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Articles de critique brésilienne traduits

Une nation se fait avec de la littérature

A nation is made of literature
Tereza Virgínia Ribeiro Barbosa

Résumés

Cet article discute l’intérêt pour les textes littéraires de chercher à reproduire les variantes dialectales et sociolinguistiques – ou “métaplasmes”. Ce procédé est généralement considéré comme un outil permettant de briser les préjugés culturels et linguistiques, comme chez Homère ou chez João Guimarães Rosa dans

Grande Sertão : Veredas. Les travaux de Teresinha Ward nous rappellent cependant que le procédé n’est pas en lui-même gage de l’“hospitalité langagière” dont parle Ricœur. À propos de deux œuvres du tournant des XIXe et XXe siècles, A escrava Isaura de Bernardo Guimarães (1875) et Rei negro, de Coelho Neto (1914), Ward a montré au contraire le rôle typifiant et disqualifiant du même procédé. Nous suggérons que la reproduction esthétique de la diversité d’une communauté linguistique est un acte politique quand ces variantes sont présentées comme des composantes du paysage linguistique d’une nation ; et nous avons fait pour notre part des propositions pour une traduction d’Homère qui cherche à rendre compte de ces métaplasmes.
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Texte intégral

  

   
Ce texte est la traduction d’un article de la Revista Épicas, revue du Centro Internacional e Multidisciplinar de Estudos Épicos (CIMEEP, Brésil), associé de longue date du Projet Épopée (voir ici-même les présentations par sa directrice, Christina Ramalho, dans Projet Épopée [En ligne], livraisons 2018 et 2019).
Traduction du brésilien, finalisée et annotée à partir d’une base DeepL par Inès Cazalas, Université de Paris, URP 441, Cerilac ; Eden Viana Martin, Université de Pau, Alter- Arts/Langages ; Mathilde Mougin, Université Grenoble Alpes, UMR 5316, Litt&Arts et Luciano César Garcia Pinto, professeur à l’Université Fédérale de São Paulo (UNIFESP) en Langue et Littérature Latines.
   

Introduction

1

1Cet article discutera la puissance des

métaplasmes 2ee

I. Métaplasmes et “hospitalité

2Pour situer notre propos, on peut penser à Paul Ricœur discutant la conception du mythe de Babel par Steiner (apud RICŒUR, 2004, p. 34). Là où Steiner lit cet épisode comme une

op. cit.

(...) Je voudrais revenir sur l’interprétation du mythe de Babel, que je ne voudrais pas clore sur l’idée de catastrophe linguistique infligée aux humains par un dieu jaloux de leur réussite. On peut aussi lire ce mythe, ainsi d’ailleurs que tous les autres mythes de commencement qui prennent en compte des situations irréversibles, comme le constat sans condamnation d’une séparation originaire (...). Pour donner plus de force à cette lecture, je rappellerai avec Umberto Eco que le récit de

Genèse XIGenèse XI

Nous aimerions prolonger la citation, mais dans le cadre de cet article, Ricœur n’est qu’un mot d’ordre pour élargir le sujet et replacer la traduction dans le cadre plus large de la variation linguistique et de l’urgence d’écouter la parole des autres : il nous suffit de souligner sa proposition de voir le monde sous un angle positif et de conclure, sans démagogie, que le mythe de Babel nous présente un acte original de puissance vitale. Ainsi, nous comprenons que c’est l’existence même des différences qui permet le bonheur de pouvoir traduire et de pratiquer

3C’est ainsi que nous jugeons sans crainte que l’incorporation des dialectes régionaux – comme Homère l’a fait dans ses poèmes et comme, selon nous, on peut le faire dans les traductions d’Homère – serait importante et utile pour le Brésil. En ce sens, nous suggérons qu’il serait utile de reproduire la diversité linguistique dans la traduction des épopées grecques. Nous cherchons le moyen de le faire à travers des choix lexicaux prudents – en suivant l’exemple de Guimarães Rosa – sans distorsions ou fautes linguistiques ou orthographiques

3

Homère et Guimarães Rosa ou l’“hospitalité

4Guimarães Rosa est donc notre guide, dans le travail que nous avons engagé de traduire des extraits des poèmes homériques en trouvant des équivalents aux formes dialectales grecques qui y sont présentes. Nous appelons

