Bibliographie
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Notes
Manuel Zapata Olivella, Changó el gran putas [1983], Bogotá, Ministerio de Cultura de Colombia, 2010, [En ligne] : http://www.banrepcultural.org/sites/default/files/88094/03-Manuel_Zapata_Chango_el_gran_putas.pdf ; Chango, ce sacré dieu, traduction de l'espagnol par Dorita Nouhaud, Lille, Miroirs éd, 1991.
“La epopeya […] del africano en América”, Manuel Zapata Olivella, ¡Levántate Mulato ! Por mi raza hablará el espíritu”, Bogotá, Colombie, Rei Andes LTDA, Letras Americanas, 1990, p. 349.
Jean Métellus, Rhapsodie pour Hispaniola, Paris, Éditions Bruno Doucey, 2015.
Du nom donné par les Indiens à l’île que Colomb rebaptisera Hispaniola.
L’existence de ces traits formels supposés discriminer le genre épique est évoquée, rappelée ou discutée dans les ouvrages d’Henri Bénac, Guide des idées littéraires (Paris, Hachette, 1964), Gérard Lambin, L'épopée : Genèse d'un genre littéraire en Grèce (Rennes, Presses universitaires de Rennes, 1999), Jean Derive, “Y-a-t-il un style épique ?”, Jean Derive (éd.), L'épopée : unité et diversité d'un genre (Paris, Karthala Éditions, 2002) ou Judith Labarthe, L'épopée (Paris, Armand Colin, 2007).
Pierre Vinclair, De l'épopée et du roman : énergétique comparée, Université du Maine, 2014, en ligne, https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-01336396, p. 137 (consulté le 15.06.17).
Voir notamment les analyses de Pierre Vinclair du roman Texaco, de Patrick Chamoiseau, et des œuvres de la poésie épique des XVIIe et XIXe siècles qui, selon le critique, ne peuvent être considérées comme des épopées, soit qu’elles se présentent comme une “collection de traits génériques reproductibles”, soient qu’elles “mobilise[nt] des propriétés phénotypiques de l’épopée pour produire, couplées avec d’autres propriétés étrangères au dispositif épique, un effort tout à fait différent de l’effort épique”, De l'épopée et du roman, op.cit., p. 297.
Les analyses de Pierre Vinclair, à la suite de Florence Dupont ou Florence Goyet, insistent particulièrement sur l’importance de cette dimension performative (Florence Dupont, L'invention de la littérature de l'ivresse grecque au livre latin, Paris, Éd. La Découverte, 1994 ; Florence Goyet, Penser sans concepts fonction de l'épopée guerrière "Iliade", "Chanson de Roland", "Hôgen" et "Heiji monogatari", Paris, H. Champion, 2006, p. 15 ; 567 ; Pierre Vinclair, De l'épopée et du roman : essai d'énergétique comparée, op.cit., p. 89).
La question de la diffusion et des conditions de l’accès au livre par la communauté représentée par l’œuvre que soulève Pierre Vinclair est également à prendre en compte ici : les œuvres sont originellement publiées dans deux maisons d’éditions européennes à petit tirage et rapidement épuisé dans le cas de Changó el gran putas, (quoi qu’ayant fait l’objet d’une republication sur internet par le Ministère de la culture colombien en 2010). Leur niveau de langue est accessible mais pas populaire, et Jean Métellus écrit en français alors qu’une grande partie de la population haïtienne est analphabète et créolophone.
“[…] un texte ‘oral’ (composé à travers la récitation), est aussi et peut-être avant tout un texte ‘aural’ : reçu par l'oreille. Une épopée fait appel à l'auditeur, qui partage avec le récitant un savoir.” Florence Goyet, “L’épopée”, Vox Poetica, (publié le 25/06/2009, consulté le 12/06/17). On trouve toutefois dans les textes la représentation de cette auralité : “Vous qui me lisez ou m’écoutez” (Rhapsodie, op.cit., p. 17) ; “– Racontez ! Répétez-nous, Don Petro, le grand exploit du Mountou et de ses généraux Noirs ! – Que les enfants viennent s’asseoir près de moi, je vais leur raconter les batailles des vivants et des morts […]” (“- ¡Cuente ! ¡Repítanos don Petro la gran hazaña del muntu y sus generales negros ! - Que los niños se sienten junto a mí, voy a relatarles las batallas de les vivos y los muertos […]”) Changó el gran putas, op.cit., p. 284 ; Changó ce sacré dieu, op.cit., p. 247.
