique ».

72Dans cet ordre d’idée, les parlers berbères du Sous présentent certains traits qui en spécifient nettement la composante syntaxique. La syntaxe de l’énoncé nominal fait partie de ces traits différenciateurs, en ce sens que l’auxiliaire de prédication d n’est plus attesté, en synchronie, que dans quelques contextes bien déterminés tels que la négation (ur-d « ce n’est pas »), l’interrogation (is-d « est-ce »), la coordination (-d « ou »), la comparaison (zun-d « comme »). De ce fait, là où les dialectes berbères septentrionaux (rifain, tamazight du Moyen-Atlas, kabyle…) emploieraient la particule prédicative suivie du nominal, le tachelhit du Sous optera pour la structure verbe g « être » + nominal (prédicat nominal à copule verbale) (Chaker 1995, p. 15). Il convient, cependant, de noter, à la suite de Boogert (1997, p. 282) et Chaker (2013, p. 101) que la structure d + nom existait bien en tachelhit. Boogert l’a relevée dans les manuscrits d’Awzal (199. takna n ddunit d lixrt « the rival of this world is the Hereafter ») et Chaker dans les documents de l’époque almohade (d izem illulin, « c’est un lion noble/libre »).

73Au niveau du système verbal, le tachelhit du Sous présente des particularités qui le distinguent nettement des autres variétés berbères. Ainsi, la neutralisation de l’opposition prétérit /prétérit négatif déjà signalée par Basset (1952, p. 15) comme « une tendance évolutive » constitue aujourd’hui une tendance lourde du système verbal dans les parlers de la plaine du Sous (idda « il est parti » / ur idda « il n’est pas parti ») (Bensoukas 2009 ; Boumalk 2006). De même, le thème de l’aoriste intensif y est obligatoirement associé à une marque préverbale ar ou da en position non contrainte (ar ttawin « ils emportent »). Bien vivant en tachelhit, l’aoriste sans particule peut recevoir dans des emplois aspectuels la valeur d’un accompli, phénomène courant, d’après Galand (2002, p. 265), surtout dans les parlers du sud et du centre du Maroc.

74La temporalité semble également être un trait spécifiant le système verbal du tachelhit (Leguil 1982). Ce dialecte a procédé à la création d’un temporel du futur (rad) issu de la grammaticalisation de la forme verbale ira (il-vouloir-Prétérit /il veut/voulait) et de sa fusion avec le morphème ad (Chaker 1997, p. 197). À côté de rad, des parlers tachelhit situés dans la partie septentrionale du Haut-Atlas occidental recourent à un autre morphème préverbal pour marquer l’imminence/certitude dans le futur : ddad < idda ad (il-aller-Prétérit / il va) (Leguil 1982).

75Les verbes d’état ont en berbère une morphologie particulière (Galand 1980 ; Allaoua 1993 ; Kossmann 2009) qui a évolué dans certains parlers. Le tachelhit fait partie des variétés berbères qui ont abandonné la conjugaison suffixale caractérisant cette classe de verbes au profit d’une conjugaison ordinaire. Il a conservé, cependant, la trace de cette morphologie particulière aux verbes d’état dans les formes participiales à indice suffixal –n pour le singulier (mllul-n « étant blanc ») au lieu de i-mllul-n aligné sur la forme participiale des verbes ordinaires, mais qui concurrence fortement la première forme.

76Si la plupart des variétés berbères ont perdu les noms de nombre supérieurs à trois (Maroc central) voire à un (Rif) au profit de l’emprunt, le tachelhit a conservé la série cardinale, quoiqu’elle soit actuellement fortement concurrencée par les formes arabes (Ameur 2007). Comme dans beaucoup de langues, la syntaxe du système numéral est complexe. Ainsi, pour la détermination du nom de nombre au-dessous de dix, les parlers tachelhit ignorent la construction prépositionnelle contrairement aux parlers du Maroc central, du Rif, de Ouargla et des Aurès (Galand 2002, p. 211-217 ; Boumalk 2011, p. 53) : sin wussan d kraḍ waḍan « Deux jours et trois nuits ».