4, etc.5

5Concernant Homère, c’est en effet un lieu commun des chercheurs d’admettre que la caractéristique la plus frappante des poèmes homériques (et en même temps leur principale difficulté) est la variété des formes qu’ils présentent

67Iliade8João Guimarães Rosa : homem plural, escritor singular

6Nous posons ici que l’

Iliade Odyssée, Grande Sertão : Veredas mineirês9

7De nombreux linguistes et comparatistes ont fait état de cette impression ; nous voudrions ici la développer un peu, dans un entre-deux entre philologie et analyse littéraire du grec ancien, et études brésiliennes. Nous nous plaçons par-là dans la continuité des travaux d’Elizabeth Hazin, Walnice Nogueira Galvão, Maria Célia de Moraes Leonel, Teresinha Souto Ward, Edna Maria do Nascimento, Christian Werner et Patrizia Colina Bastianetto, entre autres.

Pour une nouvelle traduction d’Homère

8Aussi bien dans l’

Iliade Grande Sertão : Veredas, 10

9La traduction des textes homériques en général ne rend pas compte de ces éléments hétérogènes, dont elle donne une version “lissée

10Si l’on suit Zumthor dans sa distinction entre le texte écrit – dans sa permanence – et le texte oral strictement assujetti à l’exigence présente de la performance (Zumthor, 1987), on peut admettre que le texte écrit qui mime l’oral (par les métaplasmes et le style de formulation) participe des effets des deux – écrit

etetcpolitique

11Avant de développer ce point, il faut noter cependant que le fait de faire apparaître des idiolectes et des éléments qui dévient du portugais standard dans un texte destiné au lecteur éduqué n’est cependant pas en soi une acceptation de l’autre. De nombreux auteurs ont fait apparaître la différence géographique ou sociale – ont utilisé des métaplasmes. L’effet peut être au contraire une mise à distance et une disqualification.

II. Un procédé ambivalent

12Teresinha Ward permet de cerner le problème quand elle commente les romans de deux auteurs brésiliens du tournant des XIX

eeA escrava IsauraRei negro

13Le premier aplatit les différences sociolinguistiques, “lisse

Quelle langue parlent ces esclaves ? Les différents niveaux sociolinguistiques de la situation réelle ne sont pas représentés. Le narrateur et les esclaves parlent le même portugais. Bien que, comme d’autres auteurs romantiques, Bernardo Guimarães incorpore une certaine suggestion d’oralité (...), il présente dans

A escrava Isaura11

Pour le second,

Rei Negro

Bien que ce passage reproduise également la voix du narrateur et des esclaves de l’intérieur du Brésil, les esclaves de Coelho Neto parlent dans une langue “réaliste-naturaliste

12ansim –uaiguënta aguenta, des drumi dormirdia não chega13

14Traiter les variantes linguistiques comme un élément esthétique n’est ainsi pas simple : l’“hospitalité

Le procédé chez Guimarães Rosa

15C’est à quoi réussit Guimarães Rosa. Il parvient à harmoniser la parole dans la narration du personnage de Riobaldo. Loin de la pratique de Coelho Neto, il est conscient de la variation du discours de son personnage, il ne fantasme pas mais cherche le réel et utilise ce que les gens utilisent. Ainsi, s’il fait coexister difícil et difícel, c’est parce que les deux formes existent et représentent le Brésilien qui utilise l’une ou l’autre. Cependant, l’expédient est le “

14

De primeiro, eu fazia e mexia, e pensar não pensava. Não possuía os prazos. Vivi puxando difícil de difícel, peixe vivo no moquém : quem mói no asp’ro, não fantasêia. Mas, agora, feita a folga que me vem, e sem pequenos dessossegos estou de range rede. E me inventei neste gosto de especular idéia. (ROSA, 2009, vol. 2, pág. 8)

Au début, je faisais et je me démenais, et penser je ne pensais pas, je n’avais pas le loisir. J’ai vécu à la dure de dure, poisson vivant sur le gril : qui s’esquinte à la dure ne se monte pas la tête. Mais, désormais, vu le temps qui me vient, et sans petits soucis, je farniente. Et je me suis inventé ce goût, de spéculer sur des idées. (ROSA, p. 25)

  • 15 [N.d.É. Régionalisme, qui désigne des gens venant de la campagne, simples, timides, peu ou pas éduq (...)

