1Dans chaque civilisation, à côté des arts « classiques », qui représentent souvent une époque, quelquefois une classe sociale précise, il existe des arts populaires, pourtant tout aussi légitimes et parfois plus authentiques, ou du moins correspondant mieux à leurs origines et à leur temps. Ces arts populaires peuvent au fil des temps s’épurer, ou au contraire se sophistiquer, et sortir ainsi (aux yeux des puristes) de leur authenticité première (et mythique).
2Avant et à côté des figures classiques de l’art gréco-romain (les Romains ayant adopté des formes grecques, sans que nul ne le leur reproche), il existait en Afrique du Nord des formes libyco-berbères à la fois originales et multiples, dont témoignent notamment de nombreuses stèles, petits monuments monolithes dressés, généralement porteurs d’inscriptions, de symboles, de gravures ou de sculptures, commémoratives, funéraires, religieuses ou géographiques.
3Qu’elles soient funéraires ou votives (la différence n’est pas toujours évidente), elles expriment une élévation vers la (ou les) divinité(s), et sont liées dans certains cas à une cosmogonie ambiante, bien distinctes des conceptions religieuses de Rome. Elles n’ont guère été envisagées pour ce qu’elles sont, des expressions vernaculaires d’une personnalité profonde. Ces monuments, érigés sur plus d’un millénaire, appartiennent bien sûr à des formes et des styles très différents et variables, autant dans l’espace que dans le temps.
4Malheureusement le Recueil des inscriptions libyques (RIL) de Chabot, qui réunit les seules stèles portant une inscription libyque, date de 1940 (et son supplément de 1941). On manque d’un corpus général (ou plutôt, aujourd’hui, d’une base de données) des stèles antiques, libyques, libycoromaines et romaines d’Afrique du Nord, dispersées dans de multiples publications, voire restées inédites.
5Nous en avons sélectionné quelques-unes que nous avons tenté de classer par ordre plus ou moins chronologique, alors que les stèles datées sont très rares. Les difficultés sont multiples, notamment pour distinguer maladresse, rusticité et stylisation, ainsi que pour dater, même approximativement, ces petits monuments, d’autant plus que les styles, essentiellement régionaux, voire locaux, se sont certainement chevauchés dans le temps.
6Certaines stèles sont assez déconcertantes, ainsi telle stèle de Bordj el-Ksar (RIL 808, h. 2 m, ici fig. 1) de style très ancien, probablement protohistorique, avec déjà une inscription libyque contemporaine du reste de la gravure.
Fig. 1.
RIL 808, Bordj el-Ksar.
Dessin J.-P. Laporte, 2003.
7De même, telle plaque d’Azeffoun (fig. 2) qui montre des personnages imberbes, de style apparemment égyptisant (l’œil de face dans le visage de profil) brandissant une grenade et des poteries (?) et se dirigeant vers un autel qui pourrait paraître romain (?), mais qui appartient à un type déjà connu à l’époque libyco-punique. Un serpent* est figuré à gauche. L’association de traits aussi divers ne permet pour l’instant ni rapprochement ni datation.
Fig. 2.
Stèle d’Azeffoun. Dessin J.-P. Laporte, 1970.
8La grande majorité des inscriptions libyques est constituée de stèles portant simplement une inscription libyque sans dessin. Il est très difficile de les dater dans la mesure où cette écriture a traversé les siècles et où elles contiennent peu de traits discriminants. Enfin, on ne sait pas vraiment traduire ces inscriptions, où l’on ne reconnaît guère que des noms de personnes, quelques filiations, et quelques rares toponymes.
9La situation est un peu meilleure pour les stèles libyques figurées, pour lesquelles l’image peut donner quelques indications sur le contenu de l’inscription (et inversement). On a repéré pour l’instant deux groupes de stèles libyques figurées, l’un dans le Constantinois et l’autre dans la Kabylie du Djurdjura.
10Plusieurs stèles libyques figurées du Constantinois, parfois de grande taille, apparemment un peu plus anciennes que celles de Kabylie, montrent un personnage debout, tenant une longue lance, armement assez particulier dans le monde libyque (fig. 3). L’un d’eux porte un ceinturon et tient de la main gauche une épée longue. Les deux dernières comportent une inscription libyque. La seconde ne fait pas moins de 4 mètres de haut.