Lexique

77Le lexique des parlers du sud marocain est constitué d’un fonds lexical pan-berbère, de vocabulaires particuliers liés au milieu (relief, climat, faune, flore, etc.) et au mode de vie des populations et d’éléments d’apport étranger. L’influence des langues en contact apparait à travers la masse d’emprunts latins, arabes, français et espagnols dans le lexique tachelhit. L’arabe qui est la langue la plus pourvoyeuse en emprunts pour le berbère nord d’une façon générale représente 25% du lexique tachelhit d’après la liste diagnostic établie par Chaker (1984, p. 226).

78Pour certains champs lexico-sémantiques, les parlers tachelhit présentent des données lexicales originales qu’ils sont parfois les seuls à conserver, du moins dans les dialectes du berbère-nord. (Boukous 1995b). L’on citera le vocabulaire maritime (Laoust 1923), les noms de parenté (tima « grand-père maternel », tabtti « grand-mère paternelle », les noms de nombre (timiḍi « cent », ifḍ « mille », etc.). À côté de ces matériaux, le lexique du tachelhit en usage dans le Sous offre des données lexicales qui le spécifient nettement en synchronie : dar « chez », tigmmi « maison, demeure », fulki « être beau », aɣaras « chemin, voie, route », agayyu « tête », et bien d’autres mots grammaticaux (ɣik-ad /ɣik-ann « comme ceci/comme cela », ini « si »), ašku « parce que »), etc.

79À partir des années 1990, le tachelhit a connu une dynamique lexicale sans précédent. Les premières tentatives d’aménagement de la langue berbère au Maroc ont d’abord porté sur le renouveau du lexique. Les promoteurs langagiers dont la majorité était issue du sud marocain (Id Belkacem, Akhiat, Azayku, etc.) procédaient à la création lexicale et plusieurs néologismes mis en circulation à travers l’écrit et les médias (Boumalk 1996) sont désormais consacrés par l’usage.

80Paradoxalement, et malgré l’intérêt que peut revêtir le lexique de ces parlers, le tachelhit reste le dialecte le moins décrit d’un point de vue lexicographique. Il y avait, certes, très tôt (XIe siècle) un embryon d’outils lexicographiques qui ne s’est pas développé, étant exclusivement conservés dans les manuscrits (cf. infra). Signalons que les archives berbères du « Fonds Arsène Roux » d’Aix-en-Provence (cf. notice R33, EB LX, 2016) comportent des fichiers lexicographiques chleuhs considérables dont l’exploitation a été engagée, notamment par H. Stroomer pour la confection d’un dictionnaire général du tachelhit.

81Les outils lexicographiques publiés et portant sur cette zone dialectale datent de la première moitié du XXe siècle (Jordan 1934 ; Destaing 1920 ; Cid Kaoui 1907 ; Ibañez, 1954). Quelques travaux ont, certes, vu le jour durant la première décennie du XXIe siècle (Boumalk et Bounfour 2001 ; Elmountassir 2003 ; Adnor 2005 ; Sabir 2010), mais ils demeurent sans commune mesure avec les instruments lexicographiques berbères disponibles pour d’autres varités de berbère (Taïfi, Dallet, Delheure, de Foucauld).

Études linguistiques

  • 2 Après la décennie 70, d’autres thèses en linguistique ont été soutenues le tachelhit du Sous : E.L. (...)

82La langue en usage dans la région du Sous a bénéficié de travaux de description depuis la deuxième moitié du XIXe siècle. En témoigne la publication en 1844 de Grammaire et Dictionnaire abrégés de la langue berbère, ouvrage rédigé par Jean-Michel Venture de Paradis en 1790 sur la base de deux enquêtes menées auprès de locuteurs du sud marocain (Sous et Haha) et de Kabylie. Mais, c’est au XXe siècle que la berbérologie s’est véritablement intéressée au tachelhit (Stumme, Justinard, Destaing, Laoust, Jordan, Aspinion…). Le maître des études berbères, André Basset a bien exploité les matériaux linguistiques empruntés aux parlers du Sous dans sa thèse publiée en 1929 et dans La Langue berbère (1952). La deuxième moitié du XXe siècle a vu croître le nombre d’études de linguistique sur le tachelhit, notamment avec les travaux de Lionel Galand, Paulette GalandPernet, Alphonse Leguil, entre autres. À partir des années 1970, de jeunes chercheurs natifs de la région du Sous (Boukous, Akouaou, Hebbaz…)2 et formés en linguistique ont effectué, dans le cadre de leurs thèses de doctorat, des travaux de recherche sur les différents aspects linguistique du tachelhit (morphologie, phonétique, phonologie, syntaxe, lexicologie…). Ces travaux ont été menés dans des cadres théoriques divers (structuralisme, fonctionnalisme, générativisme avec ses différents développements) dans des universités étrangères d’abord, puis dans l’université marocaine dans les départements de langues étrangères, principalement.