À partir de l’analyse d’une triple dimension économique, sémiotique et praxéonomique, Pierre Vinclair propose un exercice d’“énergétique comparée” qui conduit à une nouvelle définition du genre comme “Un dispositif produisant un certain effort”, “effort” n’étant entendu “ni [comme] la tentative, ni le projet de l’écrivain, mais l’acte, l’energeia de l’ergon, c’est-à-dire la ‘propriété extrinsèque’” (De l'épopée et du roman, op.cit., p. 297, p. 33 ; p. 31).
Au contraire, “le roman cherche à inventer en solitaire, pour un individu (qu’il contribue à créer), une image du salut et, dans la littérature post-révolutionnaire, de l’individu émancipé (qu’il contribue à émanciper).” (De l'épopée et du roman, op.cit., p. 297, p. 563)
Florence Goyet, “De l’épopée canonique à l’épopée ‘dispersée’ : à partir de l’Iliade ou des Hogen et Heiji monogatari, quelques pistes de réflexion pour les textes épiques notés”, en ligne, Études mongoles et sibériennes, centrasiatiques et tibétaines, n° 45, 2014, disponible sur http://emscat.revues.org/2366 (consulté le 8.06.17).
Penser sans concepts, op.cit., p. 567.
Ibid. p. 15.
Ibid. p. 7.
Elara Bertho, “Existe-t-il une épopée de la résistance à la colonisation ? De quelques ‘épopées en devenir’ africaines”, Projet Épopée [En ligne], volume 2016 – Extension de la pensée épique.
Penser sans concepts, op.cit., p. 7.
Manuel Zapata Olivella fut toute sa vie un militant actif de la cause afro-colombienne, et co-organisa notamment, le 20 juin 1943 le premier “Día del Negro”, puis, les 24-28 août 1977, le premier Congrès international de la culture noire des Amériques. Voir également les nombreux essais que l’écrivain consacre à ces questions, réunis dans l’anthologie Por los senderos de sus ancestros : textos escogidos, 1940-2000 (Bogotá, Ministerio de cultura República de Colombia, Bogotá, 2010, disponible en ligne : http://babel.banrepcultural.org/cdm/singleitem/collection/p17054coll7/id/17 (consulté le 18.08.2016).
Maguemati Wabgou, Jaime Arocha Rodríguez, Aiden José Salgado Cassiani et Juan Alberto Carabalí Ospina, Movimiento social afrocolombiano, negro, raizal y palenquero : el largo camino hacia la construcción de espacios comunes y alianzas estratégicas para la incidencia política en Colombia, Bogotá, Universidad Nacional de Colombia, Facultad de Derecho Ciencias Políticas y Sociales, Instituto Unidad de Investigaciones Jurídico-Sociales Gerardo Molina, 2012, p. 22.
“retórica nacionalista de armonía e igualdad racial”, Marixa Lasso, Mitos de armonía racial : raza y republicanismo durante la era de la revolución, Colombia 1795-1831 [2007], Bogotá, Universidad de los Andes, Facultad de Ciencias Sociales, Ediciones Uniandes 2013, p. 14.
Il faudra attendre 1991 pour qu’une nouvelle Constitution fasse apparaître un article reconnaissant la diversité ethnique et culturelle de la nation colombienne.
Voir les analyses consacrées au tremblement de terre, catalyseur de la crise haïtienne, dans l’ouvrage collectif dirigé par Laënnec Hurbon, Catastrophes et environnement. Haïti, séisme du 12 janvier 2010, Paris, Éditions de l'EHESS, 2014.
Manuel Zapata Olivella s’inscrit explicitement dans cette dimension postcoloniale, lorsqu’il affirme que son œuvre et ses recherches anthropologiques “ont pour objectif concret [de] décoloniser et désaliéner l’esprit de l’Américain-afro-européen” (“tiene un objetivo concreto : descolonizar y desalienar la mente del amerindo-afroeuropeo”), Manuel Zapata Olivella, El árbol brujo de la libertad : África en Colombia, orígenes, transculturación, presencia, ensayo histórico mítico, Valles, Universidad del Pacífico, [2002], p. 129.
