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Notes
Les titres mêmes de deux ouvrages collectifs récents, de “À la recherche de l’épopée perdue” à “L’Épopée retrouvée”, montrent la rupture avec l’idée hégélienne d’une impossibilité de l’épopée dans le monde moderne. Au-delà de ce qui est presque un jeu de mots (ils sont publiés avec deux ans d’écart seulement), ces titres reflètent un consensus de fait sur la permanence de l’épique dans le monde moderne. Krauss, Charlotte et Mohnike, Thomas (éd.), Auf der Suche nach dem verlorenen Epos : ein populäres Genre des 19. Jahrhunderts / À la recherche de l’épopée perdue : un genre populaire de la littérature européenne du XIXe siècle, Berlin, Lit, 2011 ; Krauss, Charlotte et Urban, Urs (éd.), Das wiedergefundene Epos : Inhalte, Formen und Funktionen epischen Erzählens vom Beginn des 20. Jahrhunderts bis heute / L’Épopée retrouvée, Berlin / Münster, Lit, 2013.
À ce sujet, voir ici même l’article de Marguerite Mouton, “L’épopée moderne : épopée ‘symphonique’ – Hugo et Tolkien”. Ce changement d’appellation s’inscrit dans toute une discussion sur le “registre” épique, qui serait la seule actualisation possible de l’épopée depuis sa mort annoncée par Hegel (voir par exemple Chauvin, Cédric, Référence épique et modernité, Paris, Champion, 2012).
Sur l’épopée ancienne comme outil intellectuel pour penser la crise politique, je me permets de renvoyer à mon livre : Penser sans concepts : fonction de l’épopée guerrière : Iliade, Chanson de Roland, Hōgen et Heiji monogatari, Paris, Champion, 2006.
Boutet, Dominique, Charlemagne et Arthur, ou, Le roi imaginaire, Paris, Champion, 1992.
Voir par exemple Ribémont, Bernard (éd.), Crimes et châtiments dans la chanson de geste, Paris, Klincksieck, 2008 ; Ribémont, Bernard (éd.), La faute dans l’épopée médiévale : ambiguïté du jugement, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2012 ; Haugeard, Philippe et Ott, Muriel (éd.), Droit et violence dans la littérature du Moyen Âge, Paris, Garnier, 2013 ; Bonansea, Marion, Le discours de la guerre dans la chanson de geste et le roman arthurien en prose, Paris, Champion, 2016.
Le texte se présente comme un “Djeli Ya”, récit de la tradition des griots, et il dialogue avec l’épopée occidentale (voir Schultz, Kathy Lou, “Amiri Baraka’s Wise Why’s Y’s : Lineages of the Afro-Modernist Epic”, Journal of Modern Literature 35 / 3, printemps 2012, p. 25-50 et The Afro-Modernist Epic and Literary History : Tolson, Hughes, Baraka, New York, Palgrave Macmillan, 2013).
Voir Vettorato, Cyril, “Modèle(s) épique(s) et expérience post-esclavagiste dans Wise Why’s Y’s d’Amiri Baraka”, in Cazalas, Inès et Rumeau, Delphine (éd.), Épopées postcoloniales, à paraître, 2017 : “Le poème de Baraka commence en signalant la dépossession absolue de son personnage et la perte de la Muse, dans une vision qui prend le contre-pied de tout héroïsme. Cette scène initiale emprunte au genre épique plusieurs de ses éléments distinctifs pour les réagencer à sa façon : le personnage évoqué se trouve dans une terre inconnue et inhospitalière, (…) privé de la possibilité d’un retour parmi les siens, tel Ulysse prisonnier de Calypso. (…) Il n’existe pas en tant que héros épique ayant accompli des exploits fondateurs pour la communauté”.
Voir Imbert, Christophe, “La gloire de l’empire à l’ère du soupçon : l’aspiration épique chez Walcott, entre horizon postcolonial et postmoderne”, in Cazalas, Inès et Rumeau, Delphine (éd.), Épopées postcoloniales, op. cit.
Voir Rumeau, Delphine, “Postcolonial et transatlantique. De quelques épopées nord-américaines au xixe siècle”, in Cazalas, Inès et Rumeau, Delphine (éd.), Épopées postcoloniales, op. cit. : “Dans un premier temps, l’intention épique, c’est d’abord celle d’affirmer l’égale dignité des anciennes colonies (sinon, dans le cas états-unien leur supériorité), celle d’entrer de plain pied dans le grand canon.”
Ibid.
