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« “Les rythmes de la vie nue” : enjeux phénoménologiques de l’interdisciplinarité du baroque (Wölfflin, Chastel, Raymond, Rousset) »

« “The Rhythms of Naked Life” : Phenomenological Stakes of the Interdisciplinarity of the Baroque (Wölfflin, Chastel, Raymond, Rousset) »
Maxime Cartron

Résumés

Le but du présent article est de montrer comment plusieurs chercheurs, historiens de l’art et de la littérature, se sont attachés, pour aller contre la tare lexicologique originelle du baroque, à faire son histoire à partir de paradigmes disciplinaires. En effet, parler du baroque, c’est souvent défendre une méthode ou un champ particulier du savoir. Cependant, à certains égards, il semble que le baroque se caractérise par son interdisciplinarité, voire par son omnidisciplinarité. C’est pourtant bien avant tout, ou du moins en premier lieu à l’histoire de l’art que se rattache le concept de baroque. Dès lors, il importe de saisir et de déplier une trajectoire herméneutique singulière : celle de la migration du baroque de l’histoire de l’art vers l’histoire littéraire. Pour déterminer comment et pourquoi celle-ci s’accomplit, l’enjeu est d’évaluer la part prise au sein de ce processus par la concordance de l’analyse et de la définition du baroque avec une approche phénoménologique, entendue comme mise en évidence de la prégnance, aussi bien dans l’art que dans la littérature définis comme tels par les critiques, du sensible : en remontant à ses sources premières pour saisir le protocole affectif engagé par les œuvres qu’ils étudient, ces derniers font du baroque un style d’existence.

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Texte intégral

  • 1 Françoise Graziani, Variété du conceptisme, Paris, Classiques Garnier, « Lire le XVIIe siècle », 20 (...)

1Dans l’introduction de Variété du conceptisme, Françoise Graziani rappelle à propos du baroque que « l’histoire des mots a une portée idéologique »1. De fait, il semble que ce terme illustre à la perfection une telle affirmation, comme en témoignent les deux étymologies fétiches des exégètes, faisant tantôt du baroque une perle irrégulière, tantôt un syllogisme pédant et creux. Le but du présent article est de laisser de côté cette querelle de mots, et de montrer comment plusieurs chercheurs, historiens de l’art et de la littérature, se sont plutôt attachés, pour aller contre cette tare lexicologique originelle, à faire l’histoire du baroque à partir de paradigmes disciplinaires. C’est le cas d’André Chastel, qui déclarait dans un article de 1944 :

  • 2 André Chastel, « Sur le Baroque français », Trois études sur le XVIe siècle, Paris, Les Éditions de (...)

Le terme de « baroque » vient de l’histoire de l’architecture. Il a servi à désigner, par opposition à l’art plus sévère de Palladio (1508-1580) qui s’épanouit à Vicence l’art des architectes romains successeurs de Michel-Ange et surtout de Vignole (1507-1573), dont l’église du Gesu commencée en 1568 annonce l’esprit décoratif et « dynamique ». Il s’agit d’un style où l’architecture « ondule », où les effets plastiques s’emparent des monuments, dans une outrance théâtrale et puissante, dont le maître est sans doute avec Francesco Borromini (1599-1667), l’illustre Bernin (1598-1680) que Louis XIV invita en 1665 à venir à Paris, pour achever la reconstruction du Louvre2.

  • 3 Sur cette préoccupation constante de l’auteur de Marsile Ficin et l’art, on se reportera notamment (...)
  • 4 Eugénio d’Ors, « La Querelle du Baroque à Pontigny », Du Baroque [1935], trad. Agathe Rouart-Valéry (...)
  • 5 Sur cette question, je me permets de renvoyer à mon ouvrage : Jean Rousset : traduire et compiler l (...)

2Ce qu’il est intéressant de noter ici, c’est que « baroque » est un terme d’emblée déterminé sur le plan disciplinaire, Chastel cherchant à développer, à défendre et à illustrer l’histoire de l’art3. Mon hypothèse de départ est donc que parler du baroque, c’est souvent défendre une méthode ou un champ particulier du savoir. Cependant, à certains égards, il semble que le baroque se caractérise par son interdisciplinarité, voire par son omnidisciplinarité. On connaît à ce titre le mot d’Eugenio d’Ors : « ce phénomène intéresse, non seulement l’art, mais toute la civilisation, et même, par extension, la morphologie de la nature »4. Ainsi, contrairement à Chastel et d’autres avec lui qui considèrent que le baroque stricto sensu concerne l’architecture romaine du XVIIe siècle, certains chercheurs ont tenté de lui allouer des frontières temporelles, géographiques5 et, partant, disciplinaires, beaucoup plus vastes, comme on s’en aperçoit ici : le baroque en vient à constituer un paradigme opératoire pour les sciences du vivant.

  • 6 A. Sauvagnargues fait observer que le baroque est « exemplaire pour le statut même de l’histoire de (...)

3C’est pourtant bien avant tout, ou du moins en premier lieu, à l’histoire de l’art que se rattache le concept de baroque6. Comme le remarque Giulio Carlo Argan en 1964 :

  • 7 G.-C. Argan, L’Âge baroque [1964], trad. Arnaud Tripet, Genève, Skira, 1989, p. 7. 

Bien qu’étendue à toutes les formes de la vie, l’idée de Baroque reste surtout liée à l’art, comme manifestation sensible du mouvement, du rythme, des valeurs de l’existence7.

4Dès lors, il importe de saisir et de déplier une trajectoire herméneutique singulière : celle de la migration du baroque de l’histoire de l’art vers l’histoire littéraire. Pour déterminer comment et pourquoi celle-ci s’accomplit, l’enjeu sera d’évaluer la part prise au sein de ce processus par la concordance de l’analyse et de la définition du baroque avec une approche phénoménologique, entendue comme mise en évidence de la prégnance, aussi bien dans l’art que dans la littérature définis comme tels par les critiques, du sensible : en remontant à ses sources premières pour saisir le protocole affectif engagé par les œuvres qu’ils étudient, ces derniers font du baroque un style d’existence.

« Éprouver en soi la réalité des formes sensibles »

  • 8 Frédéric Dassas, Présentation de Du Baroque d’E. d’Ors, op. cit., p. VII.
  • 9 « L’art (classique) du XVIe siècle et l’art (baroque) du XVIIe doivent être placés, quant à leur va (...)
  • 10 Voir J.-P. Maquerlot, « Baroque et maniérisme : pertinence d’une approche par les arts visuels ? L’ (...)
  • 11 Notons que dans « La beauté du Classicisme », paru en 1941 parmi les Réflexions sur l’histoire de l (...)

5En première instance, la nécessité s’impose de revenir à Wölfflin, dont les travaux, rappelle Frédéric Dassas, « portent en germe une part immense des études baroques »8. C’est en effet, on le sait, de sa distinction dénuée d’axiologie entre art classique et art baroque9, dont procèdent les fameux cinq critères distinctifs de l’art baroque, que découle la définition de la catégorie de baroque littéraire qui a connu le plus de succès : celle de Marcel Raymond et Jean Rousset10. On rappellera quels sont ces critères, qui se trouvent dans les Principes fondamentaux de l’histoire de l’art, parus en 191511 :

1. Le passage du « linéaire » au « pictural » ; c’est-à-dire de la considération de la ligne en tant que conductrice du regard, à la dévalorisation croissante de cette ligne

2. Le passage d’une présentation par plans à une présentation en profondeur. L’art classique dispose les parties en plans parallèles ; le baroque, lui, conduit le regard d’avant en arrière.