Cela ne l’empêche pas d’utiliser parfois le procédé pour typifier et dénoncer, comme le faisaient Coelho Neto et Bernardo Guimarães. On rencontre ainsi un cas de disqualification délibérée, les catruman15

  • 16 “Um deles sobressai pela fala : “Dou de comer à mea mul’é e trêis fi’ó, em debaixo de meu sapé. (.. (...)

L’un [de ces catruman] se distingue par son discours : “Je donne à manger à ma... a... femm’ et à trois... ois p’tiots, là, dans ma cabane...” (ROSA, p. 679). L’accumulation dans une seule phrase d’éléments qui s’écartent du portugais standard crée le contraste nécessaire pour mettre en valeur le discours du catruman [...] comme le discours des autres personnages, y compris le narrateur, utilise certains des mêmes éléments, bien que de façon éparse, il est nécessaire d’exagérer leur représentation afin de créer le contraste linguistique, et donc social, entre les deux groupes représentés16 (…).

16Mais l’essentiel de son travail consiste à unir, comme dans un fleuve, les multiples courants qui coexistent sans s’écraser. Un discours général ne serait guère satisfaisant ici, il faut en donner des exemples concrets. Nous avons choisi de le faire dans les notes à notre tentative de traduction “métaplasmique” d’Homère que l’on trouvera en annexe à la fin de cet article. On retrouve en effet chez Rosa les principaux outils langagiers qui nous ont frappée chez Homère. C’est parfois même le texte de Rosa qui nous a rendue sensible au procédé et à sa puissance chez Homère.

Le procédé chez Homère

17On trouve aussi ce procédé chez Homère, dans sa double utilisation : le chant qui met en scène Thersite est ainsi un exemple de disqualification par l’imitation du discours, alors que le combat d’Achille contre le fleuve Xanthe tire sa puissance de l’utilisation inverse, “accueillante”, des métaplasmes.

18Thersite est en effet caractérisé très négativement, et tous les procédés linguistiques, y compris ceux qui miment son discours, concourent à montrer son avilissement.

19Son nom est “motivé” – il a un sens qui dit quelque chose sur le personnage : il signifie à la fois

mais

Le nom de Thersite doit donc se prendre en bonne part, le sens qu’il implique étant quelque chose comme

αμετροεπής εκολφα

Selon Stuurman, qui suit Chantraine sur ce point, le personnage, qu’on nous montre informe, presque glabre, aux épaules tombantes et aux jambes arquées :

est dépeint comme un homme de basse position sociale, qui n’a pas de patronyme, pas de lieu d’origine. C’est, littéralement, un homme de rien ; le fait qu’il s’adresse à l’assemblée sans respecter le rituel du sceptre qui autorisait les participants à prendre la parole jette un doute sur la légitimité de son intervention. Stuurman

17

Richard Martin, dans un texte de 1989, ajoute une particularité significative pour nous. En comparant le texte des discours de Nestor et de Thersite, il note que le discours de ce dernier est presque dépourvu de métrique par rapport à ceux des autres héros

18 1920

III. Essais de traduction "métaplasmique"

   

Note des éditeurs

L’article présente ensuite les procédés linguistiques utilisés par la Pr Barbosa pour rendre dans sa traduction portugaise les effets de métaplasmes de l’original homérique – ce qu’elle appelle ses “fantaisies métaplasmiques”.

Nous ne pouvons traduire directement ni en entier cette fin d’article. Cependant nos collègues se sont lancés à donner, sur une douzaine de vers, un équivalent de cette traduction portugaise. Nous remercions Mathilde Mougin et Luciano César Garcia Pinto pour ce travail impressionnant.

Nous présentons donc ici pour ces quelques extraits

21



Revista Épicas

En annexe après la conclusion, nous donnerons les notes philologiques au chant XXI par lesquelles T. Virgínia Barbosa explicite son travail et fait le lien avec l’écriture de


   

a. Thersite : Iliade, I, 224-232

Texte grec :

Ἀτρεΐδη τέο δὴ͜ αὖτ ̓ ἐπιμέμφεαι͜ ἠδὲ χατίζεις ;
πλεῖαί τοι χαλκοῦ κλισίαι, πολλαὶ δὲ γυναῖκες
εἰσὶν ἐνὶ κλισίῃς ἐξαίρετοι͜ ἅς τοι Ἀχαιοὶ
πρωτίστῳ δίδομεν εὖτ ἂν πτολίεθρον ἕλωμεν.
ἦ ἔτι καὶ χρυσοῦ ἐπιδεύεαι͜ , ὅν κέ τις οἴσει
Τρώων ἱπποδάμων ἐξ Ἰλίου͜ υἷος ἄποινα,
ὅν κεν ἐγὼ δήσας ἀγάγω ἢ ἄλλος Ἀχαιῶν,