Fig. 3.
Grandes stèles figurées de : A - Foum el Khanga (h. : 2 m ; RIL 818, et pl. X, 2) ; B - Oued Khanga (h. : 4,13 m ; RIL 817); C - Djebel Fortas (h. supérieure à 1,85 m ; RIL 1119).
11Illustrée par la célèbre stèle d’Abizar*, la plus belle et la plus anciennement découverte, la série des stèles libyques figurées de Kabylie s’est récemment étoffée de plusieurs exemplaires découverts dans la même région, jusque sur le versant occidental de la vallée de la Soummam (fig. 4), c’està-dire plus à l’est qu’on ne le croyait jusque-là (Laporte 2015).
12Le problème a été longtemps celui de leur datation, pré- ou post-romaine (Camps et Février 1984). Les arguments en faveur d’une datation basse se sont révélés inconsistants, les arguments pour une datation haute restaient en lice mais ne donnaient pas de dates. La solution est apparue avec la découverte d’un dessin d’une stèle perdue de Toudja qui présentait encore les caractéristiques d’une stèle libyque (notamment le support formé d’une dalle naturelle brute), et déjà quelques traits romains notamment une inscription latine (Laporte 1991 et Abizar*. Supplément).
Fig. 4.
Stèles d’Abizar (A) et de Chemini (B).
Dessins J.-P. Laporte.
13Les grandes villes royales, maures et numides, étaient soumises à diverses influences puniques. Constantine en particulier a livré des stèles dédiées à Baal Hammon (Berthier 1955, p. 12-165, n° 1 à 281 ; Bertrandy et S znycer 1987) par des dédicants aux noms essentiellement puniques, mais aussi parfois libyques). Une stèle (votive ?), RIL 745, est écrite en libyque et punique. Plusieurs autres sont écrites en punique, en punique transcrit en lettres grecques et enfin en grec, ce qui témoigne directement de la politique d’ouverture de Massinissa puis de Micipsa à des mercenaires, puis des populations originaires du monde hellénique. Plusieurs sont datées du règne de Massinissa ; il en est une qui fait même allusion à Micipsa, Gulussa et Mastanabal, l’année même de la mort de leur père (Berthier et Charrier 1955, n° 58 à 63). Des stèles latines paraissent un peu plus tardives et témoignent de la diversité de la population pré-romaine de Cirta (ibid., p. 176-178, n° 1 à 7).
Fig. 5.
Stèles de Cirta n° 58 et 63 datées du règne de Massinissa et de celui de Micipsa, Gulussa et Mastanabal en 147-148 (année de la mort de Massinissa).
Clichés Berthier et Charrier.
14Une stèle numide (fig. 6) découverte à Henchir Abassa, à 2 km au nord de Chemtou*, antique Simitthus* (Carthage, 1983, p. 104, n° 149) montre un cavalier diadèmé, aux cheveux et à la barbe calamistrés selon une vieille tradition libyque ; il est vêtu d’une tunique, les manches longues sont serrées aux poignets ; la partie inférieure découvre la jambe un peu au-dessus du genou. Il porte un manteau, dont l’extrémité flotte vers l’arrière, et qui est retenu sur l’épaule droite par une fibule ronde. Le cheval est richement harnaché. Une haute selle au pommeau et au troussequin nettement visibles, recouverte d’un tapis, est fixée par une bricole vers l’avant et une croupière passant sous la queue. Le socle élevé n’a pas reçu d’inscription. Le diadème désigne certainement un chef numide, tout autant que la qualité de la sculpture.
Fig. 6.
Stèle de Chemtou.
Clichés J.-P. Laporte.
15La coiffure se retrouve sur un bloc de Chemtou (fig. 7) présentant en buste sept dieux barbus et une déesse (bandeaux sur le front).
Fig. 7.
La stèle aux 7 dieux et une déesse de Chemtou.
Cliché J.-P. Laporte.
16À l’époque romaine, on retrouve encore cette sorte de coiffure sur une représentation de la Maurétanie* sur un haut relief de l’Hadrianeum de Rome, et sur une tête découverte dans un temple dédié en 299 à la dea Maura, à Albulae, aujourd’hui Aïn Temouchent (Laporte 2010, p. 4744 et 4745).