3. Le passage de la forme fermée à la forme ouverte.

4. Le passage de la pluralité à l’unité.

  • 12 H. Wölfflin, Principes fondamentaux de l’histoire de l’art…, op. cit., p. 15-17.

5. La clarté absolue ou la clarté relative des objets présentés. Cette opposition touche de près à celle du linéaire et du pictural : d’une part, la présentation des choses telles qu’elles sont et s’offrent à la sensation plastique du toucher, d’autre part, la présentation des choses telles qu’elles apparaissent, considérées dans leur ensemble ou plutôt en leurs qualités non plastiques12.

  • 13 Sur son rôle clé dans la définition et la diffusion de la notion de baroque, voir Guy Catusse, « Au (...)
  • 14 H. Wölfflin, « Classique et Baroque », trad. Claire et Marcel Raymond, Lettres, n3, juillet 1944, (...)
  • 15 M. Raymond, « Classique et baroque dans la poésie de Ronsard », Concinnitas. Beitrage zum Problem d (...)
  • 16 Paris, José Corti, 1955.
  • 17 Ibid., p. 26.

6Traducteur de l’ouvrage avec son épouse Claire, Marcel Raymond13 connaît mieux que personne ces fameux critères, dont le couple avait déjà donné deux avant-textes, en 1944 et quelques mois avant la publication chez Plon de leur traduction intégrale14. Cette proximité intellectuelle avec Wölfflin est également attestée par l’article que Raymond publie en 1944 dans les mélanges offerts à l’historien de l’art. Dans ce texte d’hommage, il envisage déjà l’application à Ronsard des catégories wölffliniennes15. Mais c’est en 1955, avec son « Préalable à l’examen du baroque littéraire français » qui ouvre Baroque et renaissance poétique16 que Raymond discute plus spécifiquement la possible importation de ces critères à la littérature. Il les y envisage comme « cinq couples de principes (ou catégories) antithétiques, soit cinq points de vue différents mais cependant solidaires et convergents sur la réalité à la fois complexe et une de l’œuvre d’art »17, et les expose comme suit :

  • 18 Ibid.

1) La présentation linéaire (classique) s’oppose à la présentation picturale (baroque)18.

  • 19 Ibid., p. 27.

2) La présentation par plans distincts s’oppose à une présentation en profondeur19.

  • 20 Ibid.

3) La forme fermée s’oppose à la forme ouverte20.

  • 21 Ibid., p. 28.

4) L’unité qui enferme une multiplicité d’éléments (classique) s’oppose à une unité complexe ou globale (baroque) »21.

  • 22 Ibid.

5) La clarté absolue des objets présentés s’oppose à une moindre clarté22.

7On distingue nettement une volonté de restituer presque à l’identique les critères de Wölfflin. La raison en est donnée dans un article de 1961, qui réalise un premier bilan :

  • 23 M. Raymond, « Le Baroque littéraire français (état de la question) » [1961], Vérité et poésie. Étud (...)

Même si l’on pose que le baroque est une « catégorie de l’esprit », à laquelle correspondent une Weltanschauung et des attitudes intérieures, il reste qu’il est d’abord perceptible comme catégorie esthétique. L’historien des lettres aura toujours avantage à ne pas spéculer dans l’abstrait, mais à se reporter aux productions des arts figuratifs d’où a été tiré le concept qu’il prétend appliquer, à éprouver en soi la réalité des formes sensibles qu’il s’agit de confronter à celle du langage.23

8Comme Jean Rousset, dont il avait dirigé la thèse de doctorat, parue en 1953 sous le titre La Littérature de l’âge baroque en France. Circé et le paon, Raymond indique explicitement la dépendance de l’histoire littéraire à l’égard de l’histoire de l’art. Rousset réduit cependant pour sa part à quatre les critères wölffliniens :

1. L’instabilité d’un équilibre en voie de se défaire pour se refaire, de surfaces qui se gonflent ou se rompent, de formes évanescentes, de courbes et de spirales ;

2. La mobilité d’œuvres en mouvement qui exigent du spectateur qu’il se mette lui-même en mouvement et multiplie les points de vue (vision multiple) ;

3. La métamorphose ou, plus précisément : l’unité mouvante d’un ensemble multiforme en voie de métamorphose ;

  • 24 J. Rousset, La Littérature de l’âge baroque en France. Circé et le paon [1953], Paris, José Corti, (...)

4. La domination du décor, c’est-à-dire la soumission de la fonction au décor, la substitution à la structure d’un réseau d’apparences fuyantes, d’un jeu d’illusions24.

9La question se pose alors des modalités d’application de tels critères, le transfert de l’image au texte n’allant pas de soi. Dans la thèse de Rousset on trouve, à titre d’exemple, une timide tentative intersémiotique à propos de Corneille :

  • 25 Ibid., p. 205.

Corneille remarque également que l’Illusion est inachevée : on ne sait ce que deviennent les principaux acteurs, qui « se dérobent plutôt au péril qu’ils n’en triomphent » ; en d’autres termes, l’action et la pièce ne coïncident pas exactement (à propos de peinture baroque, Wölfflin parlerait de « forme ouverte »)25.

10Cette méthode d’analyse ne rencontre pas l’unanimité des commentateurs. Dans un article paru l’année suivante et consacré à la « situation de Wölfflin », soit à la place de l’historien de l’art suisse dans l’élaboration des modèles disciplinaires, Chastel affirme :

  • 26 A. Chastel, « Situation de Wölfflin », Revue d’esthétique, vol. 7, n3, 1954, p. 286. 

De récentes tentatives, conduites avec assez de talent pour que l’on sente bien dans leur échec le défaut d’une méthode, ont montré que le danger de faire jouer les schémas wölffliniens dans l’histoire littéraire tient surtout à cette raideur chronologique qui infirme l’analyse, puisque l’on néglige les rapports contrastés qui en sont la raison d’être pour ne retenir que la position absolue d’un des termes objectivement identifiés26.

  • 27 On peut aussi penser à Pierre Kohler, qui siégea dans le jury de thèse de Rousset et écrivait en 19 (...)
  • 28 A. Chastel, « Situation de Wölfflin », art. cit., n. 1 p. 286.
  • 29 A. Chastel, « La Littérature de l’âge baroque en France. Circé et le Paon par Jean Rousset », Bibli (...)
  • 30 Ibid., p. 402.
  • 31 Ibid., p. 402-403.
  • 32 Voir A. Chastel, « Henri Wölfflin, européen », [3-1-1946, Le Monde], L’Image dans le miroir, Paris, (...)

11Il s’agit clairement d’un marquage territorial visant à tuer dans l’œuf l’approche de Rousset27, que Chastel identifie comme sa cible en note, en renvoyant directement à La Littérature de l’âge baroque en France et à son propre compte rendu de l’ouvrage, paru la même année dans la Bibliothèque d’Humanisme et Renaissance. L’historien de l’art ajoute de plus – suprême infamie des guillemets – que « le “baroque littéraire” est à la mode »28. Le compte rendu est encore plus sévère, Chastel y assénant, notamment, « l’auteur a mis une sorte de coquetterie à fuir ses responsabilités »29 et « bien que le maître des Kunstgeschichtliche Grundbegriffe soit évoqué plusieurs fois, l’auteur n’en tire aucun parti »30. De surcroît, le recenseur semble se crisper tout spécialement devant ce qu’il identifie comme une absence de la peinture : « mais où la négligence semble le plus coupable, c’est pour la peinture : objet premier des analyses de Wölfflin pour donner un sens au baroque, elle s’évanouit ici sans raison »31. La hargne de Chastel, qui n’aurait pourtant pas dû s’étonner de la prédominance de l’architecture romaine, dont il faisait en 1944 le centre névralgique de l’idée de baroque, laisse apparaître son objectif implicite : il s’agit pour lui de conserver comme spécifique au territoire de l’histoire de l’art les théories de Wölfflin, dont il défendait farouchement l’héritage dans un article du Monde quelques années auparavant32 afin de sauvegarder les bases disciplinaires d’une histoire de l’art française encore en quête de légitimation institutionnelle.