La tradition écrite

83Le tachelhit du Sous est sans aucun doute la variété amazighe qui dispose d’une littérature écrite relativement ancienne. Cette production transcrite en alphabet arabe remonterait au moins au XVIe siècle (Galand-Pernet 1973, p. 369 ; Boogert 1997, p. 35). D’inspiration religieuse, cette littérature est conservée dans les manuscrits « pour être récitée ou cantillée » (Galand-Pernet 1972, p. 11). Ces textes relèvent en grande partie de la poésie et sont l’œuvre d’une élite cultivée et bilingue (amazighe/arabe). Les recueils les plus connus sont al-Ḥawḍ [le bassin] et Baḥr ddumuɛ [l’océan des pleurs], œuvres de Mohamed Ou Ali Awzal et ɛaqidat as-suluk de Brahim Aznag (XVIe siècle). À ce jour, le manuscrit d’Aznag est le plus anciennement connu (Boogert 1995, p. 120). Al-Ḥawḍ, édité en 1897 par J.-D. Luciani et en 1977 par Abdallah Rahmani, traite du droit musulman. Quant à Baḥr ddumuɛ édité par B.H. Stricker en 1960 et Boogert en 1997, il traite de la théologie musulmane.

84Outre la littérature liturgique, les lettrés du Sous ont composé également des lexiques bilingues conservés dans des manuscrits et destinés aux notaires, juristes et aux médecins. Les plus importants sont : Ibn Tunart (XIIe s.), Al-Hilali (milieu du XVIIe siècle), Omar Ibn Abdallah Ar-Rudani (XVIIIe s), le Majmuɛ al-la’iq ɛala muškili al-wata :’iq [Recueil pertinent sur la difficulté des actes] (Boogert 1998, p. 10-12).

Littérature orale traditionnelle

  • 3 On se reportera à A. Bounfour (1999, notes 12 et 13, p. 11-13), pour une discussion de l’étymologie (...)
  • 4 Pour la poésie de l’ahouach, on distingue anɛibar (joute poétique entre 2 poètes), dit également am (...)

85La littérature orale traditionnelle du Sous est riche et variée. Deux genres majeurs la caractérisent : nnḍm « versification » et amjrrd « prose ». Relève du premier genre la poésie (amarg3) avec ses différentes formes amarg n ṛṛways (poésie chantée des chanteurs professionnels), amarg n uḥwaš (chants de l’ahouach4, ajmak), tanggift (chant de mariage).

86La poésie traditionnelle est un genre chanté, non écrit, populaire et abordant diverses thématiques Bounfour (1999, p. 19). Ses répertoires proviennent, en grande partie, de certaines régions du Sous (Tiznit, Imntagn (région de Taroudant), Achtoukn, partie occidentale du Haut-Atlas (Ihahan, Ida Outanan). Certains centres urbains, tels que Casablanca, Marrakech, Dcheira-Inezgane sont connus pour abriter un grand nombre de chanteurs professionnels (ṛṛways). Parmi les chanteurs professionnels de la région du Sous, Lhaj Belaïd (décédé en 1946), Ahmed Amentag, Boubakr Anchad, El Mehdi ben M’barek, Lhoussayn Janti (décédé en 1975), Sɛid Achtouk, Tihihit, etc.

87Sidi Hemmou, grand poète du XVIIIe siècle, qualifié par la communauté des poètes de bab n umarg (Maître de la poésie) est connu à travers tout le pays chleuh par ses répertoires poétique appréciés et admirés (Amarir 1987). Bien des poèmes d’origine inconnue lui sont, à tort ou à raison, attribués (Ibid.).

  • 5 Cf. A. Bounfour, « Hemmou u Namir ou l’Oedipe berbère », Études et Documents Berbères N°14, p. 119- (...)