17Certaines stèles, sans doute également datables de la période des royaumes, sont d’un style assez différent, qui révèle une influence punique relativement directe. Nous n’en citerons ici que quelques-unes.
18Sans que l’on puisse bien les situer dans le temps, des stèles de Tigzirt et de Taksebt montrent des traits plutôt puniques, des personnages schématiques les bras levés, proches du signe dit « de Tanit » (fig. 8). Elles témoignent d’une certaine punicisation* de la population côtière.
Fig. 8.
Stèles de Tigzirt et de Taksebt. Dessin Gavault, Tigzirt, 1897, p. 124, fig. 22, et calque J.-P. Laporte d’après un cliché ancien.
19On est mieux armé pour quelques bilingues libyco-puniques. La coexistence des deux textes permet dans une certaine mesure d’éclairer la compréhension de la partie libyque (bien que la signification du punique ne soit pas toujours bien établie). Elles témoignent à leur manière d’un certain degré de punicisation* de certaines populations des campagnes, notamment dans la région de Sila (Bordj el-Ksar).
20Différentes stèles bilingues libyco-punique sont reprises au RIL, ainsi l’une d’elles découverte à Ksar el-Kebch (RIL 451, ici fig. 9).
Fig. 9.
Stèle de Ksar el-Kebch. RIL 451 : Dessin Chabot.
21Une stèle bilingue libyco-punique moins connue (fig. 10) a été découverte à Cissi, moderne Cap Djinet (Gsell, Atlas, V, 57 ad. Laporte 1973 et 1994). Le texte libyque reste à expliquer. Le texte punique donne le nom (libyque ?) du défunt, Derku, habitant de Seksi, originaire de Lixus (Lecerf 1950, p. 428-438 ; Marcillet-Jaubert 1960, p. 154-155, n° 3). Seksi peut être la forme punique du toponyme libyque local (latinisé plus tard en Cissi), à moins qu’il ne s’agisse du Sexi de la côte de Bétique ?). La même inscription, à rapporter peut-être au règne de Micipsa (Février 1954), pourrait mentionner « l’assemblée du peuple » (Sznycer 1975, p. 61, n° 8), notion punique qui pourrait témoigner d’une certaine punicisation institutionnelle d’une cité de la côte maurétanienne, bien que B. D’Andrea (correspondance) pense à une simple allusion à l’origine de DRK.
Fig. 10.
Stèle bilingue de Cissi / Cap Djinet. A : Cliché Marcillet-Jaubert ; D : relevé Lecerf. D’après Marcillet, Musée, 1960, p. 152, fig. 3.
22La culture locale du début de l’époque romaine, en réalité libyco-romaine, varie suivant notablement suivant les régions. Des stèles de type grécoromain apparaissent d’abord dans les colonies romaines, puis par imitation dans d’autres centres urbains autochtones.
23Les alentours des villes romaines durent être peu à peu contrôlés par Rome avec l’appui de notables locaux, tentés en retour d’imiter ce qu’ils voyaient dans les centres urbains relativement romanisés. Les montagnes proches de Saldae (Bgayet, Bejaia, Bougie) ont livré deux exemples intéressants.
24La stèle perdue de Toudja (fig. 11 A) fait en quelque sorte le lien, une sorte de chaînon manquant, entre les stèles libyques figurées, dont elle présente encore plusieurs caractéristiques, et les stèles à registres d’époque romaine (Laporte, « Datation », 1991, p. 417n et Abizar*, complément).
Fig. 11.
Stèles de Toudja (a) et d’Ifoughalen (b). Dessin de la collection Rénier et dessin J.-P. Laporte.
25Découverte en 2006, la stèle d’Ifoughalen (fig. 11B) est une vraie bilingue. Le défunt est désigné dans le texte libyque par son nom d’origine et par le terme MSW’ qui en fait a priori un servant de l’empereur (qui ne peut être que l’empereur romain), sans doute un militaire, et dans le texte latin, par le nom Crescens, très probablement celui qu’il avait reçu à son entrée dans l’armée romaine suivant une pratique bien attestée. Revenu au pays, il avait tout naturellement repris son nom d’origine et sa place au village (Galand 2007). Chaque texte donne le nom qui intéresse le lecteur dans sa langue.