« Rendre la vision dans sa totalité »

12Cette tentative interdisciplinaire serait-elle pourtant une simple stratégique rhétorique de Rousset, engendrant un caprice médiatique, une « mode » vide de sens sur le plan scientifique ? Telle n’est pas l’opinion de V.-L. Tapié, qui défend vigoureusement l’opinion inverse à celle de Chastel ; l’utilité et la pertinence de cette approche ne font pour lui pas de doute :

  • 33 V.-L. Tapié, Baroque et classicisme [1957], Paris, Hachette, 1980, p. 69.

À Jean Rousset et à Marcel Raymond les œuvres plastiques du seicento romain fournissent les caractères véritables du baroque ; elles prêtent une sorte de définition au baroque dont leurs analyses retrouvent la présence dans le théâtre et la poésie.33

13Une insatisfaction à l’égard de ce passage de l’histoire de l’art à l’histoire littéraire persiste cependant chez Rousset lui-même, qui dans un article de 1980 revient en ces termes sur la question :

Des formes plastiques et visuelles, des volumes architecturaux à l’univers des mots et de la phrase, au texte littéraire, il y a un abîme, un monde de différences, que j’ai franchi trop rapidement, par le biais d’équivalences thématiques, de correspondances métaphoriques. J’éprouve maintenant le besoin d’une réflexion théorique ouvrant la voie à de nouvelles méthodes aptes à confronter rigoureusement des systèmes sémiotiques différents : comment passer de l’iconique au verbal ? Des arts visuels aux arts de la parole écrite ou parlée ? peut-on déterminer, avec le maximum de précision, les traits distinctifs du mode dramatique et du mode narratif ? Cette recherche s’élabore en divers lieux, elle n’est pas encore au point, que je sache. Voilà peut-être l’occasion de nouveaux débats auxquels il conviendrait d’inviter des spécialistes de la rhétorique et de la sémiologie, entre autres...34

  • 35 Il faut attendre D. Souiller pour que soit esquissée une tentative de sortir de ce modèle herméneut (...)

14Un tel repentir n’explique pas pour autant l’influence considérable de Wölfflin sur l’histoire littéraire du baroque35, qui demeure constante alors même que l’utilité pragmatique et méthodologique du transfert de ses critères est mise en doute par ceux-là même ayant réalisé cette opération. C’est que Raymond et Rousset, bien plus que les critères proprement dits, retiennent avant tout l’influx phénoménologique que leur insuffle leur créateur, comme on s’en aperçoit à lire plus en détail ce que Wölfflin dit au juste de ses critères. Ainsi, à propos du premier, « linéaire et pictural » :

  • 36 H. Wölfflin, Principes fondamentaux…, op. cit., p. 15-16.

D’une façon plus générale, on a affaire d’une part à une manière de saisir les corps en leurs caractères palpables – contours et surfaces ; de l’autre, à un mode d’appréhension qui repose sur la seule apparence visuelle et peut renoncer pour cela au dessin « plastique ». Dans le premier cas, l’accent porte sur les limites des objets, dans le second, l’apparition joue hors de limites précises. La vision plastique, s’appuyant sur les contours, isole les objets ; pour un œil qui voit « picturalement », les objets au contraire s’enchaînent. L’intérêt consiste, la première fois, à embrasser les objets corporels distincts, ayant une réalité stable et tangible ; il consiste plutôt, la seconde fois, à rendre la vision dans sa totalité, telle une apparence flottante36.

  • 37 Ibid., p. 17.
  • 38 M. Raymond, « Préalable à l’examen du baroque littéraire français », op. cit., p. 28.
  • 39 Ibid., p. 26.
  • 40 Ibid., p. 27.
  • 41 Plusieurs critiques ont déjà rapproché la pensée de Wölfflin de la phénoménologie. On se reportera (...)

15Cette distinction, bien plus que de créer des catégories stables et univoques, met en évidence le retour aux choses mêmes qui motive leur création. C’est un art dont « la composition, la lumière, la couleur », ses éléments constitutifs, « mènent leur vie propre »37 que décrit Wölfflin : la puissance affective de ce qui se présente comme une sorte de force élémentaire dépasse allègrement le cadre de l’analyse pour s’autonomiser. Or chez Raymond la trajectoire interprétative est identique : non seulement cite-t-il la phrase donnée à l’instant à propos du cinquième critère38, mais encore reprend-il à l’identique, au sujet du premier, l’idée d’« embrasser des objets corporels distincts, ayant une réalité stable et tangible »39, qu’il juge propre au classicisme et oppose dans les termes mêmes de sa traduction à une volonté de « rendre la vision dans sa totalité, telle une apparence flottante »40, apanage à ses yeux du baroque. On s’avise par conséquent de la prégnance du corps dans le processus artistique étudié par Wölfflin41, prégnance que l’on retrouve fidèlement chez son exégète.

  • 42 H. Wölfflin, Principes fondamentaux…, op. cit., p. 73.
  • 43 Ibid., p. 31.
  • 44 Ibid.
  • 45 Ibid., p. 73.

16Une telle détermination existentielle s’explique par la démarche philosophique de Wölfflin, qui s’attache ouvertement à exposer des « oppositions fondamentales dans la manière de concevoir l’univers (Weltanschauung) »42, de sorte que ses critères ne constituent pas des cases dans lesquelles ranger les œuvres, mais des instruments d’investigation permettant de distinguer d’une part « la forme » en son « caractère de permanence » et, de l’autre, celle-ci comme pure « fonction » où « le mouvement prédomine »43. D’un côté – et c’est le classique – « la main qui a pris connaissance du monde des corps en palpant son contenu plastique » ; de l’autre – et c’est le baroque – « l’œil qui est devenu sensible aux richesses du monde matériel, dans leur variété infinie »44. Le baroque est dès lors conçu comme un style par essence phénoménologique, puisqu’il relève de « la présentation de la vie palpitante » là où le classicisme, « patrie des formes pures », cherche à « incarner des proportions éternellement vraies dans leur perfection »45. Une dynamique existentielle du corps, engagée par l’inscription du regard au cœur du monde s’oppose à une stase idéelle de l’esprit, mue par le toucher : le baroque est tout entier tendu vers l’incarnation tandis que le classique progresse vers sa sublimation intellectuelle.

« Une énergie interne qui veut s’extérioriser »

  • 46 On connaît le mot de Jean Starobinski sur la critique de Raymond : « je ne dirais pas qu’elle est s (...)
  • 47 M. Raymond, « Agrippa d’Aubigné », Génies de France, Neuchâtel, La Baconnière, « Cahiers du Rhône » (...)
  • 48 M. Raymond, « Agrippa d’Aubigné », op. cit., p. 85.
  • 49 Ibid.
  • 50 Jacques Derrida, L’Écriture et la différence, Paris, Seuil, 1967.
  • 51 M. Raymond, « Agrippa d’Aubigné », op. cit., p. 85.