Traduction de Jean-Baptiste Dugas-Montbel (1815-1818) :

  • 22 Traduction de Jean-Baptiste Dugas-Montbel (1815-1818), Iliade, II, v. 224-232,

Atride, pourquoi te plaindre ? que te manque-t-il encore ? Tes tentes regorgent d’airain, et renferment plusieurs femmes superbes, que les Grecs s’empressèrent de t’offrir quand ils ravagèrent les villes ennemies. Faut-il encore qu’un Troyen t’apporte d’Ilion ses trésors pour racheter son fils, que moi seul ou quelque autre guerrier aurons amené prisonnier en ces lieux ? Te faut-il une nouvelle captive, que tu tiendras à l’écart pour la posséder seul ?22

Traduction “métaplasmique” de Mathilde Mougin et Luciano César Garcia Pinto :

  • 23 T. Barbosa utilise ici un régionalisme, entourar.

Fi’d’Atrée, tu t’irrites23

2425

2627

Traduction

“métaplasmique” portugaise de Teresa Virgínia Barbosa :

Fil’d’Atreu, t’entouras e instas o’tra vez contra ?
Tens tuas tendas lotadas de cobre, muitas donas
joeiradas dentro das tendas, as que os Aqueus de
primaríssimo demos, ah, sim, que vilas tombamos.
Hê, o mais ó, careces é d’ouro que um lá dos
troas-doma-potro, por um fil’d’ Ílion, livrança desse,
um q’eu, ou um dos Aqueus, tivesse preado e trazido,
ou por uma dona-moça boa pra mistura na cama, que,
de apartado, reténs só pra ti mesmo !

b. Combat d’Achille contre le Xanthe :

Iliade

20Dans l’ouverture du chant 21, la fabuleuse bataille d’Achille contre le fleuve Xanthe, les dialectes fonctionnent harmonieusement. Là nous voyons se créer un fleuve unique bien que multiple. Voici la traduction que nous proposons des cinq premiers vers de la poursuite du héros contre les Troyens, qui tentent, désespérément et sauvagement, de s’échapper par le cours du fleuve

28
  • 29 Les termes en gras sont ceux qui font l’objet des notes philologiques en annexe.

Texte grec29 :

ἀλλ ̓ ὅτε δὴ πόρον ἷξον ἐϋρρεῖος ποταμοῖο
Ξάνθου
δινήεντος , ὃν ἀθάνατος τέκετο Ζεύς,
ἔνθα
διατμήξας τοὺς μὲν πεδίονδὲ δίωκε
πρὸς πόλιν, ᾗ περ Ἀχαιοὶ ἀτυζόμενοι
φοβέοντο
ἤματι τῷ προτέρῳ, ὅτε μαίνετο φαίδιμος Ἕκτωρ·

Traduction de Jean-Baptiste Dugas-Montbel (1815-1818) :

  • 30 http://iliadeodyssee.texte.free.fr/aatexte/dugasmontbel/iliaddugjuxt/iliaddugjuxt21/iliadjuxt21.htm

Lorsque les Troyens arrivent près du Xanthe rapide, ce fleuve au cours sinueux, qu’engendra l’immortel Jupiter, Achille, rompant leurs phalanges, les disperse dans cette plaine près de la ville où le jour précédent les Grecs s’enfuyaient éperdus, lorsque triomphait le valeureux Hector.30

Traduction “métaplasmique” de Mathilde Mougin et Luciano César Garcia Pinto :

  • 31 Avenirent : néologisme fondé sur l’ancien français avenue”, action d’arriver”. Il traduit l’emplo (...)

Dès qu’ils avenirent31

3233343536

Traduction

“métaplasmique” portugaise de Teresa Barbosa :

Daí no que arrivaram o raso do rio’scorredoso,
do Xanto orbital que Zeus imortal jaculou, ali,
desmeiados, caçava uns planura afora rumo à
vila, pr’onde uns aqueus desvairados se visparam
dia antes, quando se malucou Heitor galarim !