Ainsi Frankétienne ou Kourouma, qui la tiennent délibérément à distance dans des textes où on l’attendrait, Spirales et Le Soleil des indépendances. Voir les analyses de Tina Harpin, “Mystères, cri et poésie : l’épopée des sans-voix, Ultravocal et Les Affres d’un défi de Frankétienne” et Soubias, Pierre, “Entre tradition et refondation : le sens des références épiques chez Sembène Ousmane et Ahmadou Kourouma”, in Cazalas, Inès et Rumeau, Delphine (éd.), Épopées postcoloniales, op. cit.
L’opposition, là aussi, est presque un jeu de mots. La théorie qui se construit dans les ouvrages de Saulo Neiva rejoint sur le fond celles des ouvrages plus récents. C’est bien probablement de l’évolution d’un sentiment qu’il s’agit, sentiment qui a pris corps dans les premiers et s’exprime dans les derniers dès le titre. Neiva, Saulo (éd.), Désirs & Débris d’épopée au XXème siècle, Bern, Berlin,Peter Lang, 2009 ; Neiva, Saulo (éd.), Déclins et confins de l’épopée au XIXème siècle, Tübingen, Gunter Narr, 2008 ; Dussol, Vincent (éd.) : Elle s’étend, l’épopée. Relecture et ouverture du corpus épique / The Epic expands. Rereading and widening the epic corpus, Bruxelles, Berlin, P.I.E. Peter Lang, 2012 ; Charest, Nelson, et Lambert, Vincent (éd.), Dossier : “L’épopée hors d’elle-même”, Actes du colloque “Voix épiques et fortune de l’épopée québécoise”, 14-15 mai 2009, Ottawa, Université d’Ottawa, revue @nalyses, IX, 3, automne 2014, https://uottawa.scholarsportal.info/ojs/index.php/revue-analyses/index.
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Nagy : “the classical Greek idea of epic, as presupposed by these received notions, needs to be situated in its own historical context”, Nagy, Gregory, “Epic as Genre”, in Beissinger, Margaret H., Tylus, Jane et Lindgren Wofford, Susanne (éd.), Epic Traditions in the Contemporary World : The Poetics of Community, University of California Press, 1999, p. 24.
Aristote définit le genre à partir des seules épopées homériques ; pour Hegel, seule l’Iliade est véritablement une épopée.
Voir Valmary, Hélène, Origines et poétique d’un héroïsme intranquille : les super-héros dans le cinéma américain (2000-2009), Thèse de l’Université Paris I, 2011, [En ligne : http://www.theses.fr/2011PA010597] et la Journée d’études sur le “film épique” organisée par Saulo Neiva et Benjamin Thomas au CELIS, Université de Clermont-Ferrand, en 2013 (à paraître ici-même, 2017).
Madelénat, Daniel, “Présence paradoxale de l’épopée : hors d’âge et retour” in Neiva, Saulo (éd.), Désirs & débris d’épopée au XXème siècle, op. cit., p. 379-391.
Voir Kachler, Olivier (éd.), Voix épiques, Mont-Saint-Aignan, Publications des Universités de Rouen et du Havre, 2010 ; Rumeau, Delphine (éd.), Permanence de la poésie épique au XXe siècle (Akhmatova, Hikmet, Neruda, Césaire), Paris, P.U.F., “Cned”, 2009 ; Vion-Dury, Juliette (éd.), Permanence de la poésie épique au XXe siècle : Akhmatova, Hikmet, Neruda, Césaire, Paris, Editions Sedes, 2010.
Katz, Marylin A, Penelope’s renown : meaning and indeterminacy in the Odyssey, Princeton, N.J., Princeton University Press, 1991.
Müller, Jan-Dirk, Spielregeln für den Untergang : die Welt des Nibelungenliedes, Tübingen, Niemeyer, 1998 [Rules for The Endgame, Baltimore, Johns Hopkins UP, 2007]. Voir aussi, du même, “De l’influence de l’auditoire. Le Nibelungenlied vers l’année 1200”, à paraître dans Changer d’auditoire, changer d’épopée, Goyet, Florence et Lambert, Jean-Luc (éd.), Actes de la Journée d’Études du 28 avril 2016, École Pratique des Hautes Études (Centre d’Études Mongoles et Sibériennes) et Université Grenoble Alpes (UMR Litt&Arts, RARE), à paraître ici-même, 2017.
Biardeau, Madeleine (éd.), Le Mahabharata : un récit fondateur du brahmanisme et son interprétation, Paris, Seuil, 2002.
MacIntyre, Alasdair, Whose Justice ? Which Rationality ? Londres, Duckworth, 1988.