17Raymond et Rousset ont très tôt une conscience assez nette de cet état de fait46, le premier développant une perspective en tous points similaire à celle de Wölfflin dans un texte de 1942 sur Agrippa d’Aubigné, version remaniée d’un article paru initialement en 1936 dans les mélanges Albert Lefranc, son maître en Sorbonne47. Raymond y expose l’idée selon laquelle « le baroque des écrivains n’est pas celui des peintres et des architectes, qui est dominé de façon plus directe par les traditions d’école ou d’atelier, mais il puise aux mêmes sources et il est en rapport avec les mêmes courants sociaux »48, ce qui encourage la perception « des ressemblances de sujet ou de thème, des inspirations communes »49. Cette différance – au sens derridien du terme50 – au sein même de l’identique est prolongée par une constatation dont la teneur phénoménologique dérivant directement de Wölfflin est patente. Raymond défend en effet l’hypothèse voulant que le baroque recherche « le contact frais et viril d’une réalité tourmentée »51, puisqu’à ses yeux :

  • 52 Ibid., p. 85-86.

Le baroque véritable naît de cette prise directe, il épouse les rythmes de la vie nue. Il n’en va pas autrement en littérature. C’est là ce qui confère une valeur exemplaire à la poésie de d’Aubigné, en son Printemps, qui est la première en date des manifestations indiscutable du baroque littéraire.52

18Appréhendé comme un style originaire épousant sans médiation aucune le sensible brut (« les rythmes de la vie nue »), le baroque permet, via l’histoire de l’art, d’instituer la valeur d’Agrippa d’Aubigné, d’en faire l’auteur source du baroque littéraire, au double sens du terme. Cette démarche se double cependant d’une précaution :

  • 53 Ibid., p. 86.

Mais il ne faudrait pas user inconsidérément, en littérature, de la notion de style collectif, si familière aux historiens des arts plastiques et de la musique. En fixant l’étendue de son pouvoir d’explication, on évitera d’abuser d’elle, de lui demander le secret du génie53.

  • 54 Ibid.

19Phénoménologique est également la démarche d’individuation portée par ce constat, qui privilégie l’individu créateur à l’école, Raymond se réclamant à nouveau de l’auteur des Principes fondamentaux, tout en tissant un autre lien étroit entre histoire de l’art et histoire littéraire : « il n’est rien dans la production d’un grand artiste, peintre ou écrivain, qui ne devienne personnel »54 dans la mesure où

  • 55 Ibid. Évoquant Rubens pour prouver son irréductible individualité, Raymond en parle dans des termes (...)

Wölfflin lui-même, qui s’est appliqué à réduire, par un génial effort d’abstraction, l’opposition des baroques et des classiques à cinq couples de catégories (« Grundbegriffe ») – Wölfflin nous conseillerait la prudence : les grands peintres, après avoir accueilli les données de la tradition de leur époque ou de leur école, les aménagent à leur gré. Rembrandt est seul, bien qu’il soit loisible de reconnaître dans ses toiles les structures ou le clair-obscur du baroque.55

20Une note de bas de page vient enfin parachever ce raisonnement ; l’interdisciplinarité du baroque n’est pas pour Raymond autre chose qu’un moyen d’insuffler à sa critique une existentialité qui est celle de la phénoménologie :

  • 56 Ibid., n. 8 p. 240.

On sait que plusieurs critiques (hors de France) ont essayé d’appliquer à l’étude des textes littéraires, au prix de quelques corrections et des transpositions indispensables, les cinq couples de catégories que Wölfflin a tirés de l’examen d’œuvres classiques et baroques. On peut douter, cependant, que ce travail d’adaptation conduise à des résultats décisifs, et mette aux mains du critique un « passe-partout », un ensemble de critères infaillibles. Ces catégories sont liées en effet aux habitudes de la vision ; celle-ci a besoin pour s’exercer de l’espace et ne peut se projeter dans la durée, qui est le milieu propre aux textes littéraires, sans se plier à des conditions nouvelles56.

21Loin de ruiner par avance la portée de l’application des critères en 1955, cette déclaration lui procure au contraire toute l’épaisseur existentielle dont elle a besoin pour être fonctionnelle et efficace :

  • 57 Ibid., p. 240-241.

Wölfflin nous donne le moyen de prendre contact avec des formes, des structures, de fixer un degré d’équilibre ou de déséquilibre, de percevoir les parties d’un tout et la loi immanente de leur organisation. Mais un roman, un poème, sont des produits intelligibles de la pensée où chaque mot porte sens ; et nous avons la possibilité d’atteindre directement cette substance mentale57.

  • 58 Ibid., p. 241.

22Raymond, en saisissant avec une acuité rare la portée phénoménologique de la pensée wölfflinienne, l’investit en profondeur afin de dévoiler par et pour la littérature les « incidences d’ordre métaphysique, qui sont capables d’illuminer toute une perspective de l’art »58. Raymond va même plus loin que Wölfflin, puisqu’en 1955 il rejette les scrupules de ce dernier sur le mouvement comme critère du baroque :

  • 59 M. Raymond, « Préalable à l’examen du baroque littéraire français », op. cit., p. 41.

Les mots portent sens, la forme ne se laisse pas séparer de son contenu sans quelque violence et artifice, les rythmes manifestent leur présence dans une durée, les « troubles de l’âme » produisent dans le discours des accidents et des ruptures, la structure même du texte témoigne de cette impatience des limites dont parle Wölfflin. On ne saurait se dispenser d’adopter cette idée du mouvement comme un critère valable en littérature. Et l’argument prouvera d’autant plus que le mouvement sera plus véhément, plus contrasté, qu’il manifestera, plutôt qu’une démarche libre et évasive, une sorte d’énergie élémentaire59.

  • 60 Ibid., p. 60.
  • 61 Ibid., p. 41.

23La cohérence de cette démonstration éclate, Agrippa d’Aubigné étant à nouveau convoqué en sa qualité de poète qui « répond le mieux à l’idée d’une stylistique du baroque »60 : selon Raymond, « les figures du Jugement dernier » des Tragiques « sont animées par une extraordinaire poussée vitale »61. C’est une stylistique existentielle que pratique le critique genevois. Mais loin de n’être qu’une variante de son approche phénoménologique générale, mise en avant par Starobinski, elle est spécifiquement calquée sur l’esthétique baroque définie par Wölfflin.

  • 62 « Tout classicisme étant, par la loi, intellectualiste, est, par définition, normal, autoritaire. T (...)

24On s’aperçoit par ailleurs que cette valorisation du mouvement n’est pas sans revêtir des accents vitalistes très proches de ceux d’Eugenio d’Ors62 :

  • 63 Ibid., p. 41-42.

Si le baroquisme est mouvement, il est commandé par une énergie interne qui veut s’extérioriser, par une puissance qui se déploie dans le langage. Le besoin d’une expression de plus en plus vive et comme stupéfiante, mais aussi nuancée, hachée, amenuisée, – le crescendo, le rinforzando, mais aussi le diminuendo – est la conséquence de ce dynamisme, de l’ethos et du pathos qui veulent s’exprimer dans tous les registres de la puissance et de la délicatesse. L’artiste économise rarement ses moyens, il pense atteindre par cette voie au maximum d’efficacité63.

  • 64 Ibid., p. 42.