IV. Notes philologiques au début du chant XXI

   
Note des éditeurs

Nous donnons ici au lecteur une traduction des notes philologiques de l’auteure, parce qu’on y voit sur pièce le rapprochement qu’elle invite à faire avec le travail de G. Rosa.]
   

1. ἷξον

21Dans ce premier verset du chant, on met en évidence la forme ἷξον. Un aoriste archaïque (sigmatique et avec une voyelle thématique) de ἴκω. Un stratagème linguistique analogue, en portugais, serait d’utiliser, comme le font les enfants,

bobia au lieu de Morphologie arriver

22C’est la lecture de Guimarães Rosa qui nous a donné l’indice :

sans assistanceCampo Gerallealda GSV

2. ἐϋρρεῖος

23Outre ce métaplasme, il en existe un autre, dans le même verset : la forme ἐυῤῥεῖος est une contraction épique particulière de ἐυρρε-έ-ος (Le Grenier préfère εὐρρεοῦς). Cela signifie

24Il est intéressant de vérifier à nouveau l’utilisation d’une ressource similaire dans Rosa, avec l’utilisation d’un suffixe inhabituel :

froide et Campo Geral

25De même :

glassyGSV

3. ποταμοῖο

26Un autre métaplasme fréquent chez Homère est la forme ποταμοῖο, génitif épique à la place de la forme ποταμοῦ. Il nous est venu à l’esprit de marquer dans la traduction l’indice de l’épopée : associer le mot

27Pour retrouver la grandeur épique, nous avons choisi de solenniser l’adjectif δινήεντος, " plein de tourbillons ", et de le traduire par le lexique

28Chez Rosa, on trouve

haie. GSV

29Voir aussi :

rizièreGSVbamburral GSV

5. τέκετο

30C’est un aoriste passif avec aphérèse de l’augmentation. La voix passive est plus fréquente par rapport au père, la voix active par rapport à la mère (cf. SIDGWICK, 1880, p. 39). Dans la traduction, nous utilisons un verbe associé à la force masculine de fécondation,

31Comme exemple de Rosa :

jaculationGSV

6. διατμήξας

32Forme dérivée de la racine τεμ-/τμε avec un suffixe guttural présent (γ) τμηγ- (la formation de l’attique est τέμνω). Nous utilisons l’archaïsme

33De la même façon, avec une parenthèse ép, Rosa utilise le verbe

malandreiarmalandreiaGSV

7. πεδίονδε

34Paragoge du suffixe épique -δε pour exprimer le mouvement. Notre choix s’est porté sur l’utilisation de l’adverbe

8.

35C’est l’imparfait moyen avec aphérèse de l’augmentation et de l’élargissement de la contraction attique de l’ἐ-φοβοῦντο. La traduction par le verbe

Chez Rosa, on trouve un effet du même type dans “Manuelzão, a gente não puderam virirem antes, este seo Vevelho da testemunha : um boiadão que chega e esbarrara, pra

atravessar o rio, Uma estória de amor

De même :

brabezaUma estória de amor

9. μαίνετο

36Verbe important, il a une racine commune avec le mot d’ouverture du poème, μῆνις. μαίνετο est un aoriste de la voix moyenne avec aphérèse d’augmentation. Nous avons opté pour le pronominal

37Le génie de Guimarães Rosa a concilié l’épenthèse du verbe et l’expression idiomatique

malucar GSV

10. φαίδιμος

38Adjectif qui, selon Liddell-Scott, chez les tragiques, n’est appliqué que dans les phrases épiques. Nous avons recours à un archaïsme pour le traduire,

Conclusion

Nous espérons qu’avec la présentation des possibilités de traduction à travers ces

fantaisies métaplasmatiques37et encyclopédiquefantaisies métaplasmatiques

Cette multiplicité de formes grammaticales ne peut s’expliquer que par la considération que la langue de la poésie épique était plus qu’un dialecte : c’était un style hautement cultivé et, par conséquent, d’une certaine manière, un style conventionnel, dans lequel les formes les plus anciennes étaient conservées par la force de la tradition poétique.

38

Pratiquant le même style, Rosa, en imitant le barde, nous a appris à lire, écouter et traduire Homère du grec en portugais.