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Goyet, Florence, Penser sans concepts : fonction de l’épopée guerrière : Iliade, Chanson de Roland, Hôgen et Heiji monogatari, Paris, Champion, 2006. Mes travaux sur le Nibelungenlied sont postérieurs à cet ouvrage et ont fait pour l’instant l’objet de deux publications : “Le Nibelungenlied, épopée inachevée”, Revue de Littérature Comparée, numéro spécial “Littérature comparée et politique”, 1-2009, p. 9-23 ; et”Der Widerspruch im Nibelungenlied : komparatistischer Ansatz und politische Lektüre [La contradiction dans la Chanson des Nibelungen. Étude comparatiste et lecture politique]«, Studi Comparatistici, IV, 2, 2011, p. 415-446.
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Voir les historiens sur la conception pour le moins lâche du devoir de vassal à cette époque ; par exemple Souyri, op. cit. ou Tsuda, Shôkichi, An Inquiry into Japanese Mind as Mirrored in Literature : The Flowering Period of Common People Literature, New York, Greenwood, 1970, ou Ikegami, Eiko : The Taming of the Samouraï : Honorific Individualism and the Making of Modern Japan, Harvard University Press, 1995.
Vinclair, Pierre, De l’épopée et du roman : essai d’énergétique comparée, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2015.
Cazalas, Inès, Contre-épopées généalogiques : fictions nationales et familiales dans les romans de Thomas Bernhard, Claude Simon, Juan Benet et António Lobo Antunes, Thèse de doctorat, Université de Strasbourg, 2011.
Voir les études dans Cazalas, Inès et Rumeau, Delphine (éd.), Épopées postcoloniales, à paraître, 2017.
Voir la thèse d’Elara Bertho : Nehanda, Samori, Sarraounia comme héros culturels. Mémoire postcoloniale et figures de résistants africains dans la littérature et dans les arts, thèse sous la direction de Xavier Garnier, Paris III, 2016 ; et sa présentation ici-même : “Existe-t-il une épopée de la résistance à la colonisation ? De quelques ‘épopées en devenir’ africaines”, Projet Épopée. Voir aussi Rochat, Anne-Laure, De l’Épopée au roman, Une lecture de Monnè, outrages et défis d’Ahmadou Kourouma, Université de Lausanne, collection “Archipel”, 2011.
Voir Plagnard, Aude, Une épopée ibérique : Autour des œuvres d’Alonso de Ercilla et de Jerónimo Corte-Real (1569-1589), Thèse de doctorat, Université Paris-Sorbonne, 2015, et sa présentation ici-même : Plagnard, Aude, “Des épopées imitatives et refondatrices ? Le cas d’Alonso de Ercilla et de Jerónimo Corte-Real”, Projet Épopée.
Lorsque Warren Brown cherche à résumer la tension entre les deux visions de la justice et de l’exercice légal de la violence au Moyen Âge, il cite tout naturellement le Roland et ce procès. Voir Brown, Warren C., Violence in Medieval Europe, Londres, Longman, 2011, p. 11.
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En Sibérie, la pratique de l’épopée succède parfois au chamanisme et le remplace, ou bien, comme chez les Ougriens de l’Ob, les chamanes eux-mêmes deviennent bardes, agissant alors, selon les circonstances, en chamane ou en barde. Jean-Luc Lambert, à qui je dois cette information, signale également un cas où ses informateurs conçoivent de façon distincte les sociétés à chamanes et les sociétés à bardes (voir Sortir de la nuit, op. cit., p. 283-289). Ses recherches en cours tendraient même à montrer que la pratique de l’épopée peut être perçue comme plus forte que le chamanisme (et du coup les sociétés qui ont un barde disent ne pas craindre les esprits et les chamanes). Comme il me le résume : “l’attente associée à la récitation de l’épopée est tout à fait identique à l’attente que l’on a d’un rituel chamanique”.
Aujourd’hui, dans un milieu converti au protestantisme évangélique, C. Jacquemoud a ainsi suivi, un barde qui ne chante plus les chants épiques du XIXe-début XXe siècles. Il les a remplacés par l’histoire biblique (en particulier le Nouveau Testament) et le Christ apparaît comme le nouveau héros épique. Voir Jacquemoud, Clément, “Učar-kaj, Ak-Byrkan et les autres. Les nouvelles formes épiques des mouvements religieux altaïens” in Goyet, Florence et Lambert, Jean-Luc (éd.), Changer d’auditoire, changer d’épopée, op. cit.