25Raymond conclut que « l’univers entier se sensibilise, en tant que répertoire de formes expressives et symboliques où l’homme croit retrouver sa physionomie »64, retrouvant, via les trois termes empruntés à la rhétorique musicale (crescendo, rinforzando, diminuendo), l’omnidisciplinarité du baroque, qui traverse toutes les disciplines en ce qu’il s’apparente à une véritable théorie du sensible phénoménologique, le critique remontant pour parachever son étude aux sources affectives premières du baroque :

  • 65 Ibid., p. 62.

Un certain potentiel vital ou spirituel qui exige d’être dépensé (…). Une certaine tension, ou poussée élémentaire, qui draine les puissances de la vie et les force à se manifester spontanément par des structures et des formes auxquelles la stabilité sera probablement ce qui manquera le plus. Une sorte de Sturm und Drang, un enthousiasme premier, antérieur même à toute détermination d’idées ou de sentiments, à toute vision, à tout choix délibéré dans la riche étoffe du monde ou dans le répertoire universel des symboles, voilà ce qui devrait conduire naturellement à l’expression baroque65.

  • 66 Cette réflexion prolonge les conclusions d’un précédent article : « Baroque : anatomie d’une fascin (...)

26En postulant ce rapport co-naturel entre « la riche étoffe du monde » et « l’expression baroque », Raymond réussit le tour de force d’unifier le concept en subsumant son ancrage disciplinaire par la grâce d’une perspective ontologique, ce qui le rend disponible à de nouveaux emplois et, par-dessus tout, lui confère une expressivité aussi inédite que puissante66.

« À l’origine »

  • 67 Rousset consacrera un ouvrage à l’éblouissement amoureux : Leurs yeux se rencontrèrent. La scène de (...)

27Chez Rousset, la présence originaire du baroque se négocie d’une autre manière, par l’intermédiaire de l’écriture, puis de la réécriture de scènes d’éblouissement, de première vue pourrait-on dire67. Or à nouveau, Wölfflin est le modèle herméneutique de cette démarche puisque ce dernier écrit dans « L’Italie et le sentiment germanique de la forme » :

  • 68 H. Wölfflin, Réflexions sur l’histoire de l’art, op. cit., p. 164.

Paradoxalement, plus d’un a eu la révélation de la valeur de l’architecture des cathédrales septentrionales, lorsqu’il se trouvait sous la coupole de Saint-Pierre à Rome : l’idée d’un art non pas de l’Être harmonieux mais de l’émotion passionnée.68

28Dans La Littérature de l’âge baroque en France on se trouve dès l’ouverture du livre face à une telle scénographie affective de l’émerveillement, à la réserve près que c’est de l’architecture allemande que part l’enthousiasme de Rousset pour le baroque, avant de se fixer à Rome :

  • 69 J. Rousset, La Littérature de l’âge baroque en France…, op. cit., p. 7.

À l’origine lointaine de cet essai, il y eut une sorte de coup de foudre devant la féérie décorative et mouvante du Zwinger de Dresde et le merveilleux ensemble de façades et de coupoles qui dominaient la grande boucle de l’Elbe. Loin de se démentir, cette inclination s’est fortifiée au vu des églises de Bavière et d’Autriche pour se fixer en un durable amour au contact de la Rome du Bernin. Ainsi se nourrit un goût constant pour tout ce qui de près ou de loin touchait au Baroque et, par voie de conséquence, au problème du Baroque littéraire69.

29Tout au long de sa carrière, le successeur de Raymond à Genève va creuser l’impact de cette scène sur sa vision du baroque comme style du sensible brut, qui conditionne l’engagement autobiographique situé au cœur de l’acte critique :

  • 70 J. Rousset, « Mon Baroque », Lettere Italiane, n46, 1994, p. 51.

Au début de ce qui fut pour moi une aventure, à la fois personnelle et liée à notre temps, il y a la convergence d’une rencontre et d’un problème d’histoire et de critique. La rencontre : une expérience sensible et j’ose dire : amoureuse qui a conjugué deux villes et leurs architectures : en Allemagne du Sud, Würzburg et dans ses environs l’église de Vierzehnheiligen, œuvres l’une et l’autre d’un grand architecte, Balthasar Neumann, je dois le dire rapidement entrevues : une première intuition tout au plus. Et ensuite décisive, l’autre ville : Rome et ses grands constructeurs du Seicento. Une rencontre donc, d’ordre visuel et affectif70.

  • 71 Voir Christophe Bourgeois, « Le baroque ou l’impossible adieu : regards rétrospectifs sur l’aventur (...)

30Cette reprise insistante de la scène originaire du baroque est capitale puisqu’elle continue, en dépit de la propension de Rousset à l’autocritique71, d’ancrer solidement l’histoire littéraire dans les brisées de l’histoire de l’art jusqu’au testamentaire Dernier regard sur le baroque :

  • 72 J. Rousset, Dernier regard sur le Baroque. Petite autobiographie d’une aventure passée, Paris, José (...)

À l’origine il y eut une rencontre, avec tout ce que le terme contient d’émotion : l’enchantement éprouvé devant une architecture qu’on disait baroque, rapidement entrevue dans les campagnes bavaroises avant que la confirmation me vînt des grands créateurs, la triade romaine Bernin, Borromini, Cortone. Ce fut d’abord, j’en conviens, une fascination, un éblouissement, ce qui veut dire plaisir et aveuglement ; novice en ces choses, mal préparé à la lecture des édifices, trop peu attentif aux structures, je fus sensible au spectacle : façades ondulantes et voûtes en trompe-l’œil dans leur mise en scène séductrice, places, statues et fontaines. L’émerveillement n’est pas un programme de travail, il suffit à en nourrir le désir. J’étais donc sensible à ce que m’offraient à voir des architectes, des décorateurs ; mon terrain était cependant la littérature, c’est aux textes que je prétendais transposer une première expérience visuelle.72

31Si les critères wölffliniens se sont évaporés, la perspective existentielle qui a donné lieu à leur tentative de transposition à la littérature est plus présente que jamais : le baroque est et demeure une « première expérience visuelle » unissant lisible et visible littéraire par la performativité phénoménologique que le critique lui prête.

« Le déchaînement des énergies »

  • 73 A. Chastel, « Sur le Baroque français », art. cit., p. 185.

32Un fait singulier et d’autant plus révélateur de cette union des disciplines grâce au baroque est perceptible dans l’article publié par Chastel en 1944 : l’historien de l’art accomplit en quelque sorte le chemin inverse de Rousset, puisque la détermination phénoménologique y est exprimée en première instance d’un point de vue littéraire, au sujet de la Première semaine de Théophile et – encore et toujours – des Tragiques d’Agrippa d’Aubigné, « deux œuvres énormes, boursouflées et exaltées » qui « révèlent, à l’origine du baroque, le déchaînement des énergies qui jette l’âme au paroxysme de son effort et de son émotion »73. On a presque l’impression de lire ici un passage de l’article de Raymond tiré des Génies de France, que Chastel connaissait très vraisemblablement. La suite du développement résonne tout aussi curieusement avec le propos de cet ouvrage :

  • 74 Ibid., p. 186-187.

la poétique baroque de la vision cherche à créer les conditions physiques et spirituelles d’une exaltation. Le langage n’enserre pas son objet, il ne l’isole pas : il le délivre plutôt, il le déchaîne. Le centre du poème n’est pas dans le poème même, qui se déploie dans une composition ouverte. L’acte poétique consiste en la création d’un mouvement qui brasse dans ses images le monde et le surnaturel. Ces vastes constructions qui font penser à la Légende des Siècles et à La Fin de Satan, livrent peut-être le plus grand effort qui ait été fait en langue française, pour charger les mots de pouvoirs exaltants et leur faire exprimer et décrire l’imaginaire74.