88Le conte (umiyyn) dont le plus connu dans la région est Ḥmmu u namir5, le proverbe (iwaliwn ddrnin), énigmes, appartiennent au deuxième genre.

89Toutes ces formes, qu’elles soient poétiques ou narratives, se transmettent de génération en génération. À partir de la fin du XIXème siècle, les Européens (Delaporte 1880 ; Stumme 1895) ont recueilli auprès des populations locales des corpus de littérature orale transcrits en alphabet latin. Au XXe siècle, le travail de collecte s’est poursuivi et s’est intensifié avec Justinard (1914), Laoust (1949-1950), A. Roux (1942), Galand-Pernet (1972), O. Amarir (1975), Moustaoui (1976, 1978, 1979, 1988), Azayku (1995), El Mountassir (2004), Assid (2011).

Néo-littérature

90Aujourd’hui, le Sous figure parmi les régions les plus actives en matière de production littéraire moderne. Mus par la volonté d’inscrire leurs œuvres dans la modernité, une génération d’auteurs issus du Sous (Ahmed Amzal, Mohammed Moustaoui, Ali Sidqi Azayku, Brahim Akhiat, Hassan Id Belkacem, Abdallah Hafidi, Safi Moumen Ali, entre autres), ont publié à partir de la fin des années 1960 des recueils de poésie, avant de s’attaquer par la suite aux autres genres littéraires (nouvelle, roman*, théâtre). Mais, ce n’est qu’à la fin des années 1990 que la production littéraire a commencé à se fixer de façon solide et durable dans le Sous. En témoigne la publication de nouvelles et de romans, deux genres peu investis jusque-là (M. Akounad, B. Laasri, A. Afulay, A. Alhyan,) et la traduction d’œuvres mondialement connues vers le tachelhit (Moumouch).

Production audio-visuelle

91Balbutiante au lendemain de l’indépendance, la production audio-visuelle d’expression tachelhit a depuis parcouru un long chemin. À ses débuts, cette production était exclusivement musicale et produite d’abord sur disque microsillon, puis sur cassette audio. À la fin des années 1980, l’avènement de la cassette VHS a marqué dans le Sous un véritable tournant dans le champ de la production artistique ; elle a suscité l’engouement du public et donné un nouveau souffle à cette production, dont la meilleure manifestation est le « cinéma-vidéo ». Une quarantaine de titres ont été produits entre 1990, date de réalisation du premier film en tachelhit Tamɣart n wurɣ (« La femme en or », réalisé par Bouyzguirne et Dabboouj) et 2005, selon l’inventaire établi par Lakhsassi (2005, p. 122). On citera également parmi les films les plus connus : Boutfunast, Tammara n tudrt (« Peines de la vie ») Tagmart n Isemḍal (« La jument des cimetières »), etc. Lakhsassi (2005) a opéré un classement des productions selon la thématique abordée : mythe et légende (5 titres), problèmes sociaux et moraux (9 titres), comédies (9 titres), autre (14 titres) et 6 (titres) sur les artistes-chanteuses (Raissa Killy, Rkya Talbnsirt, Tihiya (Tabaâmrant), etc.).

Théâtre

92Le théâtre d’expression tachelhit est né dans les années 1980. La première pièce théâtrale en tachelhite, ussan smmiḍnin (« Jours froids ») a été publiée par Safi Moumen Ali en 1983 et mise en scène dix ans plus tard (Lakhsassi 2005, p. 116). Mais, l’art dramatique s’est véritablement développé grâce au travail accompli par la troupe théâtrale Tifawin (« Les lumières ») créée à Inezgane en 1985. Par la suite, le dynamisme culturel engagé depuis la fin des années 1980 par la fondation de Maisons de jeunes, conjugué à la floraison d’associations culturelles et au lancement de la chaîne Tamazight TV8 a favorisé l’émergence d’autres troupes théâtrales. Peu à peu, le théâtre d’expression chleuh a élargi son auditoire en n’étant plus cantonné dans le seul espace traditionnel.

93Parallèlement au théâtre, la scène s’est enrichie par l’apparition du spectacle du One-man Show, initié par l’humoriste Aslal.