Dans son introduction, in Vālmīki, Le Rāmāyaṇa, Biardeau, Madeleine et Porcher, Marie-Claude (ed.), Paris, Gallimard (collection “La Pléiade”), 1999, p. xv.
Voir Plutschow, Herbert E., Chaos and Cosmos : Ritual in Early and Medieval Japanese Literature, Leyde, Brill, 1990. Sur le lien de l’épopée avec le religieux, voir aussi plusieurs des articles dans Brisset, Claire-Akiko, Brotons, Arnaud et Struve, Daniel (éd.), De l’épopée au Japon : narration épique et théâtralité dans le Dit des Heike, Paris, Riveneuve, 2011. Le prochain congrès de la Société Rencesvals pour l’Étude de l’Épopée romane sera consacrée à “La Chanson de geste et le sacré” (Clermont-Ferrand, septembre 2017).
Dans l’Athènes du Ve siècle, Iliade et Odyssée sont récitées intégralement à chacune des Panathénées, la fête religieuse par laquelle Athènes se célèbre elle-même. Voir la présentation très critique qu’en fait Florence Dupont dans L’invention de la littérature : de l’ivresse grecque au livre latin, Paris, La Découverte, 1994.
Sur son rôle dans le banquet, voir Florence Dupont, ibid., et la thèse sous sa direction de Tristan Mauffrey : Narration poétique et mémoire héroïque dans la Grèce classique et dans la Chine préimpériale : fabriquer des savoirs traditionnels à partir de l’Iliade, de l’Odyssée et du Livre des Odes (Shijing), Thèse Sorbonne Paris Cité, 2015.
Voir Carruthers, Mary J, The Book of Memory : A Study of Memory in Medieval Culture, Cambridge [Angleterre] ; New York, Cambridge University Press, 1990, p. 21 [Le Livre de la mémoire, Paris, Macula, 1998, p. 33]. Ce qui est étonnant pour les contemporains dans l’anecdote que raconte Carruthers, ce n’est pas que le jeune homme sache l’Énéide par cœur, mais qu’il soit capable de la réciter à l’envers.
L’auralité (du latin auris, l’oreille), c’est la “réception par l’oreille” : quand un texte est non pas lu par des individus isolés mais récité en public. Pour une enquête sur le terme, voir ici même mon introduction à Changer d’auditoire, changer d’épopée, livraison de la revue Projet Épopée mise en ligne 2017. Pour les conséquences du phénomène, essentielles pour la littérature en général et l’épopée en particulier, voir cette livraison dans son entier.
Lord, Albert Bates, The Singer of Tales, Mitchell, Stephen et Nagy, Gregory (éd.), Harvard University Press, [1960] 2000.
Voir Akesson, Ingrid, “Oral/Aural Culture in Late Modern Society ? Traditional Singing as Professionalized Genre and Oral-Derived Expression”, Oral Tradition, vol. 27 / 1, 2012 [En ligne : http://muse.jhu.edu/journals/oral_tradition/v027/27.1.akesson.html].
Bettelheim, Bruno, Psychanalyse des contes de fées, Paris, Laffont, 1976.
La “composition in performance” est un trait essentiel de l’oralité pour les tenants de la oral-formulaic theory depuis Parry et Lord.
Voir les références que donne Dupont dans L’invention de la littérature, op. cit., et ses propres analyses, qui insistent sur la participation active, physique et créatrice dans le banquet anacréontique originel.
Voir Boni, Marta, Romanzo criminale. Transmedia and Beyond, Venise, Ca’Foscari, 2013.
Dupont, Florence, L’invention de la littérature, op. cit.
Sur la communauté qui se crée autour d’œuvres populaires et permet une élaboration, voir par exemple le travail de Nicolas Rouvière sur Astérix. Rouvière, Nicolas, Astérix, ou les lumières de la civilisation, Paris, PUF, 2006.
Voir en particulier Foley, John Miles, Homer’s Traditional Art, University Park, Pennsylvania State University Press, 1999 et Immanent Art : From Structure to Meaning in Traditional Oral Epic, Bloomington, Indiana University Press, 1991.
À propos de la tradition de lecture à haute voix au Moyen Âge, Joyce Coleman remarque qu’elle permet une perception bien plus vive du texte dans son ensemble et sa structure – elle donne des exemples tirés de sa propre pratique et les met en rapport avec les témoignages d’époque : Coleman, Joyce, “Aurality” in Strohm, P. (ed.), Middle English. Oxford University Press, 2007, p. 68-85. On retrouve là les analyses de Mary Carruthers, par exemple dans The Book of Memory, op. cit.