33Ce retournement méthodologique démontre à nouveau, s’il en était besoin, la fécondité phénoménologique du baroque dérivé des travaux de Wölfflin – on reconnaît ici le troisième critère, la « forme ouverte » –, qui chamboule les paradigmes disciplinaires, Chastel partant de la littérature pour mieux revenir à l’art :

  • 75 Ibid., p. 201.

Le baroque est fait d’une certaine luxuriance des formes. Il procède du sentiment d’une abondance naturelle et d’une riche circulation vivante où, même sous des compositions régulières, des ondulations souples relient des êtres épanouis. Telles sont les compositions et les paysages de Rubens. Aussi la forme baroque est-elle moins en son fond, l’expression du règne de l’esprit que des puissances de la nature. L’art baroque est ouvert sur la variété et le désordre du monde. L’homme s’y mêle et y circule avec une complaisance active et une sorte d’abandon violent, insoucieux de séparer le monde moral de l’univers sensible, et moins pressé d’ordonner l’abondance naturelle que de jouir de sa saveur75.

  • 76 A. Chastel, « La Littérature de l’âge baroque en France. Circé et le Paon par Jean Rousset », art.  (...)

34En procédant de la sorte, l’historien de l’art entend explicitement réaliser « une phénoménologie artistique et poétique de l’époque »76 qu’il reproche à Rousset de n’avoir pas tentée, ou du moins réussie. Mais au-delà de ce jeu de concurrence disciplinaire, un dénominateur commun demeure : le pouvoir sans réserve du sensible, dont le baroque est à la fois, chez Wölfflin, Chastel, Raymond et Rousset, l’incarnation et le déclencheur.

***

  • 77 M. Raymond, Paul Valéry et la tentation de l’esprit, Paris, La Presse française et étrangère-Oreste (...)
  • 78 Sur cette question, je me permets de renvoyer à mon ouvrage à paraître : « Au seuil d’une présence (...)
  • 79 On trouvera les pièces du débat dans L’Esprit européen, Neuchâtel-Genève, La Baconnière-Librairie A (...)

35Un tel rapprochement entre baroque et phénoménologie, qui avait au départ tout pour surprendre, s’avère en définitive logique, en particulier en raison de la dimension idéologique qui s’en dégage : la « communication avec des choses réelles »77 que recherchent Raymond et Rousset les conduisent à rejeter le « progrès » technique, au nom du sentiment poétique de l’existence décrit préalablement78. Il est hautement significatif, à cet égard, qu’un tel dessein ait conduit Raymond à s’opposer à la phénoménologie de Merleau-Ponty, moins technophobe que celle d’Heidegger79 : son baroque doit bien davantage au versant allemand de cette philosophie qu’à ses continuateurs français.

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Notes

1 Françoise Graziani, Variété du conceptisme, Paris, Classiques Garnier, « Lire le XVIIe siècle », 2019, p. 10.

2 André Chastel, « Sur le Baroque français », Trois études sur le XVIe siècle, Paris, Les Éditions de la Nouvelle France, 1944, p. 181. 

3 Sur cette préoccupation constante de l’auteur de Marsile Ficin et l’art, on se reportera notamment à H. Zerner, « André Chastel, historien de l’art », Revue de l’Art, n93, 1991, p. 75-77 ; S. Chauffour, S. Frommel et M. Hochmann (dir.), André Chastel (1912-1990) : histoire de l’art et action publique, Paris, INHA, 2013 ; C. Gamba, A. Lemoine et J.-M. Pire (dir.), Argan et Chastel. L’historien de l’art savant et politique, Paris, Mare et Martin, 2014 ; S. Frommel, M. Hochmann et P. Sénéchal (dir.), André Chastel. Méthodes et combats d’un historien de l’art, Paris, Picard, 2015 ; D. Hervier, E. Renzulli et alii, André Chastel : portraits d’un historien de l’art (1912-1990). De sources en témoignages, Paris, La Documentation française, 2020.

4 Eugénio d’Ors, « La Querelle du Baroque à Pontigny », Du Baroque [1935], trad. Agathe Rouart-Valéry, Paris, Gallimard, « Folio essais », 2000, p. 78.

5 Sur cette question, je me permets de renvoyer à mon ouvrage : Jean Rousset : traduire et compiler le baroque, préface de Thomas Hunkeler, Genève, Droz, « Courant critique », 2023 ; ainsi qu’à mon article : « Le Baroque et l’Histoire : politiques d’une catégorie esthétique d’Eugenio d’Ors à Jean Rousset », Être de son siècle, Mathilde Bernard, Carole Boidin, Flavie Kerautret et Florence Tanniou (dir.), Fabula / Les Colloques en ligne, à paraître.

6 A. Sauvagnargues fait observer que le baroque est « exemplaire pour le statut même de l’histoire de l’art » et se propose de « réfléchir sur le travail de nomination qui préside à l’élaboration d’une étiquette descriptive en histoire de l’art – ce qui pose aussi bien le problème du statut d’une telle discipline » (« Le goût baroque comme détermination d’un style : Wölfflin, Deleuze », Appareil, no9 : « Penser l’art, penser l’histoire », 2012,

https://journals.openedition.org/appareil/1413, § 6). Voir aussi H. Hills, qui remarque que « l’idée de baroque était fondamentale dans la formation même de la discipline de l’histoire de l’art en tant que telle » (Rethinking the Baroque, Burlington, Ashgate, 2011, p. 3-4).

7 G.-C. Argan, L’Âge baroque [1964], trad. Arnaud Tripet, Genève, Skira, 1989, p. 7. 

8 Frédéric Dassas, Présentation de Du Baroque d’E. d’Ors, op. cit., p. VII.

9 « L’art (classique) du XVIe siècle et l’art (baroque) du XVIIe doivent être placés, quant à leur valeur, sur un pied d’égalité. Le mot classique n’implique donc ici aucun jugement de valeur, car il y a aussi un classique du baroque. Le baroque ne représente ni le déclin ni la perfection du classique, pour ce motif qu’il est de par son origine même, de caractère foncièrement différent. Impossible de schématiser l’art occidental, dans les temps modernes, par une simple courbe ascendante, horizontale, puis descendante, car cette courbe a deux sommets. On peut accorder sa sympathie à l’un ou à l’autre de ces deux arts, mais il importe de savoir que l’on décide alors arbitrairement » (Heinrich Wölfflin, Principes fondamentaux de l’histoire de l’art. Le problème de l’évolution du style dans l’Art Moderne [1915], trad. Claire et Marcel Raymond, Paris, Plon, 1952, p. 15).

10 Voir J.-P. Maquerlot, « Baroque et maniérisme : pertinence d’une approche par les arts visuels ? L’itinéraire de Jean Rousset », Études Épistémè, n9, 2006, https://journals.openedition.org/episteme/2527 ; J. Zanetta, « “La dérive commence”. L’École de Genève à l’épreuve des catégories de Wölfflin », L’Histoire de l’art et ses concepts. Autour de Heinrich Wölfflin, Danièle Cohn et Rémi Mermet (dir.), Paris, Éditions Rue d’Ulm, 2020, p. 125-137.