26Pendant fort longtemps la plupart des chercheurs se sont consacrés principalement aux stèles de style gréco-romain. Les villes « romaines », en réalité libyco-romaines, ont livré toutes sortes de stèles allant de la tradition gréco-romaine la plus pure à des formes plus rustiques, souvent écartées des débats. On peut tenter une autre démarche, en s’intéressant à ce qu’il y a de libyco-berbère dans un certain nombre de stèles d’époque romaine.
27La démarche a été tentée pour les stèles figurées libyco-romaines de Kabylie (et devrait sans doute l’être pour d’autres régions). Certaines stèles plus récentes, ne présentent en apparence plus aucun trait libyque, dans la mesure où l’iconographie pourrait totalement s’expliquer par la tradition gréco-romaine. Et pourtant !
28Un col peu accusé séparant les deux vallées de l’Isser et du Sebaou (Kabylie du Djurdjura) est barré par une colline rocheuse dont la garde était confiée au IIIe siècle à des notables libyques qui avaient reçu le titre romain de praefectus (CIL, VIII 9005 et 9006 ; Laporte 1991, p. 416-417). Leur iconographie est presque purement gréco-romaine et organisée sur deux registres. Celui du haut montre le défunt à cheval, parfois accompagné de cavaliers plus petits (probablement ses enfants). Celui du bas représente le repas funéraire : le défunt est représenté vivant, allongé sur son lit de repas, précédé par un trépied portant des provisions, accompagné à droite par son épouse assise, le tout complété parfois d’enfants et de serviteurs. L’épitaphe du défunt était gravée sur le bandeau séparant les deux registres. La première (fig. 11A), datée de 264, est dédiée à Milcin Mioinedin[--], / [p]rinci[pis] ex Castel(l)o Tulei et la seconde (fig. 11B), d’époque voisine, à Aumat/sinei Amdieuma, ex / Castello Tulei princeps.
29Une stèle analogue a été découverte au lieu-dit Bassia, près de Taourga, ex-Horace Vernet, en hauteur au-dessus du point d’inflexion de la vallée du Sebaou entre son cours moyen et son cours inférieur (Gsell, Atlas, VI, 27). Là encore, le défunt est désigné de manière mixte ; le nomen latin Aurelius est suivi de Bilasde filius, dans lequel Bilasde doit être le nom de son père, sans que l’on connaisse son statut social.
Fig. 12.
Stèles de Castellum Tulei et de Bassia près Taourga.
Dessins J.-P. Laporte.
30Les plus humbles se contentaient de stèles plus modestes, mais parfois bien ornées et significatives. L’une d’elles (fig. 13), découverte à Quiza, près de l’embouchure du Chélif, avait été élévée à la mémoire d’un cavalier de l’Aile des Gétules, Aurelius Masfelus. Le cognomen libyque MSFL se retrouve d’ailleurs sur une inscription libyque de la région de la Cheffia (RIL 154).
Fig. 13.
Stèle d’un cavalier gétule découverte à Quiza (CIL, VIII, 21516). D’après Doumergue, Catalogue, I, 1932, p. 80.
31Des stèles de grande taille ont été découvertes isolées dans la montagne, dans des endroits fort peu romanisés, loin des villes romaines. Plusieurs d’entre elles sont des documents de forte taille, qui représentent manifestement des chefs, à cheval, avec des insignes de pouvoir, accompagnés ou non de leur famille et/ou de serviteurs.
32Une grande stèle (fig. 14), datable des IIe-IIIe siècles après J.-C., a été découverte en 2007 (Alilat 2008) à Tazrout (commune d’Adekkar, wilaya de Bejaia). Elle surprend par ses dimensions et son décor qui couvre non seulement les deux faces, mais encore les deux tranches latérales. Les éléments de l’iconographie gréco-romaine classique (scène de chasse et repas funéraire) sont ici complétés par de nombreux ajouts, et notamment par des gardes debout armés de hautes lances, figurations inédites jusqu’ici pour des stèles de cette époque. Au milieu de la face principale, un champ épigraphique rectangulaire, resté vierge de toute inscription, est soutenu par deux personnages à demi fléchis. En dessous, le repas funéraire classique, avec divers personnages, dont deux debout et deux femmes assises sur un fauteuil en osier à haut dossier recourbé.