Peter Jackson en disait autant pour justifier son adaptation cinématographique.
Dans les Provinciales, passim.
Voir Carlier, Pierre, La royauté en Grèce avant Alexandre, Strasbourg, AECR, 1984.
Voir par exemple Citton, Yves, Pour une écologie de l’attention, Paris, Seuil, 2014.
Le terme est désormais refusé par les historiens, qui préfèrent parler d’“ordres locaux” (Werner) ou d’“ordre seigneurial” (Barthelemy) ; mais la violence et la “concurrence” de ces ordres locaux ne sont pas niées.
Voir Goyet, Florence, Lambert, Jean-Luc, et Stépanoff, Charles, Épopée et millénarisme : transformations et innovations, op. cit. En Sibérie, c’est souvent le passage de la chasse à l’élevage. Chez les Samoyèdes, par exemple, les épopées (plusieurs récits différents fonctionnent ici ensemble pour penser la crise) permettent de penser la civilisation qu’on entrevoit à l’horizon : une civilisation où la possession de troupeaux entraînera, pense-t-on, une surabondance de biens qu’il va falloir gérer, et autour de laquelle il va falloir organiser les relations – de façon radicalement autre qu’aujourd’hui.
Il y faut, là aussi, la longueur... Je me permets de renvoyer à mon livre, Goyet, Florence, Penser sans concepts, op. cit.
La réflexion théorique est vive et forte à l’époque, et les discussions sur le sujet sont infinies. Mais elle n’a pas réussi à sortir de la crise et en particulier à penser le rôle du roi. Voir Duby dans Les Trois Ordres par exemple (Les trois ordres ou l’imaginaire du féodalisme, Gallimard, Paris, 1978).
L’abolition du servage par Alexandre II en 1861, revendiquée comme un grand pas vers la civilisation, est au centre des polémiques, parce qu’en l’absence de réforme agraire elle engendre une misère encore plus effroyable des paysans.
Voir Derive, Jean, “Le cas de l’épopée africaine”, in Derive, Jean, L’épopée. Unité et diversité d’un genre., op. cit., p. 75‑93, et Seydou, Christiane, “Comment définir le genre épique ? Un exemple : l’épopée africaine”, JASO (Journal of the Anthropological Society of Oxford), vol. 13 / 1, 1982, p. 84‑98 ou “L’épopée chez les Peuls du Massina (Mali) : une approche ethnopoétique”, Cahiers d’études africaines, vol. 55 / 217, 2015, p. 29‑43.
Dans tout le début de l’Iliade, Zeus n’est pas encore le Zeus auquel nous pensons instinctivement : le souverain qui respecte chacun des dieux et fait à chacun sa juste place. C’est au contraire un autocrate qui règne par la force et la crainte qu’il inspire. Je me permets de renvoyer à la Ière partie de mon livre, Penser sans concepts, op. cit.
Cette royauté est très proche d’une démocratie. Voir Carlier, Pierre : La Royauté en Grèce avant Alexandre, op. cit., en particulier à propos de Sparte.
Dans un article célébrissime, écrit en pleine deuxième guerre mondiale, Weil, Simone, “L’Iliade ou Le poème de la force”, Paris, Gallimard, [1941] 1999, “Quarto”, p. 527‑552.
Loin de les opposer, le vers fameux “Roland est preux, et Olivier est sage” est une affirmation forte que chacun possède une des deux qualités du bon chevalier (chacun l’emportant pour l’une d’elles) ; cette affirmation est confirmée par le vers immédiatement suivant : “Ambedui ont merveilleux vasselage” – tous les deux sont des chevaliers exceptionnels.
Voir par exemple Barthelemy, Dominique, Nouvelle histoire de la France médiévale, volume 3 : L’Ordre seigneurial, XIe-XIIe siècle, Paris, Le Seuil, 1990.
Cazalas, Inès, Contre-épopées généalogiques, op. cit.
Dans ses premiers romans, par exemple, Lobo Antunes écrit explicitement contre la propagande salazariste qui célébrait la “croisade” catholique menée par le Portugal et instrumentalisait l’épopée des Lusiades pour justifier sa politique coloniale.
La “solution” politique qui se dégage du Nibelungenlied est la fraternité d’armes, qui n’est ni nouvelle (elle est même au sens propre réactionnaire) ni capable d’affronter les difficultés du XIIIe siècle.
Pierre Vinclair utilise le terme dans le même sens à propos du “roman” chinois Au Bord de l’eau. Voir Vinclair, Pierre, De l’épopée et du roman, op. cit., p. 93 sq.
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