11 Notons que dans « La beauté du Classicisme », paru en 1941 parmi les Réflexions sur l’histoire de l’art (Gedanken zur Kunstgeschichte), Wölfflin donnera comme critères de l’œuvre d’art classique les cinq suivants : « 1. La plasticité. 2. Forme fermée et mesure. 3. Grandeur et simplicité. 4. La clarté. 5. Idéalité et nature » (trad. Rainer Rochlitz, Paris, Flammarion, « Champs arts », 1997, p. 58).

12 H. Wölfflin, Principes fondamentaux de l’histoire de l’art…, op. cit., p. 15-17.

13 Sur son rôle clé dans la définition et la diffusion de la notion de baroque, voir Guy Catusse, « Aux origines du “baroque littéraire” en France : 1935-1950. Aperçus historiographiques », Les Dossiers du Grihl, n6-2, 2012,

http://journals.openedition.org/dossiersgrihl/5060

14 H. Wölfflin, « Classique et Baroque », trad. Claire et Marcel Raymond, Lettres, n3, juillet 1944, p. 11-25 ; « Linéaire et pictural », trad. et prés. Claire et Marcel Raymond, Revue de Suisse, Genève, n10, 20 octobre 1952, p. 51-65.

15 M. Raymond, « Classique et baroque dans la poésie de Ronsard », Concinnitas. Beitrage zum Problem des Klassischen Heinrich Wölfflin zum achtzigsten Geburtstag am 21. Juni 1944 zugeeignet, Basel, Benno Schwabe & Co. Verlag, 1944, p. 139-173.

16 Paris, José Corti, 1955.

17 Ibid., p. 26.

18 Ibid.

19 Ibid., p. 27.

20 Ibid.

21 Ibid., p. 28.

22 Ibid.

23 M. Raymond, « Le Baroque littéraire français (état de la question) » [1961], Vérité et poésie. Études littéraires, Neuchâtel, La Baconnière, 1964, p. 159.

24 J. Rousset, La Littérature de l’âge baroque en France. Circé et le paon [1953], Paris, José Corti, 2002, p. 181-182.

25 Ibid., p. 205.

26 A. Chastel, « Situation de Wölfflin », Revue d’esthétique, vol. 7, n3, 1954, p. 286. 

27 On peut aussi penser à Pierre Kohler, qui siégea dans le jury de thèse de Rousset et écrivait en 1947 : « la notion de baroque, introduite ici pour la première fois dans un manuel de littérature française, a été définie au siècle dernier par l’histoire de l’art avant d’être adoptée par l’histoire littéraire. Elle convient mieux, sans doute, à la poésie allemande, italienne, anglaise qu’à celle de la France. Le baroque cependant a été une mode européenne, à laquelle la France n’a pas échappé. C’est plus apparent dans l’architecture et l’art décoratif que dans les lettres. Mais la poésie tourmentée d’un Agrippa d’Aubigné et de plusieurs lyriques de son temps, les drames violents et désordonnés joués par ses contemporains, les romans d’aventures et d’amours sans vraisemblance qui vont charmer longtemps la société précieuse, équivalent en littérature aux façades creuses ou bombées, aux frontons brisés, aux colonnes tordues, aux ornements gracieux ou pesants qui fleurissent la pierre des murs, le plâtre des plafonds et le bois des meubles. Ce style mouvementé, somptueux, pathétique, tourmenté, a remplacé en Italie dès le XVIe siècle, le style calme, régulier, des édifices de la Renaissance » (Histoire de la littérature française, t. 1. Des origines à la fin du XVIIe siècle, Lausanne, Payot, 1947, p. 122-123).

28 A. Chastel, « Situation de Wölfflin », art. cit., n. 1 p. 286.

29 A. Chastel, « La Littérature de l’âge baroque en France. Circé et le Paon par Jean Rousset », Bibliothèque d’Humanisme et Renaissance, t. 15, n3, 1953, p. 401.

30 Ibid., p. 402.

31 Ibid., p. 402-403.

32 Voir A. Chastel, « Henri Wölfflin, européen », [3-1-1946, Le Monde], L’Image dans le miroir, Paris, Gallimard, « Idées », 1980, p. 47-49, qui veut à tout prix faire du maître suisse un modèle européen, alors même que plusieurs éléments de son œuvre pointent au contraire vers le nationalisme ethnique. La bibliographie sur ce débat insoluble étant immense, on se contentera de renvoyer à Hans Belting, The Germans and their Art. A Troublesome Relationship [Die Deutschen und ihre Kunst. Ein schwieriges Erbe, 1993], trad. Scott Kleager, New Haven-London, Yale University Press, 1998 ; Heinrich Dilly, « Heinrich Wölfflin : Histoire de l’art et germanistique entre 1910 et 1925 », trad. Diane Meur, Revue germanique internationale, no 2, 1994, p. 107-122 ; Joan Hart, « Une vision fictive : la trajectoire intellectuelle de Wölfflin », trad. Anne-Cécile Padoux, Relire Wölfflin, Paris, École nationale supérieure des beaux-arts, « Conférences et colloque du Louvre », 1995, p. 63-93 ; Martin Warnke, « L’emprise de son époque sur Heinrich Wölfflin », ibid., p. 95-119 ; Daniel Adler, « Painterly Politics : Wölfflin, Formalism and German Academic Culture (1885-1915) », Art History, n27/3, 2004, p. 431-456 ; Éric Michaud, Histoire de l’art : une discipline à ses frontières, Paris, Hazan, 2005 et « Wölfflin en France : du racialisme au structuralisme », Cahiers du Musée national d’Art moderne, n° 152, 2020, p. 89-103 ; Michela Passini, La Fabrique de l’art national. Le nationalisme et les origines de l’histoire de l’art en France et en Allemagne (1870-1933), Paris, Éditions de la Maison des Sciences de l’Homme, « Passages/Passagen », 2012 ; Wilhelm Schlink, « “Ein Volk, eine Zeit, eine Kunst”. Heinrich Wölfflin über das nationale Formgefühl », L’Idée du style dans l’historiographie artistique. Variantes nationales et transmissions, Rome, Antonio Brucculeri et Sabine Frommel (dir.), Rome, Campisano, 2012, p. 165-176 ; Ute Engel, Stil und Nation. Barockforschung und deutsche Kunstgeschichte (ca. 1830 bis 1933), Paderborn, Wilhelm Fink Verlag, 2014 ; Evonne Levy, Baroque and the political language of formalism (1845-1945) : Burckhardt, Wölfflin, Gurlitt, Brinckmann, Sedlmayr, Basel, Schwabe Verlag, 2015.

33 V.-L. Tapié, Baroque et classicisme [1957], Paris, Hachette, 1980, p. 69.

34 J. Rousset, « Sur l’actualité de la notion de Baroque », Baroque, no 9-10, 1980, https://journals.openedition.org/baroque/532, § 8.

35 Il faut attendre D. Souiller pour que soit esquissée une tentative de sortir de ce modèle herméneutique. Sur cette problématique, voir J.-P. Maquerlot, art. cit.