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Notes

1 Article paru sous le titre “Uma nação se faz com literatura” par Tereza Virgínia Ribeiro Barbosa, dans : Revista Épicas, Année 4, n° 7, Juin 2020, p. 1-16. ISSN 2527-080-X 4, http://dx.doi.org/10.47044/2527-080X.2020v4 (article : http://dx.doi.org/10.47044/2527-080X.2020v7.3753).

2 Selon Luiz Costa Lima, Oto Marquard (1989) est à l’origine de l’expression “territoire esthétique lorsque, traitant des changements survenus à la Renaissance, il évoque l’émigration des “bonnes œuvres du domaine religieux vers le domaine profane. Marquard affirme qu’en raison de la Réforme, "les bonnes œuvres ont dû émigrer du territoire religieux vers le territoire esthétique nouvellement créé, afin qu’elles puissent conserver leur pertinence sotériologique. (Marquard apud Costa Lima, 2008, p. 208). En utilisant cette expression, nous suggérons que la littérature a le pouvoir de créer des “territoires esthétiques nationaux qui, réunis par le système littéraire, forgent (façonnent, fabriquent et inventent) l’identité d’un pays.

3 [N.d.É. L’auteure fait allusion ici aux deux auteurs du tournant des XIX-XXe siècles. Elle développe ce point infra]

4 Il s’agit d’une pratique de traduction que nous développons et théorisons qui consiste à traduire Homère en tenant compte des variations linguistiques proposées dans son texte. Le terme “fantaisie est utilisé parce que nous faisons des conjectures analogiques dans la traduction. Fantaisie est un terme issu de la musique et métaplasmatique est un adjectif dérivé du terme métaplasme, synonyme ici de variation linguistique et de changements dans la structure du vocabulaire. À propos de la fantasia, dans le Grove Dictionary (traduction de E. F. Alves), on peut lire : “Pièce instrumentale dans laquelle l’imagination du compositeur prend le pas sur les styles et les formes conventionnels. (...) Les compositeurs du XXe siècle ont également utilisé le terme pour des pièces instrumentales étendues (...) et pour des variations (...). (Grove, 1994, p. 311) ; Mário de Andrade n’enregistre pas le terme “fantasia dans son Dicionário Musical Brasileiro, il préfère parler de “variation, qui “consiste à répéter une mélodie donnée, en changeant, à chaque répétition, un ou plusieurs éléments constitutifs de celle-ci, de sorte que présentant une physionomie nouvelle, elle reste toujours reconnaissable dans sa personnalité. Ce n’est même qu’au XVIIIe siècle que la variation se présente fermement fixée dans ce principe de changement de physionomie et de conservation de la personnalité. En général, les musiciens des siècles précédents se limitaient à la variation, enrichissant la mélodie avec des embellissements, au lieu de modifier la forme d’un de ses éléments (rythme, tonalité, harmonisation, arabesque). (Andrade, 1999, p. 550).

5 Nous entendons ici le rythme au sens d’Henri Meschonnic.

6 Historien du cinquième siècle avant J.-C., Hérodote témoigne de la conscience de cette réalité du langage chez les Grecs. À ce sujet, voir Maria de Fátima Sousa e Silva (2009, p. 62) : “Hérodote reconnaît dans la langue un facteur politique déterminant […] La période classique accentue également les différences dialectales qui caractérisent le particularisme linguistique de certaines communautés. En définissant le monde ionien comme un échiquier ethnique, politique et religieux, Hérodote distingue la langue comme un puissant facteur d’établissement des différences. Il met […] en évidence quatre variantes dialectales en Ionie [...] en faisant des regroupements ou des types [...], qui se fondent sur un critère géographique : Miletus, Miunte et Priène, tous situés en Cary, ‘parlent de la même manière’, c’est-à-dire ‘utilisent le même dialecte’ [...] ; enfin, les îles de Samos et Chios, et l’Erythrée, sur le continent, se répartissent comme suit : Chios et Érythrée, situées en face l’une de l’autre, parlent le même dialecte [...], et Samos ‘un qui lui est propre’ [...].

7 “The most striking characteristic, and the main difficulty, of the Epic dialect is the variety of forms which it employs, a variety greater than we can suppose possible in any single spoken language." (MONRO, 1828, p. 52)

8 “The language of the poems, as has been remarked, is an artificial amalgam of words, constructions and dialect-forms from different regions and different stages in the development of Greek from the late Bronze Age until around 700 B.C.” (KIRK,1985, p. 5)

9 “Die Aufgabe des Übersetzers”, Benjamin, Walter, Préface à Charles Baudelaire, Tableaux Parisiens. Deutsche Übertragung mit einem Vorwort über die Aufgabe des Übersetzers, édition bilingue français-allemand, Heidelberg, Verlag von Richard Weißbach, 1923.