Signalons que ce renversement axiologique qui touche les représentations des acteurs épiques, particulièrement développé dans les œuvres postcoloniales, avait déjà pu être mis en œuvre de manière plus souterraine dans certaines œuvres coloniales, comme le montre Aude Plagnard à propos de La Araucana d’Alonso de Ercilla, poème dans lequel le bien-fondé des guerres de conquête est remis en question, et la violence déployée par le colonisateur dénoncée (Aude Plagnard, “Des épopées imitatives et refondatrices ? Le cas d’Alonso de Ercilla et de Jerónimo Corte-Real”, Projet Épopée [En ligne], volume 2016 – Extension de la pensée épique). On peut évoquer d’autre part le célèbre poème de Juan de Castellanos, Les Elegías de varones ilustres de Indias, dans lequel la conquête des Caraïbes fait l’objet de quelques chants, et qui fait apparaître certains personnages de caciques comme Anacaona ou Caonabo. Bien que les “hommes illustres d’Indes” dont il est question dans ce texte soient bien les conquistadors, et qu’il s’agisse en premier lieu de louer les colons et l’empire espagnol, certains critiques ont pu noter une certaine ambiguïté du texte, qui oscillerait entre vision stigmatisante et empathique des Amérindiens. Ainsi, la reine Anacaona, qui prend longuement la parole dans la première élégie pour déplorer les massacres dont son peuple est victime, apparaît alternativement comme une femme sage et dépravée. On trouvera un aperçu des débats qui opposent la critique autour de la question de la vision laudative ou critique des guerres coloniales dans le poème dans l’ouvrage de Karl Kohut, “Las Elegías de varones ilustres de Indias de Juan de Castellanos y el problema de la épica indiana de los siglos XVI y XVII”, (Épica y colonia : ensayos sobre el género épico en Iberoamérica, siglos XVI y XVII, Paul Firbas, (éd.), Lima, Universidad Nacional Mayor de San Marcos, Fondo Editorial, 2008).
Rhapsodie, p. 148-149.
“la loba blanca”, Changó el gran putas, op.cit., p. 274 ; Changó ce sacré dieu, op.cit., p. 237.
Rhapsodie, p. 152.
Les affrontements sont le plus souvent rapportés dans le texte sur le mode de l’évocation, ou, plus rarement, dans des descriptions plus longues telles que, outre la bataille navale de Maracaibo, la prise du Fort-Piccolet par les armées de Rochambeau ou la Bataille de Trafalgar.
Rhapsodie, p. 151.
Ibid., p. 153.
“Con la palabra traición podría escribirse la historia de todas nuestras desgracias” Changó el gran putas, op.cit., p. 304 ; Changó ce sacré dieu, op.cit., p. 266.
Penser sans concept, op. cit., p. 11.
Ibid., p. 11.
Rhapsodie, p. 99.
Ibid., p. 85.
“Guacanagaric le bon sauvage, accueillant, attentionné et pourtant naturel”, Rhapsodie, p. 155.
Rhapsodie, p. 17.
Odile Gannier, Les derniers Indiens des Caraïbes image, mythe et réalité, Matoury, Ibis rouge, 2003, p. 21.
Guacanagaric se rapproche en ce sens des modèles des bons rois proposés par Virgile dans l’Énéide, et notamment de Latinus, roi des Aborigènes, à qui un oracle prédit l’arrivée d’un étranger à qui il devra donner sa fille en mariage.
La conversion est également évoquée à travers un personnage anonyme d’Indienne qui, après avoir épousé un colon et avoir adopté sa religion, lui indique où se trouve l’or de son royaume, trahissant ainsi la confiance des siens. L’autre figure féminine, plus centrale dans le poème, celle de la reine Anacaona, cherche au contraire à la fois à préserver son peuple et sa culture par alliance avec les Espagnols.