36 H. Wölfflin, Principes fondamentaux…, op. cit., p. 15-16.

37 Ibid., p. 17.

38 M. Raymond, « Préalable à l’examen du baroque littéraire français », op. cit., p. 28.

39 Ibid., p. 26.

40 Ibid., p. 27.

41 Plusieurs critiques ont déjà rapproché la pensée de Wölfflin de la phénoménologie. On se reportera sur ce sujet à C. Zilberberg, Présence de Wölfflin, Limoges, Presses Universitaires de Limoges, 1992 ; R. Recht, « Du style aux catégories optiques », Relire Wölfflin, Paris, École nationale supérieure des beaux-arts, « Conférences et colloque du Louvre », 1995, p. 33-60 ; L. Wiesing, La Visibilité de l’image : histoire et perspectives de l’esthétique formelle [2008], trad. Carole Maigné, Paris, Vrin, « Essais d’art et de philosophie », 2014 ; M. Hagelstein, « Heinrich Wölfflin (1864-1945) », Dictionnaire Arts et émotions, Mathilde Bernard, Alexandre Gefen et Carole Talon-Hugon (dir.), Paris, Armand Colin, 2015, p. 460-461 ; Mildred Galland-Szymkowiak, « Empathie (Einfühlung) et écriture de l’histoire de l’art chez Heinrich Wölfflin », Phantasia, vol. 1, 2015, https://popups.uliege.be/0774-7136/index.php ?id =354. Voir également l’édition des Prolégomènes à une psychologie de l’architecture [1886] dirigée par Bruno Queysanne, Paris, Éditions de la Villette, « École d’architecture de Grenoble », 2005.

42 H. Wölfflin, Principes fondamentaux…, op. cit., p. 73.

43 Ibid., p. 31.

44 Ibid.

45 Ibid., p. 73.

46 On connaît le mot de Jean Starobinski sur la critique de Raymond : « je ne dirais pas qu’elle est sans méthode ; elle est précisément fondée sur une méthode, dans la mesure où elle est fortement inspirée par la phénoménologie. Chez Marcel Raymond, on perçoit la présence d’une phénoménologie “appliquée” dont il a pu faire la connaissance grâce à ses amitiés allemandes » (« Débat final », Pierre Grotzer (dir.), Albert Béguin et Marcel Raymond. Colloque de Cartigny, Paris, José Corti, 1979, p. 254).

47 M. Raymond, « Agrippa d’Aubigné », Génies de France, Neuchâtel, La Baconnière, « Cahiers du Rhône », 1942, p. 68-87. Dans les notes de fin de volume, Raymond rappelle que « cette étude a paru pour la première fois, sous une forme sensiblement différente et abrégée, dans le volume de Mélanges d’histoire littéraire offert au professeur Abel Lefranc (Paris, E. Droz, 1936) » (Génies de France, op. cit., p. 239).

48 M. Raymond, « Agrippa d’Aubigné », op. cit., p. 85.

49 Ibid.

50 Jacques Derrida, L’Écriture et la différence, Paris, Seuil, 1967.

51 M. Raymond, « Agrippa d’Aubigné », op. cit., p. 85.

52 Ibid., p. 85-86.

53 Ibid., p. 86.

54 Ibid.

55 Ibid. Évoquant Rubens pour prouver son irréductible individualité, Raymond en parle dans des termes similaires à ceux employés au sujet de Rembrandt, puisqu’il nomme la « palpitation secrète » de la « couleur » et de « l’éclat » des œuvres du peintre (ibid).

56 Ibid., n. 8 p. 240.

57 Ibid., p. 240-241.

58 Ibid., p. 241.

59 M. Raymond, « Préalable à l’examen du baroque littéraire français », op. cit., p. 41.

60 Ibid., p. 60.

61 Ibid., p. 41.

62 « Tout classicisme étant, par la loi, intellectualiste, est, par définition, normal, autoritaire. Tout baroquisme étant vitaliste, est libertin, et traduit un état d’abandon et de vénération devant la force. C’est pourquoi le classicisme est aussi appelé humanisme, en dénomination presque synonyme. Le baroque, en revanche, a un sens cosmique, bien nettement révélé par le fait de son éternelle prédilection pour le paysage. Pour le paysage et pour le folklore » (E. d’Ors, Du Baroque, op. cit., p. 100-101).

63 Ibid., p. 41-42.

64 Ibid., p. 42.

65 Ibid., p. 62.

66 Cette réflexion prolonge les conclusions d’un précédent article : « Baroque : anatomie d’une fascination historiographique », Les ismes et catégories historiographiques. Formation et usage à l’époque moderne, D. Dumouchel et C. Leduc (dir.), Québec, Presses de l’Université Laval, « Mercure du Nord », 2021, p. 231-248.

67 Rousset consacrera un ouvrage à l’éblouissement amoureux : Leurs yeux se rencontrèrent. La scène de première vue dans le roman, Paris, José Corti, 1981.

68 H. Wölfflin, Réflexions sur l’histoire de l’art, op. cit., p. 164.

69 J. Rousset, La Littérature de l’âge baroque en France…, op. cit., p. 7.

70 J. Rousset, « Mon Baroque », Lettere Italiane, n46, 1994, p. 51.

71 Voir Christophe Bourgeois, « Le baroque ou l’impossible adieu : regards rétrospectifs sur l’aventure de Jean Rousset », GEMCA : Papers in progress, t. 1, 2012, p. 61-73.

72 J. Rousset, Dernier regard sur le Baroque. Petite autobiographie d’une aventure passée, Paris, José Corti, « Les Essais », 1998, p. 13-14.

73 A. Chastel, « Sur le Baroque français », art. cit., p. 185.

74 Ibid., p. 186-187.

75 Ibid., p. 201.

76 A. Chastel, « La Littérature de l’âge baroque en France. Circé et le Paon par Jean Rousset », art. cit., p. 403.

77 M. Raymond, Paul Valéry et la tentation de l’esprit, Paris, La Presse française et étrangère-Oreste Zeluck éditeur, 1946, p. 51.

78 Sur cette question, je me permets de renvoyer à mon ouvrage à paraître : « Au seuil d’une présence nue ». Phénoménologies baroques.

79 On trouvera les pièces du débat dans L’Esprit européen, Neuchâtel-Genève, La Baconnière-Librairie Alexandre Jullien, « Histoire et société d’aujourd’hui », 1947.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Maxime Cartron, « « “Les rythmes de la vie nue” : enjeux phénoménologiques de l’interdisciplinarité du baroque (Wölfflin, Chastel, Raymond, Rousset) » »Études Épistémè [En ligne], 43 | 2023, mis en ligne le 15 septembre 2023, consulté le 14 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/episteme/16869 ; DOI : https://doi.org/10.4000/episteme.16869

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Auteur

Maxime Cartron

Maxime Cartron est actuellement chargé de recherches du FNRS à l’UCLouvain (Belgique) et postdoctorant Banting à l’Université de Sherbrooke (Québec), où il développe sous la supervision du Professeur Nicholas Dion un projet de recherche intitulé « Enquête sur les usages politiques de la notion de baroque ». Il a publié L’Invention du Baroque. Les anthologies de poésie française du premier XVIIe siècle (Classiques Garnier, coll. « Lire le XVIIe siècle », série « Discours critiques », 2021) et Jean Rousset : traduire et compiler le baroque (préface de Thomas Hunkeler, Genève, Droz, « Courant critique », 2023). Ses travaux portent également sur l’histoire de l’édition et de l’appropriation des œuvres (avec Sophie Abdela et Nicholas Dion (dir.), Histoire de l’édition : problématiques et enjeux des partages disciplinaires (XVIe-XVIIIe siècle), Paris, Classiques Garnier, 2023), sur les rapports texte-image, et plus particulièrement sur la problématique du mouvement et de la mémoire en contexte iconotextuel (diverses publications, dont un numéro de Littératures classiques en deux tomes consacré à l’idée de réillustration du XVIe au XXIe siècle, 2023).

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