10 Pour exemples : καρδίη (Iliade 14, 152) et κραδίη10 (Iliade, 3, 61), ἐθέλω (Iliade 18, 262) et θέλω11 (Iliade 1, 554) pour le grec et “ínterim et “intrim (ROSA, 2009, vol. 2, p. 42) 12, “choupã et “choupana (ROSA, 2009, vol. 2, p. 42) pour le brésilien.

11 Em que língua falam as escravas ? Nota-se que não aparecem representados os diferentes níveis sociolinguísticos que estariam presentes na situação real. O narrador e as escravas falam a mesma variedade do português. Apesar de, com outros autores românticos, incorporar alguma sugestão de oralidade (...) Bernardo Guimarães apresenta em A escrava Isaura, uma visão utópica e altamente idealizada do cenário e personagens. Os escravos falam um português culto-literário, indicando, talvez, a atitude do autor, o chamado “the new country syndrome ou uma forma de compensação pela pobreza material e o atraso cultural do país” (WARD, 1984, p. 25).

12 [N.d.É. Le terme a ici presque le sens de “pittoresque”]

13 Embora esta passagem reproduza também a voz do narrador e de escravos no interior do Brasil, os escravos de Coelho Neto falam numa língua “realista-naturalista” com a representação literal do discurso que se desvia da norma e é considerado “inferior”. Há reprodução de formas populares antigas como ansim, interjeições como uai, representações ortográficas de variações fonética, reduções de tipo guënta por aguenta, transposições (drumi por dormir), elipse do artigo (“Dia não chega”), todas formas muito comuns na língua oral do interior, algumas representadas no discurso escrito pela primeira vez. Ora, na ansiedade de documentar ou de dar autenticidade linguística, Coelho Neto exagera o fenômeno, assinalando como dialetais várias pronúncias comuns na fala de pessoas “educadas”. (...) Nota-se também que se a fala da escrava é quase incompreensível, a língua do narrador, cheia de palavras difíceis, tão característica da prosa de Coelho Neto, não pode ser mais facilmente compreendida. A dissociação da fala do narrador da fala dos personagens contribui para realçar a fala do personagem e sugerir que o dialeto representado se distancia mais do português padrão do que realmente o é, reforçando assim o estereótipo comum nas literaturas regionalistas. (WARD, 1984, p. 26)

14 [Dans l’original :] “peixe vivo no moquém : quem mói no asp’ro, não fantasêia.’ / Grelha de varas para assar ou secar carne ou peixe. // Bras., do tupi.” “L’expression peixe vivo no moquém signifie de façon figurée les “problèmes, dfficultés, tribulations”, MARTINS, 2001, p. 339.

15 [N.d.É. Régionalisme, qui désigne des gens venant de la campagne, simples, timides, peu ou pas éduqués, avec des attitudes grossières (altération de quadrúmano). Synonyme de caipira].

16 “Um deles sobressai pela fala : “Dou de comer à mea mul’é e trêis fi’ó, em debaixo de meu sapé. (...)” O acúmulo em uma sentença de elementos que se desviam do português padrão cria o contraste necessário para destacar o discurso catrumano (...). (...) Como o discurso dos demais personagens, inclusive do narrador, utiliza alguns dos mesmos elementos, se bem que de forma mais esparsa, faz-se necessário exagerar sua representação para criar o contraste linguístico e daí social, entre os dois grupos representados.” (WARD, 1984, pág. 31).

17 “He is portrayed as a man of low social standing. He has no patronym and no place of origin. Thersites is, literally, the man from nowhere ; The fact that he addresses the assembly without holding the ritual speaker’s scepter casts doubt on the legitimacy of his intervention.”

18 “Thersites is quite literally ‘without meter’ in his performance, markedly more so than the average hero.”