Caonabo, chef caraïbe, fait peut-être ici exception : à plusieurs reprises, il exprime son ressentiment envers l’irrespect montré par les Espagnols envers le gouvernement des caciques, et, quoi qu’engagé pour protéger son peuple, semble davantage mû par un désir de vengeance plus personnel.
Changó el gran putas, op.cit., p. 322 ; Changó ce sacré dieu, op.cit., p. 282.
Contrairement aux épopées traditionnelles, elles échoueraient en effet à “faire positivement surgir la conception politique de l’avenir”, le travail épique mené “produisant la déconstruction mais non la reconstruction.” (“L’épopée refondatrice”, op.cit.)
Changó el gran putas, op.cit., p. 645 ; Changó ce sacré dieu, op.cit., p. 590.
Penser sans concept, op.cit., p. 209.
Delphine Rumeau, Chants du Nouveau Monde. Épopée et modernité (Whitman, Neruda, Glissant), Paris, Classiques Garnier, 2009, p. 541.
Sophie Rabau, “Entre bris et reliques : pour une poétique de la mise en fragment du texte continu ou de la fragmentation selon Marguerite Yourcenar”, L’écriture fragmentaire : théories et pratiques, Perpignan, Presses Universitaires de Perpignan, 2002, p. 24.
“los olvidadizos escribas de la loba”, Changó el gran putas, op.cit., p. 274 ; Changó ce sacré dieu, op.cit., p. 237.
“La historia total”, ¡Levántate Mulato !, op.cit., p. 343.
“L’épopée refondatrice : extension et déplacement du concept d’épopée”, op.cit.
“Les Indiens massacrés et les Noirs maltraités à mort se retrouvent fraternellement dans la douleur et dans la lutte. A ce titre, ils communient dans la même image patriotique : celle de la souffrance et de l’exploitation injuste.”, Les derniers Indiens des Caraïbes, op.cit., p. 439.
Benedict Anderson, L’imaginaire national. Réflexion sur l’origine et l’essor du nationalisme, Traduit de l’anglais par Pierre-Emmanuel Dauzat, Paris, La Découverte, [1983], 2002.
Odile Gannier, “La longue veille des caciques. La rémanence du guerrier caraïbe” ; Kathleen Gyssels et Bénédicte Ledent (éd.), L'écrivain caribéen, Guerrier de l'imaginaire, Rodopi, Paris, 2008.
Rhapsodie, p. 51.
Ibid., p. 51.
Rhapsodie, p. 155.
La deuxième partie de la saga porte le nom “Le muntu américain” (“El muntu americano”).
Dans l’essai “Afroamérica, siglo xxi : tecnología e identidad cultural” (Por los senderos de sus ancestros : textos escogidos, 1940-2000, Ministerio de cultura República de Colombia, Bogotá, 2010. [en ligne] http://babel.banrepcultural.org/cdm/singleitem/collection/p17054coll7/id/17 (consulté le 18.08.2016), Manuel Zapata Olivella évoque et commente le texte du missionnaire européen Placide Tempels, La Philosophie bantoue (Lovania, Elisabethville, 1945) qui mentionne le terme de “muntu”, redéfinit par la suite par l’auteur colombien qui en fait une allégorie du nouvel homme américain.
“Afroamérica, siglo xxi : tecnología e identidad cultural”, op.cit., p. 402. Nous traduisons.
“muntu quiere decir hombre libre y libertador.” (p. 583)
“proyectada hacia el futuro”, González, José Luis Garcés, Manuel Zapata Olivella, caminante de la literatura y de la historia, Bogotá, Ministerio de Cultura, 2002., p. 139 (Interview de l’auteur datant de 1994).
La valeur exemplaire du peuple dans l’épopée américaine est également soulignée par Delphine Rumeau, qui affirme qu’ainsi ce dernier “satisfait donc à la conjonction d’esprit national et de portée universelle qui est pour Hegel la condition du succès épique”, Chants du Nouveau Monde, op. cit., p. 426.
Changó el gran putas, op.cit., p. 452 ; Changó ce sacré dieu, op.cit., p. 414.
Penser sans concept, op.cit., p. 567.
Dany Laferrière, Tout bouge autour de moi, Grasset, Paris, 2010, p. 121.
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