Patrimoine matériel

94La région du Sous dispose d’un patrimoine matériel riche et varié. L’art rupestre de certains sites de la région de Tata renvoie à différentes époques (préhistorique, protohistorique et historiques). On citera les sites d’Oum Laaleg, de Mehdaoui, les frises d’Aït Harbil, etc. (Belatik et al. 2013).

95La richesse du patrimoine architectural apparaît à travers les forteresses et greniers collectifs (agadir / pl. igudar), les Kasbahs (Ait Ben Haddou), les Ksours, les remparts (Tiznit et Taroudant). Les ouvrages hydrauliques témoignent, eux aussi, d’un savoir et d’un savoir-faire locaux très importants.

96Tous ces éléments indiquent, au-delà de leur dimension esthétique, la profondeur de la culture et des savoir-faire à travers une gestion raisonnée des ressources et une organisation socio-économique efficiente.

97Adam A., 1972 – « Les Berbères à Casablanca », Revue de l’Occident Musulman et de la Méditerranée, 12, p. 23-44.

98Afa O., 1988 – Masʔalat annuqūd fiy tāriyxi al maɣribi fiy ʔal qarni attāsiɛi ɛašar (Sūs 1822-1906), [La monnaie dans l’histoire du Maroc au XIXe siècle. Sous (1822-1906)], Publications de la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines d’Agadir, Série Thèses et mémoires n° 1.

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101Akouaou A., 2012 – L’expression de la qualité en amazighe, Rabat, Publications de l’IRCAM.

102Allaoua A., 1993 – « Les verbes de qualité en berbère et quelques remarques sur les pronoms personnels », Acta Orientalia, 54, p. 31-45.

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107Ameur M., 2007 – Emprunt et créativité en berbère : traitement en situation d’aménagement linguistique, Thèse de doctorat d’Etat, Université de Fès.

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115Belatik, M., Atki M. et Nami M., 2013 – « Le patrimoine culturel matériel de Tata, caractéristiques, état de conservation et problématique de sauvegarde », in Aït Hamza M., & El Ouafi N. (Coords.), Patrimoine culturel matériel dans la Région Souss-Massa-Draâ, Publications de l’IRCAM, Centre des Études historiques et environnementales, Série Colloques et séminaires n°35, Rabat, Imprimerie Al-Maarif Al-Jadida, p. 11-37.

116Bensoukas K., 2009 – « The loss of Negative Verb Morphology in Tashlhit : A Variation Approach », Asinag, 2, p. 89-110.

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Notes

1 Communication personnelle (septembre 2014).

2 Après la décennie 70, d’autres thèses en linguistique ont été soutenues le tachelhit du Sous : E.L. El Moujahid (1981, 1993), Y. El Ouani (1981), A. Koucha (1983), L. Bary (1983), M. Elmedlaoui (1985, 1993), Ch. Derkaoui (1986), A. Jebbour (1988, 1996), A. Elmountassir (1989, 2001), Kh. Moktadir (1989), A. Laasri (1991), K. Bensoukas (1994, 2001), Bouhlal (1994), Kh. Anasse (1994) ; A. Boumalk (1996), M. Boulahouane (1997), R. Douchaina (1996), M. Lahrouchi (2001), N. Omari (2001) ; Laabdelaoui (2003), R. Ridouane (2003), A. Adnor (2005), R., H. Makhad (2004), entre autres.

3 On se reportera à A. Bounfour (1999, notes 12 et 13, p. 11-13), pour une discussion de l’étymologie du terme amarg.

4 Pour la poésie de l’ahouach, on distingue anɛibar (joute poétique entre 2 poètes), dit également amxllf, ajuɣr ou tanḍḍamt, assuss ou tassusst poème court chanté pour conclure la joute oratoire et entamer la danse (Assid, 2011).

5 Cf. A. Bounfour, « Hemmou u Namir ou l’Oedipe berbère », Études et Documents Berbères N°14, p. 119-141.

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Pour citer cet article

Référence papier

Abdallah Boumalk, « Sous (Maroc) »Encyclopédie berbère, 43 | 2019, 7554-7579.

Référence électronique

Abdallah Boumalk, « Sous (Maroc) »Encyclopédie berbère [En ligne], 43 | 2019, mis en ligne le 01 septembre 2025, consulté le 16 juillet 2026. URL : http://journals.openedition.org/encyclopedieberbere/4804 ; DOI : https://doi.org/10.4000/14u3k

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