19 Correption (HALPORN, OSTWALD, ROSENMEYER, 1963, pág. 12) : “In epic hexameters, hiatus between words is more common than in other meters. Where hiatus occurs, a long final vowel or diphthong is often shortened metrically. This is called epic correption.” In epic, elegy, and some lyric a final long vowel or diphthong is usually shortened when the next word begins with a vowel (again, unless there is period-end). For exemple : ἄνδρα μοĬ ἔννεπε Μοῦσα. (WEST, 1987, p. 14)

20 “If performed aloud, the speech strikes us as containing massive correption[...]. In addition, synizesis (the combining of normally separate vowel sounds to produce one) produces the same auditory effect : Thersites slurs his words.”

21 Cette partie n’a d’autre ambition que de donner à voir – de façon forcément bien fruste – la tentative si originale de T. V. Barbosa. Pour les autres extraits (en portugais), comme pour l’original des remarques, nous renvoyons à l’article disponible en pdf sur https://www.revistaepicas.com/edicoes-anteriores, volume 4 http://dx.doi.org/10.47044/2527-080X.2020v7.3753.

22 Traduction de Jean-Baptiste Dugas-Montbel (1815-1818), Iliade, II, v. 224-232,

http://iliadeodyssee.texte.free.fr/aatexte/dugasmontbel/iliaddugjuxt/iliaddugjuxt02/iliadjuxt02.htm

23 T. Barbosa utilise ici un régionalisme, entourar.

24 Dans le texte de T. Barbosa, outra, autre”, est orthographié o’tra.

25 Le verbe du texte source, χατίζω, signifie désirer vivement”. La locution verbale de T. Barbosa, instar contra, signifie manifester sa désapprobation” mais le sens premier du verbe instar est demander vivement”.

26 Nous traduisons ici l’expression o mais ó” qui semble être un hapax.

27 Troens = Troyens. T. Barbosa emploie troas à la place de Troianos.

28 En annexe, on trouvera les notes philologiques de T. Virgínia Barbosa justifiant sa traduction de ce passage et s’appuyant sur l’écriture de Guimarães Rosa.

29 Les termes en gras sont ceux qui font l’objet des notes philologiques en annexe.

30 http://iliadeodyssee.texte.free.fr/aatexte/dugasmontbel/iliaddugjuxt/iliaddugjuxt21/iliadjuxt21.htm

31 Avenirent : néologisme fondé sur l’ancien français avenue”, action d’arriver”. Il traduit l’emploi de l’archaïsme arribar. Nous perdons en revanche le gallicisme par métaplasme de T. Barbosa : arrivaram.

32 S’écourant : formé de s’écoulant” et courant”, pour traduire le néologisme escorredoso formé à partir du verbe escorrer, s’écouler.

33 Jacula : éjacula .

34 Scillés : sciés.

35 P’r où : par où.

36 Le nom galarim, climax”, est employé comme épithète homérique d’Hector.

37 Vers de João Cabral de Melo Neto (2008, pág. 319) em “Tecendo a manhã”.

38 This multiplicity of grammatical forms can only be explained by the consideration that the language of Epic poetry was more than a dialect : it was a highly cultivated and consequently in some degree a conventional style, in which older forms were preserved by the force of poetical tradition.” (MONRO, 1828, p. 53)

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Pour citer cet article

Référence électronique

Tereza Virgínia Ribeiro Barbosa, « Une nation se fait avec de la littérature »Projet Épopée [En ligne], 6 | 2020, mis en ligne le 01 décembre 2020, consulté le 21 juillet 2026. URL : http://journals.openedition.org/epopee/1331 ; DOI : https://doi.org/10.4000/15mw3

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Auteur

Tereza Virgínia Ribeiro Barbosa

Tereza Virgínia Ribeiro Barbosa est Professeure à l’Université Fédérale de Minas Gerais, UFMG. Docteure de l’Universidade Estadual Paulista, Unesp/Araraquara, Brésil, elle est chercheuse au Conselho Nacional de Desenvolvimento Científico e Tecnológico (CNPq) e da Fundação de Amparo à Pesquisa do Estado de Minas Gerais (Fapemig). Parmi ses publications récentes : Feita no Brasil : a sabedoria vulgar da tragédia ática para o povo tupiniquim catrumano. Belo Horizonte : Relicário, 2018 ; en collaboration avec SILVA, M. F. S. ; OLIVEIRA, F. de. Violência e transgressão : uma trajetória da Humanidade. Coimbra : Imprensa da Universidade de Coimbra, 2014 et une version pour la jeunesse, en BD, de l’Iliade et Odyssée.

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