Fig. 14.
La stèle de Tazrout.
Dessin J.-P. Laporte.
33La partie de la face arrière qui se situait au-dessus du sol est entièrement décorée d’un registre unique. La scène semble lier le thème de la chasse et le thème du repas funéraire. Cinq groupes se suivent dans une continuité certaine : En haut à gauche, la pierre est mutilée. À droite, quatre personnes pourraient être des serviteurs. À la seconde ligne, à gauche, l’épouse du défunt entourée par deux personnages (serviteurs ?), le cavalier, un garde armé d’une lance, puis sept cavaliers (probablement les fils du cavalier principal). En bas, le cavalier principal brandissant une javeline contre trois ou quatre ours (?) poursuivis par un chien. Les tranches gauche et droite du bloc sont ornées de trois motifs superposés : un atlante, petit personnage accroupi, les bras levés, semblant supporter un demi-cylindre (qui pourrait représenter une colonne) surmonté d’un second personnage debout tenant une lance. La taille décroissante des personnages paraît suggérer une légère perspective.
34Les points saillants de cette stèle sont tout d’abord l’abondance du décor sur les quatre faces, la richesse de l’iconographie, l’amplification des scènes habituelles du cavalier et du repas funéraire par ajout de nombreux personnages, notamment des gardes armés chacun d’une grande lance, la répétition de mêmes personnages dans plusieurs groupes.
*
35Il s’est agi dans les paragraphes précédents de notables libyques investis de pouvoirs par l’autorité romaine. D’autres stèles peuvent avoir été destinées à des personnages d’un rang social moins déterminé, voire moins élevé, suffisant tout de même pour se voir élever ces monuments non négligeables à leur mémoire. Contrairement aux stèles urbaines, souvent très standardisées, la particularité de ces stèles montagnardes est à la fois de s’inspirer de modèles gréco-romains et de les traiter avec une grande liberté, tant dans le choix des motifs que dans leur assemblage.
36Sur une stèle d’Ighil Oumced (Akbou, vallée de la Soummam : Laporte 2012 ; ici fig. 15A), le défunt, encore désigné par le mot latin miles (soldat) à 75 ans (!), a bénéficié d’une iconographie purement gréco-romaine mais il avait repris son nom berbère, Lescig (?).
Fig. 15.
Stèles d’Ighil Oumced (A) et de Boukhlifa (B, C).
Dessin J.-P. Laporte, cliché Dj. Sellami.
37Sur une autre stèle (fig. 15B) découverte à Boukhlifa (wilaya de Bejaia), seule est représentée la scène de chasse (bien qu’aucun animal ne soit figuré). En revanche, détail unique dans toute la région, son épouse est représentée debout derrière le cheval. C’est le seul exemple connu (toujours dans la région) de représentation au naturel d’une femme aux longues tresses (fig. 16).
Fig. 16.
L’épouse sur la stèle de Boukhlifa. Cliché Dj. Sellami.
38La mise en série de plusieurs stèles de Kabylie permet à la fois de situer dans le temps les stèles libyques figurées de type Abizar* (Laporte 1991) et de réfléchir sur la continuité du mode d’encadrement des tribus depuis l’Antiquité préromaine jusqu’à la fin de l’époque romaine (Laporte 2008). Depuis, la découverte de nouvelles stèles dans la vallée de la Soummam a conforté cette idée (Laporte 2014). Le classement chronologique de cet ensemble (fig. 17) permet de montrer à la fois une certaine fidélité au passé et l’adoption progressive de traits gréco-romains, une certaine acculturation, que l’on aurait tort de prendre comme un reniement ou une soumission, tant la région vit au IIIe siècle la grande révolte des Quinquegentanei*.
Fig. 17.
Mise en série des stèles d’Abizar (derniers siècles avant J.-C.), Taourga (Ier siècle après) et de Castellum Tulei (IIIe siècle après).
Dessins J.-P. Laporte.